Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de 
Mgr Pierre André Fournier  et ami de
ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande

Signez mon livre d'or Un petit mot fait du bien et cela vous permet aussi de lire les commentaires des gens. 


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU
MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE
DIT QUELQUE CHOSE?

Ne laissez pas de message personnel s.v.p. donnez moi votre url et @ pour que je puisse vous répondre

Titre de la série :
Jésus le libérateur Livre-VI
Titre de la page:

I- AU PLUS RUSÉ DFS DEUX (1 )

Nom de l'auteur:
P.  Pierre-Thivollier f.c
                           I- AU PLUS RUSÉ DFS DEUX (1 )

290
Par prudence, Jésus quitte Jérusalem et même la Judée, car il ne veut pas être saisi avant d'avoir accompli toute sa mission. Il passe de nouveau à l'Est du Jourdain, dans la région où Jean avait commencé à baptiser. Sa popularité le suit jusque-là. On dit même dans le pays : « Jean n'a fait aucun prodige à vrai dire ; mais tout ce qu'il a dit sur Jésus était bien vrai. » Aussi Jésus compte dans cette région beaucoup de partisans.

Cette contrée située au delà du Jourdain s'appelle la Pérée. On est sur le territoire d'Hérode Antipas qui règne aussi sur la province de Galilée. C'est là que se trouve la fameuse forteresse de Machéronte, où Jean le Baptiseur a été assassiné.

291
Hérode a souvent entendu parler de Jésus. Ce prophète a une telle célébrité que nul ne peut l'ignorer ; Hérode par sa police est renseigné sur tous ses faits et gestes. Depuis qu il a fait trancher la tête de Jean le Baptiseur, Hérode ne dort pas tranquille. Il a des remords, des cauchemars : il revoit toujours cette tête sur le plat, avec ses deux grands yeux... Il redoute le fantôme de « l'homme du désert ». « Ce Jésus », dit-il un jour à ses courtisans, « ce doit être Jean le Baptiseur à qui j'ai fait couper la tête et qui est ressuscité : sans quoi comment expliquer que cet homme fasse de tels prodiges ?... »

Mais à la cour les avis sont partagés : les uns pensent comme le roi ; les autres inclinent à croire que Jésus n'est autre qu'Elie qui revient sur terre, à moins que ce ne soit quelqu'autre prophète difficile à identifier. « Vous devez avoir raison, dit le roi. Jean-Baptiste, au fond, est bien mort, puisque je lui ai fait trancher la tête. Cela m'étonnerait fort qu'il soit ressuscité. Mais alors qui peut bien être ce Jésus dont j'entends depuis si longtemps dire les choses les plus invraisemblables ? » Bref, Hérode est de l'avis du dernier qui a parlé ; mais il voudrait bien voir Jésus. Or, justement, on vient l'avertir de l'arrivée de Jésus dans ses états de Pérée.

292
Voilà une histoire bien embarrassante. On craint toujours en haut lieu la présence d'un agitateur. Hérode connaît présentement bien des soucis. Cette émeute des Galiléens, ses sujets, que Pilate a tués dans le Temple, lui crée une difficulté avec Rome. D'autre part la frontière d'Arabie est toujours menacée en Pérée par les Bédouins du désert : le cheik Arétas ne lui a pas pardonné d'avoir renvoyé sa fille pour se marier avec Hérodiade... Comment faire ? Arrêter Jésus ? C'est une manoeuvre encore plus impopulaire que l'emprisonnement de Jean le Baptiseur. Et puis Jésus... c'est un homme redoutable. Il est toujours dangereux d'entrer en lutte ouverte contre un magi­ cien, un homme qui fait des prodiges... Et Antipas est très superstitieux : il croit que Jésus est un personnage de cette espèce, doué de dons merveilleux. Mais il est aussi très rusé comme son père Hérode le Grand. Il décide donc d'effrayer Jésus et de lui faire immédiatement repasser le Jourdain. Une fois en Judée, Hérode est tranquille : c'est l'affaire de Pilate le gouverneur romain.

Très adroitement, il envoie une délégation de pharisiens lui dire confidentiel­ lement : « Vous savez, vous avez tout avantage à quitter le pays ; car nous sommes bien placés pour savoir qu' Hérode Antipas cherche à vous tuer. » Et pour le convaincre ils lui rappellent le cas de Jean le Baptiseur. Hérode a pensé que son stratagème réussira, et que Jésus, ainsi averti en secret, profitera de l'aubaine pour s'échapper clandestinement.

Mais pas du tout. Jésus connaît son jeu : avec lui toutes les intrigues et tous les tours de passe-passe sont inutiles.

« Allez donc lui dire, à ce rusé renard (lui qui se croit si malin) que j'en ai pour deux jours à chasser les démons et à guérir les malades : aujourd'hui et demain ; mais après-demain je n'existe plus. Donc, s'il veut me faire arrêter, qu'il en profite. J'ai trois étapes à faire : une aujourd'hui, l'autre demain, et la troisième après-demain, car il ne serait pas normal qu'un prophète soit mis à mort ailleurs qu'à Jérusalem.»

C'est une réponse énigmatique. Qui aurait pu connaître l'avenir, aurait pu la déchiffrer. Il reste encore à Jésus deux mois d'activité : le mois en cours et le mois suivant. Le troisième mois, il doit, à l'occasion de la Pique, mourir à Jérusalem. Tout est réglé. Il n'ira à Jérusalem que pour mourir, mais seulement à la date fixée d'avance dans le plan de son Père. Toutes les manoeuvres contre lui, d'ici ce temps-là, sont inutiles. Pour l'instant, afin d'éviter une arrestation prématurée dans la capitale, il annonce le Royaume de Dieu dans la dernière province juive qui n'a pas entendu la Bonne Nouvelle ».


II - UNE LEÇON DE POLITESSE ( 2 )

293
Un jour, un des pharisiens les plus en vue du pays de Pérée invite Jésus à sa table. Tous les invités se bousculent autour des divans, à qui prendra les places d'honneur.

Car les pharisiens sont très chatouilleux sur les questions de préséance : c'est même un de leurs travers. La place la plus enviée est celle qui se trouve auprès du maître de maison. Le pharisien chez qui est invité Jésus s'efforce poliment de mettre chacun à son rang et il a peut-être de la peine à faire comprendre à un personnage important qu'il faut céder sa place à Jésus...

Jésus, lui, sourit l'empressement général à s'étaler sur les divans, et quand le maître de maison lui désigne sa place, il s'y rend tout bonnement en faisant cette remarque à toute la société :

Un petit conseil, voulez-vous ?... Lorsque vous êtes invités à des noces, ne prenez jamais la place d'honneur ; votre hôte pourrait bien avoir invité un personnage plus considérable que vous et il serait obligé de vous dire : « Ayez l'obligeance de céder votre place à ce Monsieur.» A votre confusion vous devriez alors vous placer à la dernière place qui reste. Mais allez plutôt occuper tout de suite une des dernières places. Vous avez bien des chances que votre hôte vienne vous dire : « Cher ami, montez donc plus haut ! » Alors, tout fier, vous passerez devant les autres convives. Rappelez-vous que celui qui s'enfle d'orgueil connaitrà l'humiliation et que celui qui se rabaisse sera mis à l'honneur. »

294
-Et voilà Jésus installé à sa place. D'un coup d'oeil il a fait le tour des convives. Il voit autour de la table surtout des « gens distingués. Et sans doute la salle à manger est isolée de la cour par quelque tenture épaisse. Les gens du peuple, attroupés dans la cour, attendent Jésus. Mais lui, qui aime tant le peuple, surtout les pauvres et les travailleurs, souffre de se voir isolé, confisqué pour ainsi dire au profit d'une aristocratie égoïste. Par politesse, il reste là parce que c'est la première fois qu'on l'invite dans ce nouveau pays ; mais il veut que l'on connaisse bien ses sentiments.

Il s'adresse à son hôte :

« Et pour toi, un petit conseil aussi. Lorsque tu offres à dîner, tu ferais mieux de ne pas inviter tes amis, tes parents ou tes voisins riches ; car ils tiendront sûre­ment à te rendre ton invitation par politesse ; mais invite plutôt les pauvres, les miséreux, les infirmes : estropiés, boiteux ou aveugles • du coup tu es sûr qu'ils n'auront pas les moyens de te rendre ton invitation. Mais tu n auras rien perdu, car, au jour dé la résurrection des gens de bien, ton geste charitable sera payé de retour. »


III- L'HISTOIRE D'UNE NOCE MOUVEMENTÉE ( 3 )

295
-A ces paroles de Jésus, un des convives s'exclame très fort au milieu du silence général : « Ah oui !... quelle joie pour celui qui aura l'honneur d'avoir une place au festin dans le Royaume de Dieu. »

A table, en Orient, on aime raconter des histoires, des traits d'esprit, des fables, des devinettes. Jésus vient d'entendre ce pharisien parler du Royaume des Cieux. Il veut à son tour donner quelques précisions sous une forme piquante :

« Ecoutez cette histoire : on pourrait comparer le Royaume des Cieux au banquet que commanda un roi pour les noces de son fils. Il avait fait porter de nombreuses invitations. Mais les invités n'avaient pas l'air de se décider. Ils prièrent le messager de les excuser ; au fond, ils ne voulaient pas venir. Cependant le jour du festin approchait. Une dernière fois le roi envoya ses messagers prévenir les invités : « Dites-leur bien ; tout est prêt ; on a tué des veaux et des bêtes grasses ; ne vous faites pas prier. venez aux noces. » Mais chacun trouvait une excuse : « Je viens d'acheter une grande ferme, dit l'un, et c'est aujourd'hui que je dois en prendre possession ; tu m'excuseras auprès de ton maître...». « Je viens justement d'acheter cinq paires de boeufs, disait un autre, et il faut absolument que je les essaye aujourd'hui ; tu seras bien aimable de m'excuser auprès de ton maître... » « Je viens de me marier, répondit un troisième ; ton maitre comprendra bien que je ne puis pas répondre à son invitation. » Bien plus, tandis que certains s'en allaient, qui à sa propriété de campagne et qui à ses affaires, d'autres invités prirent à parti les messagers qui insistaient trop ; ils en vinrent aux coups et allèrent même jusqu'à en assommer plusieurs.

