| |
DANS LA BELLE NATURE DE DIEU -2
|
La souris dans la tente .
Ce matin de bonne heure, un cri strident retentit dans la tente des « Aigles ». Les éclaireurs de garde se précipitèrent dans la direction de cette voix déchirante, et trouvèrent le petit Jacquot assis sur sa paillasse, tremblant comme une feuille. Il était presque vert à force d'être pâle et il put à peine répondre aux questions dont on l'accabla.
J'ai vu une souris! Gémit-il. Une souris véritable ! Elle a couru sur ma paillasse et... brrr... j'en tremble encore !...
— Et c'est pour ça que tu as crié comme si on t'écorchait ? Mais c'est scandaleux ! Tu n'as pas honte, Jacquot ?
Par bonheur, personne ne s'était éveillé. On aurait pu tirer le canon sans troubler le sommeil des « Aigles » et les éclaireurs de garde avaient seul entendu.
L'un d'eux, Louis, se mit pourtant à fabriquer une souricière après dîner, pour tranquilliser Jacquot. Il attacha une petite cage en fil de fer à une planchette. A l'intérieur, il construisit un corridor devenant toujours plus étroit, avec de petits bouts de fil de fer. A l'extrémité de cette allée on devait mettre du lard pour attirer la souris. Les enfants le regardaient faire avec intérêt. Ce n'était pas l'affaire de tout le monde que de fabriquer une souricière ! Celle-ci n'avait certainement pas sa pareille dans le camp.
— Ta souricière, Louis, me rappelle, dit le commandant, une plante nommée Nephentes destillator, qui sait construire une trappe tout aussi ingénieuse. Au bout de ses longues feuilles effilées, se trouve un e sorte de petite cruche ouverte par en haut. Au bord de ces petites cruches, la plante transpire le miel le plus fin. Vous pensez bien que les insectes, abeilles, fourmis et autres gourmets se le disputent. En se régalant sans penser à mal, ils commencent à glisser, tombent dans la cruche, et ne peuvent plus en sortir. Des poils pointus se dressent dans le mur de la cruche, exactement comme les fils de fer de Louis, et les empêchent de se sauver. Au fond de la cruche, le « lac de la mort » attend les malheureuses victimes pour les dévorer et les digérer. Il consiste en un liquide également produit par cette plante rusée, et qui ressemble à l'acide gastrique de l'estomac humain.
• C'est bien là le « struggle for life », la lutte pour la vie, dit François. En sa qualité de Polytechnicien, il lui seyait de faire de la philosophie.
• Sans doute, c'est un combat éternel par le monde entier. Les plantes et les animaux se font la guerre réciproquement; plantes et animaux se combattent entre eux aussi. Mais en y regardant de près, nous sommes obligés de voir que tout cela ne se fait pas aveuglément, pêle-mêle, mais que cette lutte elle-même fait partie du plan incomparablement nuancé et grandiose, d'après lequel le Créateur dirige le monde. Je ne saurais dire ce qui me frappe davantage, parmi les oeuvres merveilleuses de Dieu : le monde inexprimablement grand des astres ou les racines, les feuilles, les cellules de la plus humble plante.
— Les cellules de la plante ? S'étonna Charles. Vous trouvez toujours de quoi vous émerveiller, mon commandant.
— Sans doute, mon garçon. Apprends à observer l a nature les yeux bien ouverts et tu trouveras partout l a main de Dieu, toi aussi. C'est là une tâche digne d' u n éclaireur! Mais revenons à la cellule.
Vous savez bien qu'en fin de compte, toute plante est composée de cellules. Une cellule est si petite q u'elle est invisible; elle n'a souvent que la centième partie d'un millimètre. Au dedans de chaque cellule, il y a une matière muqueuse, mystérieuse, qu'on appelle protoplasme. C'est le porteur de la vie animale et végétale.
Et cette cellule invisible a sa vie propre. Mais comment ? Pourquoi ? Et qu'est-ce que la vie ? A ces questions, personne encore n'a su répondre. Écoutez un peu. Au commencement, la paroi de la cellule est très mince, cependant le protoplasme qui y circule l'épaissit continuellement. Pour conserver la tension de ces parois, il faut une pression intérieure très grande, souvent de vingt atmosphères. De fait, cette pression existe. Mais d'où provient-elle ? Nous l'ignorons.
Pour assurer la croissance de la cellule, et, par là, de la plante, il faut que le protoplasme absorbe diverses matières à travers la paroi. Cette absorption a certainement lieu, bien qu'on n'aperçoive ni fentes ni pores dans la paroi. Comment ? Personne n'en sait rien.
Ensuite, la cellule n'est pas libre de se nourrir à l'aventure. En effet, elle choisit ses aliments avec soin tant en fait de qualité qu'en fait de quantité.
Eh bien! Qui est-ce qui dirige ce choix et tout le travail mystérieux des innombrables cellules ? N'oublions pas qu'il en faut des milliards pour composer un seul corps !... Encore une chose que nous ne savons pas.
Mais continuons. Il est nécessaire pour la croissance de la plante que ses cellules se multiplient. Comment cette multiplication peut-elle se produire ? Sans protoplasme, il n'y a point de cellule, le protoplasme, par contre, ne peut sortir de la cellule. Alors, comment faire naître une cellule nouvelle ?
Une fois de plus, Quelqu'un a tranché la difficulté. Sitôt que la cellule atteint un certain volume, une paroi se forme dans son intérieur et, ainsi divisée, elle se sépare en deux parties égales. La cellule nouvelle se divise de même, et, par ce moyen, la croissance des racines, du tronc, de l'écorce, des branches, feuilles, fleurs et fruits est assurée.
Une seule nuit de printemps produit des milliards et des milliards de cellules. Le matin, nous prenons plaisir à la floraison nouvelle, mais qui donc pense aux procédés mystérieux que l'éclosion d'un bourgeon nécessite ?
• Commandant, j'ai lu quelque part que les racines des plantes étaient merveilleusement construites.
• En effet, ce sont de véritables chefs-d'œuvre! Pensez donc : qu'est-ce qui pousse les racines à s'enfoncer dans la terre pendant que le tronc s'élance en haut ? La même force agit simultanément en deux sens différents! La botanique nous donne une explication qui n'explique rien du tout : « C'est ainsi parce que la racine est géotrupe (tournée vers la terre) et le tronc est héliotrope (tourné vers le soleil). Bien, mais d'où proviennent ces qualités spécifiques ? Certaines cellules de la plante tendent en haut, d'autres en bas. Pourquoi ne s'en vont-elles pas toutes en haut ou bien toutes en bas ? Qui est-ce qui les dirige ?
La plante ne saurait répondre à cette question. Mais elle enfonce sa racine en terre sans hésiter.
— Ça doit être joliment difficile de percer cette couche dure, n'est-ce pas, mon commandant ?
