Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de 
Mgr Pierre André Fournier  et ami de
ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande

Signez mon livre d'or Un petit mot fait du bien et cela vous permet aussi de lire les commentaires des gens. 


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU
MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?

 


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Titre de la série :
Le Christ dans l'âme franciscaine
Titre de la page:

09-Pontife Prophète Roi

Nom de l'auteur:
PP. Valentin-Paul-Émile-Breton-o.f.m.

9- Pontife Prophète Roi

Constitué par son Père chef de toute la création qui doit se récapituler, se parachever en Lui; et plus spécialement chef des créatures intelligentes et libres qui forment son Corps mystique; nous avons vu qu'à ce titre Notre-Seigneur Jésus-Christ exerce sur son Eglise toutes les actions qu'exerce la tête sur le corps.

De ces actions, trois correspondent à la situation extérieure du chef par rapport aux membres : le chef domine sur le corps; il le dirige; il en est responsable. Une autre correspond à l'influence intime du chef sur le corps qu'il vivifie.

Sous le premier et triple aspect, nous avons attribué à Notre Seigneur les titres de Roi, de Docteur, de Pontife ou médiateur; sous le second, nous l'avons reconnu pour Vie des esprits, Père des âmes et Sauveur des hommes.

Il nous faut considérer avec quelque développement chacun de ces titres. Nous ne le ferons pas sans recourir, par l'intercession de Marie à l'illumination intérieure du Saint-Esprit. Loquere, Domine, quia audit sennes iuus :verba enim vitae aelernae habes: Parlez, Seigneur, votre serviteur vous écoute, vous seul avez les paroles de la Vie éternelle 1 .

1-Trois puissances, mènent le monde : La priè re pensée, l'aulorilé.

Nous parlons de la conduite du monde telle cru , nous la révèle l'histoire de l'humanité, la philosophie chrétienne de l'histoire, qu'ont pu formuler saint Augustin dans sa Cilé de Dieu, et Bossuet dans sa Suile de la Religion ; et non pas telle qu'une courte vue humaine peut se la représenter.

La diplomatie, la force brutale des armes, et l'argent, qui semblent si puissants, sont des esclaves, utiles quand ils obéïssent, dangereux quand ils se révoltent, incapables en tout temps de fonder quoi que ce soit de stable. Les exemples sont sous nos yeux. Nous n'avons pas cessé de voir à l'oeuvre sur quelque plage du globe le glaive et la mitrailleuse, dans le monde entier la politique et la spéculation. Hélas! Sur le sol de notre France depuis presque un siècle et demi s'impose la loi du plus fort, la loi du plus riche, des soi-disant habiles. Partout la Révolution a beaucoup détruit; elle n'a encore rien édifié : car il ne faut pas prendre le change. Ce qui subsiste, ce qui continue de vivre et de produire, c'est en dépit de la violence du nombre et de l'or qu'il reste vivant et fécond, par la puissance secrète de la prière, de la pensée, de l'autorité.

Dans les « régions libérées » on voyait, autour des arbres amputés par les obus et étouffés par les gaz, la vigueur de la sève qui ne voulait pas mourir s'épancher quand même en provins et en surgeons : la vie triomphe de la mort. La France s'obstine à vivre malgré des institutions destructrices et anarchiques; ainsi les protestants demeurent chrétiens, en dépit de leur doctrine négatrice du Christ mystique qui les a logiquement conduits à nier le Christ historique, gomme et Dieu, vivant et vivifiant.

2-La prière, la pensée, l'autorité mènent le monde.

La prière, c'est-à-dire l'adoration, la louange, soutenant l'impétration; le recours de l'homme à Dieu, le concours de Dieu assuré à l'homme, la collaboration de la volonté humaine à la volonté divine, la puissance de Dieu mise au service de la faiblesse humaine consciente de soi, confiante en Dieu; la sécurité de l'oeuvre commune : Gloire à Dieu par­ dessus toute gloire; paix à tout homme 2 qui veut ce bien; le surcroît temporel accordé à la sincère recher­ che du royaume 3 éternel.., Aussi un état qui se prétend athée ruine jusqu'à sa possibilité de subsister et n'échappe au suicide que par illogisme.

