Troisième Livre Chapitre 6
Des entretiens intérieurs de Jésus-Christ avec l'âme-fidèle
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6. De l'épreuve du véritable amour
Jésus-Christ: Mon fils, votre amour n'est encore ni assez fort ni assez éclairé.
Le fidèle: Pourquoi, Seigneur ?
Jésus-Christ: Parce qu'à la moindre contrariété, vous laissez là l'oeuvre commencée, et que vous recherchez trop avidement les consolations.
Celui qui aime fortement demeure ferme dans la tentation, et ne cède point aux suggestions artificieuses de l'ennemi. Dans le mauvais comme dans le bon succès, son coeur est également à moi.
Celui dont l'amour est éclairé considère moins le don de celui qui aime que l'amour de celui qui donne.
L'affection le touche plus que le bienfait et il préfère son bien-aimé à tout ce qu'il reçoit de lui.
Celui qui m'aime d'un amour généreux ne se repose pas dans mes dons, mais en moi par-dessus tous mes dons.
Ne croyez pas tout perdu cependant s'il vous arrive de sentir pour moi ou pour mes saints moins d'amour que vous ne voudriez.
Cet amour tendre et doux que vous éprouvez quelquefois est l'effet de la présence de la grâce et une sorte d'avant-goût de la patrie céleste; il n'y faut pas chercher trop d'appui parce qu'il passe comme il est venu.
Mais combattre les mouvements déréglés de l'âme et mépriser les sollicitations du démon, c'est un grand sujet de mérite et la marque d'une solide vertu.
Ne vous troublez donc point des fantômes, quels qu'ils soient, qui obsèdent votre imagination.
Conservez une résolution ferme et une intention droite devant Dieu.
Ce n'est point une illusion si quelquefois vous êtes soudain ravi en extase et qu'aussitôt vous retombiez dans les pensées misérables qui occupent d'ordinaire votre coeur.
Car vous souffrez alors plus que vous n'agissez; et tant qu'elles vous déplaisent et que vous y résistez, c'est un mérite et non pas une chute.
Sachez que l'antique ennemi s'efforce d'étouffer vos bons désirs et de vous éloigner de tout pieux exercice, du culte des saints, de la méditation de mes douleurs et de ma mort, du souvenir si utile de vos péchés, de l'attention de veiller sur votre coeur, et du ferme propos d'avancer dans la vertu.
Il vous suggère mille pensées mauvaises pour vous causer du trouble et de l'ennui, pour vous détourner de la prière et des lectures saintes.
Une humble confession lui déplaît et, s'il pouvait, il vous éloignerait tout à fait de la communion.
Ne le craignez point et n'ayez de lui aucune appréhension, quoiqu'il vous tende souvent des pièges pour vous surprendre.
Rejetez sur lui seul les pensées criminelles et honteuses qu'il vous inspire. Dites-lui:
Va, esprit immonde; rougis, malheureux; il faut que tu sois étrangement pervers pour me tenir un pareil langage.
Retire-toi de moi, détestable séducteur, tu n'auras jamais en moi aucune part; mais Jésus sera près de moi comme un guerrier formidable, et tu demeureras confondu.
J'aime mieux mourir et souffrir tous les tourments, que de consentir à ce que tu me proposes.
Tais-toi donc, ne me parle plus ( Marc, 4 v 29); je ne t'écouterai pas davantage, quoi que tu fasses pour m'inquiéter. Le Seigneur est ma lumière et mon salut, que craindrais-je ? ( Pa, 26 v 1( PS,26 v3)
Quand une armée se rangerait en bataille contre moi, mon coeur ne craindrait pas . Le Seigneur est mon aide et mon Rédempteur. ( Ps 18 v 15)
Combattez comme un généreux soldat, et si quelquefois vous succombez par fragilité, reprenez un courage plus grand dans l'espérance d'être soutenu par une grâce plus forte; et gardez-vous surtout de la vaine complaisance et de l'orgueil.
C'est ainsi que plusieurs s'égarent et tombent dans un aveuglement presque incurable.
Que la chute de ces superbes qui présumaient follement d'eux-mêmes vous soit une leçon continuelle de vigilance et d'humilité.
