Le savoir de Jésus
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Nos précédents entretiens nous ont mis en face de l'adorable Personne de Notre-Seigneur Jésus-Christ; ils ne nous ont pas introduits dans son inti mité. Il nous faut humblement tenter d'y parvenir. Tout ce que nous pourrons dire restera bien au-dessous de cet ineffable sujet; car nous aurions une idée plus juste de ce qu'est l'Océan par quelques gouttes d'eau que nous en puiserions au creux de notre main, que de Jésus, Dieu et Homme, par toutes les médita tions savantes des docteurs et des théologiens. Cepen dant, eu égard au prix éminent de la connaissance du Christ Jésus 1 , le moins que nous en saurons vaudra mieux que toutes les richesses et tous les trésors du monde, les sciences y comprises. Nosse Te, radia imrnorialitalis est ! Vous connaître, c'est la vie éternelle 2 !
Que cette pensée embrase notre désir de surmonter notre ignorance; qu'elle soutienne notre attention et nous rende dociles à une grâce qui ne nous est jamais refusée, étant du désir de Dieu notre Sauveur que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité 3 . De la divinité de Jésus, nous avons parlé fort p eu et pour cause; nous ajouterons plus tard quelques notions à ce que nous avons dit, lorsque nous traiterons de sa Fonction et de son OEuvre. Le tout sera bien incomplet. La manifestation de Jésus, promise 4 aux âmes droites et aux cœurs purs 5 , peut seule ouvrir à ses élus la connaissance vivante et vivifiant e de sa divinité 6. Nous serons moins dépaysés dans l'étude de son Humanité. Cette humanité est de même nature que la nôtre; elle lui est consubstantielle, c'est-à-dire identique dans sa structure intime, dans son être, ses facultés, ses opérations. Le Fils de Dieu est devenu en tout semblable à un fils d'homme 7 , sauf quant au péchés; cependant, comme il est non pas simplement un fils d'homme comme chacun de nous, mais le Fils de l'Homme 8 , et l'Homme même 9 dans toute la pureté et la beauté de son type éternel, Jésus est la personnalité humaine la plus complète et la plus parfaite. L'Humanité de Jésus est le modèle, l'exemplaire sur lequel la nôtre a été formée 10 ; nous avons été con figurés sur elle, à son image et à sa ressemblance 11 . Plus que cela : elle est la raison d'être de la nôtre ; nous n'existons, aucun homme n'existe que par dépendance de cette humanité et pour former son cortège. Plus ,encore : toute créature trouve en elle son exemplaire, son idéal et sa cause. Elle est la règle e t l'explication et le résumé de toute oeuvre de Dieu. Et, en effet, tout a été fait par Jésus et pour Jésus 12 : tout se soutient en Lui et sur Lui : omnia in ipso cons i an j a. L'apôtre saint Paul dit très exactement que tout le gouvernement providentiel, et, pour ainsi parler, tous les efforts de Dieu, tendent à restaurer, à rassembler, à parachever c'est le mot français qui traduit et reproduit le mieux le mot du texte grec à parachever toutes choses dans le Christ-Jésus, soit celles qui sont sur la terre, soit celles qui sont dans les cieux 13 , toute création, matérielle et organisée, visible et invisible.
L'Humanité de Jésus est d'abord absolument parfaite en elle-même; tout ce que la nature humaine suppose d'harmonie, de beauté, de charme, de perfection, se trouve donc dans celle-ci, qui doit ;être unie à la nature divine. Ensuite, en vue de cette union, elle est dotée, enrichie de toutes les grâces qu'une nature créée peut porter; non par conséquent d'une grâce infinie puisqu'aucune créature n'est capable de l'infini; mais d'une grâce indéfinie, illimitée, tellement belle, telle ment grande, tellement splendide et puissante qu'elle dépasse toute conception et même toute capacité d'accroissement, selon l'ordre des conseils divins. Sur cette beauté enfin de l'Humanité sainte, préparée, adaptée à l'union à Dieu, béatifiée par cette union, la plénitude de la divinité survient et fait déborder toute grâce: c'est est de sa plénitude que nous avons tout reçu 14 . Il en résulte que Notre Seigneur est absolument ineffablement parfait, dans être humain, dans ses facultés et leurs opérations, dans son organisme et les fonctions de celui-ci; c'est- à-dire dans son amour, dans sa connaissance, dans s a sensibilité, dans sa chair sacrée!...N'est-ce pas là un digne objet de méditations de contemplations plutôt! ardentes, fécondes et efficaces! Connaître la sainte âme de Jésus! Et ce corps , dont il suffit de dire qu'il est la fleur de la virginité immaculée de Marie pour en faire soupçonner toutes les beautés, toutes les grandeurs et les magnificences!... Employons, s'il plaît à sa Bonté, trois entretiens à cette étude. Agenouillons-nous d'abord devant cette âme; adorons-y l'intelligence et le savoir que possède cette faculté!