La pensée, c'est-à-dire le savoir, non partiel, mais total; non la vaine science qui dénombre et décrit les faits; mais la sagesse qui scrute les faits et déduit leurs causes, remontant jusqu'à la Cause première pour la reconnaître et l'adorer; non la science orgueilleuse qui rejette d priori la majeure partie du problème; mais la sagesse compréhensive qui tient compte de l'intégrité et de la complexité de son objet : Dieu, l'homme, le monde; et qui accepte, sur un sujet qui déborde de toute part la capacité de l'intelligence créée, la leçon du Maître des Sciences : Deus seienliarum dominas 4 .

L'aulorilé, qui est le noeud de la société humaine son lien, sa forme, son âme harmonieuse, par la conspiration de toutes les volontés individuelles dans la recherche, dans I'atteinte et l'obtention de la fin soc iale, sous le contrôle de la Volonté divine, de laquelle ou e autorité découle toute autorité de l'homme sur l'homme.

Aussi les anarchistes eux-mêmes se donnent-ils des meneurs, une organisation à quoi ils se soumettent.

Cette autorité comporte la puissance législative qui formule et édicte les lois du bien commun : la puissance judiciaire qui applique ces lois; la puissance coercitive pour contraindre les rebelles du dedans et repousser les assaillants du dehors, force publique de la police et de l'armée.

3-Ces trois puissances : prière, pensée, autorité ou pouvoir public, sont ordinairement séparé es réparties entre plusieurs agents pour la possibilité et la facilité de leur exercice. D'où, dans une société qui veut vivre, trois hommes collaborent dans le gouvernement des hommes : l'homme de la priè re prêtre ou pontife; l'homme de la pensée, savant' docteur ou prophète; l'homme de l'autorité ou du Pouvoir; nommons-le prince plutôt que roi, puisque nous ne sommes pas en politique mais en religion.

Le prêtre, le pontife : ponlifex, celui qui fait le pont, le passage — est médiateur entre Dieu et les hommes, choisi par Dieu d'entre les hommes, pour traiter, au nom des hommes, des affaires de Dieu : Omnis ponlifex, ex hominibus assumplus, pro hotni­nibus consliluilur in iis quae suni ad Deum — vocalur a Deo 5 .

Le prophète en prenant ce mot dans son sens véridique et large, tel que saint Paul l'a défini qui pro phelai, hominibus loquilur ail aedificalionem el exhorlationem et consolalionem, celui qui prophétise parle aux hommes pour les édifier, les exhorter, consoler 6 , c'est le Poète des anciens, le Penseur des modernes docteur le Maître.

Le prince enfin dont le pouvoir vient de Dieu 7, quelque soit le mode de sa reconnaissance, hérédité, élection, conquête, est ministre de Dieu pour le bien 8 de ses sujets; il est législateur, juge et soldat; il doit se faire assister du pontife et du prophète dans l'exercice redoutable de sa charge. Les sociétés que nous appelons païennes l'avaient compris. A l'apogée de la duissance romaine, César-Auguste, imperaior, était ' auss i ponlifex maximus, et ne décidait rien sans consulter les devi ns.

4- Et d'évoquer ainsi la forte constitution de l'empire de Rome, donne sa juste valeur à l'objection de ceux qui diraient qu'une société ainisi gouvernée est en réalité une théocratie, un gourevernement de Dieu par Dieu ou au nom de DIeu.

