Jésus-Christ, Notre-Seigneur, est homme. Il fourni la preuve qu'il est Dieu. Comment cela peut être 1 ?...
Au début de notre méditation précédente, nous rencontrions ce « comment? » Nous avons sursis à y répondre, devant alors solidement établir le fait de cette divinité unie à cette humanité dans la personne de Jésus. Nous y venons maintenant. Mais avec quelles dispositions le devons-nous tenter, il faut le dire d'abord. Selon les maîtres de la pensée franciscaine, la connaissance des vérités de la foi réclame en effet autre chose et plus que l'attention, et que l'effort de l'intelligence à saisir les données de la question : bien heureux les coeurs purs : ils voient Dieu 2 . Les autres ne voient rien ou mal; aveugles, dit saint Augustin, au point de ne même pas voir qu'ils ne voient pas 3 .
Quomodo fiel islud : comment cela se peut-il faire?
C'est la question de l'esprit de l'homme en face des oeuvres de Dieu. Bien différents toutefois les sentiments qui la font poser, bien différente, selon ces sentiments, la réponse qu'y daigne donner Dieu.
L'histoire évangélique nous en fournit deux exemples : elle nous montre le comment de l'humilité et de la confiance, prêtes à faire crédit à Dieu et à obéir quoi qu'il veuille; et le comment de l'orgueilleuse défiance, qui prétend ne livrer son assentiment que sur bonne caution.
Le premier est le comment? de Marie 4 qui reçoit l'annonciation de l'Ange : « Vous concevrez... Vous enfanterez un Fils... Vous le nommerez Jésus : car il sera grand et le fils du Très-Haut... et son règne n'aura pas de fin... »
Quomodo fiel islud? quoniam virum non cognosco? Comment cela se fera-t-il? Je suis vierge, et mon époux ne me connaît pas.
Mais elle est prête; elle ne veut être instruite que pour agir. Elle est la servante du Seigneur et décidée, coûte que coûte, à obéir.
Le second est le comment? de Zacharie 5 qui reçoit une annonciation parallèle : « Ne te trouble pas, Zacharie! La prière que tu formules pour la Rédemption d'Israël a été exaucée. Ta femme Elisabeth te donnera un fils et tu le nommeras Jean. Il sera grand devant Dieu par sa vie et par ses oeuvres : car c'est lui, le précurseur du Messie attendu!...
Magnifique promesse, bien mal accueillie! Car Zacharie répond d'un ton de défiance: « Unde hoc sciam? Comment puis-je savoir la vérité de ce que vous me dites? Je suis vieux, ma femme à présent hors d'âge a toujours été stérile... »
Ce n'est plus l'abandon éperdu de la Vierge fidèle; c'est la délibération calculatrice d'un vieillard soupçonneux.
Mais aussi la confiance de Marie est récompensée par la révélation intégrale du Mystère : Spirilus Sancus superveniel in le. L'Être saint qui naîtra de toi est le Fils de Dieu. Et voici le signe que tu n'as pas demandé : ta cousine Ilisabeth, celle qu'on appelait la stérile, elle est m e depuis six mois... Rien n'e s t impossible à Dieu.
Tandis que la défiance du vieillard est punie pa r sa condamnation au silence : Tu veux un signe! L'exemple d'Abraham 6 ne te suffit pas? Tu resteras muet, jusqu'à ce qu'en ton âme la foi ait remplacé l'incrédulité.
Un converti de notre temps, est-ce Ch. Péguy ou plutôt son ami Joseph Lotte? 7 disait : « Il ne fau pas faire le malin avec le bon Dieu; faire le malin, c'es infailliblement se vouer à ne plus rien comprendre Croyons d'abord, faisons crédit à Dieu 8 ; montrons- nous enfants, puis qu'il est Père; soyons dociles, puis.; qu'il est bon, sage et puissant; et nous mériterons, non seulement qu'il s'explique car il ne refuse jamais de s'expliquer mais de comprendre ses explications. Dieu peut faire plus de choses que notre raison n'en peut comprendre. On citerait ici les deux vers de Shakespeare :
Au ciel et sur la terre il est bien plus de choses Que n'en peut expliquer, Horace, ton savoir 9 .
