DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?

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Prêtres du Monde

auteur

+ Sr Denise Christiaenssens
Ermite de la croix o.f.s.

Rimouski Qc. Canada

Titre de la série :
Dans la belle nature de Dieu
Titre de la page:
FOI ET SCIENCE -1
Nom de l'auteur:
S. Exc. Mgr. Tihamer Toth

 

 


   DEUXIÈME PARTIE
     FOI ET SCIENCE -1

         Détruire ou bâtir ?

 

On peut commettre bien des abus au nom sacré de la science. A côté de la science constructive, il y a une science destructive, tant dans la technique pratique lue dans la philosophie théorique. Ainsi une bonne part de l'immense travail technique déployé pendant la guerre était destructive : pour ne mentionner que la fabrication des armes, des gaz mortels, des bombes explosives.

Mais l'ennemi se sert aussi de gaz asphyxiants, de Mines et de matières explosives dans la lutte éternelle de l'esprit.

Démolir est chose facile! Bien plus facile que bâtir. Alcibiade seul fit plus de mal à Athènes en quelques années que la longue série d'hommes de génie depuis Solon jusqu'à Miltiade et depuis Thémistocle jusqu'à Périclès avaient pu faire de bien constructif par le travail assidu des siècles. Les quelques dizaines d'années de l'invasion des peuples barbares suffirent pour ruiner les créations sublimes de dix siècles chrétiens.

Pourquoi est-il plus facile de démolir que de bâtir? Parce que le travail constructif demande de grande ; vertus morales et spirituelles, non seulement l'estimation de l'idéal à sa propre valeur, et l'élaboration des plans, mais encore la persévérance et la discipline de soi. Quant à détruire, tout imbécile s'y entend.

Rends-toi donc bien compte, mon fils, que toute science ne signifie pas nécessairement le progrès de la culture, comme on le pense souvent à tort.

Déjà, la première page de l'Écriture Sainte nous rapporte que le même arbre portait les fruits de la science du bien et du mal au Paradis; cela signifie, en d'autres termes, qu'à côté de la connaissance des choses belles, bonnes et utiles, il existe aussi un savoir mauvais et inutile.

« Jetez un coup d'oeil sur l'histoire et volis verrez que les esprits savants mais mauvais ont fait plus de mal au monde que tout autre chose » (Franç. FALUDI).

Le savoir est béni dans la main des hommes bien pensants, mais la science des esprits pervertis est la malédiction de l'humanité. Les peuples païens connaissaient déjà la valeur de l'un et le danger de l'autre. Ils fêtaient l'intelligence de Prométhée, la clairvoyance d'Apollon, la sagesse des Muses; par contre, ce n'est pas sans cause qu'Aristophane accusait la philosophie sophistique et rationaliste d'avoir empoisonné la vie spirituelle à Athènes.

Et si les nouveaux grands écrivains de l'Est Tolstoï, Rabin dranath Tagore, Gandhi, redouter la science contemporaine de l'Ouest comme la peste elle-même, c'est de cette fausse science qu'il s'agit, qui abolit l'idéal et les valeurs spirituelles. Il est vrai que la pénombre mystique de leur savoir intuitif ne nous convient pas non plus, mais au moins leur répugnance nous fait voir plus clairement que toute science s'es t pas nécessairement bonne et ne signifie pas toujours le progrès constructif. Le bonheur de l'humanité ne peut être servi que par la science dont le sens profond nous montre la vérité première en nous conduisant à Dieu.

Otons à l'art les pensées divines, et la reine de la beauté devient la servante du sensualisme. Otons au droit sa base divine et qu'adviendra-t-il ? Il n'y aura plus de différence entre le bien et le mal, les choses légitimes et illégitimes. Otons à la vie morale la volonté divine qui veille à ce que les lois soient observées, et qu'en reste-t-il ? Une obéissance tout extérieure, une certaine convenance sociale, le vernis superficiel de la morale, sans contenu et sans durée.

Pouvons-nous encore rester chrétiens ?

La foi des jeunes gens d'aujourd'hui est souvent mise en danger par les devises creuses dont les gens superficiels aiment à jouer.

— Aujourd'hui, un homme intelligent ne peut plus être chrétien, entendras-tu deci, de-là. Les sciences modernes ont fait de tels progrès, elles sont arrivées à des conclusions telles que, dorénavant, il est impossible de concilier les résultats des recherches scientifiques avec les articles de la foi. A l'heure qu'il est, les hommes fort arriérés peuvent seuls pratiquer leur religion avec ferveur,

Voilà la thèse que l'on proclame plus ouvertement dans des livres et des articles, dans les conversations frivoles des salons.

Que dire de tout cela ? Un jeune homme instruit, moderne et de bonne culture peut-il rester le fils obéissant et fidèle de son Église catholique ? La science moderne et la foi catholique s'excluent-elle s réciproquement ?

L'homme d'aujourd'hui a droit d'être fier du progrès énorme que la technique a fait au siècle dernier, nous le savons bien. Si un homme mort il y a cent ans pouvait ressusciter, il resterait certainement abasourdi en voyant le bateau à vapeur fendre les vagues écumantes, train se précipiter sur les rails, les automobiles filer à toute vitesse, l'homme conduire son aéroplane dans les nuages, la radio, et cent autres merveilles de la technique contemporaine. Sans doute, ces inventions magnifiques sont autant de victoires sublimes de l'esprit humain. Mais, tout en le reconnaissant, tout en jouissant moi-même de ces choses dont je suis fier, je pose la question : Pourquoi ce progrès aux proportions immenses, ces inventions multiples, toute cette science, seraient-ils ennemis de la foi, de la religion?

La réponse à cette question, je la trouve dans les « Pensées » du baron Joseph EI5TVOS (Budapest, 1894 , page 4) :

Je suis incapable de comprendre, écrit-il, que le progrès des sciences naturelles puisse entamer la foi. Le monde est-il donc moins grand, depuis que nous connaissons des univers entiers dans les nébuleuses éparpillées parmi les étoiles ? Notre vie est-elle devenue moins merveilleuse, depuis que le microscope nous a montré qu'en dehors des êtres connus jusqu'ici,il existe une série infinie de créatures vivantes et capables d e sentir ? L'ordre merveilleux de l'univers immense et les contrastes, peut-être plus merveilleux encore, de notre cœur humain, sont-ils plus faciles à concevoir, depuis que nous en savons un peu plus long sur certaines lois de la nature, et que l'enchaînement des choses infiniment grandes et infiniment petites nous est devenu plus clair ? Au contraire, nous trouvons toujours plus de causes de nous émerveiller, et rien pour nous en expliquer l'origine.

