11- La Rédemption
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Nous sommes prédestinés en Jésus à participer à la vie bienheureuse de Dieu, afin d'être par Lui et avec Lui et en Lui louange de la gloire du Père; et notre prédestination explique la création et la rédemption; la création parce que le Père a voulu préparer à son Fils une cour, une famille, un palais; la rédemption parce que notre père selon la chair ayant failli à sa mission, Jésus, père de nos âmes dans l'Esprit, a dû réparer la faute d'Adam avant de nous régénérer; et que Dieu, Père de Jésus et le nôtre, a voulu que cette réparation s'opérât par la croix, afin qu'aucun homme ne puisse jamais douter de son amour, ni avoir aucun droit à lui refuser le sien.
Ainsi se résume notre précédent entretien. Nous devons le compléter en étudiant en celui-ci :
1° les qualités de la Rédemption ;
2° ses effets;
3 ° le moyen qui nous est donné d'en profiter.
Nous terminerons ainsi la série de nos méditations sur Notre-Seigneur Jésus-Christ, sa Personne, sa Fonction, son Œuvre. Il resterait beaucoup à dire, même sur cet adorable sujet, et sur les fruits qu'il convient de tirer des connaissances ainsi acquises; toute une orientation et une pratique de vie spirituelle dépend de la doctrine évangélique du Christ-Chef telle que Pont élaborée les maîtres de la pensée franciscaine. Un de nos Pères, le P. Chrysostome, qui n'est pas inconnu de mes lecteurs, prépare un livre sur cette « spiritualité ». Nous réduirons à trois entretiens l'exposé des conséquences ascétiques, de la doctrine.
Pourtant ne terminons pas sans avoir encore une lois sollicité la protection de la Vierge Marie qui ne nous a jamais manquée, et une fois encore protesté de notre entière docilité à notre mère l'Église à qui nous soumettons filialement et notre pensée et son expression.
Voici en un bref résumé toute la matière du présent entretien :
1°La Rédemption opérée par Notre-Seigneur Jésus-Christ est parfaite et universelle;
2° Elle a réparé tous les maux; elle a mérité tous les biens;
3° Elle nous est appliquée, à nous, hommes : par le sacrifice eucharistique et c'est la part de Dieu; et par la foi et c'est notre part.
I
1° La Rédemption est parfaite, c'est-à-dire surabondante, et universelle.
Parfaite : personne ne doute parmi les catholiques que Notre Seigneur Jésus-Christ n'ait accompli parfaitement l'oeuvre que lui avait confiée, le mandat que lui avait imposé son Père 1 .
Il y a mis toute sa vie, son intelligence, sa volonté, son coeur; toute sa Passion, son ardeur de désir 2 et ses souffrances; et si l'on peut dire : toute sa mort. 3
Nous ne parlons ici que des hommes déchus en Adam; mais c'est par ces mêmes mérites de Jésus- Rédempteur que la Vierge Marie a été préservée la tache originelle, comblée de la plénitude de grâces et de ses dons; et que les anges ont reçu la lumière et la force qui pouvaient les soutenir dans leur épreuve; et les anges fidèles la récompense de leur fidélité.
Les hommes ont été rachetés non seulement par la doctrine et les exemples de leur Sauveur, mais de plus par l'efficacité de sa vie toute sainte, toute agréable à Dieu, et celle de son sacrifice; et sa résurrection, nous l'avons dit, est le sceau 3 imprimé par le Père sur l'ceuvre de son Fils en signe qu'il acceptait la satisfaction à Lui offerte par Jésus 4 .
Or, une satisfaction une réparation de dommage ou d'injure peut être plus ou moins parfaite :
Je dois 100.000 francs; je n'en ai que 30.000; je les donne, je ne garde pas un sou pour moi, je me réduis à la misère, à la mendicité; j'ai fait mon possible; je ne puis rien davantage. Mais ma satisfaction, si convenable qu'elle puisse être estimée, reste insuffisante. Mon créancier n'est pas obligé de me tenir quitte du reste.
Les théologiens ont appelé « convenable, congrues, une réparation qui atteint la limite des possibilités du débiteur. ils appellent « digne, équivalente » celle qui atteint la limite de la dette : je dois 100.000 francs, je donne 100.000 francs. Mon créancier, s'il est obligé d'accepter mon remboursement, n'a plus d'action sur ma fortune.
Dans l'affaire de notre rédemption cependant, le créancier, Dieu, n'était pas obligé d'accepter le paiement, même si nous avions pu fournir la somme due!.. or nous ne pouvons pas même atteindre l'équivalence de notre dette!...
