1- UN CHEF LOYAL, VEUT DES GENS BIEN AVERTIS ( 1 ) |
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Après la Fête des Tentes, Jésus décide d'aller annoncer le Règne de Dieu dans le pays de Judée qui n'a pas encore entendu la Bonne Nouvelle. Il quitte Jérusalem. Le voilà de nouveau sur les routes à la tête de sa petite caravane de fidèles, Mais le temps presse, il a parlé de sa mort prochaine. Il veut aller vite. Il faut que toute la Judée soit alertée et connaisse son Libérateur. Jésus cherche des propagandistes, des missionnaires. En voici plusieurs qui se présentent.
C'est d'abord un scribe, un docteur en religion : conversion sensationnelle et inattendue. Quel courage il lui a fallu pêur renier ceux de son parti ; quelles malédictions n'a-t-il pas dû entendre quand il a annoncé sa décision !... Mais c'est une âme droite, sincère, enthousiaste même, et généreuse (même parmi les pharisiens on en trouve). Il n'a plus de doute : pour lui Jésus est bien le Messie. Il adhère sans condition :
« Maître, je suis prêt à vous suivre partout. » Mais Jésus le met en garde contre l'emballement du moment. Tout généreux qu'il soit, ce scribe a trop connu la vie facile, l'embourgeoisement confortable. Pourra-t-il s'habituer à la vie de bohême que mène la petite troupe, sans souci du lendemain ?
« Je te préviens, même les renards ont leurs tanières, même les oiseaux se trouvent des abris ; mais le Fils de l'Homme n'a pas une pierre où reposer la tête. »
Un autre se présente. « Viens avec moi », lui dit Jésus.
Mais lui hésite : « Il faudrait auparavant que j'attende la mort de mon père pour lui rendre les derniers devoirs. Non, viens tout de suite, laisse les morts ensevelir les morts. Il faut que tu ailles annoncer le Royaume de Dieu. »
Certes, c'est un devoir sacré que d'assister ses parents à leur dernière heure mais dans certains cas il faut savoir s'en remettre à d'autres de ce soin. Car les liens du sang sont parfois si forts qu'ils sont un obstacle à une vocation d'apôtre. Et la mission de certains est absolument irremplaçable... En voici un troisième qui demande aussi un délai : « Seigneur, je veux vous suivre, mais permettez-moi d'aller dire adieu à ma famille. »
Jésus qui connaît le fond des coeurs sait que ce nouveau venu a une nature sincère mais hésitante. En retournant dans sa famille il risque d'être repris par les sentiments d'affection et sans doute il n'aura pas la force de s'en dégager. Justement, on peut voir, dans un champ, en bordure de la route, un paysan qui commence à tracer son sillon ; sans regarder en arrière. il fixe le point de repère pour tracer bien droit. Quand on entreprend quelque chose, il ne faut plus regretter, surtout quand il s'agit de la Cause du Seigneur.
Celui qui met la main à la charrue, répond Jésus, et qui regarde en arrière n'est pas fait pour travailler au Royaume de Dieu. »
On ne sait si ces trois vocations aboutissent.
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il y en a d'autres qui veulent s'attacher à Jésus. Mais il se retourne et leur dit à tous quelles sont ses exigences :
« S'il en est qui veulent venir à ma suite et qui ne se sentent pas capables de me préférer à leur père ou à leur mère, à leur époux ou à leurs enfants, à leurs frères ou à leurs soeurs, et qui ne sont pas prêts à mourir pour moi, c'est inutile : ils ne peuvent pas devenir mes disciples ; ceux-là ne sont pas dignes de moi.
Car ne pensez pas que cela va se passer en toute tranquillité et douceur. Détrompez-vous. En venant sur terre, j'engage le combat. A cause de moi on verra les membres d'une même famille se diviser : trois contre deux et deux contre trois : le père d'un côté et le fils de l'autre ; la mère contre sa fille et la fille contre sa mère ; la belle-mère et la belle-fille en complet désaccord. Oui, à cause de moi on comptera des ennemis jusque chez soi, dans sa propre famille. »
Donc pas d'illusion.
C'est pourquoi il importe d'avoir bien réfléchi. Il ne s'agit pas de se donner dans le feu de l'enthousiasme pour abandonner par la suite.
« Quand vous voulez bâtir, vous commencez par vous asseoir et vous calculez les dépenses où cela vous entraîne ; vous comptez aussi votre avoir pour être sûr de faire face jusqu'au bout. Autrement, si vous vous arrêtiez après avoir seulement creusé les fondations, on se moquerait de vous : « Voyez-vous ça !... Il commence une construction et la laisse en chantier !... »
Ou bien prenez le cas d'un chef d'Etat qui a déclaré la guerre à son voisin. Est-ce qu'il ne commence pas par réfléchir, quand il apprend que son adversaire arrive à la tête de 20.000 soldats, alors que lui ne dispose que de 10.000 hommes ? Au lieu de se lancer follement dans la bataille avec ses troupes, il s'empresse d'envoyer à son ennemi, une délégation pour lui faire des propositions de paix.
« A votre tour réfléchissez bien. Si vous voulez venir à ma suite, rappelez-vous qu'il faut être capable de renoncer à tout ce qui tient à coeur.» |
II-LA SECONDE QUINZAINE DE PROPAGANDE (2)
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Rapidement Jésus s'assure des dispositions de tous ceux qui le suivent et prépare une vaste campagne. Il faut qu'en quelques semaines toute la Judée ait entendu parler de lui. On doit se hâter de changer de vie : le Règne de Dieu commence. C'est le moment !
Alors, il désigne en plus de ses douze apôtres, soixante-douze nouveaux missionnaires. Il leur donne les mêmes consignes et les mêmes pouvoirs qu'il avait donnés à ses apôtres en Galilée (3). Puis il les envoie deux à deux dans toutes les localités et les hameaux où il doit passer. .. Quelques semaines plus tard ils reviennent au lieu du rendez-vous. Ils sont heureux et fiers de leur mission. Ils ont eu le pouvoir de guérir les malades ; mais ce qui les a le plus émerveillés, c'est de constater les guérisons instantanées dans plusieurs cas de possession démoniaque.
« Seigneur, pensez donc !... même les mauvais esprits obéissaient quand nous leur commandions en votre nom. » Le Démon, l'Adversaire a-dû sentir le coup passer... Le Regne de Dieu est bien commencé : c'est une première victoire Jésus tient lui-même à la proclamer : « Oui, je voyais Satan tomber du Ciel, zébrant l'espace comme fait l'éclair. »
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Mais attention ! Il ne faudrait pas que les disciples tirent vanité de leur succès : c'est toujours au nom de Jésus qu'ils agissent. Certes, ils ont eu des pouvoirs merveilleux et ils ont pu constater que le Démon n'était pas si à craindre : « Je vous ai donné jusqu'au pouvoir de fouler aux pieds sans danger serpents et scorpions... Votre ennemi a beau être puissant, vous êtes plus forts que lui. Vous n'avez rien à craindre. »
Mais de là à rapporter à soi-même et à ses talents tout le succès de l'affaire. il n'y a qu'un pas. Et Satan les attend là. « Soyez fiers, cependant, non pas tant de voir les mauvais esprits contraints de vous obéir, mais plutôt de savoir que vos noms sont inscrits dans le Ciel. » Le Règne de Dieu est donc aussi arrivé dans ce pays de Judée. La bataille est engagée ; et Satan, aux premières escarmouches, déjà vainc' , Jésus laisse éclater la joie divine qui remplit son lime à cette heure : « Sois Loué, ô Père, Seigneur du Ciel et de la terre. Tu as voulu cacher ces choses merveilleuses à ceux qui se croient instruits et intelligents, et tu en as dévoilé le secret aux simples gens du peuple. Oui, tu l'as voulu ainsi... »
Alors regardant ses fidèles il continue :
« Mon Père m'a confié tous ses secrets. Il me connaît. Il est seul à me connaître parfaitement, comme moi je suis seul à bien Le connaître, moi son Fils ; et ceux-là seulement peuvent Le connaître à qui le Fils veut bien dévoiler ses secrets. Ah ! vous avez de la chance de voir de vos yeux ce que vous voyez et d'entendre de vos oreilles ce que vous entendez... Combien de rois, de prophètes, et d'hommes de bien auraient voulu être à votre place ; mais cette faveur ne leur a pas été accordée. »
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III- UN JOUG RUGUEUX ET MAL ADAPTE (4)
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On marche toujours sur les routes. On croise parsis des ânes pliant sous le poids de leur charge. Leur maître les frappe durement pour les faire avancer. Et plus loin, dans les champs, on voit des bœufs attelés qui se tordent le cou sous le joug mal adapté, rugueux et qui emporte la peau. Alors Jésus fait remarquer la maladresse et la dureté des maîtres sans pitié. Il s'en sert de comparaison pour dire à ceux qui le suivent :
«Venez donc à moi, vous tous qui avez de la peine et pour qui la vie est lourde; vous pliez sous les fardeaux ; moi je vous soulagerai et je vous ferai reposer... Chargez plutôt mon joug à moi que celui d'autres maîtres...» «(il pense aux pharisiens qui prescrivent aux gens du peuple mille et mille pratiques : ils ne se soucient pas de savoir si la foule peut s y conformer. Non, ils font tout pour rendr « la vie religieuse impossible). «... Venez Venez à mon école, car Je suis un Maître bon et simple (5) : votre âme trouvera la paix. Le joug que je vous imposerai n'est pas meurtrissant mais il s'adapte bien et la charge à porter est légère. » «II pense toujours aux pharisiens qui n'ont aucun souci d'adaptation et qui ne font rien pour favoriser les rapports des gens avec Dieu.)
