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Si nous avions des sens plus affinés!
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Je ne crois que ce que je vois, ou ce dont je peux faire l'expérience avec mes cinq sens! dit-on souvent.
Nos cinq sens! Comme nous en sommes fiers! Pourtant, comme ces sens humains sont faibles et limités!
Un jour, par un beau soleil de midi, je me trouvais dans les champs. Un aigle traçait ses cercles dans l'air, très haut au-dessus de moi. Tout d'un coup repliant ses ailes, il s'abat comme la foudre non loin de moi. La minute d'après, il s'envole avec une souris dans le bec.
La scène s'était déroulée sous mes yeux. La souris devait se cacher à 'quelques pas de moi, mais je ne l'avais pas vue, l'aigle lui la voyait de là-haut! Et c'est moi qui ne veux croire que ce que je vois ?
Les fourmis voient les rayons ultra-violets que l'oeil humain est incapable de percevoir. Certains papillons volent pendant des heures d'une rive à l'autre d'un lac, et leur vol n'est dirigé que par le parfum des fleurs qui y poussent. Quel odorat en comparaison du nôtre! Et l'odorat du chien de chasse, donc!
Je ne crois que ce que je peux voir!
Une petite bête à bon Dieu se heurte au pied d'une colline.
Ce n'est pas vrai qu'il y a une colline ici! s'écrie-t-elle. Non, non, c'est faux! Je ne la vois pas!
Elle ne la voit pas, c'est vrai. Une masse rocheuse si énorme se dresse devant elle que ses pauvres petits yeux de coccinelle sont incapables d'en atteindre la cime. Mais la colline n'en existe pas moins!
N'est-ce pas ainsi que nous devons penser à Dieu et aux mystères inconcevables de notre foi ? Ne sommes- nous pas obligés d'avouer qu'en face de ces grandes vérités mon esprit et mes sens si bornés ne sont que des coccinelles ou des hiboux clignotant au soleil de midi ?
Nous vivons dans le monde tout comme ce fils du roi de la légende, qu'un charme avait cloué à son trône. Il regardait de tous côtés dans les magnifiques salles de son palais, réduit à entrevoir ou soupçonner seule ment tous les trésors qu'il possédait, car il ne pouvait se lever pour les regarder de près. Un sourd pourrait dire :
Que parlez-vous du son ? Le son n'existe pas! Et l'aveugle :
Les couleurs ? Ah! la bonne farce!
Toi, tu sais que le son et les couleurs existent. Il existe même une richesse infinie de sons, et une splendeur incomparable de couleurs. Pourtant, notre oreille est un organe aux perceptions très limitées. Elle n'entend au plus que II octaves de sons : la physique nous affirme cependant qu'il y a des sons par milliers d'octaves!
40.000 vibrations de l'air par seconde produisent le son que nous entendons. Mais si l'air accomplit 80.000 vibrations par seconde, qu'est-ce qui en résulte ? Ici; notre oreille fait défaut, et nous manquons du sens propre à le percevoir. Sur des milliers d'octaves, nous en entendons onze !
Si l'éther a III billions à 365 billions de vibrations à la seconde, notre épiderme le sent sous la forme de chaleur, et s'il passe de 365 billions à 758 billions de vibrations, nos yeux les perçoivent sous forme de couleurs. 395 billions de ces vibrations produisent le rouge, 758 billions le violet. Entre les deux se trouvent les chiffres de vibrations propres à produire toutes les nuances de l'arc-en-ciel.
Mais qu'y a-t-il en deçà de la vibration de 395 billions, et au-delà de la vibration de 758 billions ? Rien ? Impossible ! Il existe certainement des vibrations d'éther de 38o billions et de goo billions, mais celles-là ne sont pas pour nos yeux. Nous sommes incapables d'imaginer même combien le monde nous apparaîtrait plus coloré, si nos sens étaient assez affinés pour les percevoir !
Avec nos sens actuels, nous ne percevons qu'une partie minuscule du monde existant, nous sommes aveugles et sourds pour une partie infiniment plus grande.
Nous sommes aveugles en ce qui concerne les bacilles, par exemple. Fais-en l'expérience en demandant au père Bonnard :
Dites donc, père Bonnard, que voyez-vous dans l'air de cette chambre ?
Dans l'air ? Vous rêvez, mon jeune monsieur. Dans l'air, il n'y a rien du tout !
Rien ? Savez-vous, père Bonnard, que des bêtes féroces nagent dans cet air par milliers ? La chambre en est pleine !
Tu verras le visage qu'il fera à cette affirmation. Il sera scandalisé et dira d'une voix pleine de reproches : Vous ne devriez pas vous moquer d'un vieillard, mon jeune monsieur !
Pourtant c'est toi qui as raison. L'air est rempli de millions d'êtres vivants, et si Dieu nous avait créés avec des yeux de microscope, nous les verrions très bien. (Une idée baroque, j'en conviens). Imagine-toi un peu ce que nous verrions dans cette chambre!...
N'est-ce pas que tu comprends maintenant toute la stupidité de cette phrase : Je ne crois que ce que je vois. Si le Créateur ne nous avait pas donné les sens de l'odorat et du goût, jamais nous n'aurions soupçonné qu'il existe des goûts et des parfums!
Un jour, le roi de Siam fit fustiger un voyageur européen qui osa lui assurer que, dans son pays, l'eau devenait solide en hiver au point qu'on pouvait marcher sur les fleuves.
Donnez-lui vingt-cinq coups sur la plante des pieds! Nous croit-il donc assez stupides pour croire des choses pareilles ?
Au Siam, on n'avait jamais vu de glace. Mais est-ce que la glace n'existe pas ?
Si nous avions d'autres sens!
Je te dirai encore autre chose.
Je ne crois que ce que je perçois par mes cinq sens! Eh bien ! est-ce que nous ne pourrions pas avoir dix sens au lieu de cinq ?
Pourquoi pas! Dieu aurait pu nous créer pourvus de dix sens. Et que verrions-nous alors ? Que verrions-nous alors, mes enfants! Quelle richesse, quelle splendeur, quelles merveilles!
Il existe des animaux qui, en plus de nos cinq sens, en possèdent certainement d'autres encore. Nombre d'incidents étonnants nous le prouvent chaque jour.
On ôta la vue à une chauve-souris et on la plaça dans une chambre où des fils étaient tirés d'un mur à l'autre à tort et à travers, avec des petites clochettes attachées dessus. La chauve-souris aveugle vola de-ci, de-là dans la chambre pendant des heures, et ne toucha pas une seule fois à un seul de ces fils ! La chauve-souris aveugle, comprends-le bien ! Comment donc avait-elle pu sentir le chemin qu'elle devait prendre ? Par un sens que nous n'imaginons même pas. Le crois-tu ?