Mais il est plus pertinent de reprendre la parole de l'Ange : Quia non eril impossibile apud Deum omne verbum : rien n'est impossible à Dieu.
Nous avons à poser à notre Dieu et Père un comment? qui justifie ce préambule; il nous faut bien savoir dans quelles conditions sa réponse nous sera donnée et compréhensible. Gardons dans notre coeur l'exemple de Marie et qu'il nous incite à son imitation. Jésus-Christ est Dieu, Jésus-Christ est homme. Comment s'opère en lui l'union entre l'humanité et la divinité? Écoutons la réponse de notre Mère l'Église aux âmes droites : cette réponse revêt deux formes : l'une est populaire, concrète, accessible à tous. L'autre, savante, scientifique même, abstraite.
La première dit : Jésus-Christ est vrai Dieu et vrai homme. Il suffit de savoir ce qu'est Dieu et ce qu'est homme pour saisir l'affirmation de la foi.
La seconde dit : La nature divine et la nature humaine sont hypostatiquement unies dans la Personne du Fils. Voilà la formule savante : elle procède d'une soigneuse et attentive discussion, d'une définition., rigoureuse c'est-à-dire d'une délimitation des notions de nature, de substance ou hypostase, de personne, d'union.
Les deux sont vraies; ou mieux elles expriment la même vérité, et mieux encore le même fait. Car c'est le fait qui est l'objet de la foi et non son expression en paroles humaines.
La définition savante est nécessaire aux théologiens pour précisene fait, pour en défendre la vérité contre les déformations de l'ignorance et de l'erreur: Mais il a toujours suffi aux fidèles de croire de coeur et de confesser de bouche que Notre-Seigneur Jésus-Christ est vrai Dieu et vrai hommeè de donner à l'Homme-Dieu sa foi, au Dieu-Homme son adoration
et son amour; pour être sauvé, justifié, vivifié, comme dit l'Apôtre :
Corde enim credilur ad jusliliam Ore aulem con fessio fil ad salulem 10
Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai Homme! C'est so cette forme que les écrivains du Nouveau Testament, les Pères apostoliques, les chrétiens des premiers siècles, nos ancêtres dans la foi, ont professé leur croyance; c'est sous cette forme qu'Apôtres et Martyrs ont proclamé la vérité de Jésus, versant leur sang, scellant leur adoration et leur amour du témoignage de leur vie.
Bien plus tard, pour répondre aux attaques des hérétiques et des païens, les Pères des IVe et Ve siècles; les Conciles de Nicée, 325; de Chalcédoine, 451; Ille de Constantinople, 680, se sont efforcés de préciser scien tifiquement la croyance de l'Église.
Ce travail, repris au mixe et )(ive siècles par les théologiens scolastiques, n'est pas encore terminé. La théologie du Sacré-Coeur au siècle dernier, la théologie du Christ-Roi en ce commencement du nôtre, con tinuent cet effort. Jésus n'est entièrement connu ni du monde, ni de beaucoup d'âmes régénérées par le baptême, ni même, oserait-on dire, de son Église. Plu sieurs points restent à définir. Après vingt siècles le vrai motif de l'Incarnation est encore débattu entre les théologiens. Toute une école refuse de lire dans l'Écriture un enseignement qui y paraît à d'autres clairement révélé et qui de plus semble exigé par la logique et l'enchaînement des dogmes!...