Ce n'est donc pas la science, mais l'abus qu'on en fait, qui constitue un danger très réel pour la foi de nos adolescents.

Les jeunes garçons manquent encore du jugement plus profond, de l'érudition plus large, à l'aide desquels ils pourraient critiquer les arguments de leurs lectures. Dès lors, rien de plus naturel qu'ils acceptent les hypothèses « scientifiques » des auteurs antireligieux avec le reste. Sans doute, celles-ci ne peuvent être conciliées avec la foi, mais avec la science sérieuse non plus.

On ne peut demander à un jeune garçon de 16 à 18 ans de voir tout seul que les dissertations de tel livre sont insoutenablement fausses et ses affirmations préconçues. C'est à cet âge-là, plus que jamais qu'il devrait se souvenir des mots de l'apôtre :

Comme vous avez reçu le Seigneur Jésus-Christ, ‘irez de même en lui, prenant racine et base en lui; vous fortifiant dans la foi comme vous l'avez appris, Croissant en lui et lui rendant' grâce. Prenez garde d'être séduits par la philosophie et la vanité trompeuse qui est selon l'enseignement des hommes et non selon le Christ » (S. Paul, Épître aux Colossiens, 11, 7-8).

En réfléchissant à tout ceci, vous n'accepterez plus toutes les formules « scientifiques » qu'on vous annonce comme telles dans les fenêtres des libraires, et vous n'échangerez pas votre foi chrétienne restée inébranlable en face de toutes les attaques depuis deux mille ans, contre le système éphémère de quelque écrivain au verbe haut ».

• Et si la science impartiale prouve une chose ? Demanderez-vous.

• Eh bien ! D'abord, la science n'a pas prouvé une seule thèse jusqu'ici qui serait contraire à notre foi.

• Pas une seule thèse ? Et tous ces livres de sciences naturelles qui nient Dieu, qui font descendre l'homme du singe, qui mettent l'existence de l'âme en doute ?...

• Attendez un peu. Tous ces livres-là ne font qu'attester la partialité, les préventions de la science.


La science impartiale.

A vrai dire, la science impartiale n'existe point.

Souvent, les jeunes gens se représentent la science comme une déesse trônant à une hauteur inaccessible et ne recevant que les vérités les plus inexorables en guise d'hommage. Mais cette science abstraite trônant sur les nuages n'a aucune réalité : ce sont seulement les savants qui ont une existence réelle, sans abstraction aucune. Cc sont des hommes vivant de notre vie; par conséquent, ils appartiennent à tel groupe de l'humanité, pensent comme lui, s'exaltent pour son idéal et k soutiennent dans ses science, par leurs livres, et non par la déesse impartiale q ui n'existe point.

Tu comprendras à présent, mon cher fils, l'importance capitale de la manière de voir du savant dont tu lis le livre. Il est vrai que « la science n'a ni religion n i patrie » (maxime inscrite au front d'un laboratoire français de biologie animale), mais non moins vraie est la réponse de Pasteur à cette affirmation :

— Mais les savants ont une religion et une patrie!

Assurément, les livres qui nient ou attaquent les dogmes de la religion occasionnent bien des doutes. Cependant, la science sérieuse ne peut jamais rendre incroyant. Il se trompe fort, celui qui accuse ses études d'avoir ébranlé sa foi. Elle a pu être ébranlée, au contraire, parce que son érudition n'était pas assez mûre encore.

« Tu ne doutes pas parce que tu es devenu plus sage, mais parce que ta sagesse n'est pas mûre encore » (RücKERT).

« Si la pensée te vient, dit Tolstoï, que ta croyance en Dieu est mal fondée et que peut-être, Dieu n'existe même pas, garde-toi de désespérer. Cela peut arriver à n'importe qui. Ton incroyance n'est pas causée par la non-existence de Dieu. Si tu ne crois plus en Dieu, en qui tu croyais auparavant, cela vient de ce que ta foi est en défaut et tu dois tâcher de mieux connaître Dieu. Si un sauvage ne croit plus à son idole de bois, cela ne signifie pas qu'il n'y a point de Dieu, mais que Dieu n'est pas un morceau de bois.

Sans doute, la foi nous enseigne nombre de dogmes que notre esprit est incapable de comprendre; mais pas un seul qui soit en contradiction avec la raison. Les relations de la foi et de la raison sont comparables à cette du microscope et de l'oeil humain : tous l es deux élargissent infiniment notre horizon. Une multitude de mondes restent cachés à ceux qui ne possèdent point de microscope; pourtant ces mondes, à leur insu, existent tout près d'eux. De même, celui qui manque de foi nie le monde sublime de l'âme, de l'au-delà, de Dieu, que la raison en soi est incapable de concevoir clairement. Mais parce que lui ne veut pas le savoir, ce monde n'en est pas moins réel.

Il ne s'agit pas de croire aveuglément et sans motifs. Plus tu étudies les sciences profanes, plus ton Église sera heureuse de te voir approfondir les dogmes de ta religion avec une « foi intelligente » (fides quaerens intellectum). Saint Paul lui-même nous ordonne d'adorer Dieu avec raison.

« Je vous conjure, mes frères, par la miséricorde de Dieu : offrez vos corps en sacrifice vivant, sacré et agréable à Dieu, c'est là un hommage raisonnable que vous lui devez » (Épître aux Romains, xu, 1).

• Le Christianisme est suranné.

• L'homme moderne ne peut rien apprendre des anciens.

Que répondre à ces paroles orgueilleuses ?

Nous répondons que le monde moderne vit des trésors légués par l'antiquité. Les Ariens nous ont laissé leur langue, les Égyptiens l'écriture, les Phéniciens l'alphabet, les Babyloniens la chronologie, les Arabes les chiffres, les Grecs et les Romains l'érudition classique, le Christianisme toute notre culture européenne.

