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Je cherche le Tome I du numéro 01 à 306
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307. — Jésus descend aux limbes.
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Le corps inanimé de Jésus reste hypostatiquement uni â la divinité et par conséquent adorable; à plus forte raison son âme qui, étant plus proche de la divinité, en a reçu une participation plus grande. C'est avec cette âme adorable que notre divin Sauveur se rend aux enfers, comme nous le professons au symbole des apôtres. Sous ce terme générique d'enfers on désigne la géhenne ou le lieu des supplices éternels; le purgatoire, où se trouvaient les âmes justes qui n'avaient pas fini d'expier la peine temporelle due à leurs fautes; les limbes, séjour des âmes purifiées qui attendaient dans la paix et la félicité l'heure de monter au ciel à la suite de leur Rédempteur. En descendant aux enfers, Jésus n'alla pas â la géhenne, car il n'y avait plus de rédemption possible pour les âmes définitivement fixées dans la haine de Dieu; mais il se rendit sûrement aux limbes et probablement au purgatoire. Escorté par ses anges, il alla d'abord porter l'heureuse nouvelle de la rédemption du monde et de leur prochaine entrée dans le ciel aux saints personnages de l'ancienne Loi. Nous sommes sur ce point livrés aux conjectures, mais nous pouvons supposer que le premier salut du Christ fut pour saint Joseph, son père nourricier, qui avait plus que tous les autres participé aux mystères de l'Incarnation et de la Rédemption ; il fut ensuite pour Jean-Baptiste, son précurseur; pour les saints Innocents qui lui avaient rendu témoignage par l'effusion de leur sang; pour le saint vieillard Siméon qui l'avait, petit enfant, porté dans ses bras; pour Anne et Joachim, ses grands-parents; pour Adam et Ève, Pour Noé, Abraham, Isaac, Jacob, pour tous les patriarches et prophètes, pour Isaïe et David qui avaient si splendidement chanté ses souffrances et sa rédemption; enfin pour tous ces justes qui avaient ardemment soupiré après sa venue, Le voilà donc au milieu d'eux, le désiré des nations, le Verbe incarné ! A la vue de sa gloire et de sa majesté tous se prosternent dans l'adoration, ils l'acclament tri omphalement, ils lui chantent leur reconnaissance et leur amour. Ils sont désormais béatifiés, car Jésus par sa présence leur apporte déjà le ciel avec la vision intuitive de la divinité. Après sa résurrection, il leur donnera à contempler son corps glorieux, à admirer ses plaies sacrées qui leur seront un témoignage visible et tangible de sa rédemption. Jésus restera au milieu d'eux, à part les courts intervalles qu'il passera auprès des hommes, une fois ressuscité; et quand il montera au ciel, il les introduira à sa suite dans les parvis éternels.
Réjouissons-nous avec ces heureux habitants des limbes; acclamons avec eux notre Rédempteur vivant, et croyons qu'une même joie nous sera donnée un jour. En attendant de le contempler face-à-face, nous le voyons ici-bas sous les voiles eucharistiques, nous le possédons dans les tabernacles de nos églises, nous le recevons dans nos poitrines. Comprenons donc d'une façon pra tique que le ciel de la terre c'est l'hostie consacrée et vivons dans son rayonnement jusqu'au jour où nous irons voir et aimer Jésus dans le ciel des cieux.
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308. — Jésus descend au Purgatoire.
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Après avoir apporté la joie et le ciel aux justes des limbes, Jésus se hâte d'apporter la délivrance aux âmes du purgatoire. Il va y exercer ses fonctions de rédempteur. «Il est allé prêcher, nous dit saint Pierre, aux esprits en prison, rebelles autrefois, lorsqu'aux jours de Noé la longanimité de Dieu temporisait pendant que se contruisait l'arche)). (I Petr., III, 19-20). ((L'esprit du Seigneur l'a envoyé, dit le prophète Isaïe, annoncer l'indulgence aux captifs et l'ouverture de la prison à ceux qui y étaient enfermés)). (Isai., LXI, 1). Fidèle à sa mission, Jésus brise les portes de cette prison, il y pénètre, et, roi puissant, il annonce aux pauvres âmes qui y sont détenues depuis si longtemps leur amnistie complète, en signe de son immortel triomphe. Ces ames ont sans peine reconnu leur Messie, elles se prosternent à leur tour pour lui exprimer leurs adorations et leur reconnaissance, et elles le suivent aux limbes où désormais elles seront heureuses en attendant le ciel. Ainsi donc, les premières à recevoir l'indulgence plénière de leurs fautes, la totale rémission des peines temporelles qu'elles avaient encore à expier, ce sont les âmes du purgatoire visitées par Jésus immédiatement après sa mort corporelle. La sainte Église n'a eu qu'à imiter son divin Chef et Époux lorsqu'elle a institué les indulgences plénières et partielles, puisant dans le tré sor des mérites infinis du Christ pour les appliquer aux pécheurs.
