DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?

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Prêtres du Monde

auteur

+ Sr Denise Christiaenssens
Ermite de la croix o.f.s.

Rimouski Qc. Canada

Titre de la série :
La divine Eucharistie
Titre de la page:

Le Christ à souffert pour nous
Tome II -numéro 335 à 344

Nom de l'auteur:
St Julien-Eymard.s.s

 

 

    Je cherche le Tome I du numéro 01 à 306

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335 .Marie, le jour du sabbat.

Nous aimerions que les évangélistes fussent moins sobres de détails sur la mère de Jésus. Nous saurions peut-être si, à son retour du Calvaire, elle eut la force de prendre quelque nourriture, si elle réussit à reposer par le sommeil ses membres las et ses nerfs épuisés; de quelle façon elle passa la longue journée du sabbat. Il nous faut donc, avec les pieux auteurs, user de conjectures.

Oui, Marie sut raisonner sa douleur et donner à son corps les soins qu'il réclamait; même si elle ne l'eût fait par raison, son amour pour Jean et son désir de lui être agréable eussent suffi pour l'y décider. Le repos de la nuit fut donc comme son espérance; ce qui n'empêcha pas son coeur de veiller, comme l'épouse des Cantiques, et de battre d'un tendre amour pour son Fils adorable. Elle savait d'ailleurs que si son corps était au tombeau, son âme toujours vivante jouissait déjà de la gloire au séjour des limbes. Qui sait si l'apparition miraculeuse ne lui en fut pas faite. Jésus aurait-il été, à l'égard de sa Mère, plus avare de ses dons qu'il ne l'a été pour tant de ses amis privilégiés ? Et puisque la Rédemption était chose accomplie, ne convenait-il pas que les consolations remplissent l'âme de la co­rédemptrice tout comme la joie inondait déjà l'àme du Rédempteur ? Toute la journée du sabbat, Marie la passa dans la demeure qui lui donnait l'hospitalité. Consolée par l'apparition de l'âme de Jésus, reposée dans son corps, fortifiée par la foi en la prochaine résurrection de son Fils, on peut croire que la douloureuse impression de solitude fit place à une paix profonde, à une joie intime qui rayonnait jusque sur sa physionomie. Et bien des coeurs délicats se firent un devoir de lui rendre visite: par quelle meilleure manière pouvaient-ils sanctifier ce jour réservé au Seigneur ? Jean raconta les détails de la Cène, de l'agonie, de l'arrestation, de la trahison de Judas, du reniement et des larmes de Pierre, des séances du Sanhédrin, des comparutions devant Pilate et Hérode. Le coeur de Marie saignait à ces souvenirs, mais elle se disait que tout cela était fini et avait eu pour effet de racheter l'humanité. Les saintes femmes, con­ duites par l'ardente Madeleine, vinrent l'entretenir à leur tour de Jésus qui était le seul objet de leurs pensées et de leurs affections. Mais la visite qui consola le plus la très sainte Vierge fut celle des apôtres qui se décidèrent enfin à sortir de leurs retraites et à braver les Juifs. Pierre surtout fut là, il ne manqua pas de s'agenouiller devant elle, de lui confesser sa faiblesse, d'implorer son pardon qu'elle ne pouvait lui refuser puisqu'il avait déjà reçu celui du Maître. Seul Judas manquait, le malheureux dont le bruit courait, en ville, de son horrible pendaison. A tous ceux qui la visitèrent, Marie prodigua sa bonté et ses consolations; à tous elle communiqua son serein apaisement, son espérance réconfortante, sa foi en la résurrection de Jésus. Elle commençait auprès, des apôtres et des disciples son rôle de mère, de soutien et d'éducatrice.

Aimons, nous aussi, à parler avec Marie de son doux Fils Jésus; écoutons ses confidences et ses enseignements; elle a le secret de tous les pardons, de toutes les consolations; elle apprend à bien aimer Jésus; elle nous donne le plti's sûr moyen de l'imiter et d'obtenir ses bénédictions.


336.—La démarche des Sanhédrites auprès de Pilate.


