Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de 
Mgr Pierre André Fournier  et ami de
ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande

Signez mon livre d'or

Un petit mot fait du bien et cela vous permet aussi de lire les commentaires des gens.
 

DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?

LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?

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Titre de la série :
méditations eucharistiques pour l'adoration
Titre de la page:
Royauté-Universelle
Nom de l'auteur:
Mgr-Victor-Lault

                                            
                                         Royauté-Universelle

                                      I

                                                          Adoration

En même temps que vous déclariez à vos apôtres, ô Jésus, que « toute puissance vous a été donnée au ciel et sur la terre, vous ajoutiez : « Allez donc dans le monde entier, et prêchez l'Évangile à toute créature : Euntes in mundum universum, praedicate Evangelium omni creaturae » (Marc, xvi, 15).

Votre royauté, ô divin Sauveur, est donc universelle... Universorum Rege, chante l'Église dans l'oraison de la fête où elle célèbre cette royauté : ainsi votre pouvoir royal n'est pas restreint à un peuple, à une partie de la terre, comme il arrive pour les royautés de ce monde; ni même aux seuls enfants de l'Église, ainsi que pourraient se l'imaginer certains esprits prévenus : non, il s'étend à tous les peuples, il embrasse tous les hommes, il s'exerce d'une extrémité à l'autre du monde. Le psalmiste l'avait chanté bien longtemps à l'avance : « Votre Père qui vous a constitué Roi sur Sion, la montagne sainte, vous a aussi donné toutes les nations pour héritage » (Psalm. 11).

Vous avez donc le droit de régner, de commander, d'être obéi et servi par tous les hommes; et tous, tant qu'ils sont, ont le devoir de vous reconnaître pour leur Souverain... Oui, ô Jésus, avec toute l'Église catholique, qui me l'enseigne par la voix de ses Pontifes, je reconnais que votre puissance royale s'étend « sur l'universalité du genre humain » (Léon XIII, Enc. Annum sacrum du 25 mai 1899, et Pie XI, Enc. Quas primas du 11 décembre 1925).

Roi universel, ô Jésus, il faut que votre royauté soit reconnue socialement! II ne suffit pas que chacun de nous, dans le fond de son coeur et même par des actes extérieurs, vous rende individuellement les hommages que l'on doit à un souverain; il faut aussi que les sociétés elles- mêmes, les nations qui groupent les hommes entre eux, vous honorent comme leur Chef suprême et vous reconnaissent, en effet, comme tel : Et omnis populus, tribus et linguae servient ei.

Cette proclamation sociale de votre royauté universelle je la désire, ô Jésus, je l'appelle de tous mes voeux ; je veux m'efforcer de la réaliser, au moins par mes prières...

« Vous avez droit à ce que les chefs des peuples vous honorent d'un culte public...; qu'ils inclinent donc devant vous, ô Roi universel, les insignes de leur autorité » (Hymne des vêpres en la fête du Christ-Roi).

Mais, ô mystère de la sagesse divine qui confond toutes nos humaines illusions : Celui qui est ainsi le Roi universel, à qui tous les peuples et tous les souverains doivent nécessairement rendre hommage et être soumis, voici qu'Il se cache dans la petite Hostie de nos tabernacles !...

Je sais, ô Jésus, que dans le ciel de votre gloire vous êtes entouré d'une majesté dont nous ne pouvons nous former une idée : toutes nos conceptions à ce sujet seront toujours au-dessous de la réalité... Mais je sais aussi que, pour réaliser, en une certaine façon, votre royauté universelle sur la terre, vous avez trouvé le moyen de rester avec nous et de vous rendre présent sur tous les points du globe.

Comme l'Eucharistie nous donne bien l'idée de votre royauté universelle! Il n'est aujourd'hui aucun pays, il n'est aucune ville tant soit peu importante où vous n'ayez une demeure : vous y résidez surtout pour être à la disposition de vos enfants qui désirent vous recevoir; mais en même temps, à cause de cela même, vous y recevez les adorations des fidèles : votre royauté y est reconnue, adorée, célébrée par des hommages qui vous sont personnellement adressés...

Je me plais à aller par la pensée vers ces tabernacles, semés sur toute la surface de notre terre, et dont chacun est un trône d'où vous exercez vos souverains

pouvoirs de royauté sacerdotale; je suis heureux de vous y offrir, ô Christ-Roi, mes adorations avec les fidèles de chacune des cinq parties du monde : dans ces pays d'où vos ennemis voudraient vous bannir, mais où vous vous obstinez à rester, aussi bien que dans ces sanctuaires, de plus en plus nombreux, où vous apparaissez entouré du culte royal de l'Exposition solennelle.


II
Action de grâce

Au jour où l'Église célèbre votre royauté, ô Jésus, elle nous fait chanter cet hymne de victoire non moins que de reconnaissance : « Le genre humain tout entier gémissait sous la domination d'un cruel tyran; mais vous avez brisé ses chaînes et vous lui avez acquis le droit d'entrer au ciel », de jouir du bonheur éternel (Hymne de Matines).

En vérité, c'est pour tous les hommes, ô Jésus, que vous avez offert votre mort, et c'est à tous les hommes sans exception que vous désirez faire parvenir les fruits de votre rédemption : votre amour, vos grâces ne sont plus réservés, comme dans l'économie de l'ancienne loi, à une nation privilégiée; mais vous les destinez à tous, à vos amis comme à vos ennemis et aux indifférents : sur le trône royal de la croix, au jour de la proclamation solennelle de votre royauté à la face de la terre, vous avez étendu les bras, ô Jésus, pour montrer à tous que la puissance de votre sceptre n'est pas resserrée dans des limi­tes, mais doit aller jusqu'aux confins du monde, apportant partout les trésors et les bienfaits de votre royauté... Et le signe sous lequel vous prenez officiellement possession des âmes, aussi bien que des territoires, c'est le crucifix qui perpétue le souvenir du Calvaire, jusqu'à la fin des temps.

