| |
Le Fils de Dieu
I
Adoration
|
Vous êtes, ô Jésus, le Roi de gloire : Tu Rex gloriae, Christe. C'est l'Église sainte qui vous décerne cette louange dans l'hymne d'action de grâces qu'elle met chaque jour sur les lèvres de ses ministres récitant, au nom de tout le peuple chrétien, l'office divin. Je m'unis, ô Jésus, à cette acclamation de vos lévites et je vous reconnais, je vous adore comme le Roi de gloire...
Vous êtes Roi, ô Jésus : c'est là une vérité dont on ne saurait douter sans se rendre coupable de blasphème.
Vous êtes le Roi de la nature, dont vous avez créé, avec le Père et l'Esprit-Saint, les forces mystérieuses, et que vous gouvernez avec une sagesse douce et forte : « Vous avez dit, et tout a été fait. » Et comme l'autorité appartient sans conteste à l'auteur, vous pouvez gouverner en maître absolu ces mondes qui sont l'ouvrage de vos mains.
Mais vous êtes tout particulièrement, ô Jésus, le Roi de l'homme, le Roi de cette créature choisie qui réunit en elle toutes les perfections des autres êtres créés, et que pour cela on a nommé « un petit monde ». Tout ce que nous avons, tout ce que nous sommes, c'est vous qui nous l'avez donné; vous avez donc le droit de régner sur nous, et toutes nos facultés, toutes nos puissances doivent vous servir.
Je reconnais, ô Fils de Dieu, votre royauté souveraine sur toute créature et sur moi en particulier. Dans mon coeur je confesse vos droits royaux; je les proclame de bouche en vous redisant la louange de l'Église : « Vous êtes, ô Christ, le Roi de gloire »; mais surtout je les reconnais et les adore par une soumission entière à toutes vos dispositions, ô vous qui êtes mon Roi et mon Dieu : Tu es ipse Rex meus et Deus meus (Ps. xLm, 5).
Je le crois et le confesse : dans cette petite Hostie, si frêle qu'elle me paraisse, se trouve en toute vérité le Roi immortel des siècles : au ciel comme au Saint-Sacrement, c'est le même Jésus, c'est le même Fils de Dieu; au ciel, les Anges et les Saints se prosternent en sa présence et lui offrent leurs adorations; sur terre, imitons ces esprits bienheureux et adorons dans le respect le plus profond le Roi des rois, le. Seigneur des seigneurs...
Roi de gloire, vous l'êtes, ô Jésus, à un autre titre encore : Fils de Dieu par nature, vous avez voulu devenir fils de l'homme par amour pour nous. Selon le mot de votre Apôtre (Eph., f, o), vous êtes venu ici-bas pour restaurer en vous toutes choses, et comme fruit des souffrances par lesquelles vous avez opéré cette restauration, votre Père vous a donné en héritage toutes les nations sur lesquelles il vous a constitué roi. Vous avez donc, ô Jésus, comme deux royautés : l'une, que l'on pourrait appeler la royauté divine, vous est naturelle et vous appartient par droit de naissance; vous avez acquis la seconde, la royauté humaine, par vos travaux.
Les peuples acclament les princes qui les ont délivrés du joug de leurs ennemis, ils leur obéissent, ils les servent... O Christ vainqueur, ô Christ qui régnez, ô Christ qui commandez, je me prosterne devant vous, que je crois réellement présent sous les apparences de l'hostie, je vous acclame comme mon roi...
Vous pourriez certes, ô Jésus, régner par la force. Vous préférez régner sur nous par l'amour, par la douceur. Les rois de la terre imposent leur puissance, et malgré cela ils ne peuvent pénétrer dans les âmes : bien souvent le coeur de leurs su jets leur échappe... Vous, ô Jésus, c'est dans le sanctuaire de la volonté, de la conscience, de l'âme, que vous entendez régner... Royauté magnifique, que seule un Dieu peut obtenir.
O Christ-Roi, mon coeur est déjà à vous. Mais en ce jour, je tiens à vous le donner de nouveau. Je confirme ma sujétion à votre royauté d'amour... Puissé-je rester à jamais enchaîné à votre trône !
|
II
Action de grâce
|
D'ailleurs la royauté de Jésus-Christ n'est pas seulement pour lui un droit que personne ne pourra jamais lui ravir; elle est encore pour nous la source de nombreux bienfaits qui doivent nous porter à la reconnaissance envers lui.
Le premier et le plus important devoir d'un roi est de procurer le bien-être, le bonheur de ses sujets dans la paix et dans l'abondance de tous les biens : l'histoire ne nous apprend-elle pas que, souvent, les calamités publiques, même si le souverain n'y a aucune responsabilité, sont suivies de sa déchéance ?
Procurer le bonheur de vos sujets, c'est ce que vous faites, ô Jésus, avec une perfection qu'aucun roi, aucun empereur, ne pourra jamais atteindre : vous le faites avec une bonté et une magnificence divines.
Ces bienfaits ne regardent pas seulement chacune de nos âmes en particulier; ils s'étendent encore à la famille et aux nations elles-mêmes tout entières.