Si nous devions inventer nous-mêmes tout ce qui nous semble parfaitement commun aujourd'hui, nous verrions bien que nous vivons grandement aux dépens du passé.

Au théâtre, quelques vieilles bougies clignotent à côté de splendides lustres électriques.

• Pourquoi cela ? Demandai-je à une des ouvreuses.

• C'est pour plus de sûreté, Monsieur, répliqua- t-elle : l'électricité peut nous manquer d'un moment à l'autre.

A côté des grandes portes, il y a un peu partout, de petites portes de secours.

— Pourquoi ? Demandai-je encore. En cas d'incendie, le théâtre peut être inondé d'eau en quelques minutes!

• C'est vrai. Mais mettons le cas que le mécanisme hydraulique ferait défaut...

Nous sommes à bord d'un bateau à vapeur tout pimpant de nouveauté et de luxe : c'est un vrai chef- d'oeuvre de la construction navale moderne. Pourtant, du regard, nous cherchons d'abord la bonne vieille ceinture de sauvetage.

La gare est entièrement éclairée à l'électricité, sauf les lanternes des voies. On n'ose 'pas l'y mettre, car si elle venait à manquer une seule fois, les trains dérailleraient ou se télescoperaient. La lanterne des voies doit être absolument sûre, c'est pourquoi on y brûle encore le bon vieux pétrole ou même de l'huile.

Ainsi, malgré tous nos progrès et tout notre orgueil, il nous faut souvent recourir aux vieux moyens. Notre culture moderne est le fruit mûri par les luttes d'un passé de vingt siècles. Alors pourquoi ne garderions- nous pas les lois anciennes et démontrées dans les questions les plus importantes de notre vie, celles de la religion et de la philosophie ?

Encore une « Pensée » d'Eûtvôs :

On dit que le Christianisme est suranné et que notre âge éclairé a besoin d'une religion qui ne soit pas en contradiction avec ses progrès scientifiques.. Quel que soit ce progrès, jamais il ne pourra nier; ni la faiblesse humaine, ni le sentiment de cette faiblesse: Dieu nous a créés de telle sorte que nous ayons besoin de soutien, de quelque chose ou de quelqu'un devant qui nous puissions nous humilier. L'homme cherchera toujours un Être Suprême pour ployer le genou devant lui, et si les autels de la divinité s'écroulent, ceux du despotisme s'élèveront sur ses ruines »

Pourquoi?

La science nous rend-elle incroyants ? Nullement! Le télescope qui nous parle de la grandeur immense des mondes lointains, et le microscope qui nous permet de jeter un coup d'oeil dans le domaine des créatures infiniment petites, nous invitent tous deux à poser les mêmes questions :

— Qui est le maître ici ? Qui règle ces choses ? Qui a posé ces lois ? Pourquoi tout cela ? Pourquoi ?

Le mot « pourquoi » qui vient déjà instinctivement aux lèvres de l'enfant est peut-être la plus humaine des expressions dans toutes les langues. Ce « pourquoi » éternel est le symbole de cette profonde soif de savoir, de ce désir insatiable qui cherche les causes et dont l'âme humaine est imprégné. Nous fouillons, nous analysons, nous cherchons, passant d'une cause à l'autre et nous arrivons enfin à la cause première de tout, que nous nommons Dieu. Cette inquiétude qui ne nous laisse pas nous arrêter aux stations intermédiaires, est greffée sur notre âme. Les recherches •détaillées qui se poursuivent dans toutes les branches d e la science nous révèlent des faits étonnants sur l'aménagement merveilleux de la nature, et, d'après, ces faits, la sagesse infinie du Créateur se découvre à nous, toujours plus sublime.

— Supposons, dit encore le baron Eôtvôs, que, quelqu'un ait longuement étudié le mécanisme d'une locomotive à vapeur. Il a parfaitement compris le but de toutes les pièces, deviné le rôle de tous les rouages enfin, il connaît entièrement la machine, sauf la force qui la met en mouvement. Continuons notre supposition. Il a fait l'expérience qu'en déplaçant telle et telle pièce, le mouvement de toute la machine se ralentit ou s'arrête : il en tire cette conséquence que la locomotive se meut exclusivement par ces pièces, ces tuyaux, ces rouages, et qu'aucune force motrice n'est en jeu... Ne dirons-nous pas que cet homme, admirable dans ses recherches minutieuses, est, pourtant d'une intelligence bien limitée ? Eh bien! C'est exactement ce que font nombre de nos savants les plus admirés. Quant à moi, je suis persuadé que si la simple vue de la nature nous convainc de l'existence de. Dieu, son étude ne peut pas ébranler cette conviction.

Chaque, pas que nous faisons dans le domaine des sciences naturelles augmente le nombre des choses dont nous ignorons la cause première, et l'harmonie merveilleuse qui règle leur ensemble, et que nous voyons toujours plus clairement sur la voie du progrès, ne peut qu'approfondir l'admiration avec laquelle nous nous prosternons devant le Créateur de 'l'univers ». (Pensées, pp. 4 - 5).

Comme le bon éclaireur sait s'orienter d'après les traces de la route, de même l'adolescent religieux retrouve les traces de Dieu dans le monde entier. De même que la vue du ciel étoiler dilate le coeur, de même les recherches détaillées rendues possibles par l e progrès de la science, élargissent notre conception de Dieu. A la découverte de toute magnifique loi nouvelle, on a l'impression d'être descendu à une profondeur mystérieuse, dans les laboratoires mêmes de la création. Chaque fois qu'un secret nouveau s'ouvre devant notre âme émue, nous sentons, pour ainsi dire, le souffle du Dieu infini.

Dans chaque cellule de la moindre plante, j'aperçois « le cultivateur du premier jardin ». (C'est ainsi que le premier livre de Moïse nomme Dieu). Les variations des cristaux me parlent de la beauté de Dieu; le domaine des chiffres n'est que l'ombre de son harmonie mystérieuse, et les lois qui régissent la course des étoiles sont l'ouvrage de ses mains.