Cette universalité, cette prodigalité de vos bienfaits, ô Christ-Roi, ne nous touchera-t-elle pas, et ne nous forcera-t-elle pas à vous donner tout notre coeur, ô Jésus, si bon et si généreux ?

Cette royauté universelle de Jésus, si elle était bien comprise, si l'on en tirait surtout les conclusions qu'une foi hum­ble et docile sait en dégager, ah! de quels consolants effets, de quel vrai bonheur ne serait-elle pas la cause pour le genre humain ?

Jésus est le Roi universel, le Roi de tous les hommes, de tous les peuples, de la société humaine tout entière. Tous les hommes, tous les peuples sont donc frères en Jésus-Christ, tous ne forment sous son sceptre qu'une seule société. Les membres d'un même corps se gardent bien de se dresser des embûches les uns aux autres; ils vivent, au contraire, dans la paix mutuelle et dans une entr'aide réciproque. Le monde est à la recherche de cette paix tant désirée; les chefs des nations étudient les moyens d'arriver à cette entr'aide mutuelle. C'est vous, ô Christ- Roi, et vous seul qui pouvez définitivement assurer au monde cette tranquillité de l'ordre vers laquelle il aspire : « O mille fois heureuse la société qui a Jésus- Christ pour chef!... On n'y entend pas le bruit des armes homicides, les traités de paix sont respectés, les âmes s'épanouissent dans la concorde, l'ordre public n'a rien à craindre... » (Hymne de Laudes en la fête du Christ-Roi.)

Voilà les biens que nous procurera la Royauté du Christ, si elle s'étend non seulement en droit, mais encore en fait, au monde entier... Fiat, fiat...

Quant aux moyens employés par Jésus pour établir sa Royauté universelle, qu'ils sont touchants et bien capables d'incliner le coeur des hommes à reconnaître cette Royauté !...

C'est, en effet, chantons-nous dans l'of­fice du Christ-Roi (Hymne des ires Vêpres), c'est pour réunir tous les hommes sous votre houlette, que vous avez été cruellement attaché à l'arbre de la croix, les bras étendus, et que, le fer de la lance ayant ouvert votre côté, vous nous montrez votre Coeur brûlant d'amour. C'est pour cela également que vous vous cachez à l'autel, sous les apparences du pain et du vin, préparant par là à tous vos enfants le salut dans votre coeur transpercé...

Voilà les moyens de conquête du Roi Jésus : aucune arme homicide, aucune violence meurtrière, aucune condition humiliante non plus, mais de l'amour, toujours de l'amour, et des bienfaits...


III
Réparation

Universorum Rege... Roi de tous les hommes, de tous les peuples et de la société humaine tout entière. Est-ce bien vrai ? Ne serait-ce point une pieuse exagération d'un enthousiasme éphémère et sans fondement, un vain titre semblable à celui de « roi des rois » que se donnaient autrefois les monarques assyriens ?

Oui, ô Jésus, vous êtes bien le Roi universel : vous possédez le droit de régner, et vous voulez régner sur toute la terre.

En fait cependant, vous êtes loin de régner ainsi universellement. Il y a encore dans le monde, au XXe siècle de l'ère chrétienne, un milliard de païens, c'est- à-dire près des deux tiers de la population du globe terrestre; à ce chiffre déjà énorme, il faut ajouter plusieurs millions d'hérétiques et de schismatiques... Sur combien d'âmes règne donc réellement le Christ ? Que le nombre en est petit !...

Si encore tous ceux qui composent ce petit nombre étaient des sujets fidèles ! Mais parmi les chrétiens, parmi les catholiques, que d'indifférents, que de pé­cheurs, que de violateurs de la loi du Christ-Roi !...

Ne dirait-on pas que le Christ ressemble à un roi vaincu, auquel s'attachent obstinément quelques sujets fidèles malgré tout ?...

Mystère insondable...

Combien mon coeur est triste, ô Jésus, à cette pensée, que tant d'âmes ne vous connaissent pas, ne veulent pas se soumettre à vous, et même vous combattent !...

Vos tabernacles, ô Christ-Roi, ces tabernacles où vous résidez par amour pour nous, je les rencontre, sans doute, sur tous les points de notre globe, mais parmi les hommes qui sont vos sujets, combien passent à côté de votre demeure de­meure royale, même si elle ne se compose que de pauvres planches de bois brut combien passent à côté d'elle sans même soupçonner, peut-être, que là réside leur Roi et qu'il y attend leurs hommages...

La royauté universelle de Jésus-Christ ne se limite pas aux individus, elle s'étend aussi aux nations. Mais quelles sont les nations qui consentent aujourd'hui à reconnaître, ô Jésus, d'une manière officielle et intégrale votre royauté ? En certains pays même elle est combattue : vous avez, ô Christ-Roi, vos martyrs, comme vous avez eu, ô Fils de Dieu, les vôtres; témoins glorieux sans doute et que vous vous plaisez à couronner de gloire, mais témoins aussi de la haine que l'on vous porte.

Quel désolant spectacle !