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IV LA VÉRITABLE INTERNATIONALE (3)
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-On passe à l'Est de Jérusalem. Des hauteurs on aperçoit au loin cette profonde crevasse de la vallée du Jourdain qui se termine au gouffre de la Mer Morte. Il y a, de Jérusalem au fleuve, plus de 1000 mètres de dénivellation. Là-bas à l'horizon, ce sont les dernières villes avant le désert : c'est surtout Jéricho le grand marché, le point de départ et d'arrivée des caravanes d'Arabie, la ville d'eaux réputée avec ses magnifiques jardins et ses palmeraies. Mais, à mi-chemin de Jérusalem à Jéricho, on passe par un véritable coupe gorge et les Bédouins qui campent dans les vallées ont coutume de détrousser les voyageurs. On ne s'aventure guère par là qu'en caravane.
Chemin faisant, on discute autour de Jésus. Un scribe veut lui poser une question : « Maître, d'après vous que faut-il faire pour être sür d'arriver à la vie de l'au-delà ? » Jésus le renvoie tout simplement à la Loi qu'il doit connaître : « Qu'y a-t-il d'indiqué dans la Loi, qu'y as-tu trouvé ?... » C'est une question bien vague : la Loi contient une foule de choses. Tout naturellement le scribe récite sa prière du matin : c'est le texte le plus popu laire et le plus connu : un pieux Israélite n'y manque jamais. « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toutes tes forces. Très bien, reprend Jésus, c'est là le premier commandement ; mais il y en a aussi un second qui est celui-ci : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même, »
Et ce dernier est aussi important. C'est juste, dit le scribe, c'est une seule et même chose et au fond tout est là : « Aimer Dieu de tout son coeur, de toute son intelligence, de toutes ses forces, et le prochain comme soi-même : cela vaut mieux que toutes les immolations et tous les sacrifices. Parfait, mon cher, fais-le et tu l'auras cette vie de l'au-delà. Vraiment tu es sur la route du Royaume de Dieu. »
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Mais l'homme de la Loi ne veut pas arrêter là la discussion. « Et qui est mon prochain exactement ? » Il dàit le savoir : pour un juif, c'est tout descendant de la race d'Abraham Les autres sont des étrangers, des ennemis : et c'est un devoir national de les détester, de les haïr.
Mais Jésus n'admet pas le racisme. Il lui répond par cette histoire, devant le grand cadre de la nature qui l'inspire :
« Un voyageur descendait un jour de Jérusalem à Jéricho. En cours de route il tomba entre les mains des brigands qui le détroussèrent, le rouèrent de coups et le laissèrent là plus mort que vif. Par hasard un prêtre venait à descendre par le même chemin. Il vit le malheureux et s'éloigna prestement De même un lévite, un employé du Temple, vint à passer près du blessé. Il l'aperçut et poursuivit sa route. (Et pourtant ceux-là auraient dû se préoccuper de savoir si ce n'était pas un israélite, un concitoyen pour le secourir et le venger.)
« Mais un Samaritain (c'est-à-dire un juif séparé et impie), qui était en voyage, fut ému de compassion à la vue du malheureux. Il descendit de sa monture et courut à lui. (Il ne s'inquiétait pas de savoir si les brigands étaient encore dans les parages et s'il risquait sa bourse et sa vie.) Il sortit de sa sacoche de voyage un peu d'huile et de vin (on se servait du vin comme aujourd'hui de l'alcool, pour désinfecter et de l'huile pour faire des compresses.) Et il se mit à bander ses blessures. Ensuite il le chargea sur sa monture et le conduisit jusqu'à la première auberge. Là il put le soigner plus à l'aise. Cependant il devait continuer son voyage. Aussi le lendemain il sortit deux deniers de sa bourse (le prix de deux journées de travail) et les remit à l'aubergiste : « Soignez-le bien, lin dit-il, et tout ce que vous dépenserez en plus, je vous le paierai à mon retour. »
Alors, Jésus regarde le scribe :
« Dis-moi, dans cette histoire du malheureux tombé entre les mains des voleurs, quel est celui des trois voyageurs qui sait le mieux ce que c'est que le prochain ? — C'est évidemment celui qui a eu pitié de lui. »
Et il a bien répondu : le prochain, c'est tout homme qui a besoin d'un secours, quels que soient ses idées, son parti, sa nationalité ou sa religion. « Eh bien, conclut Jésus, va et fais de même. »
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V- COMMENT PARLER A UN PERE (6 )
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C'est au cours des voyages à travers la Judée que vient se poser la question de la prière. Les apôtres voient souvent Jésus prier. Un jour, sa prière terminée, l'un d'entre eux lui demande :
« Seigneur, apprenez-nous à prier comme Jean le Baptiseur l'a• appris à ses disciples. »
Comme ils ont coutume de voir Jésus prier des heures et des nuits entières. ils s'imaginent que c'est très long et très compliqué. Dans beaucoup de religions on fait de longues prières, on débite toutes sortes de formules à une allure souvent vertigineuse, car on croit que l'abondance des paroles est en raison de l'importance de la faveur à obtenir.
Jésus leur répond : « Quand vous priez, ne bredouillez pas comme font les païens. Ils s'imaginent qu'ils seront exaucés à cause de l'abondance et de la rapidité de leurs paroles. Tâchez de ne pas leur ressembler. D'ailleurs votre Père connaît vos besoins avant même que vous ayez eu le temps de les lui exposer. »
Trop souvent les hommes ne connaissent que la prière de demande, la prière intéressée : ils prient pour demander une grâce, une faveur. Jésus vient apprendre une prière d'un genre bien différent.
Pour prier voici ce que vous direz : « Notre Père qui êtes aux Cieux. » (Il ne s'agit plus de considérer Dieu comme un Maître distant : c'est avant tout un Père.) « Que votre nom soit sanctifié... » (Que l'on parle de Lui avec un grand respect, car il est le Vrai Maître du Monde.) « ...Que votre règne arrive...» et pour cela : « ...que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel... » (Il faut que les hommes sur la terre se soumettent à ses directives et dirigent les affaires du Monde en accord avec son plan à Lui : alors son règne arrivera sur terre comme il est établi au ciel.)
Après s'être occupé de Dieu, on peut penser à soi-même, mais en second lieu. Jésus continue le modèle de prière : « Donnez-nous aujourd'hui notre pain de chaque jour... » (aidez-nous dans l'âpre lutte pour les besoins matériels indispensables.) « ...et pardonnez-nous nos péchés comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. ( En effet, soit dit par parenthèse, lorsque vous allez prier, commencez par examiner si vous n'avez pas quelque rancune. Et pardonnez d'abord à votre prochain, si vous voulez qu'à son tour votre Père qui est dans les Cieux vous pardonne vos péchés envers Lui. Si vous savez pardonner, votre Père vous pardonnera ; sinon Il ne vous pardonnera pas non plus.)
« Et ne nous laissez pas succomber à la tentation... » (Que Dieu ne laisse pas ses enfants s'engager dans des occasions de péché dangereuses pour leur faiblesse.) « ...Mais délivrez-nous du Mal. » (Du malheur et de la souffrance d'abord, parce que souvent nous sommes incapables de les supporter sans murmurer contre Dieu, et aussi du mal qu'est le péché où nous tombons si souvent.) C'est vraiment la prière d'un enfant à son Père : il a comme premier souci la réputation de son père et, comme il est faible, il lui demande force et appui. C'est la vraie prière des fils de Dieu.
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Jésus connaît à fond le coeur de l'homme sa créature. L'homme se méfie de Dieu, parce qu'il ne se croit pas vraiment son enfant. Pour lui, Dieu est un Maître et non un Père. Il ne croit pas qu'il s'occupe vraiment de lui. mais il pense qu'au fond ça lui est bien égal.
L'homme désespère trop vite :sil ne voit pas instantanément la réalisation de ses désirs, il perd confiance. Il estime qu'il a prié assez et que Dieu l'abandonne. Et il se renferme dans l'entêtement boudeur et rageur d'un mauvais fils. Jésus veut à tout prix faire comprendre aux hommes que Dieu est un Père. Mais ce sont les hommes qui ne veulent pas se conduire comme des enfants. Dieu parfois les éprouve : c'est qu'il veut voir jusqu'où va leur confiance.
Et voici Jésus qui se met à raconter des histoires humoristiques, pour faire comprendre aux juifs de Judée comment ils doivent se comporter avec leur Père des Cieux.
Il leur dit donc :
« Tenez, comment faites-vous avec votre ami ?... Supposons qu'il vienne au milieu de la nuit pour vous dire : « Mon cher, prête-moi trois pains ; imagine- toi qu'un de mes amis m'est arrivé à l'improviste et je n'ai aucune provision. » Vous commencez par lui répondre de l'intérieur : « Je t'en prie, laisse-moi tranquille; la porte est encombrée ; mes enfants et moi nous sommes couchés ; je ne vais tout de même pas melever pour te faire plaisir. »
(Il faut voir en effet quel état de désordre se trouve l'unique pièce de la maison pendant la nuit : on a déroulé les nattes au milieu en rangeant pêle- mêle les cruches, les coffres, les plats, les habits. La porte est bloquée ; tout le monde est là, étendu sous les couvertures : impossible d'atteindre la huche à pain et d'ouvrir.)