Un autre exemple encore. En Belgique, on s'occupe beaucoup de l'élevage des pigeons voyageurs. Un jour, on emporta quelques-uns de ces pigeons de Bruxelles en Espagne et on les tint en cage pendant cinq ans. (Représente-toi l'énorme distance entre la Belgique et l'Espagne!) Au bout de cinq ans, on leur rendit la liberté, et, en quelques heures, plusieurs pigeons étaient de retour à Bruxelles chez leur ancien maître. Comment avaient-ils pu retrouver le chemin ? Après cinq années, par-dessus montagnes et vallées, à plusieurs centaines de kilomètres ? Ils devaient être conduits par un sens qui nous manque, à nous autres humains.
Un troisième exemple.
On pêcha une tortue dans l'Océan Pacifique. On la marqua d'un fer chaud et on la jeta dans la Manche. Songe un peu comme ces deux endroits sont effroyablement éloignés l'un de l'autre ! Et qu'arriva-t-il ? Trois ans plus tard, on repêcha la même tortue au même endroit de l'Océan Pacifique! Comment y était-elle retournée ? Il lui avait fallu faire un voyage de 4000 lieues dans les profondeurs obscures de l'océan pour regagner son ancienne place. Quel sens avait pu la conduire ? Nous n'en savons rien, nous sommes à bout de science.
Mais ce n'est pas seulement l'expérience quotidienne, mais encore la réflexion théorique qui nous dit que nous pourrions avoir infiniment plus de sens que nous n'en avons; c'est-à-dire qu'il y a des quantités de choses dont l'existence est évidente mais que nous n'avons pas les moyens de percevoir.
Par exemple, nous n'avons pas d'organe sensible aux diverses formes de la chaleur, à ses nuances, à ses changements. La chaleur est causée par des vibrations. La couleur aussi est causée par des vibrations. Avec les couleurs, l'homme a créé un art d'une merveilleuse richesse, car son oeil, l'oeil humain normal, est assez affiné pour apercevoir ses nuances différentes. Il y a des gens dont l'oeil a un défaut : c'est une cécité partielle qui perçoit les degrés de la lumière, mais est incapable de distinguer les couleurs.
Cependant, l'organe sensible à la chaleur est extrêmement et pareillement limité chez nous tous. On pourrait dire que l'homme en général est en partie du moins, « aveugle » à la chaleur; c'est-à-dire que nous n'en sentons que les degrés. Ne riez pas, mes enfants, si mon idée là-dessus vous semble comique : je pense que c'est bien dommage que Dieu ne nous ait pas pourvus d'un organe qui percevrait aussi toutes les nuances de la chaleur : alors, il y aurait non seulement l'art de la peinture, mais encore l'art de la chaleur. Essayez de vous représenter quelles impressions éblouissantes cet art étrange pourrait nous réserver !
Le Créateur nous a encore refusé le sens électrique. Un nombre immense de centres radiophoniques projettent leurs ondes de quelques centaines de mètres à chaque minute, dans toutes les directions, et je n'en sens rien. Ces ondes électriques provenant de toutes les parties du monde m'entourent continuellement sans m'affecter aucunement, car le sens électrique me manque.
Je ne crois que ce que je vois de mes yeux et entends de mes oreilles, dit le père Bonnard.
Eh bien ! voyez-vous, l'air de cette chambre est remplie non seulement de bêtes féroces, comme je vous le disais tout à l'heure, mais encore de musique et de discours. Voici un air d'opéra italien qui vient de Rome, le discours du Premier Ministre d'Angleterre qui arrive de Londres, la musique envoyée de la Tour Eiffel à Paris...
Oui, vous m'en avez parlé tout à l'heure... Et, tout à l'heure, je vous ai répondu que c'était bien vilain de vouloir faire croire des sottises à un vieil homme!
Voilà, mes enfants. Le père Bonnard a tort. Car tout cela existe bien ici en ce moment, et, aussi, Di eu sait combien de musique, de chants, de récits, de poésies en vingt langues différentes. C'est tout un monde immense qui nous reste caché. Il nous reste caché, nous ne le voyons pas, nous ne l'entendons pas, mais est-ce qu'il n'existe pas à cause de cela ? Il existe, très certainement. Tout cela est une vérité actuelle, je n'ai qu'à mettre le casque écouteur de la radio sur ma tête.
Et sans l'écouteur ?
Sans l'écouteur je suis sourd et profondément insensible; je ne distingue même pas si l'électricité est positive ou négative, car Dieu ne m'a pas donné le sens électrique.
Ah! s'Il nous l'avait accordé! soupire quelqu'un de mes lecteurs, enthousiaste. Si Dieu nous avait créés avec des yeux de microscopes et des oreilles électrosensibles! Que de choses nous pourrions voir et entendre autour de nous!
Eh bien! mon fils, console-toi d'être privé de ces organes. J'irai même plus loin : rends grâce à Dieu de ne pas t'avoir donné des sens plus aigus et plus nombreux. Pense donc : le monde serait un parfait asile d'aliénés et la pie humaine deviendrait impossible. Si nous pouvions voir, entendre, sentir, tout ce qui se passe autour de nous... Bah !... Les ondes de toutes les stations radiophoniques se répandant à tort et à travers... les changements magnétiques de la terre... les bacilles tourbillonnant par millions... aïe !... Demande plutôt à un homme sensitif et nerveux combien il souffre déjà en pressentant la pluie, le vent, la chaleur, les variations de la pression atmosphérique!
Et puis, oserais-tu boire l'eau cristalline de la fontaine si tu voyais que des millions de bêtes féroces les bacilles se poursuivent dedans ? Même le flocon de neige immaculé et l'air frais des forêts sont remplis de bactéries par milliards; c'est bien heureux que nous n'en voyons rien.
Crois-tu maintenant, mon fils, que la fière affirmation : Je ne crois que ce que je vois! n'est qu'une phrase creuse ?
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Que de choses nous ne comprenons pas!
Bien au contraire : tout autour de moi, il y a un nombre immense de choses que je ne comprends pas, que je ne perçois pas, mais que je crois quand même.
D'abord, je te donnerai un exemple très commun. Dans la chimie moderne, on compte souvent par milligrammes. Mais as-tu jamais vu la millième partie d'un gramme ? Aucun oeil humain ne saurait apercevoir une particule aussi petite. Alors, le milligramme n'existe pas ? Mais si! Avec la balance analytique, on peut la peser exactement. Il est vrai que ce procédé demande trois quarts d'heure de travail, de calculs et de mesures.
Qu'est-ce que le ? La millième partie d'un millimètre. Comprends-le bien : la millième partie de ce millimètre qui nous semble déjà tellement petit !
L'éther pèse 500 billions de fois moins que l'air. Pour produire la couleur violette, il faut un mouvement inconcevablement rapide de l'éther : 758 billions de vibrations à la seconde! Quel chiffre! Comprends-tu cela ? Non, vraiment. Mais tu le crois. Cela demande même une foi joliment solide!
Imagine-toi ce que cela veut dire : un billion! Si l'on mettait un billion de cheveux l'un à côté de l'autre en largeur, bien entendu en comptant 0,1 millimètre par cheveux, cela ferait une ligne longue de cent mille kilomètres; c'est-à-dire qu'un billion de cheveux suffiraient pour encercler la terre deux fois et demie. Et l'éther vibre 758 billions de fois en une courte seconde! Ne faut-il pas de la foi et une foi à toute épreuve! pour le croire ?