Et quel malheur! De même que les individus qui vous rejettent viendront un jour se briser sur vous qui êtes la pierre d'angle de l'édifice, de même la nation qui refusera de vous reconnaître comme son Roi et ne voudra pas vous servir périra infailliblement; le peuple qui veut combattre contre vous sera anéanti : gens et regnum quod non servierit titi, peribit : et Gentes solitudine vastabuntur »

(Office du Christ-Roi, 5e antienne de Lau­des). Craignons cette menace, et efforçons-nous, par notre amour, par notre fidélité, d'écarter ce fléau...

L'universalité, qui est un des apanages de la royauté du Christ, lui donne le droit de régner sur tous les hommes et sur toutes les nations.

Mais cette universalité lui donne aussi le droit de régner sur l'homme tout entier. Et cela est véritablement en notre pouvoir, à chacun de nous...

Nous ne devons mettre aucune limite à notre soumission personnelle au Christ- Roi, de même que nous ne pouvons fixer des bornes à l'étendue de ses pouvoirs : tout ce qui est en nous, tout ce qui est de nous, tout ce qui nous concerne à un titre quelconque doit reconnaître pratiquement cette Royauté...

Or puis-je me rendre le témoignage que vous êtes en fait, ô Jésus, le Roi de tout mon être ? N'y a-t-il pas, dans ma vie, trop de choses qui sont soustraites à votre empire ? Chaque jour vous vous donnez à moi tout entier, sans réserve; et moi je mets des réserves à mon don, j'hésite à me consacrer tout à vous...


IV
Prière


Roi universel, le Christ n'exerce en fait les droits de sa royauté que sur un petit nombre d'âmes. Or il nous demande de l'aider à étendre cette royauté, à faire en sorte que ses droits souverains puissent s'exercer sur tous les hommes et sur tous les peuples : u Puisse le jour tant désiré luire enfin, ô Roi très bon, ce jour où tout l'univers en paix vous adorera avec la plus humble soumission! » (Hymne de Laudes en la fête du Christ-Roi.)

Vous nous avez enseigné, ô Jésus, à prier pour l'avènement du règne de Dieu sur la terre. Ce règne de Dieu est aussi le vôtre, et c'est pourquoi, en récitant l'oraison dominicale, je m'appliquerai à prononcer avec toute la dévotion dont je suis capable le Adveniat regnum tuum.

Dans la même pensée, je m'intéresserai aux différentes oeuvres, si recommandées par les Souverains Pontifes, qui ont pour objet la propagation de la foi chrétienne dans les pays infidèles.

Je me formerai un coeur, un esprit missionnaire, afin d'entrer pleinement dans l'esprit chrétien, dans les désirs de l'É­glise : Cunctae familiae Gentium, ejus suavissimo subdantur imperio (Oraison de la fête du Christ-Roi).

Nous voulons, ô divin Roi, que vous soyez le Maître de tous. Nous reconnaissons et publions votre souveraineté et votre droit absolu de régner. Nous reconnaissons et publions vos droits sur la Société, et nous désirons qu'ils soient éternellement reconnus par toute la terre » (Pie IX, II juin 1859).

Prêtres-Adorateurs, Agrégés du Très Saint Sacrement, nous aurons à coeur d'entrer dans les intentions de notre fondateur le Bienheureux P. Eymard, qui a établi son oeuvre u afin que Jésus-Christ soit glorifié socialement dans le monde entier.

Nous procurerons par tous les moyens en notre pouvoir ce règne social de Jésus, de Jésus-Eucharistie, nous réjouissant de ces belles démohstrations publiques qui se multiplient de plus en plus en l'honneur du Très Saint Sacrement, et souhaitant qu'elles s'étendent et deviennent toujours plus nombreuses, toujours plus magnifiques.


V
Pratique


S'intéresser efficacement aux oeuvres missionnaires.

VI
Aspiration

Envoyez, Seigneur, des ouvriers pour travailler à votre moisson : Rogate Dominum messis, ut mittat operarios in messem suam (Matth., lx, 38).

Royauté Sociale

I

Adoration

Toute spirituelle qu'elle soit dans sa nature, dans ses moyens et dans sa fin, votre royauté, ô Jésus, n'en est pas pour cela une royauté purement figurative ou nominale; non, je reconnais qu'elle est une royauté véritable, une royauté parfaite, je vous adore comme le Roi de tout l'univers, et je confesse que votre pouvoir royal s'étend aussi bien sur les sociétés elles-mêmes que sur chacune des personnes qui constituent ces sociétés.

Vous avez donc droit, ô Jésus, de régner socialement sur toutes les nations de l'univers; vous avez droit d'entrer en maître dans la législation des peuples, et de recevoir des autorités publiques qui gouvernent les sociétés des honneurs souverains.

Le prophète Daniel, contemplant par avance le royaume du Christ Sauveur, avait annoncé que « tous les peuples, tou­tes les tribus, toutes les langues lui obéiront », et que tous les rois lui devront service et obéissance » (Dan., vu, 14 et 27).

Vous-même, ô Jésus, en envoyant vos apôtres à la conquête pacifique du monde, après leur avoir rappelé que tout pouvoir vous a été donné au ciel et sur la terre, avez dit : « Allez donc, et enseignez toutes les nations. »

Aussi je ne m'étonne plus, ô Jésus, d'entendre votre apôtre vous appeler : « Le prince des rois de la terre » (Apoc., I, 5), « Le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs » (Apoc., xix, 16) : appellations que l'Église a tenu à insérer dans son office liturgique du Christ-Roi...

