Premier livre- 6 à 10
Avis utiles pour entrer dans la vie intérieure
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6. Des affections déréglées
Dès que l'homme commence à désirer quelque chose désordonnément, aussitôt il devient inquiet en lui-même.
Le superbe et l'avare n'ont jamais de repos, mais le pauvre et l'humble d'esprit vivent dans l'abondance de la paix.
L'homme qui n'est pas encore parfaitement mort à lui-même est bien vite tenté, et il succombe dans les plus petites choses.
Celui dont l'esprit est encore infirme, appesanti par la chair et incliné vers les choses sensibles, a grand-peine à se détacher entièrement des désirs terrestres.
C'est pourquoi, lorsqu'il se refuse à les satisfaire, souvent il éprouve de la tristesse, et il est disposé à l'impatience quand on lui résiste.
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Que, s'il a obtenu ce qu'il convoitait, aussitôt le remords de la conscience pèse sur lui, parce qu'il a suivi sa passion, qui ne sert de rien pour la paix qu'il cherchait.
C'est en résistant aux passions, et non en leur cédant, qu'on trouve la véritable paix du coeur.
Point de paix donc dans le coeur de l'homme charnel, de l'homme livré aux choses extérieures: la paix est le partage de l'homme fervent et spirituel.
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Réflexion de Lamennais chapitre 6
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Un joug pesant accable les enfants d'Adam, (Eccl. 9,1) fatigués sans relâche par les convoitises de la nature corrompue. Succombent-ils, la tristesse, le trouble, l'amertume, le remords, s'emparent aussitôt de leur âme. "Superbe encore au fond de l'ignominie, inquiet et las de moi-même," dit saint Augustin en racontant les désordres de sa jeunesse, "je m'en allais loin de vous, ô mon Dieu, à travers des voies toutes semées de stériles douleurs."
(Cons.lib. 2 chaçp.11). Il en coûte plus à l'homme de céder à ses penchants que de les vaincre; et si le combat contre les passions est dur, une paix ineffable en est le fruit. Appelons le Seigneur à notre aide dans ce saint combat; n'en craignons point le travail, il sera court : aujourd'hui, demain, et puis le repos éternel !
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Premier livre- chapitre 7
Avis utiles pour entrer dans la vie intérieure
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7. Qu'il faut fuir l'orgueil et les vaines espérances
Insensé celui qui met son espérance dans les hommes ou dans quelque créature que ce soit.
N'ayez point de honte de servir les autres, et de paraître pauvre en ce monde pour l'amour de Jésus-Christ.
Ne vous appuyez point sur vous-même, et ne vous reposez que sur Dieu seul.
Faites ce qui est en vous, et Dieu secondera votre bonne volonté.
Ne vous confiez point en votre science, ni dans l'habileté d'aucune créature, mais plutôt dans la grâce de Dieu qui aide les humbles et qui humilie les présomptueux.
Ne vous glorifiez point dans les richesses que vous pouvez avoir, ni dans la puissance de vos amis, mais en Dieu, qui donne tout, et qui, par-dessus tout, désire encore se donner lui-même.
Ne vous élevez point à cause de la force ou de la beauté de votre corps, qu'une légère infirmité abat et flétrit.
N'ayez point de complaisance en vous-même à cause de votre esprit ou de votre habileté, de peur de déplaire à Dieu, de qui vient tout ce que vous avez reçu de bon de la nature.
Ne vous estimez pas meilleur que les autres; peut-être êtes-vous pire aux yeux de Dieu, qui sait ce qu'il y a dans l'homme.
Ne vous enorgueillissez pas de vos bonnes oeuvres, car les jugements de Dieu sont autres que ceux des hommes, et ce qui plaît aux hommes, souvent lui déplaît.
S'il y a quelque bien en vous, croyez qu'il y en a plus dans les autres, afin de conserver l'humilité.
Vous ne hasardez rien à vous mettre au-dessous de tous, mais il vous serait très nuisible de vous préférer à un seul.
L'homme humble jouit d'une paix inaltérable, la colère et l'envie troublent le coeur du superbe.
