1-LE PEUPLE JUIF SOUS L'OCCUPATION ROMAINE ( 1 )
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Nous voici dans la quinzième année du gouvernement du César Tibère, l'Empereur de Rome. C'est environ l'an 30 après la naissance de Jésus. Tibère a succédé comme dictateur à Auguste. En Palestine, la Judée est province d'occupation. Un des fils d'Hérode le Grand, Archélatis, s'est rendu si odieux aux juifs qu'ils en ont appelé à Rome : occasion merveilleuse pour l'empereur de faire entrer ses troupes à Jérusalem et de déclarer la Judée province romaine. Il a choisi l'ancien général Ponce Pilate comme gouverneur du pays de Judée. Les autres fils d'Hérode qui se sont partagé son héritage sont plus diplomates et moins violents que leur frère Archélaüs. Ils jouent une politique de bascule comme leur père pour ne pas déplaire au dictateur romain et se faire accepter des juifs. Antipas, appelé aussi Hérode comme son père, règne en Province de Galilée son frère Philippe en Iturée et au pays Trachonite, enfin Lysanias en Abiléne.
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Comme dans tout pays soumis à l'occupation étrangère, on trouve chez les juifs de cette époque des partisans du pouvoir établi et des patriotes fanatiques. Le parti des « Sadducéens s'accommode à peu près du nouveau régime. C'est à leur avis la seule politique possible. Pourquoi faire de la résistance ? Les Juifs, un petit peuple de paysans, de bergers et de commerçants se cabrer en face des Romains, un peuple guerrier, équipé pour la conquête du monde : c'est ridicule et trop risqué.
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En face du parti des Sadducéens se dresse celui des Pharisiens. C'est le parti le plus fort, le plus populaire. « Pharisien n veut dire « séparé «. Les Pharisiens travaillent à conserver dans le coeur du peuple le sens des traditions nationales. Ils lui rappellent les pages terribles et glorieuses de son histoire : comment les envahisseurs successifs ont été chassés du pays les uns après les autres et l'indépendance reconquise.
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Cette fois-ci, qui pourra bien secouer le joug de Rome ? Rome a conquis le monde entier ! Mais justement les temps semblent mûrs pour la Grande Espérance. Ah ! le peuple d'Israël peut bien paraître dérisoire ; il n'en reste pas moins la race élue, le Peuple Saint. Aux premiers jours de l'histoire du monde, Dieu a fait alliance avec lui. Le romain méprise le juif : traiter quelqu'un de juif c'est pire que lui cracher à la figure ; c est une injure qu'on lave dans le sang. Oui, peut-être ; mais le dernier des va-nu-pieds juifs, le plus gueux et le plus sordide, quand il rencontre un officier romain avec son armure de cuivre éclatant, son manteau écarlate qui flotte sur l'épaule et son casque empanaché, n'a pour lui, en retour, qu'un fier dédain ; car il n'est à ses yeux qu'un païen, un incirconcis, un adorateur d'idoles. Tous les peuples ont plié devant Rome et ils ont pleuré pour voir leurs dieux admis à l'honneur de prendre place dans ses Temples. Les juifs, seuls au monde, se sont montrés dignes et intransigeants. Ils se feraient plutôt tuer que de laisser une idole pénétrer dans le sanctuaire de Jérusalem, la Ville Sainte. Car ils savent, eux, que Dieu c'est un Etre invisible et que personne ne pourra jamais donner une idée de sa majesté. Accorder une ombre de confiance superstitieuse à quelque autre chose sortie de l'imagination ou de la main des hommes, c'est pour eux un blasphème grossier à l'adresse du Dieu Unique qui a fait le Ciel et la Terre. Mais Dieu est présent dans leur Temple de Jérusalem à la manière d'un Esprit, et aucune statue au monde ne peut le représenter.
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-Rome a comme politique de laisser les peuples soumis s'administrer eux-mêmes sous le contrôle d'un gouverneur romain nommé par l'empereur. Archélaiis dépossédé de son trône, il n'y a plus qu'une seule autorité reconnue par les juifs : celle de leur Grand Prêtre. C'est donc lui qui dirige le pays ; mais à chaque instant le gouverneur est obligé d'intervenir : c'est une lutte continuelle. Cette année-là, Anne et Caïphe sont Grands-Prêtres : Anne, beau- père de Caïphe, une personnalité celui-là, est Grand-Prêtre honoraire, et Caïphe, Grand-Prêtre en fonction.
58-Plus que jamais l'idée du Messie hante les esprits, parce que jamais encore le peuple n a senti comme maintenant son humiliation. Partout, sur les routes, dans les auberges, sur les places de marché, autour des Synagogues, dans les cours du Temple, on en discute. On s'excite mutuellement. On cite des textes des Livres Saints : à chaque phrase on découvre une allusion. Des petits parchemins, comme des tracts, circulent sous le manteau : les plus inspirés écrivent des articles incendiaires comme celui-ci :
« L'étoile de Rome la païenne va pâlir. Le Libérateur arrive bientôt aux portes de la ville. Malheur au dernier empereur romain ! Il sera pris vivant, enchaîné et traîné jusqu'au coeur de la Ville Sainte , et là le Messie lui demandera compte de ses crimes. Sous ses yeux on passera ses soldats au fil de l'épée jusqu'au dernier... Tous les étrangers seront chassés : alors on vivra un véritable âge d'or plus aucun souci de son pain ou de son vêtement ; partout jailliront des sources d'eau fraîche et on ne craindra plus la sécheresse ; enfin chaque paysan sera propriétaire de quelques hectares de terre labourable. Et ce n'est pas tellement sur le nombre de ses soldats, sur la rapidité de ses cavaliers ou la puissance de ses chars de combats que le Messie asseoira sa victoire ; mais il comptera surtout sur l'appui de Dieu : il fera de tels prodiges qu'on sera bien forcé de croire en lui, de se soumettre et de lui obéir.
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I I L'HOMME DU DÉSERT ( 2)
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A Jérusalem on commence à parler d'un homme étrange. On dit que Dieu parle par la bouche d'un certain Jean, surnommé « le Baptiseur », fils du prêtre Zacharie, et qui vit dans la steppe inhabitée des bords du Jourdain, près du gué de Béthanie.
Il peut avoir une trentaine d'années C'est l'homme du désert : la poitrine et les membres cuivrés par de longues années de vie au soleil : une sorte de peau de chameau, retenue autour des reins par une ceinture de cuir, pour tout habit ; les cheveux et la barbe embroussaillés autour de deux grands yeux qui vous fouille le coeur comme des ames de couteau. Il vit l'abris des rochers, comme un homme des cavernes. Des sauterelles séchées et du miel sauvage, voilà sa nourriture : (il faut dire que les sauterelles de ces régions sont énormes et comestibles ; sans doute les caravanes qui passent le gué lui en abandonnent quelque sac ; et il recueille le miel des essaims blottis sous les rochers ou la résine sucrée qui coule des arbrisseaux rabougris). Il vient souvent au gué et crie aux gens de passage : « Pénitence ! Pénitence Changez de vie ! Attention ! Dieu va bientôt entrer en scène. Le Règne de Dieu arrive ! ... Vous me regardez comme une bête curieuse... Eh bien, oui, c'est moi la Voix qui crie dans le désert : « Frayez le chemin à Dieu. » Rappelez-vous ce qu'a écrit Isaïe, le prophète : « Voici que j'envoie mon messager, dit Dieu à « son Christ, pour préparer ton chemin... » Une voix va se faire entendre au désert ; « Préparez l'arrivée du Seigneur; aplanissez dans la steppe une route « pour votre Dieu; comblez les ravins et rabotez les bosses; pas de chemin tortueux, « mais une route droite et sans cailloux pour que tout le monde puisse voir passer « le Libérateur. » Bientôt les foules se ruent vers le Jourdain pour voir et entendre Jean le Baptiseur. Les imaginations sont surexcitées. Tout Jérusalem court au gué de Béthanie. Les curieux sont hypnotisés par cet homme extraordinaire : ses paroles tombent juste et dru. Personne ne peut échapper. Comme à la Grande Fête du Pardon, tout le peuple, dans un mouvement de franchise, avoue ses torts et ses péchés. On se courbe jusqu'à terre, on se frappe la poitrine, on se redresse. Alors, d'un geste impératif, Jean désigne le fleuve ; et tous, hommes, femmes, garçons et filles dégrafent leur manteau et y descendent pêle-mêle. Et sur toutes ces têtes qui émergent le Baptiseur jette l'eau en signe de purification.
