La manifestation de Jésus
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Il nous souvient que nous avons entrepris cette série de méditations sur Notre-Seigneur Jésus-Christ, sa Personne, sa Fonction, son OEuvre, pressés par cette parole de notre divin Maître : La vie éternelle est de connaître le seul vrai Dieu, et Celui qu'il nous a envoyé, Jésus-Christ !: nous avons essayé de savoir qui était Jésus et pourquoi sa connaissance était la vie et comment cette vie arrivait jusqu'à nous. Et nous avons vu que vrai Dieu et vrai homme, Jésus était médiateur de toute l'ceuvre divine, et qu'ainsi nul n'arrivait au Père que par Lui 1 . Nous avons déterminé, par nos méditations, quel était l'objet de notre connaissance. Mais est-ce là tout? Cette connaissance elle-même quelle est-elle? Puis qu'elle est la vie, puisqu'elle donne la vie, et la vie même de Dieu qui est une vie spirituelle de pensée et d'amour, ne faut-il pas que cette connaissance soit elle-même vitale, vivante et vivifiante?... Il existe divers degrés, diverses manières de connaissance. « L'on montre, dit saint Augustin, un manuscrit à trois personnes ; la première est totalement illettrée ; la deuxième sait lire, à la vérité, mais elle ignore tout du sujet traité dans l'ouvrage; la troisième est à l a fois capable et de lire et de comprendre le livre. L a première pourra admirer la finesse des traits, la régularité des lettres, la richesse des enluminures, l'habileté du copiste; sa connaissance s'arrête à la beauté matérielle du manuscrit; la seconde pourra peut-être juger de l'arrangement des mots, de la rectitude grammaticale des phrases; elle ne s'élèvera pas au-dessus de la beauté littéraire; mais la troisième, à la connaissance matérielle du travail, à la connaissance littérale du style, ajoutera la connaissance de la doctrine : histoire, philosophie, théologie : connaissance que l'on peut appeler intellectuelle ou spirituelle, et qui est supérieure à la deuxième, autant que celle-ci l'est à la première.
Ce n'est pourtant qu'une supériorité de degrés. Voici l'exemple d'une supériorité de manières, et même d'ordres. Dans la Sainte Eucharistie , un infidèle ne verra que du pain. L'enfant, instruit par son catéchisme dira : Jésus est là!... et il essaiera de conformer sa conduite à la leçon qu'il a reçue. Mais l'Âme spirituelle, qui a reconnu son Seigneur à la fraction du pain", tombe à genoux, adore, intimement, Celui qu'elle croit, celui qu'elle sait être l'hôte de son coeur; sa foi, son adoration sont devenues spontanées, vivante : elle vil de sa Foi 2 . La connaissance qui est la vie doit être, semble-t-il, de cet ordre : non pas une connaissance superficielle, extérieure, matérielle; non plus une connaissance de simple ouï-dire, une connaissance selon la lettre, et donc littérale, quoique celle-ci la précède et l'assure, comme nous allons voir; mais une connaissance intime, passée en vie et donc vitale; selon l'Esprit et donc spirituelle. Même si nous avions autrefois connu le Christ selon la chair, du présent ce n'est plus ainsi que nous le connaissons, dit saint Paul 3 . Si ce n'est plus selon la chair, serait-ce donc l'Esprit?... Le même Apôtre va nous laisser entendre ce que signifie l'esprit, dans cette phrase où il oppose en quelque sorte trois ordres d'activité intellectuelle; c'est à propos de ces prières en langue inconnue, dont certains chrétiens recevaient le privilège dans les assemblées : j'aime mieux, affirme-t-il, dire cinq paroles avec mon intelligence, afin d'instruire les autres, que dix mille (que personne ne comprend).. Car si je prie en langue, mon esprit est en prière, mais mon intelligence demeure sans fruit 4 . L'esprit, selon le commentaire du chanoine Crampon, est ce principe de vie intime qui excité par l'Esprit de Dieu, sent et perçoit ce qui est de Dieu, sans ce travail de la réflexion et du raisonnement qui est le propre de l'activité intellectuelle. Cette connaissance selon l'esprit est directe, intuitive; la connaissance intellectuelle est le fruit d'un travail. Quant à la perception du bruit de la voix proférant des mots inconnus, si elle peut obtenir le titre de connaissance, celle-ci est d'ordre sensible, matérielle, charnelle. De là nous distinguons : une connaissance selon la chair : matérielle ;
une connaissance selon la raison : littérale une connaissance selon l'esprit :spirituelle et vitale