Félicitons les âmes délivrées par la magnifique libéralité de Jésus. N'oublions pas cependant que le purgatoire s'est de nouveau rempli d'un nombre incalculable d'âmes qui y expient des semaines, des mois, des années, des siècles peut-être, leurs fautes d'ici-bas. Les tourments qu'elles endurent sont très longs et très douloureux; elles ne peuvent rien par elles-mêmes pour leur soulagement; et cependant Dieu, pour qui ces âmes sont très chères, désire ardemment les voir délivrées afin qu'elles lui rendent au ciel leurs adorations et leurs hommages. Nous qui vivons sur cette terre, nous avons un moyen puissant pour diminuer leurs peines et même les en délivrer totalement: ce sont les mérites de Jésus, auxquels nous ajoutons ceux de Marie et des saints du ciel et de la terre, que nous leur appliquons par mode de suffrage; ce sont les indulgences. Il nous est facile de gagner chaque jour plusieurs indulgences plénières et de nombreuses indulgences partielles. Nous devrions donc pouvoir, chaque jour, délivrer au moins une âme du purgatoire.
Prions pour toutes, pour celles qui sont le plus délaissées, pour celles qui sont le plus proches du ciel, laissant â la très sainte Vierge le soin de l'application immédiate et personnelle de nos indulgences. Nous recueillerons ainsi une magnifique moisson d'âmes saintes; nous nous assurerons pour nous-mêmes un grand degré de gloire au ciel; et lorsque nous serons à notre tour plongés dans les flammes expiatrices, les âmes délivrées par notre dévouement intercéderont puissamment en notre faveur.
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309. — Le voile du Temple se déchire.
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Pendant que Jésus va porter aux enfers l'heureux message de la rédemption consommée, des prodiges extraordinaires donnent aux Juifs et au monde la réponse aux défis blasphématoires des ennemis du Christ. Il n'était pas descendu de la croix pour prouver qu'il était Fils de Dieu, mais Dieu chargeait les éléments d'en convaincre ceux dont les yeux n'étaient pas obstinément fermés à la lumière.
Le premier et le plus significatif de ces prodiges se déroule au Temple de Jérusalem. C'était à l'heure du sacrifice du soir; on immolait un vulgaire agneau pendant que rendait le dernier soupir sur le Calvaire le véritable Agneau de Dieu. Des prêtres assistaient au sacrifice. Tout-à-coup un vent violent se fait sentir; il pénètre dans le Saint et va s'attaquer au voile qui fermait l'entrée du Saint des Saints; il le déchire du haut en bas en deux parties (Math., XXVII, 51) et ces deux parties écartées laissent voir l'intérieur du sanctuaire redoutable où le grand-prêtre seul, une fois l'an, pouvait pénétrer. Ce voile tout d'une pièce, d'étoffe précieuse, orné de tapisseries d'hyacinthe, de pourpre et d'écarlate, qui se déchire soudain comme par une main invisible, remplit les prêtres de terreur; ils sortent subitement et vont en annoncer le fait aux fidèles répandus dans le parvis d'Israël.
Les exégètes voient plusieurs significations dans ce fait qui tient du miracle. Dieu manifeste par là son horreur des blasphèmes et du sacrilège des Juifs déicides; les figures de l'ancienne Loi disparaissent devant la réalité du Christ; les rites mosaïques feront place aux rites chrétiens; au lieu du sacrifice des animaux on immolera désormais â Dieu le sacrifice de son propre Fils, non plus au seul Temple de Jérusalem, mais sur tous les autels de l'univers; Dieu délaisse le Saint des Saints pour habiter au milieu des hommes en les humbles tabernacles de nos églises; il n'y aura plus d'obstacles â recevoir les communications divines puisque le voile du péché a été déchiré par la mort du Christ; le ciel, véri table Saint des Saints, n'est plus fermé au monde, mais il est grand ouvert et l'accès en est obtenu au prix du sang de Jésus.
Reconnaissons ici encore la main du Tout-Puissant qui arrive toujours à ses fins et d'une façon parfois si inattendue. Soyons heureux d'avoir été affranchis de la loi de crainte pour vivre de la loi d'amour; remercions Jésus de nous avoir facilité l'accès auprès des tabernacles de nos églises où il réside pour nous sous les humbles apparences de l'hostie; soyons-lui reconnaissants de nous avoir ouvert la porte du paradis et méritons d'y entrer en imitant la vie et la mort de notre Sauveur.
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Les prêtres du Temple ont à peine eu le temps de constater le prodige du voile déchiré qu'ils sont saisis d'un immense effroi. C'est maintenant tout l'édifice qui est ébranlé. Un violent tremblement de terre secoue non seulement la Ville sainte, mais des contrées éloignées. Saint François d'Assise, priant devant une anfractuosité de la montagne de l'Alverne qui allait devenir son calvaire, reçut du Christ la révélation que cette pierre s'était entr'ouverte au moment où il rendait le dernier soupir.
C'est sous l'effet de ce tremblement que les rochers se fendent et que s'ouvrent les sépulcres qui couvraient la vallée de Josaphat. L'on vénère encore aujourd'hui l'une de ces fentes, au Calvaire précisément, entre l'en droit où furent placées la croix de Jésus et celle du mau vais larron. Elle mesure quinze centimètres de largeur et descend à plusieurs mètres plus bas. A l'est, dans le couvent des Grecs, la fissure est assez large pour qu'un homme puisse s'y glisser et ses angles se correspondent si bien que les deux parties s'adapteraient parfaitement l'une dans l'autre s'il était possible de les rapprocher.