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Ce baptême n'enlève pas les fautes, mais, comme on voit encore de nos 60 jours les Indous se plonger dans les eaux sacrées du Gange, c'est un geste qui marque l'ardent désir de se voir lavé, purifié, changé ; et l'aveu de ses péchés doit sûrement toucher le coeur de Dieu. Pour que ça compte vraiment il faut avoir du repentir et être résolu à changer de vie. Toutes les âmes un peu réfléchies le savent : la véritable disposition à l'arrivée du Christ, c'est quelque chose d'intime ; il s'agit de se débarrasser de toute sa « vieille hommerie » : c'est-à-dire de tout son égoïsme et de tout son orgueil, de tous ses sentiments de vengeance et de jalousie, de tous ses désirs mauvais et vicieux, de toutes ses passions de gain et de plaisir. Bref, il faut se dépouiller. Ce n'est pas du nouveau ; le prophète Isaïe l'a déjà fait entendre : les sacrifices au Temple, c'est très beau, c'est magnifique ; mais ce qui compte pour Dieu c'est avant tout le renouveau du coeur, le don de soi, l'amour des autres : « Vous savez ce que j'aime, dit Dieu, en fait de jeûne et de pénitence ? Eh bien voici : partager son pain avec les affamés, héberger les pauvres sans abri, habiller les miséreux et ne pas chercher de prétextes pour se dérober au devoir de charité.. Et il faut d'abord prier ainsi : « Seigneur, changez-moi le coeur » après quoi, vous viendrez m'offrir vos sacrifices. »
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Justement voici des pharisiens et des sadducéens qui se présentent à son baptême. Attention ! ceux-là, il ne va pas es menager : il va leur dire leur vérité : « Race de vipères ! Ah ! vous vous faufilez, vous fuyez quand la colère arrive ! et vous croyez y échapper ? Comme tout le monde, confessez-vous, faites pénitence et changez de vie ! Il ne s'agit plus de répéter : « Nous, nous n'avons rien à craindre, car nous sommes du peuple élu de Dieu, nous avons pour père Abraham, et Dieu a besoin de nous pour sa propagande. » Taisez-vous ! Moi je vous dis que Dieu n'a pas besoin de vous. Des fils d' Abraham I Mais d'un mot il en ferait sortir de ces cailloux-là, des fils d' Abraham ! D'ailleurs, plus d'illusions ; c'est l'heure de faire son examen de conscience ; Dieu va juger chacun à sa juste valeur. La hache est déjà posée au pied de l'arbre ! et tout arbre qui ne produit pas de bons fruits sera abattu et jeté au feu. » C'est que les pharisiens eux-mêmes ont beau travailler avec zèle à la Cause de Dieu, la plupart ne cherchent au fond que des honneurs et leur avantage. Timidement les gens du peuple s'approchent à leur tour et questionnent : « Et nous, que faut-il faire ? Quelles pénitences, quelles prières, combien de jours de jeûne, que faut-il apporter au Temple en sacrifice ? » Mais Jean le Baptiseur tranche net : « Le plus urgent, c'est de pratiquer la charité. As-tu deux vêtements ? pense à en donner un à celui qui n'en a pas. Tu as à manger ? alors partage ton repas avec celui qui meurt de faim. »
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On voit au bord du fleuve jusqu'à des publicains. Les publicains sont des agents du fisc, douaniers et employés d'octroi. Ils sont craints et détestés, car les impôts sont lourds et nombreux. Eux se vengent du mépris de leurs compatriotes en leur extorquant le plus possible. Le proverbe a raison : Voleur comme un publicain. » Ces publicains, dans un moment de remords, crient aussi à Jean : « Et nous, que faut-il faire ? » « Soyez justes, et n'exigez que selon les tarifs prévus. » Enfin, avec les publicains, des soldats, gens du service d'ordre et policiers, osent aussi questionner le Baptiseur. Ils prêtent souvent main forte aux publi cains pour assurer la rentrée des impôts. Ils sont aussi méprisés. (( Pour vous, répond Jean, pas de brimades, pas de violences ni de fausses dénonciations ; et contentez-vous de votre solde. »
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Il y a plusieurs siècles qu'on n'a vu un tel surhomme. On court au désert voir ce sauvage mystérieux qui ne s'est jamais rasé la chevelure, qui n'a jamais bu une goutte de vin, n'a jamais approché une femme ni connu d'autre amour que celui de Dieu. Jadis Dieu avait envoyé à son peuple des prophètes qui avaient leur franc-parler. Mais celui-ci paraît les dépasser tous. Tant et si bien que tout le monde se demande si ce n'est pas lui le Messie, le Christ, le Libé rateur tant attendu. Une délégation officielle de prêtres et de pharisiens vient même un jour lui poser carrément la question : « Mais enfin qui êtes-vous ? » Personne en effet ne connaît son origine : pour tous, c'est l'homme du désert. Jean reconnaît ce qu'il en est. Sans s'amoindrir lui-même il déclare : « Ce n'est pas moi le Christ. Vous êtes Elk peut-être ? » La croyance populaire voulait qu'Elie le prophète, disparu mystérieusement, revienne sur terre pour désigner et sacrer roi le Messie. « Non, je ne suis pas Elie. Vous êtes bien un prophète quand même ? Pas davantage. Qui alors ? Parlez, voyons... il faut que nous rapportions une réponse. Je suis la Voix qui crie dans le désert : « Préparez une route bien droite pour l'arrivée du Seigneur, comme l'a dit Isaïe le prophète. » Mais tout cela n'est pas clair aux yeux des phraisiens, jaloux de penser que cet homme échappe aux. directives et aux traditions de leur parti. « Alors nous ne comprenons plus. Si vous n'êtes ni le Christ, ni Elie, ni un prophète, de quel droit baptisez-vous ? » Oh ! moi, je ne baptise que dans l'eau. Mais il y au milieu de vous quelqu'un que vous ne connaissez pas : c'est Lui qui doit venir après moi. Il me dépasse cent fois. Tenez, je ne serais même pas digne de me mettre à ses pieds pour dénouer les courroies de ses sandales. Lui, ce n'est pas dans l'eau qu'il vous baptisera, mais dans le feu pénétrant de l'Esprit de Dieu. Oui, il arrive, le van à la main ; il va nettoyer son aire et enta&ser ses sacs de blé dans son grenier ; quant aux déchets, il les brûlera dans un feu continu. »
Il fait allusion à ces cours de fermes où l'on écrase sous les rbuleaux et les pieds des bêtes les gerbes de la moisson ; les vanneurs viennent avec leurs outils et jettent en l'air le grain écrasé pour que le vent emporte les débris de paille et de balle, puis ils passent le grain au crible ; et pendant des semaines on voit brûler sur l'aire les gros tas de paille écrasée.