On comprend la fureur du roi. Sur-le-champ, dans sa colère, il envoie une compagnie de soldats avec mission d'arrêter ces malotrus et ces criminels, de les passer au fil de l'épée et d'incendier leur maison. Cependant le banquet était là tout préparé. Alors il appelle ses serviteurs : « Voyez-vous, les noces sont prêtes ; les invités ne se sont pas montrés dignes d'y venir ; mais elles se feront quand même. Allez donc immédiatement sur les places, dans les rues et à toutes les portes de la ville, et vous inviterez tous ceux que vous trouverez ; vous inviterez même tous ceux qui mendient : pauvres, infirmes, boiteux et estropiés. »

Les serviteurs s'empressent d'obéir, invitent tous ceux qu'ils rencontrent, et l'un d'eux vient prévenir le roi : « Veil& c'est fait, mais il y aura encore de la place. » Eh bien, retournez, allez sur les routes au sortir de la ville ; vous en trouverez encore le long des haies et des clôtures ; et insistez davantage. Il faut que la salle du banquet soit pleine et il ne sera pas dit qu'un seul des premiers invités, même s'il veut venir maintenant, goûtera de mon festin. »

296
A l'ouverture de la noce la salle était pleine et l'on se mit à table. Tous les mendiants, fiers et heureux, s'étaient empressés de répondre à l'invitation royale ; ils avaient bien vite couru changer de vêtement et se mettre propres ; et ils se trouvaient tous au grand complet quand le roi entra. Il était tout heureux et arrivait avec un sourire accueillant. Quand soudain il changea de figure. Il venait d'apercevoir parmi les nouveaux invités quelqu'un qui n'était pas en tenue de noce.

(En Orient, c'est inadmissible : car ou bien on possède ce grand tissu léger, brillant et brodé dans lequel on se drape pour les grandes cérémonies ; ou bien, si on est trop pauvre, on revêt celui que l'hôte tient à la disposition de ses invités à l'entrée de la salle du banquet.) Cet homme effronté avait sûrement refusé par dédain ou vieille rancune contre le roi et ne pensait qu'à manger comme un goinfre et à boire comme un ivrogne. Alors le roi l'interpelle : « Dis donc, l'ami, tu es entré ici sans prendre la tenue de cérémonie ?... »

Mais lui baisse la tête sans répondre.

Par ici, dit alors le roi à ses domestiques, saisissez-moi cet individu et jetez-le à la porte. Il fait pleine nuit ; mais qu importe ; il pourra, dans le noir, pleurer de rage et grincer des dents : ça lui servira de leçon... Et rappelez-vous bien, dit-il à toute la société, que si tout le monde est invité, tout le monde n'est pas pour autant reçu et accepté (4) »

Les pharisiens qui entendent cette histoire ont l'habitude de découvrir le double sens et la portée symbolique des contes de table dont ils sont très friands. Ces invités de marque, ce sont eux-mêmes qui se sont volontairement obstinés contre Jésus. Les autres, les pauvres, ce sont les disciples qui ont répondu à son appel, mais doivent encore veiller à s'en montrer dignes. Ils ne savent pas qu'il y a parmi eux un traître, un Judas. S'ils le connaissaient, ils auraient compris l'allusion de l'invité en tenue débraillée.

297
C 'est sans doute un des disciples de Jésus, qui, au cours du repas ou après, demande cet éclaircissement : « Maître, y aura-t-il peu d'hommes qui seront sauvés» Jésus déclare : « L'entrée du Royaume des Cieux est un portillon étroit et elle est difficile d'accès ; il y en a beaucoup qui voudraient entrer, mais c'est impossible : ils croient qu'on y rentre par un large portail et ils prennent la grand' route pour y arriver. Or, c'est la route de la damnation. Le chemin qui conduit à la vie est autrement resserré et difficile. D'ailleurs ils arriveront trop tard. Ils auront beau frapper à la porte en disant : « Seigneur, ouvrez-nous ! » Lui leur répondra, comme un Maitre de maison qui vient de fermer sa porte pour la nuit : « Je ne sais pas qui vous êtes et d'où vous venez. » Alors ils insisteront : « Mais si, Seigneur, rappeliez-vous ; nous nous sommes déjà rencontrés ; nous avons mangé et bu ensemble. Vous savez bien : c était un jour que vous prêchiez sur la place de notre village. » D'autres s'écrieront : « Seigneur, Seigneur, mais souvenez-vous ! Moi, j'ai prédit l'avenir en votre nom... Moi, j'ai chassé les mauvais esprits en votre nom ; et moi j'ai fait des miracles en votre nom. » Il leur répondra : « Vous êtes pour moi des inconnus ; allez-vous-en, vous n'êtes que les agents du mal. » Et on les entendra, à ce moment-là, pleurer de rage et grincer des dents. Surtout quand la porte s'ouvrira pour laisser entrer des étrangers venus des quatre coins du monde et qui viendront prendre place au banquet du Royaume des Cieux, à côté d'Abraham, d'Isaac el de Jacob. Quant aux autres, qui voudront encombrer l'entrée, on les repoussera dehors, dans les ténèbres de la nuit. C'est ainsi que ceux qu'on croyait les premiers, les privilégiés, seront jetés au dernier rang, tandis que ceux qu'on croyait les derniers, les indésirables, seront admis les premiers. »

En somme, Jésus veut marquer que pour être sauvé il n'est. pas question d'avoir appartenu à un peuple ou à une classe privilégiés ou même d'avoir tenu une place importante dans le culte ou les affaires religieuses. Peu importe d'avoir vécu au temps du Christ, de l'avoir coudoyé ou même d'avoir été l'un de ses disciples, l'un de ses missionnaires Judas l'a bien été. Ce ne sont pas des titres suffisants. C'est le coeur, c'est la vie que Dieu regarde. On peut avoir les mains sales et le coeur propre ; on peut être chamarré d'or et être corrompu. Ceux que l'on croyait saints et parfaits seront peut-être dépassés.


IV- LE CŒUR D'UN PERE ( 5 )

298
-Les pharisiens du pays commencent à voir Jésus de travers. Leurs confrères de Judée et de Galilée les avaient bien prévenus I Il leur a donné de sévères leçons. Tout le monde court après lui, même les gens de mauvaise vie et jusqu'aux publicains. Les pharisiens et les scribes laissent percer leur mauvaise humeur,:

« N'a-t-il pas honte d'accueillir de pareilles gens ? Vous avez vu... il va jusqu'à manger avec eux ! »

Sans doute Jésus les entend bougonner derrière lui, Il s'asseoit sur une pierre de la route et commence à leur parler :

« Supposons que l'un d'entre vous ait 100 brebis. Voici qu'un jour l'une d'entre elles s'égare et se perd. Qu'allez-vous faire ? N'allez-vous pas laisser les 99 autres errer dans la montagne pour courir chercher celle qui s'est égarée ? Et ne la cherchez-vous pas jusqu'à l'avoir trouvée ? Et si vous avez le bonheur de la retrouver, la frappez-vous ? Pas du tout ; elle était seule perdue dans l'immensité, toute tremblante et toute bêlante, épuisée et inquiète. Elle est peut-être un peu capricieuse, mais qu'importe ?... Vous la mettez sur vos épaules et vous revenez chez vous tout joyeux ; vous appelez alors les voisins et les amis pour leur dire : « Venez qu'on fasse un peu la fête. »

Jésus comprend ce que c'est pour une famille modeste que de perdre une des meilleures brebis de son troupeau.

« Sachez bien que dans le ciel il en est de même ; il y a plus de joie pour un pécheur qui change de vie que pour 99 fidèles irréprochables qui n'ont pas besoin de se convertir. » Certes les vrais serviteurs de Dieu sont les plus aimés ; mais ils ont causé moins de soucis ; et c'est pourquoi il y a tant de joie, car on avait désespéré de ne jamais revoir les autres. Et Jésus, désignant la foule aux pharisiens, leur déclare :

« Vous voyez tous ces braves gens : eh bien ! votre Père qui est dans les Cieux tient tellement à eux qu'il ne veut pas qu'un seul vienne à périr.»

299
« Supposez encore une femme qui vient à perdre une des dix drachmes qu'elle possède en propre. »

« Il s'agit de son argent personnel, de sa dot de mariage qu'elle porte toujours sur elle : au cas où son mari la renverrait, elle garderait toujours ce petit avoir. Une drachme, c'est comme un louis d'or on la cache soigneusement dans un vêtement de dessous ou même souvent dans sa coiffure.»

« Dès qu'elle s'en aperçoit, elle allume une lampe et la voilà qui se met à balayer la maison de fond en comble, à chercher dans les moindres recoins de la pièce ; et ainsi jusqu'à ce qu'elle retrouve sa drachme perdue. »

On la voit soulever les nattes, déplacer les outres, les cruches... Elle a même averti toutes les commères de la cour commune au cas où elles trouve­ raient la précieuse pièce d'or.

« Aussi, quand elle l'a retrouvée, elle appelle ses amies et ses voisines pour leur apprendre la bonne nouvelle : « Ne vous inquiétez plus, et soyez contentes pour moi ; je l'ai enfin retrouvée. Venez voir où elle était tombée... » Oui, je vous le dis, moi, conclut Jésus, c'est toujours une grande joie pour les anges de Dieu de voir un pécheur qui se convertit. »

300
Mais il y a plus... Il n'y a pas que les anges et les saints du Ciel à être en fête. Dieu lui-même, Dieu s'intéresse au salut des pécheurs, parce qu'il est Père avant tout. « Ecoutez encore cette histoire : Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit un jour à son père : « Donne-moi la part de fortune qui me revient. » (D'après la loi, le plus jeune des deux fils avait droit au tiers de l'héritage quand il devenait majeur.)

Sans doute il était fatigué de la vie monotone et régulière des paysans ; il avait soif de liberté ; la vie d'aventure à l'étranger l'attirait. Devant une telle résolution le père fit son partage. Qu'est-ce que cela pouvait bien lui faire de se dépouiller de sa fortune puisqu'il allait perdre son fils? Puisque l'attrait des villes et des voyages lui avait ravi le coeur de son enfant.

En quelques jours, le fils vendit ses terres et tous les biens-fonds de son héritage, réalisa une bonne somme d'argent et partit à l'étranger. Là il gaspilla toute sa fortune en amusements et en folies. Mais il avait dépensé sans compter ; bientôt il se retrouva sans rien et abandonné de tous : plus d'argent, plus d'amis.