Ah! si tous ceux qui se disent chrétiens voulaient faire trève à leurs mesquines et trop humaines dis cussions! Si les controverses des écoles, si les divisions des églises, cédaient la place à l'amour de Jésus, à la docilité à son Saint-esprit, alors unique troupeau sous l'unique Pasteur, le peuple fidèle pourrait s'occuper de connaître. Celui dont la connaissance est la Vie éternelle 11 , l 'objet de toute sagesse et de toute science 12 , Jésus-Christ crucifié 13 .
Néanmoins il nous sera utile et édifiant d'écouter les e xplications des théologiens. Ils les donnent dans un langage technique, qu'il n'est pourtant pas impossible de faire entendre à tous. Il ne s'agit pas de transcrire en périphrases vulgarisées les formules pleines de sens choisies par les Conciles comme l'expression fidèle du dogme, mais d'expliquer le sens de ces formules, de façon à en donner l'intelligence à l'âme la plus humble. Traduire ces formules en langage commun serait aussi périlleux qu'inutile, parce que le langage commun est adapté aux choses communes, parce que le sens du dogme en serait faussé et diminué. Il est plus facile d'apprendre un mot nouveau, et dont la signification a été donnée, précise et pleine, que d'attribuer un sens nouveau et toujours incertain à quelque mot usé et avili. Tous les jours nous apprenons ainsi des mots nouveaux pour désigner des choses nouvelles ou rajeunies; ou même pour simplifier et aller vite. Nous disons « autobus » qui de soi n'a aucun sens et nous comprenons « omnibus automobile »; et « omnibus » est déjà un mot semblablement créé, dont peu de personnessavent l'origine, encore que chacune sache fort bien l'utilité du véhicule et son usage... Néamoins: "aspirine"; c'est un peu plus court qu' « acide acétylsalicylique »; et pour ceux qui n'ont point étudié la chimie, ceci ne désignerait rien de plus que cela.
Nous sommes ordinairement très fiers de posséder un vocabulaire technique et d'en bien user. Les gens de métier se reconnaissent entre eux à leur manière de désigner par son nom précis un outil dont le public ne connaît que le nom générique et vulgaire. Le client dit « rabot »; et le menuisier sait qu'il y a cinq ou dix espèces de rabots, et la différence d'un guillaume, d'un bouvet et d'une mouchette. N'alléguons pas l'exemple des médecins ni celui des amateurs de « sports »! Pourquoi, chrétiens, refuserions-nous d'apprendre le langage technique de notre religion?...
Répétons cependant cette remarque importante : l'objet de la foi, c'est le fait, et non l'expression, la figuration verbale du fait; et cette autre : la science de Jésus n'est pas une science commune à quoi suffisent l'intelligence, la diligence et l'attention.
Le travail des théologiens est frère des méditations des saints, appliqués à connaître Jésus dans sa Personne, dans sa fonction, dans son oeuvre, dans l'amour de son Coeur-Sacré et dans l'excès de cet amour, sa Passion et son Eucharistie. Mais les saints ne furent pas seuls à étudier Jésus. D'autres, amis maladroits ou ennemis ,perfides, esprits inquiets et superbes, avides de nouveauté ou de merveilleux, par ignorance ou par mauvaise foi. — Saint Paul a déjà bien connu toute cette engeance ! 14 — changeaient ià sa vérité en mensonge 15 et sa liberté en prétexte à l'indiscipline16 . Il fallut fixer l'intégrité de la doctrine et la définir au milieu des mouvantes opinions hu maines 17 qui « choisissaient » dans l'enseignement de Jésus ce qui leur convenait et rejetaient le reste. Hérésie est le mot grec qui signifie ce « choix »; hérétiques désigna tous ceux qui le pratiquèrent. Ils donnèrent libre cours à leur fantaisie, c'est-à-dire à leurs négations. Les uns niant que Jésus . fût Dieu; et les autres qu'il fût homme; certains qu'il fût à la fois Dieu et homme; les uns mettaient à leur négation quelque réserve et des nuances; les autres opéraient brutalement : Ariens, Eusébiens, Nestoriens, Docètes, Eutychiens, Monophysites et Monothélètes, Protestants libéraux, Socimens, Unitariens, Rationalistes, Modernistes... impossible, inutile d'insister; pour connaître le détail de leurs erreurs, il faut l'étudier dans les théologies et les histoires. Ici, ni je ne puis être suffisàmment explicite, ni mes lecteurs suffisamment préparés. Il suffit de tout résumer en disant que ces erreurs proviennent d'un commun principe : éliminer le scandale de la croix 18 et la nécessité du renoncement 19 , en accommodant Dieu aux mesures de la jugeole humaine.