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III LE MANDAT OFFICIEL (3)
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L'agitation créée autour de la personne de Jean le Baptiseur a gagné la province de Galilée. Au puits de Nazareth on en parle et jusque dans la cour de Jésus le charron. , Personne ne connaît la véritable origine du successeur de Joseph. Jésus a environ 30 ans. Tous les gens du village croient qu'il est fils de Joseph. On connaît même l'arbre généalogique de sa famille avec tous les noms de ses ancêtres. Il est bien de la descendance de David par Joseph et Marie et sans aucune coupure pendant la déportation du peuple d'Israël à Babylone on peut remonter la lignée de ses ancêtres jusqu'à Abraham... et donc jusqu'à Adam créé par Dieu.
Un beau jour, Jésus range ses outils, ferme la porte de l'atelier, annonce à Marie que sa mission va commencer et s'en va. Il se met en route pour le gué de Béthanie sur le Jourdain : il veut, lui aussi, recevoir le baptême de Jean. Personne ne s'en étonne à Nazareth. Déjà quelques-uns de ses cousins y sont partis. C'est tellement naturel d'aller voir le fameux prophète.
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-Voilà donc Jésus perdu au milieu de la foule sur les rives du Fleuve. Seuls les gens de Nazareth, s'il s'en trouve, pourraient dire son nom. Comme tous les autres, ce pèlerin anonyme écoute les appels vibrants du Baptiseur et se présente à son tour pour être baptisé. Mais Jean reconnaît sans doute son cousin : il faut croire que dans leur jeunesse ils se sont parfois rencontrés. Et puis, à la maison, ses parents, Zacharie et Elisabeth, lui ont souvent parlé de Jésus qui doit avoir une mission plus importante encore. Mais qu'il soit le Messie, Jean ne le sait pas d'une manière certaine.
Quand donc Jésus se présente pour le baptême, Jean refuse : «Comment ! Mais c'est moi qui aurais besoin d'être baptisé par vous, et vous voudriez que je vous baptise? » Lui pourtant si terrible qui foudroie tout le monde et fait trembler les gens en place, il est maintenant tout confus en présence de cet inconnu. « Laisse-toi faire pour le moment, lui répond Jésus : il le faut : c'est notre devoir à tous deux. » Jean se laisse convaincre. Jésus descend dans le fleuve et le Baptiseur, la main tremblante, le plonge complètement dans l'eau. Une fois baptisé, Jésus remonte sur la berge et se met à prier en regardant le Ciel. A ce moment, Jean, qui suit son regard, voit les nuages s'écarter et, dans un rayonnement de soleil, une colombe en descendre et venir au-dessus de la tête de Jésus. C'est une manifestation de l'Esprit de Dieu. En même temps il entend une voix qui vient des hauteurs : « Le voici mon Fils bien-aimé, l'objet de tout mon amour. »
C'est vraiment le sacre du Messie c'est le mandat officiel de Dieu son Père. Et l'Esprit Saint, sous la forme d'une colombe (ces oiseaux sont rares dans ces parages), vient donner le signal de la Mission du Fils. Rien de commun avec une prise en charge royale : pas de palais ni de trône, pas de remise d'épée ou d'étendard. Mais en descendant dans ces eaux où tant de pécheurs sont déjà passés, Jésus prend à son compte toutes les fautes de l'humanité entière. Et contrairement aux autres qui en sortent déchargés, Lui remonte du fleuve comme accablé sous leur poids... C'est à Lui maintenant d'en délivrer le monde.
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IV-QUAND LES DEUX CHAMPIONS DU MONDE SONT AUX PRISES (4)
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Au sortir du baptême, Jésus, docile à l'inspiration de l'Esprit Saint, s'en va au désert pour s'y plonger dans une profonde retraite. Il n'y a qu'à s'écarter des rives du Jourdain et quitter les chemins des caravanes pour trouver les terres brûlées par le soleil et ravinées par l'eau des orages. Jésus gagne le haut du désert, sinistre chaos de rochers entrecoupés de crevasses profondes. Là on trouve des grottes naturelles qui servent de repaires aux chacals, aux renards, aux hyènes, aux aigles et aux vautours. Il reste là quarante jours au milieu des bêtes sauvages, et dans ce décor d'enfer il subit les assauts du Diable.
Pendant cette longue solitude, face à Dieu, il songe à la multitude des humains, ses frères, qui l'attendent sans même le connaître. Lui le Vrai, l'Unique Libérateur, il vient sauver non pas son petit peuple de la tyrannie romaine, mais le monde entier d'une autre servitude : celle du Mal. Il vient pour libérer l'homme de son orgueil et de ses haines, de sa méchanceté et de sa bestialité, de ses jalousies et de son avarice, bref de tout son égoïsme. L'amour de soi, poussé à l'extrême de sa recherche, a créé un monde d'égoïsme, de haine et de guerre ; l'amour de Dieu, poussé jusqu'au sacrifice tel que Jésus vient l'apprendre, doit apporter un règne d'amour et de paix : le Règne de Dieu.
Jésus est pressé d'engager le combat contre le Mal, car il porte les péchés du monde. Pendant six semaines, sans nourriture et sans abri, Il brise son corps par le jeûne et la pénitence. Mais, tout Dieu qu'Il est, Il reste aussi un homme et les forces humaines ont des limites. Comme il n'a pas mangé depuis long temps, la faim, par moments, se fait sentir.
Aussitôt l'Adversaire apparaît et la lutte s'engage... Car Satan veille. Ceux qui ne croient pas au diable prouvent qu'ils sont déjà dans ses filets. La plus grande de ses astuces est de faire croire qu'il n'existe pas. Ainsi on ne s en méfie pas. Or, depuis longtemps il surveille cet homme étrange sur lequel il n'a eu aucune prise : jamais, à Nazareth, le travail n'a arraché à Jésus un cri de révolte ni un geste de lassitude découragée ; dans une bourgade où l'on se dispute sans cesse, jamais il n'a vu Jésus se quereller. C'est anormal. Serait-il le prophète dont parle le Baptiseur ? On va voir. S'il se croit le Messie sans l'être, ce sera facile de le faire tomber.
C'est l'heure où l'estomac est tiraillé par la faim : la tentation s'approche : « Si tu es vraiment le Fils de Dieu, qu'attends-tu ? Dis un mot à cette pierre et elle deviendra du pain. » (Les pierres arrondies du désert font l'effet de boules de pain cuit.) S'il fait un miracle pour apaiser sa faim, c'est la preuve qu'il n'est pas un saint bien à craindre il n arrachera pas le monde à sa gourmandise et à sa sensualité.
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Mais Jésus repousse cette idée : « L'homme, quand il n'a pas de pain, doit garder confiance dans la promesse de Dieu. » Dieu connaît ses besoins ; il saura bien, le moment venu, lui donner à manger. Il faut attendre, et ne jamais placer l'intérêt matériel avant l'intérêt spirituel.
- A d'autres moments, Jésus pense aux difficultés de sa mission. Comme ce sera difficile de faire comprendre au monde qu'il vient le sauver par le sacrifice. Comme ce sera dur de faire accepter aux Juifs un Messie souffrant, alors qu'il est si simple et si populaire de faire un grand coup d'État !