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Réflexion de Lamennais chapitre 6
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Tous ceux qui disent: Seigneur, Seigneur, n'entreront pas dans le royaume des cieux; mais celui qui fait la volonté de mon Père qui est au ciel, celui-là entrera dans le royaume des cieux. ( Mathieu 7 v 21) C'est par les oeuvres que se connaît le véritable amour. Toujours prompt à obéir, jamais il ne se relâche, il ne se décourage jamais. Dans l'amertume et dans la joie, dans la consolation et dans la souffrance, il loue, il bénit également Celui qui frappe et qui guérit( Deuter, 32 v 39) , selon ses divins conseils, impénétrables à la créature. La tentation vient-elle l'éprouver, il combat, il résiste avec paix, parce qu'il ne compte point sur ses propres forces, et n'attend la victoire que du secours d'en haut. S'il succombe quelquefois, il se relève aussitôt sans trouble, humilié mais non abattu. Son repentir, quoique profond, est calme, parce qu'il est exempt de l'irritation de l'orgueil. Ses fautes l'affligent et ne l'étonnent point. Il connaît sa fragilité, et il en gémit, plein de confiance en la grâce qui le soutiendra, s'il lui est fidèle. Détaché de la terre et de ses vanités qu'on appelle des biens, que veut-il ? Ce que Dieu veut: il n'a point d'autre volonté ni d'autre désir. Quand le bien-aimé se retire et se dérobe à ses transports, loin de murmurer et loin de se plaindre, il s'avoue indigne de le posséder, et la privation qui le purifie, enflamme encore son ardeur. O Jésus, qu'elles sont merveilleuses les voies par où vous conduisez les âmes qui vous aiment, qui ont soif de vous ! ( PS, xli v 3)Tantôt vous les inondez de votre joie, tantôt vous les délaissez dans les larmes: maintenant vous les prévenez, et puis elles semblent vous appeler en vain, comme l'épouse du divin Cantique. Epreuves de tendresse et de miséricorde ! Ainsi épurées, ces âmes élues peu à peu se dégagent de leurs liens, elles s'élancent vers vous, et un dernier effort d'amour les porte au pied du trône où vous vous montrez sans voile. Alors la jouissance, alors l'allégresse et l'éternel rassasiement: Satiabor cum apparuerit ! ( PS, 16 v 15) |
Troisième Livre Chapitre 7
Des entretiens intérieurs de Jésus-Christ avec l'âme-fidèle
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7. Qu'il faut cacher humblement les grâces que Dieu nous fait
Jésus-Christ: Mon fils, lorsque la grâce vous inspire des mouvements de piété, il est meilleur pour vous et plus sûr de tenir cette grâce cachée, de ne vous en point élever, d'en parler peu et de ne pas vous exagérer sa grandeur; mais plutôt de vous mépriser vous-même et de craindre une faveur dont vous êtes indigne.
Il ne faut pas s'attacher trop à un sentiment qui bientôt peut se changer en un sentiment contraire.
Quand la grâce vous est donnée, songez combien vous êtes pauvre et misérable sans la grâce.
Le progrès de la vie spirituelle ne consiste pas seulement à jouir des consolations de la grâce, mais à en supporter la privation avec humilité, avec abnégation, avec patience, de sorte qu'alors on ne se relâche point dans l'exercice de la prière, et qu'on n'abandonne aucune de ses pratiques accoutumées.
Faites, au contraire, tout ce qui est en vous le mieux que vous pourrez, selon vos lumières, et ne vous négligez pas entièrement vous-même à cause de la sécheresse et de l'angoisse que vous sentez en votre âme.
Car il y en a beaucoup qui, au temps de l'épreuve, tombent aussitôt dans l'impatience et le découragement.
Cependant la voie de l'homme n'est pas toujours en son pouvoir(JEr. 5 v 23). C'est à Dieu de consoler et de donner quand il veut, autant qu'il veut, et à qui il veut, comme il lui plaît, et non davantage.
Des indiscrets se sont perdus par la grâce même de la dévotion, parce qu'ils ont voulu faire plus qu'ils ne pouvaient, ne mesurant point leur faiblesse, mais suivant plutôt l'impétuosité de leur coeur que le jugement de la raison.
Et parce qu'ils ont aspiré, dans leur présomption, à un état plus élevé que celui où Dieu les voulait, ils ont promptement perdu la grâce.
Ils avaient placé leur demeure dans le ciel, et tout à coup on les a vus pauvres et délaissés dans leur misère, afin que par l'humiliation et le dénuement ils apprissent à ne plus tenter de s'élever sur leurs propres ailes, mais à se réfugier sous les miennes.
Ceux qui sont encore nouveaux et sans expérience dans les voies de Dieu peuvent aisément s'égarer et se briser sur les écueils, s'ils ne se laissent conduire par des personnes prudentes.