Pendant que près de la mère de Jésus des âmes aimantes se consolent en parlant de lui, la haine continu e d'agir dans le coeur des Sanhédrites. Ils ont constaté avec rage que Pilate a fait don à Joseph du corps de Jésus; ils ont épié les gestes du sanhédrite infidèle; ils ont suivi de loin les scènes de la sépulture. Le tombeau de Joseph étant dans son jardin, ils ne peuvent empêcher les disciples d'y revenir, et ceux-ci vont user de stratagèmes pour faire croire au public que Jésus est ressuscité comme il l'avait prédit. Or il ne faut à aucun prix qu'une telle créance se répande. Aussi prennent-ils des mesures pour empêcher pareille imposture.

«Le lendemain, qui était le sabbat, les Princes des prêtres et les Pharisiens allèrent ensemble trouver Pilate et lui dirent: Seigneur, nous nous sommes rappelés que cet imposteur, lorsqu'il vivait encore, a dit: après trois jours je ressusciterai; commandez donc que son sépulcre soit gardé jusqu'au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent dérober le corps et ne di­ sent au peuple: il est ressuscité des morts. Cette der­ nière imposture serait pire que la première.» (Math.,XXVII, 62-65). Ainsi au lieu de passer le sabbat dans la prière et le repos, ces scrupuleux observateurs de la loi reviennent trouver Pilate pour l'importuner d'une nouvelle demande; puis ils se rendront au sépulcre et y apposeront leurs scellés et leurs gardes. Ce n'est pas une demande qu'ils font au gouverneur, c'est un ordre qu'ils lui donnent: commandez ! comme s'il avait des ordres à recevoir d'eux. Ils méprisent à ce point Jésus de Nazareth qu'ils ne le nomment même pas, le désignant seulement par l'épithète injurieuse de séducteur ou d'imposteur. Ils prétendent avoir oublié les prophéties de Jésus; muais leur souvenir en est bien resté dans leur mémoire, et les paroles qu'il disait de la reconstruction du temple leur apparaissent sous un jour nouveau qu'ils craignent d'être le véritable. Mais ils n'auront pas la pudeur de dévoiler leur crainte, ils la dissimulent en mettant en suspicion les disciples de Jésus, inventant des sornettes qui ont l'heur d'exaspérer Pilate. Inquiets jusque dans leur triomphe apparent, ils s'attaquent au cadavre de Jésus et à ses timides apôtres; ils veulent sceller pour toujours la porte d'un tombeau qui se rouvrira en dépit de leurs précautions. Et leur méchante démarche ne servira qu'à les confondre une fois de plus devant l'univers.

Il n'y a pas d'exemple plus tristement éloquent d'un part-pris obstiné et d'une rancune satanique. Leur haine n'ayant plus rien à ronger ronge leur propre coeur; mais ce coeur a la propriété d'être toujours rongé et jamais dévoré. Craignons d'être à notre tour victimes d'une passion aussi tyrannique. Prions Jésus qu'il en détruise les moindres germes et évitons comme la Peste les légères antipathies qui peuvent si rapidement se changer en haines tenaces. Faisons à notre Maître amende honorable pour l'insulte que les Juifs lui font jusque dans son tombeau, et disons-lui bien haut qu'il est le Dieu de toute vérité, qu'il est séducteur des âmes pour les attirer à son amour et à sa béatitude.


337. La réponse de Pilate.

Le procurateur romain avait espéré qu'une fois consommée la mort de Jésus on ne viendrait plus l'im­ portuner à son sujet. Il comptait sans la haine des Juifs. La nuit avait été mauvaise pour lui; le blâme de sa femme Procula avait augmenté son remords, son indignation de sa faiblesse, son irritation contre les Sanhédrites dignation de sa faiblesse, son irritation contre les Sanhédrites Et voilà que les Sanhédrites lui reviennent le jour même du sabbat avec cette histoire absurde de surveillance d'un tombeau, d'enlèvement d'un cadavre, de résurrection d'un mort. Sa patience est à bout; il laisse à peine le temps d'exposer la demande et il répond aux importuns, en paroles brèves qu'il veut à la fois sèches, dédaigneuses et ironiques: «Vous avez une garde: allez, gardez-1e comme vous l'entendez.» (Math., XXVIL, 65).En les congédiant, il dut sourire de leur détermination ridicule et se flatter de leur déception.