Et sais-tu que, dans un atome de l'uranium, 92 électrons négatifs tournent autour des 92 électrons positifs concentrés dans le noyau de l'atome, un billion de fois à la seconde ? Tu le crois, mais tu ne le comprends pas.
Notre Terre court dans le vide avec une vitesse de 30 kilomètres à la seconde. As-tu quelque idée de cette allure folle ? Aucune assurément. Mais le crois-tu ? Certainement, il faut bien que tu le crois, si tu veux rester un homme moderne. Mais quelle foi cela demande!
Tu peux voir à présent comme Schiller avait raison en écrivant :
Rejette, ô mon âme, les faux systèmes. Retiens la divine, céleste foi !
Ce que tu ne vois, ni n'entends toi-même. C'est pourtant vrai et beau autour de toi !
Plus on étudie, plus on pense, plus d'expérience on amasse en ce monde, plus souvent on répète :
Je ne sais pas, je ne sais pas! Je ne comprends pas!
Il n'y a que les âmes très superficielles pour « tout comprendre » et n'avoir pas de problèmes. Elles fournissent elles-mêmes la preuve qu'elles n'ont pas l'habitude de penser.
Tiens, je vais te poser tout de suite quelques questions auxquelles le plus grand savant du monde ne saurait donner de réponse :
Qui sait, par exemple, ce que c'est que le temps ? Tout le monde pense le savoir, mais où est celui qui pourrait le définir ? Le fleuve du temps coule sans arrêt et nous emporte dans son cours : mais nous ne savons pas ce que c'est que le temps.
Qui sait préciser la longueur d'une seconde ? Une question toute simple, n'est-ce pas ? Pourtant, nul n'y trouve de réponse.
Une second?, c'est le temps qu'un express met pour parcourir un kilomètre, répondras-tu peut-être. Eh bien ! oui, c'est toujours quelque chose. Mais ce n'est pas une détermination sérieuse !
Nous parlons du présent, du passé, de l'avenir. Mais qu'est-ce que le présent ? Pour dire la vérité, le présent n'existe pas. C'est une seconde qu'on ne peut saisir; car dès qu'elle t'appartient, elle est passée; de même qu'avant d'arriver jusqu'à toi, elle faisait partie de l'avenir. Alors, qu'est-ce que le présent ? Le comprends-tu ? Non, c'est impossible. Et pourtant, tu parles du présent. Entre les deux océans nébuleux le passé et l'avenir le présent se balance comme sur le tranchant d'un rasoir, et ce quelque chose sans contenu, impossible à définir, qui glisse entre les mains aussitôt que tu veux le saisir, pour se verser continuellement d'un océan dans l'autre, voilà ce que nous nommons le temps.
Comprends-tu cela ? Non, n'est-ce pas ? Au contraire : plus tu te casses la tête, moins tu le comprends.
Puis, voici le domaine des chiffres. Il est plein de choses que nous ne comprenons pas.
Le plus grand chiffn., que nous puissions écrire avec trois numéros est 999. Je ne fais qu'écrire les deux derniers plus petits : 9 99 (neuf à la quatre-vingt- dix-neuvième puissance), et j'obtiens un chiffre qui se compose de 90 numéros environ. Il signifie un nombre plus grand que celui des grains de sable qui suffiraient à remplir une boule aussi grosse que la terre. Que dis-je ! Imagine-toi que la course entière de la Terre dans l'univers est une boule immense; remplis-la de grains de sable; cette boule gigantesque n'en contiendra toujours pas autant que ce que 999 signifie.
Et si je l'écris ainsi : 0/9 9 , c'est-à-dire que j'élève 9 à neuf fois a = sur la neuvième puissance, le chiffre fait explosion et l'esprit humain s'arrête. Sais-tu ce que ce chiffre 9/9 9 , si inoffensif en apparence, signifie en détail ? Exprimé en chiffres communs, il compterait 369.693.100 numéros. Le premier numéro de ce montant inconcevable serait 4, le dernier 9. Si sous élevons 9 à la neuvième puissance, cela veut dire q u'il faut multiplier 9 neuf fois par lui-même. Le nombre total obtenu ainsi est 387.429.489. Il devrait être multiplié neuf fois encore par lui-même, ou plutôt les résultats des multiplications devraient être multipliés par lui. Il en sortirait un chiffre long de 919 lieues, et si on voulait l'écrire, il faudrait plus de 28 années, en supposant 10 heures de travail par jour.
Que nous comprenons donc peu de ce domaine immense des chiffres! L'homme va toujours de l'avant et il aspire toujours à plus de savoir. Ce serait très bien, si cela ne le rendait pas présomptueux. Car si nous comparons le peu que nous savons avec la quantité innombrable des choses que nous pourrions apprendre et qui seraient dignes d'être apprises, il nous faut donner raison à la parole de Socrate : « L'homme sage est celui qui avoue qu'il ne sait rien ».
On dit que les études profondes rendent incroyant, et qu'un savant ne peut pas être religieux:
Ah! mais c'est tout le contraire ! Seules, tes études continues nous permettent de vérifier les paroles du savant belge Van Benedem :
« Plus nos connaissances de la nature sont profondes, plus la conviction s'approfondit en nous que les mystères de la nature et de la vie humaine ne peuvent être éclairés que par la foi en la sagesse et la toute-puissance d'un Créateur divin, qui fit le ciel et la terre d'après un plan éternel établi d'avance. Élevons des monuments à ceux de nos confrères qui se distinguèrent par leur, génie; mais n'oublions pas ce que nous devons à Celui qui cache des miracles dans le grain de poussière et dans la goutte d'eau ».
Plus nous él,udions, plus clairement nous voyons combien il nous faut croire. Un poète allemand a écrit spirituellement :
« Étudie sans trêve, va, étudie,
Ta science n'ira pas bien loin, crois-moi
Le dernier mot de la philosophie,
C'est de comprendre qu'il nous faut la fol. (GEIBEL).
La parole suivante du grand philosophe Bacon exprime à peu près la même pensée :
« Leviores gustus in scientia movent fortassis ad atheismum, sed pleniores haustus ad religioner n reducunt » (De augm. scient., I, 5.)
(Celui qui ne fait que goûter à la science peut devenir athée, mais le savoir plus complet ramène à la religion).
En vérité, toute la nature autour de nous est remplie de secrets et de mystères. Et si notre esprit borné ne suffit même pas à pénétrer les secrets de la nature, pouvons-nous nous étonner qu'il trouve en Dieu des qualités qu'il est incapable de comprendre ?
Tu ne conçois pas, peut-être, comment Jésus, ton Seigneur tout-puissant et présent partout, peut se cacher dans l'Eucharistie, cette humble petite hostie blanche et sans mouvement.
Tu ne le comprends pas. Non.
Mais je te rappellerai une chose beaucoup plus simple que tu ne comprends pas davantage. Compare un peu deux ufs dont l'un a été couvé pendant trois semaines par la poule et l'autre a passé ces trois semaines dans la cave fraîche. Y a-t-il une différence entre les deux ?