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Réflexion de Lamennais chapitre 7
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En considérant la faiblesse de l'homme, la fragilité de sa vie, les souffrances dont il est assailli de toutes parts. Les ténèbres de sa raison, les incertitudes de sa volonté inclinée au mal dès l'enfance,(Gen.8,21) on s'étonne qu'un seul mouvement d'orgu.il puisse s'élever dans une créature si misérable, et cependant l'orgueil est le fond même de note nature dégradée. Selon la pensée d'un Père, "il nous sépare de la sagesse, il fait que nous voulons être nous-mêmes notre bien, comme Dieu lui-même est son bien"(S.Aug. De Lib, arbitr.,lib,3, casp.24) tant il y a de folie dans le crime! C'est alors que l'homme se recherche et s'admire dans tout ce qui le distingue des autres et l'agrandit à ses propres yeux, dans les avantages du corps, de l'esprit, de la naissance, de la fortune, de la grâce même, abusant ainsi à la fois des dons du Créateur et du Rédempteur.Oh ! que ce désordre est effrayant, et combien nous devons trembler lorsque nous découvrons en nous un sentiment de vaine complaisance, ou qu'il nous arrive de nous préférer à l'un de nos frères. Rappelons-nous souvent le pharisien de l'Evangile, sa fausse piété si contente d'elle-même et si coupable devant Dieu, son mépris pour le publicain qui s'en alla justifié à cause de l'humble aveu de sa misère, et disons au fond du coeur avec celui-ci: Mon Dieu! ayez pitié de moi pauvre pécheur. ( Luc, 18,13)
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Premier livre- chapitre 8
Avis utiles pour entrer dans la vie intérieure
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8. Eviter la trop grande familiarité
- N'ouvrez pas votre coeur à tous indistinctement( Eccl, 8v22); mais confiez ce qui vous touche à l'homme sage et craignant Dieu. (Eccl.9v21;36v15)
Ayez peu de commerce avec les jeunes gens et les personnes du monde.
Ne flattez point les riches, et ne désirez point de paraître devant les grands. (Sag,25,6)
Recherchez les humbles, les simples, les personnes de piété et de bonnes moeurs, et ne vous entretenez que de choses édifiantes.
N'ayez de familiarité avec aucune femme, mais recommandez à Dieu toutes celles qui sont vertueuses.
Ne souhaitez d'être familier qu'avec Dieu et les anges, et évitez d'être connu des hommes.
Il faut avoir de la charité pour tout le monde, mais la familiarité ne convient point.
Il arrive que, sans la connaître, on estime une personne sur sa bonne réputation, mais, en se montrant, elle détruit l'opinion qu'on avait d'elle.
Nous nous imaginons quelquefois plaire aux autres par nos assiduités, et c'est plutôt alors que nous commençons à leur déplaire par les défauts qu'ils découvrent en nous.
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Réflexion de Lamennais chapitre 8
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Il faut se prêter aux hommes, et ne se donner qu'à Dieu. Un commerce trop étroit avec la créature partage l'âme et l'affaiblit : elle doit viser plus haut. Notre conversation est dans le ciel, dit l'Apôtre (Philip,8,20) |
Premier livre- chapitre 9
Avis utiles pour entrer dans la vie intérieure
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9. De l'obéissance et du renoncement à son propre sens
C'est quelque chose de bien grand que de vivre sous un supérieur, dans l'obéissance, et de ne pas dépendre de soi-même.
Il est beaucoup plus sûr d'obéir que de commander.
Quelques-uns obéissent plutôt par nécessité que par amour, et ceux-là, toujours souffrants, sont portés au murmure. Jamais ils ne posséderont la liberté d'esprit, à moins qu'ils ne se soumettent de tout leur coeur, à la cause de Dieu.
Allez où vous voudrez, vous ne trouverez de repos que dans une humble soumission à la conduite d'un supérieur. Plusieurs s'imaginant qu'ils seraient meilleurs en d'autres lieux, ont été trompés par cette idée de changement.
Il est vrai que chacun aime à suivre son propre sens, et a plus d'inclination pour ceux qui pensent comme lui.
Mais si Dieu est au milieu de nous, il est quelquefois nécessaire de renoncer à notre sentiment pour le bien de la paix.
Quel est l'homme si éclairé qu'il sache tout parfaitement ?
Ne vous fiez donc pas trop à votre sentiment, mais écoutez aussi volontiers celui des autres.
Si votre sentiment est bon, et qu'à cause de Dieu vous l'abandonniez pour en suivre un autre, vous en retirerez plus d'avantage.