Les Juifs voulaient que Pilate députât au tombeau du Christ un corps de gardes composé de seize hommes se relevant par groupes de quatre toutes les trois heu res; ils y resteraient, ajoutaient-ils, jusque après le troisième jour, à la fin duquel l'imposture du Nazaréen,resté tranquillement dans son tombeau et sa corruption, serait officiellement reconnue; et on ne parlerait de lui. Pilate, trouvant cette mesure aussi inutile que ridicule, ne voulut pas employer ses légionnaires à pareille besogne. Puisque les Juifs disposaient de soldats pour maintenir l'ordre au Temple, puisque les Sanhédrites avaient une police entièrement dévouée à leurs intérêts, pourquoi ne s'en servaient-ils pas ? Cependant il leur permit de pénétrer, au nom de la loi, dans le jardin de Joseph d'Arimathie et d'y établir une garde de soldats. Au fond les Sanhédrites ne furent pas trop mécontents des paroles du procurateur. Elles les laissaient libres de poster des soldats dans tous les environs, en sorte que les disciples ne pourraient approcher sans être surveillés, libres aussi de choisir des hommes de toute confiance, ne se laissant vaincre ni par l'argent corrupteur ni par la pesanteur du sommeil Nous saisissons enfin une pointe d'ironie dans les derniers mots de Pilate: sicut scitis, comme vous savez si bien faire lorsqu'il s'agit s'assouvir contre quelqu'un votre haine farouche.

La passion et le vice, l'orgueil, la sensualité, l'avarice, la haine, la jalousie, la colère et tous les autres, poussés à leur dernière limite comme dans le cas des Sanhédrites, deviennent fatalement cruels ou ridicules, et même l'un et l'autre. Après avoir été cruels, les Juifs se montrent ridicules et Dieu ne tardera pas à le faire voir au monde. Que peuvent tous les agissements de la force humaine et de la raison aveugle contre les desseins du Tout-Puissant ? En attendant de constater leur confusion, promettons-nous de dompter nos passions mauvaises, de réprimer leurs premiers mouvements: avec de la bonne volonté, une ferme direction et la grâce de Dieu cela est possible et même facile. Mais si nous nous laissons dominer par elles, nous seront bientôt portés aux excès les plus déplorables. Faisons converger vers les actes de vertu et les bonnes oeuvres ces forces intimes dont nous disposons, et alors nous pourrons, grâce à nos passions, devenir des héros et des saints.


338.—La garde du tombeau.

Munis d'une permission officielle, accompagnés de leurs soldats de confiance, les membres du Sanhédrin se rendent au sépulcre où repose le corps du Christ. Ils ne trouvent dans le jardin ni Joseph d'Arimathie, ni les apôtres en train de perforer le roc, mais le seul jardinier qui se repose paisiblement dans les environs. Son indignation est grande de voir pareille troupe armée faire incursion dans le domaine qu'il garde, mais à la première protestation on le prie de s'en référer à Pilate et il comprend le jeu des Sanhédrites, ce qui ne l'em­pêche pas d'aller en avertir son maître. Mais les membres du Grand Conseil seront bien fiers de se montrer victorieusement hostiles à Joseph comme lui s'est montré sournoisement ami du Crucifié.

Ils se comportent donc en maîtres du sépulcre. Ils enlèvent d'abord la pierre et vont s'assurer que le corps de Jésus y repose. Qui sait s'ils ne l'ont pas rageusement frappé; il est du moins probable qu'ils ont insulté à sa dépouille et ricané sur l'état où se trouvait leur mortel ennemi. Ayant bien constaté la présence du cadavre, ils sortent du tombeau et roulent la pierre à l'entrée. Mais il leur faut prendre d'autres précautions qui ne sont jamais trop minutieuses quand il s'agit d'empêcher une imposture. Pour être assurés que personne, à leur insu, ne touchera à la pierre d'ici à la fin du troisième jour, ils appliquent entre la meule et le rocher une couche de ciment, placent à l'un et à l'autre endroit un cordon, y mettent de la cire à cacheter, puis enfin y apposent leur sceau officiel. Ils postent ensuite des sentinelles à la porte, tout à l'entour, et jusque dans le ravin et sur la colline voisine. Le lieu est muni comme une forteresse. Qu'il dorme maintenant en paix, le roi des Juifs ! Qu'ils viennent, ses disciples, les Galiléens méprisables !... Pauvres Pharisiens, qui vous battez un peu à la façon de don Quichotte; soyez tranquilles; les apôtres, hélas ! n'auront pas un instant l'idée généreuse que vous leur prêtez, vous êtes bien seuls à garder le corps de Jésus leur Maître; mais gardez-le bien, car Dieu va venir.

