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Je cherche le Tome I du numéro 01 à 306
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355.—Les instruments et les linges sacrés.
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Il n'est pas question ici de faire l'histoire des divers instruments de la Passion : les liens, les fouets, la colonne de la flagellation et celle du couronnement d'épines, la couronne royale, la croix, les clous, l'éponge, la'lance; non plus celle des linges sacrés: le bandeau des yeux, la robe blanche, la tunique sans couture, le voile de Véronique, le linceul, le suaire, etc. Encore moins voulons-nous en discuter l'authenticité. Nous voulons simplement tirer une considératjon fructueuse sur la vénération dont on les entoure.
Pourquoi y attache-t-on un si grand prix ? Ce n'est certes pas pour leur valeur matérielle, mais pour le privilège unique qu'ont eu ces instruments et ces linges de toucher au corps du Christ ou d'être rougis du sang rédempteur. Devenus sacrés par le contact avec le corps et le sang adorables du Fils de Dieu fait homme, ils acquièrent par là un prix inestimable. Et les églises qui possèdent ces trésors ne les échangeraient pas contre tout l'argent du monde. Quand, en certains jours de l'année, on les expose à la vénération des fidèles, ces derniers accourent par milliers pour s'agenouiller devant eux et adorer le divin Sauveur qui les a sanctifiés; ils se pressent en foules compactes pour les baiser, espérant qu'une vertu divine, au moins intérieure, en sortira comme autrefois pour les purifier et les guérir.
Et qui pourra compter les grâces secrètes que les fidèles ont obtenues, au cours des siècles, par cette vénération faite de foi et de confiance.
Heureux ceux qui ont un tel privilège. Mais ici encore, faut-il répéter ce qui a été dit au sujet du Calvaire et du Sépulcre. L'on peut très bien se sanctifier sans ces consolations sensibles dans la piété; et une prière confiante est exaucée de Jésus sans qu'il soit besoin d'un contact matériel avec les instruments ou les linges de sa Passion. Ce serait sûrement fausser la piété que de la faire consister uniquement ou principalement dans ces manifestations extérieures. Dieu est esprit et vie, et c'est avant tout par la foi et la grâce qu'on l'atteint.
Consolons-nous dans cette vérité. Tâchons de faire abstraction le plus possible des satisfactions sensibles ou des choses matérielles dans nos rapports avec Dieu. Allons à la très sainte Trinité par l'Humanité de Jésus et la médiation de Marie sa Mère; attirons Dieu en nous par la grâce et les bonnes oeuvres; vivons unis à Jésus et à Marie par un amour généreux, une constante imitation, et échangeons volontiers les consolations sensibles de cette terre contre l'assurance des ineffables consolations du ciel.
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356.— La participation à la rédemption du Christ.
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La Rédemption de la part du Christ a été surabondante. Nous savons qu'un seul acte d'amour de Jésus pour son Père, offert en réparation de tous les actes de haine des hommes contre Dieu, suffisait à racheter mille mondes plus coupables que le nôtre. Jésus aurait donc pu s'en contenter. Il ne l'a pas voulu, et il nous a donné la preuve la plus éclatante de son amour pour nous, de son horreur pour le péché, de son zèle pour la gloire de son Père en voulant que l'oeuvre de la Rédemption fût la plus parfaite possible. Il ne s'est pas contenté d'offrir à son Père tous les actes et mouvements de sa vie humaine, il lui a offert toutes les gouttes de son sang. Et Dieu a été apaisé, le monde a été racheté.
Suffit-il maintenant aux hommes de croire en les merveilleux effets de la Rédemption , d'avoir confiance qu'ils lui sont appliqués et de se croiser les bras ou d'agir au gré de ses caprices et de ses concupiscences ? Ce serait vraiment trop commode ! Tout chrétien, membre du Christ, doit participer à l'action de son Chef sous peine de ne plus recevoir communication de sa vie divine, de devenir un membre mort et d'être jeté au feu de l'enfer. Il doit donc parachever en ce qui le concerne l'oeuvre de la Rédemption. Le Christ a fait sa part, le chrétien doit faire aussi la sienne; le Christ a souffert, le chrétien doit souffrir; le Christ a été victime, le chré tien doit l'être aussi; les'mérites du Christ sont pour toute l'Église et forment un trésor spirituel inépuisable, le chrétien doit apporter sa part au trésor commun, grâce à ses prières, ses bonnes oeuvres, ses sacrifices, et coopérer de tout son pouvoir à la rédemption des autres comme à la sienne propre. Un chrétien ne peut vivre dans les délices quand son Maître a vécu dans les peines; il lui siérait mal d'être couronné de roses quand son Chef est couronné d'épines. Voilà pourquoi l'oeuvre de la Rédemption continuera de se parachever jusqu'à la mort du dernier des chrétiens.