Cette obmectin, élevée au nom des principes modernes, couvre une totale inintelligence des faits et des réalités. Car dans la réalité, la société humaine est ainsi gouvernée et conduite par la volonté de Dieu, la loi de Dieu, la puissance de Dieu. Sur ce point les païens montraient un sens religieux plus logique et averti que nos politiciens, émancipés du christianisme par la révolution, le philosophisme et la réforme protestante. Ni les résistances des hommes, ni leurs révoltes et leurs blasphèmes, ni leurs lois déclarées intangibles, n'empêchent Notre-Seigneur Jésus-Christ d'être Celui par qui et pour qui tout a été fait, et sans qui rien n'a été fait de ce qui existe 9 ..., d'être conséquemment le Maître du monde, et de régir 10 les hommes dans les états et les états, globe, comme il régit les étoiles et les constellations dans les cieux.

De même qu'un homme qui s'enfoncerait sous terre pour y nier plus tranquillement le soleil, y vivrait quand même par l'influence du soleil, resni rant un air et mangeant une nourriture pénétrés et fécondés par la chaleur solaire, ainsi jusque dans l'énergie qu'ils mettent à leurs négations, les négateurs sont tributaires de Dieu; c'est par Jésus que Dieu leur donne et leur conserve l'être, le mouvement et la vie; c'est en Lui qu'ils subsistent; c'est pour Lu i et c'est par Lui qu'ils vivent et qu'ils meurent... 11

Aussi bon gré mal gré, toute société reste une théocratie : Non haberes polestalem adversus me ullar n disait le Sauveur à Pilate, nisi libi dalum essel per 12 : Tu n'aurais sur moi aucun pouvoir, s'il ne t'avait été donné d'En-haut. Dieu gouverne le monde par des moyens dignes de sa Sagesse et de sa Puissance, et le conduit à la fin qu'il s'est proposée. Il serait dérisoire que la Volonté divine pût être tenue définitivement en échec par le mauvais vouloir d'une créature. La gloire que celle-ci refuse à l'Amour, elle la rend à la Justice. Et la liberté humaine n'a rien à craindre de Celui qui l'a établie et conditionnée, qu'il s'agisse de conduite sociale ou de conduite individuelle.

5- Ou'on ne dise pas que je confonds deux ordres de choses, l'ordre naturel et le surnaturel; car la réponse à cette objection est péremptoire : il n'existe pas deux ordres de choses, il n'en existe qu'un : celui où nous vivons par Jésus et pour Jésus; celui dans lequel le Verbe incarné est médiateur de religion, de création et de rédemption, selon que nous l'avons établi. Telle est la réalité concrète des choses; elle constitue l'ordre qu'on nomme surnaturel; l'ordre naturel est une conception logique imaginée pour la commodité de l'enseignement philosophique 13 ; il n'a j amais eu d'existence historique. J'ajouterai de plus que même s'il existait, cet ordre naturel qui n'existe pas, il ne serait ( flirtant pas soustrait a l'action ni au domaine de Dieu, créateur, conservateur, principe et fin dernière des choses; non plus qu'à celle de son Fils Jésus par qui, répétons-le, et pour qui, tout a été fait.

Cet ordre naturel ne serait pas laïcisé !

C'en est peut-être assez pour démontrer l'absurdité foncière de l'objection opposée à la théocratie. En définitive elle repose sur ce postulat d'un kantisme latent qu'on retrouve partout, et jusqu'au fond des difficultés spirituelles des âmes pieuses, savoir : que c'est le consentement de l'esprit de l'homme qui crée Dieu et lui confère dés droits. Non! DIEU EST, quand même aucun esprit crée n'existerait pour savoir qu'il est. Ainsi fut-il d'ailleurs avant qu'il n'eût créé les anges et les hommes.

II Revenons à notre propos.