Ainsi donc une garde haineuse est placée devant le tombeau du Christ. Pour réparer cette insulte il faut au Christ, dans le tombeau de son tabernacle et de son Ostensoir, une garde d'honneur. Grâce à Dieu, il se trouve un peu partout dans l'univers, jusque dans les pays de mission les plus éloignés, des âmes adoratrices qui se relaient le jour et même la nuit devant Jésus-Hostie, lui rendant pour tous les coeurs chrétiens, pour tous les hommes, leurs hommages d'adoration, d'actions de grâces, de réparation et d'impétration. Et ces hommages lui sont souverainement agréables. Puissent ces âmes privilégiées comprendre de mieux en mieux leur noble mission et s'en acquitter avec grande ferveur. Mais si nous ne pouvons chaque jour les imiter, ne le pourrions-nous pas au moins quelquefois, au moins les premiers vendredis du mois et chaque fois que Jésus est exposé dans son ostensoir ? Nous avons tant d'amendes honorables à lui faire et tant besoin de ses bénédictions ! Notre amour trouvera toujours le temps nécessaire pour ce doux devoir et Jésus trouvera toujours de nouvelles grâces à déverser en nos âmes. Offrons-lui en la généreuse résolution.


339. — Jésus au tombeau.

Il semble que la divine Providence ait choisi à dessein le tombeau de Joseph d'Arimathie pour être le lieu de repos du Sauveur. Toutes les hypothèses qu'on essaiera d'apporter pour nier le fait de sa résurrection viendront se briser contre ce roc solide et il faudra nécessairement conclure au miracle éclatant qui confirmera la foi en la divinité du Christ et de la religion qu'il a prêchée au monde.

D'abord c'est bien un cadavre qu'on y a déposé, c'est celui d'un homme qui avait répandu tout son sang, dont le coeur avait été atteint par une lance, dont les membres et tout le corps étaient liés de façon à, rendre impossible le moindre mouvement . Il reposait au milieu de cent livres d'aromates dont l'odeur suffisait à elle seule pour le suffoquer; il séjourna une nuit, un jour complet et un matin dans une caverne qui ne laissait plus de place à un air respirable. Et à supposer que le Christ y eût vécu, qu'il eût réussi à briser ses liens et ait cherché à sortir, il n'y trouvait aucune issue. Le tombeau était taillé à même le rocher; il n'y avait à l'intérieur aucun instrument qui lui permît de perforer la pierre; la seule ouverture qui y fût était fermée hermétiquement par l'énorme meule qu'un homme affaibli comme lui était incapable de remuer d'une ligne. Avant de faire monter la garde autour du tombeau les Juifs défiants y sont entrés, ils ont vu le cadavre paisiblement reposer, ils ont roulé de nouveau la grosse pierre, y ont apposé les scellés officiels, et à l'entrée comme de tous les côtés du` sépulcre ils ont placé des gardes pour défendre aux disciples aventureux la moindre approche. Telle est la prison sépulcrale dans laquelle est enfermé le cadavre de Jésus. Mais les Juifs n'y ont pas vu les anges, ses serviteurs. Ils ont oublié de compter avec sa puissance divine; et c'est uniquement à cet argument suprême que les âmes de bonne foi devront recourir pour expliquer comment il se fait qu'au troisième jour Celui qui était si bien gardé se soit enfui de ces lieux, vivant et immortel.

Adorons avec les anges notre divin Sauveur enfermé dans le tombeau. Que ce tombeau soit le modèle de celui que nous préparons à Jésus quand il vient nous visiter par la sainte communion. Qu'il soit tout neuf par l'innocence baptismale ou renouvelé par le sacrement de Pénitence; qu'il soit pur comme le blanc linceul; que personne autre n'en occupe une place, ni le démon, ni les créatures, ni nous-mêmes; qu'il soit taillé dans le r oc des vertus solides; qu'il y trouve le silence du recueil­ lement et de la prière; que notre âme, après l'avoir reçu chez lui, ferme soigneusement sa porte aux pensées et aux affections extérieures pour se livrer à d'amoureux entretiens avec son Tout; qu'elle poste à l'extérieur ces gardes vigilantes qui sont notre bon ange et la très sainte Vierge. De la sorte le Christ et nous serons unis et comme confondus en un seul tout, à la manière des bandelettes aromatisées et du corps inanimé; nous serons déifiés par le contact intime avec la divinité et nous pourrons nous écrier avec saint Paul: «Si je vis, ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi. (Gal., II, 20).