Pour comble de malheur une grande famine se déclara bientôt dans le pays, si bien que notre jeune homme commença à se trouver dans la gêne. Que faire ? Dans un pays où les indigènes n'ont même pas de quoi se ravitailler, les étrangers sont impitoyablement privés de tout. Il n'y avait qu'une solution : se faire embaucher par l'habitant. Il alla donc se mettre au service d'un homme du pays : c'était un éleveur de pourceaux ; celui-ci l'envoya dans sa ferme pour garder son troupeau. (Pour un juif, il n'y a rien de si dégradant que de garder des porcs.)

(C'était sans doute dans une de ces vallées où poussent les chênes et les caroubiers dont le fruit cuit sert parfois de nourriture aux valets de ferme, à défaut de mieux.)

Le ventre creux, notre ami dévorait des yeux les caroubes que mangeaient les bêtes ; mais le fermier ne lui en donnait même pas : il s'intéressait davantage à l'engraissement du bétail qu'à la nourriture des domestiques.

301
-Dans sa misère, le malheureux commença à réfléchir : « Les journaliers chez mon père ont du pain tant qu'ils en veulent. Pendant ce temps-là, moi, je meurs de faim ici. Non, je ne puis plus tenir ; je retourne chez mon père et je lui dirai : Mon Père j'ai péché contre le Ciel et contre vous • je ne suis plus digne d'être appelé votre fils ; traitez-moi désormais comme le dernier de vos valets. »

Il ne se sent plus digne de l'amour de son père, il se sent comme maudit de Dieu... Le repentir, le sentiment de son indignité pénètrent dans son âme... Il se décide et retourne à son pays natal, chez son père. Le voilà en route... Bientôt il reconnaît le pays où il a passé son enfance. Il retrouve les vignobles, les oliveraies ; il reconnaît les figuiers. Tous les vieux souvenirs lui reviennent à la fois. Voici là-bas le toit paternel. Si, à un détour de la route, il allait le rencontrer, lui son père, où son frère ou un vieux domestique... Il frissonne à cette pensée... Il rougit de honte.... Il n'ose plus avancer... Mais qui vient là-bas... au devant de lui ?...

Son père ne s'était pas consolé de son départ. Ce débauché, ce prodigue, c'était toujours, c'était quand mêmé son fils. Depuis son départ, il était triste et comme tout vieilli. Son coeur lui saignait... Notre malheureux était encore loin de la maison quand son père l'aperçut sur la route. Il fallait être père pour reconnaître de si loin, dans les haillons recouvrant à peine ses membres amaigris, sans manteau ni chaussures et la chevelure en désordre, le fils ingrat auparavant. Mais le coeur d'un père ne s'y trompe pas. Touché de compassion devant tant de et indépendant qui était parti si fièrement quelques mois auparavant. Mais le coeur ne s'y trompe pas. Touché de compassion devant tant de misère, poussé par la bonté dont son coeur déborde, il ne pense plus à l'ingratitude de son enfant ; il ne voit qu'une chose : son fils!,, son fils qui revient.

Le voilà, lui le père, qui se met à courir à sa rencontre, l'étreint dans ses bras et, sans lui laisser le temps d'articuler une parole, sans prendre garde à son visage sale, poussiéreux et à ses cheveux en désordre, le couvre de baisers. Alors tout pleurant de confusion et de bonheur, le prodigue commence sa confession. Il voudrait bien se dégager de l'étreinte de son père et se jeter à ses pieds. Mais c'est impossible et il n'en a même plus la force. la phrase qu'il avait apprise par coeur : Il balbutie « Père, j'ai péché contre le Ciel et contre vous: je ne suis plus digne d'être « appelé votre fils... » Mais le père ne le laisse pas continuer ; et le fils sent confusément que parler à un père si aimant de devenir le dernier de ses valets, ce serait plutôt lui faire injure. Il n'a plus qu'à pleurer de regret et de joie, la tête cachée sur la poitrine de son père. •

Cependant ils reviennent lentement à la maison ; les premiers serviteurs qu'ils rencontrent dévisagent le nouveau venu et reconnaissent bien vite le fils du maître. Le père voit sur leur visage un sourire narquois qui en dit long ; il ne peut le tolérer plus longtemps. « Allons, vite, apportez le plus beau costume et habillez-le. Mettez-lui un anneau au doigt (c'est la marque des hommes libres et des fils de famille), et des chaussures aux pieds. Et puis allez chercher le veau gras et t u ez - le ; nous allons faire un grand festin. Pensez donc! Mon enfant est de retou r. Pour moi il était mort ; le voilà revenu à la vie ; je le croyais perdu à jamais et le voilà retrouvé. »

302
Et l'on commença les réjouissances. » Jésus aurait pu arrêter là son histoire. C'est assez faire com prendre quel est l'amour de son Père pour les pécheurs : un amour persistante une bonté jamais satisfaite et qui suit l'homme aussi loin qu'il s'égare. Mais les pharisiens au coeur dur et fermé, prêts à condamner tous ceux qui n 'approchent pas de leur prétendue sainteté ont besoin d'une leçon nouvelle. Jésus continue donc : Or, le fils aîné dirigeait les travaux des champs. A son retour, la journée terminée, quand il approche de la maison, il entend les joueurs de m usique et les chanteurs qu'on est allé chercher pour rehausser l'éclat de la fête- Il appelle un domestique et lui demande ce qui se passe.

« C'est votre frère qui est arrivé ; et votre père est tellement heureux de le retrouver sain et sauf qu il a même fait tuer le veau gras pour qu'on fassse la fête. »

Comment ? ... son frère est revenu... et le père fait la fête l .. - C'est trop fort !... Il entre dans une violente colère... Non, il ne rentrera pas a la maison. Et que vient-il faire encore... son frère ?... Sans doute profiter de la faiblesse du père et lui extorquer une nouvelle somme d'argent qu'il ira gaspillér à l'étranger !... Il raisonne ainsi car il ne l'a pas vu, lui, revenir en haillons et il ne sait pas son ri pentir ; il ne sait pas les souffrances qu'a déjà endurées le malheu­ reux... en rachat de sa folie... Il ne sait pas qu'il voulait revenir à titre de valet de ferme... Au fond, c'est un sentiment de jalousie qui le fait bouder.

Le père, averti par son domestique de l'arrivée de son fils aîné, est sorti et le presse d'entrer :

« Eh bien, qu'est-ce que tu attends pour venir embrasser ton frère et manger avec tout le monde ? »

Mais lui est vexé : il en a gros sur le cœur ; il croit qu'il n'est pas aimé autant que son frère... et pourtant !... Alors son indignation éclate :« Quoi !... voilà des années et des années que je suis à votre service ; j'ai toujours fait toutes vos volontés, et vous ne m'avez jamais rien donné, pas même un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais dès qu'arrive votre fils un homme qui a mangé sa fortune avec des filles publiques alors vous donnez une grande fête et vous tuez le veau gras !... »

Ce fils aîné n'est pas un fils aimant : il n'a jamais su goûter tout son bonheur de vivre avec un père si bon. Il travaille plus en serviteur qu'en fils et, au lieu de jouir de la vie de famille, il attend plutôt une récompense matérielle en paiement de tous ses services. A l'en croire, il a mené ici une vie d'esclave.

Mais voyons, mon enfant, lui répond son père, aussi bon pour l'un que pour l'autre, n'es-tu pas toujours avec moi ? Tu es ici chez toi et tout ce que j'ai est aussi à toi. Mais comprends-le, si j'ai voulu fêter le retour de ton frère, c est non pas pour approuver sa mauvaise conduite, mais simplement parce que je veux laisser éclater ma joie. Pense donc ! pour moi il était mort I et le voilà revenu à la vie ; je le croyais perdu et le voilà retrouvé. »

Jésus veut montrer que la miséricorde de Dieu ne fait aucun tort à une âme droite, au contraire... Et puis, il ne s'agit pas de traiter avec Dieu comme avec un Maître dur, ainsi que font les pharisiens. Dieu est un Père. Qu'ils l'aiment donc davantage au lieu de calculer s'ils sont bien d'honnêtes serviteurs et à quelle récompense ils ont droit ; enfin qu'ils aient plus d'indulgence pour les autres.


V- LES MÈRES ET LEURS ENFANTS A L'HONNEUR
( 6 )

303-
Jésus poursuit sa route à travers la dernière province du pays d'Israël. Il est sans cesse accueilli par une foule de gens et chacun veut le voir de plus près. Les mères lui présentent leurs. enfants. Elles voudraient qu'il les touche, qu'il les bénisse, qu'il fasse pour eux une prière.

Il faut les voir ces gamins de Palestine qui se faufilent partout : sales, déchirés, peu ou jamais débarbouillés, les cheveux pleins de poussière, les pieds nus et malpropres. L'eau est rare : on l'économise. Quant aux bébés que les mamans portent sur leurs bras, ils sont à peine emmaillottés à cause de la chaleur, et eux aussi, poussiéreux, la chevelure et la figure remplies de bobos que les mouches attirent, les yeux rouges et gonflés à force de pleurnicher.

Mais ce jour-là, on est pressé... Jésus doit partir et on a tout ce monde dans les jambes. Les apôtres s'impatientent et sont de mauvaise humeur... Le Maître n'a que faire de tous ces gamins qui ne comprennent rien à son enseignement : ce n est pas de leur âge et ils agacent les hommes. Si bien qu'ils congédient les mamans avec leurs marmots.

Alors Jésus se fâche ; il interpelle ses apôtres : « Je vous prie de laisser les petits enfants m'approcher. Ne les empêchez pas de venir à moi. Car le Royaume des Cieux est précisément pour ceux qui leur ressemblent. Oui, entendez bien, ceux qui ne se présentent pas au Royaume de Dieu avec un cœur de petit enfant (c'est-à-dire avec simplicité, confiance, abandon), n'y entreront pas. » Et le voilà qui se met à embrasser tous ces petits ; il les prend sur ses genoux, les caresse et les bénit. Quelle fierté pour les mamans et les bambins ainsi à l'honneur.

Pour Jésus l'enfant a la valeur d'une personne humaine ; il est infiniment respectable... Chez les juifs, facilement, à sa naissance, on laissait mourir un enfant à cause de ses difformités... Jésus est venu pour redonner à la personne humaine toute sa valeur de créature et d'enfant de Dieu.


VI- UNE VISION ECLAIR (7)

304
Les pharisiens entendent Jésus parler sans cesse du Règne de Dieu qui approche. « Quand doit-il donc arriver ce fameux Règne de Dieù dont vous nous parlez ? » Ils pensent au Messie conquérant qui doit les délivrer par la force du joug des Romains et inaugurer sur la terre le nouvel âge d'or.