Bien que parmi les hommes la nécessité de diviser le travail impose la distribution des fonctions entre sujets divers, la terre a cependant vu un homme exercer dans la réalité visible la triple puissance du sacerdoce, du doctorat, de l'autorité. Médiateur entre Dieu et sa race 14 , et responsable à l'un de l'autre; prophète; chef au nom du Seigneur, sauveur de son peuple; législateur, juge et guerrier, mais qui com­battait par sa prière; grand parmi les hommes; assez grand pour devoir avertir comme Jean le Précurseur — qu'il n'était pas le Messie 15 de Dieu; et pour pouvoir cependant dire que ce Messie serait semblable à lui 16 . Cet homme se nommait Moïse : il était un figure de Notre-Seigneur Jésus-Christ; il l'a annoncé et s'est déclaré, si puissant qu'il fût, son serviteur 17

Ainsi Jésus, Homme-Dieu, possède cette triple autorité du Pontificat, du Prophétisme et du Principat. Il la possède, il en a réclamé les titres et l'usage il l'a exercée. Mais ici, il faut distinguer entre ses deux avènements : dans le premier où il s'est présenté aux hommes 18 humble, passible et mortel,il ne s'est ordinairement servi de sa puissance que d'une façon spirituelle et mystique, conformément à son dessein. Dans le second avènement, glorieux et triomphal 19 , il la laissera éclater dans la magnificence et dans la splendeur.

1-Jésus-Christ, Homme-Dieu, médiateur entre Dieu et les hommes 20, est Prêtre : c'est de foi selon l'enseignement de l'Epitre aux Hébreux et des Conciles d'Ephèse et de Trente.

Trois éléments constituent le sacerdoce : l'appel, ou la vocation de Dieu d'entre les hommes; la médiation des hommes auprès de Dieu; l'oblation d'un sacrifice. Ainsi s'exprime l'Epître aux Hébreux : Tout (grand) prêtre, pris d'entre les hommes, est établi pour les hommes en ce qui regarde le culte de Dieu afin d'offrir des oblations et des sacrifices pour les péchés. En ce qui concerne la vocation, le texte sacré ajoute un peu plus bas : Nul ne s'arroge cette dignité : il faut y être appelé de Dieu, comme Aaron 21 .

Ces trois éléments se trouvent dans le sacerdoce de Notre-Seigneur .

La vocation : l'auteur poursuit : Ainsi le Christ ne s'est pas élevé de Lui-même à la gloire du Souverain Pontificat; mais il (l'a reçue) de Celui qui lui a dit : Tu es mon Fils, Je t'ai engendré aujourd'hui »; comme il dit encore dans un autre endroit : « Tu es Prêtre pour toujours, selon l'ordre de Melchisédech. 22

La médiation : (Dieu) a voulu réconcilier par (Jésus) toutes choses avec Lui-même, celles qui sont sur la terre et celles qui sont dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix 23 . La médiation universelle du Christ, déclarée dans ce texte, l'est encore p lus bellement dans cet autre : Dieu était dans le Christ, se réconciliant le monde 24 ; mais plusieurs endroits saint Paul parle explicitement de la réconciliation des hommes avec Dieu opérée par Notre-Seigneur; comme par exemple : Romains, 5, 10; 2 0 aux Corinthiens, 5, 18; Colossiens, 1, 22.

Si, comme nous le notions dans notre précédent entretien, la rémission du péché tient la première place dans notre perspective de rachetés; n'oublions cependant pas que c'est par Jésus que nos adorations, nos louanges, nos prières sont acceptées et agréées par Dieu; ainsi accomplit-il dans son intégrité son office de médiateur et de pontife; il l'accomplira sans fin : il demeure prêtre pour l'éternité, toujours vivant afin d'intercéder en notre faveur 25 , pour béatifier ceux qu'il a sauvés.

Enfin l'oblation d'un sacrifice : Écoutons encore l'Épître aux Hébreux Le Christ, ayant paru comme pontife des biens à venir... est entré avec son propre sang une fois pour toutes dans le Saint des Saint, après avoir acquis une rédemption éternelle... : Christ, par l'Esprit éternel, s'est offert lui-même sans tachetache à Dieu, (purifiant) notre conscience des oeuvres , mortes pour servir le Dieu vivant... Le Christ s' est offert une (seule) fois pour ôter les péchés de la multitude 26 ...