« Mais l'ami reste là devant la porte ; il insiste. Alors, même si vous ne voulez pas lui rendre ce service au nom de l'amitié, vous vous lèverez cependant et vous lui donnerez ce qu'il demande pour avoir la paix... Sans quoi il serait capable de réveiller ou d'empêcher de dormir toute la maison. »
Et tout le monde de rire : « Ah oui, c'est bien ainsi que ça se passe !... »
« Ecoutez encore cette petite histoire ; il y avait un jour dans une ville un juge impie, sans foi ni loi. Dans la même ville vivait une femme veuve. Elle revenait sans cesse lui dire : « Ah défendez-moi ; mes ennemis m'intentent un procès. » Sans doute cette malheureuse voulait défendre ses droits et ceux de ses enfants contre des parents riches et influents avec qui le juge ne tenait pas à se brouiller. « Pendant longtemps le juge ne voulut rien entendre. Mais elle revenait sans cesse à la charge, et recommençait toujours les mêmes explications. A la fin, le juge en eut assez. Il se dit : « Cette femme commence à me casser la tête avec « son histoire. Oh I ce n'est pas par souci de la justice : je me moque bien de Dieu « et du Droit des gens ; mais pour avoir la paix je vais lui donner gain de cause. »
« Vous avez entendu le raisonnement du juge simple. Et vous ne croyez pas que Dieu écoutera ses amis qui crient vers lui jour et nuit, alors que par ailleurs il se montre si patient pour eux ?... Allais si, bien sûr, il les exaucera et promptement. » Certes, il ne faut pas croire que Dieu aime faire la sourde oreille ; non, mais, il veut que nous persévérions dans la prière.
Car toute prière est exaucée. Cependant on n'a pas toujours ce qu'on demande. Un enfant, — et nous sommes des enfants devant Dieu — peut demander des choses qui lui sont néfastes, bien qu'elles lui paraissent excellentes. Sait-on jamais ? Si nous demandions par exemple la richesse et la santé et que ces faveurs devaient un jour nous conduire au mal !... Mais toute prière confiante est sûre d'être exaucée d'une manière ou d'une autre et toujours pour notre plus grand bien.
« Je vous l'assure, demandez et l'on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et on vous ouvrira ; car il faut demander pour recevoir, il faut chercher pour trouver, il faut frcipper pour se faire ouvrir. Bref il faut prier. « Voyons, qui d'entre vous donnerait à son fils une pierre quand il lui demande du pain ? (Les galets des torrents de Palestine ressemblent à des boules de pain cuites au four) ; quand il lui demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent ? (comme on en trouve souvent sur les routes) et s'il demande un œuf, lui donnera-t-il un scorpion ? »
(Ces petit,, reptiles au ventre bombé et blanc sont très nombreux et très redoutés ; leur morsure est très douloureuse et parfois mortelle : le soir il faut secouer les nattes avant de se coucher, car les scorpions se nichent partout.)
(Ainsi donc, puisque vous, les hommes qui n'êtes déjà pas si bons les uns pour les autres, vous savez pourtant donner à vos enfants tout ce dont ils ont besoin ; imaginez un peu quel doit être l'empressement de votre Père des Cieux Lui si bon pour vous accorder tout ce qui vous convient. Ne soyez plus en défiance devant Lui, mais ayez confiance comme des enfants. »
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Donc, une disposition essentielle, c'est la confiance en Dieu. Même si on est pécheur, surtout si on est pécheur. Mais, par contre, pas de confiance exagérée én soi-même : ce n'est plus une attitude d'enfant devant son Père, de créature devant son Dieu. Il y a justement dans l'auditoire des gens qui ont trop confiance en eux-mêmes, qui sont pleins d'estime pour leur personne et qui méprisent les autres. A leur intention, Jésus raconte cette histoire :
Deux hommes montaient, ce jour-là, au Temple pour prier : un pharisien et un publicain. Le pharisien, se rediessant, priait ainsi dans son cœur : « 0 Grand Dieu I je te remercie de ce que je ne suis pas comme les autres, voleurs, malhon nêtes, adultères... comme ce publicain par exemple. »
Avancé dans le parvis des hommes jusqu'à la balustrade qui séparait de la cour des prêtres et du Sanctuaire, il se tenait là, bien droit, très fier. s'adres sant bien plus à lui-même qu'à Dieu, et surtout préoccupé de savoir qui pouvait bien, par derrière, admirer la dignité de son maintien et la ferveur de sa prière. Il s'était même retourné et avait aperçu notre publicain.
Et il continuait : « Je jeûne deux fois par semaine (or, la Loi ne prescrivait que quelques jours de jeûne par an) ; je paie la dîme de tous mes revenus. »
La Loi prescrivait, aux producteurs seulement, de payer au Temple la valeur du dixième de leurs récoltes. Mais certains pharisiens payaient encore la dîme sur tout ce qu'ils achetaient, ayant toujours peur de manger d'une chose qu'on avait peut-être soustraite à l'impôt sacré.
Ah le Seigneur pouvait être fier d'avoir un tel serviteur !... Peut-être, mais il eut souhaité sans doute moins d'orgueil, moins de suffisance.
« Le publicain, lui, se tenait à distance et n'osait même pas lever les yeux vers le Ciel ; mais il se frappait la poitrine : « Grand Dieu aie pitié de moi, pauvre pécheur, pardonne-moi »
Sans doute il avait fraudé dans les nombreuses occasions qu'offrait sa profession, mais il était maintenant plus suppliant que n'importe lequel de ses contribuables qui lui demandaient à mains jointes une remise d'impôts. « Je vous le dis, conclut Jésus, le publicain revint chez lui vraiment pardonné, mais pas l'autre. Ainsi tout homme qui s'enorgueillit se rabaisse aux yeux de Dieu et tout homme qui s'humilie, se grandit. »
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-D'ailleurs Dieu ne nous doit rien ; si nous agissons bien, nous ne faisons que notre devoir.
« Supposez que vous ayez un domestique à votre service. Le voilà qui revient du labour ou de la garde des troupeaux. Avez-vous coutume de lui dire : « Viens ici bien vite, installe-toi sur les divans et mange en paix. » Pas du tout Vous lui dites dès son arrivée : « Maintenant tu vas mettre le couvert, te mettre en « tenue et m'apporter à manger. Quand je me serai bien rassasié, tu pourras penser à toi. » Et quand votre domestique s'est bien acquitté de ses fonctions, lui en êtes- vous spécialement reconnaissant comme d'un service exceptionnel ? Je ne crois pas. Eh bien, il en est ainsi dans vos rapports avec Dieu : quand vous aurez accompli toutes vos obligations vous pourrez dire encore : Nous ne sommes que les servi teurs de Dieu ; et nous n'avons fait que notre devoir. »
« Enfin, écoulez bien ceci : quand vous vous mettrez à plusieurs pour demander ensemble une grâce à mon Père des Cieux, il vous l'accordera, vous pouvez m'en croire : je vous en donne ma parole. Car lorsque deux ou trois personnes se réunissent en mon nom, moi je me trouve au milieu d'elles.
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VI- BEELZEBOUL LE " DIEU DU FUMIER " (7)
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On vient un jour présenter à Jésus un cas de possession diabolique ; de plus le malheureux est à la fois aveugle et muet. C'est un monstre qu'un tel homme. On sent qu'il est habité par un esprit méchant : il fait peur.
Jésus n'hésite pas un instant. Il chasse le démon qui habite cet homme et aussitôt délivré le malheureux commence à voir clair et à parler. Stupéfaction dans la foule. « Jamais on e vu chose pareille au pays d'Israël Pas de doute... Jésus est sûrement le Fils de David, le Messie attendu.» C'est du délire, de l'enthousiasme.
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-Oui, mais e par des pharisiens est alerté depuis la Fête des Tentes. Ils ont envoyé quelques-uns de leurs scribes, de leurs docteurs réputés. Il s'agit de contrebalancer l'influence de Jésus. C'est une question de popularité. Et ils vont prendre ouvertement la contradiction. Ils ne songent pas un instant au bonheur de ce malheureux possédé maintenant libéré de sa bestialité. Non, leur coeur se durcit encore devant cet acte de bonté.
« Calmez-vous, calmez-vous, disent-ils aux gens, il faudrait voir un peu !... Nous, nous savons comment il s'y prend pour chasser les démons. Ce n'est pas de lui-même qu'il peut les chasser, mais il est sous l'emprise de Beelzéboul, le chef des diables... Oui, c'est par Beelzéboul le Roi des démons qu'il chasse les autres démons... » Beelzéboul (c'est ainsi qu'on appelle ironiquement l'idole païenne Baal), veut dire : « Dieu du fumier. » C'est lancer à la figure de Jésus la plus grossière injure. Et devant ce raisonnement les braves gens restent interloqués. Evidemment si Jésus est lui-même un suppôt de Satan, il faut s'attendre à tout de sa part ; et c'est alors le pire des enjôleurs, le plus exécrable des charlatans. Jésus a entendu les réflexions des pharisiens et il connaît leur mauvaise foi. Il va riposter ferme :
« Expliquez-moi donc comment Satan peut chasser Satan. Quand dans un Etat c'est la guerre civile, tout est perdu, on court au désastre. Une ville où les partis sont aux prises voit bientôt ses maisons s'écrouler les unes sur les autres dans le feu du combat. Et une famille où l'on ne s'entend pas est bientôt démembreé. Si Satan se chasse lui-même, c'est que la division règne chez lui. Je ne vois pas comment son royaume peut tenir encore. Aucun doute, il a perdu la partie. Et vous prétendez que c'est par Beelzéboul que je chasse les démons. Quelle sottise !... Mais alors, je vous le demande, quand les vôtres chassent les démons, au nom de qui les chassent-ils, eux ? (car les prêtres faisaient parfois des prières et offraient des sacrifices pour la délivrance des possédés et il arrivait qu'une amélioration se produisait dans le sort de ces malheureux). Voilà vos propres juges... Mais c'est peut-être bien par le Doigt de, Dieu et par la Puissance de l'Esprit de Dieu que je chasse les démons. Alors, tirez la conclusion : c'est le signe que le Royaume de Dieu commence à s'installer dans ce pays. »
Il n'y a que deux puissances au Monde : le Règne de Dieu et la Tyrannie de Satan, la Cité du Bien et la Cité du Mal. Si Satan se laisse arracher ses conquêtes, ce n'est que par la force de Dieu : il connaît donc ses premiers échecs : « En effet, quand un homme fort et bien armé garde l'entrée de sa maison, tout son avoir est en sécurité ; mais d'un autre plus fort que lui survienne, le terrasse et le désarme, il pourra entrer, tout piller et tout emporter. (On peut faire la comparaison : Jésus est plus fort que Satan.) C'est pourquoi je le dis : celui qui n'est pas avec moi est contre moi et celui qui ne travaille pas avec moi perd tout le fruit de son travail.