Nous y contemplerons ensuite la volonté sainte. Semblable à la nôtre, miroir de la Très-Sainte Trinité comme est la nôtre, et déjà portant en soi, par sa triple faculté d'être, de connaître et de vouloir, la ressemblance que nous portons aussi de l'adorable Trinité; signée dans sa substance comme est la nôtre, au nom du Père et du Fils et de l'Esprit, cette âme est unie au Verbe, miroir sans tache de la splendeur du Père 15 , source avec le Père de Celui qui est la vie des âmes, l'Esprit Saint. Domine, omnia nosli 16 . Dans cet acte de foi de Pierre repentant, nous pourrions résumer tout l'enseigne ment catholique sur la science de Jésus : Seigneur, vous connaissez toute chose. Mais il nous sera au contraire utile et édifiant de développer ce que les Livres saints ont révélé à la pensée chrétienne touchant cette science, son origine et son emploi. Jésus est vrai Dieu et il est vrai homme; il est à la fois Dieu et homme, et enfin Sauveur des hommes, ou plus exactement leur Chef.
A ces quatre titres correspondent quatre savoirs, ainsi répartis et nommés : Dieu, Jésus jouit d'une science divine, éternelle incréée
(A) L' Homme, Jésus a acquis une science expérimentale et humaine.
(B) Homme Dieu, Jésus est doué d'une science communiquée par la vision de l'essence divine
(C) Chef des hommes, il reçoit . la science nécessaire à l'accomplissement de sa fonction
(D) Les théologiens rangent ordinairement ces quatres savoir d'une autre manière ; non selon leur origine mais selon leur dignité:
1° La science divine du Verbe (A);
2° La science béatifique de l'Homme-Dieu (C);
3° La science infuse du Chef (D);
4° La science acquise de l'homme (B). le mode, l'objet, l'exercice et les qualités. De chacune d'elles, disons successivement la nature, le mode, l'objet, l'exercice et les qualités.I.
— LA NATURE
La première de ces sciences appartient à Jésus comme Personne divine. Il est la Parole même 17 par laquelle Dieu exprime éternellement son Etre; Il est la connaissance de Dieu par Dieu substantielle et personnelle, c'est-à-dire que Jésus fait plus que posséder toute la science de Dieu, il est lui-même cette science; rien donc de ce qu'est Dieu ne lui est inconnu, et bien moins ce qui est en Dieu ou par Dieu, puisqu'il en est l'exemplaire, la cause. Mais nous sommes là en plein mystère et notre esprit vacille, craignant de plus que la parole ne trahisse son déjà défaillant effort. Nous appelons béatifique ou angélique la deuxième science, parce qu'elle est semblable, quoique très supérieure, à la science dont les anges et les bienheureux jouissent au ciel, voyant par la lumière de gloire 18 les choses en Dieu comme dans un miroir. Nous en jouirons un jour. L'âme de Jésus, plongée dans la divinité en est conséquemment béatifiée; et à cause de cette lumière de gloire qui l'a pénétrée dès le premier instant de sa vie, elle est ornée de la science des bienheureux.