Jésus leur répond : « N'allez pas croire que le Règne de Dieu arrive comme un phénomène subit et éclatant. (Cela n'a rien à voir avec l'arrivée d'une comète ou d'un grand général.) On ne peut pas dire« Le voici... Il est là ... Regardez I ...» Non, il est déjà implanté au milieu de vous. »

Les pharisiens écarquillent les yeux : ils n'ont rien vu de nouveau dans le pays !... Et pourtant le Règne de Dieu est bel et bien établi ; il est même un peu organisé : Pierre a été choisi pour être le Chef. L'Eglise est là ; elle est fondée. Le Règne de Dieu est vraiment arrivé. Mais pour le comprendre, il faudrait croire en Jésus..

Les pharisiens ne sont pas les seuls à attendre un Messie triomphant. Les apôtres eux-mêmes qui savent que Jésus est bien le Messie, le Christ, le Libérateur, espèrent toujours, malgré les avertissements et les mises en garde, un succès éclatant. Pour l'instant, Jésus s'efface... Mais un jour viendra, espèrent-ils...

Jésus les prévient : « Il arrivera un temps où vous désirerez voir,, ne fût-ce qu'un seul moment, le Fils de l'Homme triomphant ; mais cela ne vous sera pas donné. Je vous en avertis. N'accordez donc aucune croyance à tout ce qu on pourra vous dire là-dessus : si on vous dit : « On l'a vu ici » « Le voilà » surtout n'en croyez rien ; même si l'on vous dit : « Il paraît qu'il vit dans le désert », ou bien « il se cache dans une maison », surtout n'y allez pas. Non ; il faudra attendre son jour à lui, le jour de sa venue sur terre pour le jugement : ce sera un jour fulgurant : il arrivera et brillera comme l'éclair qui traverse le Ciel, du Levant au Couchant. Mais il faut auparavant qu'il passe par la souffrance et qu'il soit rejeté par les hommes de cette génération. »

305
Sera-t-on prêt ?... Hélas !... Jésus ne se fait pas illusion. Bien que le règne de Dieu soit établi dans le monde depuis longtemps, le Mal continuera ses ravages. Il le prévoit avec douleur. Que d'indifférences, que d'hostilités !... Beaucoup se moqueront des jugements de Dieu. Malheur!...

« Tout se passera, en ce jour de la venue du Fils de l'Homme, aux derniers jours du monde, comme au temps de Noé, aux premiers jours du monde. C'était juste avant le Déluge : on mangeait, on buvait, on se mariait, on s'unissait hommes et femmes dans la débauche, sans prendre garde à Noé (qui, seul fidèle à mener une vie droite et digne, construisait sur le conseil de Dieu un immense bateau), et ainsi jusqu'au jour où Noé entra dans son arche (avec toute sa famille et ses animaux, sur l'avertissement de Dieu). Mais les autres ne voulaient toujours pas comprendre. Et le déluge (pluie torrentielle qui tomba des semaines sans discontinuer sur toute cette contrée) arriva, qui les fit périr. (Seul Noé enfermé dans son bateau put être sauvé avec toute sa famille et ses bêtes.) Oui, le monde sera ainsi surpris par le jour de la venue du Fils de l'Homme. Ce sera aussi comme au temps de Lot : on mangeait, on buvait, on achetait, on vendait, on bâtissait, sans soucis de la morale. Seule la famille de Lot menait une vie irréprochable. Qu'arriva-t-il'? Un beau jour sur l'ordre de Dieu, Lot quitta la ville de Sodome avec toute sa famille et une pluie de feu et de soufre tomba du Ciel qui anéantit la ville et tous ses habitants. Le jour de la venue du Fils de l'Homme surprendra et fondra à l'improviste de la même manière...

306
« A ce moment-là, si vous êtes sur la terrasse de votre maison, inutile de redescendre pour emporter quelque chose avec vous ; et si vous êtes aux champs ne comptez pas revenir chercher votre manteau. Rappelez-vous ce qui arriva à la femme de Lot... (quand elle était en fuite de la ville de Sodome, avant le châti­ ment prédit, elle eut regret de ce quelle laissait ; son coeur était trop attaché à sa maison ; elle avait le désir de sauver encore quelque chose et revenait sur ses pas. Mais à ce moment la pluie volcanique l'atteignit ; elle en fut recouverte et pétrifiée sur place).

Il vaut mieux tout abandonner et renoncer même à sa vie terrestre pour assurer le salut de son âme. « Celui qui chercherait à sauver sa vie et ses biens perdrait tout. » Voilà la pierre de touche, la vraie disposition du coeur aux yeux de Dieu : faire passer avant tout le salut de son âme.

En cette nuit-là, sur deux personnes dans le même lit, l'une sera prise, sauvée, et l'autre laissée, perdue ; sur deux femmes en train de tourner la même meule pour moudre le blé, l'une sera prise et l'autre abandonnée ; sur deux hommes occupés aux mêmes travaux des champs, l'un sera recueilli et l'autre laissé pour compte. »

Extérieurement, on a beau mener la même vie, c'est le coeur seul qui compte : Dieu connaît la valeur de chacun.

307
Alors quelqu'un le questionne : « Et où iront-ils ceux qui seront ainsi choisis ? Ils iront où ils doivent aller, et ils s'y rendront comme poussés par un instinct très sûr et avec la rapidité des vautours qu'on voit se rassembler autour d'un cadavre. » Il n'y a qu'à voir ces oiseaux tournoyer en l'air pour savoir qu'il y a une proie. Ainsi les élus iront à Dieu, attirés irrésistiblement.

« Mais, ajoute Jésus, quand le Fils de l'Homme reviendra, trouvera-t-il encore la foi sur terre ? »

Certes il en trouvera... mais le Mal aussi aura travaillé..: et les épreuves de la fin des temps seront peut-être encore plus redoutables. C'est pourquoi il faut tenir bon et être prêt.

Références
(I) Luc, IX, 7-9; XIII, 31-33. Marc, VI, 14-16; X, 1. Mathieu, XIV, 1-3: XIX, 1-2. Jean, X, 40-42.
(2) Luc, XIV, 7-14.
(3) Luc, XIV, 15-24; XIII, 23-30. Mathieu, XXII, 1-14; VII, 13-14; 22-23; VIII, 11.12.
(4) Plutôt que : u Il y a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus.
(5) Luc, XV, 1-32. Mathieu. XVIII, 12 - 14.
(6) Luc. XVIII, 15-i7. Marc, X, 13-16. M,thieù, XIX, 13-14
(7) Luc, XVII. 20-37. Marc. XIII, 15-16. Mathieu, XXIV, 26-28; 37-41 ; 17-18.


VII- SUR LE " QUI-VIVE "
( 8 )


308

La leçon de tout cela, c'est qu'il faut être prêt et toujours veiller. Chacun en pensant à sa mort peut faire l'application de ce que Jésus dit, au sujet de son retour sur terre à la fin des temps : « Quant au jour et à l'heure, personne ne les connaît. Ni les anges du Ciel, ni le Fils n'ont charge de les faire connaître. Le Père en garde le secret. Prenez donc bien garde de ne pas laisser votre coeur s'alourdir dans la jouissance de vos bas instincts, dans les excès de table et dans toutes les préoccupations matérielles de la vie. Rappelez-vous que ce jour là doit fondre sur vous à l'improviste, comme un piège qui vous happe le pied au passage, avec cette différence que ce jour atteindra d'un seul coup tous ceux qui seront sur la surface de la terre.

« C'est pourquoi, il faut se tenir prêt. Veillez donc et priez en tout temps : vous pourrez ainsi échapper au châtiment qui menace le coupable et paraître fièrement devant le Fils de l'Homme.

309-
« Car il arrivera dans le Royaume des Cieux ce qui se produisit un beau jour de noce. Il y avait dix demoiselles d'honneur s'étaient munies de leur lampe pour aller conduire le fiancé en cortège. Mais parmi elles, cinq étaient insouciantes et cinq plus réfléchies ; les premières n'eurent pas la précaution de prendre avec elles une petite réserve d'huile pour leur lampe ; les autres y avaient pensé et en avaient apporté chacune un petit flacon. Cependant le fiancé se faisait attendre.

(Il faut se rappeler comment se passaient les cérémonies de mariage. Les demoiselles d'honneur étaient donc avec la mariée, occupées à la parer et attendaient impatiemment le fiancé, leurs petites lampes à huile tout allumées. pour l'escorter dans la nuit jusqu'à la salle des noces.)

Elles attendirent si longtemps qu'elles commencèrent bientôt à s'assoupir, puis à somnoler et enfin elles s'endormirent. Cependant. une à une, les petites lampes s'épuisaient et s'éteignaient.

Tout à coup, à minuit, un cri se fait entendre : « Voici le marié Vite, vite préparez-vous, courez au devant de lui. » Toutes les demoiselles d'honneur se réveillent et leur premier soin est de ranimer-leur lampe. (On allonge les mèches pour avoir dans les rues une plus belle lumière et braver le vent.) Mais elless aperçoivent que leurs lampes sont en train de mourir. Alors les insouciantes disent aux plus raisonnables :

« Prêtez-nous un peu de votre huile, car nos lampes s'éteignent.

— Impossible ; c'est déjà tout juste pour nous. Courez donc bien vite chez les marchands en acheter. »

Elles y courent. (Mais à cette heure les boutiques ne sont pas ouvertes... Il faut crier, faire lever les gens... Cela prend du temps.) Cependant le fiancé est venu chercher sa fiancée : il va la conduire chez lui.

Le cortège joyeux et lumineux s'organise. On part à la maison où vont se célébrer les noces, les jeunes gens avec des flambeaux, des fifres et des tambourins, jouant de la musique, criant et chantant ; les jeunes filles escortant la future mariée avec leur lampe allumée.

Bientôt on arrive à la salle des noces et les demoiselles d'honneur qui sont là rentrent Pour les réjouissances. Alors on ferme la porte.

