Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de 
Mgr Pierre André Fournier  et ami de
ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande

Signez mon livre d'or Un petit mot fait du bien et cela vous permet aussi de lire les commentaires des gens. 


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU
MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?

 


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Titre de la série :
Le Christ dans l'âme franciscaine
Titre de la page:

14-La vie dans le Christ

Nom de l'auteur:
PP. Valentin-Paul-Émile-Breton-o.f.m.

                                                                       14- La vie dans le Christ

Il est temps de conclure cette longue étude en indiquant quelles sont, pour notre vie quotidienne, les conséquences pratiques de la doctrine franciscaine de la « Capitation » du Christ. Déjà, au cours de nos méditations nous avons signalé sous forme de conclusions ou de résolutions à peu près toutes ces conséquences. Il nous faut maintenant les grouper et les présenter dans leur harmonieux et consolant ensemble.

L'oeuvre de Jésus, égale à sa Fonction, est la reproduction et le renouvellement ou le prolongement en dehors de Dieu, de l'oeuvre qu'il accomplit comme Verbe lu sein de l'adorable Trinité : la louange de la gloire paternelle. Nous avons dit que cette louange est sa raison d'être, et comme Verbe incréé et comme Verbe incarné.

Mais c'est à ce dernier titre qu'il est devenu média­ teur de toute religion, de l'adoption des fils et de la création. Pour associer tous les hommes à son oeuvre, à sa gloire et à sa béatitude, il a établi son Eglise qui est son corps mystique et sa plénitude. L'Eglise est le Christ total 1 ; et les croyants en Jésus, par elle, lui sont incorporés comme ses membres, vivants de son Esprit et de sa Vie.

La vie de l'Eglise, et dans l'Eglise la vie de chacun des fidèles, est la reproduction, le prolongement et dans un sens profond que nous avons médité l'achèvement 2 de la vie et de l'oeuvre de Jésus.

Mais comment, par quel procédé, la vie de chacun de nous, la vie totale de l'Eglise devient-elle la vie du Verbe incarné? Comment chacun , de nous peut-il compléter ce qui manque en sa chair aux souffrances du Christ pour son corps qui est l'Église ?N'est-ce pas une chimère, un rêve irréalisable, une ambition démesurée et déplacée! Si nous nous étions nous-mêmes forgé cette destinée, si nous comptions sur nos forces pour la remplir, oui, le rêve serait insensé. Mais ce rêve est celui qu'a formé pour nous Dieu notre Père, celui qu'il a envoyé son Fils nous révéler; et non seulement nous le révéler, mais nous y convier et nous en rendre la réalisation possible par la surabondance de sa grâce. Et pour nous assurer de sa sincérité, Jésus est mort sur la croix.

Le sens même du Christianisme est la déification des hommes par leur incorporation à l'Homme-Dieu. Ah! plutôt embrasons nos désirs.; efforçons-nous de correspondre au dessein de notre Père. Cherchons à connaître notre voie pour la parcourir avec une hâte joyeuse.

Mais n'oublions pas de solliciter Marie de nous obtenir l'intelligence de ces enseignements, si fort au-dessus de la sagesse humaine.

I

Reprenons sommairement l'exposé que nous avons déjà fait du rôle de Jésus considéré comme chef du corps mystique.

1. De même que sur notre corps naturel, notre tête possède une triple primauté : de position, d'activité et d'influence, ainsi en est-il du Christ à l'égard de son Eglise.

Il domine sur elle, par sa prééminence d'Homme-Dieu, d'Epoux, de Seigneur; et porte d'elle la responsabilité;

Il la dirige ; il l'instruit, fixant la fin, le but auquel elle doit tendre; déterminant la voie et les moyens;

Il l'anime, il l'agit en sorte que la vie descend de Lui en elle pour se communiquer aux membres, aux organes. Jésus est le principe, l'origine de toute sa noblesse, de tous ses mérites, de toute sa vie.