Alors la tentation revient. Jésus se voit transporté à Jérusalem sur le plus haut pylône du Temple. De cette hauteur vertigineuse la foule des pèlerins paraît une fourmilière humaine. D'après une tradition le Messie doit se présenter un beau jour au peuple, monté sur le toit du Temple. Les hommes aiment le prodigieux ; celui qui ferait un plongeon aussi formidable sans se tuer serait à coup sûr porté en triomphe. « Si tu es le Fils de Dieu lance-toi en bas ! Rien à craindre ! Dieu a commandé à ses anges de te soutenir pour que tu ne te brises pas les jambes. C'est écrit aux livres sacrés. »
Mais Jésus repousse cette deuxième attaque : Il rejette l'ambition d'un succès populaire. « Dieu a aussi donné cet ordre : « II ne faut jamais demander à Dieu des miracles sans raison. » C'est tenter Dieu que de Lui demander un phénomène extraordinaire pour satisfaire un caprice, une folie téméraire. D'ailleurs, sa mission est de gagner les coeurs et de convaincre les esprits, et non pas d'ébahir le monde à coups de prodiges.
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-Satan va perdre la partie. Il joue sa dernière carte. Par un effort d'imagination fantastique, le démon transporte Jésus sur une haute montagne et lui fait miroiter en un instant tous les royaumes de la ferre, avec leurs splendeurs, comme en un gigantesque panorama. C'est une vision féérique : les villes et leurs palais, les armées et leurs triomphes, la mer et ses vaisseaux... tout cela défile dans l'imagination de Jésus : « Je peux te donner toute cette puissance, tous ces biens magnifiques, car tout cela m'a été abandonné, et j'en fais profiter qui je veux. Ainsi donc, tombe à mes pieds, adore-moi et tout cela est à toi. »
Satan a raison de dire qu'il règne sur le monde : qui veut la richesse, le succès, le renom n'a qu'à se soumettre, à consentir au mal ; car les royaumes de la terre sont fondés sur la force et maintenus par la ruse. Bientôt celui-là arrive en place, car la vie du monde n'est que « mauvaises combines », mensonges et meurtres. La seule vue de l'argent ou du pouvoir excite le désir de les posséder pour en jouir. Satan, aveuglé, croit que Jésus n'est peut-être pas le Fils de Dieu et qu Il sera heureux d'entrer dans ses plans pour régner sur la terre.
Mais ce n'est pas pour un trône ou une couronne que Jésus est venu sur la terre. C'est au contraire pour que Dieu règne et que le règne du Mal finisse. Avec quel mépris et quelle énergie Il chasse la Tentation : « Va-t'en, Satan... Et rappelle-toi qu'il est écrit : « Un seul Dieu tu adoreras et aimeras parfaitement... »
Battu sur toute la ligne, le Diable se retire ; il se promet pourtant de revenir un jour à la charge. Désormais il s'agira pour lui de pousser les ennemis du Christ à comploter sa mort.
Jésus est épuisé par les privations et par la lutte morale qu'Il soutient depuis quarante jours contre les tentations sans cesse renouvelées ; et il lui faudrait traverser le désert pour aller acheter des provisions au village le plus proche. Mais Dieu veille sur son Fils et répond à sa confiance. Des envoyés célestes apportent alors à Jésus un peu de nourriture.
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V- LES PREMIERS PARTISANS (5)
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Jésus revient du désert et retrouve Jean au gué de Béthanie. Depuis qu'il est sûr de connaître le Messie, le Baptiseur affirme de plus en plus fort :
« Il est là parmi vous. Vous ne le connaissez pas. Mais moi je le connais, je l'ai vu. Vous pouvez croire à ma parole. » L'émotion est à son comble. Le Messie est donc arrivé !... Le gué de Béthanie est devenu célèbre. Petit à petit un campement s'y organise dans un encombrement bien oriental de couvertures, de piquets de tente, d'outres, de paniers à provisions, pêle-mêle avec les bêtes : ânes et chameaux. Des hommes convaincus et décidés partagent la vie du Prophète.
Jean le Baptiseur aperçoit Jésus qui revient du désert : il fait à sa petite communauté de fidèles cette déclaration : « Regardez !... Vous voyez cet homme ! ... C'est l'agneau de Dieu, c'est Celui qui enlève les péchés du Monde. »
(Tous les ans, à Pâques, chacun venait au Temple offrir un agneau pour l'expiation de ses péchés ; il chargeait la victime des fautes dont il se savait responsable... jésus est cette victime qui a pris sur elle tout le mal de l'huma nité et qui doit en libérer le Monde.)
« C'est à Lui que je pensais quand je vous disais : après moi vient quelqu'un qui me dépasse infiniment, car il existait avant moi. C'est pour le présenter au peuple d'Israël que vous me voyez là. moi qui baptise dans l'eau. Écoutez : j'ai vu l'Esprit descendre du Ciel comme une colombe et Il a plané sur lui. Jusqu'à ce jour je ne savais pas au juste ; mais Celui qui m'a envoyé baptiser dans l'eau m'avait dit : « Celui sur qui tu verras l'Esprit descendre et se .reposer, c'est lui qui baptisera dans l'Esprit Saint » Et c'est bien ce que j'ai vu. Aussi, je vous l'assure, vous avez devant vous l'Elu de Dieu, le Christ attendu. »
Mais ce jour-là Jésus ne fait que passer. Il s'enfonce à nouveau dans la solitude des steppes. Les disciples de Jean sont stupéfaits. Ainsi le Messie, ce serait cet homme-là : quelqu'un de tout ordinaire !... Le lendemain, Jésus vient à passer de nouveau sur le chemin qui mène au gué, Jean, sur la berge, s'entretient avec deux de ses fidèles. M'aperçoit, se redresse le suit des yeux avec insistance, tend le bras dans sa direction et s'écrie Regardez !... L'Agneau de Dieu ! » C'est bien le même individu qu'hier. C'est donc lui le Messie !... Le baptiseur, cet homme à la voix tonnante qui fait trembler les foules, est à son tour comme subjugué ; dans ses yeux on voit briller comme des larmes d'attendrissement. Il ne peut les détacher de l'homme que son bras figé désigne à l'attention de tous.