Le sacrifice de Jésus est un vrai sacrifice; ce point qui est très important exigerait un long développement où nous ne pouvons entrer maintenant. Il suffit à notre dessein d'avoir reconnu selon l'Écriture que Notre-Seigneur est véritablement Pontife et Médiateur universel : ajoutons qu'au sacrifice du prêtre éternel on trouve dans la même Personne, l'Hostie offerte ou immolée, le Pontife offrant ou immolant 27 et Dieu acceptant 28 l l'oblation de son Fils : donc le sacrifice est souverainement parfait, dans son acte, dans son hostie, dans son pontife, dans son efficacité... Non seulement il est un vrai sacrifice, mais il est le vrai et unique sacrifice, dont les sacrifices anciens étaient l'ombre, la figure, le présage 29 ; dont le sacrifice nouveau est le mémorial, et une réitération mystique qui n'en affecte pas l'unité.

2-Jésus est prophète.

Pensée du Père, son Expression 30 substantielle, son Verbe co égal dans son Incarnation, toute science lui est ouverte; ni l'éternité ni le temps n'ont de secrets pour Lui. Il est le Docteur des choses divines : Il nous raconte, il nous révèle Dieu : Uni genilus Filius, qui est in sinu Pain s, ipse enarravil 31 . Selon beaucoup de pères, c'est par sa bouche que l'Esprit-Saint instruisait les prophètes de l'ancienne Loi.

Par ses paroles, par ses miracles, par ses exemples, il a édifié, exhorté, consolé, et c'est le rôle ordinaire du prophète, comme nous l'enseigne, saint Paul 32 . Mais il a accompli également la fonction extraordinaire du prophète qui voit et qui annonce 33 les choses secrètes lointaines et futurs

Nous pouvons rapporter, sous ce nouvel aspect, certains fait que nous avons déjà cité en parlant de sa science.. Rappelons-nous, par exemple, ses paroles à Nathanaél : Je t'ai vu sous le figuier 34 . à la Samaritaine : Vous avez raison de dire : je n'ai point de mari 35 à saint Thomas : Mets ici ta main et ne sois plus incrédule 36 aux Pharisiens de Capharnaüm qui le condamnent dans leur coeur 37 ... Elles nous manifestent que son regard plonge dans le secret des consciences.

Ils prédit, par conséquent connu dans la distance des lieux et des temps, la mort de Lazare et sa sortie du tombeau 38 ; sa propre Passion, et sa propre résurrection 39 l'efficacité de son œuvre : Quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai tout à moi 40 la ruine de Jérusalem, châtiment de son incrédulité et de son déïcide

Il demeure le Docteur de son Peuple par son Saint- Esprit, que Lui-même envoie et qui remémore et explique l'enseignement de Jésus 41 . Il avait réclamé ce titre de Docteur et de Précepteur ; et la piété franciscaine, à qui nous devons les Litaniedu Saint Nom de Jésus, répond au désir de divin Maître en en le nommant : Magister Aposlolorum, et Doclor Evangelislarum.

Les Juifs l'ont acclamé comme Prophète : Prophela magnus surrexil in no bis : un grand prophète a paru parmi nous et Dieu a visité son peuple 42 . Bien pl us ' beaucoup l'ont reconnu comme le Prophète excellence. Celui qu'avait annoncé Moïse : Jahavechl ton Dieu te suscitera du milieu de toi, d'entre tes frères, un prophète tel que moi : vous l'écouterez 43 .

Et n'est-ce pas ce dernier mot que répète le Père, au baptême de Jésus 44 , à sa transfiguration au Thabor, et plus mystérieusement dans le Temple le mardi-saint 45, pour accréditer son Fils bien-aimé comme Docteur de son peuple, comme le Prophète des nations... Ipsum audile!