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De plus, je vous déclare ceci tous les péchés et même tous les blasphèmes, y compris ceux proférés contre le Fils de l'Homme, pourront être pardonnés ; mais dire du mal de l'Esprit Saint, blasphémer contre l'Esprit de Dieu : jamais cela ne pourra être pardonné, ni dans ce monde ni dans l'autre, car celui qui s'en rend coupable se ferme à Dieu pour toujours.
Jésus parle ici pour ceux qui disent : « li agit sous l'empire du démon I... » Ceux-là, en effet, ils appellent Mal ce qui est Bien : c'est une attitude absolument contraire à celle qu'il faut avoir pour obtenir le pardon de ses fautes. Dieu est un Père, Dieu est bon ; l'Esprit de Dieu est un esprit de bonté et de miséricorde. Dire le contraire comme c'est ici le cas car Jésus vient de faire yn miracle de bonté et les pharisiens disent qu'il s'agit sous l'esprit du mal c'est se mettre dans un tel état d'esprit, c'est se fermer le coeur de telle manière que jamais on ne retrouvera l'attitude d'humilité nécessaire pour que Dieu pardonne. Les pharisiens ne croient pas qu'ils sont des hommes faibles et pécheurs. Comment pourraient-ils être pardonnés ? D'ailleurs, jamais le démon ne désarme, au contraire. Ceux qui se croient parfaits, à supposer même qu'ils le soient, sont poursuivis de plus belle. Il reste toujours dans leur coeur une certaine complaisance pour le Mal qui arrive parfois à s'installer chez eux plus fermement que jamais. « Lorsqu'un mauvais esprit sort d'un homme, il erre dans les déserts ; il voudrait se reposer mais c'est plus fort que lui. Il se dit : « Je vais revenir habiter mon ancienne demeure : il revient et retrouve son possédé comme une maison maintenant libre, purifiée de ses souillures et embellie. Alors il court chercher sept autres mauvais esprits encore plus terribles que lui ; ils forcent l'entrée et reprennent possession du malheureux dont l'état devient pire qu'auparavant. Voilà le sort qui attend ceux de votre espèce dans ce monde coupable où nous vivons... »
L'adversaire du genre humain ne désarme jamais.
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Dans la foule, au milieu du silence général, une brave femme se met à exprimer naïvement son admiration pour Jésus : « Ah ! quel bonheur pour celle qui vous a porté dans son sein, et vous a nourri de son lait ! Vous seriez mieux de dire : « Quel bonheur pour ceux qui écoutent la parole de Dieu et en font la règle de leur vie. »
Si Marie a eu la gloire d'être la mère de Jésus, c'est qu'elle cherchait à faire en perfection la volonté de Dieu.
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Références
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(I) Luc, IX, 57-62; XIV, 25-33. Mathieu, VIII, 19-22; X, 34-37. Luc, XII, 51-53
(2) Luc, X. 1-12; 17-34. Mathieu, XI, 25-27; XIII, 16-17
(3)- Voir no 169-170.
(4) - Mathieu, XI, 28-30.
(5)- Luc, X, 25-37 Marc, XII, 28-34; XIII, 34-35. Jean, XV, I-17. Mathieu, XXII, 34-40
(6) Luc, XI, 1-13; XVII, 7-10; XVIII, I-8; 9-14. Marc, XI, 25-26. Mathieu, VI, 7-15; VII, 7-11. XVIII, 19-20.
(7) Luc, XI, 14-28; XII, 10. Marc, III, 22-30 Mathieu, IX, 32-34; XII, 22-32: 43-45 |
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VII-UNE NOUVELLE RACE DE VIPERES (8 )
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Jésus veut s'expliquer une bonne fois avec les pharisiens. Eux-mêmes aussi désirent un entretien pour bien fixer leur position. Justement c'est un pharisien qui fait les avances. Il invite Jésus à dîner.
Premier scandale : Jésus oublie de se laver les mains avant le repas. Or cette première formalité est très importante pour un pharisien. Ils ne cachent pas leur étonnement devant cette manière cavalière de traiter avec la Loi. Mais Jésus en profite pour leur dire : « C'est bien cela ! Vous en êtes arrivés à mettre toute votre religion dans le lavage des verres et des plats. Peu vous importe de savoir si les aliments qu'on y met ont été volés ou si la boisson doit vous mettre en état d'ébriété ; et pourtant c'est l'essentiel. Vous ne regardez que l'extérieur. Eh bien, de même c'est l'inté rieur de vous-même qui importe d'abord. c'est votre cœur avec tous ses mauvais désirs qui est le principal. Insensés ! ... Est-ce que Dieu qui a fait les choses qui se voient n'a pas fait aussi l'intime du cœur ?...
Dieu s'intéresse plus aux dispositions de l'âme qu'à la propreté de la vaisselle !
« Mais non : il vous suffit de donner l'aumône pour croire qu'aussitôt tout se trouve purifié et tout soit permis. Malheur à vous, pharisiens ! vous avez beau payer en plus du reste la dîme sur la menthe, l'aneth et le cumin (plantes qui servaient aux assaisonnements et n'étaient pas soumises à l'impôt du Temple), cela ne suffit pas. Vous laissez tomber l'essentiel : ce qui importe c'est d'être juste, bon, charitable, loyal. Les plus importants des commandements de la Loi : l'amour de Dieu et l'amour du prochain, vous n'en avez aucun souci. Tenez, vous filtrez des mouches (vous vous occupez de niaiseries, de pratiques mesquines) et vous avalez des chameaux (vous laissez de côté les grands devoirs).
« Malheur à vous, pharisiens ! Vous êtes comme ces tombeaux qu'on ne voit pas : on marche dessus sans le savoir ; ou plutôt vous ressemblez à ces sépulcres blanchis (il faut voir dans les campagnes, les monuments funéraires peints en blanc et placés en évidence dans les jardins ou en bordure des routes) : à les voir extérieurement, ils éblouissent de blancheur, mais si on les ouvrait on n'y trouverait qu'ossements et pourriture. C'est bien votre image : à vous voir, le peuple vous prend pour des saints ; mais au fond vous n'êtes que des hypocrites et des pécheurs.
« Malheur à vous, pharisiens ! vous pouvez élever des monuments à la mémoire des prophètes et vanter les mérites des saints qui ont été martyrisés ; oui vous pouvez dire : « Ah ! si nous avions vécu en ce temps-là, ce n'est pas nous qui aurions « versé leur sang comme l'ont fait malheureusement nos ancêtres. » Il n'en reste pas moins vrai qu'en disant cela, vous affirmez que vous êtes bien les enfants de cette race qui a tué les prophètes. Et la preuve, vous vous préparez à mettre le comble à tous les crimes de vos pères (en effet, ils veulent le tuer, Lui, Jésus, qui dépasse tous les prophètes). Dieu qui sait toût avait bien su vous le faire prédire : « Je leur enverrai des prophètes et des apôtres, mais ils en tueront, ils en crucifieront, ils en persécuteront ; tant et si bien que cette race devra rendre compte « un jour de tout le sang répandu depuis le premier meurtre du monde, celui « d' Abel, jusqu' au meurtre de Zacharie qui a été tué entre le Sanctuaire et Autel.» Et moi je vous l'assure, tout cela retombera sur cette génération. »
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Les scribes se rebiffent
« Pardon ! mais c'est nous que vous visez... Vous nous faites un affront en parlant de la sorte.
A vous aussi, Maîtres en religion, je crie « Malheur à vous ! »
« Vous ficelez sur les épaules des autres des fardeaux impossibles à porter et vous n'y toucheriez pas du doigt pour les soulager. (Comme ces chefs de caravanes qui attachent au dos de leurs ânes ou de leurs porteurs d'énormes ballots de marchandises et marchent fièrement en tête sans aucun bagage.)
a Vous gardez pour vous la clef de la science de la Loi et par là vous fermez aux autres l'entrée du Royaume des Cieux. Vous-mêmes, d'ailleurs, vous n'avez pas su entrer, mais le pire : ceux qui voulaient y entrer, vous les avez empêchés. »
Avec ces multiples règlements ils ont complètement déformé la religion. Désormais ils sont eux-mêmes incapables de comprendre l'esprit de la Loi de Moïse et ceux qui voudraient vivre dans cet esprit en sont empêchés par tout leur formalisme bigot. Bref, l'apparence d'exactitude au service de Dieu a remplacé l'amour. On a fait pousser autour de la Loi toute une végétation parasite qui en a pris la sève, l'a desséchée, étouffée.