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Il n'en faut pas davantage. Les deux disciples de Jean se mettent à suivre Jésus. Ils sont tout d'abord bien timides : aussi timides que fiers, car ils sont les premiers à connaître le Christ ! Avec respect ils marchent à distance. Cet inconnu mystérieux fera-t-il attention à eux ? Ils ne sont que des gens du peuple, des travailleurs très ordinaires : leur métier, c'est la pêche, et leur vêtement d'e cuir sent encore le poisson. D'eux-mêmes ils n'osent l'aborder. Mais Jésus se retourne : Il les voit qui Le suivent : « Que voulez-vous ? » Rougissant de confusion et de fierté à la pensée que le Messie s'intéresse à eux : « Maître où demeurez-vous ? Nous voudrions être des vôtres. » Venez, et vous verrez. » Il est environ quatre heures de raprès-midi. Ils font route ensemble et passent la soirée chez lui. Est-ce dans une maison, à l'auberge de Béthanie ou dans quelque grotte sur la rive du Jourdain ?... Peu importe. On parle longuement : Jésus se présente : un artisan de Nazareth en Galilée... Mais c'est tout près de chez eux !... ils sont de Bethsaïde, au bord du lac de Galilée. André : un vaillant pêcheur déjà mûr. Jean, un ami d'André, jeune encore, aux yeux clairs et ardents, dont le coeur s'ouvre à peine à l'amour, et qui est prêt à vibrer pour la cause la plus belle. Jésus parle un peu de sa mission... mais très peu... et sans vouloir briser leurs rêves guerriers ef révolutionnaires. A quoi bon dans ce premier contact ? Il faut laisser le temps agi. L ' important est qu'ils lui accordent aujourd'hui cette confiance, cette générosité qui se donne sans calcul. André, qui est un fidèle de Jean le Baptiseur, est enthousiasmé. Il a justement un frère, Simon, qui est venu avec la caravane de Galilée entendre le prophète du Jourdain. Le lendemain matin, il court le chercher : « Mon cher, nous avons trouvé le Messie ! » Et il entraîne son frère. Bientôt Simon est devant Jésus. Jésus regarde longuement le nouveau venu, en connaisseur d'hommes et, lui posant la main sur l'épaule : « C'est bien toi, Simon fils de Jona ?... A partir d'aujourd'hui tu t'appelleras Pierre. » Et ce même jour, Jésus décide de partir en Galilée. Sur la route on fait la rencontre d'une caravane. André et Pierre reconnaissent un certain Philippe, un compatriote. Il est aussi de Bethsaïde, au bord du lac de Galilée, la ville d'André et de Pierre. Jésus dit à Philippe : « Viens avec moi ! » Et Philippe, mis au courant et enthousiaste, vient grossir la petite troupe. Mais Philippe a un ami inséparable : Nathanaël. Il va le trouver. Il le rencontre étendu à l'ombre d'un figuier. « Tu ne connais pas la nouvelle ?... Celui dont Moïse a parlé dans sa Loi, le Messie qu'annoncent les prophètes, eh bien, nous l'avons trouvé.» Nathanaël se dresse d'un bond. « Mais oui, continue Philippe, c'est Jésus, fils d'un certain Joseph de Nazareth. » Du coup Nathanaël éclate d'un bon rire sonore : Quelle bonne histoire! quelle naïveté !... Le Messie sortir de Nazareth !... Laisse-moi rire... De Nazareth I peut-il sortir quelque chose de bon ?.... De Nazareth ? » C'est qu'il habite aux environs de Nazareth et il connaît la réputation qu'on fait aux gens de ce village : « Nazaréen : cancanier, chicaneur ! » Mais, par curiosité et pour plaire à son ami, il se décide. Quand Jésus le voit venir, il dit à ses compagnons avec un large sourire accueillant : Voilà au moins quelqu'un de franc !... un vrai Israélite ! Mais comment me connaissez-vous ? Avant que Philippe ne t'appelle, je t'ai vu : tu étais sous un figuier. J'ai même entendu ta réflexion sur les habitants de Nazareth. Cà, par exemple, c'est trop fort! Maître, vous êtes vraiment l'homme de Dieu, le Roi d'Israël ! Parce que je y'ai dit : « Je t'ai vu sous le figuier », tu crois maintenant ; mais tu verras mieux que cela. Ecoutez tous ! Je vous assure que vous verrez un jour le Ciel ouvert au-dessus du Fils de l'Homme et les anges descendre vers Lui et remonter au Ciel. » Les compagnons de Jésus sont sûrs maintenant d'avoir trouvé le Messie. Mais quand prendra-t-il la tête du mouvement d'insurrection ? Il ne le dit pas. Pour le moment ils ont confiance.
En remontant à l'Ouest du lac pour gagner les villes du Nord, on passe par Cana. C'est la fête au village : on est en noces...
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VI- LE VIN DES NOCES (6)
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.On fait les noces à Cana de Galilée.
C'est tout un événement que des noces au village. La veille du mariage, le cortège aux flambeaux a conduit l'épouse toute parée à la demeure de son fiancé et les réjouissances ont commencé. Cela peut durer une semaine et le village interrompt son travail pendant ces jours-là. L'homme du peuple fait rarement des folies, mais le jour de son mariage est le plus mémorable de sa vie et il joue au grand riche. D'ordinaire il se contente de peu : pain d'orge, figues, oeufs durs et un peu de poisson ; de la viande seulement aux jours de fête. Mais à ses noces, il veut que tout abonde. Et il faut encore de la joie, de la gaieté : musiciens, danseurs sont à leur affaire. Depuis des mois les deux familles préparent ces noces ; on a accumulé les provisions : moutons, volailles, fruits secs de toutes espèces, outres de vins renommés, etc. Il y a souvent plus de cent convives. D'ailleurs la cour où se passe la fête est ouverte à tout le monde : les gens du village peuvent entrer et sortir, et même les voyageurs de passage.
Les invitations ont été faites, et Marie, la mère de Jésus, est du nombre des convives : elle est sans doute parente éloignée ; Nazareth n'est qu'à quelques kilomètres de Cana.
La famille du marié a nommé un responsable de la noce : il fait fonction de Maître d'hôtel. Les parents lui ont remis leurs provisions, les invités leurs cadeaux, et lui doit s'arranger avec tout cela. Il commande le menu de chaque repas, règle les heures des jeux et des distractions. Il est partout : à la cuisine, près des musiciens, dans la salle du banquet... Il met son point d'honneur à faire durer les noces le plus longtemps possible. Grâce à lui, les jeunes époux sont débarrassés de tous soucis et tout à la joie de présider les réjouissances.
La cuisine est l'affaire des femmes : pendant toute la durée des noces la nolitesse et la bonne tenue exigent qu'elles restent à part en dehors des repas. Marie est sûrement occupée avec les serviteurs à préparer les menus. Elle a maintenant 45 ou 50 ans : c'est une veuve respectable qui a autorité sur les tout jeunes serveurs. Elle a cru bon de ne pas se dérober à l'invitation. Pourtant elle sait qu'on parle d'elle. Le bruit vient de courir jusqu'ici que Jean le Baptiseur, le prophète du Jourdain, a désigné Jésus, son fils, pour le Messie... Les parents ont bien hoché la tête avec un sourire qui en dit long. Malgré tout elle est venue. Elle n'a ni dédain ni fierté arrogante. Elle ne parle même pas de son fils. Mais elle est là, aux noces comme les autres femmes du peuple, toujours servante, préoccupée de la réussite de la fête.
Le troisième jour après son départ des bords du Jourdain, Jésus arrive à Cana. La nouvelle s'en répand. On l'invite avec ses disciples ; il est un peu de la famille, puisque sa mère est là. Surtout on est curieux de le voir. Alors, ce serait lui le Messie !... Pas possible !... On se bouscule dans la cour.
L'ordonnateur du banquet commence à s'affoler. C'est très joli de recevoir ainsi un parent célèbre, mais les nouveaux mariés ne se doutent pas qu'ils le mettent dans un cruel embarras. Impossible de rien offrir à tout ce monde ! Il faudrait du vin. Et, justement, le vin manque à la noce : il est même épuisé.
Marie, toute à la joie de revoir son fils, n'en oublie pas pour autant les détails du service. Elle devine le souci du Maître d'hôtel. Elle est au courant : elle sait que les réserves sont épuisées. Elle peut approcher son fils et lui glisse à l'oreille : « Ils n'ont plus de vin... » C'est une gêne terrible pour de jeunes mariés de n'avoir rien à offrir aux nouveaux arrivants. Il faudrait faire quelque chose : d'ailleurs c'est l'arrivée de Jésus qui cause cet ennui.
Mais Jésus n'est plus le Fils qu'elle a connu à Nazareth. C'est maintenant le Prophète » qui concentre tout l'intérêt sur sa personne. Et le moment est mal choisi pour une femme de venir déranger la conversation des hommes pour un détail de cet ordre. Chacun à sa place.
« Voyons, est-ce notre affaire ?... Ce n'est pas encore le moment. »
Mais l'expression de son regard corrige la rudesse de sa réponse. Marie, qui connaît bien son Fils, est sûre maintenant qu'il va les tirer d'embarras. Comment ?... C'est son secret. Elle retourne à sa cuisine :
Si Jésus vous commande quelque chose, n'hésitez pas à lui obéir », dit-elle aux gens de service.