Retenons pour notre compte ces conclusions aus- tères, mais inévitables. Nous ne pouvons nous contenter du titre de chrétiens, nous devons vivre selon ses rigou reuses exigences; nous devons par conséquent être avec le Christ victimes et rédempteurs. Il y a des âmes dont le salut dépend en quelque sorte de nos propres expiations; si nous refusons la souffrance, nous fermons à ces âmes la porte du ciel. Si nous comprenions bien le dogme de la communion des saints, de la solidarité spirituelle qui unit entre elles et avec le Christ les âmes rachetées par lui, de la réversibilité des mérites dans l' Église , peut-être serions-nous moins ennemis de la croix et nous empresserions-nous davantage à nous offrir en holocaustes avec Jésus à l'Amour miséricordieux.
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357. — La vie par la mort.
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Après avoir répandu dans son champ les grains de blé, le semeur les recouvre avec la herse d'un peu de terre, puis il laisse à la pluie et au soleil le soin de faire leur oeuvre. L'humidité et la chaleur s'empareront de ces grains de blé, elles les dégageront de leur gaine et de cette destruction apparente surgira une vie nouvelle. Des brins légers sortiront de terre, ils croîtront, et au bout de leurs tiges se balanceront un jour des épis richement fournis.
Notre divin Maître nous rappelle par cette comparaison la nécessité de la mort aux choses terrestres afin de vivre d'une vie céleste: «Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure stérile; mais s'il meurt, il produit beaucoup de fruit... Celui qui aime sa vie la perdra; et celui qui hait sa vie en ce monde la conservera pour la vie éternelle». (Jo., XII, 24-25).
Pour le chrétien comme pour le grain de blé, la mort est ùn principe de vie. Le Christ est mort sur la croix, et dès l'instant qu'il a rendu le dernier soupir a commencé la libération du genre humain. A la suite de son Maître le chrétien doit mourir, de cette mort mystique produite par la mortification universelle, par le renoncement à toutes les choses de la terre, par la souffrance imposée ou acceptée. C'est la condition pour que sa vie soit féconde pour son âme et celle des autres. Il est ce grain de blé jeté en terre; il doit ensevelir en quelque sorte sa volonté propre, son jugement propre, son amour propre sous la terre de la mortification; l'humidité de la souffrance et la chaleur de la grâce divine auront vite fait disparaître ce qu'il y avait en lui de nature viciée par le péché originel, affaiblie par les péchés personnels; et c'est comme une nature nouvelle qui surgira de terre, purifiée, rajeunie, embellie de tous les charmes de la vertu et de la sainteté. La tige de son âme résistera vaillamment à toutes les bourrasques et son influence amènera au Christ des âmes qui atten daient d'elle le secours sauveur.
Laissons-nous gagner à ces pensées de foi. Rappelons-nous souvent la parole de Jésus: Celui qui aime sa vie la perdra. Si nous voulons donner à notre vie humaine, naturelle, terrestre toutes les satisfactions qu'elle requiert, nous laissons dépérir en elle les principes qui lui communiqueraient une vie impérissable: la mortification, la souffrance, la grâce divine. N'encourons pas cette éternelle responsabilité; sachons mourir afin de pouvoir vivre une vie vraiment surnaturelle, divine et cél ste.
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358. — Pour être digne de Jésus.