Un moment après, voici les autres qui arrivent (elles sont très en retard) ; elles frappent à la porte : « Monsieur, Monsieur, ouvrez-nous! ». Mais on se méfie ces nuits-là des mauvais plaisants. Le marié leur répond : « Non, non, car je ne vous connais pas ; je ne sais pas qui vous êtes. » Et Jésus tire la conclusion : il ne suffit pas d'être de la noce. Il faut encore être prêt. De même pour l'arrivée du Fils de l'Homme, on ne sait ni le jour ni l'heure ; pas plus du reste que de sa propre mort. (Veillez donc, vous aussi, car vous ne savez ni le jour ni l'heure. »

310
« Soyez comme ces serviteurs qui attendent la nuit le retour de leur maître parti pour les noces. Ils ont leur habit ramassé et serré à la taille par leur ceinture (pour ne pas être gênés dans leurs mouvements quand ils vont entreprendre le moindre travail qui va leur être commandé) ; et ils tiennent en main leur lampe allumée. Ils sont à l'attendre, chacun à l'ouvrage qu'il leur a confié à son départ ; et le portier aussi est à son poste. Dès que le maître arrivera et frappera à la porte, aussitôt on lui ouvrira. Et alors ce sera tant mieux pour ces serviteurs que le Maître trouvera au travail. Il sera si satisfait que, je vous assure, chose incroyable, il retroussera ses manches et sa robe, les obligera à se mettre à table et se mettra lui-même à les servir, qu'il soit 9 heures ou minuit.»

(Ce qui est contraire à tous les usages, car jamais un maître n'aurait idée de s'abaisser ainsi... Jésus veut montrer à quel point Dieu est bon : cela dépasse tout ce qu'on peut imaginer.)

« Mais songez à être persévérants dans cette attente. Car le Maître de maison peut tarder à venir, et vous ne savez pas l'heure de son arrivée. Viendra-t-il tard ?... vers minuit ?... à l'aurore, au chant du coq ?... Personne n'en sait rien. Prenez donc bien garde qu'il n'arrive pas à l'improviste et ne vous trouve endormis. Je vous le répète à tous : « Veillez ! » « Supposez le cas d'un père de famille qui aurait deviné à quelle heure doit venir un cambrioleur. Il veillerait, bien sûr, et ne laisserait pas le voleur perforer le mur de la maison.

(Les murs étaient généralement faits en torchis de paille séchée et de terre glaise. Un voleur habile pouvait sans grande difficulté s'y ouvrir un passage sans attirer l'attention.) « Eh bien, vous aussi, soyez toujours sur le « qui-vive », car le Fils de l'Homme viendra au moment où vous l'attendrez le moins. »


VIII- LE COMPTE RENDU DES RESPONSABLES
( 9 )

311
Pierre a bien écouté ce que Jésus vient de dire sur le sujet de la vigilance. Mais il veut une précision : « Maître, cette comparaison des serviteurs et de leur maître, faut-il l' entendre seulement pour nous, ou bien l'avez-vous dite à l'adresse de tout le monde ... » Pierre pense bien que cet avertissement regarde tout le monde et il a raison. Mais Jésus va ajouter quelques mots à l'intention de ceux qui portent une responsabilité dans la Cause du Royaume des Cieux, car Pierre et les apôtres sont déjà établis chefs de la société de Jésus, chefs de l'Eglise.

« Eh bien, comment apprécier, selon toi, la fidélité et le savoir-faire d'un intendant ?... Son maître, avant de partir, l'a chargé par exemple de régler le travail de tout le personnel et de distribuer les rations de vivres en temps voulu. Tant mieux pour lui si à son retour le maître le trouve en train d'accomplir consciencieusement ses fonctions. Désormais, il en fera son homme de confiance. Mais si cet intendant raisonne de la sorte : « Le patron tarde à rentrer, profi­ tons-en » ; s'il commence à rudoyer les serviteurs et les servantes ; s'il se met à manger et à boire avec ceux qui s'enivrent ; gare à lui, quand son maître reviendra à l'improviste. Il perdra toute sa confiance et sera relégué avec les domestiques les plus rebelles et que l'on connaît pour des hypocrites. A ce moment-là, il se mordra les doigts de dépit, car il sera puni sévèrement par une bonne bastonnade pour avoir trompé la confiance de son maître ; il connaissait son devoir : il est inexcusable. Quant à ceux qui l'ont suivi et se sont amusés avec lui, ils sont moins coupables : ils ne connaissaient pas comme lui les consignes de leur maître ; ils seront punis quarid même, mais bien moins sévèrement. »

Pierre a compris maintenant. Il pourrait tirer lui-même la conclusion que Jésus proclame : Dieu sera exigeant pour ceux qui ânt beaucoup reçu et Il sera encore plus exigeant pour ceux à qui Il a confié des responsabilités. » Et pour bien ancrer cette idée, Jésus raconte une histoire : « Un jour un personnage très en vue entreprit un long voyage. Il s'en allait dans un pays éloigné pour y recevoir le titre de roi. »

(On peut songer à Hérode le Grand s'en allant demander au Sénat de Rome le titre de Roi de Judée...)

312-
Avant son départ, il fait venir ses intendants et leur confie la gestion de sa fortune, chacun selon ses capacités : à l'un il remet la valeur de 5 talents (le talent était la plus grosse des pièces d'or) • à un autre 2 talents, à un troisième 1 talent, et ainsi de suite. Il avait dix intendants pour administrer ses biens. Il leur dit donc : « Tâchez de me faire fructifier cet argent pendant mon absence. »

Le voilà parti. Et les intendants se mettent au travail. C'est ainsi que le premier arrive à doubler son avoir, et le second aussi : ils ont respectivement la valeur de 10 et de 4 talents. Quant à l'autre qui n'a reçu qu'un talent, il s'en va creuser un trou dans la terre et y cache l'argent de son maître. Il trouve cette conduite plus sage, plus prudente, plus politique : il ne sait pas à quel parti adhérer ; c'est que ce gros propriétaire a beaucoup d'ennemis parmi ses conci­ toyens ; et ils ont même envoyé derrière lui une délégation chargée de dire en haut lieu : « Nous ne voulons pas de lui comme roi. »

(Cette histoire rappelait un fait historique : Archélaüs, le fils d'Hérode était aussi allé à Rome chercher le titre de roi à la mort de son père. Mais il était détesté. On avait même envoyé une délégation pour protester. Cependant il revint avec le titre de roi.)

« Au bout de plusieurs mois l'illustre voyageur revient : il a obtenu la charge de gouverner le pays avec le titre de roi. Un de ses premiers soins est de convoquer ses intendants pour leur demander des comptes. Celui à qui il a confié 5 talents se présente le premier et dit : « Sire, vous m'aviez confié 5 talents ; en voici 5 autres.

— Mes félicitations ! Tu es vraiment un bon et fidèle serviteur. Puisque tu as si bien- prouvé ton dévouement, tu mérites des responsabilités plus grandes : je te confie l'administration d'un territoire de 10 villes ; tu partageras ainsi le bonheur et la gloire de ion roi. »

Vient ensuite celui à qui il a confié 2 talents. « Sire, vous m'aviez confié 2 talents : en voici 2 autres.

— C'est très bien ; tu es vraiment, toi aussi, un bon et fidèle serviteur. Eh bien, puisque tu m'es resté dévoué dans la gérance de ces affaires, tu mérites aussi des charges plus élevées : je te confie l'administration d'un territoire de 5 villes. Viens partager avec ton roi la joie et l'honneur de gouverner. »

Enfin c'est le four de celui qui n'a reçu qu'un talent. Il se présente et dit : « Je vous rapporte le talent que vous m aviez confié. Je l'avais ramassé dans un mouchoir et caché dans la terre ; car j'avais peur de vous. Je sais que vous êtes exigeant, que vous demandez toujours plus en récolte, au moment des moissons, que vous n'avez semé en blé, et que vous voulez tirer de gros profits d'un capital insignifiant. Alors j'ai préféré garder intact votre talent pour vous le rendre.

— Comment ! mauvais serviteur, fainéant ! ... Tu te condamnes toi-même en parlant de la sorte. Ah ! tu prétends que je suis exigeant, que je moissonne ce que je n'ai pas semé et que je veux tirer profit d'un rien ; mais tu n'avais qu'à porter mon argent à la banque et à mon retour je l'aurais retrouvé avec des intérêts. »

Alors il dit à ceux de son entourage : « Enlevez à cet homme l'argent qu'il avait en dépôt et confiez-le àl'intendant qui a déjà 10 talents »

Mais quelqu'un lui dit : « Sire, mais celui-là a déjà 10 talents !

— Cela ne fait rien. Sachez-le bien, voici ma règle : à celui qui possède on donnera encore, et il sera comblé ; mais à celui qui n'a pas grand'chose, on lui enlèvera même le peu qu'il a. Quant à ce serviteur inutile, chassez-le de chez moi ; je veux qu'il en pleure et qu'il en grince des dents de dépit. Pour ce qui est mainte­ nant de mes ennemis, de ceux qui n'ont pas voulu de moi pour les gouverner, qu'on aille les arrêter, qu'on les amène ici : je veux les faire égorger devant moi. »

IX- UN SOIR DE PAYE ( 10 )

313-
Toutes ces histoires, toutes ces considérations sur les comptes à rendre à Dieu font réfléchir les apôtres, les disciples, et en général tout le peuple

qui écoute... Cette prédication si bien à leur portée, si concrète, si claire les frappe tellement que beaucoup se décident à faire une révision de vie et à. se réformer sérieusement. Mais ça n'émeut pas du tout les pharisiens. Eux, ils sont parfaits. Ils ne sont pas inquiets des jugements de Dieu. Ils ont tant travaillé pour lui : sûrement ils seront reçu là-haut avec tous les honneurs dus à leur rang et à leur mérite. C'est Dieu qui leur est redevable... Comme il doit se féliciter d'avoir de si bons serviteurs ! Bien sûr, Jésus a raison, pensent- ils : Dieu les servira, eux, les pharisiens, à ce grand festin du Ciel. Les inten­ dants fidèles et dévoués, ce sont eux.

Est-ce si sûr ?... Dieu se laisse-t-il lier ainsi dans ses jugements ?... Ou bien reste-t-il libre de récompenser suivant son sens de la justice, à lui, et suivant son coeur de père ?...

Jésus raconte alors cette histoire :

« Pour bien comprendre le Royaume de Dieu, écoutez encore cette comparaison. Il y avait un propriétaire qui s'était levé de bon matin pour aller embaucher des ouvriers pour son vignoble.

Il s'agissait sans doute de sarcler les vignes et le travail devait presser. Chaque matin les journaliers se groupaient à un carrefour de la ville et débat­ taient avec leur embaucheur Je prix du travail de la journée,

«Il débat le prix avec eux et fixe le salaire pour la. somme d'un denier. Il les envoie à sa vigne.