Ne perdons pourtant jamais de vue que cette âme appartient, comme le corps, à la Personne divine; ne séparons jamais l'Humanité et la Divinité, si difficile qu'il nous soit d'exprimer leur union; quand nous disons C'est dans le Verbe que l'âme connaît les choses, n'imaginons pas une dualité de sujets. La science infuse est une science à la fois divine et humaine; divine par son mode de transmission, car elle est déposée, insérée, infusée (de là son nom) dans l'intelligence qui en est dotée; humaine par son mode de réception et d'exercice, car l'intelligence s'en sert comme d'un savoir qu'elle aurait acquis. Une science infuse égale à sa Fonction était due à Jésus, Chef de toute créature. Enfin, la quatrième science, que nous nommons expérimentale, nous la connaissons; c'est la nôtre, celle que nous acquérons en vivant, en regardant, en écoutant, en étudiant les livres, les hommes et les choses. Jésus s'instruisit de cette manière; cependant en Lui, cet humble savoir humain était plus parfait qu'en i'homme le plus docile et intellectuellement le mieux doué, car il n'était pas comme nous sujet à l'oubli, à l'erreur, à l'ignorance.
II. — LE MODE
Pour être complet, avant de parler de l'objet de chaque science, qu'il me soit permis de signaler son mode, sa manière d'opérer. Question difficile où je ne veux pas m'arrêter. Il est bon cependant peut-être, pour l'un ou l'autre de mes lecteurs, que je la pose. Elle prouve que nos théologiens et nos philosophes, qui ont osé sonder cet abîme redoutable, ne sont pas inférieurs, par la profondeur et la perspicacité de leur esprit, aux penseurs patentés des universités et des académies. Aux autres, que le sujet dépasse, je dirai simplement que l'intelligence n'en est pas nécessaire pour aimer et servir Jésus avec un coeur pur et droit. Comme Dieu, Jésus connaît toutes choses par l'Essence divine et la Cause première qui est Amour. Comme Homme-Dieu, par la vision béatifique, il connaît toutes choses dans leurs causes immédiates; par la science infuse, il connaît les choses selon leurs essences; et par sa science acquise, il les connaît selon leurs apparences. Nous, nous connaissons les choses seulement selon leurs apparences; nous voyons des formes, des cou leurs, des mouvements. Cette vue nous induit à penser que quelque réalité se cache sous les apparences et qu'elle y agit; nous l'appelons substance, essence... 19 mais nous ne la voyons pas... Encore moins voyons-nous les causes des êtres; ce n'est que par le raisonnement que nous remontons des effets sensibles à leurs causes prochaines, ou secondes, et de celles-ci à la Cause première et unique qui est Dieu. Mais pour Jésus toutes ces réalités et leurs enchaînements étaient visibles comme pour nous une flamme dans la nuit.
III. — L'OBJET
L'objet de ces sciences différentes nous est pl us facile à détailler, sinon à comprendre. Comme Dieu Jésus connaît toutes choses. Et d'abord Dieu Lui-même. Cet immense océan sans fond et sans rivage de toute béatitude et de toute perfection qu'est Dieu Jésus le connaît. Il voit l'essence divine et il la voit si l'on peut dire — d'un oeil compréhenseur qui n e lui laisse aucun secret à découvrir. Jésus, — parce qu'Il est Dieu, — parce qu'il se connaît et se possède connaît la nature divine, l'essence divine et les opérations divines; et non seulement l'Etre divin dans son infinité essentielle, mais dans sa vie intime, où il s'épanouit dans la Très Sainte Trinité. Jésus sait pourquoi le Père est Père, pourquoi Lui est le Fils, comment l'amour du Père et du Fils procède en Etre substantiel, troisième Personne, que nous appelons le Saint Esprit. Toutes ces merveilles que nous balbutions, craignant de blasphémer et de nous tromper, Jésus les voit à découvert : Personne ne connaît le Père sinon le Fils et ( ce qui est consolant pour nous) ceux à qui le Fils veut bien Le révélera. 20— « Qui voit le Fils voit le Père; ô Philippe, vous n'avez donc pas encore compris que je suis dans le Père et que le Père est en moi? 21 » Si le Père se manifestait à vous, Il vous apparaîtrait tel que vous me voyez. Jésus est l'expression du Père, sa parole. La manifestation du Père, c'est Jésus. Comme Dieu, Jésus connaît encore toutes les choses qui sont, ou qui ont été, ou qui seront créées. Les choses actuelles il les connaît malgré leur multiplicité et leur nombre; il les connaît d'une simple vue; et non seulement toutes mais celles qui pourraient être : Lui-mêmenous montre qu'il a la connaissance des choses futures puisqu'il fait des prophéties. Il a dit à saint Pierre : « Avant que le coq chante tu me renieras trois fois» 22 .