• Je te crois que c'est difficile! La racine, vois-tu, ne peut pas pousser la terre devant elle, il faut qu'elle l a pousse de côté. Et cela, c'est de la dure besogne! Vous rappelez-vous quelle peine vous avez eue à enfoncer le poteau central qui soutient le toit de la tente ? Pourtant c'était un pieu de fer pointu qui ne devait pénétrer qu'à vingt centimètres, tandis qu'ici,. il s'agit d'un fil de racine faible et pliant! Essayez une fois d'enfoncer un mince fil de fer dans la terre, rien qu'à un millimètre! Vous verrez que ce n'est pas facile! Et savez-vous quelle est l'étendue totale des racines d'une courge un peu grande ?
• Ça fera bien quelques mètres, opina Étienne.
• Y penses-tu, Étienne ? Ça fait vingt-cinq kilomètres! Sérieusement, si l'on ajoutait tous les fils de racine d'une grande courge les uns aux autres, ils atteindraient jusqu'à vingt-cinq kilomètres! Eh bien! d'où ces petites cellules invisibles prennent-elles cette force épouvantable ?
Voyez maintenant ce chêne qui nous couvre de son ombre. Tiens, Martin, tu as déjà passé l'épreuve de Ire classe. Essaye de juger sa hauteur!
• Il peut avoir quinze mètres à peu près.
• Mettons quinze mètres. Imaginez-vous à présent sur quelle périphérie ce chêne a dû enfoncer racine sur racine dans ce sol dur et pierreux, afin de pouvoir braver la tempête! N'est-ce pas que la troupe des « Alouettes » a juste pu enfoncer les pieux qui tiennent les cordes de la tente. Et lorsque Louis s'est entêté l'autre jour à ôter le tronc de l'orme coupé pour y planter le drapeau du camp, vous vous ranimiez qu'il a dû y renoncer après s'être évertué pendant u ne demi-journée, à bêcher, piocher et scier. vient cette force inouïe des racines qui a su résister pendant une demi journée à la hache de Louis ?
• Est-ce que la racine sert seulement à faire tenir l'arbre debout ? demanda Jacquot.
• Non, ce n'est qu'une de ses tâches. L'autre, c ' est de le nourrir. En jugeant la chose superficiellement, ces deux tâches semblent se contredire car, en sa qualité de soutien, il faut que la racine soit dure et solide, n'est-ce pas ? C'est pour cela qu'à côté des grosses racines, il y a les minces. Ce sont elles qui, dans les profondeurs du sol, absorbent la nourriture de l'arbre Comment le font-elles ? Voilà encore un procédé mystérieux. Quelle quantité d'eau, seulement, doit être littéralement bue par ces racines aussi fines qu'un cheveu! Pour vous en donner une idée, je vous dirai une chose presque incroyable, mais scientifiquement démontrée c'est que, pendant un seul été, un hêtre centenaire fait évaporer 9000 kilogrammes d'eau à travers ses feuilles ! Imaginez-vous quel travail inouï cela signifie pour les racines, qui doivent tirer une bonne partie de cette eau du sol.
En plus de l'eau, les racines doivent encore procurer une part des autres aliments dont l'arbre a besoin, notamment : l'hydrogène, l'oxygène, l'azote, l e soufre, le phosphore; de plus, du kalium, du calcium, du magnésium et du fer. Et les racines trouvent tout cela sous la forme de mélanges différents et, de chaque métal, elles absorbent exactement la quantité nécessaire à l'arbre.
Est-ce que les racines ont une pompe aspirante comme on s'en sert pour éteindre le feu ? Ou alors, comment font-elles pour absorber tout cela ? demanda Jacquot.
— Cela, mon garçon, est un procédé bien curieux, en effet. Les pompiers travaillent avec des machines hydrauliques à vapeur. La plante n'a pas l'ombre d'une pompe, pourtant quelqu'un a trouvé moyen de lui faire monter la sève alimentaire aussi haut que cela est nécessaire. Jusqu'à la cime de l'arbre, à 20-30- 40 mètres souvent!
• Oui, nous avons appris que c'est la loi de capillarité qui fait cela, interrompit André.
• Parfaitement, l'ascension de la sève dans les végétaux est un phénomène de capillarité. Mais cette loi ne fait que constater le procédé. Pourquoi en est-il ainsi ? Qui est-ce qui fait monter 9000 kilogrammes d'eau à une hauteur de six étages dans ce hêtre qui étale son feuillage au-dessus de nous ?
Il faut que je vous raconte encore une chose extraordinaire. Un jour, un botaniste trouva, dans les racines d'un arbre... devinez quoi ? Une semelle de soulier!
• Vrai ? Une semelle de soulier ? S'étonna Julien. Comment donc pouvait-elle se trouver là ?
• Eh bien! Quelqu'un avait probablement enterré un mauvais soulier et le hasard voulut qu'une graine tombât dessus. La graine prit racine et essaya de l'enfoncer en terre. Tout alla bien jusqu'au jour où la racine rencontra la semelle du soulier. Mais que devait-elle faire alors ? Lui fallait-il désespérer de son sort ? Pas du tout. Elle prend, au contraire, une résolution hardie. Il est vrai qu'elle ne peut fendre la grosse semelle, mais celle-ci a été percée d'une quantité de petits trous par le cordonnier qui l'avait clouée a u soulier. Et voilà, la racine se divise en autant de petit s filets qu'il y a de trous dans la semelle formant obstacle; ceux-ci s'enfilent dans les trous et se réunissent dessous en une seule racine qui continue de se fourrer dans le sol.
• Cela fait une bonne leçon pour nous, m on commandant! Car il faut dire que les difficultés et les vains efforts nous font bien vite perdre la bonne humeur !
|
Le travail des feuilles
Savez-vous, mes enfants, que le travail des feuilles est encore plus étonnant que celui des racines ? Les feuilles sont le poumon de l'arbre, car il respire par elles, mais aussi sa bouche, car, comme les racines, elles servent en partie à absorber sa nourriture, Mais, en même temps, les feuilles font la besogne de l'estomac, car ce sont elles qui transforment et assimilent les matières absorbées.
Justement nous venons d'apprendre que l'arbre qu'on dépouille de ses feuilles meurt à cause de cela, dit Germain.
Mais oui. Imagine-toi un peu : si l'on ôtait la bouche, l'estomac et les poumons à quelqu'un, il ne pourrait vivre ! Mais revenons aux feuilles. Elles ne peuvent remplir tous ces devoirs compliqués que si elles sont en nombre suffisant, de forme convenable et assez exposées à l'air et au soleil.
Est-ce qu'il ne serait pas beaucoup mieux alors.
s i les arbres avaient de très grandes feuilles ? demanda Pierre.