Aucune, en apparence. La couleur, la forme, les dimensions en sont les mêmes. Mais tu as beau ne pas le voir, tu sais qu'il y a une différence énorme entre ces ufs : l'un est une chose inanimée et l'autre cache un être vivant qui a un coeur, des yeux, des oreilles, de la force vitale, etc.
De même, nous ne voyons aucune différence entre la simple hostie et l'Eucharistie, mais sur la parole infaillible de Notre-Seigneur, nous croyons que le Christ vivant et vivifiant se cache sous cette apparence inerte.
Je vais même plus loin. A mon avis, c'est bien heureux que Dieu ait tant de secrets pour nous. Car un Dieu que le faible esprit humain pourrait pénétrer complètement ne serait qu'un homme et non un être parfait au-dessus de nous. Si notre religion a des dogmes dont l'essence est un mystère pour l'esprit humain, cela ne témoigne pas contre la religion, mais au contraire en faveur de son origine divine.
En dernier compte, Dieu reste toujours un mystère pour l'esprit humain.
L'homme lui-même est un mystère pour son prochain. Combien de temps faut-il pour qu'un homme connaisse un autre à fond ? Et même lorsqu'il pense être arrivé tout près de son âme, combien de replis lui en restent encore cachés! Comment n'y aurait-il pas de secrets en Dieu, cet Être infiniment plus élevé que moi ? Serait-il encore Dieu, celui que notre misérable petit esprit pourrait connaître de fond en comble ? Non, ce serait une idole seulement.
Ne te laisse donc pas troubler par les mystères de notre religion. Toute notre vie n'est-elle pas entourée de mystères ? Mystère, l'immensité du ciel étoilé au-dessus de ma tête; mystère, l'infinie petitesse de la vie invisible foisonnant autour de moi. L'homme est placé entre ces deux domaines pleins de mystères.
Je ne peux comprendre Dieu! dis-tu plaintivement.
Ne penses-tu pas que vouloir comprendre Dieu serait une tentative plutôt niaise ? Pour connaître Dieu entièrement et le comprendre parfaitement, il faudrait que tu fusses plus grand que lui, car celui qui connaît quelque chose est toujours plus grand que l'objet connu.
Le soleil nous envoie ses rayons célestes, mais, à côté de la lumière, il y a toujours l'ombre. Dieu est si grand que sa grandeur écrase notre esprit minuscule. Il ne nous reste que l'humble hommage de la prière :
O Dieu inaccessible au plus savant, Et que l'âme ardente seule pressent, Ton être rayonne et nos pauvres yeux
Ne sont pas faits pour supporter ce feu.
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Oratoire et laboratoire.
Oratoire : ce mot signifie une petite chapelle paisible où l'âme humaine se plonge dans l'adoration de Dieu. Le laboratoire, par contre, est un cabinet de travail expérimental où l'esprit humain s'efforce de découvrir les lois de la nature.
Peut-on mettre les deux d'accord ? Existe-t-il quelque corridor qui relie le laboratoire du savant à l'oratoire de l'âme croyante ? Jusqu'ici, nous avons prouvé d'une manière purement théorique que la foi et la science ne s'excluaient pas réciproquement; que je peux avoir une érudition toute moderne sans être obligé de céder une seule ligne de ma foi catholique.
Au lieu d'apporter de nouveaux arguments, je crois qu'il sera utile d'en appeler à des exemples historiques, à des savants de réputation mondiale. A des hommes qui, bien que représentant la plus sublime floraison du génie humain, vivent d'une vie chrétienne et réfutent ainsi l'affirmation légère que « l'homme moderne et instruit ne peut être religieux ». C'est à regret que je me borne à ne citer que les plus grands, faute de place. Mais si la question t'intéresse, mon fils, tu trouveras des livres entiers sur ce sujet. |
Astronomes.
Sur la liste des astronomes illustres, non seulement pour leur savoir mais encore pour leur ferveur religieuse, tu trouveras les noms suivants :
Copernic, chanoine de Frauenburg (1473-1543), fondateur de notre système mondial héliocentrique.
Keppler (1571-1630), un des plus grands astronomes de tous les temps. Dans son livre : Mysterium cosmographicum, le Psaume « Coeli enarrant gloriam Dei » tient lieu de préface. Lorsqu'il découvrit sa troisième loi et que l'harmonie sublime de l'univers s'ouvrit devant lui, il chanta la sagesse divine en ces termes :
Que notre Dieu est grand! Que sa puissance et sa sagesse sont infinies! Glorifiez-le en votre langue, ô ciel et terre, ô soleil, lune et vous, les étoiles... Que mon âme aussi chante la louange du Seigneur, du Créateur, jusqu'à mon dernier souffle ! A lui l'hommage et la gloire, de toute éternité. Amen ».
Une autre de ses études se termine par ces mots :
Avant de quitter la table près de laquelle je fais mes recherches, il ne me reste qu'à élever mes yeux et mes mains vers le ciel et à envoyer ma prière humble et fervente à l'auteur de toute lumière ».
Son livre intitulé : De l'harmonie des mondes porte la prière suivante à la dernière page :
Seigneur, ô mon Créateur! Je te rends grâce de m'avoir accordé tant de plaisir en tes créatures et tant de jouissance exquise en l'oeuvre de tes mains. Autant que mon esprit périssable a pu saisir ton infinité, j'ai révélé aux hommes la sublimité de ta création. Si j'ai dit quelque chose qui serait indigne de toi ou qui diminuerait le respect que nous te devons, daigne me pardonner ».
Newton (1643-1727) ôtait son chapeau avec respect chaque fois qu'il lisait le nom de Dieu. A la fin de sa grande oeuvre intitulée : Les thèses mathématiques fondamentales de la philosophie naturelle, il écrit : « L'ordre merveilleux du soleil, des planètes et des comètes ne peut avoir d'autre origine que les plans et la direction d'un Être Tout-Puissant au savoir absolu. Et si chaque étoile fixe est le centre d'un système pareil au nôtre, l'univers entier, qui est évidemment aménagé. selon des plans uniformes, est le domaine du même Souverain. Il s'ensuit que Dieu est un Dieu vivant, sage et tout-puissant; en vérité, un être infiniment parfait, au-dessus de toute création ».
Ailleurs, il écrit avec une modestie frappante :
« Je ne sais pas quelle opinion le monde a de moi : moi-même, je me parais un enfant qui joue sur le rivage et ramasse des coquillages plus ou moins brillants de-ci et de-là, mais l'immense océan de la vérité lui reste caché ».
Il répète encore la même idée en ces termes :
« Ce que nous savons est une goutte d'eau comparée à l'océan de ce que nous ne savons pas ».