Que s'ils veulent suivre leur sentiment plutôt que de croire à l'expérience des autres, le résultat leur en sera funeste, si toutefois ils s'obstinent dans leur propre sens.
Rarement ceux qui sont sages à leurs yeux se laissent humblement conduire par les autres.
Il vaut mieux être humble, avec un esprit et des lumières bornés, que de posséder des trésors de science et de se complaire en soi-même.
Il vaut mieux pour vous avoir peu, que beaucoup dont vous pourriez vous enorgueillir.
Celui-là manque de prudence qui se livre tout entier à la joie, oubliant son indigence passée, et cette chaste crainte du Seigneur qui appréhende de perdre la grâce reçue.
C'est aussi manquer de vertu que de se laisser aller à un découragement excessif au temps de l'adversité et de l'épreuve, et d'avoir des pensées et des sentiments indignes de la confiance qu'on me doit.
Celui qui, durant la paix, a trop de sécurité, se trouve souvent pendant la guerre le plus timide et le plus lâche.
Si ne présumant jamais de vous-même, vous saviez demeurer toujours humble, modérer et régler les mouvements de votre esprit, vous ne tomberiez pas si vite dans le péril et le péché.
C'est une pratique sage que de penser, durant la ferveur, à ce qu'on sera dans la privation de la lumière.
Et quand vous en êtes en effet privé, songez qu'elle peut revenir et que je ne vous l'ai retirée pour un temps qu'en vue de ma gloire et pour exciter votre vigilance.
Souvent une telle épreuve vous est plus utile que si tout vous succédait constamment selon vos désirs.
Car pour juger du mérite, on ne doit pas regarder si quelqu'un a beaucoup de visions ou de consolations, ou s'il est habile dans l'Ecriture sainte, ou s'il occupe un rang élevé, mais s'il est affermi dans la véritable humilité et rempli de la charité divine; s'il cherche en tout et toujours uniquement la gloire de Dieu; s'il est bien convaincu de son néant; s'il a pour lui-même un mépris sincère, et s'il se réjouit plus d'être méprisé des autres et humilié par eux, que d'en être honoré.
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Réflexion de Lamennais chapitre 7
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Reconnaître sa misère et ne la jamais perdre de vue; s'abandonner sans réserve entre les mains de Dieu, avec une foi vive et un obéissant amour: voilà toute la vie spirituelle, (Sap., 4v 5)dont l'humilité est le premier fondement. Celui qui se dit au fond de son âme: Je ne suis rien que la faiblesse et l'indigence même, ne cherche point d'appui en soi, et met en Jésus sa seule espérance. Il suit avec simplicité les mouvements de la grâce, ne s'élève point dans la ferveur, et ne s'abat point dans la sécheresse, toujours satisfait, pourvu que la volonté divine s'accomplisse en lui. L'orgueil, qui souvent se cache sous le voile de ce qu'il y a de plus saint, ne le séduit pas par le vain désir d'un état en apparence plus parfait, auquel il n'est point appelé. Fidèle et tranquille dans sa voie, il dit à Dieu: Donnez-moi la sagesse qui assiste près de votre trône, et ne me rejetez pas du nombre de vos enfants; car je suis votre serviteur et le fils de votre servante, un homme infirme, de peu de durée, et qui n'a point l'intelligence de votre jugement et de vos lois. ( Sapient, 9 v 4-5). Qu'il aille en paix, celui dont le coeur prie ainsi: Dieu le regarde avec complaisance, et sa bénédiction reposera sur lui. |
Troisième Livre Chapitre 8
Des entretiens intérieurs de Jésus-Christ avec l'âme-fidèle
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8. Qu'il faut s'anéantir soi-même devant Dieu
Le fidèle: Je parlerai au Seigneur mon Dieu, bien que je ne sois que cendre et poussièr(en.18,v 27). Si je me crois quelque chose de plus, voilà que vous vous élevez contre moi, et mes iniquités rendent un témoignage vrai et que je ne puis contredire.
Mais si je m'abaisse, si je m'anéantis, et si je me dépouille de toute estime pour moi-même, et que je rentre dans la poussière dont j'ai été formé, votre grâce s'approchera de moi et votre lumière sera près de mon coeur; alors tout sentiment d'estime, même le plus léger, que je pourrais concevoir de moi disparaîtra pour jamais dans l'abîme de mon néant.