Il a prédit la ruine de Jérusalem « dont il ne restera pas pierre sur pierre » 23 Et il connaît aussi ce qui dépend de la volonté des hommes, ce qu'on appelle : le futur conditionné; ce qui aurait pu arriver et qui n'arrivera pas : « Si j'avais fait au milieu de Tyr et de Sidon les miracles que j'ai faits au milieu de vous, Tyr et Sidon auraient fait pénitence » 24 . Cette connaissance divine de tout ce qui est et de tout ce qui peut être se trouve donc en Jésus, parce qu'Il en est l'auteur : Toutes choses ont été faites par Lui, toutes choses subsistent par Lui et ont en Lui leur lieu et leur subsistance. In eo vivimus, movemur el sumus 25 . Par la science angélique ou béatifique, Notre- Seigneur Jésus-Christ possède une nouvelle connaissance de Dieu; celle même, bien qu'absolument parfaite, à laquelle nous participerons. La science divine de Dieu, c'est Dieu se connaissant soi-même; la science angélique lui montre Dieu, et non pas seulement comme du dehors, mais comme du dedans. — Oh! que notre pauvre langue humaine est mal à l'aise dans ces mystères!... La connaissance dont nous jouirons au ciel est une connaissance de Dieu en Dieu! Cette science laisse voir, à l'esprit créé de Jésus, toutes choses dans le Verbe comme dans un miroir. Par sa science infuse, Jésus connaît les choses en elles-mêmes, telles qu'elles sont, et non simplement, ainsi que nous, telles qu'elles se montrent sous leurs apparences decevantes. Comme il a été dit, toutes les choses qui sont nécessaires à l'accomplissement de sa fonction, c'est par cette science qu'il les connaît Jésus est roi, Jésus est prophète ou docteur, Jésus c'est pontife et il est sauveur; il lui est nécessire connaître tout ce qui se rapporte au gouvernement de son empire, la vie et le salut de ses sujets. La science infuse lui donne le savoir de ces choces. Toute l'histoire de son Eglise et l'histoire de chacun de nous est présente à la mémoire de Jésus, selon qu'il lui plaît. Pensons-y un instant avec admiration, gratitude et confiance! Jésus, déjà si riche de ces trois sciences, a-t-il donc encore besoin de se mettre à l'école des réalités visibles, comme nous? Non; mais II l'a fait : Saint Luc nous enseigne qu'Il croissait en connaissance 26, et saint Paul nous révèle qu'Il a appris, en souffrant, à obéir. 27Que connaît-il ainsi?