Mais, nous l'avons vu : à cause de la qualité de No tre-Seigneur Jésus-Christ, Personne divine et chef responsable de la race humaine; à cause de l'amour de so n divin Père qui a mis en Lui toutes ses complaisances 5 ; à cause de l'absolue perfection de l'oeuvre de notre Rédempteur, Dieu s'oblige à recevoir le paienient qui lui est offert en notre nom; d'autant que Jésus qui a fait sienne notre dette la paie non seulement à l'équivalence, mais en abondance et surabondance : Copiosa apud eum redemplio 6, dit le Psalmiste; et l'apôtre saint Paul : où abondait la faute, la grâce a surabondé : abundavil delicium, superabundavit gratia ! 7 Quel sujet d'admiration et de reconnaissance!
2 ° Universelle, la rédemption sans, répétons-le, exclure Marie et les anges pour qui elle a agi préventivement s'étend à tous les hommes : depuis Adam créé, en vue de son efficacité, dans l'innocence, jusqu'au dernier enfant qui naîtra au moment de la consommation du siècle, ce divin déluge ne laisse personne en dehors de ses flots rédempteurs; toute âme qui le veut peut y laver ses fautes; Dieu veut le salut de tous les hommes 8 .
La Rédemption est plus vaste que la Révélation ; celle-ci n'atteint pas tous les hommes; celle-là le fait : c'est-à-dire que Dieu leur Père, à cause de son Fils Jésus en qui il les a prédestinés, rachetés, graciés 9 , donne à tous les hommes la possibilité de se sauver; et le problème du salut des infidèles, c'est-à-dire des âmes qui ignorent (involontairement) la Révélation, ne se pose pas pour le fait qui est sûr, savoir qu'il s peuvent se sauver ; mais sur la manière qui nous est cachée, savoir comment Dieu s'y prend-il pour l es sauver.
Et s'il faut entrer dans le détail posons que Jésus est mort :
1-pour tous les hommes, et non pas pour les seuls prédestinés; c'est de foi, contre l'enseignement d e Calvin et de Baïus;
2- pour tous les fidèles; même pour ceux qui n'en profitent pas et qui se perdent; c'est de foi, on serait hérétique en le niant;
3-pour tous les infidèles (adultes, capables de répondre à l'appel intérieur de la grâce); doctrine certaine, proche de la foi bien qu'elle n'ait pas été définie, et qu'il serait téméraire de nier;
4-et même pour les enfants qui meurent sans baptême (ni d'eau, ni de désir); doctrine également certaine.
Il semble qu'il suffisait de dire, sans distinguer les catégories, pour tous les hommes, où en effet elles se trouvent comprises : pro pler nos homi nes el pro Mer nostram salulem, selon le Symbole. Mais les hérétiques ont horreur des affirmations simples et claires; ils veulent faire parade de la sagacité de leur esprit, par des superfluités qui viennent du malin 10 . L 'Église, dans sa maternelle indulgence, ne refuse pas de les suivre dans leurs subtilités, afin de ramener à l'unique voie les âmes séduites par leur vaine science étalée 11
L'enseignement de l'Écriture, cependant, est incontestable, et sur un point aussi capital elle n'a pas ménagé les affirmations. Citons les plus frappantes : « Si par la faute d'un seul tous les hommes sont morts, à plus forte raison la grâce de Dieu et le don se sont par la grâce d'un seul homme Jésus-Christ abondamment répandus sur tous les hommes Comme par la faute d'un seul la condamnation est venue sur tous les hommes, ainsi par la justice d'un seul vient à tous les hommes la justification qui donne la vie... » 12 .
Ainsi parle clairement saint Paul, au chap. V de l'Épître aux Romains; tous sont perdus en Adam, et tous sont sauvés en Jésus-Christ; la rédemption s'étend à tous ceux qu'a marqués la faute originelle, car Jésus est le Chef d'Adam lui-même et de sa postérité.
Saint Jean s'exprime avec la même clarté : rapportant la parole de Caïphe à ses complices du Sanhédrin : il est de votre intérêt qu'un seul homme meure pour le peuple... il ajoute : « il ne dit pas cela de lui-même, mais étant grand-prêtre cette année-là, il prophétisa que Jésus devait mourir pour la nation; et non seulement pour la nation (juive) mais aussi afin de réunir en un seul corps les enfants de Dieu qui sont dispersés » 13 .