Là vous me montrez à moi-même, vous me faites voir ce que je suis, ce que j'ai été, jusqu'où je suis descendu: car je ne suis rien, et je ne le savais pas .(PS Lxxiiv22)
Si vous me laissez à moi-même, que suis-je ? Rien qu'infirmité; mais dès que vous jetez un regard sur moi, à l'instant je deviens fort et je suis rempli d'une joie nouvelle.
Et certes cela me confond d'étonnement que vous me releviez ainsi tout d'un coup et me preniez avec tant de bonté entre vos bras, moi toujours entraîné par mon propre poids vers la terre.
C'est votre amour qui opère cette merveille, qui me prévient gratuitement, qui ne se lasse point de me secourir dans les nécessités, qui me préserve des plus grands périls et, à vrai dire, me délivre de maux innombrables.
Car je me suis perdu en m'aimant d'un amour déréglé; mais en ne cherchant que vous, en n'aimant que vous, je vous ai trouvé et je me suis retrouvé moi-même, et l'amour m'a fait rentrer plus avant dans mon néant.
Ô Dieu plein de tendresse ! vous faites pour moi beaucoup plus que je ne mérite, ou plus que je n'oserais espérer ou demander.
Soyez béni, mon Dieu, de ce que tout indigne que je suis de recevoir de vous aucune grâce, cependant votre bonté généreuse et infinie ne cesse de faire du bien même aux ingrats et à ceux qui sont le plus éloignés de vous.
Ramenez-nous à vous, afin que nous soyons reconnaissants, humbles, fervents, parce que vous êtes notre salut, notre vertu et notre force.
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Réflexion de Lamennais chapitre 8
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Dieu se montre, dans l'Ecriture, plein d'une immense compassion pour les fautes, si on peut dire, purement humaines. Mais il est sans pitié pour l'orgueil, principe de tout mal , ( Eccles.,10 v 15)pour l'orgueil qui est le crime propre de l'Ange rebelle, et qui s'attaque directement au souverain Etre. Il a dit: Je suis Jéhovah, c'est mon nom, je ne donnerai point ma gloire à un autre( IS., xl v8) . Or tout orgueil tend, par essence, à s'égaler à Dieu, à se faire Dieu. Désordre tel, que non seulement on n'en conçoit pas de plus grand, mais qu'on hésiterait à le croire possible, s'il n'était sans cesse présent sous nos yeux, et si l'on n'en sentait pas le germe en soi-même. Ainsi voyez comme Dieu le foudroie: et d'abord cette ironie qui glace l'âme d'un effroi surnaturel: Voici qu'Adam est devenu comme l'un de nous; ( enes, 3 v 22) Adam, jeté nu, avec son péché, sur une terre maudite ! Adam qui venait d'entendre cette parole: Tu mourras de mort : ( Genes, 2 v 17) Ses enfants imitent son crime, leur orgueil s'élève sans mesure. Alors l'Esprit divin: Comment es-tu tombé, toi qui te levais comme l'astre du matin, qui disais en ton coeur: Je monterai dans les cieux, je poserai mon trône au dessus des étoiles, et je serai semblable au Très-Haut ? Voilà que tu seras traîné aux enfers, dans la profondeur du lac: on se baissera pour te voir. ( IS, 14 v 12-16) Lisez dans l'Evangile les effroyables malédictions prononcées contre les Pharisiens superbes, tandis que celui qui s'abaisse est à l'instant justifié. Une femme pleure aux pieds de Jésus, elle s'humilie de ses fautes, elle n'ose presque en solliciter le pardon, son silence seul supplie. Le Sauveur, ému, la console: Beaucoup de péchés lui seront remis, parce qu'elle a beaucoup aimé. ( LUc, 6 v 47)Mais l'orgueil n'aime point: c'est encore là un de ses caractères et comme le type infernal. Il est le père de la haine, de l'envie, de la violence, de la fausse sécurité et de l'endurcissement. Sorti de l'abîme, il s'y replonge: le reste est le mystère de l'éternelle justice. O Dieu, ayez pitié de votre pauvre créature! Le front dans la poussière, je m'anéantis devant vous. Je sens, je confesse ma misère, ma corruption profonde, ma désolante impuissance et tout ce qui à jamais me séparerait de vous, si votre grande miséricorde ne venait à mon secours par le don gratuit de la grâce. Daignez, daignez la répandre en mon âme. Ne m'abandonnez pas, Seigneur: sauvez-moi, ou je vais périr (Mathieu, 8 v 25). O Dieu, ayez pitié de votre pauvre créature. |
Troisième Livre Chapitre 9
Des entretiens intérieurs de Jésus-Christ avec l'âme-fidèle
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9. Qu'il faut rapporter tout à Dieu comme à notre dernière fin
Jésus-Christ: Mon fils, je dois être votre fin suprême et dernière, si véritablement vous désirez être heureux.