La matière, inerte et impuissante par nature, tend vers le repos. Mais voici la loi de la gravitation qui tient tout en un mouvement constant. Chaque atome de la création a sa tâche propre, et, de la foule des forces contraires en apparence, s'attirant, s'entrechoquant et s'anéantissant réciproquement, il ne sort pas le chaos, c'est-à-dire le désordre, mais le Kosmos, c'est-à-dire le monde bien ordonné.

Même tout ce que l'oeil humain n'apercevra jamais, les cimes inaccessibles des montagnes, les cristaux de diamants qui ne sortiront jamais des entrailles de la terre, la vie mystérieuse qui se poursuit à 8000 mètres sous la surface de l'Océan, tout cela est-il donc autre chose qu'une strophe sublime du « Te Deum » qui revient au Créateur ?

« L'univers est une pensée de Dieu », écrit Schiller. Aucune science n'a encore démenti cette affirmation.

Et, au milieu de tous nos « pourquoi » un visage voilé apparaît, c'est la question : Qu'est-ce que la vie ?

Des siècles se sont efforcés de lever ce voile. Les hommes se sont cassé la tête par centaines à deviner ce qu'il cache : les esprits les plus éclairés ont échoué. Jusqu'à ce jour, le mystère de la vie est entouré par le mur enchanté de l'ignorance. Sera-t-il jamais résolu par la raison humaine ? Ou bien ce mystère concerne-t-il Dieu de si près que le regard humain ne pourra jamais pénétrer ses profondeurs sublimes ?

Mon coeur bat jour et nuit, que j'y pense ou non. Je me blesse un peu au doigt; de suite, la souffrance annonce le fait au corps entier et, au même moment, toutes mes cellules entrent en action pour guérir la blessure. C'était déjà ainsi il y a des milliers d'années, quand nous ne savions rien encore des fonctions constitutionnelles, et ces sera ainsi dans des milliers d'années, quand nous saurons peut-être d'autres détails encore sur ce travail mystérieux. Mais si je l'ignore, moi, ce travail, il faut pourtant que quelqu'un le sache et le dirige! Mes oreilles, mes yeux, mon coeur, tous me donnent la même réponse à cette question :

— Que tu le saches ou non, que tu nous étudies ou non, peu nous importe. Nous accomplissons notre tâche en silence, en secret, avec une exactitude parfaite, comme Dieu nous l'a enseigné.

A la vue des choses merveilleuses qui se manifestent en nous et autour de nous, ne dirons-nous pas avec Emerson, le grand penseur américain :

« Ce que je vois de Dieu suffit pour me faire croire ce que je ne vois pas ».

Enfin, si quelqu'un se refuse à croire, il est libre de le faire. On peut fermer les yeux en plein soleil et se plaindre de ne rien voir.

Jésus-Christ a ressuscité Lazare qui était enseveli depuis quatre jours. Une foule immense entourait la tombe, tout le monde put voir le miracle. Les Pharisiens le virent comme les autres. Est-ce qu'ils se convertirent ? Crurent-ils au Christ ? Non! Ils s'assemblèrent, furieux, et tinrent conseil pour le perdre.

Un autre exemple encore : Le Seigneur se meurt sur la croix. Les Pharisiens le font garder eux-mêmes. A l'aurore de Pâques, leurs propres gardiens rapportent, en balbutiant de leurs lèvres blêmes, que le mort est ressuscité. Les croient-ils ? Non!

— Dites que ses disciples sont venus le chercher pendant que vous dormiez, leur ordonnent-ils.

Quels cas stupéfiants! Ils démontrent cette capacité tragique de l'homme qui peut encore fermer les yeux devant la vérité la plus claire. Je ne veux pas! Je ne veux pas croire! Non et non!

Combien elle est vraie la phrase de Pascal : « Tâche de te persuader des vérités éternelles non en accumulant les raisons, mais en diminuant tes passions ».

« Ne te casse pas trop la tête, brise plutôt ta volonté rebelle, c'est faire davantage! (CLAuDIus).


Le darwinisme.

La religion catholique n'a donc rien à craindre de la science, c'est-à-dire que la foi n'est nullement l'ennemie du progrès scientifique. Sans doute, notre religion ne cède pas sur les anciens articles de sa foi, devant des hypothèses nouvelles non prouvées, mais cela ne signifie pas que l'Église mette un frein au progrès raisonnable. Au contraire, elle le favorise de toutes ses forces.

Sa devise est celle du poète allemand

Tenir fidèlement aux bonnes choses anciennes, mais ne pas craindre sans cause ce qui est nouveau ».

Le temps justifie toujours ce point de vue réservé de l'Église. Je n'ai qu'à citer le cas du darwinisme pour le prouver. Pendant des dizaines d'années, on en fit une arme contre une des thèses fondamentales de la foi : celle de la différence essentielle entre l'homme et l'animal.

Il y a peu de temps encore, la mode était de proclamer que l'homme descend du singe. On l'enseignait partout comme une vérité de l'histoire naturelle. Pourtant, en face même du darwinisme qui menaçait de conquérir le monde entier, l'Église catholique maintint son ancien dogme sur la création de l'homme. On la railla, on la traita de retardataire : rien n'y fit.

Et le temps donna raison à l'Église. Aujourd'hui, les partisans des ancêtres singes se taisent prudemment.

Il faut remarquer que les savants sérieux s'étaient tenus sur la réserve dès le commencement : ce n'étaient pas les savants véritables qui avaient répandu la nouvelle de notre descendance animale dans le monde à grands cris de triomphe. Ceux qui se jetèrent sur une ou deux réflexions vagues et incertaines de ces savants et proclamèrent les hypothèses non démontrées pour les dogmes inébranlables de la science, y cherchaient des arguments pour arriver à leurs fins révolutionnaires. Athées, francs-maçons, socialistes, communistes et autres éléments révolutionnaires l'accueillirent avec enthousiasme et se cramponnent encore à l'hypothèse du singe, ce qui est bien naturel; car ils ne peuvent donner un semblant de justice à leurs efforts que si l'homme n'est en vérité qu'un animal non soumis à des lois morales plus élevées.