Pour bien comprendre ce que doit être cette dernière, étudions d'abord les deux premières : elles ne lui sont pas opposées, mais subordonnées; elles la soutiennent dans la connaissance de Jésus. I1. Les Juifs ont connu Notre Seigneur selon la chair, c'est-à-dire dans sa vie humaine. 5 Ils avaient de Lui une connaissance bien supérieure à la nôtre : Jésus la leur reconnaît 6 . Ils avaient dit, pour refuser de le croire : Le Messie, personne ne saura d'où il est tandis que celui-ci, nous savons d'où il est. Et Jésus leur répond : Vous me connaissez et vous savez d'où je suis. Il ne les contredit pas : il ajoute simplement que d'après ce qu'ils savent, ils devraient soupçonner et même comprendre sa mission... Ils voyaient son visage, que les anges désirent contempler 7 ; son regard, qui confondait les accusateurs de la pécheresse, qui convertit Fierre 8 ; sa démarche et son vêtement, par quoi nous discernons nos semblables; ils entendaient sa voix qui commandait à la mer et au vent 9 : Assez, taisez-vous! à la lèpre 10 , à la maladie 11, à la mort : Lazare, viens dehors! aux âmes 12 : Suivez-moi ! aux démons : Sortez d'ici! 13 . Ils savaient tout de ses parents : de Marie, de Joseph, de ceux qu'ils appellent ses frères et ses soeurs 14 ; des lieux de son origine : Nazareth, Bethléem, pays pour nous comme légendaires, même à ceux qui les ont visités; ils savaient les dates de sa naissance, de l'adoration des bergers et des mages, de la fuite en Egypte, de la durée de son ministère, de sa mort... Nous, nous ne savons précisément ni le jour, ni l'année, de sa naissance et de sa mort, ni la longueur de son ministère et de sa vie; nos calculs flottent pour les déterminer, entre huit et dix jours, trois et quatre ans, trente années ou cinquante... Les Juifs connaissaient son éducation, sa vie cachée : plus de vingt années sur quoi nous savons un fait : le recouvrement au Temple, et encore incomplètement, car nous ignorons somment, durant les trois jours, il a vécu, et quoi mangé, et où dormi?... De tout le reste de sa vie, nous n'avons pas de faits de quoi remplir une semaine, ou un mois... Les Juifs connaissaient ses moeurs : sa dignité, sa bonté, ses attitudes, et comment il voyageait et prêchait, et opérait des miracles... Judas en savait plus que nous n'en saurons jamais ici-bas... Cette science de sa vie humaine personne ne l'aura plus en ce monde; elle sera partie de notre second grand bonheur du ciel, le premier étant la contemplation de l'essence divine. Et puisqu'elle nous est refusée, elle n'est pas La Vie.
2. Beaucoup de savants acquièrent par effort de la raison une science qui est inférieure à celle des Juifs, mais supérieure à la nôtre.
Science historique de ceux qui ont visité les lieux, exploré les monuments, reconstitué les coutumes, les moeurs, la législation, le détail des costumes et amenblements, l'enchaînement des faits... Science philologique de ceux qui ont étudié grainmaticalement chaque mot du texte grec, scruté exégétiquement chaque expression des Evangélistes, comparé et discuté les témoignages profanes. Science théologique de ceux qui ont considéré à la lumière de la Révélation et de la philosophie sa Personne sacrée, ses paroles et ses oeuvres; et disserté sur les problèmes que soulèvent les rapports de la divinité et de l'humanité... Nos humbles méditations ne sont qu'un chétif résidu de toute cette étude. Cette science rationnelle, refusée au grand nombre, ne peut pas être La Vie.. . Il n'a servi de rien à beaucoup de Juifs de le voir et de lui parler : l'ayant vu, ils le prièrent de passer son chemin 15 , est-il dit des Géraséniens; et les autres l'ont méconnu, blasphémé, crucifié!... Il ne sert de rien aux incroyants, aux rationalistes de savoir, puisqu'ils ne lisent l'Evangile que pour le trouver en tort... Il n'a que peu servi à beaucoup de théologiens, au témoignage de l'Imitation 16 , d'étudier et d'enseigner sa doctrine, n'y conformant pas leur vie... Nous avons parfois pensé qu'il aurait été heureux pour nous de venir sur terre, alors que Lui-même y vivait!... Il nous est bien plus avantageux de venir après Lui, très tard, maintenant que l'éducation est faite de l'humanité, de la race; l'Eglise établie, l'Evangile annoncé à toute créature 17 . Nous avons ainsi plus de chances de Le connaître, de Le reconnaître et de croire. Oh! quel affreux malheur eût été le nôtre, si passant auprès de Lui, nous l'eussions méconnu, méprisé, moqué... Et qui peut e flatter qu'il eût été fidèle? Car Jésus est là, il vient, il passe... ...par sa grâce, dans le commandement, dans la souffrance, dans l'humiliation, sous la croix... Le reconnaissons-nous? toujours? tout de suite?... Alors, il en eût été de même: La chair ne sert de rien 18 . Il est absolument remarquable qu'en prononçant cette sentence, Jésus parle de sa propre chair, dont il veut faire notre nourriture : C est l'esprit qui vivifit Même si nous avions autrefois connu le Christ selon la chair, maintenant il nous faudrait encore le connaître selon l'esprit.