— Pas du tout. Elles seraient saccagées par le vent, abattues par la pluie, et enfin, elles couperaient l'air au tronc. C'est pour empêcher tous ces inconvénients que de jolies petites feuilles poussent aux arbres; de plus, elles prennent la forme qui convient le mieux à chacun; elles sont rondes ou ovales, affectent la forme de coeur, de broche, de flèche; le bord en est uni ou dentelé, la surface charnue ou lisse. Mais qui donc dirige cette diversité incomparable toujours de la façon la plus appropriée au but ? Qui oblige les milliards de cellules de la forêt à monter dans les branches, dans les innombrables feuilles ? Tiens, Gabriel, cueille-nous une feuille. Qu'est-ce que tu vois dessus à l'oeil nu ?
Une veine principale court au milieu, c'est tepétiole qui se ramifie à droite et à gauche. Ces nervures forment la charpente de la feuille; elles sont recouvertes en dessus et en dessous par le limbe qui est la chair de la feuille.
Bien. Mais observe encore les nervures. Sais-tu qu'elles ne forment pas seulement le squelette de la feuille, c'est-à-dire qu'elles ne servent pas uniquement à lui faire tenir sa forme, mais encore à la nourrir et à l'arroser! Sur elles est étendu le limbe, dont la couche supérieure, l'épiderme, montre des qualités distinctives fort intéressantes. Dans les contrées tropicales, elle est aussi brillante qu'un miroir, afin de renvoyer le surplus de la chaleur. Aux pays du nord, c'est l'effet contraire : elle est toute mate... là, Étienne, dis-nous pourquoi ?
— Pour absorber d'autant mieux le peu de soleil qu'elle reçoit.
Quelque fois, l'épiderme est charnu...
En voici la preuve, interrompit André en montrant son mollet tout brûlé d'orties.
— ...et, dans les contrées arides où la pluie est rare, il est couvert d'une sorte de poils qui absorbent l'eau. Enfin, on pourrait parler pendant des heures entières du procédé chimique si compliqué qui comprend la transformation de la nourriture et l'emmaga sinage des rayons solaires dans les feuilles. Et la formation de la chlorophylle, qui donne le vert des feuilles! Sur un millimètre carré de la surface d'une feuille de « rhicinus communis » on a compté, par exemple, 402.200 grains de chlorophylle!
Quelle corvée que de compter ça! fit Paul.
Je vous dirai encore quelques particularités sur la formation des feuilles. Il faut, n'est-ce pas, que la nourriture arrive au protoplasme des cellules. Mais comment cela se fait-il ? La racine absorbe et fait monter la sève alimentaire jusque dans les feuilles. Ici, elle rencontre le carbone que la plante retire de l'acide carbonique de l'atmosphère. Les feuilles commencent par rejeter l'eau et l'oxygène superflus dans l'air. Ensuite la chlorophylle, sous l'action des rayons solaires, se met à transformer les matières nutritives en la substance même de la plante. Après quoi, cet aliment est distribué au corps entier de l'arbre, par des veines différentes : à la racine, à l'écorce, aux branches, aux fleurs et aux fruits, selon le besoin de chacun.
Que ce phénomène se produise ainsi, nous pouvons l'affirmer avec certitude : il se reproduit sous nos yeux des millions de fois par an. Quant à saisir le pourquoi et à comprendre la force mystérieuse qui mène ce procédé infailliblement à bien, nous ne pouvons trouver d'autre explication que l'activité et la sagesse de la Providence.
C'est pourquoi je vous disais qu'il fallait apprendre à ouvrir les yeux sur la nature. Apprenons à regarder tout, jusqu'à la plus petite feuille, avec le sentiment qu'elle reflète la mystérieuse beauté d'un amour paternel infini. Cet amour de père fidèle et soigneux s'étend à toutes ses créatures, jusqu'au plus petit buisson.
Tout à l'heure, Paul se récriait sur le travail que cela a dû coûter de compter 402.200 grains de chlorophylle sur un millimètre carré. Pensez maintenant que Dieu, depuis des millions d'années, ne compte pas seulement, mais crée un vaste monde de forêts à l'étendue prodigieuse. La comparaison jette la lueur d'un éclair sur la grandeur majestueuse de Dieu.
|
La science des abeilles.
— Aïe... Aïe... julien ! Où est Julien ?... Vite un peu d'ammoniaque !
Julien était chargé d'administrer la petite pharmacie du camp; et Jean, qui faisait entendre les cris ci-dessus, avait été piqué par une abeille vagabonde. Piqué au nez, avec cela!
Donc, rien d'étonnant au tapage infernal qui éclata : la moitié du camp s'était rassemblée autour de Jean qui bondissait au milieu du cercle, le nez enflé, tenant le corps inerte de l'abeille dans la main.
Quand la lotion ammoniacale eut un peu calmé la douleur du jeune garçon, le commandant fit cette remarque :
• Vois-tu, Jean, cette petite abeille si intelligente par ailleurs vient de commettre une sottise. Elle t'a piqué sans se douter que cette piqûre lui coûterait l a vie, car elle ne peut plus retirer son aiguillon de la blessure. Eh bien! Imaginez-vous que cette sotte petite abeille en sait plus long sur les mathématiques supérieures que beaucoup de collégiens ?
• Les mathématiques ?... s'étonnèrent les jeunes gens. Qu'est-ce que les abeilles ont à voir dans les mathématiques ?
• Eh bien ! Asseyez-vous un peu, je vais vous l'expliquer.
Les éclaireurs se serrèrent autour de leur commandant et s'assirent par terre, les jambes croisées.
• Vous savez, n'est-ce pas, que les abeilles travaillent dur à bâtir les cellules du rayon de miel. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce qu'elles veuillent les construire de façon à recevoir le plus de miel possible tout en demandant le moins possible de travail et de matière. La forme qui répond le mieux à ces exigences est le prisme hexagonal fermé par un hexagone formé de trois plaques en forme de losange.
Mais quelle dimension doit avoir les angles de ces plaques couvercles ? Réaumur les mesura et trouva que les angles obtus étaient invariablement de 109 0 28' et les angles aigus de 70°32'.
Sur ce, Réaumur voulut encore résoudre la question théoriquement et posa le problème en ces termes Étant donné un vase hexagonal, quelle doit être la mesure des angles pour donner le plus d'espace possible en employant le moins de matière possible ?
D' u n calcul extrêmement compliqué, il résulta que le travail le plus économique supposait des angles obtus de 1o9°26' et des angles aigus de 70°34' aux losanges des plaques supérieures.
• Mais c'est inouï! s'écria Georges. Alors, les abeilles ne se trompent que de 2'!
• C'est merveilleux en effet! Ce que les savants calculent par un pénible travail intellectuel à l'aide de logarithmes et de goniomètres, les petites abeilles peinant dans l'obscurité de la ruche bondée d'insectes le font très bien toutes seules! Et non seulement très bien, mais beaucoup mieux que les savants. Quand je dis « beaucoup mieux », je pense au plus piquant de l'histoire que vous ignorez encore.
• Dieu, que c'est intéressant! Qu'y a-t-il encore ?