Et ces gens-là ne voyaient-ils pas le grand défaut de toute cette hypothèse ? Si, ils le voyaient. Mais ils fermaient les yeux, parce que l'hypothèse leur convenait.

Quel est donc ce défaut ?

C'est le « missing link », « l'anneau manquant » de la chaîne. Car si tout était arrivé comme Darwin se l'imaginait, c'est-à-dire s'il avait fallu au moins 140 millions d'années pour l'évolution du singe jusqu'à l'homme, il faudrait avoir trouvé des milliers et des milliers d'êtres de transition dans les couches géologiques ! Nous devrions encore trouver par centaines de mille les squelettes de ceux qui n'étaient plus tout à fait singes, mais pas encore hommes non plus. Et ce sont justement ces chaînons qui manquent totalement. Ceux qu'on a trouvés jusqu'ici ont décidément un crâne de singe, ou bien une tête humaine très convenable. La fameuse théorie manque donc da témoignage décisif que « l'anneau manquant » pourrait seul lui fournir.

Pourtant quelques disciples fanatiques de Darwin ne ménagèrent pas leurs peines en se mettant à la recherche de l'homme singe. Sitôt qu'un vieux crâne apparaissait au fond d'une caverne, ils criaient au singe. Cependant le grand savant français, Quatrefages (f 1892), refroidit leur enthousiasme en écrivant (Rapport sur le progrès de l'anthropologie) :

« D'après le résultat unanime des recherches anthropologiques, nous n'avons plus aucun droit de voir un cerveau humain en voie de développement dans le cerveau du singe, et, dans le cerveau humain, un cerveau de singe développé. Entre l'homme et le singe, il n'y a point de transition possible ».

Et Virchow, un des adversaires les plus savants du darwinisme, écrit tout franchement (Bericht über die Naturforscherversammlung im Jahr 1877) :

« Je ne serais ni étonné ni choqué, si l'on me prouvait que l'ancêtre de l'humanité se trouvait parmi les animaux vertébrés... Mais il faut dire que chaque pas positif fait dans l'étude de l'homme préhistorique nous a plutôt éloignés de cette supposition ».

Un savant protestant, Robert Mayer, fondateur de la théorie moderne sur la chaleur, écrit avec raison (Kleinere Schriften und Briefe, Stuttgart, 1893, p. 460) :

« De mon point de vue, j'ai principalement les objections suivantes à faire au darwinisme : d'innombrables unités végétales et animales sont appelées à v ivre à chaque moment sous nos yeux par la fécondation; mais le comment de ce procédé reste un mystère insaisissable et un secret impossible à éclairer pour la biologie scientifique... Et lorsque nous nous trouvons obligés d'avouer notre ignorance complète en face des faits qui se produisent aujourd'hui et sous nos yeux, Darwin apparaît comme un second Dieu et nous donne une description minutieuse de l'origine des êtres organiques sur la terre. A mon avis, c'est une chose qui dépasse les capacités humaines... »

Nous pouvons encore avancer d'un pas. Si notre descendance simiesque était réelle, elle ne se serait point bornée à un seul cas, mais devrait se reproduire constamment. C'est-à-dire qu'aujourd'hui encore, nous devrions voir des millions de ces êtres de transition, ni hommes ni singes, dont l'ancêtre, fatigué du métier de singe, se serait mis en devoir de devenir homme. Mais où a-t-on jamais vu un seul de ces êtres ?

Mais alors, d'où provient l'homme ?

De la main de Dieu, dont la pensée créatrice forma le premier corps humain auquel Il insuffla l'âme vivifiante, capable d'un travail sublime, assoiffée de choses élevées. C'est la réponse de notre religion.

D'où provient l'homme ? Il s'est développé le long des âges de son ancêtre le singe. C'est la réponse du darwinisme.

Que le darwinisme nous explique encore ceci :

Quelle était donc la force mystérieuse qui forma d'un animal velu, grimpant aux arbres, l'Apollon du Belvédère, Michel-Ange, Shakespeare, Raphaël, Marconi ? Quelle était la force qui fit découvrir à cet animal velu la machine à vapeur, l'électricité, la radio, qui lui fit écrire la Divine Comédie , les Symphonies de Beethoven, le Requiem de Mozart, en même temps que le frère de cet animal continuait à grimper aux arbres, incapable d'allumer le feu et de tailler un morceau de bois ?

Répondez à cette question, vous qui niez que l'homme est un être spirituel raisonnable et plus élevé que l'animal!

Foerster, le grand pédagogue, écrit :

« Peut-on imaginer une foi plus grande et plus merveilleuse que celle qui suppose que tout dérive de l'évolution naturelle ? C'est nous poser la thèse incompréhensible de la « Cause suffisante ». Car en ce cas, d'où vient l'évolution elle-même, qui put engendrer un monde aussi miraculeux ? En vérité, si nous ne voulons pas cesser de penser, au moment précis où le phénomène nous oblige à chercher la cause suprême, il ne nous reste qu'à reconnaître notre impuissance à expliquer le monde, sauf en acceptant un Esprit créateur dont la puissance dépasse infiniment la nôtre.

Selon le darwinisme, l'homme n'est que le résultat de l'évolution naturelle, c'est-à-dire qu'entre la nature et l'homme il n'y a point de différence essentielle. Pourtant, nous n'avons qu'à jeter un regard en nous-mêmes pour apercevoir la différence énorme et insurmontable qui sépare le monde de l'homme du monde de la nature.

Imaginez-vous un peu : si le sapin n'existait pas, est-ce que le monde serait beaucoup changé pour cela ? Il changerait à peine, n'est-ce pas ? Jadis, des animaux monstrueux vivaient sur la terre, dont quelques-uns avaient 15 mètres de longueur : l'élasmosaure, l'ichtyosaure, le ptérodactyle, etc. Ils ont péri depuis longtemps. A qui manquent-ils ? A personne. Pourquoi ? Parce que tout cela n'appartenait qu'à la nature, et si la nature perd un de ses éléments, il n'y paraît même pas.