En Notre Seigneur Jésus-Christ, la source,de toute grâce créée et de toute activité surnaturelle est l'Esprit-Saint; semblablement, dans l'Église et en chacun de nous, l'Esprit-Saint, l'Esprit dé Jésus, est l'auteur et la source de toute grâce et de toute activité surnaturelle.

Nous ne faisons qu'un avec Jésus. Il est la tête, l'Eglise le corps, et nous les membres; les membres ne sont pas tout le corps; mais la tête elle-même n'est pas tout le corps. Le corps ne peut subsister sans la tête; mais la tête n'est tête qu'en fonction du corps ila et Christus. Il en est ainsi du Christ. A leur tour, les membres ne sont membres que dans le corps. Séparés du corps, ils ne sont que des débris ignominieux.

Cette comparaison du corps et de ses membres appartient à l'Apôtre saint Paul 3Notre Seigneur pour nous révéler la même adorable vérité, s'est servi de la comparaison de la vigne 4 : Ego anis, vos palmiles : nous y voyons l'unité de nature, l'unité de vie, l'unité d'opération : unité de nature, car la racine, le cep noueux, les rameaux chargés de feuilles, de fleurs, de fruits, ne sont qu'une même plante, dont, la valeur est toute en sa fécondité; unité de vie : car c'est la même sève, puisée par la racine dans le sol, donnée par le cep aux rameaux et qui dans les rameaux se transforme en bourgeons, en boutons, en pampres; unité enfin d'opération, car toute la vigne concourt à produire le raisin.

Ainsi notre vigne mystique plonge sa racine dans la divinité par le Verbe; par l'Humanité Sainte elle en reçoit la sève qui est l'Esprit Saint; elle la distribue aux rameaux selon leurs besoins et selon l'oeuvre qui leur est confiée, de produire ici une pousse, là une feuille, et là encore de former le fruit.

Cette sève de la vigne, nous l'appelons le sang du corps mystique; sève ou sang, artisan fécond de la vie du corps qu'il baigne par les canaux intérieurs des artères, des vaisseaux, des veines; qu'il nourrit, construit, répare, se transformant en os, en nerfs, en muscles, en chair...

Cette sève de la vigne, cet Esprit de Jésus, on l'appelle aussi l'âme de l'Eglise; car c'est en elle le principe de la vie, de l'action, de l'unité, qui la défend contre les atteintes de la corruption, de la destruction, de la mort.

Nous n'avons pas hésité à reproduire ces notions connues, sans craindre de fatiguer nos lecteurs; car jamais la réédition de ces pensées n'en épuise la profondeur et la saveur. On les goûte toujours comme pour la première fois, à moins qu'on ne les ait pas encore goûtées une première fois. Et sur elles repose tout l'édifice de notre imitation du Christ.

De même que spontanément, instinctivement, naturellement nos membres, notre main, par exemple, accordent à la tête à l'intelligence, à la volonté dont la tête est le siège et le visage l'expression, le respect, la soumission, la docilité, le concours, et au besoin le secours; de même, mais par délibération, par volonté et par grâce, nous devons accorder à Jésus notre Chef, notre amour et notre respect, notre soumission et notre docilité, notre entière obéissance et notre dévouement; nous devons lui rester unis, puisque le membre séparé du tronc n'est plus qu'un déchet putride; lui rester dociles, puisqu'un membre insoumis au chef est à celui-ci une honte et une infirmité; lui rester confiants, puisque le Chef prévoit et travaille pour le membre. Ce programme est simple; il nous sera facile et doux d'en méditer les points principaux : la soumission qui répond à la prééminence; la conformité qui répond à l'action; la dépen­ dance qui répond à l'influence et à la direction.

II

1. Notre main, notre pied entrent-ils en contestation avec la tête?... Le pied dit-il : où me conduis-tu? La main : à quoi m'emploies-tu?... Non. Chaque membre a confiance dans la tête, et se laisse appliquer à son opération particulière, le pied à marcher, à soutenir le poids du corps; la main à travailler, l'oeil à voir, l'oreille à entendre; selon qu'elle l'a jugé opportun. Aucun membre, aucun organe, n'a de prétention à une opération qui n'est pas sienne; ils ne se jalousent pas entre eux.