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Un bon fils tient à faire honneur à son père; un bon élève ne néglige rien pour faire honneur à son maître. Comme chrétiens nous sommes les fils et les disciples de Jésus-Christ; si nous sommes bons chrétiens, nous voudrons également lui faire honneur. Et comment ? Jésus nous l'enseigne: «Si quelqu'un veut venir après moi, s'il veut être mon disciple, qu'il se renonce lui- même, qu'il porte sa croix chaque jour et me suive. (Luc, IX, 23). Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas, n'est pas digne de moi.» (Math., X, 38).
La parole de Jésus est bien claire. On ne vient à sa suite, on n'est vraiment son disciple que si on porte la croix comme lui et avec lui. Pour être digne du Christ, digne de son nom, de son amour, de ses grâces, de sa gloire, il faut porter sa croix. Quelques fois dans la vie ? Non; tous les jours.
Nous savons Maintenant que la croix est inséparable du vrai chrétien. Il nous reste donc à pratiquer ces paroles austères de notre Maître divin. S'il y avait eu un autre moyen de devenir disciple de Jésus et digne de lui, il nous l'aurait enseigné. Toutes les fois au contraire qu'il proposé dans l'Évangile des pratiques de perfection, on peut dire qu'elles se râmènent à ces principes généraux: le renoncement, le détachement, la mortification, la croix. S'il y avait eu dans le plan actuel de la Providence un autre moyen plus efficace pour racheter l'humanité que celui de la 'mort du Christ en croix, il l'aurait sûrement pris; comme il ne l'a pas fait, il faut croire que Dieu n'en voulait pas d'autre.
Prenons-en donc notre parti. Toute la vie de Jésus fut une croix et un martyre; toute la vie du chrétien doit être une croix et un martyre. Ne nous effrayons pas cependant de cette rigoureuse déduction. Nous ne sommes pas seuls; Jésus est sans cesse à côté de nous pour nous donner ses grâces de patience et de force, et nous faire trouver dans la croix une suavité et des consolations inexprimables. Et puis, rappelons-nous que nous avons affaire à un Dieu qui est bon et compatissant autant que juste. Il sait notre humaine faiblesse, et au milieu des montées pénibles il nous ménage des haltes qui permettent de respirer. Il est rare en effet que la croix nous accable tous les jours de l'année et toutes les heures du jour. Dans les moments de détente nous devons nous faire une provision d'énergie qui nous permettra de reprendre la croix et la montée du Calvaire.
Ayons donc confiance en Dieu, abandonnons-nous à sa Providence. Marchons avec Jésus, dans le même sentier que lui, portant la croix comme lui. Du haut du ciel il nous regarde, il est fier de nous, il attend avec impatience le moment de nous faire partager son éternelle récompense.
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359. — La béatitude des larmes.
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Cette béatitude proclamée par le divin Maître dut paraître souverainement étrange à ses auditeurs. C'était pour eux un langage inconnu. Jusqu'alors on leur avait dit: Heureux ceux qui rient, heureux ceux qui possèdent tout ce qui peut leur procurer la satisfaction de tous leurs désirs. Ils ne pouvaient se faire une idée que le bonheur se trouvât dans les privations et dans les larmes. Et c'est pourtant ce que leur assure le divin Maitre de toute science, la Sagesse incarnée: «Bien heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés».(Math., V, 5).
La foi nous permet de corroborer l'enseignement du Christ. Regardons autour de nous: il y a des jouisseurs en quantité. Ils sont de tous les festins, de toutes les fêtes; la coupe des plaisirs leur est présentée, ils y boivent avidement, ils la vident tantôt d'un trait, tantôt à petites gorgées. Sont-ils heureux ? Disons plutôt qu'ils sont étourdis; les remords de leur vie coupable sont momentanément étouffés par la dissipation dans laquelle ils vivent, mais un jour ces remords reviendront les importuner avec une vigueur accrue. Ils boivent à la coupe enchantée, mais au fond s'y trouve l'amertume de la honte, du dégoût, d'une affreuse tristesse; et bon gré mal gré ils l'avalent; de tous les plaisirs auxquels ils ont goûté il ne leur reste en somme que le goût de l'amertume qui les a terminés, quand ce n'est pas même l'atroce désespoir. Non le bonheur ne consiste pas dans les plaisirs étourdissants et coupables de ce monde.