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La foule qui écoute s'est rapprochée : on s'écrase pour écouter Jésus ; les gens sont tout heureux d'entendre combattre les pharisiens et les scribes. Voilà au moins quelqu'un qui n'a pas peur et qui prend la défense du peuple. Alors Jésus élève la voix pour être bien entendu de tous :
« Les scribes et les pharisiens sont les successeurs de Moïse dans l'enseignement de la Loi religieuse. Ecoutez-les ; suivez leurs conseils et leurs prescriptions, mais n'imitez pas leur conduite, car ils ne mettent pas en pratique ce qu'ils prêchent aux autres. Tout ce qu'ils font, c'est pour qu'on les regarde. Par exemple, voyez- les avec leurs phylactères volumineux.
(Pour montrer leur amour à la loi religieuse, ils avaient pris l'habitude de se faire des ornements avec des plaques de métal et de cuir où étaient gravés des textes, des prières et des sentences : ils en portaient sur leur turban, dans les cheveux, autour des poignets et des doigts.) « Regardez-les marcher dans les rues, drapés dans leurs longues robes aux franges démesurées.» (Chaque Israélite devait porter depuis son enfance, aux quatre coins de son manteau une houppe de laine bleue et blanche en signe de son appartenance au peuple du Vrai Dieu.) « Ils aiment qu'on les salue très bas ; il leur faut les places d'honneur dans les synagogues et dans les banquets et ils sont flattés quand on les appelle : « Maître. » Ils font semblant de prier longuement ; mais ils arrivent à ruiner la fortune des pauvres veuves sous prétexte de longues prières pour elles. « Mais malheur à eux ! ils se préparent un jugement terrible.
« Pour vous » Jésus se tourne spécialement vers ses apôtres « ne vous faites pas appeler « Maître » ou « Docteur » ; car vous n'avez qu'un Maître, qu'un Docteur : le Christ. De même ne vous donnez pas entre vous le nom de « Père », car vous n'avez qu'un père : Celui qui est dans les Cieux. »
Il ne faut pas que les apôtres cherchent leur propre succès en prêchant l'Evangile : tout doit retourner à Dieu. Les pharisiens, eux, quand ils font du zèle, ne recherchent qu'une chose : leur succès personnel et le recrûtement de leur secte, de leur parti. Peur leur importe la gloire de Dieu.
Malheur à vous ! scribes et pharisiens ! vous n'hésitez pas à courir terre et mer pour amener un seul païen à croire à la religion ; mais quand vous le convertissez, c'est pour le faire entrer dans votre secte et en faire un fils de l'Enfer, souvent pire que vous. » (Car il est dans la première ardeur de sa conversion.)
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Encore un autre exemple : les pharisiens cherchent le moyen de tourner la Loi religieuse. Ils y arrivent si bien qu'ils deviennent comme les païens : ils attachent comme eux de l'importance à la matière des objets du culte plutôt que de porter leur adoration à Dieu.
« Malheur à vous ! Vous êtes pour les autres des guides aveugles avec toutes vos manies de distinguer ; vous dites par exemple : lorsque quelqu'un jure par le Sanctuaire du Temple, il n'est pas tenu de tenir son serment ; mais s'il jure par l'or qui recouvre le sanctuaire ou par l'offrande qui est déposée sur l'autel, alors il est lié par son serment. (Cela sous prétexte qu'on pouvait toucher un peu d'or ou disposer soi-même d'une victime tandis que le sanctuaire et l'autel étaient insaisissables, puisque personnes ne pouvait en approcher.)
Comment ! aveugles insensés ; mais dites-moi quel est le plus important : l'or du sanctuaire ou le sanctuaire qui fait que sa dorure est consacrée ?... L'offrande de l'autel ou l'autel qui fait que l'odrande devient sanctifiée ? Allons donc ! Celui qui fait un serment par l'autel jure par l'autel et à plus forte raison par ce qui est dessus ; et celui qui jure par le sanctuaire jure par le sanctuaire et aussi par Dieu qui l'habite. Et quelqu'un qui jure par le Ciel jure aussi par le Trône de Dieu et par Celui qui y est assis. »
Tout serment prend Dieu à témoin.
0 serpents que vous êtes ! Race de vipères ! (Un aspic rampe et tue par derrière.) Comment pourrez-vous jamais échapper à la condamnation de l'Enfer?»
On comprend la fureur des scribes et des pharisiens : ils sortent tout pantelants d'un pareil champ de bataille. Il leur est bien difficile de riposter et leur popularité se trouve sérieusement compromise. Les gens du peuple sont tou jours contents quand on rabaisse à leurs yeux ceux qui ont la prétention de leur faire la morale. Les ennemis de Jésus n'ont plus qu'une préoccupation : trouver les questions les plus difficiles pour tâcher de le faire se contredire et le réduire à leur merci.
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VIII- UN HOMME AVERTI EN VAUT DEUX ( 9 )
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Les apôtres sont effrayés de l'audace de Jésus. Car les pharisiens sont forts et influents. Personne dans la nation, même un membre du gouvernement d'Hérode ou des grands-prêtres, n'oserait leur dire ainsi leurs vérités. Jésus les rassure. Mais il veut aussi dissiper leurs dernières illusions.
« Rappelez-vous bien que le disciple n'est pas au-dessus de son Maître, ni l'inférieur au-dessus de son chef. C'est déjà beau lorsque le disciple arrive à être aussi savant que son maître et l'inférieur aussi considéré que son chef. Or, comment a-t-on traité votre chef ?... on l'a appelé Beelzéboul, « dieu du fumier » ; Alors vous, comment vous traitera-t-on ? Et pourtant il faut que tout ce qui est encore secret soit dévoilé en public, il faut que tout ce qui est encore clandestin soit proclamé au grand jour. Je vous parle encore au creux de l'oreille, dans l'intimité ; mais ce que je vous dis à huis clos, vous devrez un jour le prêcher sur les toits.
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« Vous n'avez à craindre personne : vos ennemis peuvent tout ait plus tuer votre corps ; mais ils ne peuvent atteindre votre âme. Vous n'avez qu'un adversaire : Satan. Ah ! redoutez-le, car il peut non seulement tuer votre corps, mais encore vous envoyer corps et âme en enfer. » En somme, une seule chose est à craindre au monde : céder au démon, commettre le mal. Cependant s'ils ont sujet de craindre, pourquoi trembler ? Ils doivent avoir en Dieu leur Père une confiance illimitée. N'ayez pas peur ! Voyez : les moineaux, ça n'a aucune valeur ; on les vend deux pour un sou ou cinq pour deux sous. Et pourtant Dieu s'occupe d'eux, aucun ne tombe à terre sans sa permission (on en voit souvent, épuisés par la sécheresse, qui se laissent choir pour mourir). Tous les cheveux de votre tête sont comptés : Dieu en connaît le nombre. N'ayez donc pas peur ; vous êtes plus précieux à ses yeux que tous les oiseaux du monde.
« Il vous arrivera d'être livrés aux tribunaux civils ou d'avoir à comparaître devant les autorités religieuses de ce peuple mais ne vous inquiétez pas en cours de route de savoir comment vous vous défendrez. (Jusque là, c'est Jésus seul qui parle aux pharisiens et aux grands-prêtres... Ils pourraient craindre de perdre contenance et de s'embrouiller devant des juges retors et consommés dans les formes de procédure.) L'Esprit de votre Père des Cieux vous soufflera ce que vous devrez dire-; Il inspirera vos réponses ; c'est lui qui parlera Par votre bouche. « Car à ce moment-là, celui qui m'aura reconnu pour son Maître, moi le Fils de r Homme, je le reconnaîtrai pour mon disciple devant mon Père du Ciel ; mais celui qui m'aura renié devant les hommes, à mon tour je le renierai devant mon Père à la face de tous les anges du ciel. »
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IX LE SUPREME DÉPOUILLEMENT DE L'ÉLU (10)
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-Jésus, toujours suivi comme un chef d'école et un grand guérisseur, poursuit sa route. (Les scribes parcouraient aussi le pays et grâce à leur connaissance de la Loi, pouvaient régler les cas difficiles ; ils étaient de véritables juges qui rendaient la justice.)
Voici une personne qui vient soumettre à Jésus un cas courant : c'est une a ffaire d'héritage à partager à l'amiable, pour éviter les frais de succession. « Maître, ne pourriez-vous pas persuader mon frère qu'il vaut mieux partager l'héritage à l'amiable ? »
Sans doute le frère aîné a pris plus que sa part sous prétexte d'avoir à sa charge ses vieux parents.
Mais Jésus lui répond : « Mon ami, ce n'est pas mon a ffaire. Et qui m'aurait donné autorité pour juger ou arbitrer ?... » Personne évidemment.
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Cependant puisque la question est posée. Jésus en profite : Il est justement venu sur terre pour apprendre au monde le détachement. « Prenez garde de ne pas vous attacher à l'argent : l'argent n'est pas le tout de la vie, et la richesse n'est pas une assurance contre la mort. Ecoutez plutôt cette histoire.
« Il y avait un homme riche qui: se voyait devant une récolte exceptionnelle. Il se dit : « Comment faire ? Je ne sais plus où rentrer mes récoltes. » Enfin il trouve la solution : « Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers pour « en bâtir de plus grands ainsi je pourrai tout mettre à l' abri : mes récoltes et « mon mobilier. Après cela je me dirai : « Maintenant, tu peux être tranquille « pour l' avenir ; te voilà à la tête d'une belle fortune ; tu n'as plus qu'a te reposer « et à vivre confortablement : fais bonne chère, amuse-toi bien. » Mais voici que dans la nuit Dieu lui fait entendre cet avertissement : « Insensé, va ; cette nuit « même tu vas mourir et toute ta fortune, à qui ira-t-elle ?... » (Suprême avertissement que Dieu fait entendre à une âme sur le point de se perdre. Saura-t- elle l'écouter ?...) C'est l'image de tous ceux qui veulent amasser toujours plus d'argent sans se soucier de la seule richesse qui compte aux yeux de Dieu. »
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Alors Jésus s'adresse plus s pécialement à ses apôtres.