Après les présentations et félicitations d'usage on est assis sur des nattes dans la cour Jésus remarque six grandes urnes de pierre d'une contenance d'environ quatre-vingt litres chacune : on les a mises là pour que les invités puissent se laver avant les repas, comme c'est la règle. Il dit aux domestiques : « Remplissez ces urnes d'eau propre. »
C'est tout un travail. Depuis trois jours on y a beaucoup puisé et elles sont au trois quarts vides. Il faut aller au puits du village avec des outres et faire bien des tours. Mais les domestiques obéissent et les remplissent jusqu'au bord. «Sans doute, pensent-ils, le nouveau prophète a remarqué que l'eau est sale et il tient à ce que les prescriptions sur la purification des mains avant les repas soient mieux observées. »
Quand c'est fait, Il leur dit :
« Vous pouvez y puiser maintenant et en porter goûter au Maître d'hôtel. »
Eux se regardent, plongent leurs cruches et se rendent compte à l'odeur et à la couleur que ce n'est plus de l'eau, mais bel et bien du vin. Les voilà qui en portent un échantillon à l'ordonnateur de la fête.
Il goûte l'eau changée en vin, et, tout étonné, sans se douter de la provenance fait venir le marié. Il finit son verre devant lui, et faisant clapper sa langue pour mieux apprécier le goût du vin, il se met à lui adresser des reproches, moitié content, moitié vexé, car il le soupçonne d'avoir caché des provisions : « Mais, mon cher, tu as fait le contraire de ce qu'on fait d'habitude. C'est le bon vin qu'il faut servir le premier, et quand tout le monde est un peu en gaîté, on sert alors le moins bon. Mais toi, tu avais gardé le bon vin jusqu'à maintenant... »
Le jeune marié se défend comme il peut : il n'y est pour rien et ne comprend pas. Mais les domestiques s'empressent de raconter le miracle. Toute la noce et bientôt tout le village apprennent :événement. Un miracle !... Un miracle !... Jamais on n'a vu ça ! Même Jean le Baptiseur ne fait pas de miracles !... Pensez donc ! Cinq cents litres d'eau changés en cinq cents litres de vin ! » A la dérobée on regarde avec admiration et stupeur l'artisan de Nazareth qui continue le plus simplement du monde à manger et à parler comme si de rien n'était. Jésus vient de prouver sa puissance : c'est là son premier miracle... dans ce petit bourg de Cana. Tous les incrédules en sont ébahis. Ses partisans, eux, sont bien sûrs désormais qu'Il est le Messie. Les noces terminées, Jésus, avec-sa mère, toute sa parenté, et ses compagnons de route. descend vers Capharnaum, la ville au bord du lac. C'est là que se rassemblent les caravanes pour le départ des pèlerinages. Les fêtes de Pâques approchent. Quelques jours à Capharnaum... et la troupe de pèlerins se met en route vers Jérusalem.
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VII - BRUITS D'ARGENT AUTOUR DE L'AUTEL (7)
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Les pèlerinages à Jérusalem sont de véritables équipées : nous l'avons vu, quand Jésus, âgé de douze ans, y prit part pour la première fois (8). On est embarrassé par tout ce troupeau de moutons et d'agneaux bêlants qu'on pousse devant soi sur la route : c'est pour le repas pascal. Il y a aussi des boeufs et des boucs pour les sacrifices. Car à Jérusalem il est difficile de s'en procurer et ils sont hors de prix. Les marchands préfèrent les vendre aux juifs qui viennent de l'étranger pour accomplir au Temple leur sacrifice annuel : ceux-là peuvent payer ; il y a parmi eux de gros commerçants qui viennent de Rome, d'Antioche, d'Alexandrie. La semaine Sainte de Pâques est une véritable foire qui dure huit jours. Mais il est difficile de vendre le bétail dans les ruelles étroites d'une ville d'Orient où affluent ces jours-là cent ou deux cent mille pèlerins. On a donc prix l'habitude d'envahir l'espla nade du Temple ; puis petit à petit on a pénétré dans les cours intérieures. Les prêtres ont laissé faire. Tant qu'on n'entre pas dans la cour du sanctuaire !.. Et à se montrer accommodants ils trouvent leurs petits bénéfices. Les grandes cours intérieures, longues de 100 mètres et larges de 50, sont transformées en de véritables places de marché.
C'est révoltant !... Tout un monde bariolé se luscule, crie et gesticule en marchandant. Des troupeaux de boeufs et des bandes de moutons font irruption. On frappe les animaux qui se couchent, fatigués et assoiffés, sur le dallage. Des marchands font l'article, juchés sur des tas de cages à pigeons : ce sont les vendeurs de colombes et de tourte relles qui attirent la clientèle populaire ; car les gens du peuple qui ne peuvent s'offrir le luxe d'une bête à cornes peuvent se contenter de sacrifier un couple de pigeons. Dans les coins et sous les colonnades, des employés de banque, assis à terre devant de petites tables où s'entassent les piles de monnaies d'or, d'argent et de billon, échangent avec intérêt pour faciliter le commerce et permettre aux juifs de Rome, de Grèce ou d'Égypte de se procurer les pièces prescrites en vue de payer au Temple le denier du culte. Ces mercantis prélèvent un droit de change considérable, jusqu'à 10% ; ils profitent de ce que les monnaies étrangères, à cause de leurs effigies et inscriptions païennes sont inacceptables pour le trésor du Temple. Il règne un vacarme assourdissant : les pieds dans la crotte, les provinciaux défiants et près de leurs sous se déver sent en flots de paroles avant de desserrer les cordons de leur bourse ; les etrangers exploités menacent les marchands cupides et parlent de faire inter venir la police du Temple.
Où trouver un coin tranquille dans une telle cohue pour prier à l'aise et se recueillir ? Comment offrir au Seigneur d'un coeur content des victimes si chaudement marchandées ? Mais on a hâte de voir son tour d'offrande arrivé. On fait la queue pour présenter aux prêtres la victime choisie.
La cour du sanctuaire ressemble à un abattoir ; les prêtres sont transformés en bouchers ; les lévites, employés du Temple, les aident dans ce travail. Le sang coule à flots. L'immense autel des sacrifices brûle en un jour des milliers de victimes. Une odeur de chair grillée monte de ce brasier, se mêle à l'odeur de sang chaud et à l'odeur de fumier dans les cours. Et tous ces hommes de Dieu sont plus soucieux d'accumuler les bénéfices que d'avoir les vrais' sentiments d'adoration et de repentir que ces offrandes veulenttraduire.
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-Voici Jésus qui entre dans les cours du Temple. A la vue de cette foire, son coeur commence à battre d'une sainte indignation ; sa poitrine se soulève et ses yeux lancent des éclairs... Il ne peut supporter plus longtemps ce spectacle... Dans le Temple !... la Maison de son Père !... Ses pieds s'embarrassent dans une corde à boeufs. Il la ramasse. Il se fait un fouet avec ce cordage et se met à chasser tous les vendeurs en criant :
« Hors d'ici !... Allez-vous-en !.., Et la parole des Livres Saints, qu'en faites- vous ? (( Ma maison, dit Dieu, sera une Maison de prières. » Et vous, vous en avez fait un repaire de brigands ! »
Et il fraye son chemin en criant et agitant son fouet. On s'écarte. C'est Lui, le nouveau Prophète !... Celui dont parle Jean le Baptiseur. Marchands de boeufs et de brebis commencent à pousser leurs troupeaux vers la sortie. Ils le savent bien : on ne doit pas vendre dans le Temple.