La Sagesse divine a raison: il consiste dans leur privation, dans les tristesses des épreuves chrétiennement supportées, dans les larmes qui se changent pour eux en consolations divines. La nature humaine souffre assurément de se voir dénuée, alors que tant d'autres sont dans l'abondance; elle serait portée à envier le luxe et l'éclat des fêtes dies riches et des heureux de ce monde, alors qu'elle vit misérablement dans l'isolement et dans les larmes. Mais elle ignore aussi l'amertume du fond des coupes enchantées, et sa résignation à souffrir et à pleurer avec le Christ lui vaut une intimité plus grande avec lui et l'assurance d'un bonheur sans fin. N'envions pas aux mondains leurs fêtes, leurs rires et leur luxe désordonné. Vivons plutôt volontairement éloignés de toutes ces étourdissantes distractions. Ne voyons qu'un sujet de joie dans les peines et les larmes qui font notre partage actuel, étant persuadés que nos tristesses se changeront un jour en joies, que ce que nous avons semé dans les larmes, nous le moissonnerons dans une allégresse éternelle
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360.—La persécution pour la justice.
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C'est un fait que presque partout l'Église catholique rencontre la persécution; il en a été ainsi depuis ses origines. Quand l'on ne s'attaque pas à son corps l'on s'attaque à ses membres; quand la persécution n'est pas ouverte et sanglante, elle est sournoise et démoralisante. Tous les moyens sont employés pour la détruire ou l'écarter. On essaie de porter atteinte à ses droits inaliénables de société spirituelle parfaite; l'État lui en accorde parcimonieusement l'exercice, tâche à lui enlever tout rayonnement au dehors de ses temples, comme si le catholique avait une conscience spirituelle et une conscienc politique. On veut soustraire de sa tutelle l'enfance des écoles; on lui interdit l'accès auprès des ouvriers; on prétend qu'elle n'a rien à voir dans la question sociale.
Elle trouve des persécuteurs dans les chefs d'État, dans les ministres des autres religions, dans les groupements franc-maçons, socialistes, communistes, racistes, comme dans les simples individus dont les croyances et les principes d'action sont opposés aux siens. On la persécute à cause de sa doctrine et de ses pratiques, qui sont en contradiction constante avec la doctrine et les moeurs des gens de ce siècle, dont l'idéal se borne à la matière et au temps, et qui servent d'une façon plus ou moins consciente le prince de ce monde et des ténèbres qui s'appelle Satan.
L'Église pourtant ne s'en émeut pas; elle s'y attend plutôt; car la persécution lui a été annoncée par son divin Fondateur, lui-même persécuté et mis à mort. «Si le monde vous hait, lui a-t-il dit, sachez qu'il m'a haï le premier. Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui lui appartiendrait en propre; mais parce que vous n'êtes pas du monde et que je vous ai chosis du milieu du monde, à cause de cela le monde vous hait. Souvenez-vous de la parole que je vous ai dite: le serviteur n'est pas plus grand que le maître. S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront vous aussi.» (Jo., XI, 18-21). Faut-il s'en affliger ? Il faut au contraire s'en réjouir, tout comme les apôtres, à cause des effets bienfaisants de la persécution: «Heureux êtes-vous lorsqu'on vous insultera, qu'on vous persécutera, et qu'on dira faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous et soyez dans l'allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux». (Math., V, 11-12).
Ces avertissements du Maître et bien d'autres encore doivent suffire à nous soutenir dans les persécutions diverses auxquelles nous serions personnellement en butte, d'où qu'elles viennent, même parfois des personnes les plus saintes et les mieux intentionnées. Réjouissons-nous de cette occasion qui nous est offerte d'une nouvelle ressemblance avec le Christ;prions pour ceux qui nous persécutent et nous calomnient; n'opposons à leurs persécutions que la patience, la douceur, la prière, et l'épreuve nous purifiera, nous grandira, nous rendra dignes de Jésus et de sa gloire.
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361.—La folie de la croix.