Ainsi, pendant que les Juifs assistent impassibles â la mort du Fils de Dieu, la terre, façonnée par ses mains, en tremble d'horreur; les rochers se fendent de douleur, mais le coeur des Juifs se révèle plus dur qu'eux. Évidemment ils sont comme les autres saisis de crainte devant ces prodiges, mais ils n'y voient qu'un accident physique et refusent de les considérer comme des si gnes du ciel. Ces signes prédisent pourtant la ruine prochaine du Temple et de la Synagogue , la révolution religieuse qui va s'opérer dans le monde et la terreur qui s'emparera des méchants lorsque le Christ viendra les juger.
Recevons la leçon que nous donnent ces créatures insensibles; elles pleurent à leur manière la mort de Jésus, elles montrent leur horreur du péché. Ne soyons pas moins sensibles qu'elles; prions Jésus qu'il amollisse nos coeurs sous l'effet de la contrition et de l'amour, qu'ils s'ouvrent comme les rochers pour confier nos fautes au ministre des pardons divins, et qu'un saint tremblement produise en eux la plus douce confiance en sa bonté miséricordieuse.
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311. — Les corps des saints ressuscitent.
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La créature inanimée rend témoignage â la divinité du Christ au moment même où il semble terrassé par la mort. Dieu permet des prodiges plus extraordinaires encore, des résurrections corporelles et spirituelles; et les ressuscités diront, avec plus d'éloquence que le soleil obscurci, que la terre ébranlée, que les rochers fendus, ils proclameront que Jésus est le Juste, qu'il est le Fils de Dieu.
Et d'abord les résurrections corporelles.
«Les sépulcres s'ouvrirent et plusieurs saints, dont les corps y étaient couchés, ressuscitèrent. Étant sortis de leur tombeau, ils entrèrent, après la résurrection du Christ, dans la ville sainte et apparurent à plusieurs.» (Math., XXVII, 52).
Les exégètes sont d'accord pour interpréter ces paroles en ce sens que Jésus, étant le premier-né des créatures, le premier ressuscité d'entre les morts, ceux dont il est question ici ne ressuscitèrent vraiment qu'après la résurrection du Christ, tout en soutenant, avec l'Évangile, que leurs tombeaux s'ouvrirent à la mort de
Jésus. Et de qui s'agit-il ? Uniquement des corps qui reposaient dans les sépulcres de la vallée de Josaphat, à quelques mètres des murs de Jérusalem ? ou Dieu aurait-il voulu ranimer pour un temps les cendres dipersées des patriarches, des prophètes, des saints per sonnages qui eurent quelque relation avec le Messie promis ? Reposant dans leur tombe depuis des années, des siècles même, se seraient-ils réveillés par le cri de triomphe de Jésus, à la voix du Tout-Puissant, pour venir rendre témoignage au Fils de Dieu ? Notre premier père Adam serait-il accouru constater comment son péché a été réparé par la rédemption du second Adam, du Christ ? Abraham serait-il venu voir le mont du Calvaire pour y trouver, non pas son fils Isaac ni un bélier, mais l'Agneau divin immolé par Dieu lui-même ? Moïse ou quelques-uns des prophètes, David et d'au tres rois illustres, seraient-ils venus chanter le Messie, le vrai roi d'Israël et du monde ? Du moins ces ressuscités seraient-ils ses grands-parents Anne et Joachim, son précurseur Jean-Baptiste, le vieillard Siméon, Jo seph son père nourricier ? Autant de suppositions que nous aimerions faire mais que nous défend le silence même de l'Évangile. Et l'âme de ces saints fut-elle pour longtemps réunie à leur corps ou seulement pour quelques instants, pour apparaître à la manière de fantômes et rentrer aussitôt dans leur tombe y attendant la résurrection finale ? Nous ne saurions répondre. Et à qui donc apparurent-ils, aux Juifs incrédules, aux fidèles croyants, à la très sainte Vierge, aux apôtres, aux saintes femmes ? Mystère.
Mais le prodige a quand même pour nous une signification. Le Christ en mourant a détruit l'empire de la mort et il veut le faire savoir aux hommes par ces résur rections aussi étonnantes que mystérieuses. C'est lui qui a mérité aux chrétiens la résurrection spirituelle par la grâce et plus tard la résurrection corporelle pour la gloire. C'est uniquement à la suite du Christ que les âmes et le corps pourront pénétrer dans le royaume éternel. Hâtons notre résurrection spirituelle par la dé testation du péché, l'accusation de nos fautes, la vie de la grâce et l'union au Christ-Jésus; cette résurrection nous est tellement facilitée par la miséricorde de Jésus et les sacrements de son Église. Prions le Christ qu'il nous réveille de notre sommeil de mort spirituelle et que la lumière de sa grâce illumine nos âmes pour le temps et l'éternité. |
312. — Le témoignage du centurion.
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Revenons au Calvaire, près du cadavre déjà refroidi
de notre divin Rédempteur. Auprès de la croix se tiennent Marie, Jean, Madeleine, les saintes Femmes, et sans doute aussi de pieuses Galiléennes et les filles com patissantes de Jérusalem. Non loin de ces fidèles sont les soldats romains qui attendent la mort des deux larrons pour quitter le Calvaire. Le centurion est avec eux: son office était de surveiller le travail des bourreaux et la vigilance des gardes, ainsi que les corps des crucifiés; au cas où l'on aurait essayé de les enlever encore vivants, ses soldats, sur son ordre, verraient à faire observer les prescriptions de la loi.