Ainsi doit-il, ainsi devrait-il en être de chacun de nous : avoir confiance en notre divin Chef; nous laisser appliquer par Lui à l'ceuvre qu'il a déterminée dans sa sagesse et son amour et qu'il nous indique par nos devoirs d'état et notre condition particulière; convaincus d'une part qu'il n'a point d'intérêts opposés aux nôtres et d'autre part que notre emploi providentiel est pour nous le meilleur, le seul conforme à nos capacités et à notre destinée totale...

Cette soumission absolue repose sur une raison profonde. N'oublions pas que c'est comme membres du corps mystique, et dans ce corps, c'est-à-dire dans le Christ, que nous avons été aimés de Dieu, élus et choisis, justifiés, sanctifiés et en espoir glorifiés 5; que tout nous vient de là, de Lui et par Lui; que la vie n'est pas ailleurs, ni le contentement,ni la joie; et qu'à nous refuser à cette soumission, à retirer notre con­ fiance à notre Chef, à lui dénier notre foi, nous nous séparons de lui, nous sommes exposés à être retranchés comme le sarment stérile, sans autre avenir que de sécher et d'être jetés au feu 6 ...

2. Aussi notre soumission s'exprimera-t-elle par la conformité. Tout l'effort de notre vie sera de nous conformer à notre divin Chef.

L'ambition d'un rameau de vigne qui prendait conscience de son état et de son devoir, ne serait-elle pas d'être pleinement docile à l'impulsion du cep que lui transmet la sève, et parfaitement digne de sa race! L'honneur du disciple est d'être semblable a son Seigneur 7 .

Notre conformité peut avoir deux degrés.

Selon le premier, elle est extérieure; elle soumet notre activité à la loi du maître; elle ne lui livre pas le fond de notre être; nous nous réservons; notre docilité ressemble plus à l'obéissance du serviteur qu'au service spontané de l'ami. Plût à Dieu que tous les chrétiens en fussent là! Mais ce n'est pas la voie royale de l'amour.

Le second degré est d'une conformité intérieure.

Chacun sait qu'à vivre longuement l'un près de l'autre, deux époux, deux amis, deux soeurs en arrivent à une certaine ressemblance d'allures, de façons, qui se retrouve dans leur vêtir, leur parler, leur physionomie; mais cette conformité peut aller plus loin; ces deux soeurs ne porteront pas simplement des robes pareilles, ces deux amis n'auront pas seulement les mêmes mots dans la bouche; ils finissent par penser, sentir, juger de même; ils se transforment l'un en l'autre par un travail intérieur.

Or voilà le travail de conformité qu'accomplit l'Esprit de Jésus dans le chrétien docile non pas en un jour, puisque c'est l'oeuvre de la vie! Ce croyant ne porte pas simplement l'empreinte du Christ, comme un morceau de cire l'empreinte d'un cachet; ni sa ressemblance, comme un lis de papier celle du lis naturel; mais il devient un « autre Christ » par la conformité de sa vie, de ses moeurs, de ses sentiments avec ceux de son Chef : Hoc enim senlile in vobis quod el in Christo Jesu : ayez en vous les mêmes senti­ ments que le Seigneur : c'est le conseil de l'Apôtre 8 .

Le mot senlile, sentez, éprouvez les mêmes sentiments, est divinement choisi. Car c'est par nos sentiments que nous agissons. Si l'idée est la lumière qui nous guide, elle ne devient le mobile qui nous pousse à agir que quand elle s'est transformée en nous en sentiment, en mouvement de passion; alors elle nous émeut, nous anime, nous entraîne. Savoir que Dieu nous aime et que Jésus est mort pour nous,tant que cette connaissance reste spéculative, intellectuelle, affaire de tête et de raisonnement, elle ne nous porte pas à obéir, à souffrir, à nous gêner, à nous mortifier.