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Les béatitudes prononcées par Notre-Seigneur paraissent aux non-chrétiens et même aux chrétiens médiocres étrangement paradoxales. On est porté à rire quand on entend proclamer la béatitude dans la pauvreté d'esprit, la douceur, les larmes, la faim et la soif de la justice, la miséricorde, la pureté de coeur, l'esprit pacifique qui commande le pardon des injures, la persécution pour la justice. Aux hommes charnels qui mettent leur idéal dans la richesse, la vengeance des injures, l'assouvissement de tous leurs instincts de jouissance, les plaisirs et les honneurs, ces paroles sonnent faux; elles font croire à la folie de celui qui les prononce ou de ceux qui y ajoutent foi. L'expérience de la vie et de l'éternité obligera pourtant, tôt ou tard, bon gré malgré, à donner raison à la Sagesse éternelle de qui elles viennent. Le tort des charnels et des mondains, c'est qu'ils limitent leurs ambitions à cette vie passagère, feignant de croire qu'après elle tout est fini, et qu'il faut en profiter largement pendant qu'on la tient. Jésus se place au contraire au point de vue de la foi et de l'éternité; et dès lors, la vie prend un tout autre aspect, car la béatitude véritable ne vient et ne s'achète qu'au prix de toutes les tribulations.
L'ardent apôtre des Nations continue le langage du Christ lorsqu'il nous dit: «Nous nous glorifions dans nos tribulations, sachant que la tribulation produit la constance, la constance une vertu éprouvée, et la vertu éprouvée l'espérance. Or l'espérance ne trompe point parce que l'amour de Dieu est répandu dans nos coeurs par l'Esprit-Saint qui nous a été donné.» (Rom., V, 3-6). «Pour moi, Dieu me garde de me glorifier sice n'est dans la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ.» (Gal., VI, 16).
Se réjouir, se glorifier dans les tribulations, voilà bien une folie, disent les sages de ce monde: c'est la folie de la croix.Saint Paul ne craint pas d'employer lui-même, cette expression et il l'explique: «La doctrine de la croix est une folie pour ceux qui périssent, mais pour nous qui sommes sauvés, elle est une force divine. Nous prêchons un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les Gentils; mais, pour ceux qui sont appelés, puissance de Dieu et sagesse des hommes Car ce qui serait folie de Dieu est plus sage que la sagesse des hommes, et ce qui serait faiblesse de Dieu est plus fort que la force des hommes.» (I Cor., I, 18-26).
Méditons ces paroles; ayons-les sans cesse présentes à l'esprit et au coeur, surtout en présence des tribulations, des railleries des impies et de nos propres découragements. Elles expliquent le mystère des souffrances d'un Dieu fait homme, le mystère aussi de nos propres souffrances ici-bas. Soyons constants dans nos tribulations; acquérons des vertus éprouvées; vivons dans une infaillible espérance et que l'amour de Dieu mis en nos coeurs par l'Esprit-Saint nous prépare, par l'épreuve courageusement supportée, à la béatitude éternelle.
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362. — Paix et miséricorde.
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L'apôtre saint Paul, se glorifiant dans la croix de Jésus, ajoute en matière de conclusion: «Paix et miséricorde sur tous ceux qui suivront cette règle». (Gal., VI, 16). La règle en question c'est l'Évangile de la croix qui est à base de renoncement et de sacrifice et qui fait du chrétien une nouvelle créature, toute sacrifiée et spiritualisée par les larmes et la grâce du Christ.
Donc, la béatitude et la gloire dans la tribulation puis la paix et la miséricorde.
La paix ! qui ne la cherche pas ? On la demande à toutes les créatures, au lieu d'aller la demander à Celui-là seul qui peut la donner parce qu'il est le seul qui la possède en propre: au Christ, prince de la paix, par sa Mère, reine de la paix. La paix, on le sait, est la tranquillité de l'ordre. Dans la créature inanimée elle consiste à suivre les lois que le Créateur lui a imposées. Mais chez l'homme, à la fois âme et corps, la fidélité aux lois matérielles ne suffit pas; il lui faut avant tout la fidélité aux lois imposées à sa raison, à sa volonté et à son libre arbitre. Ces lois sont intangibles, absolues; on peut s'en affranchir, mais on ne se libère pas pour cela et quiconque les viole s'expose à en subir les sanctions; et les sanctions sont d'autant plus rigoureuses que la mauvaise volonté est plus manifeste. Dieu ne pactise ni avec l'erreur ni avec le vice; il n'y a pas de paix pour l'impie. Il a beau vouloir nier cette vérité, s'en moquer, essayer de s'en affranchir, toujours la sanction le guette, qui s'annonce par le remords, le trouble, l'angoisse morale. Le juste, au contraire, le vrai chrétien qui s'impose la croix afin d'être fidèle aux lois qui régissent sa nature spirituelle, y trouve un apaisement parfait, une satisfaction intime qui le dédommagent dès ici-bas des sacrifices qu'il s'impose.