Le centurion avait pu remarquer le divin Patient depuis son départ du Prétoire jusqu'à son dernier soupir. Il n'avait aucun intérêt à partager la haine des Juifs qui lui paraissait trop féroce pour être raisonnable. La force héroïque de Jésus, sa douceur inaltérable, les paroles proférées du haut de la croix, les ténèbres inexpli cables, le cri surhumain qu'il avait fait entendre avant d'expirer, l'avaient rempli de sympathie et d'admiration pour ce crucifié qui différait tellement des autres déjà vus. Le violent tremblement de terre gili faisait tragiquement vaciller les croix, le craquement sinistre du rocher tout près de lui ont achevé de le convaincre. Une crainte respectueuse s'empare de lui; son âme est illuminée d'un de ces rayons éblouissants qui est une puissante grâce de Dieu, le voilà devenu croyant, et donnant raison aux prétentions de ce Crucifié, il s'écrie devant les assistants: «Cet homme était vraiment Fils de Dieu.» Les gardes après lui proclament la même vérité. (Math., XXVII, 54).
Voilà les résurrections spirituelles. Après le larron converti par une parole de Jésus, des soldats romains se convertissent à la suite de signes miraculeux; car ce sont bien ces signes qui ont déterminé leur foi en la divinité du Christ; s'ils ne s'étaient produits, ils auraient gardé du Crucifié un souvenir de sublimes vertus, et ç'eût été tout. Mais quand la na ture se bouleverse à ce point pour pleurer la mort d'un homme, il faut que cet homme soit au-dessus de tous les autres, il faut qu'il soit Dieu. Nous pouvons assuré ment voir en ces conversions les plus grands prodiges qui se soient opérés au Calvaire à la suite du dernier soupir de Jésus.
Quelle joie pour la Mère de Jésus de constater déjà les fruits de la Rédemption ! Réjouissons-nous avec elle. Proclamons avec le centurion et les soldats que Jésus est vraiment Fils de Dieu. Ayons garde de ne mépriser aucun des signes de Dieu, spirituels ou matériels, qu'il nous envoie pour déterminer ou fortifier notre foi. Adorons dans toutes les créatures leur Maître suprême, proclamons avec elles son existence, sa puissance et sa bonté, exécutons comme elles les lois qu'il nous a imposées. Prions Jésus qu'il envoie de nouveaux signes aux pécheurs les plus endurcis pour les forcer à croire en lui et à le confesser comme le centurion.
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313.--Les sentiments de la multitude.
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L'on n'oserait appeler conversion cet autre fait que rapporte saint Luc: «Toute la multitude qui s'était rassemblée pour ce spectacle, considérant ce qui était arrivé, s'en retournait en se frappant la poitrine». (Luc, XXIII, 48). Ce n'est pas une conversion, mais c'est au moins un changement d'attitude vis-à-vis de Jésus de Nazareth qui vient d'expirer.
Cette foule s'est laissé impressionner par les instigations diaboliques des Pharisiens, par les premiers cris de mort qui se sont fait entendre: aussitôt, sans raisonner, guidée uniquement par le sentiment et l'autosuggestion, elle n'a vu en Jésus qu'un séducteur et un scélérat; oubliant tous les prodiges et les bienfaits de sa vie passée, elle a exigé férocement sa condamnation, elle a assisté, impassible et railleuse, à son supplice. Maintenant qu'il est mort et impuissant, sa rage s'est assouvie: il y a place pour d'autres sentiments.
Et ces sentiments sont provoqués par les phénomènes extraordinaires qui viennent de se produire. Ses cris ont fait place à un silence lugubre qui permet la réflexion; les signes dont elle est témoin ne peuvent être qu'une manifestation du ciel; et comme les signes sont terribles, il faut croire que Dieu est irrité contre son peuple; il est irrité parce qu'on vient die faire mourir Celui qui avait été envoyé aux Juifs comme leur Messie et leur Roi. La ven geance de' Dieu est puissante: qui pourrait échapper à sa fureur si on ne l'apaise, et elle n'est apaisée que par les lar mes de la contrition et la pénitence. C'est par quelque raisonnement semblable, même s'il est inconscient, que la foule en vient à détester, à déplorer le crime ci s'est accompli au Calvaire. Elle ne veut plus rester le théâtre maudit, par crainte d'encourir la malédiction divine; elle le quitte en se frappant la poitrine, en criant sa faute, même en gémissant et en sanglotant.
De pareils revirements dans la foule qui est essentiellement mobile et irréfléchie ne sauraient nous étonner; peut-être en avons-nous connu de semblables, par l'histoire ou notre propre expérience. Voilà pourquoi il ne faut pas juger trop sévèrement la foule des Juifs qui a voulu la mort de Jésus et qui a insulté à ses derniers moments; toute la responsabilité et combien lourde en retombe sur ses chefs les Sanhédrites qui l'ont passionnée, aveuglée, entraînée.