' Mais que l'homme vienne à disparaître, imaginez- vous le monde immense qui disparaîtrait avec lui : la foi, la science, l'art, le droit, l'industrie, le commerce, l'éducation, l'idéal,_ les églises, les tableaux, le chemin de fer, l'aéroplane, la radio, Pourquoi ? Justement parce que l'homme représente un monde complète­ ment différent de la nature, et que tous les trésors de la civilisation énumérés ci-dessus ne sont pas une part de la nature, mais la floraison merveilleuse de l'âme humaine qui plane au-dessus de la nature.

Ceux qui prétendent que l'homme vient de l'animal, qu'il est donc un être exclusivement naturel, ne peuvent avoir raison, car, en ce cas, il ne pourrait porter et produire que des valeurs naturelles. Mais l'homme est plus que la nature; par conséquent, il ne peut être l'oeuvre de la nature, c'est-à-dire le petit-fils du singe.

Ne crois donc pas, mon cher enfant, que la science moderne a arraché de notre front la couronne : notre origine divine ! Sois fier de cette ressemblance avec le Créateur! Non, nous ne sommes point des animaux; nous ne marchons pas à quatre pattes, la tête courbée vers la terre! Notre regard cherche le ciel! Nous ne sommes pas destinés à nous procurer, par n'importe quels moyens, autant de jouissances que possible dans la vie; l'amour de la beauté et de la noblesse qui nous brûle n'est pas une illusion trompeuse. Le désir animal n'a pas le droit de nous commander; l'argent et le plaisir sensuel ne sont pas le but principal de notre vie.

J'espère, mon fils, que tu ne te méprendras pas sur mes graves paroles en pensant qu'il faut mépriser la science et faire peu de cas du travail des naturalistes. Ce serait fausser mon intention. Je souhaite, au contraire, que tout travail scientifique sérieux te soit sacré. Mais on peut commettre des abus au nom sacré de la science. Ici, tu n'as lu que des objections légitimes et vraies à ces abus.

— Mais nombre de livres prêchent encore toujours le darwinisme, diras-tu peut-être.

C'est vrai et c'est bien regrettable.. Comment expliquer que le grand public tient encore d'une façon si tenace à ce darwinisme qui agonise déjà dans le monde scientifique ?

La cause en est claire : le darwinisme entraîne une

morale extrêmement commode, précisément celle qui convient à beaucoup de gens aujourd'hui. C'est la licence complète. Donc, le darwinisme est un parfait vernis scientifique pour justifier l'immoralité la plus sauvage. C'est pour cela qu'il est si cher à quelques- uns. Le feu follet de la pourriture flotte dans la nuit du marécage. Le darwinisme est le feu follet causé par la morale pourrie de la société contemporaine.


L'aigle et le roitelet.

L'Européen moderne, mécontent et inquiet, a souvent recours à la philosophie de l'Orient au lieu du Christianisme. Le Bouddhisme... Gandhi... Rabindranath Tagore... les méditations mystiques... la sagesse des fakirs... tels sont les mots qui flottent dans l'air autour de nous. Que dire de cette épidémie moderne ?

Ces philosophies orientales contiennent incontestablement des idées belles et touchantes. Mais — et c'est là le côté intéressant — pas une seule de ces idées n'est nouvelle, et point n'est besoin de les chercher là-bas : toutes, elles font partie du trésor spirituel du Christianisme depuis presque deux mille ans.

Après tout, ce n'est pas un défaut. Peu importe qu'une doctrine soit nouvelle, pourvu qu'elle soit vraie. Et si Tagore et les autres philosophes de l'Orient ont trouvé des vérités chrétiennes sans le Christianisme, nous nous en réjouissons, parce que cela signifie que les thèses morales de notre religion ont une valeur universelle, et jaillissent de la nature humaine elle même. Les philosophes de l'Orient ne peuvent note donner autre chose que la satisfaction d'aimer plus consciemment notre trésor, notre foi chrétienne.

D'autres encore s'efforcent de créer un antagonisme entre l'Église et la civilisation, quoiqu'il soit évident que toute notre culture d'aujourd'hui a jailli du travail de l'Église.

Qui donc propagea d'abord la civilisation chez les barbares ? Qui enseigna aux peuples les éléments de l'agriculture, comment semer, labourer, économiser ? Qui défricha les forêts vierges ? Qui dessécha les marais ? Quels furent les premiers soldats de la civilisation ? L'histoire nous répond : les missionnaires, les prêtres, les serviteurs de l'Église catholique.

Mais continuons encore nos questions : Qui soutint les écoles pendant des siècles entiers ? Seule, l'Église catholique. Hors d'elle, nul ne se souciait de la science, pas même l'état. A qui devons-nous la conservation des oeuvres classiques des auteurs grecs et romains ? Aux moines du moyen âge, qui les copiaient inlassablement jour et nuit.

Sûrement tu connais l'histoire de l'aigle et du roitelet.

— Qui de nous deux peut voler le plus haut ? dit le roitelet à l'aigle. Parions que c'est moi!

L'aigle déploya ses ailes majestueuses et s'enfonça dans le ciel lumineux. Mais le petit roitelet s'était posé sur le dos de l'aigle à la dérobée, et lorsque celui-ci voulut jouir de sa victoire et se reposer dans les airs, d'un coup d'aile, le petit oiseau malin s'élança plus haut et cria triomphalement :

— Je t'ai dépassé, c'est moi qui suis le plus haut! Pourtant, il ne serait jamais arrivé là sans l'aigle. Oui, la civilisation contemporaine est montée bien haut, mais elle oublierait volontiers que toute culture moderne est née de la culture religieuse; elle s'en est nourrie pendant des siècles, elle a pris son élan de son sein, et si elle ne veut pas périr, elle ne peut renier sa mère.

Un jour, je vis un pauvre petit Bohémien qui buvait à un puits de village. Il buvait à pleine gorge, et, lorsqu'il fut désaltéré, il cracha dans, le puits. Tel fut son geste de reconnaissance. C'est exactement le cas de ceux qui, s'enorgueillissant de la culture moderne, déprécient les aigles de la culture religieuse, à la manière du roitelet vantard.

Pourtant, l'homme d'aujourd'hui s'aperçoit de plus en plus que le progrès purement matériel, les avantages des perfectionnements techniques ne suffisent pas à rendre l'humanité plus heureuse. Notre technique moderne s'est développée d'une façon vertigineuse, mais nous n'en avons pas moins besoin de la religion; car sans religion, nous pouvons avoir la civilisation, mais non la culture.