Je professe donc, ô Jésus, que vous êtes le Chef, le Roi des familles et des nations; je reconnais que vous devez régner en souverain sur les sujets et sur les princes : c'est votre droit absolu, et aucun mauvais vouloir, aucune ambition, de quelque monarque ou chef d'État que ce soit, ne pourra jamais vous l'enlever...

Dans la faible Hostie vous vous cachez, vous vous humiliez jusqu'à l'anéantissement : je ne vous y adore pas moins comme le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs : Te, Cbriste, Regem gentiutn (Hymne des Vêpres en la fête du Christ-Roi)... Omnes reges servient ei et obedient (2e Ant. des I"' Vêpres).

C'est d'abord votre titre de vrai Fils de Dieu qui vous donne le droit d'exercer cette royauté sociale... Vrai Dieu de vrai Dieu, comme chante l'Église, vous n'avez rien abdiqué de la plénitude de votre puissance en vous faisant homme; mais si votre pouvoir royal était limité aux individus et ne s'étendait pas sur les sociétés elles-mêmes, il manquerait en réalité quelque chose à ce pouvoir...

Combien il est nécessaire, aujourd'hui surtout, de proclamer très haut cette vérité, à ces maîtres des nations qui ne veulent reconnaître au-dessus d'eux aucune autorité !...

C'est aussi comme rédempteur du genre humain que vous devez régner socialement sur les nations. Votre rédemption, en effet, n'atteint pas une partie de l'homme seulement, elle va à l'homme tout entier, aussi bien à l'homme en tant que faisant partie de la société, qu'à L'homme considéré individuellement; car l'homme, pris comme membre de la société, n'est pas différent de l'homme individuel. Dès lors les nations font par­tie, elles aussi, de ce « peuple racheté au prix de votre sang, populus acquisitionis, dont parle saint Pierre (I Petr., 9), et sur lequel, ô Christ, vous devez régner...

Le grand malheur de nos contemporains est de vouloir créer dans les âmes comme deux mentalités et de reléguer au fond de la conscience, dans le secret du coeur, tout ce qui regarde l'ordre surnaturel. Contre cette erreur, nous proclamons le droit que vous avez, ô Jésus, de régner non seulement sur. chacun de nous en particulier, mais sur les groupements eux-mêmes qui forment les cités et les nations...

Jésus-Christ est enfin notre Roi, parce qu'il nous a acquis et qu'il nous procure le salut éternel avec tous les moyens de sanctification : en conséquence il a le droit de régler souverainement l'activité de chacun de nous, son activité personnelle et son activité sociale, de telle sorte que nous puissions parvenir à notre fin dernière.

Le devoir de tout homme, et de toute société établie parmi les hommes, est donc de respecter les droits royaux de Jésus-Christ, de se conformer à ses lois, de le faire régner...

Mais cette royauté sociale, comment l'exercerez-vous, ô Jésus, et comment les hommes la reconnaîtront-ils ?

Vous l'exercerez comme les princes de ce monde exercent leur autorité sur les nations dont ils sont les chefs, et nous la reconnaîtrons de la même manière que l'on a coutume, parmi les peuples, de reconnaître et d'honorer le pouvoir royal: être roi, chef d'État, c'est avoir autorité sur cet état, c'est posséder le droit et le pouvoir de le guider, de le gouverner, de se faire obéir des sujets.

Ce ne sont donc pas seulement les individus qui vous doivent la soumission et l'obéissance, ô Jésus, ce sont les nations elles-mêmes. Oui, comme le proclame le Bienheureux Père Eymard, il faut que vous vous mettiez à la tête des sociétés chrétiennes que vous dirigerez et sauverez. Il faut vous reconstruire parmi nous un palais, il faut vous élever un trône royal, il faut vous former une cour de fidèles serviteurs, une famille d'amis, un peuple d'adorateurs.


II
Action de grâce


Mettre Jésus-Christ à la tête des sociétés, c'est-à-dire faire en sorte que les sociétés reconnaissent officiellement ses préceptes et ses lois, et veillent à leur exacte observance, est le seul moyen de procurer et d'assurer le salut des sociétés elles-mêmes.

Oui, de même qu'il n'y a pas d'autre nom sur la terre en qui les hommes puissent espérer le salut, de même, fait remarquer le Souverain Pontife dans l'Encyclique sur le Christ-Roi, il n'y a pas d'autre principe que Jésus, en qui les sociétés puissent trouver leur sauvegarde; car, dit saint Augustin, il n'y a pas, pour la cité, d'autre source de prospérité que pour les individus eux-mêmes : la cité n'est autre chose qu'un groupement d'individus ayant un même but et une même pensée.

N'est-il pas évident, en effet, que Jésus-Christ se doit à lui-même, à sa bonté, à son amour, de protéger contre toutes les causes internes et externes de ruine les sociétés qui reconnaissent son pouvoir ? Les peuples qui se soumettront à son empire, chante Isaïe (n, 4), « forgeront leurs épées en socs de charrue et leurs lances en faucilles; une nation ne s'élèvera plus contre une autre et l'on n'apprendra plus la guerre : conflabunt gladios suos in vomeres, et lanceas suas in falces : non levabit gens contra gentem gladium, nec exercebuntur ultra ad praelium ».

Vous gardez, ô Christ-Roi, ceux qui se sont donnés à vous ; bien plus, vous leur accordez généreusement vos bienfaits.