Ayons pitié, avec notre miséricordieux Sauveur, de cette pauvre foule. Le discours de saint Pierre, au matin de la Pentecôte , convertira sans doute un bon nom bre de ces âmes en qui travaille déjà la grâce et qui descendent du Calvaire en se frappant la poitrine, et Jésus comptera parmi elles de généreux croyants. Quant â nous, prenons occasion de ce nouveau fait pour ne pas nous décourager devant les huées de la foule en délire, pour ne pas rechercher ses futiles applaudissements: ses louanges nous illusionneraient fort sur le vrai mérite de nos paroles et de nos oeuvres; ses huées nous vaudraient des découragements inutiles. Attendons de Dieu seul et de notre droite conscience les témoignages désirés, et utilisons notre influence sur les foules pour les pousser vers le bien et vers Dieu.
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314. — La pétition des Juifs.
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Pendant que Jésus agonisait sur sa croix, les Juifs q ui avaient fait mourir un Dieu songeaient à l'obser vance de la loi de Dieu. L'heure avançait rapidement et Jésus pouvait vivre encore jusqu'au coucher du soleil. Mais à cette heure précisément commençait le sabbat le plus solennel de l'année, car c'était celui qui arrivait durant les fêtes de la Pâque. Or la loi mosaïque défend tout travail en ce jour; une autre loi ordonne d'ense velir le jour même le cadavre d'un supplicié. Il faudra donc descendre sans retard les crucifiés, afin que leur présence ne souille pas la Terre Sainte le jour du sabbat; et pour cela ils doivent être morts; pour hâter leur mort il faudra recourir â l'expédient de leur rompre les jambes.
Les Sanhédrites délèguent donc quelques-uns de leurs membres les plus influents auprès de Pilate pour le prier qu'on rompe les jambes aux crucifiés et qu'on les détache de leur croix. (Jo., XIX, 31). Ceux qui partent et ceux qui restent éprouvent une joie féroce à la pensée des nouvelles et terribles souffrances qui attendent encore Jésus de Nazareth. Sur ces entrefaites, Jésus rend l'âme. La terre tremble, mais ces êtres qui ont bravé le Tout-Puissant ne tremblent pas; les rochers se fendent, mais leurs coeurs sont plus durs que les rochers; Jésus meurt, mais leur haine ne mourra pas, elle va jusqu'à s'irriter de la mort trop rapide de Jésus qui les privera d'une dernière vengeance contre lui; cette haine diabolique, ils l'emporteront avec eux dans leur tombe et leur enfer.
Détestons l'hypocrisie révoltante de ces Pharisiens que Jésus avait eu mille fois raison de démasquer publi quement. Ces rigoureux observateurs de la loi mosaïque, que d'ailleurs ils interprétaient avec une exagération ridicule, sont prêts à remuer ciel et terre pour ne pas l'en freindre, eux qui n'avaient reculé devant aucune infamie pour obtenir la mort de leur Roi et Messie, du propre Fils de Dieu. Déplorons leur inqualifiable aveuglement qui est comme le châtiment d'avoir fermé les yeux à la lumière: quand Dieu retire sa lumière, l'homme est plongé dans les ténèbres, et il se dirige fatalement vers le précipice. Ayons certes le zèle des observances religieuses, des prescriptions légales; mais n'oublions pas qu'avant les lois humaines et disciplinaires, si sages et si nécessa ires soient-elles, passent les lois naturelles et divines. Ne risquons jamais d'enfreindre celles-ci sous prétexte d'observer celles-là. Et pour savoir bien hiérar chiser nos observances, pour ne pas être stupidement aveugles comme les Sanhédrites, ouvrons les yeux à la Lumière pendant qu'elle nous éclaire.
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315. — Aucun de ses os ne sera rompu.
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Pilate accorde aux Juifs la faveur qu'ils viennent de solliciter. Aussitôt, sur son ordre, un décurion et quel ques soldats montent au Calvaire, munis de marteaux et de massues, pour briser les jambes des condamnés, hâter leur mort, les ensevelir quelque part et faire dis paraître les croix avant le commencement du sabbat. Ils seront aidés dans leur travail par les gardes déjà sur place.
Il ne reste plus au Calvaire que quelques Juifs, membres du Sanhédrin, probablement, décidés à ne lâcher leur proie qu'une fois assurés que tout est bien fini. Les autres ennemis de Jésus ont quitté le lieu maudit sous une impression de terreur et de remords, rentrant chacun dans son foyer comme pour esquiver la justice divine. Près de la croix de Jésus ses quelques amis fidèles s ont plongés dans une muette douleur; près de la croix des larrons qui gémissent et appellent la mort de tous leurs voeux, il n'y a personne. L'obscurité règne tou jours, quoiqu'elle tende à se dissiper pour laisser de nouveau apparaître le soleil à son couchant.
C'est le décor qui se présente aux soldats venant exercer leurs fonctions ingrates. Ils ne tardent pas; entendant les cris de douleur des larrons, ils s'empressent de leur rompre les jambes; et après d'affreuses convulsions, ces pauvres victimes achèvent d'expier leurs forfaits contre les lois humaines. L'on vient ensuite près de Jésus, et l'on écarte avec une sorte de respect mêlé de pitié les saintes femmes qui entourent sa croix. Jésus ne bouge plus, ne soupire plus, ses membres sont déjà raidis et sa face a la pâleur de la mort: évidemment il a cessé de vivre; inutile par conséquent de s'imposer la fatigue de lui rompre les jambes. Les Juifs en sont déçus, eux qui se promettaient le plaisir de voir insulter le corps inanimé de Jésus, comme ces fous furieux qui, ayant assassiné leur ennemi, se donnent la dernière volupté de dépécer son cadavre et de répandre ses chairs aux quatre vents du ciel.