La paix dans le sacrifice assure encore au chrétien la miséricorde de son Dieu. La faiblesse humaine peut le surprendre; il peut momentanément oublier les lois divines, il peut les transgresser; mais il se relève aussitôt de ses chutes, et sa bonne volonté fait jouer en sa faveur la miséricorde plutôt que la justice de Dieu.
Tâchons de nous mériter la miséricorde de Dieu, maintenant et surtout pour l'heure de notre. mort; vivons pour cela dans la paix d'une bonne conscience. Observons généreusement toutes les lois imposées à notre âme élevée à l'état surnaturel et destinée à partager le bon heur de Dieu même. Chargeons-nous courageusement de la croix qui maintiendra notre âme dans la tranquillité de l'ordre moral et divin: le royaume de la paix sans déclin nous sera définitivement acquis ici-bas et au ciel.
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363. — L'exemple du Christ.
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Nous arrivons à la conclusion de ces lectures sur les souffrances du Christ. Toute sa vie a été une croix et un martyre. Nous l'avons constaté dès le premier instant de son Incarnation, au cours de sa vie publique, mais particulièrement en les heures souverainement fécondes de sa Passion. Si l'ceuvre de notre Rédemption a commencé avec le premier soupir d'amour et le premier acte de soumission du Verbe incarné à l'égard de son Père céleste, elle s'est achevée avec la dernière goutte de son sang et le dernier bat tement'cle son coeur. Pendant trente-trois années dont la valeur rédemptrice équivaudrait à des milliards de siècles, le Christ a rendu à la Majesté souveraine de Dieu des hommages infinis de réparation, d'amour et d'adoration. Sa divine Mère, les anges, tous les hommes depuis notre premier père Adam jusqu'au dernier qui naîtra sur cette terre ont bénéficié ou bénéficieront de sa Rédemption; et s'il y a dans l'enfer des anges déchus et des damnés, la faute n'en est pas à la rédemption insuffisante du Christ, mais à la mauvaise volonté de ses créatures rebelles.
Jésus a souffert, il est mort pour toutes les créatures angéliques et humaines; sa rédemption est universelle et éternelle; elle est due principalement à l'effusion de son sang divin. Les chrétiens venus après lui ne seront sauvés que par l'imitation du Modèle qui leur a été montré sur la montagne du Calvaire. Il nous a donné l'exemple pour que nous marchions sur ses traces. (I Petr., II, 21). La voie qu'il nous a ouverte est la voie royale de la croix: c'est donc celle qu'il nous faut suivre si nous voulons que sa Rédemption devienne profitable à nos âmes.
Ne nous laissons pas abattre aux heures de fatigue, de souffrance, de désolation morale, mais considérons sans cesse le terme auquel nous aspirons. Comme de vaillants athlètes, (courons avec persévérance dans la carrière qui nous est ouverte les yeux fixés sur Jésus, l'auteur et le consommateur de notre foi, lui qui, au lieu de la joie qu'il avait devant lui, méprisant l'ignominie, a souffert la croix et est assis à la droite du trône de Dieu». (Hebr., XII, 2). Que la vision du ciel, où un trône nous est préparé à nous aussi, soit notre soutien jusqu'à la fin de notre course terrestre.
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364.—Venez, les bénis de mon Père.
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Les enseignements que nous avons fini de méditer sont austères. Ils nous mettent sans cesse, et presque avec importunité, devant les yeux la croix du Christ, faite de renoncements, de détachement, de mortification, de sacrifices volontaires, de souffrances et d'immolations acceptées. Ils nous assurent que la croix est le chemin, l'unique chemin du ciel.