« Vers 9 heures du matin, il passe sur la place et trouve des hommes qui traînent là sans rien faire : « Allez, vous aussi, travailler à mon vignoble ; et je vous donnerai un juste salaire. » Ils vont au travail.

« Le cultivateur repasse vers midi, vers 3 heures de l'après-midi, et trouve encore des travailleurs désœuvrés : il les envoie dans son champ.

« Enfin, vers 5 heures du soir, il trouve des chômeurs : « Quoi ! vous aussi, vous restez toute la journée sans rien faire ?...

« — C'est que nous n'avons pas pu trouver d'embauche.

« — Eh bien, allez, vous aussi, travailler dans mes vignes. »

« Le soir venu, le propriétaire du vignoble dit à son intendant : « Appelle les ouvriers et donne-leur le salaire convenu, en commençant par les derniers venus, et tu finiras par les crémiers embauchés. »

« Les travailleurs de la dernière heure se présentent et chacun reçoit un denier, à son grand étonnement. Les premiers embauchés qui attendent leur tour pensent recevoir davantage, mais ils ne reçoivent aussi qu'un denier comme les autres. Ils prennent leur paye mais commencent à murmurer contre leur employeur. « Comment ! ces hommes-là n'ont fait qu'une heure de travail et vous leur avez donné autant qu'à nous qui avons peiné dur toute la journée en plein soleil ? »

S'ils s'étaient contentés de demander un peu plus, on leur eût peut-être accordé ; mais ils laissent percer leur jalousie contre ceux qui ont moins travaillé et qui peut-être auraient désiré être embauchés dès le matin.

« Alors l'employeur s'adresse à l'un d'entre eux, celui sans doute qui est le plus aigri et le plus arrogant : « Mon ami ! je ne te fais pas de tort : n'étions- nous pas d'accord ce matin tous les deux pour un denier ? Prends ta paye et va-t'en. S'il me plaît à moi de donner au dernier autant qu'à toi] Ne suis-je pas libre de disposer de mon argent ?... Est-ce que tu serais jaloux parce que je suis trop généreux ?... »

Et Jésus dégage la morale de l'histoire : « Ainsi, il y aura des derniers qui seront les premiers, et des premiers qui seront les derniers. »

Dieu se contentera dans certains cas d'une bonne volonté de dernière heure, sans exiger une vie débordante d'oeuvres méritoires ; mais alors il faut que les privilégiés se réjouissent de la bonté de Dieu et ne murmurent pas contre l'indulgence du Sauveur. Savent-ils de combien de faveurs ils ont été l'objet pendant leur vie et combien de fois ils ont été préservés du mal ?...


X- DANS L'ÉTREINTE DE LA MORT (11)

314-
Un jour un messager arrive tout essoufflé auprès de Jésus. Il vient de la part de deux soeurs : Marthe et Marie qui habitent avec leur frère Lazare le village de Béthanie, à trois kilomètres de Jérusalem.

C'est dans cette maison amie que Jésus a établi son quartier général, comme en Galilée dans la maison de la belle-mère de Pierre à Capharnaüm. Marthe et Marie le reçoivent toujours avec empressement, lui et ses apôtres ; il est désormais de la famille. La maîtresse de maison, c'est Marthe. C'est elle qui s'occupe des réceptions et de la table. Marie, elle, tient la conversation : elle est aimable et souriante ; surtout elle a une telle admiration pour Jésus qu'elle resterait des heures à l'écouter. C'est elle qui, quelques jours plus tard, parfumera la tête et les pieds de Jésus et les essuiera avec ses cheveux.

Un jour même, tandis que sa soeur s'affairait à préparer le repas (on devait être en retard ce jour-là), Marie était assise aux pieds de Jésus, sur des nattes, et l'écoutait sans se lasser comme à son habitude. Au bout d'un moment, Marthe, qui voyait que le travail n'avançait pas, s'en alla trouver Jésus : Seigneur, vous n'avez pas l'air de vous douter que ma soeur me laisse toute seule faire le service. Dites-lui donc de m'aider. »

Marthe aurait voulu que Jésus lui dise combien il était sensible à toute la peine qu'elle se donnait pour bien le recevoir. Mais Jésus lui répondit : Marthe ! Marthe ! vous vous faites bien du tracas. Je n'ai pas besoin de grand'chose : un plat suffira bien. Non, laissez-la : elle a choisi la meilleure occupation. Elle restera ici. » Mais revenons au fait.

315 -
Ce messager vient apporter une triste nouvelle : Lazare, leur frère (un jeune homme d'une vingtaine d'années peut-être) est malade.

Il s'agit sans doute d'une fièvre violente causée par un chaud et froid, comme il arrive souvent en cette saison où des nuits très froides succèdent à des journées torrides. Il faut prendre des précautions. Et les jeunes gens sont très imprudents. Mais c'est parfois mortel et le plus robuste peut être emporté en quelques jours.

Les deux soeurs font donc dire à Jésus : Seigneur, votre ami de coeur est bien souffrant ! » Elles n'osent pas insister pour le faire venir si près de Jérusalem, car elles sont au courant du complot qui se trame contre lui.

Jésus répond à l'envoyé :

« Dis-leur bien de ne pas s'inquiéter : il n'en mourra pas ; au contraire cette maladie tournera à l'honneur de Dieu et ce sera l'occasion d'un grand succès pour le Fils de Dieu. »

Jésus aime particulièrement cette famille ; cependant il ne change pas ses plans ; il reste encore deux jours dans la région. Le surlendemain, il annonce à ces disciples :

« Et maintenant nous allons retourner en Judée.

•  Comment ?... Mais vous n'y pensez pas I... Il n'y a pourtant pas si longtemps que les juifs voulaient vous tuer.

•  Voyons, à l'époque actuelle, il y a bien par jour douze heures oit il fait clair. Si nous marchons pendant le jour, nous n'avons rien à craindre. Il fait trop clair pour que nous tombions dans un guet-apens. La nuit, c'est différent : on pourrait faire de fâcheuses rencontres. Vous le savez, notre ami Lazare est encore endormi : mais je vais aller le réveiller.

•  Oh ! alors, s'il dort, c'est bon signe : il est sûr de se tirer d'affaire (car dans ces sortes de maladies, le sommeil ne revient qu'après la tombée de la fièvre). C'est donc inutile d'aller là-bas.

Mais Jésus parle de la mort et ses disciples croient qu'il s'agit d'un sommeil ordinaire. Alors il leur dit tout net :

« Lazare est bien mort ! Et je me réjouis de n'avoir pas été là-bas, à cause de vous. Ce sera une excellente occasion d'affermir votre confiance en moi. Allons y maintenant. » Jésus est décidé... Mais que va-t-il se passer là-bas, si près de Jérusalem ?... Ce sera sûrement le combat final. Tous les apôtres sentent leur courage les abandonner. Cependant, ils ne peuvent pas laisser Jésus s'en aller seul. Ils auraient honte ; et puis, ils sont liés à lui par un serment de fidélité. Plus résigné qu'enthousiaste, Thomas, surnommé le Jumeau, tranche la question en déclarant aux autres apôtres : « Que voulez-vous, puisqu'il le faut : allons-y nous aussi et mourons avec lui ! »

Et les voilà partis pour Béthanie.

316
Cependant, à Béthanie, Lazare était mort depuis plusieurs jours. Le soir même on l'avait enterré, car la chaleur ne permet pas de conserver longtemps les cadavres. De plus, tant qu'un mort est dans une maison, on ne peut ni l'habiter ni y faire la cuisine : les bienséances et la coutume s'y opposent. On se presse donc d'enterrer le jour même de la mort, et les cérémonies officielles sont remises à plus tard. Toute la parenté avertie vient alors dans les jours qui suivent offrir ses condoléances à la famille en deuil.

Quand Jésus arrive à Béthanie, il y a quatre jours que Lazare est enterré. Comme Béthanie est tout près de Jérusalem et que la famille y compte beaucoup de relations, bien des gens sont venus ce jour-là présenter leurs condoléances à Marthe et à Marie. Assises sur des nattes, dans leur salle de réception, elles reçoivent les visiteurs... et tout ce monde s'apitoie à qui mieux mieux, pleure et vante avec force gestes les qualités du défunt si regretté.

317
On vient prévenir Marthe que Jésus arrive. Elle court à sa rencontre jusqu'au delà du village, tandis que Marie reste assise à la maison, tenant conversation avec les parents et les amis. Marthe dit à Jésus :

« ! Seigneur, si vous aviez été ici, vous n'auriez pas laissé mourir mon frère. Mais maintenant encore, je vous redis toute ma confiance, car je le sais, tout ce que vous voudrez bien demander à Dieu, Il vous l'accordera. Allons, Marthe, consolez-vous ; votre frère ressuscitera. Ah ! je le sais bien, il ressuscitera... mais à la résurrection du dernier jour du monde. (Elle est un peu déçue ; elle espérait mieux comme consolation.)

•  Marthe, c'est moi qui suis la Source de Résurrection et de Vie. Celui qui croit en Moi, même quand il a passé par la mort, vit encore. Et tout homme qui vit et croit én Moi ne meurt pas pour toujours.

Aux yeux de Jésus, ce qui compte, c'est la vie de l'âme, cette vie d'union à Dieu. Qu'importe la mort ? L'âme, elle, vit toujours, même dépouillée de son corps elle vit de cette vie que Dieu lui communique ; et cette vie durera éternellement. Or, Lazare aimait Jésus, croyait en Lui ; qui est uni à Jésus est uni à Dieu. Lazare vit donc toujours.

« Croyez-vous à ce que je vous dis ? Oh oui, Seigneur, pour moi vous êtes vraiment le Christ, le Fils de Dieu venu sur terre. » Après cette déclaration de foi, Marthe court à la maison, comme si elle avait repris espoir, et trouve un prétexte pour prendre sa soeur à l'écart et lui glisser à l'oreille : « Tu sais, le Maître est arrivé, et II veut te voir. » A ces mots, Marie ne peut cacher son émotion. Elle se lève aussitôt et va à sa rencontre.