• Voici, mes enfants. Un jour, il arriva malheur à un bateau en mer. On en rendit le capitaine responsable. On lui reprocha d'avoir assez de tables de logarithmes et d'instruments de mesure à bord pour mieux calculer sa route! Le capitaine se défendit en disant que ses calculs avaient été irréprochables et si l'accident s'était produit malgré cela, c'est que le degré de longitude trouvé par ces calculs était erroné. On vérifia les calculs : ils étaient parfaitement exacts. Mais cependant le résultat était faux! On en trouva la cause après bien des recherches : une erreur s'était glissée dans la table de logarithmes! Et à présent, voici le plus intéressant : On corrigea l'erreur et, avec la table de logarithmes ainsi corrigée, on refit le calcul concernant les abeilles. Savez-vous ce qui en résulta ? Pour atteindre à Péconomie parfaite dans leur bâtisse, il fallait que les angles obtus des losanges fussent de 10 9 0 28' et les angles aigus de 70 0 32' : c'est-à-dire exactement tels que les abeilles les construisent! Il s'en suit que c'étaient les mathématiciens qui s'étaient trompés et non les abeilles! En entendant ce récit, nous saluons une fois de plus un rayon lumineux de la sagesse de Dieu.
• Je n'aurais jamais pensé que les abeilles étaient aussi intelligentes que cela! dit Nicolas Bardeau.
• Ce ne sont pas les abeilles qui sont intelligentes, continua le commandant, car elles ne se doutent pas de leur étonnante sagesse; l'intelligence doit donc être attribuée à Celui qui a mis en elles cet instinct. C'est Dieu qui a enseigné à l'abeille et à chacune de ses créatures ce qu'elle a besoin de savoir pour vivre.
Car voyez-vous, mes enfants : l'abeille doit bâtir des cellules hexagonales bon gré, mal gré. Elle ne connaît pas d'autre possibilité, donc, elle n'est pas intelligente. L'hirondelle n'a qu'une seule façon de faire son nid, la même de tout temps. L'araignée tisse toujours la même toile : elle la tisse même dans une grande boîte de verre. Si elle pouvait réfléchir, elle saurait bien que les mouches ne peuvent entrer dans la boîte ainsi close! De même, la poule gratte le rocher aussi bien que la terre : elle ne sait pas qu'elle n'y trouvera aucune graine. Tout cela prouve que ces animaux n'ont pas inventé eux-mêmes leur merveilleuse méthode de travail, et qu'ils ne sont que les ouvriers de Dieu.
|
Le rouleur de cornet.
Imaginez-vous, mes enfants, qu'il existe un insecte encore plus fort en mathématiques que l'abeille!
Car, celle-ci, ne se sert que de logarithmes, pendant que celui-là fait des opérations de calcul différentiel et intégral ! Cet insecte, un peu plus petit que la mouche, Porte le nom scientifique de « rynchites betulae ».
Et pourquoi s'occupe-t-il de ces choses épouvantables ? dit Joseph en frémissant d'horreur.
— Parce qu'i1 est obligé de résoudre un problème très difficile. D'abord, il ne pond qu'un nombre restreint d'oeufs, qui sont, de plus, très sensibles à la chaleur du soleil et à l'humidité. Ensuite, il faut qu'il les mette à l'abri du vol; enfin, il doit prendre soin que les petites chenilles qui en sortiront trouvent de la nourriture aussitôt écloses et sans se déranger. Imaginez un peu tout ce que cet insecte rouleur de cornets devrait se dire, s'il pouvait réfléchir dans son petit cerveau.
• Il faut savoir d'abord, penserait-il, ce que mes chenilles aiment manger. Mais comment faire pour l'apprendre ? Ensuite, quels sont les ennemis dont je dois les défendre ?
Mais l'insecte ne réfléchit pas, il agit. Il agit merveilleusement, visant droit au but, et atteint le meilleur résultat. Il se met à rouler des cornets avec des feuilles de bouleau. Comment fait-il, croyez-vous ?
• Mais en roulant la feuille depuis la pointe jusqu'à la tige!
• Tu n'as pas deviné. Pour toi, le dit moyen serait le plus simple. Mais pas pour un pauvre petit insecte qui n'a pas la force de faire plier la veine centrale.
— Alors, il doit commencer par un côté de la feuille. Ainsi la nervure centrale reste au milieu et il n'a pas besoin d"y toucher.
• Pas du tout. De cette manière, il aurait aussi roulé la feuille entière et c'est encore une besogne « surhumaine » minuscule. Et puis importe que la feuille sèche, car les chenilles ne sauraient la digérer à l'état frais.
• Alors il coupe la feuille en deux et n'en roule que la moitié.
• Impossible, Joseph ! Si la veine centrale pas conservée, le cornet tombe à terre.
• Alors, mon commandant, je suis à bout de ressources.
• Toi, être humain intelligent, tu es à bout d e ressources. Mais non pas l'insecte. Comme s'il avait appris le calcul différentiel et intégral, avec une facilité toute naturelle, il commence le procédé suivant : d'un travail qui dure une minute au plus, il ronge le côté droit de la feuille, depuis le bord jusqu'à la veine centrale, en forme d'un « S » debout : en moins d'une autre minute, il ronge le côté gauche de la feuille en forme d'un (f) couché. Ensuite, il roule le côté droit jusqu'à la veine centrale et enveloppe le côté gauche pardessus. Enfin il recourbe la pointe de la feuille en guise de couvercle. Ce faible insecte ne saurait enrouler la feuille qu'à l'aide de ces coupures en forme de S et de s: c'est encore un grand effort de sa part. C'est aussi le seul moyen d'empêcher la feuille de se dérouler. C'est-à-dire que, de cette façon, le cornet est le plus durable et finalement, c'est ainsi qu'il peut être tout à fait clos.
Ce qui est encore plus intéressant, c'est que l'insecte ne pratique pas ces coupures toujours à la même place. Si la feuille est grande, il la ronge plus près de l'extrémité et se contente de prendre une partie seulement pour son cornet. S'il fait chaud, il pratique la coupure de
faço n que la nervure centrale se casse bientôt, faisant tomber le cornet sur la terre humide : autrement ses petits habitants seraient desséchés. Si, au contraire, la saison est humide et fraîche, ils auraient vite fait de pourrir par terre; en ce cas donc, il prend bien garde de ne point faire tomber le cornet en attaquant la nervure centrale.
Eh bien! Mes enfants, est-ce assez merveilleux ? Comment cette petite bête de six millimètres sait-elle tout cela ? Jamais elle n'a rien vu ni appris de pareil, et pourtant elle roule son petit chef-d'oeuvre instinctivement et tranquillement avec la plus grande exactitude, comme une chose qui va de soi.
• Moi, dit François, ce qui m'étonne le plus, c'est le sens de cet insecte pour la température. Sait-il donc qu'en temps chaud il faut couper la veine centrale pour faire tomber le cornet ?