Le ciel ! perspective consolante, sans doute; espérance paisible qui soutient un grand nombre d'âmes, dans lesquelles la foi pousse encore des racines profondes. Mais pour un trop grand nombre, hélas ! elle tend à devenir insuffisante. Vivant dans une atmosphère saturée de matérialisme jouisseur, entouré de gens sans foi ni moeurs pour qui tout l'idéal se résume dans le plaisir du jour présent et les joies de cette terre, le chrétien risque de se laisser envahir à son tour. Tant d'êtres humains vivent heureux, alors qu'ils ont définitivement foulé la croix aux pieds. Ne faudrait-il pas croire qu'en somme c'est eux qui ont trouvé la vraie formule de la vie ? Est-ce bien une vie que celle du chrétien obligé de traîner après lui, tous les jours, cette croix qui alourdit son existence ? Tant d'autres boivent à la coupe enchanteresse; pourquoi faut-il que le chrétien se contente d'un calice d'amertume ?
Tentation fréquente, qui fait malheureusement trop de victimes. On se débarrasse consciemment de la croix des lois chrétiennes pour courir allégé aux jouissances coupables; on repousse le calice pour aller boire à une coupe plus délectable. Et le démon en est fier, car les transfuges de la croix sont rapidement ses victimes. Mais est-il bien sûr que l'impie est heureux ? A-t-il toujours à souhait les satisfactions qu'il recherche ? Un poète qui en faisait tristement l'expérience avouait qu'au fond de la coupe des plaisirs où il buvait, il trouvait une amertume dégoûtante. Il n'est pas le seul à l'avouer. L'homme est fait pour l'infini, et l'infini ne se trouve qu'en Dieu. Il cherche son bonheur dans le plaisir et la richesse, dans les sciences et les arts, dans la domination et dans la gloire; et même lorsqu'il en atteint les limites extrêmes, il sent qu'il a encore des besoins à satisfaire; son désir de béatitude augmente à mesure qu'il semble l'atteindre. Il cherche toujours; heureux si la foi veille encore en son âme ou si une grâce puissante de Dieu vient le convaincre que pour trouver l'assouvissement de son désir infini de bonheur il doit se donner à l'Infini, à Dieu. S'il ne le fait pas, il tombe dans l'abîme du désespoir et meurt en maudissant la Providence qui l'aurait créé pour le malheur.
Tel n'est pas le sort du chrétien. Il sait que le temps lui est donné pour acquérir l'éternité; son âme immortelle est faite pour le ciel et la souffrance devient légère qui ouvre devant lui la perspective d'une infinie béatitude. Lui qui n'a pas rougi de la croix du Christ, qui en a fait la compagne de sa vie si courte, si passagère, il meurt dans l'assurance d'avoir été agréable à Celui duquel dépend son éternité; il entend déjà la suprême invitation à entrer dans la joie de son Seigneur. Et sa mort est douce, elle est consolée; il aperçoit Jésus qui vient lui présenter la couronne de vie qu'il avait promise à ses oeuvres et à ses sacrifices.
Soyons de vrais chrétiens, portons vaillamment notre croix et nous entendrons un jour cette parole qui changera en joie éternelle nos tristesses passagères: «Venez, le béni de mon Père, prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès l'origine du monde.» (Math., XXV, 34).
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365. — Il m'a aimé et il s'est livré pour moi.
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L'amour du Christ est le premier et dernier mot de sa vie terrestre: amour pour son Père, amour pour les hommes créés à l'image de Dieu et destinés à partager sa vie et sa béatitude éternelles. Cet amour l'a porté à s'incarner pour pouvoir rendre à son Père l'amour infiniment agréable d'une créature humaine hypostatiquement unie à sa divinité, et lui présenter avec le sien l'amour de cette multitude incommensurable de frères dont il est le premier-né dans la pensée éternelle.