Pour ce qui regarde chacune de nos âmes en particulier, voici en effet ce qu'on pourrait appeler le programme de gouvernement de notre Roi Jésus : comme article fondamental il y a notre rachat de la damnation éternelle, le pardon de nos offenses et des dettes contractées envers la Justice divine...; puis vient la participation à la nature divine par le moyen de la grâce, la possession de Dieu lui-même ici-bas par l'Eucharistie dans laquelle il se donne en nourriture à sa propre créature, enfin la jouissance éternelle de Dieu dans la vision béatifique. Chacun de ces points n'est-il pas un immense bienfait qu'un Dieu seul pouvait réaliser ?
L'influence bienfaisante de..la royauté de Jésus-Christ s'étend encore à la famille. A celles qui reconnaissent et acceptent sa royauté, il apporte ses grâces de force et de consolation. Aux époux, il communique le courage dont ils ont besoin pour remplir leurs devoirs sans se lasser et supporter sans irritation, bien plus, avec joie, les charges du foyer. Aux parents, il donne la lumière pour élever d'une manière chrétienne leurs enfants. A ceux-ci, il inspire la soumission et le respect qui met tant de bonheur dans le sanctuaire domestique... Oh ! que la royauté de Jésus, acceptée, voulue, est bonne, suave et bienfaisante, dans la famille! Qu'une famille où Jésus règne en maître est heureuse !
La royauté de Jésus-Christ étend enfin sur la société tout entière sa douce et bienfaisante influence : reconnaître cette royauté, c'est, pour les nations comme pour les individus, s'assurer la justice et la paix qui sont les fondements de toutes les relations entre les peuples aussi bien qu'entre les diverses classes de la société. C'est par votre présence, multipliée sur tous les points de la terre, que vous assurez à vos créatures, ô Jésus, le bénéfice de ces bienfaits. Les rois de ce monde ne peuvent résider qu'en un seul lieu, dans leur palais : vous, ô Jésus, vous résidez partout où sont vos sujets, et de votre demeure eucharistique vous projetez sur eux tous les biens dont ils peuvent avoir besoin... Merci, ô Jésus, notre Roi et notre Bienfaiteur...
|
|
La royauté de Jésus-Christ n'est pas une royauté facultative. Jésus est roi, nécessairement. De par sa nature même, comme Fils de Dieu, un seul Dieu avec le Père et le Saint-Esprit, il règne sur le monde. De plus, son Père lui a donné le sceptre sur toutes les nations de la terre, et son règne, ainsi que l'annonçait l'archange Gabriel à la très sainte Vierge, n'aura pas de fin.
Royauté nécessaire, universelle et éternelle : tels sont les principaux caractères de la royauté de Jésus-Christ. Et pourtant, ô Seigneur, combien votre royauté est discutée, entravée parmi nous, qu'elle est trop souvent méprisée et rejetée !
Royauté nécessaire... Nombreux sont les hommes, nombreuses les sociétés qui ne veulent pas du joug suave de Jésus- Christ : « Nous ne voulons pas qu'il règne sur nous! » Blasphème insensé qui se répète invariablement dans tous les siècles. Et parce que nous ne voulons pas qu'il règne sur nous, voici que nous transgressons ses préceptes, que nous rejetons son autorité... Nous ne voulons pas qu'il règne sur nous : nous ne voulons pas qu'il entre dans notre âme, qu'il en prenne possession par son Eucharistie; notre coeur, nos services, nous les avons déjà donnés à d'autres maîtres, à l'orgueil, à l'intérêt, à quelque passion ou à une créature.
Jésus est Roi, mais ne semble-t-il pas plutôt un roi détrôné ? En réparation de ceux qui refusent de vous reconnaître, j 'acclame, ô Jésus, votre souveraine royauté.
Royauté universelle. Certains admettent encore que Jésus-Christ règne, mais ils ne veulent pour lui qu'une royauté amoindrie, limitée; ils ne veulent pas que l'empire du Christ s'étende à toute la vie, à tout ce qui intéresse l'activité humaine de l'individu et de la société entière. Ils font des répartitions dans leur obéissance et leur fidélité.
Mais c'est faire injure à votre royauté, ô Seigneur, que de lui poser des limites! Ah! qu'il n'en soit pas ainsi de nous. Vous êtes, ô Jésus, roi universel; je vous reconnais comme tel, et autant qu'il est en moi, je veux vous faire régner universellement. Quel est l'aveuglement de ceux qui vous refusent leur obéissance totale!
Royauté éternelle. Ce n'est pas à cette terre qu'est limitée la royauté de Jésus. Il est roi pour toute l'éternité. A l'égard de ceux qui sont encore en ce monde, sa royauté est pacifique, bienveillante. Mais, après cette vie, elle revêtira l'aspect terrible du Juge suprême. Cependant, que d'hommes ne pensent pas à cette royauté éternelle de Jésus et vivent comme s'ils ne devaient jamais lui rendre compte de leur vie !...
|
|
|
Il ne suffit pas, c'est évident, de reconnaître en principe que Jésus-Christ est le Roi de gloire, il faut encore et surtout admettre son empire dans la pratique de toute la vie.