• Il n'en sait rien, François. Ce qui est étrange, c'est qu'il agit exactement comme s'il le savait. Son procédé nous paraît merveilleusement efficace, mais lui, pauvre petit, n'en a pas la moindre idée. La chaleur a pour effet d'irriter son système nerveux, de sorte qu'il ronge furieusement la feuille. Il ne se doute guère pourquoi il coupe avec une telle ardeur. Mais nous le savons, nous, et nous restons frappés d'étonnement devant la main sacrée, la puissance providentielle qui conduit le sort du dernier des petits insectes de manière stupéfiante en le créant de telle sorte que la chaleur irrite son système nerveux et l'incite à ronger plus fort.
• C'est si intéressant que mon nez est guéri, dit Jean. Il ne me fait plus mal du tout.
• Ce n'est pourtant pas l'histoire du commandant qui ta guéri, protestât Julien, pour défendre son autorité de pharmacien, mais le bon remède que je t'ai donne Tu peux en redemander, si les abeilles te piquent encore... |
Les mouches flottantes et autres,
Par une radieuse matinée, un groupe bruyant d'éclaireurs entourait Julien, ou, pour mieux dire, son microscope qu'il avait apporté au camp avec lui, Julien venait d'attraper, après une poursuite d'un quart d'heure, un magnifique papillon à queue d'hirondelle assez rare par ici. Il était revenu au camp haletant, le front couvert de sueur :
• Il m'a joliment fatigué, le coquin ! Je suis monté sur une colline si haute que je me suis presque heurté au soleil !
Ce qui avait déclenché les rires de ses camarades. Ensuite, ils avaient mis un bout de l'aile du papillon sous le microscope et c'est ce qui avait causé le rassemblement.
• Laisse-moi aussi regarder un peu, Julien, veux-tu ? Est-ce vraiment aussi beau que cela ?
• Beau ? C'est inouï, tout simplement !
• Voyez-vous, mes enfants, dit le commandant, l'autre jour nous étions émerveillés des astres géants, aujourd'hui, ce sont les choses infiniment petites qui nous étonnent. Regardez bien cette aile de papillon, observez sa structure. Aucun artiste humain ne saurait en approcher la finesse. C'est précisément la différence entre les deux : l'oeuvre humaine n'est belle que vue d'une certaine distance : mettez la plus belle toile de MunkaCSy ou la statue la plus fameuse de Canova sous le microscope : que verrez-vous ? Un canevas tout barbouillé, et un visage de marbre grossièrement sillonné. Mais que nous posions, par contre, une oeuvre de Dieu sous le microscope — fût-ce une simple corolle de fleur, le fil d'une araignée, l'aile d'un papillon ou une goutte d'eau — l'ordre et la beauté révélés par le verre nous ôtent la respiration. C'est ce qui nous ex plique la phrase de l'écrivain sceptique français, Diderot
L'oeil et l'aile d'un papillon suffisent pour écraser un athée.
Venez voir, mon commandant! cria Germain tout d'un coup. Voici une mouche qui semble suspendue dans l'air, mais je ne vois aucun fil. Elle flotte en faisant un drôle de bruit...
La découverte de Germain fit tourner toutes les têtes, de son côté. La mouche effrayée fit demi-tour et s'envola à quatre mètres plus loin. Là, se croyant en sûreté, elle s'arrêta derechef en l'air.
— Restez tranquilles, mes enfants, c'est là une espèce de mouche très intéressante. Elle porte, en effet, le nom de « mouche flottante, syrphus pyrastri n. Vous croyez qu'elle est pendue en l'air ? Eh bien non ! Le fait est qu'elle bat des ailes avec une rapidité telle qu'elle semble tenir à peu près en place. Tiens, Germain, essaye un peu de faire mouvoir ton bras du haut en bas comme si c'était une aile. Combien de fois peux-tu le lever en une seconde ?... Cinq fois ?... Cinq fois seulement ? Mais ce n'est rien du tout ! Tu dis que tu en as déjà mal au bras ? Eh bien! Sais-tu combien de fois cette petite mouche bat de l'aile en une seconde ? Quatre cent quarante fois !
• Pas possible ! S'étonna jacquot. Et puis, comment a-t-on calculé cela ?
• Ce n'était pas bien difficile à calculer. Le bruissement des ailes de cette mouche donne à peu près la note la et pour produire ce son, il faut quatre cent quarante vibrations. Mais retournons à l'idée que Germain nous a fait abandonner. Dans l'eau qui a servi à laver un fruit, il y a 6 millions de bactéries ou microbes par centimètre cube. Sur le sol humide, sur l'écorce fraîche de l'arbre, là où nos yeux n'aperçoivent même pas d'eau, le microscope nous montre des lacs entiers, où pullulent des microbes minuscules. Cela nous fait saisir la vérité de ces vers antiques :
« Ludit in exiguis divina potentia rebus, Maximus in minimis cernitur esse Deus. »
Tiens, Louis, tu es fort en latin, traduis-nous cela.
« La puissance de Dieu se joue dans les petites choses, Dieu nous paraît le plus grand dans les choses les plus petites. »
• Bien. Mais toute la nature est remplie des choses les plus étonnantes. Étienne, ta classe a appris la botanique toute l'année passée. Pourtant je doute que vous puissiez déterminer les plantes avec certitude. Que dis-tu ? Que tu ne te tromperais guère ? Eh bien! rappelle-toi seulement notre cueillette de champignons, l'autre jour, quand tu voulais nous faire croire que l'amanite tue-mouches était l'amanite orange comestible!
• Blanc-bec! Blanc-bec! Cria Charles, moqueur. Il s'était récemment querellé avec Étienne.
Mais le commandant l'arrêta immédiatement.
— D'abord, un éclaireur ne se moque pas. Ensuite, pu i s que tu t'es quand même moqué, tu vas nous dire pour punition, pourquoi les jeunes oiseaux ont le bec non pas blanc, mais jaune ? Eh bien ! Réponds... Vois-tu, tu n'en sais rien ! Donc, mes enfants, avez-vous remarqué que, quand les oisillons ouvrent leur bec bordé d'une ligne jaune vif, on voit que leur gosier es t intensément rouge ? Plus le nid est sombre, plus ces couleurs sont éclatantes. En Australie, il existe même un genre de pinsons dont les petits ont le bec bordé d'une ligne presque lumineuse. Savez-vous à quoi cela sert ? C'est pour que l'oiseau mère, qui vole au-dessus de ses petits avec l'insecte qu'elle a péniblement butiné, puisse viser avec facilité et exactitude les becs affamés. Ce détail est encore un exemple du soin minutieux que la Providence prend de ses moindres créatures.
Mais retournons à la classification des plantes. Nus autres humains, nous ne savons pas toujours faire la différence entre les plantes vénéneuses et les plantes inoffensives. Et voilà que le boeuf, qui n'apprend rien, s'y entend parfaitement! Linné prétend que le boeuf mange 276 espèces d'herbe et en évite 218 autres qui lui feraient du mal. Cela prouve une érudition étonnante de la part de cet animal dont la bêtise est proverbiale. Et puis, voici encore la brebis qui n'est pas non plus réputée pour son intelligence : elle mange 387 espèces de plantes et en évite avec soin 141 espèces. La chèvre, enfin, mange 449 espèces d'herbe et ne touche pas à 126.