340. — Il est ressuscité.

L'heure du grand miracle a sonné; la sainte âme de Jésus l'attendait avec impatience dans les limbes; et en quittant la compagnie des justes, le Rédempteur leur annonce qu'il leur reviendra bientôt porteur d'une nouvelle allégresse. Quelle fut cette heure solennelle ? Inutile de chercher à le savoir; les textes évangéliques nous permettent d'inférer au moins que Jésus ressuscita au commencement du troisième jour, de grand matin, avant que les ténèbres fussent complètement dissipées, vers le temps où l'aube commençait à ranimer la ville endormie de Jérusalem.

Les anges déroulent les bandelettes, enlèvent le linceul et posent à terre ces linges désormais sacrés; le suaire qui couvrait sa tête est roulé soigneusement dans un autre endroit; le sang que Jésus avait versé pendant sa Passion, ils l'ont recueilli et le remettent clans ses veines, c'est du moins une explication aussi plausible que celle d'une seconde création de sang. Tout en prêt pour recevoir la visite de la très sainte âme de Jésus. Elle pénètre dans le tombeau à l'insu des gardes très vigilants et prend de nouveau possession de son corps qu'elle rend impassible, lucide, agile et subtil.

C'en est fait; le miracle des miracles est accompli. Par un effet de sa propre puissance, à l'heure même qui avait été fixée de toute éternité, Jésus reprend volontairement la vie qu'il avait volontairement laissée. C'est fête au ciel, fête aussi sur la terre. La nature avait tressailli de douleur à la mort de l'Homme-Dieu, elle tressaille d'allégresse au moment de son immortel réveil. Il se fait un grand tremblement de terre; et en même temps un ange du Seigneur vient renverser la pierre si bien scellée par les Sanhédrites, puis il s'asseoit dessus. Son aspect ressemble à l'éclair; ses vêtements sont blancs comme la neige. A sa vue les gardes sont frappés d'épouvante et deviennent comme morts. (Math., XXVIII, 2-5). Revenus de leur stupeur ils s'aperçoivent que la pierre est écartée, que le cadavre n'est plus dans le tombeau; ils se lèvent et s'enfuient en toute hâte vers la ville, les yeux hagards, ne reconnaissant personne, et vont faire savoir au grand-prêtre et à ses collègues ce qui vient de se passer.

Pendant ce temps Jésus a quitté le tombeau, est apparu à sa divine Mère pour lui faire partager la première la joie de sa résurrection, puis il retourne aux limbes faire admirer son corps glorieux et immortel dont les cicatrices brillent d'un éclat éblouissant. Alors les saintes âmes entonnent un hymne triomphant en l'honneur du Sauveur ressuscité, et expriment leur joie de pouvoir bientôt entrer à sa suite dans les parvis éternels.

Partageons l'allégresse de Marie, des justes des limbes, de notre mère la sainte Église. Le triomphe du Christ est celui de tous les chrétiens; sa résurrection est le gage assuré de la nôtre; elle confirme éloquemment notre croyance en la divinité de sa personne et de sa doctrine. Il est ressuscité comme il l'avait prédit. Il nous a assuré que, étant la résurrection et la vie, quiconque croirait en lui, vivrait; quiconque vivrait et croirait en lui ne mourrait point pour toujours. (Jo., XI, 25,26). Croyons donc en Jésus, pratiquons ses enseignements, vivons de sa vie divine, et nous aussi nous ressusciterons avec lui pour une vie glorieuse etéternelle.


341. — L'apparition de Jésus à sa Mère.

Les évangélistes ne nous parlent pas de cette première apparition, car ils n'ont voulu rapporter que celles qui intéressaient la promulgation de l'Évangile. Or, en se montrant glorieux à sa divine Mère, Jésus voulait lui apporter les joies de sa vie nouvelle après lui avoir fait partager les tristesses de sa mort rédemptrice, et non prouver au monde sa résurrection.