Ils sont au service de Dieu ; ils devront s'abandonner à Lui pour leurs besoins les plus nécessaires. S'ils ont trop de souci de gagner leur vie, ils ne sont pas de son esprit. Ils ne doivent pas compter sur eux-mêmes, car ce souci du nécessaire pour vivre les empêcherait de s'occuper de la prédication du Règne de Dieu : ils ne seraient plus désintéressés.
« Croyez-moi, n'ayez pas un souci excessif de votre nourriture et de votre habillement. Ce qui importe c'est que vous ayez l'essentiel pour vivre et que votre corps ait l'indispensable pour se couvrir. Regardez les oiseaux du ciel : sèment-ils ? moissonnent-ils ? entassent-ils des provisions dans leurs caves ou leurs greniers ? Mais non ; et cependant votre Père des Cieux les nourrit. Et vous, ne valez-vous pas davantage que des oiseaux ? Si, n'est-ce pas.
« Remarquez encore : Y en a-t-il un parmi vous qui pourrait, à force de le désirer, prolonger le temps de sa vie de quelques jours ? C'est pourtant peu de chose ; mais si vous ne le pouvez pas, pourquoi vous préoccuper de tous les petits détails de la vie ? Voyez plutôt les lis des champs : ils poussent sans se donner la peine de travailler ou de tisser ; et pourtant, je vous l'assure, Salomon lui-même dans son manteau royal n'était pas aussi richement habillé que le dernier d'entre eux. Mais alors, si Dieu prend soin d'habiller ainsi une pauvre fleur qu'on voit aujourd'hui épanouie dans la campagne et que demain on va faucher pour être plus tard jetée au four avec le foin séché, combien plus doit-il s'occuper de vous ! Mais comme vous avez peu confiance, coeurs sans abandon !
« Donc pas de tracas, ni d'inquiétude ; ne vous mettez pas en peine en disant : «Qu'allons-nous manger ?... qu'allons-nous boire ?... Avec quoi nous habillerons- nous ?... » Vous savez que votre Père connaît vos besoins. Laissez aux païens tous ces soucis : eux ils s en préoccupent fort ; mais vous, ayez par dessus tout la hantise du Royaume de Dieu à faire avancer ; et tout le reste vous arrivera sans l'avoir cherché. Je vous dirai même : ne vous souciez pas de l'avenir ; demain aura aussi ses soucis ; mais vivez au jour le jour : à chaque jour suffit sa peine.
« Vous n'avez pas à vous inquiéter : vous êtes un petit troupeau bien pauvre, pensez-vous ; mais non, vous êtes riches, puisque c'est à vous que le Père des Cieux a voulu confier son Royaume. Alors n'hésitez plus : vendez tous vos biens et distribuez-les en aumônes. Ayez des bourses, oui, mais de celles qui ne craignent pas l'usure du temps amassez-vous des trésors, d'accord : mais pas de ceux qui craignent la rouille, la vermine ou les voleurs. Je parle d'un trésor indestructible, d'un trésor placé dans le Ciel. Car rappelez-vous bien le proverbe : « Là où est ton trésor, c'est là aussi qu'est ton coeur !... »
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Pierre, toujours de premier jet et vif dans ses élans, tire tout de suite la conclusion pour son cas personnel et celui des apôtres.« Mais c'est bien notre cas : nous avons tout laissé pour vous suivre. Alors, qu'allons-nous avoir en échange ? Attendez seulement le temps de la vie nouvelle : quand le Fils de l'Homme aura retrouvé sa qualité royale. Il sera comme un prince assis sur son trône et vous, les douze qui m'avez suivi, vous serez comme douze ministres assis autour de Lui, comme les douze gouverneurs des douze provinces du peuple d'Israél.
(C'était une manière de leur faire entrevoir la récompense attachée à leur générosité.) Et il en sera de même pour tous ceux qui auront laissé maisons et champs. frères et soeurs, père et mère, femme et enfants pour me suivre, pour prêcher l'Evangile et annoncer le Royaume des Cieux. Dès cette vie ils trouveront cent fois plus de bonheur que tout cela ne leur aurait procuré ; et même au milieu des persécutions ils seront heureux. (Et cela s'est toujours vérifié.) Quant au monde futur, ils auront gagné la vie qui ne finit pas : ce sera leur héritage. Eh oui, c'est ainsi ; il en est beaucoup qui, ici-bas, occupent les premières places et qui dans le monde futur seront les derniers ; par contre, beaucoup parmi ceux qui sont ici-bas au dernier rang (par leur situation sociale, leur fortune...) seront là-haut les premiers. »
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Voici justement un cas qui va illustrer magnifiquement cette instruction sur la richesse.
Un jeune homme accourt vers Jésus et se jette à genoux devant lui. C'est quelqu'un de la haute société : on peut le voir à son habillement. « Bon Maître, s'écrie-t-il, je veux mériter la vie qui ne finit pas... Que faut-il faire ? » Jésus se montre un peu surpris de cette appellation : « Bon Maître », on n'a pas l'habitude de le flatter ainsi. « Pourquoi m'appelles-vu « Bon ». Tu sais bien qu'aucune créature ne mérite ce titre : Dieu seul est bon. » Mais ce jeune homme paraît sincère : c'est sans doute l'enthousiasme d'une nature sensible qui le fait parler ainsi.
« Pour arriver à la vie éternelle, continue Jésus, tu n'as qu'a conformer ta vie aux commandements. Et tu les connais bien les commandements : ne pas tuer, ne pas voler, ne pas commettre l'adultère, ne pas servir de faux témoin, ne faire de tort à personne, respecter ses parents et aimer son prochain comme soi-même. » Le jeune homme, dans son ardeur candide, s'écrie : « Maître, tous ces commandements, je les ai observés depuis mon enfance ; que me manque-t-il donc »
Et il est sincère. Dans son regard on peut voir une âme droite et loyale, et une bonne volonté évidente. Si bien que Jésus arrête sur lui son regard. Il a devant lui une belle âme qui peut monter plus haut. Oui, Jésus l'aime en ce moment ce jeune homme ; il l'aime d'un amour de prédilection. Voilà quelqu'un qui peut devenir un de ses intimes. Il va donc lui proposer un degré de perfection plus élevé : celui qu'il impose à tous ceux qui consentent à marcher à sa suite et à devenir ses apôtres : « Il ne te manque qu'une chose pour être parfait : va donc ; vends tout ce que tu as et distribue aux pauvres le produit de ta vente ; en place tu auras un trésor placé dans le Ciel ; puis viens, suis-moi.
Le pauvre jeune homme ne s'attendait pas à cela : il est atterré. C'est qu'il est fort riche et déjà gros propriétaire. Il s'en va tout triste. Il ne se sent pas le courage de briser avec tout ce confort qui, au fond, l'a aidé jusqu'ici à maintenir une vie correcte. Ayant toutes ses aises, doué d'ime nature droite et bonne, pourvu d'une éducation distinguée, il n'a jamais connu les difficultés des classes laborieuses pour se maintenir dans l'honnêteté. Il n'a jamais eu autour de lui l'exemple de la débauche, du vol, du mensonge, mais élevé en serre chaude il a grandi dans le respect de la Loi de Dieu. Il n'a pas assez de volonté pour rompre avec son milieu d'aisance bourgeoise ; la nouvelle vie proposée lui paraît impossible, bonne au plus pour les gens du peuple comme les apôtres, habitués à manquer du nécessaire et à coucher sur la dure... Il retourne chez lui.
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X- LA SUPRÊME ASTUCE DE L'HOMME DU MONDE (II)
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Jésus, mélancolique et songeur, regarde partir, triste et la tête basse, le jeune homme riche et il tire la conclusion à ses apôtres :
« Voyez-vous comme c'est difficile pour un riche d'entrer dans le royaume des Cieux. »
Mais ils ne paraissent pas comprendre : à cette époque la religion juive avait partie liée avec la haute classe dirigeante. Les Pontifes étaient de grands seigneurs et on considérait la richesse comme un signe de la bénédiction divine sur une vie honorable et méritoire. Prospérité et religion allaient de pair, on le croyait du moins, et la classe dirigeante avait tout intérêt à entre tenir cette opinion dans lepeuple : « Je vous le répète, mes fils, il est bien difficile pour les riches d'entrer dans le Royaume des Cieux.., à ce point qu'il serait plus facile à un chameau de passer par le chas d'une aiguille. »
On a déjà du mal à enfiler une aiguille. A n'en pas douter, Jésus veut dire que c'est absolument impossible à un riche d'entrer au Ciel.Les disciples qui se tont cette réflexion comprennent de moins en moins : « Alors, dans ces conditions, qui peut bien être sauvé ? » (puisque les riches eux-mêmes, qu'ils croient les amis chéris de Dieu, n'y peuvent pas entrer). Jésus les regarde bien en face, il pèse ses mots, lourds de sens. « Pour les hommes laissés à eux-mêmes c'est impossible ; mais pas pour Dieu ; car ce qui est impossible aux hommes seuls est possible avec Dieu. »
Il y aura donc tout de même des riches qui seront sauvés parce qu'avec l'aide de Dieu ils ne se seront pas attachés à leurs richesses : ils les auront utilisées pour le bien général et, tout en menant un certain rang suivant leur condition sociale, ils ne se seront pas montrés égoïstes, avares, mais auront profité au contraire de leur influence et de leur position pour aider leurs frères et favoriser l'arrivée du Règne de Dieu.