Quelle est donc la différence entre les deux ? Exactement la même chose qu'à Budapest entre la gare de l'Est et la Place de l'Université. Là-bas, ce sont les locomotives sifflantes, ronflantes, qui font vibrer la voûte de verre et amènent des wagons bondés à la foule qui se presse pour les recevoir : c'est là la civilisation. Ici, par contre, à 8 heures du matin, un jeune homme penche la tête sur ses mains jointes pour la prière dans le silence mystique de l'église, puis il ramasse ses cahiers et entre dans l'université, voilà la culture.

Oui, certainement, nous avons besoin de machines, de locomotives, d'automobiles, d'antennes, en un mot, de la civilisation, de la culture technique; m a i s nous avons non moins besoin de l'église, de l'école, de l'art, de l'idéal, c'est-à-dire de la culture spirituelle.


Je ne crois que ce que je vois!

«La cause principale de nos doutes religieux, c'est notre confiance en la puissance illimitée et l'infaillibilité de notre cerveau » (J. Eeviis).

Jamais je n'avais si bien senti la vérité de ces paroles d'aityttis que le jour où un chef d'équipe qui se croyait très intelligent me dit :

— Eh bien! Non. Je ne crois pas à l'au-delà, ni à la religion, ni à Dieu, car je ne crois que ce que je vois. Et il rejeta fièrement la tête en arrière.

Mon homme était profondément persuadé d'avoir dit une vérité à ébranler le monde, comme tous ceux qui disent ces choses-là.

Pourtant...

Pourtant, plus on a étudié, plus modestement on avoue que tout autour de nous le monde est plein de choses que nous ne connaissons pas, que nous ne voyons pas, que nos sens sont incapables de percevoir, mais qui existent néanmoins.

Plus un esprit est grand, moins il s'étonne de trouver des mystères que le cerveau humain ne suffit pas à approfondir.

L'étude nous fait comprendre toujours mieux que notre petit esprit borné n'avance qu'à tâtons et en Clignotant parmi les vérités inépuisables de la création et n'en aperçoit pas beaucoup plus que le hibou voit du monde par la lumière de midi.

Il y a des jeunes gens qui se plaignent après la leçon de religion :

— Il faut donc croire, toujours croire!...

Mais oui, mon ami, il faut croire. Il y a nombre de choses que nous ne connaissons pas même dans le monde matériel de tous les jours, et que nous sommes pourtant obligés de croire. Celui qui pense qu'il sait tout du monde et n'a aucune idée des mystères et des secrets qui entourent notre vie, peut seul sourire avec supériorité de la foi religieuse.

Nous ressemblons à des gens qui seraient assis au fond d'un puits et regarderaient en haut. Que verraient-ils ? Un bout de ciel, aussi grand que ma main : c'est la mesure du savoir humain.

L'ensemble de la science paraît énorme à la foule, écrit le chimiste Schânbein, mais le savant qui en a l'expérience sent bien ses imperfections et ses lacunes. Il sait avec certitude que jusqu'à ce jour l'homme ne connaît qu'une partie infime de ce que la nature porte en elle.

Le célèbre naturaliste Reinke exprime la même idée en ces termes :

Du temps de Socrate déjà, le commencement de la philosophie était de savoir que nous ne savons rien. Et la fin de la philosophie, c'est de reconnaître qu'il nous faut croire. C'est là le sort invariable de toute sagesse humaine.

Les grands savants sont aussi modestes dans leur déclaration, vois-tu. Et mon ouvrier, et ton ami de 16 ans ne croient que ce qu'ils peuvent voir!

« Il y a plus de choses entre le ciel et la terre que ta philosophie ne peut en pressentir, ô Horatio » — ce sont les mots de Shakespeare. Il a bien raison. Et Géirdonyi, notre fameux écrivain hongrois a raison aussi en disant :

« Si quelqu'un croit à tout, je soupçonne que c'est un sot; mais si quelqu'un ne croit qu'à ce qu'il peut voir de ses yeux, je ne le soupçonne même plus n.

Je vais vous démontrer la vérité de cette phrase par quelques exemples.

Nous croyons sans voir.

D'abord, il y a nombre de choses dans la vie quotidienne que nous croyons sans les voir et celui qui n'y croirait point ne pourrait faire un seul pas dans la vie.

Sais-tu, mon fils, qui sont tes parents et tes frères et soeurs ?

• Comment donc ne le saurais-je pas ? Demandes-tu étonné.

Pourtant, vois-tu, tu ne le sais pas, il n'est pas en ton pouvoir de t'en assurer, mais tu le crois parce qu'on te l'a dit ainsi depuis ton enfance.

Lorsque tu vas à l'école pour la première fois, le maître écrit un signe sur le tableau noir et dit :

• Ceci, c'est la lettre A. Cela, la lettre O.

Et tu le crois.

Tu reviens de l'école, affamé : on sert la bonne soupe chaude. N'y a-t-il pas de poison dedans ? Tu n'en sais rien, mais tu le crois, tu crois de toutes tes forces que la cuisinière n'est pas une malfaitrice.

La bataille des Thermopyles eut lieu au v siècle avant Jésus-Christ. La Vistule se jette dans la mer Baltique en passant par Cracovie, Sandomir et Varsovie. Le Japon comprend quatre grandes îles nommées Nippon, Sikok, Kiou-Siou et Yéso.

Sais-tu tout cela ? Non, tu le crois seulement.

En étudiant l'histoire, tu crois tout, depuis la première ligne jusqu'à la dernière, car tu n'as pu voir aucun de ces événements. Tu crois aussi la plupart des données de la géographie. Nous sommes obligés de croire tous les jours! L'enfant croit ses parents et les parents croient leur fils. Quelle douleur accablante dans la vie d'un jeune garçon quand il s'aperçoit que ses parents ne le croient plus sur parole, ou même en doutent!

Le fameux juriste du xvi siècle, Hugo Grotius, écrivait déjà :

« Sans la foi, tout s'écroule : l'histoire, les sciences naturelles, la médecine, même les relations entre les parents et les enfants ».