Le péché d'Adam étant venu contrecarrer ce dessein, le Christ en s'incarnant, ne délaissera pas le motif primordial de l'amour qui le poussait à se faire homme, mais il y ajoutera un second, celui de la réparation envers l'Amour offensé. Comme il n'y a pas de réparation sans humiliation, ni de rédemption sans effusion de sang, Jésus prend une chair passible, l'assujettit à toutes les misères de la nature humaine, hormis le péché, et il décide d'offrir à son Père tout son sang jusqu'à la dernière goutte. Ce faisant, il devient réparateur et rédempteur; il manifeste à Dieu l'amour infini qu'il lui porte; il manifeste aussi à ses frères les hommes cet amour poussé jusqu'à l'extrême limite qui est de donner sa vie pour ceux que l'on aime Ainsi l'Incarnation et la Rédemption , dans l'économie actuelle des plans divins, sont un magnifique chant d'amour du Verbe incarné à Dieu son Père et aux hommes ses frères. Il a aimé Dieu et il s'est livré à sa justice pour glorifier son amour; il a aimé les hommes et il s'est sacrifié pour leur rendre un nouveau droit à l'amour de Dieu.
Le Christ est amour; le chrétien doit être amour. La charité est la première et la plus sublime des vertus, celle qui subsiste éternellement; et l'homme n'a pas trop de sa courte existence pour faire l'apprentissage du chant qu'il modulera dans une béatitude sans fin. Que nous serions insensés de vivre dans la haine et le péché, quand nous sommes faits pour vivre dans la grâce et la charité !
Laissons-nous donc totalement envahir par l'amour du Christ qui nous presse; il nous a aimés le premier, s'est livré pour chacun de nous: aimons-le nous aussi et livrons-lui tout notre être pour qu'il le consume dans les flammes de sa charité. Portons jusqu'à la mort la croix qui est la plus sûre manifestation de notre amour pour Jésus;soyons consommés dans cette union de charité qui ne doit faire qu'une même réalité, du Christ et de chacun de nous. Que cet amour, fort comme la mort, nous pousse à donner au Christ jusqu'à la dernière fibre de notre coeur, jusqu'à la dernière goutte de notre sang, jusqu'au dernier souffle de notre vie, pour mériter d'aller aimer éternellement avec lui le Dieu qui est amour.
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AUX ÉDITIONS FRANCISCAINES
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LE TRÉSOR DES TRÉSORS, LA SAINTE MESSE, par le R. P. Germain-M. Desnoyers, O.F.M.
Ce livre est une synthèse renouvelée du mystère eucharistique. L'auteur a mis là ses longues années d'expérience comme conférencier et directeur spirituel. On le connaît pour un spécialiste en liturgie et cet ouvrage manifeste sa vaste éruditiqn que les lecteurs ne manqueront pas d'apprécier.
Rme P. Léonardq Bello, Min. Gén. de l'Ordre des Frères Mineurs, LE CŒUR IMMACULÉ DE MARIE, Trad. du P. Jean-François Bonnefoy, o.f.m. "
Cet opuscule chargé de doctrine sera utile non seulement aux membres des trois Ordres de saint François qui furent ses premiers destinataires, mais encore à tous les pieux fidèles qui ont le légitime souci de mieux connaître les insondables richesses du coeur de Marie, Mère de Dieu et notre Mère ".
(Préf. du Trad.) STE ZITE, par P. Martial Lekeux, (coll. " les saints laïques ").
La vie héroïque en sa belle simplicité d'une fille intelligente issue d'une famille pauvre. Engagée comme servante, elle prit sa tâche tellement au sérieux et si chrétiennement que, sans même s'en douter, elle finit par s'imposer à tout son entourage. Sa méthode de rayonnement est à la portée de toute jeune fille.
STE FRANÇOISE ROMAINE, par P. Martial Lekeux, (Coll. " Les saints laïques ").
Une femme qui, mariée contre son gré, est assez intelligente et énergique pour tirer parti de sa situation en devenant épouse, mère et maîtresse de maison partout également accomplie, grâce à un idéal qui dépassait tout cela et lui servit de guide. LES TROIS VOIES, par saint Bonaventure, Introd., trad., notes du R. P. Jean-François Bonnefoy, o.f.m. L'un des opuscules les plus célèbres du grand Docteur de l'Église, saint Bonaventure. Cette nouvelle publication n'est pas un commentaire, elle vise "seu lement à indiquer ses idées générales, le sens de ses principales divisions et les termes qui reviennent le plus souvent sous la plume du Docteur Séraphique ".
En vente à la LIBRAIRIE S.-FRANCOIS
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MONTRÉAL, 25, Can.
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