Mais qu'elle passe dans notre coeur; qu'elle y éveille la gratitude, l'amour, le désir de reconnaissance, la compassion, la douleur du péché; qu'elle devienne passion et sentiment; alors elle pourra, selon son énergie, sa véhémence, nous soulever jusqu'à l'héroïsme, jusqu'à la sainteté,

Tout l'art oratoire consiste à provoquer cette trans­ position d'une conviction du plan intellectuel au plan émotif.

3. Avoir en soi les sentiments de Notre-Seigneur, tel est le moyen de se rendre conforme à Lui. Mais qui mettra ces sentiments en nous? La méditation de l'enseignement de l'Eglise, la contemplation de l'image que cet enseignement forme en nous, en tant qu'effort personnel; et surtout l'action du Saint- Esprit, auteur des sentiments de Jésus et leur règle; à leur tour, ces sentiments conformeront nos dispo­ sitions à celles de notre divin modèle et nos oeuvres à ses oeuvres.

Cherchons donc dans l'Evangile, et dans notre coeur où l'Esprit nous est donné comme maître intérieur, quelles étaient et quelles sont les dispositions de Jésus à l'égard de son Père, du prochain, de soi-même; sous ces trois chefs se groupant tous nos devoirs.

A. Voyons Jésus en face de son Père, abîmé dans la connaissance de ses souveraines grandeurs, dans la connaissance de sa propre condition d'hostie de louange, de victime réparatrice; admirons cet esprit d'amour, d'adoration, de religion, d'anéantissement de soi-même, d'abandon filial, d'obéissance, de gratitude, de zèle, de réparation. Pénétrons la vérité, la sincérité de son attitude et de ses paroles; et par contraste le mensonge des nôtres; avouons que nous sommes loin de l'adoration dans l'esprit et la vérité; cherchons donc enfin la gloire du Père; mettons-nous tout de bon à l'accomplissement de l'oeuvre qu'il nous a commise, nourrissons-nous aussi de sa volonté, etc...

Ne nous laissons point pourtant décourager par notre misère foncière : souvenons-nous que les sentiments de Jésus sont ceux de notre Chef, donc ceux , du corps mystique, les sentiments réels et profonds des membres; les nôtres, qui seraient nôtres, en effet si nous étions pleinement ce que nous sommes Assumons-les donc en désir de générosité et de conformité, renonçant à nos dispositions imparfaites et mauvaises, leur substituant les dispositions excellentes de Celui par qui nous vivons. Car tout est nôtre 9!...

•  A l'égard du prochain, voyant dans notre Chef une charité toute pénétrée de respect à cause de l'élection gratuite, de la bienveillance, de l'amour du Père pour sa créature incorporée au Fils de sa dilec­ tion; voyant le zèle de son salut et de sa sanctification, une indulgence sans bornes, une miséricordieuse excuse et expiation des offenses..., nous renoncerons à nos défiances, à nos rigueurs, rancunes et jalousies, pour nous revêtir comme élus de Dieu, saints et bien-aimés, d'entrailles de miséricorde, de bonté, d humilité, de douceur, de patience, (nous) supportant les uns les autres, et (nous) pardonnant réciproquement, si l'un a sujet de se plaindre de l'autre, comme le Seigneur 10 ...

•  A l'égard de nous-mêmes enfin, devant les anéantissements du Verbe éternel 11 , nous apprendrons à rougir et à nous défaire de notre orgueil insensé, de notre égoïsme meurtrier, de notre cupidité insatiable. Le renoncement, la mortification, le don joyeux et libéral de nous-mêmes ne nous coûteront plus au moins de désir accomplis per Chris­lum el cum Christo el in Ipso.

La raison profonde de cette conformité qui accomplira en nous et sur nous le dessein électif du Père : car ceux qu'il a connus d'avance, il les a aussi prédestinés à être conformes à l'image de son Fils 12 , c'est qu'en réalité Jésus a daigné être notre modèle en toute chose.