Alors, toute la compagnie de visiteurs qui s'efforcent de la consoler, en la voyant se lever et sortir rapidement, se mettent à la suivre : « Quel chagrin ! pensent-ils... sûrement elle va au tombeau pour pleurer à son aise !... »

Jésus n'est pas encore rentré dans le village ; mais il est toujours à l'endroit où Marthe l'a rencontré. Alors, Marie se jette à ses pieds, et comme sa soeur, lui répète : « Ah ! Seigneur, si vous aviez été ici, vous n'auriez pas laissé mourir mon frère ! » Devant la douleur de cette femme en pleurs à ses pieds, et au spectacle de tous ces gens vraiment peinés de la mort de Lazare, Jésus sent l'émotion le gagner lui-même et il se trouble. Cette fois-là, aux yeux de tous, il ne domine pas sa douleur... « Où l'avez-vous mis ? Venez, Seigneur, on va vous y conduire... »

Alors Jésus se met à pleurer : il pleure sur la douleur humaine, car il est un homme aussi... et il la ressent.

Autour de lui on dit : « Il l'aimait tellement !... » Mais certains ajoutent : « Comment Lui qui a si bien ouvert les yeux de l'aveugle-né, il ne pouvait Pas empêcher son ami de mourir ? »

Jésus, tout en proie à son chagrin, approche du tombeau. C'est un caveau fermé au-dessus par une grosse pierre.

On descend dans la sépulture par des marches, et en sous-sol, dans une crypte, sur un banc de pierre, le corps est étendu, emmaillotté dans des bandes d'étoffe embaumée et recouvert d'un suaire.

« Enlevez la pierre », commande Jésus. Mais Marthe, la soeur du mort, avec sa délicatesse féminine, intervient :

« Seigneur, il doit sûrement sentir ; voilà déjà quatre jours qu'il est mort I » (Malgré l'embaumement on ne peut garantir de la décomposition.) « Ne vous ai-je pas dit que si vous aviez vraiment confiance vous verriez la • puissance de Dieu ? »

Tout le monde, à ce moment, se rappelle les pouvoirs extraordinaires de ce Jésus... On se bouscule pour voir... On sent planer autour de cet homme une force inconnue... Que va-t-il faire ?... Il faut obéir : on ôte la pierre,- et les premières odeurs caractéristiques font reculer un peu les plus curieux. Alors, Jésus lève les yeux vers le Ciel et fait cette prière : «Père, je Te remercie de m avoir écouté. Oh I je le sais bien, moi. Tu m'écoutes toujours. Mais c'est à cause du peuple qui m'entoure que je Te parle ainsi : c'est pour qu'ils soient bien sûrs que c'est Toi qui m'as envoyé. »

Une dernière fois, Jésus va donner une preuve irréfutable de sa mission. Ales; d'une voix forte il s'écrie : « Lazare, viens dehors ! »

Et aussitôt voilà que sort celui qui était mort...

On voit s'approcher dans la demi obscurité du couloir du caveau une forme humaine aux pieds et aux bras serrés dans des bandelettes et la tête voilée d'un suaire. Lazare sort à l'appel de cette voix sonore qui a résonné jusqu'au fond du sépulcre et l'a éveillé du sommeil de la mort. Tout le monde écarquille les yeux, retient son souffle.

Mais Jésus veut encore qu'on touche le mort ressuscité pour être bien convaincu... Il dit donc : « Déliez-le maintenant de ses bandelettes pour qu'il puisse marcher. »

C'est inouï : la foule est ébahie, émerveillée. Beaucoup des témoins de ce miracle se déclarent désormais les partisans convaincus de Jésus. D'autres cependant s'empressent d'aller raconter l'événement aux pharisiens.


XI- QUAND ON INVOQUE LA RAISON D'ÉTAT (I2)

318
Le dépit et la rage des pharisiens est à son comble. Il faut en finir. Comment faire ? Les pharisiens, eux, n'ont aucun pouvoir officiel. Ils sont une académie de science religieuse ; ils ont une influence énorme, mais c'est tout. II faut décider les grands-prêtres à agir ; ce sont eux qui détiennent le gouvernement, sous le contrôle des Romains. Or, pharisiens et grancts-prêtres se détestent. Mais, comme il s'agit de Jésus, ils vont faire taire leurs jalousies et leurs ran­ cunes et se mettre d'accord... et la foule, de quelque parti qu'elle soit, se trouvera entraînée dans le courant de haine.

Les grands-prêtres et les pharisiens se réunissent donc dans une assemblée extraordinaire.

La tactique des pharisiens est la suivante pour décider les grands-prêtres à agir, il faut leur faire comprendre que Jésus est un révolutionnaire, un agitateur dangereux. Il se prétend le Messie, Il va être l'occasion d'un soulèvement. Jusque là il n'a pas fait d'agitation politique, mais il veut y arriver. De plus en plus, il gagne des partisans. Il faut s'attendre à une émeute pendant les fêtes de Pâques. Donc, le temps presse. Qu'on se rappelle la récente manifestation des Galiléens. Encore une fois les Romains vont tout noyer dans le sang... mais l'affaire sera rude, car les partisans de Jésus sont nombreux et ils entraîneront la foule. Jérusalem va voir des jours terribles. Rome enverra ses armées, le Temple sera détruit... tous les gens en place emmenés comme otages... Les derniers vestiges des libertés nationales supprimés, la nation détruite, le pays annexé à l'empire purement et simplement. Les grands- prêtres sont au gouvernement : s ils tiennent à leur place, à leurs privilèges, qu'ils agissent au plus vite : ils tiennent dans leurs mains le sort de la nation.

Voici comment ils résument leur plaidoirie : « Qu'allons-nous faire Inutile de se boucher les yeux : il fait vraiment des prodiges extraordinaires. Si nous le laissons continuer ainsi, il va grouper une foule de partisans et qu'arrivera-t-il ? Les Romains enverront une armée pour anéantir la révolution ; ils détruiront le Temple et nous n'existerons plus en tant que nation. »

Caïphe, le grand-prêtre alors en fonction,. est présent à cette réunion. Il n'en faut pas plus pour le convaincre. Que peut bien peser la vie d'un illuminé contre la raison d'Etat ? Il prend la parole : Ah ! vous ne savez que faire !... C'est pourtant simple. Vous ne voyez donc pas que c'est notre intérêt à tous qu'un seul homme meure pour le bien général plutôt que la nation toute entière ne périsse ? »

C'est une lâcheté ; on va prendre prétexte de l'intérêt de l'Etat pour livrer à l'occupant un compatriote. Mais c est à leurs yeux de la bonne politique. De ce moment, la mort de Jésus est arrêtée. Au fond, ce n'est pas de lui-même que Caïphe dit cela ; mais comme il est le Pontife en fonction cette année-là, il faut bien qu'il prenne ses responsabilités. En fait, il ne saurait mieux dire : c'est une vraie prophétie qu'il vient de faire là inconsciemment. En effet, Jésus doit mourir pour le salut de la nation ; et non seulement pour sauver la nation juive, mais encore, et il faut hien le remarquer —, pour ramener à l'unité d'un seul peuple tous les enfants de Dieu qui sont dispersés.

L'assemblée est unanime. Il faut faire mourir Jésus coûte que coûte. Reste à trouver la manière de s'emparer de lui et de bâtir le procès... Certains même parlent de faire disparaître la preuve éclatante de son dernier miracle. Trop de gens vont voir Lazare le ressuscité : on parle de lui partout, ce qui ne fait qu'accroître le nombre des partisans de Jésus ; ils prennent donc aussi la résolution de faire disparaître Lazare.

319-
Jésus, qui sait ce qui se trame, ne circule plus en public : l'heure fixée par son Père pour son arrestation n'est pas encore arrivée. Il décide de se retirer quelque temps à la frontière du désert, dans la petite ville d'Ephrem (située à 20 kilomètres de Jérusalem). Il y restera quelques jours avec ses disciples.

Les grandes fêtes de Pâques approchent. Beaucoup de Juifs de la province montent à Jérusalem pour prendre part aux solennités et à cette occasion se purifier de toutes les fautes de l'année. Tousles pèlerins dans les cours du Temple parlent de Jésus : « Qu'en pensez-vous ?... Viendra-t-il pour les fêtes ?... » Car ce n'est plus un secret pour personne : les chefs des prêtres et les pharisiens veulent sa mort. Ils ont même donné l'ordre de le dénoncer à la police au premier qui l'aura découvert : il est désormais hors la loi...

Tout le monde est impatient de connaître issue du drame.


XII - LA COURSE AUX HONNEURS (13)

320
Jésus se décide enfih à monter à Jérusalem 'our les fêtes de Pâques... La petite troupe des amis fidèles s'avance sur la route. C'est Jésus qui marche en tête. Les disciples ne sont pas si fiers, car ils savent ce qui les attend... Ils sont stupéfaits de voir Jésus marcher ainsi au devant de ses ennemis... Ils ont peur. Alors, Jésus fait une halte... Il réunit les douze autour de lui et les prévient en toute franchise de ce qui doit lui arriver :

« Oui, nous montons à Jérusalem, et tout ce que les prophètes ont prédit au sujet du Fils de l'Homme va se réaliser à la lettre : il sera traduit devant le tribunal des chefs des prêtres et des scribes et il sera condamné à mort. Alors, ils le livreront aux païens pour qu'ils se moquent de lui, crachent sur lui, et le flagellent. Ensuite, les païens le mettront à mort. Mais le troisième jour, il se relèvera de la mort, vivant. » Les disciples ne comprennent rien à tout cela : c'est bien mystérieux...

321
Un moment après, Jésus déclare : « Je suis venu jeter sur la ter re comme un brasier de feu nouveau (il veut parler de l'ardeur passionnée qui consumera certains hommes pour étendre sur terre le Règne de Dieu). Et je voudrais déjà en voir le foyer allumé. Mais pour cela je dois être plongé entièrement dans la souffrance ; et je suis tout angoissé, tellement je suis impatient d'avoir enfin tout accompli. »

C'est le moment que choisit la mère de Jacques et de Jean, les fils de Zébédée le pêcheur, pour venir demander quelque chose à Jésus. Cette brave femme fait partie du petit groupe de personnes dévouées qui suivent la petite caravane et veillent à mettre un peu de confort dans la vie errante de la communauté : elle s'occupe sans doute de la cuisine et du raccommodage. Ses deux fils n'osent pas formuler eux-mêmes leur secret désir, car ils en sont un peu honteux. Voici : ils sont ambitieux. Jésus a beau leur dévoiler des perspectives d'avenir peu réjouissantes, ils n'en persistent pas moins à espérer un succès foudroyant... Ils ont demandé à leur mère de faire le premier pas. Qu'est-ce qu'une mère pourrait bien refuser à ses fils ?... Et puis cette faveur qu'elle veut demander ce sera aussi la récompense de son dévouement.