Ce grand astronome a bien mérité la magnifique épitaphe gravée sur sa tombe :
« Ci-gît Isaac Newton... le chercheur assidu, génial et fidèle de la nature, de l'histoire et de l'Écriture. Il prouva la grandeur sublime de Dieu par sa sagesse, et exprima la simplicité de l'Évangile par sa vie »
Leverrier , (t 1874) le fameux astronome allemand, opine ainsi :
« Un naturaliste sérieux ne peut pas renier Dieu, car celui qui plonge le regard aussi profondément dans l'atelier du Créateur et a l'occasion d'admirer sa sagesse éternelle, est obligé de plier humblement le genou devant le gouvernement de l'Esprit Souverain ».
Leverrier (181I- 1877), qui démontra l'existence de la planète Neptune par ses calculs géniaux, bien avant que les astronomes l'eussent découverte, était un catholique fervent. Vers la fin de sa vie, il fit mettre un crucifix dans son observatoire et reposait sur lui ses regards fatigués par les recherches sidérales.
Herschel (1738-1822) avait une foi ardente et Secchi (1818-1878) était un religieux. |
Physiciens.
Parmi les physiciens, je cite Boyl (1626-1691), le fameux savant du xviie siècle, qui écrit :
( Comparés à l'Écriture Sainte, tous les livres humains, même les meilleurs, ne sont que des planètes qui tiennent toute leur lumière, toute leur splendeur du soleil ».
Galvani (1737-1798) était membre du tiers-ordre de Saint-François.
Volta (1745-1827), qui est célèbre pour avoir découvert les courants électriques, assistait journellement à la sainte messe et récitait son rosaire tous les jours. Il ne se contentait pas de pratiquer humblement sa foi, mais encore il enseignait le catéchisme aux enfants, sans craindre de faire tort à son renom. Aux fêtes, il recevait les sacrements, et, tous les samedis, il brûlait un cierge devant l'image de la Vierge Marie placée au-dessus de la porte d'entrée de sa maison.
Au commencement de l'an 1815, un homme gravement malade refusa de se confesser, disant que la religion n'était faite que pour le peuple ignorant et que les gens instruits se démêlaient bien sans elle. Le prêtre essaya de persuader le malade en nommant entre autres Volta, qui, bien que l'un des plus grands savants contemporains, était catholique fervent. Cet argument fit l'impression voulue.
Si Volta est vraiment religieux, et non seulement en apparence, je veux bien revenir à la foi e me confesser, dit le malade.
Le prêtre demanda à Volta d'écrire quelques lignes au pauvre pécheur. Voici la magnifique réponse du savant :
« le ne comprends pas comment on peut douter de la sincérité et de la fermeté de ma foi. Cette foi, je l'ai toujours professée en dedans et en dehors, elle n'est. autre que la foi apostolique catholique romaine, dans laquelle je suis né et ai été élevé.
Il est vrai que j'ai souvent omis des bonnes actions qu'on peut justement attendre d'un catholique, et je m'accuse de bien des péchés; mais par la grâce exceptionnelle de Dieu, je n'ai jamais péché contre la foi autant que je me rappelle.
Si par hasard, mes fautes ou mes négligences avaient fourni matière à ce qu'on me supposât incroyant, je veux faire réparation. En faveur de toute bonne cause, je déclare et je suis prêt à déclarer à tout moment, même au prix de n'importe quel sacrifice, que je crois et ai toujours cru cette sainte religion catholique uniquement vraie et infaillible et je dois une reconnaissance constante à Dieu de m'avoir accordé cette foi dans laquelle je suis résolu à vivre et à mourir, espérant inébranlablement que, par elle, j'atteindrai à la vie éternelle.
Bien que je regarde la foi comme un présent surnaturel de Dieu, j'ai pourtant trouvé bon de ne pas négliger les moyens humains propres à la fortifier et à dissiper tous les doutes qui pourraient surgir pour me tenter.
J'ai étudié à fond les vérités de la foi, j'ai lu les ouvrages de ses défenseurs et de ses ennemis : j'ai pesé les arguments pour et contre. Par ce moyen j'ai obtenu des preuves en sa faveur qui la rendent digne de foi même devant la raison, à ce point que toute âme élevée par nature et non encore pervertie par le péché et les passions, ne peut s'empêcher de l'aimer et de l'embrasser.
Cette confession de ma foi qu'on m'a demandée et que je donne avec joie, que j'ai écrite de ma propre main, que je pourvois de ma signature personnelle, on est libre de la montrer à n'importe qui, car je ne rougis point de l'Évangile. Puisse-t-elle porter de bons fruits ».
Milan, le 5 janvier 1815.
Alexandre VOLTA.
Ampère (1775-1836), lé fondateur de l'électrodynamique, pendant une conversation avec son ami Ozanam, s'écria en courbant son large front dans sa main :
Que Dieu est grand! Ozanam, que Dieu est grand et notre savoir n'est rien! C'est lui aussi qui écrivit les lignes suivantes :
« Un des meilleurs arguments qui prouvent l'existence de Dieu est celui de l'harmonie évidente des moyens qui maintiennent l'ordre de l'univers et par lesquels les êtres vivants trouvent dans leur constitution tout ce dont ils ont besoin pour leur existence, leur multiplication et l'expression de leurs facultés physiques et spirituelles ».
Pendant sa dernière maladie un des amis d'Ampère lui conseilla de lire quelques chapitres de l'Imitation de Jésus-Christ, par Thomas a Kempis.
Je sais le livre entier par coeur, répondit le grand savant.
Parmi les plus célèbres représentants de la physique, en voici encore quelques-uns aussi profondément religieux qu'Ampère :-
Franklin, Faraday, Ohm, Coulomb, Dawy, Orsted, Maxwell, Siemens, Fizeau, Hertz, Ruhmkorff, Rôntgen, Marconi, etc.
Le fameux Robert Mayer, qui découvrit le principe de la conservation de l'énergie, répondit à ceux qui voulaient faire de ce principe un argument en faveur du matérialisme, par ces paroles prononcées au congrès des naturalistes (Insbruck, 1869) :
« Il est évident que, dans le cerveau vivant, certains changements se produisent et que les activités spiri tuelles sont étroitement reliées à ces changements. Pourtant, ce serait une erreur grave si l'on voulait identifier ces deux activités parallèles. Un exemple éclaircira l'affaire. Nous savons que nulle communication télégraphique n'est possible sans le concours de certains procédés chimiques. Pourtant il serait i nsensé de confondre le contenu de la dépêche avec l'activité physique ou chimique qui anime les fils télé graphiques ? C'est le cas, à plus forte raison, de la pensée et du cerveau. Le cerveau n'est que l'instrument, et non l'esprit qui se sert de cet instrument. L'esprit est situé hors de la sphère des sens, par conséquent il ne peut être l'objet des expériences d'un physicien ou d'un anatomiste... Je termine sur cette pensée. Avec une conviction sincère, je crie au monde entier : La philosophie ne peut être que l'école préliminaire de la religion chrétienne ».
Fraunhofer (1787-1826), qui découvrit les cc lignes Fraunhofer » dans le spectre du soleil, observait si bien les commandements de sa religion que jamais il n'aurait donné de viande à un visiteur le vendredi.