3-Jésus, enfin, est Roi, Roi spirituel d'un royaume spirituel, l'Église des âmes.

Roi non de ce monde, bien que dans ce monde. Jésus l'a nettement déclaré. Il a démasqué le prince de ce monde et affirmé qu'il n'avait rien de commun avec lui 46 . Il a proclamé devant le procurateur romain qui détenait l'autorité publique en Judée : que son royaume n'était pas de ce monde et ne se maintenait point par les procédés du monde 47 .

Les Juifs eussent voulu un roi temporel, un conqérant qui leur aurait soumis la terre. Jésus s'y est refusé 48 et son peuple l'a rejeté; mais le préjugé refuse disparu. Nous en trouvons plus que des traces dans certaines manières de concevoir ce que qu'on appelle aujourd'hui le règne social du Sacré-Coeur. Que bonne foi ne cultive pas l'illusion. N 'interprétons pas à la juive le « portel ilium regnare, Il faut qu'il règne! 49 » de l'Écriture et des révélations privées.

Jésus ne règnera pas sur le monde à la manière grossière et charnelle des conquérants et des fondateurs de dynastie. C'est sur ce point qu'il rassure Pilate : Nunc aulem regnum meum non est hinc 50. Jamais il n'accordera à son Église la domination temporelle sur les hommes; elle n'a jamais été souveraine des peuples; elle ne le sera jamais; laisser croire qu'elle ambitionne de l'être, c'est lui aliéner les coeurs droits. De ceux qui lui prêtent cette visée les uns sont de mauvaise foi et cherchent à la rendre odieuse; les autres qui sont de bonne foi n'ont pas compris Jésus ni son Église...

Il est des hommes pour qui la doctrine sociale (ou politique) de l'Église n'est qu'un prétexte à pousser leurs desseins personnels de domination ou de notoriété, car ils se vantent d'être eux-mêmes incroyants : Aveugles, conducteurs d'aveugles 51

D'autres pensent confusément que, le royaume établi, en l'absence du Maître ils seront au moins ministres d'état; ils se préparent à leurs fonctions, 52 « Et moi, forment et je vous dis, l'aristocratie du règne futur. affirme Jésus, que celui qui veut être le premier dans mon 53 royaume, qu'il se fasse le dernier et qu'il serve 54 '

Dépouillons-nous de ces rêves indignes , et judaïques. Jésus règnera, mais sur les âme s Oporlel ilium regnare donec ponal omness su t,pedibus ejus : novissima aulem inimica desiruei mors : Il faut qu'il règne jusqu'à ce qu'il ait mis ses ennemis sous ses pieds : le dernier ennemi sera détruit, c'est la mort 55 . N'est-ce pas clair : triomphe sur ses ennemis sera la fin de son règne temporaire. N'escomptons donc pas une victoire autre, que spirituelle 56

4-Jésus est Roi : Il a laissé à son Église sa triple puissance législative, judiciaire et coercitive ; non point pour l'exercer avec un profit temporel, mais pour sauver et sanctifier les âmes par l'apostolat et le martyre.

Il est le Roi des rois 57, et tous les chefs des peuples, qu'ils le sachent ou non, qu'ils le veuillent ou qu'ils le nient, tiennent de Lui l'autorité qu'ils exercent. Roi par naissance 58 et par institution divine 59 ; Roi par conquête 60 et par élection; Roi suprême, à qui est soumise l'universalité des temps, des lieux, et des personnes; Roi surnaturel, en vue du salut de tous les hommes.

Roi, il est législateur : la conscience promulgue sa Loi;

Roi, il est juge des vivants et des morts 61 .