Si Notre-Seigneur est roi, il a donc le droit de recevoir nos services et nous avons donc le devoir d'obéir à ses commandements. La soumission à ses préceptes, à ses volontés, à ses désirs, la fidélité aux obligations qu'il nous impose, tel est le principal moyen de reconnaître sa royauté. Promettons-lui que nous serons vigilants sur ce point; promettons-lui que nous chercherons à y amener d'autres âmes. A notre action ne manquons pas d'ajouter la prière. Aimons à répéter le souhait que lui-même nous a appris et qu'il nous invite à répéter souvent : « Que votre règne arrive! » Oui, ô Jésus, régnez sur nous, sur notre âme, sur notre intelligence, sur notre coeur; régnez sur la société, sur les familles et les nations.
Bénissez les missionnaires qui travaillent à répandre votre royaume ; faites fructifier leur apostolat, afin que, d'une extrémité de la terre à l'autre, un seul cri retentisse :Honneur et gloire à Jésus-Roi.
|
V
Pratique
|
En entrant à l'église, prenons l'habitude d'aller directement rendre nos hommages à Jésus-Christ, et donnons-lui cette marque d'honneur qui consiste en une bonne et vraie génuflexion. |
|
O Jésus, Roi de gloire au ciel, présent pour nous au divin Sacrement, je vous salue. |
|
|
Celui que l'Église entend honorer sous ce titre glorieux de Christ-Roi, celui dont elle proclame la gloire et les excellences, c'est le Verbe de Dieu fait homme pour nous.
Dans sa nature divine, ce Verbe éternel partage avec le Père et l'Esprit-Saint le pouvoir souverain et absolu sur tous les êtres créés; mais en tant qu'homme il a reçu de son Père, selon la parole du prophète, « la puissance, l'honneur et la royauté » (Dan., vu, ILI ).
C'est donc vous, ô Jésus, vous mon frère par la nature, que je dois reconnaître comme « le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs » (Apoc., xix, i6), vous, l'enfant de Bethléem, le jeune apprenti de Nazareth, devenu plus tard le prédicateur des foules avides, puis le crucifié du Calvaire... Vos contemporains n'ont voulu voir en vous qu'un homme comme un autre, un artisan, un fils d'ouvrier; en réalité vous êtes, ô Jésus, un artisan divin, vous êtes le Créateur des mondes, vous êtes le Maître des siècles, vous êtes Notre-Seigneur.
Il est nécessaire que je m 'élève au-dessus des faibles apparences sous lesquelles vous êtes apparu parmi nous. Je salue en vous « le prince des rois de la terre » Apoc., f, 5), celui à qui tous les peuples doivent l'hommage de leur respect et de leur obéissance, celui que les plus puissants monarques de ce monde doivent reconnaître et honorer comme leur souverain.
Cette dignité royale, ô Jésus, vous ne l'avez pas reçue des hommes; ce n'est pas eux qui vous l'ont conférée par un libre choix de leur part : lorsque nous vous proclamons Roi, nous ne vous donnons rien que vous ne possédiez déjà, nous ne faisons que reconnaître et proclamer un titre que vous possédez déjà...
Ce n'est même pas à cause de votre victoire sur le prince des ténèbres que vous méritez cette qualité de Roi : cette victoire ne fait qu'ajouter un nouveau fleuron à votre dignité royale.
Vous êtes Roi, ô Jésus, par droit de naissance... Vous êtes Roi, ô Fils de Dieu fait homme, précisément à cause de cette dignité de Fils de Dieu. Le Verbe éternel, en s'incarnant, a en effet communiqué à la nature humaine, à laquelle il s'unissait hypostatiquement, le domaine souverain, apanage inaliénable de la Divinité, sur tout ce qui existe. Étant donc, ô Jésus, le vrai Fils de Dieu, vous avez reçu pleine et entière communication de la puissance divine...
Voilà la raison fondamentale de votre Royauté, ainsi que le rappelle le Souverain Pontife : En vertu de son essence même et de sa nature, Jésus-Christ possède le domaine souverain de toutes les créatures; il ne l'a pas extorqué par la force, il ne l'a pas reçu de la libre volonté des hommes...
Je crois, ô Jésus, que vous êtes en vérité le Fils même du Dieu vivant... Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, à vous gloire, honneur, puissance royale...
Cette profession de foi à votre dignité, à votre pouvoir royal, il m'est doux de la renouveler à vos pieds, ô Jésus-Eucharistie.
Le vrai Fils de Dieu, le Verbe éternel fait homme, celui duquel relèvent tous les empires et à qui tout obéit au ciel, sur terre et dans les enfers, celui qui est Notre-Seigneur, il est là dans cette faible Hostie qui peut, à tout instant, devenir le jouet des éléments ou la victime de la négligence, de la malice humaine. Oui, c'est sous de telles apparences que se cache le Roi du monde, le Maître souverain!...
La foi était nécessaire pour reconnaître la Divinité en Jésus vivant sur la terre; mais ici l'Humanité elle-même se cache... Cela toutefois ne m'empêche pas de reconnaître l'une et l'autre et de confesser que le Christ du Sacrement est le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs, le Souverain par excellence...
Devant ce Roi, une seule attitude est permise, et elle s'impose : la soumission absolue, l'adoration : Adoro Te devote, latens Deitas.
|
|
Il est évident que Dieu possède de toute éternité, et sans conteste, la Royauté absolue sur toute la création.