Le jour où les hommes reconnaîtront en privé et en publié la dignité royale du Christ, dit encore le Souverain Pontife, on ne saurait dire quels immenses bienfaits en résulteront pour tout l'ordre social : une liberté contenue dans les sages limites de la justice, l'observance exacte des lois, la concorde et la paix. De même, en effet, que la dignité royale de Notre-Seigneur sanctionne de l'autorité même de la religion le pouvoir des princes et des gouvernants, de même elle ennoblit l'obéissance et les devoirs des citoyens.

C'est saint Paul qui nous enseigne que nous avons à obéir à nos supérieurs comme aux représentants du Christ.

De leur côté, si les chefs de peuples étaient bien persuadés qu'ils commandent au nom et à la place de Jésus-Christ, avec quelle sagesse et quel souci du bien commun ils useraient de ce pouvoir! de là évidemment pour les sujets et pour les gouvernants eux-mêmes une plus grande sécurité et une union plus parfaite...

Mais tous ces biens d'ordre naturel, qui ne sont certes pas à mépriser, tendent en définitive à assurer un bien encore plus grand et plus important : les intérêts surnaturels des âmes.

Il est dans la nature même des choses que la société temporelle n'absorbe pas, d'une manière complète et absolue, l'activité humaine : au-dessus de la fin que se propose cette société, il en est une autre, plus noble, plus féconde, parce qu'elle est divine... Si Jésus-Christ veut régner socialement sur le monde entier, c'est pour nous assurer cette fin, nous conduire à Dieu, nous faire gagner le ciel...

Mettons-nous donc avec amour sous la conduite de notre Roi, travaillons à établir sa royauté dans le monde, sur nos sociétés, sur les familles...


III
Réparation


Jésus-Christ ayant droit de régner sur les sociétés, aussi bien que sur les individus, il s'ensuit, proclame le Souverain Pontife Pie XI, « que les chefs des nations ne doivent pas refuser de donner au Christ, et par eux-mêmes et par leurs sujets, le témoignage public de leur res­pect et de leur obéissance; c'est pour eux le seul moyen de sauvegarder leur propre m autorité et de travailler avec succès à la grandeur de leur pays ».

Deux choses sont ici indiquées comme nécessaires, qui, malheureusement, de nos jours, sont assez peu observées.

Il faut d'abord que les chefs des nations rendent hommage au Christ, non pas seulement d'une manière privée et comme à la dérobée, mais en public et officiellement. L'ordre en effet demande que l'on observe et que l'on conserve la hiérarchie des valeurs; or la fin tempo­relle de toute société humaine se subordonne nécessairement à la fin surnaturelle des âmes.

Mais, hélas! parmi tant de nations qui aujourd'hui divisent le genre humain, combien y en a-t-il qui consentent à rendre hommage, d'une manière officielle par leurs gouvernants, au Christ-Roi ?... N'est-ce pas au contraire trop souvent l'apostasie publique et officielle ? Les impies ont dit dans leurs coeurs et ils ont osé écrire dans leurs lois : « Il n'y a pas de Dieu », nous ne connaissons pas le Christ et nous n'avons aucun hommage à leur rendre.

Cette manière de penser et d'agir constitue un véritable déni de justice envers vous, ô Jésus, qui avez été établi par Dieu lui-même roi de toutes les nations...

A ces hommages doit être unie l'obéissance, qui en est comme une conséquence nécessaire : après avoir reconnu en Jésus le Christ-Roi , il faut évidemment lui obéir...

Or cela est peut-être encore plus difficile à réaliser... De partout s'élève la protestation impie : Nous ne voulons pas qu'il règne sur nous, nous ne voulons pas obéir à ses lois, nous ne pouvons pas laisser entamer notre souveraineté populaire en reconnaissant un maître qui soit au-dessus de nous; nous n'admettons pas de pouvoir dont la société elle-même ne soit le principe.

Cette parole blasphématoire est la néga­tion formelle du caractère social de la royauté de Jésus-Christ... Et que de fois elle a été prononcée dans le monde depuis le jour où elle fut dite par les Juifs déicides; que de fois nous l'entendons retentir, au moins d'une manière équivalente, dans nos assemblées législatives conteraporaines

Je vous offre mes réparations, ô Jésus,pour l'offense qui vous est ainsi faite par vos enfants, par vos sujets...

Or une société sur laquelle Jésus-Christ ne règne pas, une société qui renie toute influence du Christ et se déclare son ennemie, ne peut avoir de consistance véritable : elle ne tardera pas à devenir une réunion d'hommes qui se surveillent avec malice pour tâcher de se prendre en défaut, qui se jalousent, épiant le mo­ment favorable pour renverser un com­pétiteur, et ne cherchent en définitive, au prix même des plus grands bouleversements et des ruines les plus lamentables, que leur bien personnel et particulier; car là où Jésus-Christ ne règne pas, là où il ne commande pas, c'est la vo­lonté de l'homme qui est maîtresse, volonté, hélas! trop souvent changeante, égoïste, rapace et cruelle... L'histoire contemporaine ne nous offre-t-elle pas de trop tristes exemples de cette démagogie insensée ?

Il faut donc choisir entre le règne social du Christ et la domination du désordre social. En fait, si nous n'en sommes pas là, c'est que, malgré tout, Jésus- Christ a conservé sur notre société quelque chose de son influence, quelque lambeau de ses droits souverains... Mais craignons pour le jour où ce reste d'influence, ce souvenir, cette ombre de sou­veraineté viendraient eux-mêmes à disparaître.