Au passage, Jésus bouscule les tables et les tréteaux des banquiers et leurs piles de sous roulent à terre dans toutes les directions. Les marchands de pigeons avec leurs cages sont les plus encombrants :
« Emportez-moi tout cet attirail !... La Maison de mon Père n'est pas une place de marché, je pense ! »
C'est une scène indescriptible. On sait qu'on est dans son tort : on file doux... Bousculade, panique à la sortie... Cris, beuglements, bêlements... pigeons qui s'envolent...
Des gens chargés de fardeaux traversent encore les cours. Ceux-là ne font pas de commerce, mais pour se rendre d'un point à l'autre de la ville, c'est plus court de passer par le Temple. Jésus le leur interdit.
Les disciples, autour de Jésus, sont stupéfaits d'une telle audace. Avec quelle autorité il a déblayé le Temple !... Plus tard ils comprendront ces paroles qu'on attribuait depuis longtemps au futur Messie : « Le Culte de ta Maison, Seigneur, me passionnera.
La foule des pèlerins approuve à haute voix : « A la bonne heure ! on ne pouvait plus circuler !... Il a raison ! Si ce n'est pas honteux de gagner de l'argent dans le Temple !... Celui-là au moins, il n'a pas peur. »
Mais tout le monde ne voit pas cela d'un bon oeil. Certes, on est d'accord : il y a vraiment un abus dans cette coutume de vendre dans le Temple. Mais les prêtres le tolèrent. Alors ? De quoi se mêle ce Jésus ?... On sait bien que depuis quelques temps on parle de lui à Jérusalem, à cause de Jean le Baptiseur. Mais tout de même !... Drôle de manière de faire la révolution que d'empêcher la marche normale des cérémonies religieuses ! Une délégation de mécontents vient le trouver : ce sont des fonctionnaires chargés de faire la police ; ils estiment que ce réformateur empiète sur leur domaine réservé.
« Vous avez un mandat pour agir ainsi ? Donnez-nous la preuve de votre mission. »
Ils veulent un signe qui montre bien qu'il a vraiment délégation de la part de Dieu pour agir ainsi dans son Temple.
Jésus leur propose une énigme :
« Vous voulez une preuve ?... Eh bien, détruisez ce Temple, et moi, en trois jours, je me charge de le rebâtir. »
Comment ?... On a mis 46 ans pour le construire et vous, en trois jours, vous seriez capable de le rebâtir ? »
Ils le prennent d'un ton gouailleur, comme on s'amuse des réparties d'un simple d'esprit. Mais ils comprennent qu'ils n'en tireront pas davantage. Mieux vaut ne rien dire et laisser tomber l'affaire pour l'instant. Ils gardent une sourde rancune à ce réformateur intempestif... Prêtres et marchands sont prêts à se mettre d'accord.
Les disciples n'ont pas davantage compris la réponse de Jésus : C'était une manière symbolique de parler de sa résurrection future : en trois jours il devait ressusciter d'entre les morts . ce Temple en question, c'était le Temple de son corps, vrai sanctuaire de Dieu. Ce sera la preuve de sa mission. Après sa mort, ils s'en souviendront : « Voilà ce qu'il voulait dire ! »
Du coup Jésus devient populaire à Jérusalem. Il fait même quelques miracles pendant la semaine de la fête de Pâques. L'histoire n'en rapporte aucun : mais il gagne beaucoup de partisans. Cependant Jésus ne leur dévoile aucun de ses plans : ce sont des gens trop superficiels. Il se défie de cet emballement et n'a pas besoin de toutes leurs protestations de fidélité. Il connaît à fond le cur de l' homme A il sait qu'il ne peut pas compter sur ces gens-là. Car il n'est pas le Messie guerrier qu'ils attendent pour secouer le joug de l'occupant, mais un Libérateur d'un autre style. Seules peuvent le comprendre des âmes d'élite. Comme ce fameux Nicodème dont nous allons parler. |
VIII- UN BIEN-PENSANT QUI N'OSE PAS SE COMPROMETTRE (9)
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On connaît, parmi les dirigeants du parti pharisien, un certain Nicodème. Un beau soir, à la nuit tombante, il vient pour causer avec Jésus. En pleintrop compromettant. Et puis, le soir, par ces belles nuits étoilées d'Orient, on est plus tranquille pour parler sérieusement. Les voilà tous deux sur la terrasse d'une maison, assis simplement sur le mur et enveloppés dans leur manteau.
Nicodème est un homme du monde : il est poli et commence par un compliment sa petite consultation :
« Maître, vous êtes vraiment un homme de Dieu, et vous venez nous apprendre le vrai chemin qui mène à Lui ; personne ne pourrait faire-les prodiges que vous faites sans être l'homme de Dieu. Dites-moi, quelle est exactement votre doctrine ? »
Pour la comprendre, pour voir le Royaume de Dieu, il y a une condition indispensable : il faut naître à nouveau. »
Nicodème sourit : « Comment cela ?... Renaître !... moi à mon âge ?... Je ne me vois pas rentrer dans le sein de ma mère pour naître une seconde fois ! »
Je te le répète, celui qui veut entrer dans le Royaume de Dieu doit naître à nouveau. Cette renaissance se fait par l'eau et dans l'Esprit. Ce qui naît de la chair, c'est du charnel ; ce qui naît de l'Esprit est esprit. »
Il y a donc deux naissances : celle de la chair qu'on ne peut renouveler, et celle qui vient par l'eau et l'Esprit et éveille l'homme à une vie spirituelle jusque-là inconnue : c'est le cur qui est changé. En effet, l'homme, tel qu'il vient au monde, arrive avec des instincts d'égoïsme inscrits dans sa chair : tout cet appétit d'orgueil, d'intérêt, de plaisir, de jalousie, de mensonge, c'est en somme de la bête humaine. L'homme, quand il renaît au souffle de l'Esprit de Dieu, change de vie, abandonne ces vieilles habitudes incrustées dans sa chair, devient généreux, bon et franc, prêt à se sacrifier : la bête humaine se change en saint. Donc tout ce qui sent la chair et le sang doit subir une transformation avant d'entrer dans le royaume de Dieu.
« Cela t'étonne ! » continue Jésus. « Tu ne comprends pas quand je te parle de cette naissance spirituelle. Réfléchis un instant !... Ainsi, en ce moment, par exemple, tu sens bien le vent qui passe... tu l'entends qui souffle... Pourrais-tu me dire d'où il vient et où il va ?... Non, n'est-ce pas, parce qu'il souffle où il veut. On ne le voit pas, mais on voit ses effets, on le sent passer. Ainsi, l'Esprit souffle dans le coeur de l'homme. Extérieurement on ne voit rien de changé, mais intérieurement, il est tranfsormé. Alors il mène une vie nouvelle,
Mais est-ce possible ?
Comment !... toi, un doèteur en science religieuse, tu ignores ces choses-là ?
Ce n'est pourtant pas du nouveau : David l'écrivain sacré avait déjà fait cette prière : « Seigneur, changez-moi le coeur, faites de moi un homme nouveau ; il faudrait que je vive dans un tout autre esprit. à Jésus vient affirmer que cette transformation est désormais possible.