La voilà donc prosternée aux pieds de Jésus avec un regard suppliant. Et près d'elle ses deux fils qui veulent que Jésus s'engage envers eux avant même de savoir. « Maître, promettez-nous d'avance de nous accorder ce que nous allons vous demander. »

Mais Jésus n'aime pas ce procédé.

« Que voulez-vous que je fasse pour vous ?... Et vous, dit-il à la maman, que voulez-vous ?... »

C'est elle qui expose l'objet de la demande : « Promettez-moi que mes enfants qui sont là devant vous occuperont les premières place, de chaque côté de vous, dans votre futur gouvernement. Oui, insistent les deux frères, le jour de votre triomphe.

Vraiment vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous d'abord boire le calice amer de souffrances que je dois boire ?... Pouvez-vous être plongés avec moi, jusqu'au fond, dans mes malheurs ?... Bien sûr, nous le pouvons... Pourquoi pas ?

Oh ! de fait, le calice de souffrances que je dois boire, vous le boirez aussi : et vous serez plongés dans les mêmes souffrances. (Jacques connaîtra le martyre, et Jean sera persécuté et exilé.) Mais pour ce qui est d'occuper les places d'hon­ neur, ce n'est pas à moi de vous l'accorder : c est là un privilège réservé à mon Père : II l'accorde à ceux à qui il lui plaît Sachez seulement que pour vous, mes chers compagnons toujours fidèles au milieu de mes épreuves, je dispose à mon gré du Royaume que le Père m'a donné : vous y aurez des places d'honneur, comme si je vous invitais à boire et à manger à ma table, et des charges aussi élevées que si vous étiez établis gouverneurs des douze tribus d'Israël. »

323-
Devant ces prétentions, les dix autres apôtres s'indignent contre Jacques et Jean. Au fond, ils pensent tous un peu comme eux, mais n'osent le dire. Alors Jésus leur dit : « Vous savez que les chefs d'état se soumettent les peuples par la force et que leurs ministres exercent le pouvoir en leur nom. Ce qui n'empêche pas ces souverains, ces dictateurs de se faire appeler les « Protecteurs du Peuple », « Pères du Peuple ». Pour vous, n'agissez jamais de la sorte. Mais que le plus ancien parmi vous se comporte comme le plus jeune, et que le chef se fasse le serviteur des autres. Pour être digne d'être considéré parmi vous, il faut servir ; et pour être digne de commander, il faut se faire comme l'esclave de tous. »

Il ne faut donc pas désirer les honneurs ; mais si l'on est appelé à commander, il faut se mettre entièrement au service des autres, ne pas s'enorgueillir de sa position, ne pas en profiter pour son intérêt personnel, et ne pas abuser de son autorité pour opprimer les autres. Contrairement à ces ministres qui suivent l'exemple du chef suprême de l'Etat, les disciples du Christ suivront l'exemple de leur Chef, à eux : « Le Fils de l'Homme vous donne l'exemple : il n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et pour donner sa vie à la place des hommes. » (Comme un bon serviteur passionné pour son maître est prêt à offrir sa vie en rançon, à sa place.)


XIII- CELUI A QUI PERSONNE NE FAIT ATTENTION
(14 )

324
En montant vers Jérusalem, Jésus passe par Jéricho. On s'écrase littéralement dans les rues pour le voir passer. Et justement un certain Zachée, riche concessionnaire de la douane et chef des publicains, cherche aussi à voir Jésus. Mais il est tout petit de taille. Dans son enthousiasme il en oublie la dignité et le sérieux de sa situation très en vue et grimpe sur un sycomore planté là sur le passage.

Il n'est pas difficile de monter sur les sycomores : leurs racines sortent de terre et montent presqu'au niveau des branches, car ils ont un tronc très court. « Zachée ! descends vite, car c'est chez toi que je veux m'arrêter aujourd'hui. »

Le douanier, tout confus d'une attention si imprévue et tout fier de cet honneur inattendu, descend bien vite et court chez lui de toute la vitesse de ses courtes jambes, sans se soucier des quolibets qu'il peut recueillir le long de la route.

Et quelques heures après il reçoit Jésus chez lui. Mais les gens de Jéricho sont scandalisés. « Comment ! parmi des milliers d'habitants, il choisit le chef des publicains !... Comment ! un personnage comme Jésus va loger chez un homme de cette espèce ! » (Car il faut se rappeler ce que c'est qu'un publicain.)

Zachée n'est pas sans entendre ces murmures ; il sait bien qu'il est un voleur, qu'il fraude tant qu'il peut en matière d'impôts et qu'il profite de sa place pour s'enrichir. Mais il est aujourd'hui tout changé. Il reconnaît ses torts : debout, et prenant Jésus à témoin, il fait cette déclaration :

« Maître, voici ce que j'ai décidé : je donne la moitié de mes biens aux pauvres, et à ceux que j'ai volés, je rends quatre fois autant » (il sait bien que d'après le droit romain c'est la peine à laquelle on condamne un voleur) ; mais il ne veut pas que Jésus descende aujourd'hui dans la maison d'un mauvais riche.

Alors Jésus déclare à toute la société :

« Eh bien, aujourd'hui, c'est le salut pour cette maison. Et vraiment Zachée est redevenu digne d'être compté au nombre des fils d' Abraham (il s'était com­ promis avec les païens et avait été pratiquement rejeté du peuple juif). C'est ainsi que le Fils de l'Homme est venu chercher et sauver ceux qui étaient perdus. »


XIV - AUTOUR D'UN FLACON DE PARFUM
(I5)

De Jéricho, six jours avant la Pâque, on prend le chemin de Jérusalem. Ce chemin passe non loin de Béthanie. Jésus fait un petit détour pour venir passer dans la maison amie son dernier Sabbat. C'est à Béthanie, on le sait, que Lazare le ressuscité vit avec ses deux soeurs. Un ancien lépreux nommé Simon (sans doute guéri par Jésus) lui o f fre à dîner ; et Lazare est au nombre des invités. Suivant la coutume du pays, les femmes ne mangent pas à table avec les hommes, mais, s'occupent du service.

Au cours du repas, Marie, la soeur de Lazare, arrive avec un superbe flacon d'albâtre contenant une livre d'essence de nard, parfum rare et fort cher.

Dans les grandes réceptions on voyait souvent la maîtresse de maison arriver avec un petit flacon d'huile parfumée et en verser sur la tête de l'invité de marque. Elle l'étendait ensuite délicatement sur tout le visage pour le rafraîchir et rendre à la peau, durcie par une longue marche sous le soleil desséchant, sa fraîcheur et sa souplesse : on en retirait une véritable impression de bien être.

Marie donc s'approche de Jésus. Mais elle ne va point verser au compte-goutte, par l'étroit col du précieux vase, son essence de prix. Non, entre ses doigts elle brise la délicate encolure et répand à même son parfum sur la tête de Jésus. Puis elle l'étend sur son visage, en verse le restant jusqu'à la dernière goutte sur ses pieds, et ne trouve rien de mieux que d'en essuyer avec ses cheveux le superflu qui ruisselle... si bien que toute la maison se remplit d'une odeur agréable.

Voilà bien une exagération de femme ! Quelle folie !... Une livre d'essence de nard, pensez donc !... De quoi assurer la toilette de toute une année : cette essence, on la mélange normalement avec de l'huile et on obtient ainsi une quantité considérable de parfum. Quelques disciples haussent les épaules : « A quoi bon ce gaspillage ! »

Et Judas de Quérioth, celui qui va trahir Jésus, dit tout haut : « On aurait mieux fait de vendre ce parfum et d'en donner le prix aux pauvres il y en a bien pour 300 deniers.» (Plusieurs milliers de francs.) Mais rassurons-nous : ce n'est pas que Judas se soucie des pauvres ; s'il parle de la sorte, c'est que, voleur comme il est, il profite de sa fonction de trésorier du groupe pour garder ce qu'on met dans la bourse commune.

Devant cette mauvaise humeur, Jésus prend la parole : « Allons, allons !... laissez-la... Pourquoi voulez-vous lui faire.de la peine ?... Elle a fait cela pour me faire plaisir. C'est un beau geste. Des pauvres, voyez-vous, vous en trouverez toujours à soulager ; mais moi, vous ne m'aurez pas toujours.

Elle a fait pour moi ce qu'elle a pu. Et en répandant sur mon corps tout ce parfum, elle a voulu d'avance me rendre les derniers devoirs : les soins sacrés de l'ensevelissement. Aussi, je vous le dis, partout où sera prêchée la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu, dans le monde entier, on parlera de son geste et on se souviendra d'elle. »

Marie reste là, pleurant aux pieds de son Jésus à la pensée qu'elle ne va sans doute plus le revoir. Elle a comme un pressentiment.

Cependant Judas, lui, se referme de plus en plus. Dans quelle aventure il s'est engagé !... Ah! ce n'est pas ce qu'il avait rêvé. Jésus a pourtant tout ce qu il faut pour devenir un véritable Messie, chasser l'envahisseur et fonder un nouveau régime. Judas a flairé cela depuis longtemps : il s'est compromis... Et maintenant tout aboutit à une impasse. Jésus se refuse obstinément à toute action politique ; il parle d'un prétendu royaume des consciences... Quelle chimère !... Et dire que lui, Judas, il a passé sa vie à courir après une chimère .. un royaume des consciences !... Ah il y a déjà plusieurs mois qu'il a fait taire sa conscience, à lui. Il a cependant suivi, espérant toujours un revirement. Mais non. Il enrage... Il en vient à détester celui à qui il s'est donné. La pensée de la trahison entre dans son coeur... Et comment sortir de là ?... Par moments sa mauvaise humeur se fait jour... Pour l'instant il garde la bourse et fait ses petits profits : c'est déjà une vengeance

Références

(8) Luc, XXI, 34-36: XII, 3Ç-40. Marc,X11, 32-37. Mathieu, XXIV, 36 ; 42-44 ; XXV, 1-13.
(9 ) Luc, XII, 41-48; XIX, 11-27, Mathieu, XXIV, 45-51 ; XXV, 14-30.
(10) Mathieu, XX, 1-16.
(I1) Luc, X, 38-42. Jean, XI, 1-46.
(I 2) Jean, XI. 47-57; XII, 9-10
(I3) Luc, XVIII, 31-34: XII, 49; XXII, 24-30. Marc, X, 32-45. Mathieu, XX, 17-28.
(I4)- Luc XIX, 1-10

(I5) Marc, XIV, 3-9. Jean, XII, 1-8. Mathieu, XXVI, 6-13.