Fechner, physicien célèbre du siècle dernier, s'exprime encore plus clairement :

« Tout notre savoir historique suppose la confiance dans nos sources; toute notre science empirique suppose la croyance que d'autres ont vu juste et n'ont écrit que ce qu'ils voyaient juste... Que resterait-il de la science entière, si cette foi s'écroulait ? Ôtez la foi de la science et c'en est fait du savant ».

Oui, dans la vie de tous les jours, nous avons constamment besoin de la foi : l'historien croit ses sources, le juge croit les témoins, le malade croit le médecin, l'étudiant croit son professeur.

Eh bien! si la science exige tant de foi, est-il donc étonnant que la religion en demande aussi dans les cas nombreux où l'esprit humain si limité ne suffit pas à découvrir l'essence des choses ?

J'entends d'ici la réponse que me font certains de mes lecteurs :

— C'est vrai que je n'ai pas vu l'Amérique, mais je crois que ce continent existe, parce que d'autres l'ont vu et me l'ont dit. Et je crois aussi les autres choses scientifiques, car elles sont affirmées par des hommes dignes de foi.

Ce raisonnement est parfaitement juste. Moi aussi, je suis de l'avis que nous ne devons croire que les sources méritant toute confiance et les témoins capables de dire la vérité et prêts à la dire. Mais c'est exactement le cas de la foi religieuse aussi. Notre religion contient des dogmes que notre esprit ne parvient pas à saisir. Pourquoi les croyons-nous alors ? Parce que leur vérité est garantie par un témoin qui sait tout et dont la parole est la vérité même : Notre Seigneur Jésus-Christ.


Combien de choses nous croyons!

Sais-tu, mon fils, que même dans les sciences dites exactes, les mathématiques, la géométrie, la physique, il y a bien des choses qu'on ne peut prouver, à commencer par les thèses fondamentales ? Il faut les accepter simplement, c'est-à-dire les croire.

• Cela, je ne l'aurais jamais pensé! T'écries-tu

Qu'est-ce que la foi a à faire avec les mathématiques et la physique ?

• Beaucoup, mon ami.

Voyons les mathématiques d'abord.

• Ici, la foi n'a vraiment aucun rôle. Ici, on prouve tout par une logique de fer, par des conclusions toutes claires. Les choses dérivent les unes des autres, elles se tiennent comme les anneaux d'une chaîne.

C'est là ton raisonnement. Il est parfaitement juste.

Les anneaux de la chaîne se tiennent réciproquement. Mais tu oublies une chose : c'est que la chaîne entière est suspendue en l'air! C'est-à-dire que justement les thèses fondamentales sur lesquelles sont bâties toutes les mathématiques, ne peuvent pas être prouvées.

Quelles sont-elles, ces thèses ?

Par exemple, que le tout est plus grand que la partie; le chemin le plus court entre deux points, c'est la ligne droite; si deux quantités sont égales à une troisième quantité, elles sont aussi égales entre elles.

Comment ! Cela ne peut pas être prouvé ? Mais on n'a qu'à jeter un coup d'oeil pour voir qu'il doit en être ainsi...

C'est cela. Il doit en être ainsi. Car s'il en était autrement, nous ne pourrions pas avancer d'un seul pas. Par conséquent, c'est ainsi, parce que cela doit être ainsi. Mais quant à le prouver ?... Impossible.

Dans la physique et la chimie, il y a encore plus de choses que nous ne savons pas. Pour commencer, voici la question la plus difficile :

Qu'est-ce que la matière ?

Pour y répondre, nous divisons les corps en leurs parties les plus petites : les atomes. Mais qu'est-ce que l'atome ? Quelque chose d'infiniment petit, jusqu'à en être invisible. De la matière invisible! Un mystère plus profond que le corps entier que nous voulions expliquer par lui.

« L'attraction des corps... » Avec quelle facilité cette expression nous vient aux lèvres! L'astronomie entière est fondée là-dessus. Mais qu'est-ce que l'attraction des corps ?

« Je reconnais, dit Newton, que les corps se comportent comme s'ils s'attiraient les uns les autres; j'ignore si cette attraction existe réellement; et l e comment de cette attraction dépasse complètement ma compréhension ».

En général, qu'est-ce que la force ? Franchement, nous n'en savons rien. Thompson, le physicien anglais de réputation mondiale, écrivait :

« La force de la gravitation est le mystère des mystères; de même, toutes les forces moléculaires, le magnétisme, l'électricité, etc. Quant à la nature vivante, elle nous offre encore incomparablement plus de points obscurs... Nous pourrions presque dire que nous ne comprenons rien aux énergies qui travaillent les organismes vivants. De la digestion, de la multiplication, de l'instinct, nous avons des connaissances tellement fragiles que nous pouvons bien l'avouer : ces connaissances se bornent uniquement à énumérer les phénomènes qui se produisent dans la nature. Notre savoir et notre compréhension ne font pas la millième partie de ce que la connaissance totale exigerait. En levant le bras, dit Pasteur, ou en mettant nos dents en action, nous faisons des choses que nul ne peut vraiment expliquer » (BRAUN, Kosmogonie, 1905, p. 322).

Mais voici une autre question, spécialement actuelle de nos jours

Qu'est-ce que l'électricité ? La force électrique éclaire et chauffe nos maisons, elle est la force motrice de nos machines, c'est par elle que nous entendons la radio. Mais jamais personne en ce monde n'a encore su ce qu'elle est.

A ce propos, on se raconte une histoire amusante à l'École Polytechnique de Budapest.

Un candidat se présenta à l'examen devant notre célèbre physicien, le baron Laurent Eôtvâs. Il ne put répondre à aucune des questions posées. A la fin, il supplia le professeur de lui en faire encore une dernière.

• Eh bien! mon ami, dites-moi ce que c'est que l'électricité ? demanda Etitvi3s.

• L'électricité ? L'électricité ?. Je le savais, monsieur le professeur... mais je l'ai oublié... louis sourit doucement.

• A présent, mon ami, vous méritez pleinement votre échec. Jusqu'ici, personne au monde n'a encre su ce que c'est que l'électricité. Vous seul, vous le saviez et vous l'avez oublié !...