Maxwell (t 1879), physicien anglais, récitait lui- même la prière du soir dans sa famille et communiait tous les mois. A la conférence des naturalistes anglais de Bradford, dans son discours Sur les molécules, il confessa sa foi en ces termes :
De nos jours, les systèmes solaires sont tout aussi parfaits en nombre, en mesure et en poids qu'ils étaient au moment de la création. Leurs propriétés inaltérables nous enseignent que l'exactitude de nos décisions, la vérité de notre jugement, et l'honnêteté de nos actions, que nous comptons parmi les plus nobles attributs humains, nous conviennent parce qu'elles sont les traits fondamentaux de l'Être qui, au début, créa non seulement le ciel et la terre, mais encore la matière qui les forme...
Les sentiments religieux de Maxwell apparaissent encore mieux dans la belle prière suivante :
« Dieu tout-puissant qui avez créé l'homme à votre ressemblance et lui avez donné une âme vivante afin de pouvoir vous aimer et dominer vos créatures, enseignez-nous à étudier les uvres de vos mains de telle façon que nous puissions dominer la terre et que notre esprit se fortifiât pour vous servir. Daignez nous accorder de recevoir votre parole sacrée, afin de nous faire croire en Celui que vous avez envoyé pour annoncer la science du salut et enlever nos péchés. Nous vous demandons tout cela au nom du même Seigneur Jésus-Christ n. (The lite of J. G. Maxwell, by Campbell and Garrett).
Quelle prière sublime! Et ce Maxwell qui savait si bien prier, était pourtant au premier rang des physiciens !
James Prescott joule (t 1889), le représentant anglais si éminent des sciences thermiques, écrivait :
« Si nous tournons nos regards du ciel étoilé vers la terre, nous nous heurtons à une variété infinie de phénomènes qui sont liés à la transformation réciproque de la force vivante en chaleur. Ces phénomènes parlent, en une langue impossible à ne pas comprendre, de la sagesse et de la main bénie du Créateur de la nature... Ainsi l'ordre subsiste, aucun désordre ne peut naître, rien n'est perdu, mais tout le mécanisme si compliqué. se meut sans heurts, en harmonie complète... Car au-dessus de tout s'étend la volonté libre de Dieu ». |
Autres savants.
Tu connais bien le nom de Linné (1707-1778), par l'histoire naturelle, n'est-ce pas ? Tu as appris qu'il est le fondateur de la botanique moderne. Mais tu n'as peut-être pas encore entendu dire que, dans ses livres, ce grand savant rend souvent hommage à Dieu par des paroles comme celles-ci :
« J'ai vu passer Dieu, éternel, omniscient, tout-puissant, infini, et j'en suis resté transi d'étonnement, émerveillé ».
Le chimiste Liebig (1805-1873) protesta par un discours public contre ceux qui se servaient des sciences naturelles pour nier Dieu. Dans son oeuvre : La chimie appliquée, il témoigne de sa foi en ces termes :
« Celui qui s'efforce de lire les pensées de Dieu dans le grand livre de la nature, peut seul connaître sa grandeur et sa sagesse infinies ».
Parmi les plus grands chimistes, il suffit de citer Pasteur (1822-1895), bactériologue, qui fut un des savants catholiques les plus convaincus. Lorsqu'un de ses disciples lui demanda comment il avait pu rester catholique croyant après tant d'études, il lui donna cette réponse magnifique :
C'est précisément parce que j'ai beaucoup étudié que j'ai la foi d'un Breton.
Charles Lyell (1797 - 1875), professeur de géologie l'université d'Oxford, écrit dans son livre intitulé :
Les principes de la géologie :
« De quel côté que nous dirigions nos recherches, partout nous découvrons les traces les plus claires d'une intelligence créatrice, de sa prévoyance, de sa sagesse et de sa puissance ».
Becquerel (1788-1878), le fameux naturaliste français, écrit :
« La vie organique n'a pu se développer que sur un continent sorti de l'eau. Mais comment ce passage de l'anorganique à la vie organique a-t-il pu se produire ? Cela, c'est le secret du Créateur. Par conséquent, nous sommes obligés de supposer l'existence d'une première cause créatrice qui se manifeste de temps en temps et qui ne cesse de travailler devant nos yeux à la conservation des races vivantes ».
Weszelszky, après avoir fait connaître les rayons radioactifs et la théorie des atomes tout le long d'un volume, termine son livre sur cette confession sublime :
« Plus profondément on se plonge dans l'étude de la nature et de ses secrets, plus on reconnaît la perfection infinie qui caractérise les plus petits détails de l'immense création. Par ses recherches, on ne saurait arriver à d'autre résultat que celui du poète :
O Dieu inaccessible au plus savant... »
(WESZELSZKY, Le radium et la théorie des atomes).
Lavoisier (1743-1794), père de la chimie moderne, fut guillotiné pendant la révolution française pour être resté fidèle à sa foi catholique.
Le biographe de l'anglais Dalton (1766-1844), fon dateur de la théorie des atomes, dit que ce savant était « un modèle de vertu et de religiosité ».
Quant au français Cauchy (1789-1857), qu'on nomme le plus grand mathématicien du xIxe siècle, sa religiosité dépassait encore sa diligence. Dans sa brochure écrite pour défendre les écoles des Jésuites il déclare sa conviction par ces fières paroles :
« Je suis chrétien, c'est-à-dire que je crois en la divinité de Jésus-Christ avec Tycho Brahé, Copernic, Descartes, Newton, Fermat, Leibnitz, Pascal, Grimaldi," Euler; Guldin, Boscovich, Gerdil; avec tous les grands astronomes, physiciens, , mathématiciens des siècles. passés. Je suis catholique, comme eux, pour la plupart, et si vous me demandez pourquoi, je vous le dirai volontiers. Vous apprendrez au moins que ma conviction ne se nourrit pas du lait maternel des préjugés hérités, mais qu'elle provient de recherches profondes. Je suis franchement catholique comme le furent Corneille, Racine, La Bruyère , Bossuet, Bourdaloue, Fénelon, comme le furent et le sont encore beaucoup des hommes les plus éminents de notre temps y compris les étoiles de première grandeur des sciences exactes, de la philosophie, de la littérature, qui font l'orgueil de nos académies. Je partage la foi profonde que Rnffini, Hauy, Laênec, Ampère, Pelletier, Freycinet, Coriolis et tant de savants éminents de nos jours confessèrent de vive voix, par leurs écrits, et par leurs actions. Et si je m'abstiens de nommer les vivants pour ménager leur modestie, je peux au moins dire que j'ai retrouvé toute la noblesse et toute la sublime grandeur de la foi chrétienne en mes excellents amis : Hauy, le fon dateur de la théorie des cristaux, Pelletier et Laênec, les inventeurs de la quinine et du stéthoscope, Freycinet, la navigateur immortel de la corvette « Uranie », et Ampère, le célèbre révélateur de l'électro-dynamique ».
Lorsqu'on annonça à Cauchy mourant qu'on apportait l'Eucharistie pour le faire communier, il donna l'ordre de décorer l'antichambre et l'escalier par lesquels le Seigneur allait venir vers lui, des plus belles fleurs de son jardin.