Hier, en dressant la tente à Io personnes arrivée en retard, la bêche de Louis découvrit une fourmilière. Vous avez tous été émerveillés de voir ce palais splendide à étages et à corridors. Et si vous pouviez voir le terrier du castor, ou même le nid artistiquement suspendu d'une certaine espèce de mésanges ! San s mentionner le rouleur de cornets dont je vous ai parlé l'autre jour, qui ronge les feuilles avec l'érudition d'un mathématicien et les roule en cornets pour e n faire l'habitation de ses oeufs et de ses larves. Dites-moi, où ces bêtes ont-elles pris leur science surprenante ? Ont-elles pu l'apprendre ? A quelle université ? Voyez- vous, mes enfants, il suffit d'explorer la nature avec son âme, pour trouver les marques de la grandeur de Dieu partout. L'habileté d'un petit insecte même vous montre sa beauté et vous dispose à la prière.
Et la petite hirondelle éclose cet été sous le toit d'un de nos villages, comment sait-elle que dans quelques semaines, nos plaines seront couvertes de neige et de glace et qu'il lui faut fuir cette saison désolée ? Jamais encore elle n'a vu l'hiver. Qui donc lui dit que l'hiver arrive ? Cela nous rappelle spontanément l'adorable phrase de Notre Seigneur qui nous dit que le Père prend soin des lys des champs et des oiseaux du ciel.
Les hirondelles se mettent donc en route. Où vont- elles ? Vers le Sud, car elles cherchent un climat plus doux. Mais qu'est-ce qui leur a insufflé cela ? Et quelle est la direction du Sud ?
Nicolas commença à s'agiter. Mais le commandant continua :
— Je sais bien que tu reconnais le Sud par ta montre, mon garçon. Mais l'hirondelle n'a pas de montre, ni de boussole, elle prend son vol sans cela, et, après un voyage aérien de plusieurs milliers de kilomètres, elle arrive infailliblement en Afrique. QUI est-ce qui lui montre le chemin à prendre ?
Et comment se fait-il que les libellules et les mous tique s qui ont si peur de mouiller leurs ailes, laissent tomber leurs oeufs dans les ruisseaux et les lacs, sachant qu'ils doivent se développer dans l'eau ? Et la petite tortue de mer qui vient d'éclore dans le sable brûlant, comment sait-elle par où il faut chercher la mer ? Pourtant, sitôt éclose, sans hésiter, elle prend la direction de l'océan qu'elle n'a jamais vu et qui se trouve souvent éloigné de plusieurs lieues...
A présent, demandez à Maurice Reval ce qu'il a trouvé dans le terrier du hamster avant-hier ?
• Tiens, il ne nous en a même`pas parlé, crièrent les garçons.
• C'est pourtant un butin peu commun que j'ai fait en découvrant sa demeure avec ma bêche, dit Maurice. Sans exagération, il y avait amassé un demi- kilogramme de froment. Et ce qu'il y a de plus drôle, c'est que le bout de chaque grain était mordu.
• Ça, nous l'avons appris, intervint Joseph. Le hamster mord les grains exactement là ou le germe se trouve, pour les empêcher de germer dans sa cave.
• Vous, vous l'avez appris, c'est vrai, dit le commandant. Mais où le hamster l'a-t-il appris ? Un autre exemple encore. Vous savez que le petit poulet, sitôt sorti de l'oeuf, se met à chercher des grains et que, de même, le petit canard sait nager tout de suite. Leur mère ne les nourrit pas un seul jour. Pourquoi ? Parce qu'il y en a tant que les parents ne sauraient suffire à leurs besoins. Mais qui est-ce qui enseigne au petit poulet comment il doit chercher sa nourriture dès la première heure, pendant que les petits des oiseaux qui ne pondent qu'un nombre restreint d'oeufs — tels les colombes — doivent être longtemps nourris par leurs parents ? Ils peuvent le faire, car ils n'ont que peu de petits. Mais dis-moi, Joseph, as-tu remarqué que les canards se frottent souvent les ailes de leur bec ?
• Oui, commandant. C'est qu'ils se débarbouillent.
• Non, mon ami, il s'agit de tout autre chose. Les canards ont une glande de graisse dans le bec et ils enduisent leur plumage de la graisse qui en sort afin que l'eau ne puisse le pénétrer. De cette manière ils flottent plus aisément sur l'eau. Qui a enseigné ce truc au canard ? Comment sait-il que l'eau glisse sur une surface graisseuse ?
• Aïe, aïe !... cria Joseph en ce moment en faisant un saut de côté. Il manqua tomber dans le feu de la cuisine.
• Ah ça! mon garçon, tu es fou ?
• Commandant, une affreuse chauve-souris a volé tout près de moi. Elle s'est presque cramponnée à mes cheveux...
Les garçons éclatèrent de rire et commencèrent à taquiner leur camarade. — Tiens, Joseph qui a peur d'une chauve-souris !
Mais le commandant intervint :
• Une chauve-souris en plein midi ? Tu divagues, mon garçon! Ce devait être un moineau! A propos, le Père céleste s'est occupé avec son soin habituel de la chauve-souris aussi. Savez-vous qu'elle a une glande à huile près du nez, et, de cette huile, elle enduit ses ailes de temps en temps. Comment sait-elle, cette chauve-souris, que cela est nécessaire pour empêcher ses ailes si minces de casser aisément ? Voyez-vous, mes enfants, c'est ainsi que l'éclaireur observe la nature.
La petite pause qui suivit fut interrompue par Louis.
— Mais, dit-il, j'ai lu quelque part que toutes ces choses s'expliquaient par l'intelligence instinctive des animaux. Et je viens de trouver le démenti éclatant d e cette affirmation. Il ne peut s'agir d'intelligence là o ù, d'autre part, les mêmes êtres font preuve d'une bêtise étonnante.
-- Tu as bien raison, Louis. Le pigeon voyageur belge qui revient d'Espagne et ne se trompe jamais sur ce trajet de plusieurs centaines de kilomètres, est incapable de se reconnaître dans les zigzags d'une simple volière à trappe. Eh bien! Est-ce là de l'intelligence ? La poule aperçoit le vautour de loin quand l'oeil humain n'en voit rien encore; mais, d'autre part, elle couve l'oeuf en plâtre qu'on met dans son nid avec autant de patience que ses propres oeufs.
Le gramophone chante les plus beaux airs. Est-ce qu'il est intelligent ? Non, c'est le constructeur du gramophone qui est intelligent. Les animaux font souvent preuve d'une sagesse étonnante. Est-ce leur attribut propre ? Non, c'est celle de leur Créateur dont la sagesse est infinie. |
Les fossoyeurs de Nicolas.