Mais les soldats ne rompront point les jambes de Jésus. La loi mosaïque defendait qu'on brisât les os de l'agneau figuratif, et cette prescription était une pro phétie de ce qui devait advenir au divin Sauveur, le véritable Agneau de Dieu: «Aucun de ses os ne sera rompu». (Exod., XII, 46). Ainsi les soldats à leur insu respectent un ordre du Tout-Puissant.
Certains exégètes voient dans les os de Jésus le symbole de ses solides vertus que les efforts acharnés des hommes et des démons n'ont jamais réussi à trouver en défaut. Sa patience, sa charité, sa force, sa grandeur d'âme sont restés aussi intacts que les os de ses jambes. Il doit en être ainsi de nous. N'est-il pas écrit que le Seigneur conserve intacts les os de tous ses élus, et que pas un ne sera brisé ? (Psal., XXXIII, 20). Ces os sont les vertus solides qu'ils pratiquent et enseignent aux hommes, et Dieu même les soutient et les protège. Méritons que ces paroles nous soient appliquées. Soyons patients dans les épreuves, constants jusqu'au bout, et demandons-en la grâce à la Providence de notre Père des cieux.
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316.—Le côté ouvert de Jésus.
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Jésus étant bien mort, les soldats jugent inutile de lui rompre les jambes. Ils ont donc fini leur tâche et, avec les gardes, vont s'en retourner rendre compte à Pilate de leur mission. Mais que dira Pilate quand il apprendra qu'on n'a pas exécuté ses ordres à la lettre ? Et si tout de même Jésus n'est mort qu'en apparence, les Juifs ne prendront-ils pas prétexte de cette négligence pour accuser le gouverneur ? Le décurion y songe, et sachant qu'en fin de compte c est sur lui que tombera le blâme, il avise au moyen de satisfaire la haine des Juifs présents, de leur fermer la bouche et de tranquilliser Pilate. Il ne songe pas cependant à un autre fait: la Providence va permettre l'acte de cruauté inutile qu'il a décidé pour enlever aux Juifs l'argument de la mort apparente qu'ils voudront invoquer quand ils entendront dire que Jésus est ressuscité.
Le décurion ordonne donc à un soldat de transpercer le côté de Jésus Et quel côté ? les auteurs ne sont pas d'accord sur ce point. Les uns soutiennent que ce fut le côté gauche, celui du coeur; le soldat prenait ainsi le moyen le plus naturel de faire mourir le Christ s'il s'était déjà mort... Les autres parlent du côté droit: la lance le traversa pour aller ressortir par l'aisselle du côté opposé, atteignant à son passage le péricarde ou l'enveloppe du coeur. De sorte que, en toute hypothèse, la blessure était mortelle de sa nature.
Jésus a donc le côté traversé de part en part, et ainsi se trouve réalisée la prophétie messianique: «Ils regarderont à travers celui qu'ils auront transpercé; (Jo., XIX, 37) ils pleureront sur lui comme on pleure sur la mort d'un fils premier-né. (Zach., XII, 10). Cette dernière partie de la prophétie s'applique à la lettre à la divine mère Marie. Le coup de lance ne put faire souffrir le Fils, mais il transperça de douleur le coeur de la Mère , témoin de cette inutile barbarie. Incapable de protester, elle doit endurer en silence qu'on maltraite ainsi un cadavre et qu'on la martyrise elle-même. Pau vre Mère des hommes qui souffre encore après l'ceuvre surabondante de la Rédemption et qui parachève ce qui manquait à la Passion de son Fils pour son Corps qui est l'Église ! (Colos., I, 24). Fervente et première adoratrice du Coeur ouvert de Jésus, modèle d'adora tion pour tous les rachetés.
Regardons avec Marie la plaie béante du Coeur de Jésus, trésor infini qui vient de s'ouvrir pour les hommes, en comparaison duquel pâlissent tous les trésors de la terre. Pleurons avec elle l'outrage qu'on vient de faire à Jésus. Adorons le dessein providentiel de Dieu le Père qui triomphe des Juifs alors même que les Juifs semblent triompher contre son Fils. Remercions notre bien-aimé Sauveur d'avoir voulu nous faire ouvrir son Coeur, afin que nous devenions capables de comprendre avec tous les saints quelle est la largeur et la longueur, la profon deur et la hauteur de son amour pour chacun de nous. (Ephes., III, 18).
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317.—La fontaine des grâces.
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Jean a vu la scène qu'il vient de décrire; il affirm e solennellement la vérité de son témoignage; il ajoute même un détail qui dénote le témoin oculaire: «Aussitôt il sortit du côté transpercé de Jésus du sang et de l'eau.» (Jo., XIX, 34).
La tradition nous a conservé le nom du soldat qui a exécuté l'ordre du décurion: il s'appelait Longin et souffrait d'une maladie d'yeux. En retirant sa lance de la blessure qu'il venait de faire, des gouttes de sang et d'eau jaillissant du côté de Jésus tombèrent sur ses yeux et les guérirent immédiatement. Il avait voulu donner à Jésus le coup de grâce et c'est lui qui le reçoit: sa guérison instantanée illumine son intelligence et touche son coeur; il y voit un effet de la puissance et de la divinité du Christ; il se prosterne pour adorer son Corps inanimé, devient un de ses disciples, un évêque, un infatigable prédicateur de l'Évangile et finalement un martyr. La fontaine des grâces ne s'est pas ouverte en vain sur cette âme prédestinée.