Redisons avec l'Archange : rien n'est impossible à Dieu : Non es! impossibile apud Deum omne uerbum. Jésus-Christ est vrai Dieu et vrai homme Vrai Dieu : Nous chantons dans notre Credo :
« Je crois... en Jésus-Christ, seul Seigneur, Fils unique du Père qui éternellement l'engendre, né du Père avant tous les siècles. Dieu de Dieu, lumière de lumière, Dieu vrai de vrai Dieu; engendré, non créé, consubstantiel au Père, par qui tout a été fait. Pour nous, hommes, et pour notre salut, il est descendu des cieux; et par l'opération du Saint-Esprit, prenant chair de la Vierge Marie, Il s'est fait homme » L e Dieu que nous adorons en Jésus est donc le Fils, la deuxième Personne de la Sainte Trinité.
Nous méditerons plus tard, à l'occasion de sa Fonction, pour quelle raison ce n'est ni le Père ni le Saint-Esprit, mais précisément le Fils, qui est devenu notre Emmanuel, Dieu avec nous.
Vrai homme, homme véritable, possédant une humanité complète, c'est-à-dire un corps intègre, muni de membres, d'organes, de sens et de propassions 20 ; et une âme parfaite douée d'intelligence, de mémoire et de volonté; cependant cette humanité n'a point de personnalité propre. En Jésus, c'est le Dieu qui est la Personne, c'est le Verbe qui dit : Moi; enfin cette humanité est intègre, c'est-à-dire qu'elle n'est pas déséquilibrée, désharmonisée comme elle l'est en nous par le péché; elle fut toutefois sujette à souffrir et à mourir.
D'ailleurs des prérogatives, des perfections, des conditions de cette nature humaine, nous parlerons longuement, y employant trois de nos entretiens, s'il plaît à Sa Bonté. En celui-ci, arrêtons-nous à l'union établie en Jésus entre le Dieu et l'homme.
C'est ici que nous devons nous en tenir à l'exposition des formules riches de sens, précises et pleines de la théologie. Nous n'avons rien à inventer, mais seulement à croire, accepter et par l'humble prière plus que par Ià discussion, essayer de pénétrer la doctrine révélée. Ne nous attendons pas pourtant à percer le Mystère!...
Reprenons la thèse, la proposition que nous avons énoncée plus haut et qui résume l'enseignement du Concile de Chalcédoine : en Jésus-Christ, la nature divine et la nature humaine sont hypostatiquement unies dans la Personne du Fils. Expliquons-en les termes.
Commençons par une comparaison où nous ne relèverons d'abord que les ressemblances, mais dont ensuite nous signalerons les différences qui la rendent imparfaite, et risqueraient même de la rendre inexacte si l'on voulait trop la presser.
Chacun de nous possède deux natures 21, l 'une matérielle, son corps; l'autre spirituelle, son âme; le corps ne peut vivre sans l'âme et l'âme est ordonnée à vivifier le corps; c'est pourquoi on dit de chacune d'elles qu'elle est incomplète, ayant besoin de l'autre pour subsister dans son intégrité. Chacun de nous aussi est une personne, c'est-à-dire un être libre et responsable. La personne est ce qui en nous dit : Moi; elle n'est ni le corps, ni l'âme, quoique dépendante des deux et responsable des deux.