« Oui, je te l'affirme, et si je te l'affirme c'est que c'est vrai. Je connais cer taines choses et je t'en parle ; mais vous ne voulez pas me croire. Déjà, lorsque je m'occupe de ce qui se passe sur la terre, vous me donnez tort (il venait d'être critiqué pour avoir interdit le commerce dans le Temple). Si je me mets à parler des choses du Ciel, comment voulez-vous me croire ? Et pourtant qui peut parler de ces choses du Ciel en connaissance de cause si ce n'est le Fils de l'Homme qui y demeure et qui en vient. Car personne d'autre n'y est jamais monté voir.
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« En effet, quelqu'un qui vient du ciel est supérieur aux autres. Celui qui est de la terre, reste toujours de la terre : quoi qu'il fasse il ne peut parler que de la terre. Tandis que celui qui vient du Ciel peut en parler en connaissance de cause. Mais, hélas, on ne le croit guère.
« Croire à l'envoyé de Dieu, c'est croire en Dieu lui-même ; car l'envoyé parle comme Dieu tellement il est plein de l'Esprit de Dieu. Voilà pourquoi il faut abso lument croire au Fils de Dieu. Songeons donc ! Comme le Père doit aimer son Fils Il lui a confié les destinées du monde 1 Nul doute : qui croit en ce Fils de Dieu est sûr d'avoir la vie éternelle, mais qui refuse de croire en Lui ne la connaîtra jamais : la colère de Dieu reste suspendue sur sa tête. »
Nicodème est une âme droite qui cherche la vérité, mais il n'a pas le cou rage de ses opinions. Avant l'aube il a prudemment regagné sa maison.
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IX - CONTRE L'ESPRIT DE CLOCHER (10)
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À Les jours de pèlerinage terminés, Jésus s'attarde un peu dans la campagne de Judée. Il vit avec ses compagnons sur les rives du Jourdain non loin d' Ainon, près de Salim où Jean baptise à cette époque. En effet, le fleuve a baissé, mais à Ainon, on trouve encore beaucoup d'eau. Or Jésus commence à être célèbre ; on vient aussi le voir et l'entendre et il laisse ses disciples baptiser, comme ils l'ont vu faire à Jean le Baptiseur ; mais lui ne baptise pas, car son vrai baptême à lui, le baptême dans l'Esprit Saint, celui qui doit vraiment laver les péchés, ne peut être donné qu'après sa mort : il ne puisera son pouvoir que dans le sang de son sacrifice. On sait ce qu'il faut penser du baptême de Jean : c'est le signe d'un changement de vie, mais il n'apporte pas cette force d'union à Dieu que donnera le vrai baptême.
Or un certain Juif, absolument enthousiasmé pour la cause de Jésus et baptisé par ses disciples, s'en va voir aussi Jean le Baptiseur et se met à contester avec les disciples de ce dernier la valeur de son baptême. Mais chacun fait du zèle et prend parti pour son Maître. On demande finalement à Jean de trancher le débat :
« Maître, celui qui était avec toi de l'autre côté du Jcurdain... celui que tu as désigné comme l'Envoyé de Dieu... le voilà qui baptise à son tour et tout le monde court à lui !
Rassurez-vous et sachez bien que tout vrai succès vient de Dieu. Vous reconnaissez vous-mêmes que j'ai dit : « Je ne suis pas le Christ, j'ai seulement été envoyé devant lui. » Je n'ai pas lieu d'être jaloux, pas plus que l'ami, le garçon d'honneur du nouveau marié ne doit être jaloux de lui. S'il est vraiment son ami, il se réjouit au contraire d'être près de lui et de l'entendre chanter son amour pour sa femme. »
(D'après la coutume, le garçon d'honneur était aussi l'ordonnateur de la noce ; c'était un ami de la famille et son rôle prenait fin après le mariage.) Jésus attire plus que moi ! Eh bien, je m'en réjouis, j'en suis ravi. Il faut que Lui grandisse dans l'opinion et que moi je disparaisse. »
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X- LE TROUBLE-FETE SOUS LES VERROUS ( 11 )
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Jean le Baptiseur devient gênant ; le parti pharisien se sent visé. Si encore ce prophète était l'un des leurs ! Mais non, il échappe à leur influence et n'entre pas dans leurs vues. Il est pour ce Jésus, personnage curieux et énigmatique qui est venu faire la comédie au Temple. Tous deux sont populaires. Il s'agit de s'en débarrasser au plus vite. Mais quel prétexte inventer ? Les dénoncer comme agitateurs, révoltés, insoumis, ennemis du régime ?...
Une magnifique occasion se présente pour faire arrêter le premier. Hérode Antipas, fils.d'Hérode le Grand, vient d'avoir un démêlé avec Jean le Baptiseur pour une affaire de femme. Voici l'histoire : Antipas gouverne, comme on le sait, les provinces de Galilée et de Pérée. Cette dernière région se trouve à l'Est du Jourdain et près de son embouchure : c'est là que se tient souvent Jean le Baptiseur. Or Hérode Antipas est tombé amoureux d'Hérodiade, la femme de son frère Philippe. Tant et si bien qu'un beau jour Hérodiade abandonne Philippe et vient vivre avec sa fille à la cour d'Antipas. La femme légitime d'Antipas, se voyant supplantée, fait une scène de jalousie et repart en Perse chez son père, laissant la place à la nouvelle maîtresse. C'est bel et bien un adultère.
Toute la cour d'Antipas vient parfois passer la saison à Jéricho, la ville d'eau embellie par Hérode le Grand, renommée par la fraîcheur de ses bains. et l'odeur de ses balsamiers fleuris, ou bien le roi réside au château-forteresse de Machéronte, à la frontière de Pérée et d'Arabie. Jean le Baptiseur a coutume de dire aux gens leur vérité. Il se rend chez le prince et, terrifiant dans sa tenue de sauvage, il trouble la fête en criant à Antipas entouré de ses courtisans :
C'est un scandale ! Tu n'as pas le droit d'avoir la femme de ton frère ! » Et il se met à lui reprocher publiquement bien d'autres crimes.
On juge de la fureur d'Hérodiade : elle a, de ce jour, juré la mort du prophète. Mais Antipas, lui, en a peur : au fond il est superstitieux et craint que s'il met la main sur Jean le Baptiseur, cela ne lui porte malheur. Si bien qu' Hérodiade ne peut assouvir sa vengeance.
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C 'est alors que les ennemis du prophète viennent représenter à Antipas
le péril que lui fait courir cet agitateur : il parle du Messie, et le Messie aux yeux de Rome, c'est le héros national, le libérateur redouté. Or, Jean vit en ce moment sur son territoire de Pérée. Il faut à tout prix l'empêcher de continuer ; il faut l'enfermer. Il est populaire, c'est vrai ; mais il sera facile d'expliquer au peuple que c'est une mesure de précaution : on dira que c'est dans l'intérêt de la nation, que c'est pour donner le change aux Romains et qu ii sera bientôt remis en liberté.
Hérode Antipas se décide ; sous toutes ces influences et pour plaire à sa femme, il ajoute à la liste de ses crimes cette odieuse injustice : sa police pri vée vient un jour saisir l'homme du désert ; il fait mettre Jean le Baptiseur en prison. M ais il s'arrête là. Il a même souvent des remords de conscience. Parfois même il va consulter son prisonnier. Pour lui, c'est un saint. Surtout il ne dort pas tranquille : si le peuple venait un jour à se soulever pour demander sa mise en liberté ?..
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Références
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( 7) Luc, XIX, 45-46. Marc, XI, 15-18. Mathieu, XXI, 12-14. Jean, II, I3-26
(8) Voir § 13
(9) Jean, III, I à 13, 31 à 36
(10) Jean III, 22 à 30.
(I1) Luc, III, 19-20. Marc, VI, 17-20. Mathieu, XIV, 3-5 |
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