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Tant mieux pour les riches qui ont compris cela, car leur fortune est pour eux un sérieux handicap dans la poursuite du Royaume de Dieu. Ah ! si tous pouvaient le comprendre. Si tous étaient assez malins pour savoir tirer parti de leurs richesses. Puisqu'ils ont été si adroits pour gagner de l'argent, que ne sont-ils aussi habiles pciur gagner après coup le Royaume des Cieux ?... :Et Jésus à ce propos raconte une histoire de véritable fripon.
« Il y avait un jour un riche propriétaire qui avait confié l'administration de ses terres à un gérant. (Les grands propriétaires terriens vivaient alors à la ville et s'en remettaient à des sortes d'Intendants du soin de louer leurs terres à des fermiers, d'organiser la culture, de vendre les récoltes et de percevoir les redevances en nature ou en argent.) Mais il arriva qu'une plainte fut déposée près du propriétaire contre ce gérant : on l'accusait de détournements d'argent. (Sans doute il vivait largement aux dépens de son maître, se faisant donner de grosses commissions, quitte àexiger davantage de ses fermiers.) Alors son patron le fit venir et lui dit : «Qu'est-ce que j'entends dire de toi ?... Mets tes comptes à jour ; car je suis obligé de te donner ton congé : tu ne peux plus continuer ta gérance. » Alors lui réfléchit sur sa situation : « Qu'est-ce que je vais devenir mainte nant que mon patron m'enlève l'administration de ses fermes ? Je ne puis tout de même pas me mettre à travailler la terre... et j'aurais honte de mendier. »
(Car un gérant, c'est un personnage : il traite en maître avec les fermiers. On le craint, on le respecte. Adieu la vie facile, le confort, les bons repas !... Et il n'a jamais manié la pioche ni conduit la charrue...)
Soudain, il se ravise : il a trouvé la solution. « Ah ! je sais bien ce que je vais faire : je vais m'arranger pour me faire inviter et vivre aux dépens des autres.» Il n'en est plus à une illégalité près. Il s'est déjà endurci la conscience en faussant les chiffres. Avant que sa disgrâce ne soit connue, il se presse d'agir. Il convoque tous les fermiers du propriétaire. Ceux-ci redoutent quelque augmentation du taux des redevances. Mais non, au contraire. Il dit au premier : « Voyons, d'après ton contrat, à combien s'élève ta redevance ? A 100 cruches d'huile (environ 3 ou 4.000 litres : ce fermier cultive sans doute une grande oliveraie). Très bien, prends ta feuille de contrat, assieds-toi et écris vite : 50 seulement. Au second maintenant : Et toi, quel est ton contrat ? J'ai un contrat de 100 quintaux de froment. Très bien, prends ta feuille et écris à la place 80 seulement... Et ainsi de suite.
Les voilà maintenant liés ensemble par des faux : ils ne pourront plus parler. Mais désormais ils vivront comme des compères qui ont bien su cacher leur jeu. Les contrats sur parchemin sont faits en règle. Ils rient du bon tour joué au gros propriétaire. Quand donc le gérant sera officiellement renvoyé après avoir présenté des comptes faussés, il ira chez les fermiers ses amis, un jour chez l'un, un jour chez l'autre : on le recevra bien en souvenir du service rendu et on fera des gorges chaudes sur le patron aussi habilement volé.
Le propriétaire, lui, n'est pas dupe ; mais légalement il ne peut pas poursuivre son gérant : tous les contrats sont en règle. Il prend le parti d'en rire : il ne peut s'empêcher de reconnaître que cet administrateur était d'une habileté consommée. En somme voilà un garçon débrouillard : ce qui ne veut pas dire que ce ne soit pas en même temps un filou, une canaille et qu'il mériterait la prison. Heureusement qu'il l'a renvoyé à temps ; sans quoi il courait droit à la faillite. •
Et Jésus de conclure : « En effet. il faut bien le dire, les hommes du monde ont entre eux plus le sens de leurs affaires que ceux qui sont épris d'idéal. Mais croyez-moi, vous les riches qui avez peut-être de l'argent mal acquis, soyez aussi habiles. Servez-vous en pour vous faire des amis qui, le jour où vous laisserez tout sur terre, pourront vous recevoir dans le Ciel. » (Et ceux qui pourront un jour les recevoir là-haut, ce sont, à n'en pas douter, les pauvres, les malheu reux, les opprimés qui auront mérité de devenir les amis de Dieu.)
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Jésus se tourne alors vers ses disciples... Cet exemple du gérant malhonnête mais rusé n'est pas pour eux, puisqu'ils ne devront rien posséder; cependantils peuvent en tirer une leçon : à cause de sa mauvaise conduite, cet homme a bel et bien perdu sa place, et une belle situation. Jésus donnera plus tard à ses apôtres de grandes responsabilités : il leur confiera la gérance des âmes... Mais il faut qu'ils s'en montrent dignes dès maintenant en se montrant fidèles dans les plus petits détails de l'existence.
« Quand on est honnête dans les petites choses on l'est aussi dans les grandes ; mais quand on est malhonnête dans tes petites choses on l'est tout autant dans les plus grandes. Si vous n'avez pas été honnête dans les affaires d'argent, et ce n est qu'une apparence de bien, l'argent comment voulez-vous qu'on vous confie un jour le seul bien véritable, que sont les choses de l'âme ? Et si vous n'avez pas été honnête dans les affaires courantes et tout cela, c'est passager comment voulez-vous qu'on vous confie un jour le seul bien durable, celui qui nous reste à jamais attaché, et que sont les intérêts immortels de l'âme ?
Rappelez-vous enfin que personne ne peut servir deux maîtres à la fois : ou bien on déteste l'un et on aime l'autre ; ou bien on s'attache au premier et on n'a que du mépris pour le second. Vous ne pouvez à la fois servir Dieu et l'Argent. »
Servir l'argent c'est désirer le posséder par tous les moyens : même un pauvre peut être riche dans ce sens-là, car il convoite la richesse : il lui a donné son cœur.
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XI-LA REVANCHE DU PAUVRE ( 12 )
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Les pharisiens, particulièrement attachés à l'argent, entendent Jésus parler contre les riches, mais se contentent de ricaner. Ils sont persuadés qu'être riche c'est être chéri de Dieu qui récompense dès cette terre ses fidèles serviteurs par une bonne santé, une longue vie, la réussite dans les affaires. Voici d'après eux la définition du fidèle serviteur de Dieu : il vit heureux, comblé de tout et meurt sans souffrir.
Ils narguent Jésus : bien sûr, il peut parler à son aise de la richesse... est pauvre, il n'a rien. S'il était riche comme eux, il défendrait bien leur position. Mais il n'a rien à perdre, cela se voit. Et, s'il est pauvre, c'est qu'il n'est pas l'ami de Dieu. Mais Jésus leur décoche un trait cinglant : Ah ! ils croient que leurs richesses prouvent aux yeux de tout le monde que Dieu les considère comme des saints !...
« C'est vous qui prétendez passer pour des saints aux yeux des hommes ? Mais Dieu connaît le fond de vos cœurs. Et il vous a en horreur parce que vous êtes des orgueilleux. » Depuis Jésus la vraie valeur est dans le coeur. Les pauvres sont aussi précieux et même parfois davantage aux yeux de Dieu. Ils sont appelés aussi et même de préférence aux riches.
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Là-dessus Jésus invente une histoire, une sorte de conte pour bien faire comprendre sa pensée : les riches qui ne songent qu'à jouir de leur fortune sans penser qu'il existe près d'eux des malheureux et qui n'ont aucun souci des intérêts supérieurs de l'âme, seront punis sévèrement. Il y a autour d'eux assez d'hommes de Dieu pour leur rappeler leurs devoirs : ils n'ont qu'à les écouter. ,( Il y avait une fois un homme fort riche, tout habillé de fine toile de lin et revêtu d'un manteau de pourpre. Il vivait dans le luxe et avait une table renommée. A son portail d'entrée gisait un pauvre appelé Lazare. Ce malheureux était couvert de plaies purulentes et les chiens venaient le flairer et l'importuner en léchant ses ulcères. Il n'avait même pas la force de les chasser. Il ne désirait qu'une chose : contenter sa faim avec les restes qu'on jetait après les repas, mais, hélas, personne en lui ne donnait : on préférait les jeter dans la poubelle ou les donner aux chiens.
« Un beau jour le pauvre mourut. Il fut emporté par le soin des anges dans le Ciel aux côtés d'Abraham (Abraham, le grand ami de Dieu dont les pharisiens se réclamaient toujours comme de leur père dans la Foi). Le riche mourut aussi : on lui fit des funérailles splendides, mais il tomba en enfer.
Du fond de l'abîme de tourments où il était plongé, il leva les yeux et aperçut au loin le Ciel avec Abraham et en sa compagnie le pauvre Lazare. (Le Ciel. dans l'imagination populaire des Juifs, était comme une région toute lumi neuse où jaillissait intarissablement une source rafraîchissante.) Alors il se mit à crier : « O mon père Abraham, aie pitié de moi ; (c'était bien un croyant, lui aussi, puisqu'il revendiquait le titre d'enfant d'Abraham) ; envoie-moi Lazare : qu'il trempe seulement le bout de son doigt dans l'eau pour me rafraîchir la langue, car je souffre horriblement dans ce feu.