Roi, il est guerrier et guerrier vainqueur 62 . Il brise ave c un e verge de fer 63 ceux qui s'opposent à sa conquête, au salut des âmes : Témoins Jérusalem et israpire Romain... Dieu fera de ses ennemis l'escabeau de ses pieds. 64

Il paraîtra dans tout l'éclat de sa gloire et de sa najesté, au dernier jour du monde 65 , pour établir enfin son royaume constitué dès avant la création 66 .

__ Venez, dira-t-il à ses fidèles, venez partager mon règne , âmes droites et de bonne volonté, mortes à vous -mêmes par ma croix, et à tout intérêt personnel.

— Retirez-vous 67 , dira-t-il aux autres...

— Quoi! s'exclameront certains d'entre ceux-ci. Mais il y a erreur? En votre Nom, n'ayons-nous pas prophétisé? En votre Nom, n'avons-nous pas chassé les démons? N'avons-nous pas, en votre Nom, accompli beaucoup de miracles ?

Alors il leur dira hautement :

— Je ne vous ai jamais connus. Retirez-vous 68

5- C'est qu'en effet, et par là nous déclarons le mode absolument remarquable selon lequel Jésus exerce sa triple puissance :

l'oeuvre de Jésus est spiri­ tuelle et intérieure. Non pas qu'elle manque d'une manifestation extérieure et visible; mais celle-ci est d'abord sacrement, le signe sensible d'une efficacité secrète. La chair ne sert de rien, c'est l'esprit qui vivifie 69 . Pontife, Prophète, Prince, Jésus réconcilie instruit, il gouverne : du dehors par son Eglise du dedans par son Esprit. Ne pensons pas à une d'action, encore moins à un antagonisme; mais le caractère de son Incarnation s'imprime sur l'oeuvre du Verbe incarné.

Ainsi, du dehors, Jésus agit par son Eglise qui est son Corps mystique et son Complément 70 .

Lui, le prêtre unique, c'est Lui le docteur, c'est le supérieur.

C'est Lui qui dit : Ceci est mon Corps : va, Je t'absous.

C'est Lui qui enseigne par la bouche de l'évangiliste : qui vous écoute M'écoute 71 .

C'est Lui qui commande par l'ordre du pasteur ; ce que vous lierez est lié 72 .

Toute cette substitution du Christ à ses membres est déjà merveilleuse et consolante et belle. Mais le mystère est plus profond : Dans le coeur de chacun de ses sujets, Pontife, il intercède, il a son autel; Prophète, il enseigne, il a sa chaire; Prince, il gouverne, il a son trône et son tribunal; il promulgue la loi, il prononce la sentence; soldat armé du glaive, il venge l'innocent ou punit le coupable...

La réalité surnaturelle n'est-elle pas bien supérieure aux étroites et charnelles conceptions de la pauvre raison humaine, bien plus qu'elles digne de Dieu qui est Esprit et de son Christ qui est la vérité et la vie. Unissons donc notre prière à celle de notre Pontife; accordons notre docilité à notre Précepteur; livrons notre obéissance joyeuse et pleine à notre Princem et non seulement par l'activité extérieure de nos puissances, mais par l'intime adhésion à Jésus vivant et régnant en nous par son Esprit. Car ce ne sont pas , ceux qui l'acclament sur la place publique 73 en criant : Seigneur! Seigneur!... qui forment son royaume, mais ceux-là seuls qui font la volonté du Père qui est au cieux 74 .

Lire les références

1. III imitation, m 2, 19
2- Luc, 2,14
3-  Mat . 6 , 33.
4-  (I Rois, 2, 3 : Cantique d'Anne, mère de Samuel. Le Concile du Vatican a dopté cette interprétatio
5-Hébr., 5, 1, 4.
6-  I Cor., 14, 3 3.
7-Rom., 13, 1.
8-  1 Petri 2, 13, 17.
9-  Col., 1, 16; Joan., 1, 3.
10- (Psaume 2, 9); Apoe., 2, 27; 19, 15.