J'ai souvent ouï dire qu'il est plus sûr d'écouter et de recevoir un conseil que de le donner.
Car il peut arriver que le sentiment de chacun soit bon; mais ne vouloir pas céder aux autres, lorsque l'occasion ou la raison le demande, c'est la marque d'un esprit superbe et opiniâtre.
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Réflexion de Lamennais chapitre 9
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Le Christ s'est rendu obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la croix .(Philip,2v8) Qui oserait après cela refuser d'obéir ? Nul ordre dans le monde, nulle vie que par l'obéissance: elle est le lien des hommes entre eux et avec leur auteur, le fondement de la paix et le principe de l'harmonie universelle. La famille, la cité, l'Eglise ou la grande société des intelligences ne subsistent que par elle et la perfection la plus haute n'est, pour les créatures, qu'une plus parfaite obéissance; elle seule nous garantit de l'erreur et du péché. Qu'est-ce-que l'erreur ? La pensée d'un esprit faillible, qui ne reconnaît point de maître et n'obéit qu'à soi. Qu'est-ce-que le péché? L'acte d'une volonté corrompue, qui ne reconnaît point de maître et n'obéit qu'à soi. Mais à qui devons-nous obéir ? A un homme comme nous ? Non, non; l'homme n'a sur l'homme aucun légitime empire; son pouvoir n'est que la force, et quand il commande en son propre nom, il usurpe insolemment un droit qui ne lui appartient en aucune manière. Dieu est l'unique monarque, et toute autorité légitime est un écoulement, une participation de sa puissance éternelle, infinie. ( Rom,13,1) Ainsi, comme l'enseigne l'Apôtre, tout pouvoir vient de Dieu , et il est soumis à une règle divine, aussi bien dans l'ordre temporel que dans l'ordre religieux; de sorte qu'en obéissant au pontife, au prince, au père, à quiconque est réellement le ministre de Dieu pour le bien,(Ibid,v4) c'est à Dieu seul qu'on obéit. Heureux celui qui comprend cette céleste doctrine. Délivré de la servitude de l'erreur et des passions, de la servitude de l'homme, il jouit de la vraie liberté des enfants de Dieu . (Rom.8v21)
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Premier livre- chapitre 10
Avis utiles pour entrer dans la vie intérieure
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10. Qu'il faut éviter les entretiens inutiles
Evitez autant que vous pourrez le tumulte du monde, car il y a du danger à s'entretenir des choses du siècle, même avec une intention pure.
Bientôt la vanité souille l'âme et la captive.
Je voudrais plus souvent m'être tu, et ne m'être point trouvé avec les hommes.
D'où vient que nous aimions tant à parler et à converser lorsque si rarement il arrive que nous rentrions dans le silence avec une conscience qui ne soit point blessée ?
C'est que nous cherchons dans ces entretiens une consolation mutuelle et un soulagement pour notre coeur fatigué de pensées contradictoires.
Nous nous plaisons à parler, à occuper notre esprit de ce que nous aimons, de ce que nous souhaitons, de ce qui contrarie nos désirs.
Mais souvent, hélas ! bien vainement; car cette consolation extérieure n'est pas un médiocre obstacle à la consolation que Dieu donne intérieurement.
Il faut donc veiller et prier, afin que le temps ne se passe pas sans fruit. ( Mattieu, 26, 42)
S'il est permis, s'il convient de parler, parlez de ce qui peut édifier.
La mauvaise habitude et le peu de soin de notre avancement nous empêchent d'observer notre langue.
Cependant de pieuses conférences sur les choses spirituelles, entre des personnes unies selon Dieu et animées d'un même esprit, servent beaucoup au progrès dans la perfection.
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Réflexion de Lamennais chapitre 10
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| Il est écrit que nous rendrons compte, au jour du jugement, même d'une parole oiseuse. (Matthieu, 12, 36) Ne nous étonnons pas de tant de rigueur; tout est sérieux dans la vie humaine, dont chaque moment peut avoir de si formidables conséquences. Ce temps, que vous dissipez en des entretiens inutiles, vous était donné pour gagner le ciel.Comparez la fin pour laquelle vous l'avez reçu avec l'usage que vous en faites. Et cependant, que savez-vous s'il vous sera seulement accordé une heure de plus ? |
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