Mais ce que nous connaissons nous-mêmes! Les apparences des choses... Pour quelqu'un qui connaît les choses en elles-mêmes, cette connaissance peut paraître bien futile... puisqu'elle ne montre que la figure de ce monde et que cette figure passe!... Mais pensons que si Jésus n'avait rien connu par expérience, de cette science acquise, il n'aurait pas connu le visage de sa Mère, il n'aurait pas entendu le son de sa voix, il n'aurait pas vu ce pays de Palestine qu'Il a aimé, cette ville de Jérusalem sur laquelle il a pleuré, Il n'aurait pas considéré le lis des champs et le passereau dont Il tire de si belles comparaisons. I
V. — L'EXERCICE
Les théologiens, ici, se sont posé une question qui ne me paraît pas très importante (je demande pardon avec ces savants hommes si je me trompe) : De laquelle de ces sciences se servait Notre-Seigneur au cours de v i e ? Quand Il disait à saint Pierre : « Pierre, tu tomberas 28 , tu es trop présomptueux! s était-ce par connaissance expérimentale comme pourrait le faire un homme clairvoyant, ou par sa science infuse de ou par sa science béatifique...? Il ne semble pas qu'il importe beaucoup de le savoir : Il ne nous l'a pas dit. Il voit le fond des êtres; les dispositions de chacun 29, son présent et son avenir; cela est certain. Il est bien indifférent que nous sachions de quelle manière il le voit. Aussi ne nous l'a-t-il pas révélé. Il a même posé à l'orgueil humain une pierre d'achoppement dans cette connaissance de sa connaissance : Il a laissé entendre qu'Il ne connaissait pas le Jour du Jugement 30 . Voilà une parole qui a fait couler beaucoup d'encre, qui a exercé les exégètes ou catholiques ou hérétiques. Ne faut-il pas y voir, un exemple de modestie intellectuelle. Nous avons aussi besoin de tels exemples! Jésus n'a rien ignoré, mais il n'a pas voulu nous communiquer un point 31 qui ne nous regardait nullement, qui n'est d'aucune utilité pour notre édification et pour notre salut. D'autre part, il nous sait encore plus orgueilleux de notre science que du reste. Ainsi que le dit l'Imitation : Celui qui sait quelque chose, comme il est content de montrer qu'il le sait 32 ; Lui, il voile sa science sous le silence de la modestie; il refuse une affirmation qu'il nous savait inutile et qui n'ajoute rien à sa gloire.
V. — LES QUALITÉS
Cette considération nous amène à parler des qualités de la science en Jésus, science divine et humaime. Elle est d'abord absolument infaillible : non seulement Jésus connaît la vérité, mais c'est Lui qui fait la vérité. Il est la vérité 33 ; ce qu'il pense est la règle de la vérité, il n'est pas de vérité en dehors de ce sait et de ce qu'il approuve. Cette science de Jésus, qui est infaillible, est aussi universelle. Je viens de dire qu'elle s'étend à tous les objets existants ou possibles : tous les objets qui ont une raison d'être en eux-mêmes et en Dieu, Jésus peut les connaître. Elle est enfin intuitive, elle ne procède point par raisonnement. Jésus-Dieu, rentrant en soi, pour ainsi dire, y connaît toutes choses; cette science est absolument indépendante des objets.. Pour nous, pour que nous connaissions un objet, il faut qu'il ne soit ni trop près, ni trop loin, ni trop éclairé, ni trop obscur, je dis au sens propre et au sens figuré; la science de Jésus ne dépend évidemment pas de telles conditions.Représentons-nous maintenant Notre-Seigneur conversant au milieu du monde, des hommes, de nous : Rien n'est caché à ses yeux 34 ; toutes les âmes, toutes les consciences sont nues et ouvertes 35 devant Lui; Il n'a pas besoin qu'on Lui rende témoignage de ce qu'il y a dans le coeur de l'homme 36 , il le sait. Jusque dans leur fond, dans leurs replis les plus secrets, dans leurs secrets les plus cachés, ces pensées que Nous n'osons pas nous avouer à nous-mêmes, il les devine, il les voit. Et non seulement, il voit ces âmes contemporaines, qui vivent autour de lui, qui vont, qui viennenet, qui le croisent, quie le fixent, le heurtent, qui s'ameutent contre Lui; mais il voit les âmes de tous les temps:les morts sont vivants 37 pour Lui et ceux qui ne son pas nés encore sont déjà présents devant Lui. Dans cette multitude, il nous discernait, nous qui sommes attentifs à cette lecture, il nous voyait aussi distinctement que devant soi les pauvres, les boiteux, les lunatiques, les épileptiques qui venaient lui demander de les guérir...