Il est certain aussi que le Fils de Dieu, en s'incarnant, n'a rien perdu de ses droits souverains : l'incarnation a donc eu pour résultat, entre autres bienfaits, de rapprocher de nous, de nous manifester d'une manière toute spéciale, la bonté, la douceur de notre Roi... Le prophète Isaïe l'avait annoncé : « Voici, disait-il, que votre Roi vient à vous plein de mansuétude » (Matth., xxi, 5). Non, vous n'êtes pas, ô mon Dieu, comme ces potentats de l'antiquité, que l'on ne pouvait jamais voir que dans un appareil terrifiant de majesté; malheur à l'audacieux qui osait paraître en leur présence sans avoir été appelé : sa témérité était d'ordinaire punie de mort immédiate. Mais vous, ô Jésus, quoique votre puissance surpasse de toute la hauteur de l'infini la force des plus fiers monarques que la terre ait jamais vus, voilà que vous vous êtes fait l'un de nous : vous avez vécu de notre vie, vous vous êtes soumis à nos difficultés, à nos misères, voilant votre Divinité, et ne laissant apparaître que l'infirmité d'une nature semblable à la nôtre...
Nous vous remercions, ô Seigneur, d'une telle condescendance ; nous vous louons, nous vous rendons grâces d'avoir bien voulu abaisser votre gloire et d'être venu parmi nous... Nous vous bénissons, aimable Sauveur, d'avoir daigné perpétuer votre présence au milieu de nous : votre Sacrement étend à tous les lieux, perpétue à travers tous les siècles, porte à tous les hommes l'amour qui vous a poussé à descendre du ciel et à cacher sous le sac de l'esclave les splendeurs de votre royauté céleste...
Quelle gloire pour nous de vivre sous le sceptre d'un tel Roi, mais surtout quel bonheur et quelle sécurité! Ceux qui ont reçu ici-bas le pouvoir de commander à leurs semblables sont des créatures : ils ne peuvent tout voir, tout savoir, tout prévoir; ils sont donc exposés à errer dans les ordres qu'ils édictent et dans les sentences qu'ils prononcent. Notre Roi Jésus est à l'abri de ces défaillances : il voit tout, il sait tout, l'avenir comme le présent et le passé, il est infailliblement juste en même temps que souverainement miséricordieux; ainsi que le rappelle saint Paul après le psalmiste, « le sceptre de sa royauté est un sceptre de droiture » (Haebr., 1, 8).
L'Apôtre ajoute que « son trône est éternel ». Les souverains de ce monde, quelque forte et bien établie que paraisse l eur autorité, peuvent être renversés et un autre homme peut prendre leur place : ces changements, dont l'histoire nous offre de nombreux exemples, ne s'accomplissent généralement pas sans trouble pour la société et sans dommage pour les individus... Nous n'avons pas à redouter pour vous, ô Jésus, et pour nous, une telle éventualité : votre règne n'aura jamais de déclin.
Réjouissons-nous, félicitons-nous d'être sous la puissance d'un tel Roi; goûtons notre bonheur, savourons la joie de notre félicité, et remercions le bon Sauveur des bienfaits qu'il répand sur nous...
Un roi terrestre, si puissant, si riche, si magnanime qu'il soit, connaît nécessairement des limites à son autorité, à ses largesses, à sa bonté. En dehors de son royaume ses décrets sont sans force; un jour la mort vient poser des bornes à l'efficacité de ses lois que son successeur pourra modifier à son gré, et lorsque sa magnificence aura épuisé les trésors de l'État , il ne pourra plus rien.
Comme votre royauté, ô Jésus, Notre- Seigneur, l'emporte, ici encore, sur toutes les principautés de ce monde!... Parce que vous êtes Dieu, vous avez trouvé le moyen de mettre à la disposition de vos sujets un trésor infini : vous-même. Par son sacrement d'amour notre Roi Jésus se donne tout entier à chacun de nous, autant de fois que nous le voulons.
Imaginons-nous un souverain de la terre, puissant monarque, venant visiter aimablement chacun de ses sujets dans sa demeure, écoutant leurs demandes, prévenant leurs désirs, les consolant dans leurs peines, leur donnant un gage de bonheur sans fin... et cela autant de fois que chacun d'eux le souhaite, sans se lasser jamais...
Voilà la merveille qu'a voulu accomplir pour nous notre divin Roi Jésus. Ah! ne mérite-t-il pas toute notre reconnaissance : « Je vous exalterai, ô Dieu mon Roi, et je bénirai votre nom à jamais, et dans les siècles des siècles (Ps. cxtav, I).
|
|
Il y a eu, dans les premiers siècles de l'Église, des hérétiques qui ont osé nier la Divinité de Notre-Seigneur Jésus- Christ, prétendant qu'il n'était qu'un homme semblable à tous les autres. Il y en a eu à toutes les époques, il y en a encore beaucoup de nos jours, qui pensent de même...
C'est là, évidemment, découronner le Christ de sa dignité de Roi, en lui déniant le caractère sur lequel se fonde ce titre : si Jésus-Christ n'est pas Dieu par sa nature même, il peut avoir reçu la dignité royale, il peut l'avoir conquise, il n'est pas le Roi que l'Église a toujours reconnu en lui.