Pourquoi a-t-il voulu naître d'une femme, recevoir comme un enfant incapable de pourvoir pour soi-même les soins d'une mère, subsister du travail d'un père ouvrier, passer trente années dans l'obscurité d'un ménage pauvre, occupé tout humblement des soins et des soucis qui sont le partage commun de l'humanité!... Sinon pour nous montrer à nous qui n'avons pas autre chose à faire durant notre exis­tence terrestre, que ces occupations peuvent être pleines de Dieu, pour nous comme elles le furent pour Lui.

S'il n'avait paru en ce monde qu'à l'âge d'homme, pour enseigner, faire des miracles et nous racheter, puis remonter au ciel, cette vie aurait été pour nous, sans aucun doute, pleines de mérites et de leçons; mais elle ne nous aurait pas montré par la pratique, que manger, boire, dormir, aller et venir, se reposer, vivre dans l'intimité de la famille, peiner sur une table à écrire, un métier, un comptoir ou un établi, méri­taient de glorifier Dieu et de nous béatifier.

Aussi a-t-il voulu s'astreindre à cette suite fasti­ dieuse des jours tous pareils et remplis d'actions ordinaires et réputées basses, pour que nous, ses membres charges de reproduire et perpétuer ses états et ses mystères, les accomplissant à notre tour, nous puissions dire avec vérité et joie : mon divin Chef les a faites comme moi, pour moi : il les fait avec moi! Que par sa grâce, je les accomplisse en achèvement des siennes, dans ma chair, pour son corps qui est l'Eglise.

Soit donc que vous mangiez, que vous buviez, que vous fassiez d œuvre ou de parole chose quelconque, nous dit l'Apôtre, agissez au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, rendant grâce par Lui à Dieu, notre Père 13 .

Toutes nos actions; et plus encore toutes nos souffrances, car il semble que nos souffrances sont plus purement émanées de la volonté sanctificatrice du Père; sont ainsi l'achèvement, la reproduction, le complément des actions et des souffrances de Notre-Seigneur, qui les a, pour nous, en sa qualité de Chef, remplies de grâces, d'efficacité et de mérites...

Et entre toutes, notre naissance et notre mort, où notre activité volontaire n'a point de part, et qui seraient dès lors dénuées de grâce et de valeur méritoire, ont été sanctifiées et divinisées par la naissance et par la mort de Jésus qui furent pleinement choi­ sies et volontaires.

Nous pourrions semblablement développer com­ ment les rapports de Jésus avec son Père et avec le prochain informent et déifient les nôtres, mais il suffit. Dépouillons-nous de nos dispositions imparfaites, revêtons celles de Jésus; nous participerons ainsi autant qu'il nous sera donné d'en-Haut, aux états et aux mystères, — aux dispositions et aux oeuvres, du Fils de Dieu devenu notre Chef, le Fils de l' Homme.

4. Nous nous sommes longuement étendu sur ce deuxième devoir de conformité parce qu'il embrasse tous les détails pratiques de notre vie. N'oublions pas le devoir de dépendance qui est à la fois conséquence et moyen de la soumission et de la conformité.

Notre dépendance dérive de notre absolue indigente surnaturelle. Nous ne pouvons rien faire sans la grâce, c'est-à-dire, sans l'influence du Chef ou du cep; non plus que sans l'influx de la sève ou du sang, ni le membre ne peut agir, ni le rameau rien produire.

Le don de la grâce sanctifiante nous a constitués membres du corps mystique, rameaux de la vraie vigne; et il n'est pas question ici, ni de notre nécessité de demeurer unis au tronc pour participer à sa vie, par le renoncement absolu à tout péché mortel , ni de notre obligation non moins grande de demeurer largement ouverts à son influence intime, par le renoncement à toute résistance consciente, à toute indocilité volontaire qu'est le péché véniel.