Non seulement encore, il voit les âmes de tous les hommes, mais aussi tous les anges et les démons. Pour Lui, le grand drame de la Rédemption se jouait à découvert... On comprend qu'on l'ait vu pleurer 38 et qu'on ne l'ait jamais vu rire! Avez-vous parfois songé, chers lecteurs, quand vous êtes engagés dans la foule moderne, à un carrefour, sur une place, dans une rue, dans des couloirs publics, coudoyés, pressés, entassés, avez-vous jamais réalisé que toutes ces personnes qui vous entourent, s'affairant comme des fourmis, et qui vont et viennent et courent à leurs plaisirs, à leur repos, à leurs intérêts ou à leurs pêchés, ont toutes une âme rachetée par Notre-Seigneur, et que Jésus les voit dans leur état actuel, ou de salut ou de damnation? Si elle vous est venue, vous n'avez pas pu arrêter votre esprit sur cette pensée; elle est insoutenable... Il faut ou s'en distraire ou prier! Il vaut mieux prier! Se faire au milieu cette foule indifférente comme un cri d'appel vers la miséricorde de Dieu. Cette pensée que nous ne pouvons pas soutenir c'était pour Jésus une vision, et il l'a soutenue tout, sa vie! Ce drame se déroulait devant Lui. Que dis-je devant Lui? Pour Lui et contre Lui; car pour Jésus " ce mélange de bon et de mauvais, ce douteux qui existe pour nous, n'existe pas. Devant Lui chacun tient une attitude déterminée : ou l'amour, ou la haine, ou l'adoration ou le blasphème. Pas de milieu! Chacun à sa place bien définie 39 , je ne dis pas définitive puisque le pécheur peut devenir juste et le juste redevenir pécheur, mais actuellement, chacun à sa place bien définie et Notre-Seigneur la voit. Il voit l'action du Saint Esprit, son Esprit, cet Esprit qu'il envoie ; il voit cet Esprit entourer les coeurs, les solliciter, les amener à une attitude nette et franche à l'égard de la Vérité vivante. Il voit sa grâce, ambiante, agissante, pénétrante... Comme nous pouvons constater dans notre atmosphère et sur notre monde, l'influence du soleil, l'effet de sa chaleur et de sa lumière sur les corps, Jésus constate l'activité de sa grâce, ce soleil des âmes, sur les âmes. Et quand il était dressé sur sa croix, qu'il voyait houler devant Lui cette mer furieuse dont les vagues étaient des âmes d'hommes et, où la nôtre faisait son remous, tous les visages tournés vers Lui portaient ou l'empreinte de l'amour ou le signe de la haine... Quelle pensée! Jésus est là vivant, et il nous voit dans notre attitude de confiance ou de défiance, dans ce don total de nous-mêmes qui est la foi, ou dans cette résistance à sa lumière et à sa grâce qui est l'incrédulité et le péché. Il nous voit incessamment à chacun des instants de notre vie, lui qui ne cesse de nous solliciter de croire en Lui et de l'aimer.
Ah! quel spectacle pour Jésus que cette vision continuelle des âmes qui se sauvent ou qui se perdent. Elle met en son cœur une pitié immense : Misereor super iurbarn. J'ai pitié de cette foule 40. Elle met sur ses lèvres un cri d'angoisse infinie : Quae ulililas in sanguine me 41 ! De quoi donc servira mon sang pour tant d'âmes qui le foulent aux pieds? Elle transforme son être crucifié en un appel au pardon de son Père : Ayez pitié, ils ne savent pas ce qu'ils font! 42 »
Entrons dans ces sentiments du Coeur de Jésus 43 ; ne passons pas en indifférents au milieu de la foule. Quand nous marchons dans les rues, nous, les rachetés de Jésus, nous, les enfants et les disciples de François, nous devrions laisser un sillage de feu et d'amour, un reflet de Jésus, car nous sommes la lumière du monde 44 ; nous devrions laisser un peu de la saveur de Jésus parce que nous sommes le sel de la terre, vos eslis sal lerrae 45 ; nous devrions laisser un parfum de Jésus, être pour toutes les âmes la bonne odeur du Christ, l'odeur suave qui les attire à Dieu, bonus odor Chrisli sumus 46 ...!
Domine, omnia nosli 47 : Seigneur, vous connaissez toutes choses.