3. Ce qu'est cette connaissance selon l'esprit, il sera plus facile d'en dégager la notion de quelques exemples :
Le matin de Pâques, autour du sépulcre, Marie en larmes cherche le Ressuscité parmi les morts. Il est là, près d'elle, mais elle ne voit qu'un jardinier : Elle le regardait selon la chair. Il l'appelle : Marie. Cet appel lui ouvre les yeux de l'esprit : toute son âme bondit : Mon bon Maître 19 ! Huit jours après, au Cénacle, Thomas jusque-là incrédule est converti. Sa raison se soumet à la foi. Il s'écrie : Mon Seigneur et mon Dieu 20 . Il voit l'homme dit saint Grégoire, il confesse son Dieu : selon l'esprit. Quelques jours plus tard encore, sur le lac de Tibériade, les disciples ont travaillé toute la nuit sans rien prendre. Au matin quelqu'un les hèle du rivage, leur conseille de jeter le filet à droite de la barque. Le filet s'emplit de cent-cinquante trois grands poissons : DOMINUS EST, c'est le Seigneur, murmure saint Jean. Or malgré la pêche miraculeuse, malgré la bonté de Jésus qui conviait les disciples à manger avec lui aucun d'eux n'osait lui demander : Qui êtes-vous parce qu'ils savaient que c'était le Seigneur 21 . Comment le savaient-ils? Ni par le témoignage de leurs yeux de chair, ni par les déductions de leu r raison : ils le savaient par l'esprit, c'est-à-dire par ce principe de vie intime qui excité par l'Esprit de Dieu sent et perçoit ce qui est de Dieu directement immédiatement, sans travail de réflexion; par une' intuition du coeur illuminé 22 par la grâce. Cependant ni le témoignage des yeux, ni le raisonnement, n'étaient étrangers à cette connaissance : ils l'avaient précédée et rendue, en quelque sorte, possible, comme la connaissance du signe rend possible la connaissance de la chose signifiée. II Nous pouvons, nous devons posséder de notre divin Maître cette double connaissance : l'extérieure que nous acquérons par le travail de la raison correspondant à l'enseignement de l'Eglise; l'intérieure que nous donne l'Esprit de Dieu coopérant avec notre esprit, mais toujours conformément à cet enseignement. 1. L 'extérieure est nécessaire bien qu'insuffisante.