Mais d'autres grands mathématiciens, tels que Gauss, Euler, Pfaff, n'étaient pas moins dévots que Cauchy. Euler (1707-1783) faisait la prière du soir avec toute sa famille. Et quelle foi vivante se dégage de la lettre de Gauss « le plus grand mathématicien de tous les temps » adressée à Parkas Bolyai le 3 décembre 18oz :
« A présent, adieu, mon bon ami ! Qu'il te soit doux, le rêve que nous nommons vie, ce goût précurseur de la vie véritable qui nous attend dans notre vraie patrie. Là, les chaînes du corps paresseux, l'espace limité, les coups de fouet des souffrances terrestres, l'amas de nos besoins et de nos désirs puérils ne pèseront plus sur l'esprit ressuscité. Portons le fardeau courageusement et sans nous plaindre jusqu'au bout, mais ne perdons jamais de vue notre but plus grand, plus haut. Et lorsque la dernière heure aura sonné, ce sera une joie de pouvoir déposer notre fardeau et de voir disparaître le voile épais qui couvrait nos yeux ».
Je pourrais encore longuement continuer d'énumérer les noms célèbres. Mais à quoi bon ? Ceux que nous venons de citer suffisent pour réfuter à jamais l'opinion que la foi profonde ne peut s'accorder avec la science. La science contredit la foi ? Pas du tout! les hommes très religieux mentionnés ci-dessus étaient tous des savants de renom mondial.
Si donc les plus grands esprits du monde plient le genou devant Dieu en adoration sincère et profonde, celui qui croit en Lui n'est vraiment pas en mauvaise société.
Après la lecture des noms et faits ci-dessus, on ne peut que donner raison à la définition suivante :
« Si l'homme à moitié instruit parcourt en tramway les rues inondées de lumière électrique; s'il converse avec un ami éloigné de plusieurs kilomètres et reconnaît sa voix; s'il envoie des nouvelles en Amérique ou en Australie avec une rapidité qui dépasse de loin celle du rapide et du navire le plus moderne; en possession de toutes ces merveilles de la nature il sourit souvent de pitié devant une vieille femme en train de réciter son rosaire, ou lorsqu'on parle de l'Église ou des prêtres devant lui. Il est prêt à jeter la pierre au passé, de qualifier tout ce que les temps précédents nous ont laissé en héritage, de vieillerie surannée, sans en exclure le Christianisme, naturellement.
Bien entendu, cette façon de penser n'appartient qu'aux gens superficiels, aux ignorants qui aiment leurs aises. Mais cette fois, l'ironie leur va bien mal. Les hommes de génie auxquels nous devons les inven tions modernes, se plongèrent dans l'étude des doctrines chrétiennes et s'inclinèrent devant elles. Les mains si habiles à découvrir les forces cachées de l'électricité dans le laboratoire, se joignirent pour la prière. Volta et Ampère ne rougissaient pas de réciter leur chapelet. Quoi qu'il en soit des autres branches de la science, ce qui est certain, c'est que dans les branches qui attirent particulièrement l'attention de l'homme du commun, l'incroyance ne trouve pas les personnalités dont l'autorité pourrait justifier son combat acharné contre le Christ.
Par un peu de statistique, nous arrivons à des résultats plus surprenants encore. Dennert, dans son livre intitulé : La religion des naturalistes, donné une liste de 300 savants illustres depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours et, après des recherches consciencieuses, il en vient aux conclusions suivantes :
Dans 38 cas sur 300, la question n'a pu être éclaircie. Sur les 262 cas restants, 242 savants étaient croyants, 15 plus ou moins indifférents à la religion, et 5 seulement (2 %) professaient le matérialisme et niaient l'existence de Dieu.
Donc, mon jeune ami, si tu viens à trouver des livres « populaires » d'histoire naturelle, qui nient les thèses de ta religion et prétendent que la science moderne ne peut s'accorder avec la foi sincère et profonde, rappelle-toi que chez les naturalistes les plus distingués, la statistique n'a trouvé que 2 % d'athées.
Je veux bien concéder que nombre d'écrivains de dixième rang s'efforcent de donner à leurs livres un semblant scientifique en niant hautement la foi. Mais les plus grands, les véritables savants, étaient croyants. Par contre, les naturalistes athées (Vogt, Moleschott, Büchner, Haeckel), ont été justement surnommés des « promeneurs sur les frontières de la science » par le fameux Liebig.
Par tout ceci, tu as pu voir clairement que l'athéisme, la négation de l'existence de Dieu, n'est pas l'oeuvre de la science véritable. D'où vient-elle alors ? De la philosophie. Elle est le produit de ces libres penseurs qui trouvent que les lois de la nature suffisent à expliquer les grandes questions du monde et qui ferment les yeux devant le grand problème. Sans doute, ces lois donnent la solution de bien des choses, sauf d'une seule : qui a institué ces lois ? Qui a la puissance effroyable de pouvoir imposer ses lois à tout l'univers ?
Nous sommes obligés de donner raison au baron Ditvôs qui écrit dans ses « Pensées »
« Toute sagesse humaine conduit tout au plus à faire dominer l'esprit sur le coeur; mais la religion, qui est aussi près de l'esprit que du coeur, rétablit l'harmonie entre les deux. C'est pourquoi la foi peut complètement remplacer la philosophie; et nous trouvons des exemples tout aussi beaux et plus fréquents de discipline et de fermeté inébranlable parmi les chrétiens les plus simples, que chez les 'héros de la stoa; mais la philosophie est incapable de remplacer la religion ».
Et plus loin
Les hommes distingués ont le plus besoin de religion, car ils sentent mieux que les autres les limites étroites de l'esprit humain ». |
Artistes .
A présent, jetons un regard sur les autres domaines de l'esprit humain et donnons encore quelques exemples des relations fraternelles qui peuvent exister entre la foi' et l'art. Je suis sûr que, d'après tes études, tu pourrais me nommer toi-même nombre d'écrivains, de peintres, de sculpteurs, d'artistes enfin, chez qui le génie humain s'associait très bien avec la ferveur religieuse et souvent même puisait sa principale force de création dans la religion.
Je n'en citerai que quelques - uns au hasard.
Parmi les écrivains, voici en premier lieu Dante (1265-1321), dont la Divine Comédie n'est pas autre
chose que la glorification de la foi catholique.
Jacopone de Todi (1230-1306), juriste d'abord, religieux franciscain ensuite; son oeuvre : Stabat Mater est une des plus belles perles de la littérature religieuse de tous les temps.
Les Italiens Petrarque (1304-1374) et Manzonz (1785-1873); les Espagnols Lope de Vega (1562-1635) et Calderon (1600-1681); Corneille (1606-1684), le premier auteur dramatique de France; le Hollandais Joost van Vondel (1587-1679).
Chez nous, en Hongrie, tu connais bien la valeur littéraire du baron joseph Eütviis et de Michel de marthy : mais tu ignores peut-être quelle vie vraiment franchement catholique ils ont menée.