IV
Prière


Celui qui ne voudrait pas admettre le caractère social de votre royauté, ô Jésus, ne ferait autre chose que de vous dénier en réalité le titre de Roi. Si, en effet, vous êtes Roi dans toute la force du terme, Roi universel, Roi suprême, vous êtes nécessairement le Roi des sociétés non moins que des individus.

Votre royauté, ô Seigneur, ne doit donc pas se confiner dans le fond des consciences individuelles, ou s'arrêter à la porte des églises, comme se plaisent à le proclamer les impies; elle doit s'étendre et s'exercer jusque sur les sociétés...

Que les chefs de peuples, que les gouvernants vous reconnaissent donc comme Roi, et agissent en conséquence : Te nationum Praesides honore tollant publico (Hymne des Ires Vêpres).

Rentrez, ô Jésus, dans nos sociétés dont on vous a tenu écarté trop longtemps; rentrez-y pour faire sentir votre bienfaisante influence sur l'approbation des lois, sur les décisions des magistrats...

Régnez aussi en Maître souverain sur la famille, ce noyau vital, ce fondement de la société humaine, de la nation... La famille, elle aussi, a des lois à observer, lois que vous avez promulguées, mais qui sont si souvent transgressées.

Venez donc sanctifier nos maisons, nos foyers : Mitique sceptro patriam domosque subde civium (Hymne des Ires Vêpres).

Que nos familles, redevenues chrétiennes, reprennent l'habitude de la prière en commun, de l'assistance en commun à la Messe, et de ces autres pratiques autrefois en honneur, qui marquaient si bien votre empreinte sur elle...

L'obéissance à vos lois, ô Jésus, est sans doute le moyen principal mis à notre disposition pour reconnaître votre royauté sociale... Mais il y en a aussi un autre : jadis, les princes vous offraient leur royaume, et vous rendaient publiquement hommage : puissent nos gouvernants reprendre cette sainte tradition et donner à leurs sujets ce bel exemple...

Vous êtes, ô Jésus-Hostie, le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs : que les rois et les seigneurs saluent donc en vous leur prince et leur chef.


V
Pratique

Ne jamais rougir de rendre publiquement hommage à Jésus-Christ.

VI
Aspiration


Que les rois et les peuples, ô Jésus, vous servent et vous obéissent.

Royauté Spirituelle


I

Adoration

Toute puissance, ô Jésus, vous a été donnée au ciel et sur la terre : Data est mihi munis potestas ; et cette puissance s'étend sur l'univers entier : Euntes in mundum universum. Déjà par ces deux attributs, votre royauté brille d'un éclat spécial et laisse bien loin derrière elle toutes les souverainetés de la terre; mais elle possède encore un autre caractère qui achève de faire d'elle une royauté unique, sans égale : elle est une royauté spirituelle... C'est sur les âmes, c'est sur les consciences que vous entendez exercer votre empire, ô Jésus; et vous seul avez ce privilège...

En envoyant vos apôtres dans le monde, vous leur avez donné la mission de prêcher l'Évangile à toute créature : Praedicate Evangelium omni creaturae (Marc., xvi, 15).

L'Évangile, c'est le règne de Dieu dans les coeurs par la vérité, l'amour, la sainteté de la vie.

A Pilate qui vous demandait : « Tu es donc Roi ? » vous répondiez : « Tu le dis, je suis Roi », et aussitôt, précisant le caractère de votre royauté, de votre mission ici-bas, vous ajoutiez : « Ego in hoc nains sum, et ad hoc veni in mundum, ut testi­monium perhibearn veritati : Je suis né et je suis venu dans le monde pour ren­dre témoignage à la vérité » (Joan., xvm, 37). Vous êtes donc venu apporter la vérité sur la terre, ô Jésus, vous êtes venu établir parmi les hommes le règne de la vérité.

Ainsi la vérité a lui dans les ténèbres, cette vérité qui n'est autre que la lumière divine. Votre doctrine a éclairé le monde, elle règne sur les âmes de vos enfants qui lui soumettent docilement leurs intelligentes... Je crois, ô Jésus, tout ce que vous avez enseigné, je suis heureux d'incliner devant vous cette intelligence image et ressemblance de Dieu que vous m'avez donnée pour vous connaître et qui me constitue le roi de la création matérielle.

Avec le règne de la vérité, vous êtes venu, ô Jésus, établir dans le monde le règne de la charité. Un article fondamental de la charte de votre royaume est l'amour mutuel : « C'est mon précepte, avez-vous dit, que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés : Hoc est praeceptum meum ut diligatis invicem, sicut dilexi vos » (Joan., xv, 12).

Combien votre royauté diffère en cela des royautés terrestres : celles-ci n'ont trop souvent pour résultat que de diviser les peuples, de les rendre ennemis les uns des autres. Vous, au contraire, vous unissez les coeurs.

C'est en régnant sur les coeurs de vos enfants, ô Jésus, c'est en établissant dans les âmes une conviction profonde de votre amour pour chacune d'elles en particu­lier, que vous pouvez ainsi les unir et arriver à faire de tous les peuples un seul royaume, « royaume de justice, d'amour et de paix, regnum justitiae, amoris et pacis » (Préface de la fête du Christ-Roi).

Et quel moyen plus parfait d'union des coeurs pouviez-vous instituer que ce magnifique Sacrement où vous vous donnez à nous avec tant d'amour ? où vous êtes, comme le proclame le saint Concile de Trente, « le signe de l'unité, le lien de la charité, le symbole de la concorde » (Sess. XIII, cap. 8).