— Hé, par ici, camarades ! Mais arrivez donc !
Nicolas jetait les hauts cris, mais sa voix trahissait qu'aucun malheur ne lui était arrivé et qu'il s'agissait seulement d'une observation extraordinaire.
Nous nous mîmes à courir vers lui.
Mais regardez donc, expliquait-il hors de lui, voici une souris crevée qui marche sur le chemin.
— Oh! là, là! Une souris crevée qui marche! s'écria Robert. Mais étonnez-vous donc, tout le monde !
Cette boutade fit voir à Nicolas le comique de s on affirmation.
• Qui vous dit qu'elle marche toute seule ? reprit-il. Ce sont cinq gros scarabées qui la traînent... Je les observe depuis longtemps : ils s'évertuent à l'entraîne r toujours plus loin.
Les garçons, très intéressés, entourèrent les scarabées, qu'ils nommèrent aussitôt « les fossoyeurs de Nicolas
• Aussi bien, ces fossoyeurs ont un nom scientifique, dit le commandant. Ils s'appellent : « Neerphorus vespillo ». C'est l'odeur du cadavre qui les attire. Ils arrivent par quatre ou cinq, jamais plus, et se fourrent dessous pour creuser un trou.
• C'est bien étrange ! Et pourquoi n'en vient-il que quatre ou cinq ? demanda le petit Jacques.
• Parce qu'un seul cadavre ne suffit à nourrir que les larves de quatre ou cinq scarabées. En trois ou quatre heures, ils ont creusé la fosse. Mais avant de l'y enfoncer complètement, ils placent leurs oeufs dans la charogne.
• Et pourquoi enterrent-ils la souris ?
• D'abord parce que d'autres animaux également amateurs de charogne pourraient la trouver, ensuite pour l'empêcher d'être bientôt desséchée par le soleil, car en ce cas les larves sortant des oeufs manqueraient de vivres. Si la charogne est sur un terrain pierreux, ils la traînent infatigablement — comme ceux-ci jusqu'à une place propre à creuser une fosse.
• Que c'est intéressant! Qui leur a appris cela ? demanda Nicolas. Mais il continua sans attendre de réponse : Encore une découverte, commandant. Regardez un peu combien de boules sur ces feuilles de chêne !
— L'origine de ces boules est bien curieuse, mes enfants. Elles sont causées par une espèce de guêpe : <, cynips quercus folii » qui, au moment de pondre, se pose sur une jeune feuille, pique son aiguillon dans l a veine centrale plusieurs fois de suite, et pose un oeuf dans ce petit trou. Puis elle s'envole sans plus s'occuper de sa progéniture.
Pourtant sa piqûre cause toute une série de phénomènes intéressants. La sève de l'arbre commence à couler par la blessure de la feuille et se solidifie en forme de boule autour de l'oeuf. A son éclosion, la larve affamée se trouve donc au centre de cette boule dite noix de galle, qui lui sert à la fois de logement et de nourriture. Et ce qui est le plus incroyable, c'est que cette demeure grandit avec son occupant. Enfin la guêpe sortie de sa larve s'échappe à travers une petite fissure de la boule et s'envole en l'air.
• Mais c'est inouï! s'écria Paul. Comment cette petite guêpe sait-elle tout cela ? Qui le lui enseigne ?
• C'est merveilleux en effet. Car, voyez-vous, mes enfants, les hommes ont beau coupé la feuille de toutes les façons, l'arbre ne produit aucune noix de galle. La guêpe seule sait l'y obliger. Un cas analogue c'est celui du petit scarabée à museau : Rynchites cornicus. Celui-là est encore plus futé. Vous avez certainement remarqué aussi des pousses d'un vert tendre dépérir en plein mois de mai. Quelle peut en être la cause ? Il ne gèle pas en cette saison ! Eh bien ! Savez-vous ? C'est le petit scarabée en question qui a posé ses oeufs dans ces pousses d'églantine ou d'arbres ers, pour en ronger ensuite la tige. Bientôt la Pousse fraîche commence à se flâner, à se dessécher de plus en plus, jusqu'au jour où le vent la jette à terre. Pourquoi agit-il ainsi, ce petit scarabée ? Par ce que sa larve ne se nourrit que de feuillage sec. M a i s comment sait-il que la jeune pousse sèche juste à temps pour que les larves écloses puissent s'en régaler ? Qui le lui a dit ?
Ce ne peut être que Dieu qui n'oublie aucune d e ses créatures. |
Calicurgus, le chasseur rouge.
• Commandant, s'il vous plaît, vous nous aviez promis, l'autre jour, une histoire sur le chasseur rouge.
• Le chasseur rouge ? Oui, j'ai lu sa description dans un livre de voyage sur le Brésil. C'en est un qui est malin! Il se nomme « Calicurgus annulatus ». Cette espèce de guêpe brésilienne, d'un rouge éclatant, n'a que trois centimètres de long, mais sa piqûre fait perdre la connaissance pour de longues heures à la pauvre victime humaine. Le savant auteur dudit livre le décrit en ces termes :
« Un paisible midi d'été... Les oiseaux se taisent, aucune brise ne remue le feuillage... Tout d'un coup, très haut, un petit point apparaît au-dessus de moi, décrivant des cercles toujours plus bas, toujours plus resserrés. Ah! C'est le Calicurgus ! Il a sûrement aperçu quelque chose de son poste d'observation élevé. Qu'est-ce que cela peut bien être ?
Je m'efforce de scruter le sol là où il correspond avec le centre de ses cercles... rien... je ne vois que l'herbe jaunie par le soleil. Mais la guêpe s'abat de plus en plus, ses cercles frôlent presque la terre; il faut tout de même qu'il y ait quelque chose...
J e m e penche tout près : eh bien ! Voilà : une énorme araignée dite tarentule se cache dans l'herbe. L'oeil humain s'y trompe encore de près, mais il y a longtemps que la guêpe l'avait aperçue de là-haut...
J e me tiens bien tranquille, sentant qu'une scène dramatique va se dérouler devant moi : les adversaires v ont se combattre avec des armes empoisonnées tous les deux. Un drame dans la forêt vierge !
L'araignée vient d'apercevoir son ennemi mortel. Elle s'arrête. Ses pattes de devant se dressent menaçantes comme des lances, ses mordaches à tenailles, munies de glandes venimeuses, s'ouvrent et se referment d'une manière alarmante.
Le combat s'engage. A la vie ou à la mort ! Le Calicurgus sait bien — par qui ? — qu'il ne doit pas attaquer l'ennemi de face, du côté des tenailles, car la morsure de la tarentule tue même un moineau ou une taupe; pour une simple guêpe ce serait la mort à coup sûr! Donc, elle doit l'attaquer de côté ou par derrière.