La distinction de la personne d'avec le corps et d'avec l'âme ou ses facultés est prouvée par le fait que cette personne n'est pas atteinte par leurs chan gements: ainsi nous pouvons supposer que notre corps soit différent, plus grand ou plus petit, plus fort ou plus débile; nos yeux, nos cheveux d'une autre couleur; notre voix d'un timbre autre; et cependant nous resterions nous; notre Moi ne changerait pas. De fait, avec l'âge, avec la maladie, notre corps a subi de telles variations; et notre Moi n'a pas varié. Par analogie, nous pouvons nous imaginer avec une autre âme, une volonté plus ou moins ferme, une intelligence plus ou moins vive, une mémoire plus ou moins tenace, et, comprendre que nous resterions nous, comme nous le sommes restés, malgré les oublis de notre mémoire, les accroissements ou les diminutions de nos autres facultés.
Ainsi, dans le Christ, la Personne, le Moi, possède deux natures : la nature divine comme Fils de Dieu et la nature humaine comme Fils de Marie, comme notre personne possède un corps et une âme. La Liturgie, dans le symbole qu'on appelle de Saint Athanase et qu'on récite le dimanche de la Très Sainte-Trinité et aussi aux dimanches mineurs dans l'année, autorise cette comparaison : Nam sicul anima ratio nalis et taro unus est homo, Ha Deus et homo unus esi Christus. De même que l'âme raisonnable et la chair sont un homme unique; ainsi Dieu et homme sont un unique Christ. Ce qui ne peut s'entendre que selon la Personne, et non selon la confusion des natures. Et c'est ici qu'intervient la différence qui fausse la com paraison. Dans l'homme, la personne possède deux natures incomplètes et qui ont besoin l'une de l'autre pour intégrer l'être humain. La Personne divine de Jésus possède deux natures complètes, la divine et l'humaine; et dans celle-ci la personnalité humaine n'existe pas; c'est la Personne divine qui en assume la fonction.
Tel est l'enseignement de la foi. Ce n'est pas la nature divine qui possède une nature humaine sinon, il faudrait dire que c'est la Très Sainte-Trinité qui s'est incarnée! C'est la seconde Personne qui dit : Moi, dans la nature divine et dans une nature humaine. Et ainsi la réalité et l'intégrité des deux natures restent sauves; il n'y a entre elles ni confusion, ni mélange, ni absorption de l'une dans l'autre; rien qui compromette l'immutabilité de la nature divine, ni l'intégrité de la nature humaine. Elles sont unies, parce qu'une seule Personne les possède.
C'est ce qui a fait donner à cette union, qui reste unique, singulière, sans exemple et sans répétition, le nom de personnelle; car hypostatique, mot tiré du grec qu'on emploie pour la désigner peut se traduire ainsi. Mais il n'est pas inutile que des chrétiens se rendent compte de son sens plus précis.
Hypostase correspond en grec au mot latin dont nous avons tiré substance; et substance équivaut en français à soutien. Un soutien, c'est ce qui tient par dessous, qui se tient dessous, l'appui, le support de quelque autre chose. L'application de cette notion à notre sujet est fort simple et claire.
Ce que nous voyons des choses et des gens, c'est l'apparence, l'extérieur, les dimensions, les formes, les couleurs... Mais tout ce dehors n'est pas la réalité de la personne ou de l'objet; nous disons très justement qu'il ne faut pas se fier aux apparences, et que tout ce qui luit n'est pas or. A quoi donc peut-on se fier? A la réalité que désignent et cachent ces apparences, à ce qui soutient, à ce qui tient par-dessous, à ce qui se tient dessous les apparences... à la substance selon le mot latin, à l'hypostase selon le mot grec... Comme au-dessous du corps, comme le soutenant; comme au- essous de l'âme, comme la soutenant; nous trouvons la personne : l'union qui repose sur la personne s'appelle hypostatique 22 .