Dans l'église du Saint-Sépulcre, les Pères Franciscains ont une chapelle attenant à leur couvent, la seule où soit conservé le Très Saint Sacrement. Elle occupe une partie de l'ancienne église Sainte-Marie ou de l'apparition de Jésus à sa Mère. Joseph d'Arimathie y avait autrefois sa maison de campagne, et c'est là que se serait trouvée la sainte Vierge au moment béni, ainsi que le rapporte une tradition antique et vraisemblable. Elle se serait retirée là aprés la sépulture de son Fils ou plutôt elle serait venue s'y réfugier le soir du sabbat, étant bien persuadée qu'au troisième jour Jésus sortirait glorieux du tombeau; elle serait donc tout près pour attendre sa visite. Notre piété se fait volontiers à cette vraisemblance.

Mais que Marie se soit trouvée là ou ailleurs, cela nous importe moins que le fait même de l'apparition. Marie avait passé la nuit dans la prière et l'espérance ; de grand matin, alors que son désir devenait de plus en plus ardent, elle aperçut soudain la vision éblouissante. C'était bien le corps de son Fils, la même physionomie,la même chair virginale, les mêmes plaies des pieds, des mains et du côté; mais ses plaies sont cicatrisées et rayonnantes; son corps est merveilleusement beau; sa physionomie a repris tout l'éclat de la divinité et est transfigurée par la gloire. Marie se prosterne aux pieds de son Dieu pour l'adorer, et son Dieu la relève pour la presser sur son Coeur comme le plus aimantes Fils et pour lui adresser les plus suaves paroles. Moments du ciel que l'on ne saurait décrire. L'âme de Marie est inondée d'une joie capable de la faire mourir; elle est vraiment rassasiée puisque la gloire de son Fils lui est montrée; (Psal., XVI, 15) elle baise avec une profonde révérence ses plaies si éloquentes et en elle se réalise pleinement la parole du psalmiste: «Autant la multitude des douleurs ont broyé mon coeur, autant vos consolations, Seigneur, l'ont rempli de joie.» (Psal., 93, 19).

Partageons l'allégresse de Marie; nous en avons le droit puisque nous avons pleuré ses douleurs. Remercions notre bon Maître de cette consolation ineffable qu'il accorde à sa Mère, soyons assurés que l'un et l'autre nous réservent à nous aussi de ces consolations célestes au milieu même des douleurs de l'exil, et elles ne sont qu'un avant-goût de celles qu'ils nous promettent dans le repos de l'éternité.


342. — Le témoignage des apparitions.

L'Évangile nous rapporte que le matin du troisième jour Marie-Madeleine et les autres saintes femmes, se rendant au sépulcre avec des aromates et des parfums pour y compléter la sépulture de leur Maître adoré, ne l'y trouvèrent pas. Des anges en habits blancs leur firent savoir qu'il était ressuscité. Madeleine courut an­ noncer la nouvelle à Pierre et à Jean; ils vinrent à leur tour constater que le corps de Jésus n'était plus dans le tombeau.

Cette constatation ne suffisait pas à les convaincre de la résurrection. Aussi Jésus voulut-il faire à ses disciples de nombreuses apparitions, afin d'enlever tout doute de leur esprit, de compléter leur instruction, d'instituer son Église, de lui tracer la mission qu'elle aurait à remplir dans le monde jusqu'à la fin des temps. Ces apparitions eurent lieu dans l'espace des quarante jours que Jésus voulut bien rester sur la terre avant de monter aux cieux; elles durèrent plus ou moins longtemps, mais elles permirent de constater à plusieurs reprises la vérité de sa résurrection. Il apparait à Marie-Madeleine qui croyait avoir devant elle le jardinier et qui reconnaît son Maître par la seule façon dont il l'appelle Marie; il apparaît aux saintes femmes revenant du sépulcre, les salue et leur permet de baiser ses pieds sacrés; il apparaît à Simon-Pierre, aux deux disciples retournant à Emmaüs, aux apôtres réunis au Cénacle alors que Tho mas était absent, aux apôtres encore, alors que Thomas est présent et est invité à mettre le doigt à la place des clous et la main dans son côté; il apparait à des apôtres et disciples sur le lac de Tibériade, aux Onze apôtres sur une montagne de Galilée, à plus de cinq cents disciples à la fois, à Jacques, son cousin, enfin aux Onze apôtres à Jérusalem. Tous peuvent voir sa figure il divine, le même corps d'autrefois avec les cicatrices de ses plaies; il leur parle, il mange et boit avec eux; il leur permet de le toucher; il les convainc qu'il n'est pas un esprit mais une chair vivante; il leur laisse le temps de dissiper toutes leurs craintes d'illusion et d'hallucination.