Puis, que dire des peintres insurpassables du moyen âge ? Dans les grands musées de tous les pays, au Louvre de Paris, aux Offices de Florence, où les tableaux des grands peintres du moyen âge sont assemblés, on voit presque exclusivement des images de saints. Partout, sur tous les murs, les dogmes de la religion catholique !
Raphaël (1483-1520), mourant, fixa d'un dernier regard son magnifique tableau inachevé : La glorification du Christ. Michel Ange ( 1475 -1564 ) voua toutes ses oeuvres à la gloire de Dieu et de l'Église catholique.
Et quelle foi fervente respirent les tableaux des autres grands peintres : Fra Angelico, Fra Filippo Lippi, Boticelli, Andrea del Sarto, Leonard de Vinci, Le Perugin, Titien, Van Eyck, Dürer, Rubens, Murillo, etc. |
Autres grands hommes.
Promenons encore nos regards parmi les autres grands hommes de l'humanité, militaires et hommes d'état. Là encore, nous trouvons de très beaux exemples de vie franchement religieuse.
En 1787, Washington et 55 de ses compagnons s'assemblèrent pour une conférence extrêmement importante : il leur fallait décider du sort futur des États-Unis. Tout d'un coup, le vieux Franklin se lève et dit :
Messieurs, prions I Je suis très âgé, mais plus je vis longtemps, plus clairement je sens que Dieu lui-même régit le sort de l'Humanité. Si un moineau ne peut tomber du toit sans sa permission, comment un pays pourrait-il être consolidé sans son aide ?
Tilly (1559-1632), un des plus grands chefs d'armée de l'histoire mondiale, qui gagna 22 grandes batailles, était catholique fervent, membre de la congrégation de Marie. Les jours de bataille, il emportait trois choses avec lui : son épée, son crucifix, et son rosaire. Ce rude soldat assistait à la messe tous les matins, et, ayant reçu une blessure mortelle, il communia journellement jusqu'à la fin. Il mourut en prononçant les paroles du Psaume :
« Seigneur, j'ai mis ma confiance en toi, je ne serai point confondu !
Eugène de Savoie (1663-1736), le grand vainqueur des Turcs, se confessait avant chaque bataille. Lorsqu'ils le voyaient réciter son rosaire avec une ferveur particulière, ses soldats disaient entre eux
Nous allons bientôt nous battre, car il redouble ses prières.
André Hofer (1767-181o), le libérateur du Tyrol, allait à Innsbruck matin et soir pour faire ses dévotions à l'église. Chaque jour après dîner, il récitait son rosaire avec tout son entourage.
Pendant les batailles les plus furieuses, Radetzky (1766-1858), le vainqueur de Custozza et de Novarra, récitait son rosaire.
La foi fervente de Jean Hunyadi t'est également bien connue.
Sur le bureau de Hindenburg, ces mots attiraient l'attention : Ora et labora! Lorsque les prières se relâchent à la maison, on s'en aperçoit au front, remarqua-t-il un jour, pendant la guerre.
Mackensen, encore collégien, écrivait à sa mère :
« Quand je pense à l'avenir, je compte sur Dieu et sur les prières de ma tendre mère... »
Le général Foch, l'illustre vainqueur de la grande guerre, disait :
« Aux heures les plus graves, j'étais soutenu par la foi en la vie éternelle et en un Dieu bon et miséri cordieux... La prière éclairait mon âme... »
Mais pourquoi continuer encore ?
Je sais bien qu'on pourrait faire une liste de noms dont les porteurs furent incroyants, ou du moins ne s'occupaient guère de leur religion. Mais cela n'affaiblit en rien la force des exemples ci-dessus. Car, en dernier lieu, la foi n'est pas le produit de l'intelligence seulement, mais aussi de la volonté, et surtout, de la grâce divine. On peut être instruit et incroyant, je le concède. Mais les exemples cités démontrent qu'on peut être le plus célèbre des savants, le plus actif des hommes, en même temps que l'enfant fidèle de sa religion.
C'est-à-dire' que la foi et la science s'accordent parfaitement.
« Tu nous as créés pour toi-même, ô Seigneur, et notre coeur est plein d'inquiétude tant qu'il pe trouve pas la paix en toi », écrit saint Augustin à la fin de ses Confessions et les paroles de ce grand connaisseur du coeur humain traduisent la lutte de bien des âmes. Il y a toujours des gens qui veulent fixer la direction de leur vie terrestre sans Dieu.
La sanglante révolution française essaya d'organiser un état sans Dieu. Au bout de quelques années d'affreux massacres et de moeurs épouvantablement perverties, Robespierre lui-même se vit obligé de faire inscrire sur la façade des églises :
Le peuple français croit en Dieu et en l'immortalité de l'âme ».
Pour l'athée, l'obscurité béante, le « nihil », le rien, ouvre son gouffre au-delà des frontières de la nature visible. Mais l'âme humaine ne se contente pas de si peu. Elle regarde autour d'elle; elle voit la splendeur variée du monde animal et végétal : le nombre vertigineux des espèces d'animaux, de papillons, d'insectes, de fleurs : la variété infinie qui se manifeste partout. D'où vient tout cela ?
De l'évolution, dira-t-on peut-être.
Je le veux bien. Mais qui a prescrit cette évolution et qui la dirige ?
Ces pensées se sont toujours présentées à l'homme depuis les tout premiers temps que nous connaissons; et les plus grands de l'humanité ont toujours répondu par un seul mot à ces questions. Ce mot, c'est : Dieu.
Dieu est l'Être éternel, infiniment puissant et sage qui créa l'univers entier, y inscrivit la loi du progrès, et dont la volonté conduit ce développement jusqu'à nos jours.
L'homme est le plus près de Dieu dans deux périodes différentes de sa vie : au début d'abord, pendant l'enfance; vers le déclin ensuite, dans la vieillesse. La jeunesse se trouve entre ces deux périodes : c'est l'âge périlleux où la foi des jeunes gens fait souvent naufrage. Car les forces de la jeunesse remplissent tout l'être de l'adolescent d'un orgueil incomparable, ce qui entraîne souvent une crise dans leur foi religieuse aussi. Il est vrai qu'après bien des agitations, la gravité de la vie les ramène pour la plupart à la foi. Mais toi, mon fils, n'attends pas que la perte de tes illusions te dégrise. Ploie le genou devant notre bon Père céleste, et laisse reposer ton front insouciant encore dans sa main puissante. Que l'amour et la crainte de Dieu soient la source de lumière de ta vie et sa base inébranlable.
Dans le tableau célèbre de Raphaël, L'école d'Athènes, on voit les deux plus grands philosophes grecs : Aristote et Platon. Le premier baisse les yeux, songeur; le second lève le regard vers le ciel. Toi, mon enfant, où que tu jettes les yeux, sur la terre, au ciel, en toi-même ou dans l'univers immense, tache d'apercevoir la main de Dieu partout.
Baisse la tête devant Lui et sois le fils obéissant de ton Seigneur et ton Dieu. |
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