C'est une erreur des protestants, et de ceux qui ont poussé à bout les conséquences de leur erreur et que nous appelons, brièvement, modernistes que de nier la nécessité de la connaissance extérieure. L'intérieure, prétendent-ils, nous suffit. Aussi ils ont fini par imaginer le Christ à leur ressemblance! Pour nous, l'Eglise nous enseigne : son rôle est de peindre Jésus à nos yeux 23 , par sa doctrine, par sa liturgie, par son histoire : Vous, aux yeux de qui Jésus-Christ a été dépeint, comme s'il eût été crucifié au milieu de vous! Tel est le modèle certain, authentique, d'après lequel nous devons retrouver en nous l'image de Jésus. Si notre connaissance intime, personnelle de Jésus n'était pas conforme à l'enseignement extérieur, officiel de l'Eglise, elle serait sûrement fausse, erronée, illusoire. Car l'Esprit. Saint qui, enseigne par l'Eglise ne peut pas contredire cet enseignement dans celui qu'il donne aux âmes. Et saint Paul, résolument, jette l'anathème sur celui, fût-il ange du ciel, qui enseigne autrement que l'Eglise 24 . C'est faute d'observer cette coïncidence, cette conformité de leurs vues personnelles avec l'enseignement public, que les hérétiques ont erré. Ils ont exagéré un aspect de la physionomie du divin Modèle; et niant les autres, ils ont déformé sa divine image : Ils ont contesté la divinité, ou l'humanite, ou les deux volontés, ou la liberté, ou la passibilité, ou le mérite, selon les vues de leur sagesse charnelle ou lés étroitesses de leur raison. Les uns ont accordé la miséricorde et supprimé la judicature; les uns, accepté le message et repoussé l'Eglise; certains ont concédé la douceur et l'humilité, mais refusé le pouvoir des miracles ou la science; ou réciproquement... Les uns brutalement, les autres avec perfidie, chacun taillant, rognant, modelant, selon l'idée qu'il s'était formée de son personnage, que nous, chrétiens, ne pouvons reconnaître pour notre Dieu que dans une pensée d'adoration réparatrice... - Cette connaissance nécessaire, l'Eglise nous la communique. C'est l'oeuvre de son Magistère, la prédication sous toutes ses formes, catéchétique, liturgique et sacramentaire, soit orale, le sermon soit écrite le livre . Et il ne sera pas trop d'u n chapitre spécial pour développer cet important sujet, pour aussi indiquer les dispositions d'assiduité, de docilité, de prière et de promptitude obéissante 25 par quoi nous devons correspondre à son enseignement.
2. Cependant cet enseignement ne nous est donné et il ne nous est enjoint d'y apporter les dispositions utiles qu'en vue de la connaissance intérieure.
Celle-ci est notre oeuvre, ou plus exactement, l'oeuvre de l'Esprit-Saint en nous, en collaboration avec nous; mais nous pouvons dire notre oeuvre, car en définitive elle dépend de nous, puisque nous sommes assurés par la promesse divine que l'assistance de la grâce ne nous manquera jamais. Il y faut la prière instante, la réflexion et surtout la réforme des moeurs, la discipline des vertus, l'effort de conformité de notre vie à celle de Notre Seigneur Jésus- Christ; moyennant quoi cette connaissance qui est la vie éternelle est insérée en nous... Dans la parole solennelle du divin Maître qui revient ici sous ma plume, la connaissance dont il s'agit ne peut signifier la vision béatifique, car celle-ci est immédiatement totale; tandis que le mot grec employé par saint Jean, exprime, au sentiment de M. Fillion, une science acquise peu à peu, et spécialement une connaissance basée sur la Foi. Les apôtres ont bien compris leur Maître : pour eux le but de l'épreuve terrestre, la condition et la marque du progrès spirituel, est de grandir dans la connaissance de Jésus-Christ. Citer des textes serait interminable 26 : Que la grâce et la paix croissent en vous de plus en plus par la connaissance de Dieu et de Notre-Seigneur Jésus-Christ, écrit saint Pierre 27 ; et un peu plus loin : Tenez-vous sur vos gardes pour ne pas déchoir : et croissez dans la grâce et la connaissance de Notre-Seigneur et Sauveur Jésus-Christ .28.. Mais le texte plus frappant est celui où saint Paul, parlant à ses chers Philippiens, leur dit comment il juge tout méprisable, par comparaison à la connaissance du Christ Jésus son Sauveur; il a tout rejeté, afin de le connaître, lui et la vertu de sa résurrection 29. Ailleurs il parle de sa connaissance du mystère du Christ 30 ; et souvent il prie afin que ses disciples grandissent eux aussi dans cette connaissance...