Ces apparitions doivent avoir sur tous les chrétiens les heureux effets qu'elles eurent sur les disciples de Jésus. Nous devons avec eux constater l'état glorieux du Christ qui suivit son état d'abjection; la joie qui suivit la tristesse; son triomphe sur ses ennemis après son apparente défaite; enfin leur foi et leur allégresse qui mirent fin à leurs abattements et à leur incrédulité. Laissons aux Juifs et aux déistes, aux rationalistes et aux modernistes leurs hypothèses sur l'enlèvement du corps ou l'état léthargique, sur l'hallucination ou les légendes; malheureux aveugles qui ont des yeux pour les fermer à la lumière et une intelligence pour l'enté­ nébrer par leurs erreurs passionnées. Quant à nous, ouvrons à la foi notre esprit et notre coeur; soyons heu­ reux de croire que ce même Jésus qui mourait sar la croix pour nous racheter est ressuscité le premier d'en tre les morts pour assurer notre propre résurrection. Prions la vierge Marie et les apôtres martyrs de leur foi qu'ils nous obtiennent une foi vive et une espérance inébranlable.


343.—La souffrance avant la gloire

Il est deux apparitions du Christ qui comportent une leçon en rapport direct avec ses souffrances. C'est d'abord celle qu'il fit aux disciples d'Emmaüs le soir de sa résurrection. Saint Luc nous en rapporte le mer­ veilleux récit. (XXIV, 13-36).

Les disciples avaient probablement passé à Jéru­ salem le temps des fêtes pascales; ils avaient assisté à la passion de Jésus et à sa mort; du moins ils en avaient entendu le récit détaillé de la part des témoins et des apôtres. Et maintenant tout leur semblait fini. Ils re­ tournaient vers le milieu du jour à leur bourg d'Emmaüs, s'entretenant des douloureux événements. Ils marchaient depuis plus de deux heures, tristes et abattus, comme des hommes qui ont perdu l'espérance, lorsqu'un étranger les rejoint et leur demande à brûle-pourpoint de quoi ils s'entretiennent. Ils lui rapportent les faits des derniers jours et jusqu'aux relations étranges du tombeau vide et de l'apparition des esprits célestes. Ils sont si découragés, si incrédules que Jésus car l'étranger c'était lui ne peut contenir un sentiment de douleur et d'indignation. «0 hommes sans intelligence et dont le coeur est lent à croire tout ce qu'ont dit les prophètes. Ne fallait-il pas que le Christ souffrît toutes ces choses et qu'il entrât ainsi dans sa gloire ?» Puis, commençant par Moïse et parcourant tous les prophètes, il leur explique dans les Écritures ce qui le concernait. Les disciples sont ravis d'entendre un docteur inconnu pour eux et d'une science si profonde; ils sont consolés par ses paroles qui donnent un sens lumineux aux événements qui les attristaient tant; sans s'en rendre compte, ils sont déjà rendus à destination. L'étranger fait mine de poursuivre sa route, mais les disciples le pressent d'entrer chez eux car il se fait tard. Il s'assied à table à la place d'honneur; sa figure s'illumine soudain d'un éclat extraordinaire; il prend le pain, prononce une bénédiction, le rompt et le leur donne. Alors leurs yeux s'ouvrent et ils le reconnaissent; mais lui devient invisible à leurs yeux.