Je vous demande pardon, ô Jésus, pour l'offense dont se rendent ainsi coupables envers vous tant d'hommes impies, les uns d'une manière directe et ouverte, les autres, plus nombreux, de façon plus ou moins cachée et frauduleuse...
Ce sont des révoltés : ne voulant pas admettre que le Christ soit Dieu, et lui refusant par suite la dignité royale, ils ne peuvent se soumettre, comme ils le doivent, à son empire...
D'autres, qui ne refusent point de vous donner, si l'on veut, le titre de Roi, considèrent plutôt ce titre comme une simple appellation honorifique, sans pouvoir réel qui lui corresponde. Ils ne vous laissent donc, ô Jésus, qu'une ombre de royauté; autant dire qu'ils vous traitent en fantôme de roi, et ils agissent en conséquence, ne se préoccupant nullement de vos lois, de vos défenses, de vos prescriptions... Mais non, ô Jésus, vous ne sauriez vous contenter de cette apparence de royauté, de cette royauté nominale et dérisoire : du moment que vous êtes le Fils de Dieu, Notre-Seigneur, bien que vous n'apparaissiez que comme un homme semblable aux autres, vous êtes Roi pleinement, en toute perfection... Pardon, ô Jésus, de l'injure que l'on vous fait en vous traitant ainsi, en méconnaissant de la sorte vos droits royaux... Hélas ! cette apparence de royauté, la proclamation purement extérieure et verbale du pouvoir royal de Jésus-Christ : est-ce lâ un danger chimérique ? Certes non, et il est bien souvent à craindre que ces mots : le Christ-Roi, ne représentent pas grand'chose pour beaucoup de chrétiens...
Le Christ-Roi, c'est le Christ-Dieu promulguant ses lois, menaçant de peines les transgresseurs et leur infligeant les châtiments mérités. Ce Christ-Roi, ce Christ-Dieu, c'est le Jésus de la sainte Hostie : or, comment nous comportons-nous envers lui ? Le traitons-nous royalement ? Avons-nous pour lui le respect, la vénération dont les hommes bien pensants entourent ici-bas celui qui est investi de l'autorité nationale ?... Nous sommes attentifs, combien attentifs même, aux manquements commis contre nos droits et notre supériorité (c'est ainsi que nous les appelons), et dans le même temps nous en prenons à notre aise en ce qui regarde nos devoirs de fidèles sujets du Roi Jésus. Comment expliquer cette différence?... Pardonnez-moi, ô Jésus, mes irrévérences à votre égard ; pardonnez tant de manques de respect que les hommes commettent envers vous : je veux réparer mes infidélités et celles de mes frères en vous traitant royalement...
|
|
Saint Paul, parlant du Fils de Dieu fait homme, disait aux premiers chrétiens : « Il faut qu'Il règne » (I Cor., xv, 25). C'était un souhait non moins qu'une exhortation à travailler à l'établissement de ce règne.
C'est aussi, ô Jésus, mon voeu, ma prière, ma résolution en ce moment : Il faut que Notre-Seigneur Jésus-Christ règne, il faut qu'il règne sur tous les hommes et sur toute la société.
Ah! ce règne de notre Dieu et de Notre- Seigneur Jésus-Christ, qui, après deux mille ans bientôt de christianisme, devrait être semblable à un beau et grand arbre couvrant de son ombre bienfaisante le monde entier et offrant à tous les hommes ses fruits salutaires, ne ressemble-t-il pas plutôt au grain de sénevé, à une faible semence ? qu'il est donc encore petit le royaume de Notre-Seigneur! « Les hommes, dit le Bienheureux Père Eymard, ont tellement pris et rogné de ses droits comme de ceux de l'Église, depuis trois cents ans Ils pourchassent Notre- Seigneur : ils lui arrachent des temples et des peuples. Que de ruines eucharistiques ! »
Nous travaillerons au règne de Notre- Seigneur, notre Dieu et notre Roi, en priant pour que les païens, abandonnant les fausses et inutiles divinités sous lesquelles se cache l'esprit de mensonge, reconnaissent le Dieu véritable et Celui qu'il a envoyé, son Fils, Jésus-Christ..., pour que les hérétiques et les schismatiques consentent enfin à adorer en lui le Dieu véritable..., pour que les mauvais chrétiens, rebelles jusqu'ici aux lois de leur Seigneur et Maître, se soumettent enfin à son joug et observent fidèlement sa loi...
Quant à nous-mêmes, pour reconnaître, ô Jésus, les droits de votre royauté, nous vous promettons d'être désormais dociles à toutes vos volontés, prompts à accomplir vos désirs : ces volontés, ces désirs sont si justes, si parfaits !
Nous nous efforcerons enfin, dans la mesure de l'influence que nous pourrons avoir, de faire rentrer Notre-Seigneur en Roi dans notre vie, dans les usages, dans nos conversations : « On parlera d'art religieux, de vérités morales, des beautés de la religion : de Jésus-Christ, de l'Eucharistie, jamais. Eh bien! changez tout cela; faites profession de votre foi; sachez dire : Notre-Seigneur Jésus-Christ, jamais le Christ tout seul. Il faut enfin montrer que Notre-Seigneur a le droit de vivre et de régner dans le langage de la société » (Bienh. P. Eymard).