3 -Or de telles instances ne se comprendraient pas, si la connaissance que les Apôtres désirent aux chrétiens n'était que la connaissance selon la chair;
s'ils ne devaient savoir du Christ rien de plus que ce que les yeux et la raison ont pu apercevoir, sa beauté, sa doctrine, ses miracles, les événements de sa vie et les circonstances de sa mort; ou même ce que leurs maîtres dans la foi pouvaient leur communiquer touchant le vrai sens de cette vie et la portée divine de cette mort. Non, l'objet de la prière des apôtres, le but proposé à l'effort des disciples est évidemment cette connaissance mystérieuse et secrète, personnelle et intime, vitale et vivifiante, que saint Paul opp ose précisément à la connaissance selon la chair et qui est une connaissance selon l'esprit. Moyennant l'acceptation par la foi sincère de l'enseignement de l'Eglise, l'Esprit de Jésus élève l'esprit du fidèle jusqu'à percevoir par delà les formules dogmatiques, la sublime réalité que ces formules désignent sans prétendre l'épuiser. On pourrait appliquer à ces formules ce que l'Ange de l'Ecole chante des espèces sacramentelles, car ne sont-elles pas elles-mêmes un sacrement d'amour et de vérité?... (Ubi) sensus deficilad firmandum cor sincerum sofa fides su fccil 31 Tout l'ordre sensible, humain, auquel appartient la parole articulée, défaille; la foi, l'adhésion surnaturelle intérieure à l'enseignement de l'Eglise, soutient et soulève l'âme droite jusqu'à l'intelligence des choses de Dieu. N'est-ce pas là véritablement l'intuition d'un coeur illuminé par la grâce?... Une opération de cette « sagesse » 32 , savoir - savoureux, sapience, — tous ces mots ont la même racine, sapere, goûter — qui fait experimenter à l'âme fidèle combien le Seigneur est doux 33 . III Nous pouvons d'ailleurs nous assurer que cette expérience procède bien d'une grâce du Saint-Esprit. Rien d'abord dans une telle connaissance qui soit de la chair : elle n'est pas une vision, une apparition, Ili corporelle, ni imaginative, ni même intellectuelle; rien qu'une imagination surexcitée puisse produire, une supercherie du démon imiter; rien qui flatte la sensualité, la curiosité, la vanité; rien d'indigne de Dieu ou de dangereux pour l'âme; où la nature puisse se complaire, où l'homme charnel et animal puisse s'égarer, même de bonne foi : Dieu est esprit, et ceux qui l'adorent, en esprit et en vérité doivent l'adorer 34Rien non plus qui supprime l'obscurité et le mérite de la foi : car aussi longtemps que nous habitons dans ce corps... nous marchons par la foi, non par la vue 35 . Cette connaissance ne saurait donc avoir la certitude de l'évidence, mais seulement celle supérieure à ce point de vue de la foi; elle est un exercice particulier et très élevé de la foi; elle participe donc à l'infaillibilité de la foi, dont elle est une réalisation, car elle est appuyée sur la promesse de Jésus, sur le don de l'Esprit Saint : elle ne doit rien au sujet qui la perçoit. Cela dit, qui écarte les causes de confusion, d'erreur, d'exagération, ajoutons que cette connaissance participe de la connaissance d'expérience, en ce sens qu'elle est immédiate, et non pas communiquée par l'enseignement d'autrui. Dans cet ordre, en effet, c'est le fait lui-même qui nous enseigne : Le maître peut nous rendre attentifs, nous donner des signes auxquels nous reconnaîtrons l'objet; des méthodes pour le chercher, le trouver; des termes pour le définir; il ne peut pas nous en donner la connaissance. On peut, dit à ce propos un commentateur, me décrire avec des paroles ce qu'est le vin; je saurai que c'est un liquide; qu'il est coloré, brillant, qu'il est savoureux, qu'il est enivrant : science de pur ouï-dire, que l'expérience réeIle dépasse de beaucoup, et dont, nous n'avons plus besoin, l'expérience faite. Et à mon tour, l'expérience faite, je serai incapable de communiquer mon savoir; il me reste personnel..,
2. Ainsi cette connaissance qui m'est donnée de Dieu et des choses de Dieu sera immédiate, comme celle que les sens donnent de leur objet, sans l'intermédiaire du raisonnement; personnelle, et de sa nature incommunicable; intuitive et non discursive; tournée à l'action et non au discours; savoureuse et émouvante.