Les saints Pères ont vu dans le côté de Jésus ouvert pendant le sommeil de sa mort une figure de l'Église qui en sortit comme autrefois Ève sortit du côté d'Adam endormi. Ils y ont vu encore un symbole des sacrements, porteurs de la grâce dans les âmes, spécialement des sacrements de Baptême et d'Eucharistie, et même de Pénitence. Par l'eau et la grâce du Baptême, l'enfant naît à la vie surnaturelle et devient semblable au Christ; par le Corps et le Sang de Jésus-Christ en l'Eucharistie, il est nourri de sa propre vie et lui devient uni de plus en plus; par le sacrement de Pénitence, il est purifié de ses fautes et son âme reçoit l'application des mérites du Sang rédempteur.
Et c'est ainsi que le Coeur ouvert de Jésus devient pour la sainte Église et tous ses enfants une fontaine de grâces, une source d'eau vive qui ne tarit jamais et rejaillit jusqu'à la vie éternelle. C'est la seule qui donne complète satisfaction aux voyageurs assoiffés que nous sommes tous. Cèdx qui prennent la peine d'y coller leurs lèvres s'en retournent désaltérés, animés d'une nouvelle force pour continuer leur ascension vers la montagne de la perfection chrétienne. Que nous serions ingrats si nous passions tout près sans daigner nous y arrêter ! Que nous sommes insensés lorsque nous courons plutôt boire à l'eau fangeuse du péché qui introduit en nos âmes des germes de mort ! Ne méritons pas le reproche du Seigneur de l'avoir délaissé, lui qui est la source des eaux vives; (Jer., XVII, 13) allons boire à la fontaine des grâces, allons à l'Eucharistie, allons au Coeur de Jésus.
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318. — L'abîme de miséricorde.
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Le Coeur de Jésus est un abîme de miséricorde. La miséricorde pousse le coeur à prendre en pitié les fai blesses et les fautes d'autrui; elle trouve des excuses pour les plus graves manquements, elle pardonne aux haines mortelles, elle rend le bien pour le mal, la richesse pour la pauvreté, le dévouement \pour l'injustice. De cette miséricorde le Coeur de Jésus contient un fonds inépuisable.
Il nous en a donné des preuves durant sa vie mortelle. Rappelons-nous le publicain Lévi, la femme adultère, la pénitente Madeleine, le ((septante fois sept fois» à Pierre, l'enfant prodigue, le bon Pasteur, Zachée de Jéricho. Il a exercé la miséricorde dans les circonstances héroïques de sa Passion: le reniement de Pierre est oublié; le crime de Judas eût été pardonné si Jésus eût aperçu en son apôtre infidèle un éclair de repentir amoureux; il prie son Père pour ses bourreaux; il promet au larron le paradis pour le jour même; il offre son sang et sa vie pour le salut des pécheurs.
Qui pourra raconter les prodiges de miséricorde qu'il a opérés en faveur de tant de coupables, depuis qu'il règne au ciel et dans son Église ? Son Coeur est pour tous un refuge assuré contre les misères et les tentations de cette vie, et les âmes qui y cherchent asile sont reçues avec une hospitalité bien plus douce que celle qui s'offre à la colombe poursuivie dans le creux du rocher. Tous les Saints, les justes restés fidèles, les pécheurs convertis l'ont éprouvée et chantée, cette miséricorde éternelle. Jésus ferait même miséricorde aux damnés et aux démons de l'enfer s'ils pouvaient porter vers lui un seul soupir de contrition et d'amour. Chacun de nous n'aurait-il pas son refrain particulier pour magnifier la miséricorde du Seigneur ? Que de péchés pardonnés, que d'ingratitudes oubliées, que d'in délicatesses dont Jésus n'a pas semblé tenir compte ! et que de grâces reçues alors que nous méritions d'être délaissés et livrés au châtiment de nos fautes ! Le passé est pour nous garant de l'avenir. Certes nous ne devons pas présumer de cette miséricorde pour offenser plus à l'aise notre Sauveur, mais nous ne devons jamais en désespérer lorsque nous lui présentons notre pauvre coeur tout souillé et meurtri par le péché. La plus grande injure que nous lui ferions serait de croire sa miséricorde épuisée, lassée. Elle nous est continuellement offerte puisqu'une fois ouvert par la lance, son Coeur qui en est la source ne s'est plus jamais fermé.
Allons donc, pauvres pécheurs, nous réfugier dans le Cœur miséricordieux de Jésus.
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319. — La fournaise ardente de charité.
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Ce qui pousse Jésus à la miséricorde envers les pécheurs, à la patience si longanime, c'est la charité qui l'anime et dont le coeur est le symbole.