C'est ainsi que nous ferons régner Notre-Seigneur.
|
|
Prononcer toujours, avec le plus grand respect, le nom adorable de notre divin Roi Jésus. |
|
Vous êtes, ô Jésus, le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs.
|
Le Rédempteur du genre humain
|
|
Je crois, ô Jésus, que vous êtes le Fils du Dieu vivant, ainsi que vous proclamait l'apôtre saint Pierre (Matt., xvi, 16), et je confesse qu'étant égal en toutes choses au Père tout-puissant, vous êtes avec lui le Roi immortel des siècles à qui sont dus tout honneur et toute gloire.
Mais cette qualité de Roi que vous possédiez déjà pleinement par nature, vous avez voulu aussi, ô Jésus, la conquérir; vous êtes donc notre Roi à un titre nouveau, au titre de conquête. De même que le monarque victorieux de son ennemi soumet à sa propre puissance, à ses propres lois, les sujets de cet ennemi vaincu et règne sur eux, de même, ô Christ-Rédempteur, vous avez le droit de régner sur tous les hommes, parce que vous les avez rachetés de la mort éternelle, et que, en mourant vous-même pour eux, vous les avez arrachés à la puissance des ténèbres pour les faire entrer dans votre royaume.
Ma sujétion à votre égard n'est donc pas seulement celle d'un sujet à l'égard du souverain auquel il doit respect et obéissance ; elle est bien plutôt celle qu'un fils doit avoir pour le père qui lui a donné la vie : tout en reconnaissant et respectant en lui l'autorité qui dirige et commande, il ne peut oublier qu'il lui doit, dans l'ordre naturel, tout ce qu'il a et tout ce qu'il peut légitimement désirer.
Respect et amour; obéissance et dilection : voilà ce que vous attendez de moi, et ce que je veux vous donner, ô Jésus, d'un cœur joyeux et avec une promptitude sans réserve, en ce moment et toujours...
C'est donc par vos souffrances et par votre mort sur le Calvaire, ô Jésus, que vous avez acquis votre titre de Roi; c'est dans votre sang que vous vous êtes acheté votre royaume : l'Église et nos âmes. En vous attachant à la croix, vos bourreaux vous ont élevé sur le trône d'où vous régnez sur le monde : là, en effet, sur ce gibet où vos ennemis étaient sûrs d'avoir anéanti tout votre prestige et votre mémoire même, je lis l'inscription dictée par celui qui avait été votre juge et écrite sur son ordre dans les trois langues de l'ancien monde civilisé : « Jésus de Nazareth, Roi des Juifs. » C'est bien, ô divin Sauveur, ce que vous aviez prédit : « Quand je serai élevé de terre, j'attirerai tout à moi » (Joan., xn, 32).
Regnavit a ligno Deus : c'est sur l'arbre de la Croix que vous avez fondé votre empire, ô Jésus... Oh! certes, vous pouviez nous racheter de bien d'autres manières, sans vous soumettre à tant de douleurs : mais vous avez choisi ce moyen qui manifeste de votre part un amour plus grand, afin de mieux établir, si l'ou peut ainsi parler, les droits de votre royauté sur nous... Comment, en effet, pourrions-nous considérer tout ce que vous avez fait pour nous, et ne pas nous soumettre pleinement à votre puissance ?
Je vous rends hommage, ô Christ Rédempteur, mon Roi; je célèbre votre victoire sur le démon et sur l'enfer, victoire qui a fait de moi votre sujet : puissé-je être toujours un sujet docile et fidèle de votre royaume...
C'est dans le divin Sacrement de l'Eucharistie, mémorial de votre Passion et de votre mort, et, par là, souvenir perpétuel et vivant de la victoire qui vous a établi notre Roi, que je vous adore, ô Jésus... Si vous êtes Roi, ô Jésus crucifié, vous l'êtes bien mieux encore, ô Jésus- Eucharistie : le crucifix me rappelle ce que vous avez fait pour moi, il remet sous mes yeux le souvenir des souffrances par lesquelles vous avez acheté votre royauté; l'Hostie sainte, elle, place ce souvenir dans mon coeur... Chaque fois que je mange le pain préparé par vous pour vos enfants, et que je bois votre sang, je célèbre de nouveau votre mort, j'affirme donc les droits de votre royauté...
Le Christ-Roi, ayant payé surabondamment à Dieu la rançon de tous les hommes, a droit de régner sur tous ; mais pour établir en fait son royaume dans les âmes, il veut avoir besoin de nous, il veut que chacun de nous, comme un bon soldat, travaille dans la mesure de ses forces à le faire régner dans les âmes et sur les coeurs où il ne commande pas encore, à faire accepter sa royauté par tant d'infidèles qui ne la connaissent point...
Vous avez droit, ô Jésus, de régner en maître souverain sur tous les hommes, car tous sont votre conquête, vous les avez tous arrachés à l'esclavage du démon : je le reconnais, ô mon divin Roi, vos droits sont universels... Je vous entends me demander de travailler à vous soumettre en réalité les coeurs de tous les hommes...
|
|
Vous disiez, ô Jésus, à vos apôtres, qui se demandaient lequel d'entre eux devait être estimé le plus grand : « Les rois des nations dominent sur elles, et ceux qui leur commandent sont appelés Bienfaiteur » (Luc, xxn, 25).