Mais l'araignée est aussi leste que la guêpe. Elle se tourne et se retourne : de quel côté qu'arrive le Calicurgus, il se trouve face à face avec l'ennemi. Mais la guêpe est infatigable. Elle multiplie les attaques avec une indescriptible sûreté de soi.
— C'est en vain que tu te débats, mon amie, semble- t-elle dire. Je serai victorieuse, moi, te dis-je !
En effet, l'araignée commence à se fatiguer. Elle voudrait fuir, mais c'est impossible. Aussitôt qu'elle avance d'un pas, son cruel ennemi va pour l'attaquer face derrière, et encore de sort e est obligée de lui faire
La lutte continue l'araignée se lasse de plus en plus
Tout d'un coup la guêpe prend un élan aussi rapide que l'éclair. D'un bond, elle s'abat sur sa victime e t lui enfonce son aiguillon empoisonné dans le dos. L'araignée fait encore un mouvement convulsif, p u i s elle s'affaisse. La guêpe victorieuse descend tranquillement sur son dos et commence à traîner le cadavre bien plus gros qu'elle à travers tous les obstacle s, — pierres, branchages et autres — vers son nid éloigné.
Songez-y : le Calicurgus a dû résoudre un double problème très difficile. D'abord : comment désarmer son dangereux ennemi ? Ensuite : comment le paralyse r sans le tuer pourtant ?
Ces deux problèmes ne sauraient être résolus qu e si l'aiguillon de la guêpe atteint exactement un certain noeud de nerfs dans le système de l'araignée. La première piqûre doit donc toucher un tout petit point extrêmement sensible de ce système, dans les nerfs de la mâchoire venimeuse, près de la gueule. Mais là, exactement, à un cheveu près! Sinon, c'en est fait de la guêpe, l'araignée la tue, ou, en cas de chance, c'est elle qui tue l'araignée.
Mais il ne faut pas qu'elle soit tuée, la guêpe n'en aurait aucun profit. Eh bien! elle ne l'a pas tuée. Avec une exactitude merveilleuse, elle enfonce son aiguillon d'abord dans le centre nerveux de la mâchoire. — Te voilà désarmée ! — ensuite dans un point mou entre la première paire de pattes de devant, dans le centre nerveux respectif. Après avoir ainsi « apprêté » sa victime, elle se met à l'entraîner:
Il faut voir le travail tenace qu'elle déploie en cette occasion. Ici, c'est un buisson qui lui barre le chemin, là, un groupe de racines, une jonchée de branchage s — rien ne la décourage. Tirant, poussant, elle s'évertue à entraîner son butin de vallée en colline et de colline en vallée — toujours en avant! »
— Et pourquoi fait-elle tout cela, mon commandant ? d e manda Gabriel.
— Cela, c'est encore la plus grande surprise, mes enfants. Aussitôt que le Calicurgus arrive à son nid ave c sa victime, il vole sur son dos et pique ses oeufs dedans ! Là, ils sont à l'abri de l'humidité, du soleil brûlant, des animaux voleurs; et, lorsque les petits sortent des oeufs, ils trouvent une nourriture suffisante dans le corps de l'araignée.
• Mais, commandant, la tarentule doit être desséchée depuis longtemps quand ils éclosent ! s'écria Louis.
• Tu as raison, Louis, le soleil des tropiques aurait vite fait de réduire l'araignée en poussière si elle était morte. C'est justement la plus grande ruse de ce chasseur rouge qui ne lui permet pas de tuer sa victime pour cette raison, mais de la paralyser seulement. Le calicurgus connaît exactement l'endroit du corps de l'araignée où il doit enfoncer son aiguillon pour la garder vivante, mais parfaitement impuissante.
• C'est incroyable ! s'écria Nicolas. D'où prend-il cette merveilleuse connaissance de l'anatomie, le Calicurgus ?
• Voilà encore une de ces questions, mes enfants, dont nous avons tant parlé déjà dans le camp et auxquelles on ne peut trouver de réponse qu'en qu'il pique chaque espèce d'araignée en un endroit différent, admettant la sagesse vigilante de la Providence. Autre- ment le Calicurgus ne saurait avoir les connaissances anatomiques si exactes dont il témoigne. Car il faut selon la disposition des centres nerveux. D'autres espèces de guêpes pondent dans des chenilles, les paralysant par 1-2-6-7 piqûres selon le nombre de centres nerveux qu'elles possèdent. La chenille étourdie périt exactement à l'époque voulue, c'est-à-dire lorsque les oeufs sont éclos.
Un autre problème : comment l'espèce de pinson qui suspend son nid à la branche des arbres, apprend elle à bâtir ce petit chef-d'oeuvre flottant ? Et le castor, où prend-il le plan de son palais souterrain ? Qui f a i t parfois agir les animaux avec cette sagesse incomparablement pratique et prévoyante ? Les mêmes animaux qui, par ailleurs, font preuve d'une bêtise vraiment incroyable! Il est évident qu'ils n'ont pas conscience de leur « intelligence », qu'ils ne se l'ont pas appropriée à force d'exercices, car, placés en d'autres circonstances qui rendent ces actions parfaitement inutiles, ils n'en agissent pas moins exactement de la même manière. Avez-vous entendu, par exemple, avec quel soin la poule remue et retourne ses œufs ?
• Elle les retourne ? Tiens, que c'est drôle! dit Marcel qui n'avait jamais été à la campagne et n'avait pas encore eu l'occasion de voir une poule couveuse.
• Je te crois qu'elle les retourne! Mais pourquoi le fait-elle, qu'en penses-tu ?
• Moi, je sais, dit Georges. J'ai même lu comment on l'avait découvert.
• Alors dis-nous le.
• Eh bien! Longtemps on ne se doutait pas pourquoi la poule remuait ses oeufs; enfin la couveuse artificielle mena les gens à cette découverte. Voici comment lorsqu'on fit les premiers essais avec la couveuse artificielle, on trouva que les petits poulets éclos étaient presque tous estropiés. A l'un il manquait les yeux, à l'autre une aile ou un pied. Qu'est-ce qui pouvait bien/ en être la cause ? se demandèrent les gens. Ils éclaircirent enfin le mystère après s'être bien cassé la t ê te : il fallait que lés oeufs fussent retournés de temps en temps dans la couveuse comme la poule les retourne : c ' e st le moyen d'éviter les difformités.
Ah mais! Comment a-t-elle pu savoir cela, la poule ? s'écria Marcel.
Et Georges ajouta :
— Alors, on ne pourra plus dire que les mauvais étudiants ont une intelligence de poule !
— Oui, mais, par ailleurs, la poule si sage fait preuve d'une bêtise incroyable! Qu'on mette des cailloux blancs sous elle, elle les couve aussi fidèlement et les retourne avec autant de soin que les oeufs véritables. Il s'ensuit que les animaux agissent sagement, mais sans s'en rendre compte. Alors, c'est quelqu'un d'autre qui doit s'en rendre compte : Celui qui leur a implanté l'instinct d'agir avec intelligence. |
|