Nous savons que le coeur n'est pas le siège de l'amour. L'amour procède de la connaissance et le siège principal de la connaissance est le cerveau, très riche en nerfs dont les ramifications s'étendent par tout le corps. La connaissance nous vient par le contact avec les choses sensibles, grâce aux yeux, aux oreilles, à la langue, à l'odorat, au toucher, à la mémoire, à l'imagination, à la conscience sensible. Ces perceptions extérieures se communiquent par les nerfs au cerveau et c'est lui qui détermine nos diverses émotions ou passions dont la plus forte est l'amour. Mais le coeur est lui aussi riche en nerfs, et les émotions ressenties dans le cerveau ont sur lui une répercussion rapide et profonde, lui faisant précipiter ou ralentir ses battements, le resserrant ou le dilatant. Voilà pourquoi l'on considère le coeur comme l'organe secondaire des passions, le symbole de l'amour.
Et pour nous faire comprendre de quel amour divin son Cour de chair a battu pour nous, Jésus a voulu que la lance du soldat nous le mît à découvert. L'Église a donc eu raison de nous recommander d'une façon si pressante la dévotion au Sacré-Cour. L'objet matériel en est bien le coeur de chair, mais l'objet formel est cette divine et infinie charité qui l'a porté à se sacrifier totalement pour nous. On nous représente le Coeur de Jésus comme plongé dans les flammes; la flamme consume les matières soumises à son action ou du moins purifie celles qui lui résistent, en élaguant les scories qui en ternissaient l'éclat; de même l'amour du Cœur de Jésus débarrasse le coeur de l'homme dont il s'est empa de toutes ses imperfections et l'assimile de plus en plu à son très pur et très parfait amour.
L'amour du Coeur de Jésus pour nous s'est manifesté dans son Incarnation et sa Rédemption, dans ses souf frances, ses humiliations et ses douleurs. L'abîme appelle l'abîme; l'amour de Jésus exige le nôtre; il n'a pa s d'invitation plus pressante à nous faire que celle de lui livrer notre coeur. Donnons-le lui tout entier, tel qu'il est, avec ses misères et ses souillures; prions Jésus qu'il le plonge dans la fournaise ardente de charité qu'est son divin Coeur afin que soit consumé tout ce qui en lui serait un obstacle à son pur amour et à sa divine action, afin que notre coeur soit comme liquéfié dans le sien, transformé par le sien, devenu semblable au sien, généreux, dévoué, aimant comme le sien, lui appartenant pour le temps et l'éternité.
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320. — La source de toute consolation.
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Le Coeur ouvert de Jésus est devenu la source de toute consolation: vérité bien douce à méditer et que nous avons sans doute tant de fois expérimentée per sonnellement.
Pour être capable de consoler il faut comprendre la peine, et il n'y a pas de meilleur moyen pour la com prendre que de commencer par l'éprouver. Ceux qui n'ont guère connu la maladie ne savent pas compatir aux malaises, aux souffrances et aux infirmités d'autrui; ils gardent dans leur coeur une certaine dureté qui les rend à peu près incapables de s'apitoyer sur ceux qui souffrent et les porte souvent à les traiter de malades imaginaires ou de lâches «plaignards». Ceux qui n'ont guère connu les afflictions du coeur, les déceptions, les deuils doivent s 'imposer de réels efforts pour offrir à autrui une sym pathie de raison et ne trouvent que de froides paroles pour consoler un coeur blessé ou brisé. Ceux qui n'ont guère connu les scrupules, les angoisses morales, les tortures de la sécheresse spirituelle et de la nuit de l'âme ne sauront jamais diriger efficacement les âmes qui passent par ces épreuves.
Mais Jésus, lui, a connu tout cela; il a enduré toutes les souffrances, il a subi toutes les déceptions et toutes les humiliations, il a été affreusement broyé par la douleur morale. Voilà pourquoi il est capable de com prendre tous les affligés; et comme il est la bonté même, la puissance infinie, il est capable aussi de les consoler. Toutes les peines, de quelque nature soient-elles, trouvent en lui un confident discret, un ami compatissant, un consolateur souverain. Ah ! comme il fait bon s'approcher du Coeur entr'ouvert de Jésus, dans les moments d'épreuve et d'abattement surtout ! On le sent encore battre d'amour et de pitié du fond de son tabernacle et ce n'est jamais en vain qu'on lui demande du soulagement, de la force, du courage. L'on peut même affirmer que les âmes les plus chères à son Coeur sont celles qui partagent ses peines, et il n'a pas de plus grand bonheur que de verser sur les coeurs meurtris le baume de ses consolations divines. Il ne fait pas toujours disparaître la souffrance, parce qu'elle entre dans les plans providentiels et qu'elle procure à l'âme tant de mérites et à Dieu tant de gloire; mais il la rend supportable et même aimable. Et les Saints visités et purifiés par l'épreuve en sont venus à la vouloir toujours retenir chez eux, parce qu'elle valait la présence toujours efficace, très souvent sentie, de leur bien-aimé Si les hommes connaissaient le Coeur de Jésus ! s'ils se rappelaient pratiquement qu'il est la source de toute consolation ! Ils n'iraient plus la demander au vice et au péché, aux créatures impuissantes bien qu e souvent remplies de bonne volonté; il y aurait bien moins de plaintes et de désespoirs, et l'épreuve fleurirait dans le monde les plus admirables fleurs de vertu, d'héroïsme et de vraie félicité. Nous du moins répondons à la douce invitation de Jésus: «Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et qui ployez sous le fardeau» et nous serons soulagés, consolés par lui, nous trouverons en lui le repos de nos âmes. (Math., XI, 28-29).
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