Il dit semblablement dans sa première Épître : « (Jésus-Christ) est une victime de propitiation pour nos péchés; non seulement pour les nôtres (les péchés des fidèles), mais pour ceux du monde entier » 14 . Pour tout ramasser dans une proposition, lisons encore cette affirmation de l'apôtre des Gentils, dans laquelle il résume l'ceuvre de Dieu en son Fils : «... Dieu notre Sauveur... veut que tous les hommes soient. sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité : car il y a un seul Dieu et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ-Jésus fait homme qui s'est donné lui-même en rançon pour tous »15 Que cette certitude est apaisante! Chacun de nous quel que soit son état spirituel, et même son indigence, sa misère, a donc le droit de prendre pour soi l'exclamation de saint Paul : le Christ m'a aimé, et il s'est livré pour moi 16 !... Quelle consolation et quelle source d'espérance aussi pour tous ceux qui pleurent sur de chères âmes égarées ou infidèles : Jésus est mort peur elles! Il les aime plus que nous ne pouvons les aimer , Il veut leur salut avec une efficacité sincérité!... Nous pouvons donc les lui confier et tout attendre de s a bonté 17...
II Jésus a pour nous réparé tous les maux; il nous a mérité tous les biens.
1- Il a réparé tous les maux.
D'abord il a expié tous les péchés; le péché originel dans Adam et sa descendance; puis les péchés personnels (actuels) de tous les hommes, soit fidèles ce point est dé foi, soit infidèles; vivant avant sa venue ou depuis. De la jalousie homicide de Caïn, au dernier blasphème dû réprouvé saisi par le feu qui dévorera le monde, tous les péchés charnels et spirituels ont ainsi été expiés par Jésus : quant à la coulpe, c'est-à-dire quant à l'offense de Dieu; quant à la peine, éternelle ou temporaire : d'où l'immensité de ses douleurs, car les tourments de l'enfer sont insuffisants pour satisfaire à la justice divine, et les tourments de sa Passion l'ont satisfaite; quant aux cicatrices ou traces laissées par le péché dans l'âme qui l'a commis, et dans la chair.
Jésus nous a mérité en outre un amortissement de la concupiscence. Ainsi, en Lui, par Lui, nous pouvous éviter tout péché grave, l'enfer et même le purgatoire. Il nous a arrachés à la mort éternelle, qui est le seconde mort 18 ; il a brisé l'aiguillon de la mort corporelle 19 , il nous a rendu celle-ci douce et méritoire; Il nous a libérés de la servitude du démon.
Ce n'est pas que le démon eût aucun droit légitime sur nous : il n'était qu'un envahisseur, un usurpateur, un tyran. Jésus l'a attaqué, vaincu, enchaîné, comme il l'a expliqué dans la parabole du fort armé 20 ; il, l'a emmené en captivité, il nous a distribué ses dépouilles c'est-à-dire les biens qui avaient été nôtres, qui n'au raient pas dû cesser d'être nôtres, et que l'ennemi nous avait traîtreusement ravis. Aujourd'hui, disent saint Augustin, saint Léon, saint Grégoire, le démon est comme un chien .à l'attache : lalrare potes!, mordere non potes! il peut aboyer mais non pas mordre, sinon ceux qui se mettent à portée de sa gueule,
2- Il nous a mérité tous les biens; ou mieux remérité ; nous parlons ici de son oeuvre rédemptrice; mais nous n'avons pas oublié que c'est à son titre de Média teur de religion, de glorificateur de son Père, que lui avait été accordé notre adoption de fils, et conséquemment notre création 21 .
Le don ineffable du Chef à ses membres est la vie éternelle, la vie même de Dieu qu'il leur communique moyennant leur incorporation, par la foi et le baptême. C'est ce don qu'il rend aux hommes : comme tous sont morts en Adam, de même aussi tous seront vivifiés dans le Christ 22 . Et ailleurs : Consummalus,fadas est omnibus oblemperanlihus sibi, causa salulis aelernae : son oeuvre consommée, il sauve à j amais tous ceux qui lui obéissent 23 .
La restitution opérée par Jésus comporte :la justification, par laquelle nous sommes rend us agréables à Dieu, en droit, en fait et dans la réalité; on l'appelle grâce sanctifiante ou habituelle; les grâces actuelles, par quoi nous agissons en enfants de Dieu; la gloire éternelle pour l'âme et pour le corps L e Seigneur-Jésus... transformera notre corps si misérable, le rendant semblable à son corps glorieux... 24 ; les biens temporels nécessaires au salut : surcroît promis à ceux qui sincèrement cherchent avant tout le royaume de Dieu et sa justice 25 .