Parole profonde; mais vérité, alors et aujourd'hui encore, trop oubliée. Non, ce ne sont pas les peuples qui sont faits pour les princes et les gouvernants, ce sont les rois qui sont faits pour les peuples; car le premier devoir de ceux qui possèdent l'autorité, est d'assurer le salut, le bien-être, la prospérité de leurs sujets.
C'est bien ainsi, ô Jésus, que vous avez entendu votre royauté; et si on a pu dire que personne n'est aussi complètement père que Dieu, nous avons le droit d'affirmer que personne n'est aussi parfaitement roi que vous. Quel prince, quel empereur, se nommât-il les délices du genre humain, a procuré à ses sujets autant de bienfaits que vous en avez procuré à vos enfants ?...
Ce que peut faire de plus beau, de plus grand, de plus chevaleresque un prince, c'est de délivrer un peuple du joug de son oppresseur, de le tirer de l'esclavage, de lui rendre la liberté et de lui assurer la jouissance d'une prospérité pleine et entière. Voilà, ô Jésus, ce que vous avez fait pour nous : « Le genre humain, jusqu'alors esclave d'un cruel tyran, a vu ses fers brisés par vous et peut désormais aspirer à l'héritage céleste » (Hymne du Christ-Roi, à l'office de Matines).
Si cette rédemption, bon Sauveur, ajoute à votre couronne royale un nouveau et magnifique fleuron, n'est-ce pas en définitive nous-mêmes qui y gagnons ? Comme vous avez bien réalisé le programme de gouvernement indiqué par vous quelques instants à peine après l'institution du grand bienfait de l'Eucharistie : « Ceux qui commandent aux nations reçoivent le nom de bienfaiteurs. »
Après avoir délivré son peuple des mains de ses ennemis, un roi de la terre veille à lui assurer, dans la mesure du possible, les biens qui peuvent être nécessaires ou utiles à sa pleine prospérité. Vous n'avez point manqué à ce devoir, ô Jésus, et vous avez enrichi votre Église de tous les secours spirituels dont nous poinrons avoir besoin. Ces moyens de sanctification, auxquels il ne tient qu'à moi d'aller puiser à pleines mains, prennent leur efficacité dans votre Passion : ce sont vos souffrances qui nous les ont acquis, et je sais que par eux me sont appliqués les mérites de votre mort. Votre mort n'a donc pas seulement fondé votre royauté sur nous; elle l'étend, elle la conserve, elle la perpétue...
Je vous remercie, tout spécialement, ô Jésus, de ce grand Sacrement dans lequel est rappelée d'une manière plus vive la mémoire de cette une bienheureuse Passion », et par lequel nous sont conférés avec plus d'abondance les biens que vous nous avez acquis par vos souffrances...
Un roi de la terre, quelque désireux qu'il puisse être du bonheur des peuples délivrés par lui de l'esclavage, quelque vigilant qu'il soit à procurer leur bienêtre, ne peut étendre son action au-delà des bornes de cette vie; un jour arrive, le jour de la mort, où cette félicité terrestre prend fin...
Le bonheur que nous procure la rédemption opérée par notre divin Roi Jésus n'aura pas de terme; notre Roi nous a rachetés, délivrés, et c'est pour l'éternité; les biens qu'il nous a donnés sont des biens célestes et divins.
Ah! sachons apprécier ces dons, sachons reconnaître la puissance et la bonté de celui qui a voulu triompher par l'amour, qui a voulu établir son royaume parmi les hommes sur la base solide de bienfaits sans nombre...
|
|
Il est difficile qu'on paie un bienfaiteur à la mesure des dons qu'on a reçus de lui : on reste généralement en dette avec ceux qui nous ont fait du bien.
S'il en est ainsi d'un bienfaiteur terrestre, que dire du grand, du céleste bienfaiteur qu'est Jésus-Christ ? Quelle est trop souvent la conduite des hommes, comblés par lui des plus grandes grâces, à sort égard ?
Dans l'ordre naturel, celui qui a été sauvé d'un grave danger, oh! combien il est vigilant pour éviter tout ce qui pourrait de nouveau l'y faire tomber ou même seulement l'exposer au péril.
O Jésus, vous avez racheté les hommes de l'esclavage du péché; mais les hommes, volontairement, avec une déplorable facilité, une insouciance incroyable, retombent sous ses chaînes. En fait, le pécheur se soustrait délibérément à la puissance de celui qui l'a délivré de la captivité, pour se replacer sous le joug de son ancien tyran : c'est une grave insulte faite à vos droits royaux. Vous l'avez dit : « Quiconque commet le péché, se fait l'esclave du péché » (Joan., viii, 34); lorsqu'il commet la faute, le pécheur déclare donc par sa conduite, sinon par ses paroles, qu'il ne veut pas se soumettre à votre empire, qu'il refuse de reconnaître votre souveraineté...
Qu'il est donc affreux le péché, lorsque je le considère, ô Jésus, à votre lumière : il m'apparaît ce qu'il est réellement, un crime de lèse majesté.