Etre membres vivants, unis, dociles, ne suffit pas encore pour produire des œuvres utiles; sans une actuelle motion du Chef, nous resterions inertes et stériles. Autrement dit, sans le concours de la grâce actuelle qui nous attire, prévient, assiste, soutient, accompagne et suit, nous ne pouvons rien produire dans l'ordre du salut, pas une bonne pensée, pas une invocation efficace du nom de Jésus 14 . Rien : omnia opera nosira operalus es nobis 15 : toutes nos oeuvres, vous les avez faites avec nous et en nous.

Or si notre indigence est grande, d'autre part la bonté prévenante, la miséricordieuse largesse de Dieu la déborde : nul n'a de haine pour sa propre chair, mais il la nourrit et l'entoure de soins 16 ... Or nous sommes membres de son corps, et sa chair et ses os. Aussi sommes-nous enveloppés, baignés, sollicités par la grâce, c'est-à-dire par l'Esprit vivant de Jésus qui ne désire rien tant que nous envahir, nous régénérer, nous vivifier et nous faire porter des fruits, puisque nos fruits glorifient le Père". Il le veut bien plus que nous, hélas! ne le voulons et ne nous y prêtons nous-mêmes!...

Il semble inutile d'insister davantage sur ce point, qui fait l'objet de fréquents rappels dans l'instruction ordinaire des fidèles, il suffit de l'avoir rattaché à la doctrine du Christ-Chef.

III

Résumons une fois encore cette doctrine dans ses conséquences quotidiennes.

Toute notre vie, et chacune des journées de cette vie, et chacune des actions dont nos journées sont pleines, a pour programme la louange du Père in Christo Asa: par Lui, avec Lui, et en Lui, nous rem­plissons ce programme en faisant vivre et en laissant vivre Jésus en nous, afin que s'achève ce qui manque dans notre chair à la plénitude de son corps qui est l'Église.

Quel horizon! Comme nous sortons de notre particularisme, de l'étroitesse personnelle de notre piété. Qu'importent désormais mes petits intérêts, mes petits chagrins, mes petites déceptions, mes inquiétudes et mes sécheresses; car tout m'est petit au regard de ma plénière destinée! Quelle que soit ma lassitude, j'ai toujours cette raison d'aller : Ma vie, c'est celle de l'Eglise, c'est celle de Jésus, à la louange de la gloire du Père : Mihi, vivere Christus est 17 !

Et si mes peines, mes labeurs, mes souffrances, comptent dans l'achèvement de cette gloire, ha! je les accepte, je les bénis, je les choisis!

Et voici mon plan de vie :

1-D'abord, j'adhère à la volonté de mon Chef sur moi, je m'offre, je me livre, je renonce à moi-même; je choisis comme ma vraie volonté la volonté de mon Roi; je deviens le docile instrument de son Saint-Esprit, qui conduit ma vie et chaque action de ma vie par le commandement et par l'événement, par l'im­ pulsion de sa grâce et par la spontanéité de ses dons; n'ayant d'autre crainte que de m'opposer, par timide sagesse, aux désirs et aux desseins de l'Esprit. Or Marie, mère de Jésus, coopératrice du Saint-Esprit, à qui pour cette fin je me confie, me délivre même de cette crainte.

2-Ensuite, je m'unis aux dispositions intérieures de Jésus, me le proposant pour modèle, adhérant à ses sentiments, les avouant pour miens; suppléant par cette substitution aux indigences et imperfections des miens, complétant et compensant par leurs infinies richesses, la pauvreté de mes désirs et de mes actions. Et me souvenant que tous les biens de mon Chef sont les biens de son cdrps et les miens, j'offre dans la même pensée au Père tous les mérites, toutes les dispositions et actions de la Très Sainte Vierge Marie, des Anges, des Saints, des Justes, de l'Église toute entière... Quelle valeur, quelle plénitude acquiert ma vie; et en même temps, quelle plénitude je confère à la vie de l'Église que je renouvelle en quelque sorte en chaque battement de mon coeur-