Cet adjectif n'est pas, hélas! une explication de la nature de la mystérieuse union qu'il qualifie. Ce n'est qu'une étiquette! Mais c'est la plus exacte qu'ait pu trouver notre langue humaine pour désigner cette union par laquelle le même Jésus est à la fois Fils du Père et Fils de Marie, notre Dieu et notre frère; union la plus étroite qui se puisse concevoir entre deux natures, indivisées et inconfuses et cependant inséparables, car moyennant une grâce créée tout spécialement par l'Esprit-Saint 23, cette union reste indestructible et perpétuelle. Elle a commencé au jour de l'Incarnation par le Fiai de Marie; elle n'a pas été interrompue par la Passion ; elle durera éternellement pour la gloire de Dieu, l'honneur de notre nature, et la béatitude de notre amour.
De cette union, dont le pieux effort des théologiens a pu en quelque sorte circonscrire, délimiter la nature, mais non pas l'expliquer, il résulte que Jésus, Notre-Seigneur, qui comme Dieu et comme homme prononce le même moi, est légitimement dit, à la fois, vrai fils unique, nature! 24 et réel de Dieu, consubstanciel à son Père, et vrai fils unique et naturel de Marie, consubstantiel à sa mère. Il en résulte que son corps avec tous ses membres, son âme avec toutes ses facultés sont adorables au sens strict du mot, étant véritablement le corps et les membres d'un Dieu, l'âme, l'esprit, la volonté d'un Dieu; et notre amour ne se trompe pas en adorant dans le Coeur de Jésus cette charité dont l'Esprit-Saint est la flamme inextinguible.
Il en résulte enfin qu'il est permis à la parole humaine d'attribuer à la fois à cette unique Personne tous les qualificatifs qui conviennent à Dieu et à l 'homme, comme est dire : le Christ est Dieu, le Christ est homme; Jésus est le créateur de toutes choses; le Fils de Dieu a souffert et il est mort pour nous; le Crucifié est tout puissant
L'infini se limite et l'Eternel commence;
Un front d'u n Etre jour en ente mi une pensée immense;
Et l'Être anéanti s'endort.
Une ombre a recouvert la gloire inaccessible ;
La souffrance étonnée éprouve l'Impassible ;
La Vie est offerte à la mort.
Quomodo ? répète la raison humaine. Comment cela peut-il se faire? Elle ne comprend pas; mais elle n'a rien de solide à objecter pour refuser de croire; elle ne peut relever aucune impossibilité, aucune répugnance dans les éléments du fait proposé à sa foi. Le Verbe qui s'incarne est le Dieu tout puissant, l'humanité qu'il « assume » est sa création obéissante. Et quant à la difficulté spéciale de l'union, c'est-à- dire, de la possession d'une nature humaine, et de sa régie par une Personne divine, elle est exactement de même ordre que celle que soulève la création par Dieu d'un univers borné, son ordonnance, son gouvernement, sa conservation; faits constants qu'il serait insensé de nier ou de méconnaître. Cette difficulté toujours la même, ni plus ni moins grande ou profonde, est celle des rapports du fini avec l'Infini. C'est elle qu'on retrouve au bout de toutes les avenues de la pensée humaine, c'est l'arête abrupte qui les termine toutes et que l'esprit ne franchit que sur les ailes de la Foi.
Nous ne refuserons pas à Jésus de nous élancer dans ce plein ciel, où sa main nous soutient! Son humanité est un fait, sa divinité est un fait. L'Histoire nous garantit la véracité du fait dont la pensée théologique cherche l'explication... De cette explication faison l'objet pieux de nos humbles prières. Frappons demandons, insistons... Soutenons nctre effort par cette pensée que Le connaître c'est la vie éternelle. et que dans la mesure où nous aurons ici-bas participé à cette connaissance, dans la même mesure exacte et proportionnelle, nous y participerons dans l'éternelle splendeur. |