Au point de vue de l'explication théologique elle est la mise-en-oeuvre des vertus inflises par les dons du Saint-Esprit; elle pourrait se définir un tact surnaturel, un instinct spirituel qui spontanément règle l'agir. Comme une vierge chrétienne, sans pouvoir disserter sur la pudeur virginale, saura d'instinct, non pour le dire, mais pour s'y conformer, ce qui est chaste, modeste, réservé, digne de sa condition, ainsi l'âme instruite à cette école, possédera une connaissance véridique de Jésus. Saint Bonaventure disait au bienheureux Frère Egide qu'une pauvre vieille femme pouvait aimer et donc connaître Notre Seigneur mieux qu'un docteur d'université. Il parlait, de cette science répandue par l'Esprit-Saint, dans les coeurs humbles et purs, qui est la vraie sagesse, vitale et vivifiante... D'ailleurs cette science n'est pas sans analogie dans l'ordre humain : c'est par elle que nous connaissons nos aimés : nous ne pourrions peut-être pas déterminer précisément la forme de leur visage, la couleur de leurs yeux, la nuance de leur teint ou de leurs cheveux; mais ce qui convient à notre amour, ce qui s'accorde à leur caractère, ce qui leur plaira ou les peinera, d'instinct nous le savons. Et notre tact est plus sûr que les raisonnements de la plus pénétrante psychologie. Pourquoi certaines images qui représentent Jésus, ou Marie, nous semblent-elles véridiques, et d'autres non? Elles peuvent ne pas se ressembler entre elles; elles ressemblent toutes, ou dissemblent, à leur modèle intérieur? N'est-ce pas que nous portons en nous une image, même physique, de Notre-Seigneur Jésus-Christ! A plus forte raison son image spirituelle qui est une vraie connaissance qui nous accorde à Lui, nous fait sentir, juger, agir selon qu'il lui convient.
3. Cette connaissance, qui n'est point de la chair ni de la raison, encore que l'une et l'autre aient été nécessaires pour la former en nous et pour la contrôler, lorsqu'elle aura été développée par l'exercice de la foi, par l'habitude de l'obéissance, fécondée, animée, vivifiée par l'effusion de l'Esprit-Saint, ne méritera- t-elle point le nom de connaissance selon l'Esprit, ne sera-t-elle pas en nous principe de vie?...
Nous méditerons cette conclusion dans un prochain chapitre. En attendant, cette connaissance nous est promise! Ah! Désirons-en pour nous la réalisation! Et puisque sans pouvoir la mériter puisqu'elle est un don gratuit nous pouvons avec le concours ordinaire de la grâce nous préparer à la recevoir, et en quelque façon nous adapter à son opération par l'acquisition des vertus évangéliques, mettons-nous tout de bon au renoncement à nous-mêmes, au service sincère et loyal de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Embrasons notre courage par sa ravissante promesse : A celui que garde mes commandements, à celui qui m'aime. Je me manifesterai ! Mon Père l'aimera, et nous ferons en Lui notre demeure ... Quel espoir! Quelle récompense offerte à nos efforts, pour nous soutenir dans les travaux et les épreuves de notre exil!... Venil Domine Jesu! Lire les références
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1. Joan., 17, 3
2- Luc, 24, 35.
3- Hébr., 10 38
4- 2 Cor., 15, 16.
5- 1 Cor., 14, 14.
6- Joan., 7, 28.
7- I Petri, 1. 12.
8- Luc, 22, 61.
9- Mat., 8, 23; Marc, 4, 35.
10- Luc, 5, 12, 15; 17, 11, 19
11- Math., 8, 5, 15; Joan., 4, 46, etc...
12- Luc, 7, 11; Math., 9, 18; Joan., 11, 43.
13- Math., 8, 22; Marc, 2, 14. 9. Math., 12, 43; Luc, 8, 30; Marc, 9, 27.
14-. Joan., 6. 42; Math., 13, 55; Marc, 6, 3
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15- Math., 8, 34.
16- I Imit., 3, 24; 1, 8; III, 31, 12.
17-. Marc, 15, 15; Math., 10, 23; Rom., 10, 18; Colos., 1, 23.
18- Joan., 6, 64.
19- Joan., 20, 13-16
20-. Joan., 20, 28
21- Joan., 21, 5-12.
22- Eph., 1, 18.
23- Galat., 3, 1.
24- Galat,, 1, 8.
25-. (Gal., 3, 1, Vulg.).
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26- On peut s'en rendre compte en consultant une « concordance des Écritures », aux mots correspondants à connaître, connaissance. Voir les passages cités dans le texte, avec les passages parallèles, et les suivants : Eph., 1, 17; 3, 18; 1 Petri . 1, 13; 1 Joan., 3, 6; etc...
27- 2 Petri., 1, 2.
28- 2 Petri, 3, 18.
29- Philip., 3, 7. 16.
30-. Rom., 16, 25; Eph., 3, 4; Colos., 4, 3.
31-Hymne du Saint Sacrement.
32- Eph., 3, 10; I, 17; I Cor., 12, 8.
33. (Ps. 33, 9).
34 Joan., 4, 23. 2
35-.2 Cor., 5, 8.
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