C'est pourquoi l'Église nous fait chanter en la Fête-Dieu : « Le Seigneur, qui établit la paix dans les frontières de son Église, nous rassasie de la fleur du froment : Qui pacem ponit fines Ecclesiae, frumenti adipe satiat nos Domitius » (5° Antienne des Vêpres).

Vous établissez enfin, ô Jésus, dans le monde, le règne de la justice et de la sainteté; vous nous montrez le ciel où nous devons tendre de toute l'énergie de nos forces; vous nous dites : Mes enfants, « ne mettez pas votre affection dans le monde et dans les choses de ce monde », car elles passent rapidement et vous emporteraient avec elles : nolite diligere mundum, neque ea quae in mundo sont (I Joan., II, i5).

Vous nous exhortez à ne pas établir notre bonheur dans les biens terrestres : il ne nous est certes pas défendu de pos­séder ces biens, de les faire valoir, de nous en servir, mais vous ne voulez pas que notre coeur s'y attache... Dans la souffrance et les privations vous nous exhortez à ne pas nous désespérer... Mais en toutes choses vous nous engagez à ne jamais perdre de vue le royaume des cieux, notre vraie patrie.

Vous nous rappelez que toutes nos actions ici-bas ont un contre-coup éternel, et, dès lors, vous nous engagez à agir toujours selon l'ordre et la justice...

Votre royaume est donc un royaume de sainteté et de grâce. A Jésus, et je ne puis douter que l'un des moyens principaux dont vous voulez vous servir pour établir en nous ce royaume ne soit le Très Saint Sacrement, ce pain céleste de la communion, qui nous apporte l'abondance de la vie spirituelle...

Établissez et faites grandir en moi, Jésus, ce royaume spirituel


II
Action de grâce

Spirituel en lui-même et dans ses éléments constitutifs, votre royaume, ô Jésus, est également spirituel dans la fin qu'il se propose.

« Quelle grandeur pouvait-il y avoir, demande saint Augustin, pour le Roi du ciel, de devenir Roi des hommes ? Ce n'est pas pour forcer les hommes à lui payer l'impôt, ce n'est pas pour les enrôler de force dans son armée et les lancer contre des ennemis visibles, que Jésus-Christ est Roi; non; s'il possède ce titre de Roi, et s'il jouit des prérogatives qui y sont attachées, c'est pour régir les âmes, pourvoir à leur salut éternel, conduire au royaume des cieux ceux qui croient en lui, espèrent en lui et l'aiment » (Homélie sur l'évangile en la fête du Christ- Roi).

Le royaume de Jésus-Christ ici-bas n'est donc, en définitive, que la préparation et l'acheminement au royaume éternel du bonheur sans fin. Je reconnais, ô Jésus, ce but divin de votre royauté, et je vous remercie de m'avoir appelé à ce royaume... Votre royauté, ô Jésus, est encore spirituelle dans les moyens qu'elle emploie pour s'établir.

A la différence des rois de la terre, c'est par la bonté que vous voulez régner, c'est par les bienfaits que vous entendez établir sur les coeurs votre royaume de vérité, d'amour, de sainteté...

Vous ne vous présentez pas à nous avec le fer et le feu, comme les rois de la terre qui font la conquête d'un peuple ; vous ne nous demandez qu'une chose, pleine de douceur : c'est que, reconnaissant les dons de votre amour et comprenant le désir dont brûle votre Coeur de nous faire du bien, nous vous soumettions notre esprit, notre coeur, notre volonté... Ah ! lorsque je considère avec quelle prodigalité vous nous distribuez les dons célestes, et, en particulier, cet aliment divin qu'est l'Eucharistie, comme je me sens pressé de me consacrer à vous et de vous faire régner en moi... Le caractère spirituel de votre royauté se reconnaît encore, ô Jésus, dans la.manière dont vous exercez cette royauté. Les souverains de ce monde résident dans des palais somptueux et siègent sur des trônes de majesté : ils sont entourés d'officiers, de ministres, de serviteurs qui les accompagnent sans cesse et dont la présence empêche les sujets de s'approcher d'eux comme ils désireraient. Mais vous, Seigneur, vous habitez avec nous, tout près de nous, dans les églises où nous pouvons venir vous visiter comme nous voulons ; votre trône est l'autel, c'est-à-dire cette table divine où vous vous offrez pour nous à Dieu, et où vous revêtez la forme de pain afin d'être mangé par nous; votre cour, la plupart du temps, n'est composée que des anges, dont la présence invisible n'empêche personne de venir à vous : l'homme le plus misérable, le plus pauvre peut avoir, aussi bien que le riche et le puissant, son audience royale.

Quel monarque consentirait à cacher ainsi son action ? Vous seul, ô Jésus, accomplissez ce miracle de bonté et d'a­mour, car ce n'est pas votre satisfaction que vous cherchez, mais notre bonheur; vous ne voulez pas nos dons, mais vous nous donnez vos grâces et en retour vous demandez notre coeur...


III
Réparation


Au Procurateur romain qui lui deman­dait s'il était le Roi des Juifs, Jésus ré­pondait d'une manière affirmative, mais il ajoutait aussitôt : « Mon royaume n'est pas de ce monde » (Joan., xvm, 36). Votre royaume, ô Jésus, n'est donc pas un royaume terrestre, ainsi que se le figuraient faussement les Juifs charnels. C'est, un royaume spirituel, « dans lequel les hommes doivent s'efforcer d'entrer par la pénitence » (Pie XI, Encycl. sur le Christ-Roi). Quiconque veut en faire partie doit donc se mortifier, veiller à réfréner ses appétits déréglés. C'est là une conséquence nécessaire du caractère spirituel de ce royaume, qui fait qu'il s'oppose à tout ce qu'il y a de naturel et d'humain en nous... C'est l'esprit qui doit régner en nous, ce ne sont pas les sens; c'est l'Esprit-Saint et non pas l'esprit humain, l'esprit du monde...