Il vous souvient du jour où fut prononcée cette parole? — C'était la seconde semaine après Pâques; les apôtres, retirés en Galilée au bord du lac de Tibériade, s'étaient remis à pêcher. Au petit jour, un matin, quelqu'un apparut sur le rivage; ils ne savaie nt pas qui c'était : leur cœur le leur disait; mais Jésus ne se laissait pas reconnaître. Il leur fit opérer L seconde pêche miraculeuse, il poussa même la bonté jusqu'à leur préparer un repas qu'ils prirent ensemble Après quoi, attirant Pierre à l'écart, Il lui demand par trois fois s'il L'aimait; Pierre, humilié par cette allusion à son triple reniement, et repentant, répondit Seigneur, je n'ose plus me fier à mon coeur, je n'ose . pas dire si je vous aime! Mais vous, vous savez toutes choses! Vous connaissez tout mon amour. Oui, Jé sus savait que Pierre l'aimait, puisqu'il avait Lui-même mis dans son coeur cet amour désormais indéfectible.
Tournons-nous vers Jésus comme saint Pierre ouvrons devant Lui notre âme. Il nous voit, n'ayons pas peur que son regard descende jusqu'au fond de nous; ne nous dérobons pas, ne nous voilons pas, montrons-lui notre âme généreusement, spontanément. Notre âme ouverte, les flots bénis de sa chaleur et de sa lumière viendront la purifier, la sanctifier, et s'Il nous demande : M'aimes-tu? avec une humble confiance nous Lui répondrons : Domine, omnia nosti! Seigneur, vous savez toutes choses; vous savez bien que je vous aime! |
| Lire les références |
1- Philip., 3, 8.
2- Sagesse, 15, 3.
3. 3-I Timoth., 2, 4.
4- Joan., 14, 21.
5- Math., 5, 8.
6- Philip., 3, 10; Eph., 3, 14 sq.
7- Philip., 2, 7; Rom., 8, 3. (Daniel, 7, 23).
8- Hébr., 4, 15 (2 Cor., 5, 21).
9- Math., 9, 6; 12, 8, 32; 26, 2; Marc, 10, 45; Luc, 9, 22; Joan., 12, 23; etc...
10- Joan. 19, 5.
11- (Genèse 1, 26) I Cor.. 15, 49.
12- Rom., 8, 29. Philip., 3, 21..
13-Joan 1,3:, 1 C ol., 1, 16; Hébr., 1, 2.
14- Col, 1, 17 Ephes, 1,10, Col., 2, 9; Joan., 1, 16.
15- Colos., 1, 15; H ébr., 1, 3 (Sagesse, 7, 26).
16 Joan., 21, 17
17 Joan., 1, 1; 5, 20; (Apoc., 19, 13).
18-. (Psaume 35, 10) Colos., 1, 12
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19-. Le mot substance a été expliqué dans l'entretien précédent p. 47. Essence, de esse, être, présente une signification sem blable; mais le premier se rapporte à la réalité, le second à la pensée; le mot nature se rapporte à l'action. Les philosophes ont ainsi précisé la langue dont ils se servent, pour la clarté.
20-Math., 11, 27.
21- Joan., 14, 9.
22- Math 26, ( Marc14,.72; Luc, 22, 61).
23- Luc, 19, 44; Marc, 3 1
24- Math„ 11, 21.
25- Act • , 17, 28.
26- Luc, 2, 52.
27-Hébr., 5, 8; Luc, 39, 42; Philip., 2, 8,
28- Joan, 13, 38.
29- Marc,1 ,9e 3 2 ;1 . 2, 25; Luc, 6,8; 9, 47; 11, 17; Joan., 2, 25. etc.2 3.
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30-Marc, 13, 32
31- Il n'a pas voulu parler non plus du nombre des élus Luc, 13.23
32- I imit.,2,6
33- Joan., 14, 6. I Joan., 5, 6.
34- Math., 6, 4, 6.
35- Hébr., 4, 13.
36- Joan., 2, 25; Luc, 16, 15
.37- Matt., 22, 32.
38- Hébr., 5, 7; Luc, 19, 41; Joan, 11, 35.
39-. Joan., 3. 18; 5, 24; Rom., 8, 1
40- Marc, 8, 2; Math., 15, 32
41- (Psaume 29, 10). Luc, 23, 28.
42- Luc, 23, 34. 43 Philip . 2, 5.
44- Math., 5, 14.
45- Math., 5 13.
46-2 Cor., 5 ' 15.
47- Joan, 21, 17.
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