11- Rom., 14, 8.
12 - Joan., 19, 11.
13- Le Concile du Vatican, Const. de fide, ch. IV, parle en effet d'un double ordre de connaissance, distingué par principe (la raison humaine et la révélation) et par l'objet (connu sans la révélation ou par la révélation); mais son dessein n'était sûrement, pas de « laïciser » la raison, et de la rendre indépendante de la foi et de l'autorité de Dieu : Cfr. canon 3. (Denz.- Ban : 1795, 1810).
14. Gal ., 3, 20; Héb., 8, 6.
15- Joan., 1, 20, 21.
16-(Deutéronome, 18, 15).
17- Hébr., 3, 5.
18-  Philip., 2, 7, 8; Hébr., 5, 8. 19-Mat., 27, 64; 1 Cor., 15, 24 ; Hébr., 9„28; Col., 3, 4. etc...
19-  I Tim., 2, 5; Hébr., 12, 24.
20- Hébr., 5, 1, 5.
21-. Hébr. 6; 8, 22.
22- Col., 1, 20.
23- 2 Cor., 5, 19. 5

24-- Hebr, 13,15
25- . Hé br:, , 7 1 , 3 2 , 15.

26- Hébr., 9, 11, 14, 28.
27- Eph., 5, 2.
28- 2 Cor., 5, 19.
29- Hébr.. 10, 5.
30- Hébr., 1, 3. 6. Joan., 1, 18.
31- I Cor., 14, 3.
32-  I Petri, 1, 11.
33- Joan., 1, 4, 8.
34-  Joan., 4, 18.
35- Joan., 20, 27.
36-  Math., 9, 2.
37- Joan, 11, 4.
38-  Luc., 9, 22• Marc, 9, 30, etc.
39- Joan., 12, 32.
40- Luc. 19, 40, 44.

41- Joan., 14, 26.
42-- Joan., 14, 26.
43- Luc, 7, 6.
44--  Joan., 7, 40.
45-- (Deut., 18, 15); Joan., 1, 45; 5; 45, 47; Act., 3, 22; 7, 37.
46--  Mat., 3, 17; Joan., 1, 34.
47--  Math., 17, 6.

48- Joan., 12. 28.
49--. Joan., 15, 30.
50- Joan, 6,13
51- I Cor., 15,25
52- Joan, 18.37

53- Luc, 6, 29, Les faits l'ont depuis montré
54-  Math., 20, 26.
55-  I Cor., 15, 25; Math., 22, 44; H ébr., 1, 13; 10, 13 (Ps 109, 1).
56-  L'acte pontifical instituant la fête du Christ-Roi (Encycl Quam Primas du 11 décembre 1925), ne permet plus aucun doute sur le sens spirituel de cette Royauté; mais le texte de l'Office liturgique et du propre de la Messe semble plus explicitemen t encore répudier toute prétention terrestre et temporelle.
57- I Tint., 6, 15; Apoc., 19, 16.
58- Joan., 18, 37; Math., 2, 2.
59- (Psaume 2, 6, 8).
60-. Colos., 2, 15; Luc, 12, 22.

61-  Credo; Act., 10, 22; Rom., 14, 9.
62- Apoc., 6, 2.
63- (Psaume 2, 9); Apoc., 2, 27; 19, 15.
64-  (Ps. 109, 3); I Cor., 15, 25.
65-  Mat., 26, 64; 25, 31
66-  Math., 25, 35; Joan., 17, 5.
67-  Math., 25, 41.
68- Math., 7, 22.
69. Joan., 6, 63.
.
70- Eph., 1, 23.
71- Lue, 10, 16. 3.
72-Math., 16, 14.
73-  Lue., 1 3 , 25 , 27 .
74-  Math., 7, 21.

L’ordre des pages sont placées l’une derrière l'autre ;
tel que dans le livre et non pas en ordre alphabétique suivre les chiffres.
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