Cette vue purifiera vos affections, qui s'abaissent trop souvent jusqu'à vous et aux créatures.
Car si vous vous recherchez en quelque chose, aussitôt vous tombez dans la langueur et la sécheresse.
Rapportez donc principalement tout à moi, parce que c'est moi qui vous ai tout donné.
Considérez chaque bien comme découlant du souverain bien, et songez que dès lors ils doivent tous remonter à moi comme à leur origine.
En moi comme dans une source intarissable, le petit et le grand, le pauvre et le riche puisent l'eau vive, et ceux qui me servent volontairement et de coeur recevront grâce sur grâce.
Mais celui qui cherchera sa gloire hors de moi, ou sa jouissance dans un autre bien que moi, sa joie ne sera ni vraie ni solide, et son coeur, toujours à la gêne, toujours à l'étroit, ne trouvera que des angoisses.
Ne vous attribuez donc aucun bien, et n'attribuez à nul homme sa vertu; mais rendez tout à Dieu, sans qui l'homme n'a rien.
C'est moi qui vous ai tout donné et je veux que vous vous donniez à moi tout entier, j'exige avec une extrême rigueur les actions de grâce qui me sont dues.
Ceci est la vérité qui dissipe la vanité de la gloire.
Là où pénètrent la grâce céleste et la vraie charité, il n'y a plus de place pour l'amour-propre ni pour l'envie, qui torturent le coeur.
Car l'amour divin subjugue tout et agrandit toutes les forces de l'âme.
Si vous écoutez la sagesse, vous ne vous réjouirez qu'en moi, vous n'espérerez qu'en moi, parce que nul n'est bon que Dieu seul , à qui, en tout et par-dessus tout, est due à jamais la louange et la bénédiction.
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Réflexion de Lamennais chapitre 9
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Tout bien découle de Dieu, qui est le bien suprême, et tout ce qu'il fait est bon, parce qu'il le tire de lui. Il n'y a pas dans le monde d'autre mal que le péché: car la peine du péché n'est pas un mal, puisque, supportée patiemment, elle l'expie, et que toujours elle rétablit l'ordre que le péché avait troublé. Ainsi nous tenons de Dieu la vie, l'intelligence, l'amour, qui doit remonter perpétuellement vers sa source, et de nous-mêmes nous ne pouvons rien, pas même dire: Mon Père ! ( Rom, 8 v 15)Car nous ne savons pas prier, et c'est l'Esprit qui demande en nous avec des gémissements ineffables. ( Rom, 6 v 26) L'unique chose qui nous appartienne, c'est le péché, il est le fruit de notre volonté libre, et son salaire est la mort . Elevons-nous tant que nous voudrons dans notre pensée; voilà ce que nous sommes. Nous n'avons rien de plus que ce que Dieu nous donne dans sa bonté et sa miséricorde toute gratuite. Donc, à nous le mépris, la confusion, la honte, en nous trouvant si misérables, et à Dieu la bénédiction, l'honneur, la gloire, la puissance, comme les saints le chantent dans le ciel, auprès du trône de l'Agneau. |
Troisième Livre Chapitre 10
Des entretiens intérieurs de Jésus-Christ avec l'âme-fidèle
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10. Qu'il est doux de servir Dieu et de mépriser le monde
Le fidèle: Je vous parlerai encore, Seigneur, et je ne me tairai point. Je dirai à mon Dieu, mon Seigneur et mon Roi, assis dans les hauteurs des cieux:
Oh ! quelle abondance de douceur vous avez réservée pour ceux qui vous craignent( PS. 30v 20). Et qu'est-ce donc pour ceux qui vous aiment, pour ceux qui vous servent de tout leur coeur ?
Elles sont vraiment ineffables, les délices dont vous inondez ceux qui vous aiment, quand leur âme vous contemple.
Vous m'avez montré principalement en ceci toute la tendresse de votre amour; je n'étais pas, et vous m'avez créé; j'errais loin de vous, vous m'avez ramené pour vous servir, et vous m'avez commandé de vous aimer.
Ô source d'amour éternel, que dirai-je de vous ?