3° Il est cependant des biens dont jouissait Adam innocent et qui ne nous ont pas été rendus, au moins dans leur espèce matérielle : c'est pour l'âme, l'exemption de toute convoitise désordonnée et de l'ignorance; pour le corps, l'exemption de la mort et des misères de cette vie; à quoi on peut ajouter la maîtrise exercée sur les animaux et les forces de la nature. Notre premier père, parfaite image du Verbe incarné 26 avait reçu de son créateur et Père, en dotation gratuite et magnifique, ces dons qui l'élevaient à la hauteur de sa mission de chef de l'Humanité. En lui la sensibilité était soumise à l'âme libre; et ses passions, ainsi réglées par la conscience, ne pouvaient obscurcir de leurs fumées une intelligence ornée d'ailleurs de toute la sagesse qui convenait au père et au précepteur de la race des fils de Dieu. La mort était bien suspendue comme une menace sur la tête d'un homme tiré du limon 27 ; mais le péché seul pouvait la faire tomber sur cette tête chère à Dieu; et les maux qui affligent aujourd'hui et les corps et les âmes, et qui sont la suite et le châtiment du péché et son remède, restaient liés avec la mort par la fidélité d'Adam a sa mission.
Dans son infinie sagesse, Jésus n'a pas voulu nous rendre matériellement ces prérogatives qui aussi bien n'appartiennent pas de droit à notre nature; elles ne an us sont offertes, en attendant la Résurrection glorieuse, que d'une manière secrète, équivalente, spirituelle; et cependant réelle et très efficace. Les enseignements de la foi, la voie des commandements, l'assistance de la grâce obtenue par la prière et par les sacrements, la manifestation intérieure de Jésus et le témoignage de son Saint-Esprit à notre esprit, l'activité des vii dons et des vertus infuses, donnent à l'âme sincère et renoncée l'équivalence surnaturelle des privilèges adamiques d'exemption de la concupiscence et de l'erreur; les épreuves sont pour elle un exercice et un aliment de vie. Bien plus : « celui qui écoute ma parole et croit à Celui qui m'a envoyé, il a la vie éternelle et n'encourt point la condamnation, mais il est passé de la mort à la vie 28 », il possède donc en soi le gage de son immortalité 29 ...
Cette restitution mystérieuse n'est-elle pas infiniment consolante, digne à la fois et de l'homme de Dieu : de Dieu, qui cherche et se forme ainsi des adorateurs en esprit et en vérité, s'assurant par ce secret de leur sincérité et de leur désintéressement. de l'homme qui ne jouit point paresseusement des faveurs divines, puisqu'il est admis à les réaliser, à les mettre en valeur, à collaborer en pleine sécurité et liberté à sa propre sanctification, sans que cependant celle-ci perde son caractère de gratuité, d'avance miséricordieuse et d'ineffable don.
Quelles actions de grâces ne devons-nous pa s à notre Rédempteur, non seulement pour les biens qu'il nous a restitués, mais pour le souverain respect dont il nous entoure. Il ne nous impose pas ses bienfaits il nous sollicite de nous en rendre dignes, nous donnant en même temps le pouvoir de répondre à son appel et celui d'accomplir un si sublime destin.
III Apprenons donc avec avidité et joie comment la Rédemption opérée et méritée par Jésus pour l'humanité entière, parvient jusqu'à chaque âme individuelle et lui est appliquée dans son efficacité!
Cette application exige la collaboration de Dieu et de l'homme : Dieu fait sa part, et l'homme a la sienne à fournir.
1. Dieu fait sa part dans le sacrifice eucharistique, qui perpétue, réitère l'oblation rédemptrice de Jésus, consommée sur la croix, et nous y fait participer par la manducation de la Victime.
Admirable bonté de Notre-Seigneur et Sauveur! Il nous permet d'être témoins, chaque jour, en tout lieu, de l'oeuvre de notre salut; d'y prendre part par la communion sacramentelle ou même spiripelle. Nous ne pouvons plus douter que c'est bien pour nous qu'il est offert, ni de l'efficacité de cette oblation, ni de la réalité de notre incorporation, puisque voici qu'il est offert et immolé devant nous, sous nos yeux et que nous mangeons sa chair et buvons son sang, et nous unissons à son âme et nous laissons déifier par sa divinité. Oui, c'est Lui, et c'est moi, et nous ne faisons qu'un; et je répète, sûr qu'il s 'agit bien de moi et non d'un autre : Dilexil me el ira didil semetipsum pro me : Il m'a bien aimé, et il s'est livré lui-même à moi et pour moi 30 .
« Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle... Celui qui mange ma chair et boit mon sa ng demeure en moi et moi en lui. Comme le Père qui est vivant m'a envoyé et que je vis par le Père, ainsi celui qui me mange vivra aussi par moi » 31 ,
Désormais j'assisterai à la sainte Messe en cet esprit, et le plus souvent possible; et je participerai à l'oeuvre de ma rédemption par la communion sacramentelle. je conçois que ce n'est pas là tout ce que j'ai à faire : car c'est l'esprit qui vivifie : la chair ne sert de rien 32 . Dieu approche de nous le salut; comment, par quelles dispositions, par quelles oeuvres le rendrons-nous nôtre?...
C'était précisément la question que les Juifs adres saient à Jésus 33 , dans cette synagogue de Capharnaüm, où, à l'occasion des pains multipliés dans le désert, il allait leur promettre la véritable Manne venue d'en-haut, le Pain substantiel et vivant.
« Que devons-nous faire, pour faire les oeuvres de Dieu? Jésus leur répondit : voici l'oeuvre que Dieu demande : c'est que vous croyiez en Celui qu'il a envoyé ».
A la multiplicité des oeuvres judaïques incapables de sauver qui que ce soit, Jésus oppose l'oeuvre universelle : la foi. Croire en lui.
La foi; non pas la foi de tête, la foi nue des protestants; il ne sert de rien de croire si l'on ne vit de sa foi 34 ; si l'on associe la foi avec le péché. La foi vive et qui sauve, est celle qui agit par la charité 35 et qui se prouve par son action même 36 . Non pas, comme nous en accusent faussement les protestants, qu'à l'ceuvre universelle réclamée par Jésus, nous en soyons revenus judaïquement à substituer la multitude des œuvres. Aussi bien qu'eux nous savons que les oeuvres n'opèrent pas le salut 37 . Le salut vient de Dieu à celui qui croit 38 . Mais les oeuvres sont la preuve, l'exercice, la préservation de la foi. La foi sans les oeuvres est une foi morte 39 .
Or les oeuvres de la foi sont, dans l'ordre établi par Dieu :
1-La participation aux sept sacrements, notamment :
au baptême : celui qui croira et sera baptisé sera sauvé 40 ;
à la pénitence : le sang de Jésus nous purifie de tout péché 41 ;
à l'eucharistie : celui qui me mange vivra par mois.
2-L'observance des commandements : Enseignez à toutes les nations..., leur apprenant à garder tout ce que je vous ai commandé 42 . Si vous m'aimez gardez mes commandements 43.
Et en tête de tous les commandements se place ce lui que Jésus nomme son 44 commandement, le commandement nouveau" de la charité à l'égard du prochain. Car celui qui aime son prochain accomplit toute la loi 45 ; celui qui n'aime pas demeure dans la mort 46 .
L'amour du prochain est en effet la grande preuve de la foi 47 ; car seule la foi peut nous soutenir dans l'exercice constant de la charité. Et d'autre part, celui qui accomplit les oeuvres de la miséricorde spirituelle ou corporelle répand sur les membres de Jésus-Christ les dons qu'il a lui-même reçus de la libéralité de son divin Chef. Ainsi tout revient au Christ, et par le Christ, au Père. Ainsi se referme le cycle de la charité : sortie du sein de Dieu, où elle s'épanouit dans la Trinité des Personnes, la charité y retourne, pour y consommer ses élus. Telle est, l'harmonie admirable que les maîtres de la pensée franciscaine ont, reconnue, et pour ainsi dire notée sous la dictée de l'Église, dans la Révélation qui nous est parvenue par la Parole écrite et non écrite, la Bible et la Tradition.
Jésus, Verbe incarné, puise en Dieu la vie qu'il communique aux membres de son Corps mystique; à son tour chacun des membres de ce corps travaille avec Lui et pour tous, jusqu'à ce que toutes choses soient parachevées dans l'amour, au ciel et sur la terre, à la louange de la gloire du Père, Principe et Fin. Amen. Que de conclusions pour notre conduite, que d'élévations pour notre esprit, que de consolations pour notre coeur, sourdraient de cette doctrine franciscaine, ainsi qu'un fleuve impétueux réjouissant la cité de Dieu 48 , l'âme-Temple 49 , Épouse 50 et Fille 51! Mais bornons-nous.