Mais que ce crime est fréquent ! qu'ils sont nombreux les pécheurs, sur toute la surface de la terre! Ces hommes que vous avez rachetés, que font-ils de vos droits souverains ?...
Je vous demande pardon, ô Christ-Roi, pour tant de coupables, et en premier lieu pour moi-même : ah! le péché, quel sillon il a tracé dans ma vie!... Autant je vous ai manifesté de mépris en m'abandonnant à mes désirs mauvais, autant je veux désormais vous témoigner de respect et de soumission...
A l'insulte, se joint l'ingratitude, et cette ingratitude de vos sujets rebelles, ô Christ-Roi, elle est grande; elle blesse profondément votre Coeur si bon... Après que votre amour a tant fait pour vos créatures, voilà comment celles-ci répondent à vos avarices; après que vous vous êtes sacrifié pour le salut et le bonheur de votre peuple, voilà comment celui-ci reconnaît vos bienfaits ?...
Uri roi terrestre ainsi méprik se vengerait en punissant sévèrement les coupables. Il a au moins le droit de se plaindre : c'est, ô Jésus, ce que vous vous contentez de faire, et vous retardez jusqu'au jour du jugement la punition des rebelles, dans l'espoir qu'avant l'heure de la suprême justice ils reviendront à vous.
Vous vous plaignez, afin que au moins vos enfants fidèles vous donnent un peu de cette consolation que tant d'autres vous
refusent. Je vous entends me redire en cet instant la parole que vous adressiez à votre confidente: Toi du moins, efforce-toi de me consoler! Oui, ô Jésus mon Roi, par ma soumission, par ma vigilance à éviter ce qui vous déplaît, je réparerai pour mes frères...
Vous êtes Roi, ô Jésus; vous avez le droit de régner, non seulement à cause de votre dignité de Fils de Dieu, mais encore en vertu de la conquête que vous avez faite de nos âmes.
Mais quel est ce mystère de perversité ? A côté d'un grand nombre d'indifférents, de neutres, simplement oublieux des bienfaits qu'ils vous doivent, en voici d'autres, dont la perversité reflète le souffle du démon : ce sont ces misérables qui, poussés par l'enfer, cherchent à vous ravir les âmes que vous avez payées de votre sang, à vous détrôner s'ils le pouvaient... Il y en a eu dans toute la suite des siècles, et il y en a encore beaucoup de nos jours : que de pays où votre Croix, qui est votre trône royal, était autrefois vénérée, et où vous êtes maintenant persécuté; où votre Eucharistie, jadis honorée par des légions de pieux adorateurs, est aujourd'hui ignorée : « Quels tristes spectacles que ces délaissements de Notre-Seigneur!... Jésus a été chassé de ses temples, profané sur ses autels : il n'y est plus rentré » (Bienheureux Père Eymard).
Serons-nous indifférents en face de cette propagande impie ?... Non, non, il vous faut, ô Jésus, une réparation : je vous l'offre de tout coeur.
|
|
Si nous avons bien compris comment le divin Sauveur est notre Roi en vertu du droit de la conquête qu'il a faite de nos âmes, une prière doit monter spontanément de notre cœur : puissiez-vous, ô Jésus, régner en Maître souverain sur les coeurs que vous avez purifiés dans votre sang, sur les âmes que vous avez rachetées par votre mort...
Que ce soit notre souhait, le but de nos plus ardentes prières : obtenir que Jésus règne en vérité sur les individus et sur les peuples qu'il a rachetés par son sang précieux... Étendez votre empire, ô Jésus-Rédempteur, et que tous les hommes reconnaissent vos droits, votre puissance, votre royauté...
A la prière, nous joindrons une résolution : celle de travailler, selon notre pouvoir, à établir, à étendre le règne de Notre-Seigneur par l'oeuvre des missions aux infidèles... La proclamation de la royauté de Notre-Seigneur, pour être sincère, exige qu'on s'applique à favoriser la conversion des infidèles, le retour à l'Église des hérétiques, des apostats. Un des fondements de la royauté de Notre-Seigneur est, en effet, la Rédemption qu'il a opérée du genre humain; c'est en cherchant à faire connaître leur Sauveur à ceux qui l'ignorent encore, que nous travaillerons efficacement à consolider, à étendre votre royaume, ô Jésus.
Donnez-moi donc, ô divin Sauveur, la grâce de me dévouer avec courage, selon mes forces, à cette grande oeuvre...
Si les circonstances ne nous permettent pas de nous appliquer personnellement à l'apostolat des missions, n'omettons pas du moins de nous intéresser à toutes les initiatives encouragées par l'Église dans ce but, et prions pour les missionnaires qui portent aux infidèles l'annonce du salut éternel.
Soyez, ô Jésus, avec vos apôtres, par votre grâce, soyez avec eux par votre présence sacramentelle qui soutiendra leur courage, ranimera leurs forces et les consolera dans leurs peines.
Qu'ainsi tous les peuples arrivent à connaître, à adorer et à servir leur Roi et se soumettent à son empire.
|
|
Prier pour les missions et les missionnaires. |
|
A
vous, ô Jésus, notre Sauveur, gloire, honneur et puissance royale : tibi, Redemptor, gloria, honor, potestas regia (Hymne de Matines).
|
|