Comment pourrai-je vous oublier, vous qui avez daigné vous souvenir de moi lorsque, déjà épuisé, consumé, je penchais vers la mort ?
Votre miséricorde envers votre serviteur a passé toute espérance, et vous avez répandu sur lui votre grâce et votre amour bien au-delà de tout ce qu'il pouvait mériter.
Que vous rendrai-je pour une telle faveur ? car il n'est pas donné à tous de tout quitter, de renoncer au siècle pour embrasser la vie religieuse.
Est-ce faire beaucoup que de vous servir, vous que doivent servir toutes les créatures ?
Cela doit me sembler peu de chose; mais ce qui me paraît grand et merveilleux, c'est que vous daigniez agréer le service d'une créature si pauvre et si misérable, et l'admettre parmi les serviteurs que vous aimez.
Tout ce que j'ai, tout ce que je puis consacrer à votre service est à vous.
Et néanmoins, prenant pour ainsi dire ma place, vous me servez plus que moi-même je ne vous sers.
Voilà que le ciel et la terre, que vous avez créés pour le service de l'homme, sont devant vous, et chaque jour ils exécutent tout ce que vous leur avez commandé.
C'est peu encore; vous avez préparé pour l'homme le ministère même des anges.
Mais ce qui surpasse tout, vous avez daigné le servir vous-même, et vous avez promis de vous donner à lui.
Que vous rendrai-je pour tant de biens ? Ah ! si je pouvais vous servir tous les jours de ma vie ! si je pouvais même un seul jour vous servir dignement !
Il est bien vrai que vous êtes digne d'être servi universellement, digne de tout honneur et d'une louange éternelle.
Vous êtes vraiment mon Seigneur et je suis votre pauvre serviteur, qui doit vous servir de toutes mes forces et ne me lasser jamais de vous louer. Je le veux ainsi, je le désire ainsi; daignez suppléer vous-même à tout ce qui me manque.
C'est un grand honneur, une grande gloire de vous servir, et de mépriser tout à cause de vous.
Car ils recevront des grâces abondantes, ceux qui se courbent sous votre joug très saint.
Ils seront abreuvés de la délectable consolation de l'Esprit-Saint, ceux qui pour votre amour auront rejeté tous les plaisirs des sens.
Ils jouiront d'une grande liberté d'esprit, ceux qui pour la gloire de votre nom seront entrés dans la voie étroite et auront renoncé à toutes les sollicitudes du monde.
Ô aimable et douce servitude de Dieu, dans laquelle l'homme retrouve la vraie liberté et la sainteté !
Ô saint assujettissement de la vie religieuse qui rend l'homme agréable à Dieu, égal aux anges, terrible aux démons, respectable à tous les fidèles !
Ô esclavage digne à jamais d'être désiré, embrassé, puisqu'il nous mérite le souverain bien et nous assure une joie éternelle.
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Réflexion de Lamennais chapitre 10
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| Le monde est tellement fasciné par les passions, qu'il ne peut rien comprendre à la félicité des enfants de Dieu. Quelquefois il les plaint, comme le monde sait plaindre, en jetant sur eux un regard de mépris; quelquefois il les contemple avec une sorte d'étonnement stupide. Il n'a nulle idée de ce qui se passe dans l'âme unie à son Créateur, nulle idée des consolations et du calme délicieux dont elle jouit. Saint Paul s'écriant: Je surabonde de joie au milieu de mes tribulations ( 2 Cor., 7 v 4), lui est un mystère inexplicable; jamais il ne concevra cette joie pure, qui est justice et paix devant le Saint-Esprit ( Rom., xiv, 17). Quel est donc le partage du serviteur du monde ? Un immense ennui parsemé de quelques rares plaisirs, et, quand Dieu ne l'abandonne pas entièrement, le remords. Creusez dans son coeur, vous n'y trouverez que cela. Le remords est sa justice, et l'ennui sa paix. Ames chrétiennes, âmes détachées, qui avez renoncé au monde et à tout ce qui est du monde, plaignez à votre tour les infortunés chargés encore de ses pesantes chaînes; mais plaignez-les en vous humiliant aux pieds de Celui qui vous a délivrées, et dont la grâce, qui ne vous était pas due, vous met en possession des seuls biens véritables. Gardez avec soin ce bon trésor que vous a confié le Père des lumières, de qui découle tout don parfait , ( JAcob., 1 v 17) et demandez-lui avec amour qu'après avoir commencé votre joie sur la terre, il la consomme un jour dans les cieux. |
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