Il fallait que le Christ souffrît pour entrer dans sa gloire. L'ignorance des disciples d'Emmaüs, leur lenteur à comprendre les Écritures venait de ce qu'ils n'avaient pas pénétré cette vérité si essentielle. Si Jésus revenait dans ce monde, n'aurait-il pas à répéter l e même reproche ? On comprend bien que pour acquérir la science il faut se pencher longtemps sur de gros bouquins; pour se faire une fortune il faut s'imposer d'énormes fatigue s et des soucis constants; mais on ne comprend pas, on ne veut pas comprendre que pour gagner la gloire du ciel il faut commencer par souffrir et faire pénitence. On n'a pas le courage de se priver de plaisirs coupables et dangereux, de s'imposer des mortifications nécessaires; et quand vient une souffrance physique ou une épreuve morale que l'on a tâché d'esquiver de toutes les façons, l'on se dépite, l'on se désespère et l'on boude la divine Providence. Hommes sans intelligence !Coeurs trop lents à croire ce qui est une vérité essentielle dans notre christianisme !Soyons bien convaincus que nous ne pouvons aller au ciel que par la voie royale de la sainte croix, et dès lors, imposons-nous les croix de la mortification et de la pénitence, portons avec résignation et générosité celles que nous envoie la divine Providence.


344.—Croire sans voir.


Les disciples d'Emmaüs, transportés de joie d'avoir revu leur Sauveur, ne veulent pas garder pour eux seuls cette bonne nouvelle. Ils ont eu à peine le temps de se reposer un peu pendant le repas où Jésus s'est fait reconnaitre; néanmoins ils oublient les fatigue d'un premier voyage de trois heures et retournent à Jérusalem où ils arrivent le soir venu. Ils vont trouver les apôtres et leurs compagnons qui les assurent que le Christ est vraiment ressuscité, qu'il est apparu à Simon.

A leur tour ils racontent ce qui leur est arrivé en che­ min et comment ils ont reconnu Jésus à la fraction du pain. Pendant qu'ils s'entretiennent de lui, il se présente soudain au milieu d'eux, bien que les portes soient fermées, et leur dit: «La paix soit avec vous !» Il met fin à leur trouble et à leurs doutes, se fait toucher, leur parle comme autrefois, mange en leur présence du poisson rôti et du miel. Plus d'hésitation possible: leur Maître est bien ressuscité. (Luc, XXIV, 33-43). Mais Thomas Didyme n'était pas avec eux lorsque Jésus vint, et il refusait obstinément de croire à la parole de ses confrères. Pour croire qu'il est ressuscité, il lui faudra le voir de ses propres yeux, le toucher de ses propres mains. Jésus aurait pu châtier une incrédulité aussi opiniâtre, mais sachant qu'elle devait affermir la foi des chrétiens, il satisfait aux exigences de son disciple. Huit jours après il apparaît de nouveau aux Onze et il dit à Thomas: « Mets ici ton doigt et regarde mes mains; approche aussi la main et mets-la dans mon côté, et ne sois plus incrédule, mais croyant». Thomas, enfin convaincu, laisse échapper ce cri de foi que répé teront après lui des milliards de chrétiens: «Mon Seigneur et mon Dieu !» Jésus ajoute, en guise de conclusion et pour la consolation des disciples qui ne verront pas: «Parce que tu m'as vu, tu as cru. Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru.» (Jo., XX, 24-30).

Retenons cette leçon de foi que nous donne le divin Maître, et la béatitude qu'il lui promet. La foi «est la , réalité des choses qu'on espère, une conviction de celles qu'on ne voit point». (Hebr., XI, 1). Cette conviction ? doit être nôtre ici-bas, en attendant les fulgurantes visions de là-haut. Ce n'est pas sur le témoignage de nos sens que nous croyons aux vérités révélées par Dieu, contenues dans l'Écriture, la Tradition , le magistère de l'Église; ce n'est pas non plus sur l'évidenc e fournie par notre raison bornée et incapable d'atteindre l'infini; c'est uniquement sur l'autorité de Dieu et de sa parole, car il ne peut ni se tromper ni nous tromper. Voilà une conviction qui doit être pour nous une inébranlable certitude. La foi, certes, est une grâce de Dieu qui nous est donnée avec le Baptême; mais elle doit être entretenue par des actes quotidiens. Et de tous les objets de notre foi concernant la personne de Jésus, sa résurrection est assurément le plus important, puisqu'elle confirme tout ce que les évangélistes nous rapportent de son Incarnation et de sa Rédemption, de sa doctrine et de ses miracles.

Faisons donc taire les sottes objections de notre raison et de nos sens devant les faits révélés par Dieu. La foi nous rendra capables de penser comme Dieu même; plus elle sera vive et pratique dans nos rapprots avec Jésus, avec le prochain, les créatures et les événements, plus elle surnaturalisera notre vie et lui assurera une fécondité éternelle.