3-Tout cet effort, enfin, je le fournis par un grand, par un immense amour. Le contraire serait-il possible? Puis-je vivre au coeur même de l'Eglise, qui est le Coeur de Jésus, dans les dispositions et sentiments de ce divin Coeur, qui sont formés par son Saint- Esprit, l'Esprit d'amour, sans m'embraser et me sentir embrasé de ce grand feu : Fornax ardens carilalis18

Amour affectif d'adoration, de louange, de gratitude, de tendresse, de réparation : je brûle d'amour pour Jésus et en Jésus, centre de la Divinité dans son amour pour les hommes, centre de l'Église, centre du monde; pour sa gloire et pour ses intérêts; pour l'honneur de son Nom; pour toutes les âmes qu'il a rachetées; pour l'Église hiérarchique et militante; pour l'Église glorieuse des anges et des saints; pour sa mère Marie; pour la Trinité adorable dont il nous a révélé le dessein d'amour.

Amour effectif de service loyal; de service par amour qui hélas! n'exclut pas ma faiblesse et les reprises que d'avance je désavoue; qui n'exclut pas non plus l'ardent espoir de la récompense, puisque la récompense c'est Jésus! mais qui ne fait point de sa récompense, et moins encore d'aucun succès temporel de quelque ordre qu'il soit, et même spirituel, son mobile premier et sa raison de servir; prêt à servir au contraire dans l'humiliation et dans l'insuccès jusqu'à la mort, jusqu'au sacrifice, jusqu'au témoignage du sang : maiorem carilalem nemo habell : 19 Vie pour vie...

Tel est l'aboutissement logique de la doctrine fran­ ciscaine de la capitation du Christ : Jésus tout en tous en Dieu, à la louange de la gloire du Père. Et nous ne prétendons pas que cet aboutissement ne soit pas simplement celui du Christianisme. Nous sommes mêmes profondément, infiniment, heureux qu'il ne soit que cela, et que tous les chrétiens, sans distinction d'écoles ou de méthodes, y parviennent comme nous. Nous ne cherchons d'autre joie, d'autre honneur que celui de Jésus : Absil mihi gloriari nisi in cruce Domini tnei Jesu Christi per quem mihi mun­ dus crucifixus est et ego mundo 20 ! Mais précisément cette joie et cet honneur sont d'autant plus purs que nous aboutissons au point d'où nous sommes partis, sans avoir eu à laisser tomber ou renier en cours de route aucune prémisse, aucun principe, à superposer aucun fondement au nôtre qui fut d'abord celui qu'a posé Dieu même et dont il n'est point permis de se passer 21 : le Christ-Jésus; ni à rejeter aucune science, puisque jamais nous n'avons estimé que nous dussions savoir autre chose que Jésus-Christ et Jésus- Christ crucifié 22 .

•  A l'Agneau qui a été immolé, et par lui à Celui qui est assis sur le trône, soit donc dans l'Esprit, louange, honneur, gloire et puissance au siècle des siècles. Ame

Lire les références

1--1. Ephes., 1, 23.
2. Eph., 1. 10; Col., 1, 24.
3-- I Cor., 12, 12; Rom., 12, 4.
4- Jean., 15.
5-  Rom., 8, 29.
6-  Joan., 15, 6.
7- Lue, 6, 40.

8-. Philip., 2, 5.
9-. I. Cor., 3, 23.
10-  Colos., 3, 12,13.
11-  Philip., 2, 7.
12. Rom., 8, 30.
13. Colos., 3, 7.
14- I Cor., 12, 3.
15- (Isaïe, 26, 12); Philip., 2, 13.

16- Eph., 6, 27
17-  Joan., 15, 8.
18- Philip., 1, 21.
19. Joan., 15, 13
20- . Galat., 6, 14.
21- I Cor., 3, 11.
22-  I Cor., 2, 2.
23-Apoc., 5, 13.

L’ordre des pages sont placées l’une derrière l'autre ;
tel que dans le livre et non pas en ordre alphabétique suivre les chiffres.
1
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