A ce point de vue, combien de chrétiens se soustraient à votre royauté, permettant aux convoitises mondaines et terrestres de dominer en eux!...

Saint Paul a dit que ceux qui appartiennent en vérité au Christ Jésus ont crucifié leur chair avec ses concupiscences (Gal., v, 211). Est-ce que j'appartiens sincèrement à Jésus-Christ ?... Est-ce que je ne me laisse pas effectivement trop dominer par les choses de ce monde ?... Venant si souvent en mon âme par ce Sacrement qui rappelle votre mort, comment se fait-il, ô Jésus, que vous n'y ayez pas encore établi, en toute plénitude, le règne de votre grâce ?... Le royaume du Christ Jésus, ajoute le Souverain Pontife (Encycl. sur le Christ-Roi), est encore appelé spirituel « uniquement en tant qu'il s'oppose au royaume de Satan et à la puissance des ténèbres ».

Satan est le prince de ce monde (Joan., xn, 3i). Il est prince de ce monde parce qu'il a le pouvoir de se servir des biens terrestres et visibles pour asservir les âmes au péché et les arracher à l'empire du Christ : « Fascinatio enim nugacitatis obscurat bona, et inconstantia concupiscentiae transvertit sensum sine malitia : L'enchantement du vice obscurcit le bien, et le vertige de la passion pervertit un esprit sans malice » (Sap., Iv, 12) .

Que de chrétiens, hélas! se laissent ainsi aveugler par la puissance des ténèbres et se font les esclaves de Satan! car quiconque fait le péché, devient l'esclave du péché (Joan., viii, 34). C'est une honte pour une âme rachetée par le sang de Jésus-Christ de se livrer de la sorte au démon; c'est une ignominie pour un prince de la cour royale de Jésus, pour un fils adoptif de Dieu car c'est jusque-là que le Seigneur a voulu nous élever par la grâce de devenir le serviteur, l'esclave de Satan... Pardon, ô Jésus, des infidélités que j'ai commises envers vous, de toutes les trahisons dont je me suis rendu coupable en commettant le péché. En tant qu'il s'oppose au royaume de Satan, le règne de Jésus-Christ demande que nous ayons faim et soif de justice, que nous nous renoncions nous-mêmes et que nous portions notre croix (Encycl. citée). Pour entrer véritablement dans l'esprit du royaume surnaturel de Jésus-Christ , il ne suffit donc pas que nous abhorrions et fuyions le mal, il faut, en outre, que nous nous efforcions de pratiquer les vertus, il faut que nous cherchions à revêtir l'homme nouveau et spirituel, formé sur le modèle de Jésus... Se spiritualiser dans ses pensées, dans ses vues, dans ses projets, dans ses affections : travail difficile mais indispensable pour devenir de vrais citoyens du royaume de Jésus-Christ. Combien grande a été ma lâcheté dans ce travail!... Comme j'ai peu profité de mes communions, de ces visites dans lesquelles vous apportez, ô Jésus, à mon âme, l'abondance de votre grâce, la perfection de la vie spirituelle!

Examen... Regrets... Résolutions...

IV
Prière


La royauté de Jésus-Christ, étant une royauté spirituelle, l'emporte sur les royaumes terrestres de toute la distance qui sépare le ciel de la terre, les choses divines des choses humaines. Elle ne s'oppose donc nullement aux souverainetés de l'ordre temporel, mais elle les domine; bien mieux, c'est elle qui assure leur solidité : Jesu, tibi sit gloria, qui .sceptra mundi temperas (Conclusion des hymnes en la fête du Christ-Roi). Elle le fait en imposant aux consciences l'obligation de rendre, aux souverains de ce monde, les hommages, la soumission, l'obéissance qui leur sont dus et qui sont la condition absolue comme le gage certain de la paix sociale... Cette paix, fruit de votre royaume, ô Jésus, donnez-la au monde, qui en a tant besoin...

Faites, ô divin Maître, que les hommes cherchent avant tout le royaume de Dieu; qu'ils s'appliquent à établir en eux le règne de votre vérité, de votre grâce, de votre justice : Te mentium, te cordium unum fatemur arbitrum (Hymne des Ires Vêpres en la fête du Christ-Roi).

Établissez-le du moins en mon âme, affermissez-le chaque fois que vous y venez de nouveau par la sainte communion...

Puisse votre vérité, ô Jésus, puissevotre doctrine illuminer enfin tous les hommes...

Puisse votre grâce remplir tous les coeurs ...

Puissent vos vertus servir de modèle et être imitées par tous les chrétiens...

C'est ainsi que s'établira, dans le monde, votre règne, règne tout spirituel, tout intérieur : Regnum Dei intra vos est (Luc., xvii, 2 1) .


V
Pratique


S'appliquer à envisager tous les événements terrestres, qu'ils regardent la conduite générale des choses ou qu'ils n'intéressent que nous en particulier, comme des moyens offerts par Dieu pour nous faire gagner le ciel

VI
Aspiration


Affectionnez-vous aux choses du ciel, non à celles de la terre : quae sursum sunt sapite, non quae super terram (Col.,3).
L’ordre des pages sont placées l’une derrière l'autre ;
tel que dans le livre et non pas en ordre alphabétique suivre les chiffres.
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