Demandons à l'Esprit-Saint qui nous a soutenus dans l'exposition et l'intelligence de ces mystères demandons par Marie, la grâce unique et véridique de mieux connaître pour mieux aimer, de mieux aimer pour mieux servir, de mieux servir pour mériter de nouveau de mieux connaître, aimer, et servir, Celui dont la connaissance est la vie éternelle 52 , Celui dont l'amour est le bonheur sans mélange et sans fin.
A Celui qui est assis sur le Trône et à l'Agneau, honneur, gloire et puissance dans les siècles des siècles. Amen 53 .
Si quelqu'un n'aime pas Notre-Seigneur Jésuss-Christ, qu'il soit anathème. Marana !ha 54 . Notre-Seigneur, venez 55
Lire les références
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1- Juan., 10, 18; Hébr. 10 , 7.
2- Luc, 12, 50; 22, 15.
3- Joan., 6, 27.
4- Sup., p. 158 ; Rom., 4, 25.
5- Joan., 1, 32; Mat., 3, 17; Luc, 9, 35.
6- (Psaume 129. De profundis).
7- Rom., 5, 20; Lue, 7, 47.
8- Tim., 2, 4; Mat., 18, 14.
9- 5. Rom., 8, 30; Eph., 1, 4, 5, 7.
10-Mat., 5, 37.
11- I Tim., I, 4-7; 2 Tim., 2, 16, 23; Tite. 1, 11.
12-. Rom., -15 19.
13-. Joan 11 , 49-52.
14- I Joan., 2, 2.
15- I Tim., 2, 4.
16-. Galat., 2, 20; Ephes., 5, 2.
17- Apoc., 20, 6, 14.
18- I Cor., 15, 55; Hebr., 2, 14, 15.
19- Luc, 12, 22; Coloss., 2, 15.
20- Ephes., 4, 8.
21- Sup., p. 151; (Ps. 2,8) Rom., 8,29, 30; Eph., 1,4-6.
22- I Cor. 15, 22
23- Hébr., 5, 9.
24- Philip., 3, 4.
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25- Math., 6, 33.
26- Rom., 5, 14. 5. (Genèse, 2, 17; 3, 17-20) Rom., 5, 1; 1 Cor., 15, 45.
27- Joan., 5, 24.
28- C'est l'enseignement de saint Paul, aux Romains, chap. VI, 3-11, où il explique l'action du baptême; et chap. VIII, où il décrit l'oeuvre du Saint-Esprit en nous; cette oeuvre nous confère ce privilège, moyennant notre généreuse collaboration à la grâce, d'une exemption de l'erreur (5 à 9), de la concupiscence (10 à 14), du péché (35 à 39); oeuvre en quel que façon négative ou mieux préparatoire; l'oeuvre positive est notre « action » par l'Esprit-Saint (14), qui nous fait enfants de Dieu, nous rend témoignage de cette filiation (15-17) et nous donne accès auprès de Lui (26-28) par une prière toute puissante. Nous trouverions dans l'Évangile de saint Jean (chap. XIV, XV, XVI) et dans sa première Épflre un enseigne ment tout semblable. Ah! si nous connaissions notre grandeur et notre puissance dans le Christ!...
29-(Eph., 3, 14-21),
30- Galat., 2, 20.
31- Joan., 6, 55, 58.
32- Joan., 6, 64.
33- Joan., 6, 28, 29.
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34-Rom. 1, 17; Gal., 3, 11; Hébr., 10, 38.
35- Galat. , , 5, 6.
36- Jacob., 2, 22.
37- Rom., 3, 27, 28; Gal., 2, 16
38- Rom., 1, 16; 3, 22.
39- Jacob., 2, 17-26.
40- Marc., 16, 16.
41-- I Joan., 1, 7. 9. Jban., 6, 58.
42- Math., 28, 20.
43- Joan., 14, 15.
44- Joan., 15, 12, 17.
45- Joan., 13, 34.
46- Rom., 13, 8.
47- I Joan., 3, 14. 7. I Joan., 4, 8, 12, 20, 21.
48- (Psaume 45, 5).
49-I Cor., 3, 16: 17; 2 Cor., 6, 16.
50- II Cor., 11, 2; Apoc., 21, 2, 9.
51- (Psaume 44, 10); Rom., 8, 14-17; Gal., 3, 26.
52- Jean., 17, 3.
53- Apoc., 5, 13.
54- 1 Cor., 16, 22.
55-Apoc., 22, 17, 20.
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