Mon fils, lui répondit Abraham, souviens-toi : durant ta vie tu as reçu tous les biens en partage et Lazare n'a eu que des misères ; maintenant c'est normal, lui il est heureux ici et toi tu souffres à ton tour. Et ce changement est irrévocable ; dans ce nouveau monde où nous sommes il y a un 'abîme infranchissable entre vous et nous : il est impossible de satisfaire le désir qu'on pourrait avoir de passer de l'un à l'autre.
Oh ! alors, dit le riche (qui comprend que la justice de Dieu exige cette souffrance et qui est plein de pitié pour ceux qu'il a laissés sur la terre), je t'en prie, mon père : envoie Lazare chez moi ; j'ai là cinq frères et j'ai grand peur pour eux. Il pourra leur prouver dans quelle erreur ils sont et comment ils risquent de venir me rejoindre dans ce lieu de souffrance. Pourquoi faire ?... Ils ont les enseignements de Moïse et de tous les pro phètes ; ils n'ont qu'à les écouter et les suivre. (De nombreuses fois ces hommes de Dieu avaient parlé du devoir de la charité envers les pauvres). Non, père Abraham... Cela ne suffit pas. Il faudrait qu'un mort ressuscite et vienne leur parler. Alors, sûrement ils changeraient de vie. Quelle erreur !... s'ils n'écoutent pas les enseignements de Moïse et des prophètes, ils ne croiront pas davantage un mort ressuscité. »
En effet, jusqu'ici les miracles n'ont pas converti les pharisiens, parce qu'ils se sont fermé le coeur. S'ils en voient de nouveaux ils chercheront des explications nouvelles... et se tranquiliseront encore la conscience. Mais qu'ils sachent bien qu'aux yeux de Dieu, il n'y a ni riche ni pauvre... mais seulement les coeurs de bonne volonté... et les autres.
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XII- LES GALILEENS MANIFESTENT AU TEMPLE ( 13 )
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Jésus continue toujours à parcourir les villes et les villages de Judée... Il revient vers Jérusalem car il a l'intention de prendre part aux fêtes anniversaires de la Consécration du Temple. Pendant ce temps Jérusalem est en révolution ; les esprits sont échauffés. On vient raconter à Jésus l'épisode le plus dramatique. Pilate, le gouverneur romain, vient de faire massacrer tout un groupe de Galiléens dans les cours mêmes du Temple. Ce sont des compatriotes de Jésus. Le peuple en fait des héros, des martyrs : ils ont, au Temple, mêlé leur sang au sang des victimes.
Que s'est-il passé exactement ? Ceci sans doute : les Juifs de Galilée ont fait une manifestation à l'occasion d'une cérémonie au Temple. Ils ont dû crier à bas les Romains !... Vive le Messie !... » peut-être en pensant à Jésus qu'ils savent dans les parages de Jérusalem. De la tour Antonia, caserne romaine élevée au Nord-Ouest de l'esplanade du Temple et dominant les cours de sa masse imposante, on a entendu les cris des manifestants. Pilate n'a pas hésité : craignant un commencement d'insurrection, il a ordonné de tout noyer dans le sang. La vie des Juifs n'a pas grosse valeur à ses yeux. Une compagnie est descendue précipitamment de la Tour Antonia qui donne directement•dans une des cours du Temple (au grand désespoir des Juifs qui voient dans cette porte la plus intolérable atteinte à la liberté du culte ) et a chargé la foule des Galiléens il y a eu des morts et des blessés. Le peuple de Jérusalem, une fois de plus, s'est plié sous la menace de la force brutale et a refoulé sa rage impuissante. Ah ! quand donc le Messie viendra-t-il libérer son peuple ?...
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Jésus profite de cette affaire pour tire rune leçon. Il dit donc à son entourage :
« D'après vous, les victimes étaient-elles plus coupables que les autres galiléens qui ont échappé à la mort ?... Moi je vous dis que non, elles n'étaient pas plus coupables ; mais prenez garde : si vous ne changez pas de vie, le même sort vous attend ; vous serez tous exterminés. La preuve ?... Les dix-huit personnes sur qui tomba la grande Tour de Siloé (une des tours de défense de Jérusalem, située près de la piscine de Siloé : elle s'écroula un jour accidentellement), et qui furent ensevelies sous les décombres étaient-Ales plus coupables que tous les gens qui se trouvaient ce jour-là à Jérusalem ? Bien sûr que non. Mais vous, si vous ne changez pas de vie, je vous le répète, vous périrez tous. » C'était une. prophétie : pour n'avoir pas cru en Jésus, plusieurs millions de Juifs devaient mourir victimes d'une révolte semblable, 40 ans plus tard.
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XIII- LE BON BERGER ( 14 )
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C'est l'hiver, fin novembre, à Jérusalem, pendéint la Fête de la « Dédicace », anniversaire de la Consécration du Temple. Comme la « Fête des Tentes », cette fête dure huit jours ; mais on y compte moins de pèlerins ; il fait plus froid, on risque des averses torrentielles, et les routes sont coupées par des Torrents. Jésus est venu à la Fête. Voilà Jérusalem de, nouveau en émoi ; malgré un certain calme : la sanguinaire répression de Pilate, encore toute récente, a fait sérieusement réfléchir. Cependant tous ceux qui sont alertés sur le cas de Jésus sont là qui l'observent et l'épient.
Ce matin, Jésus va et vient dans la cour intérieure du Temple, sous la galerie de Salomon. Bientôt les juifs l'entourent : « Jusques à quand allez-vous ainsi nous tenir en suspens ? Si vous êtes le Christ, dites-le franchement. »
Jésus ne s'est jamais ouvertement proclamé le Messie, si ce n'est en particulier à ses apôtres, à la femme de Samarie, à l'aveugle-né et à quelques privilégiés. Il sait trop que la masse n'est pas disposée à croire à un Libérateur tout spirituel : on veut un Messie guerrier qui favorise toutes les passions humaines : vengeance, égoïsme, bien-être et domination. Jésus ne dira pas encore aujourd'hui. oui » ouvertement, car il sait à quoi il s'expose et il n'a pas encore dit au inonde tout ce qu'il veut dire. Mais ses miracles parlent assez en sa faveur, et il l'a laissé entrevoir dans ses discours. Les âmes de bonne volonté peuvent le croire. Il répond donc :
« Je vous ai déjà répondu là-dessus ; mais vous ne voulez pas me croire. Et pourtant je vous ai donné des preuves : rappelez-vous toutes les choses extraordinaires que j'aie faites au nom de mon Père. Mais, au fond, si vous ne voulez pas me croire, c'est que vous n'êtes pas de mes brebis. Mes brebis, elles, savent bien reconnaître ma voix et moi aussi je les connais, elles me suivent partout et je leur garantis une vie qui ne finira jamais. Non, elles ne mourront pas pour toujours et personne ne pourra les arracher à mon emprise. Car rien au monde ne peut défier les pouvoirs que m'a donnés mon Père. Pourrait-on jamais arracher quelque chose des mains de mon Père ? Eh bien, sachez-le, le Père et Moi nous ne faisons qu' Un. »
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A ces mots leur sang ne fait qu'un tour. Voilà que Jésus recommence à parler comme à la Fête des Tentes. Mais aujourd'hui, c'est pire que jamais : il se fait l'égal de Dieu. Quel blasphème !... Dans le Temple du Vrai Dieu, de l'Unique Dieu !... Ils se précipitent sur les pavés qui jonchent çà et là la cour du Temple. Ils veulent sur le champ le lapider... Mais Jésus du geste les arrête. « Pardon !... J'ai fait devant vous bien des prodiges qui ont pu vous montrer la grande bonté de mon Père. Pour laquelle de ces oeuvres charitables voulez-vous me lapider, s'il vous plaît ?... Ce n'est pas pour vos bonnes actions que vous méritez d'être lapidé, mais parce que vous venez de proférer un blasphème. Vous n'êtes qu'un homme comme les autres et vous avez l'audace de dire : « Je suis Dieu. » .
Ah ! Pourtant il me semble qu'il y a ce texte écrit dans votre Loi religieuse : « Vous êtes des dieux. » (Parole tirée des cantiques du Roi David.) « Alors I quoi ?... Voici que la Loi elle-même qualifie des hommes du titre de « dieu », simplement parce que Dieu a daigné leur parler ; et ce mot est bel et bien écrit dans votre Loi, je vous mets au défi de me prouver le contraire. Et vous, vous jetez les hauts cris contre moi, moi que le Père a spécialement consacré pour m'envoyer en mission dans ce Monde, et vous hurlez : « Il a blasphémé », sous prétexte que j'ai affirmé : Je suis le fils de Dieu. » Allons, soyez logiques ! »
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Sur les pentes et les sommets dénudés de Judée, on aperçoit des troupeaux de chèvres et de moutons. Cà et là des pacages entourés de petits murs de terre surmontés eux-mêmes de fagots d'épines maintenus par de lourdes pierres. Et, au milieu, une sorte d'abri couvert. Ce sont des bergeries
Le soir on réunit pêle-mêle tous les troupeaux des environs. Les bêtes sont marquées d'un signe distinctif ; mais c'est à peine nécessaire, car elles connaissent très bien leur berger habituel. Quand il se présente le matin à l'entrée de la bergerie, il les siffle d'une manière spéciale et toutes se mettent à le suivre D'ailleurs, il les connaît bien ; il donne un nom à chacune : celle-ci, c'est « rapide », car elle court devant ; cette autre, c'est « câline », car elle se laisse prendre facilement ; celle-là, c'est « folâtre », car elle gambade toujours ; et l'autre là-bas, c'est « capricieuse », à cause de son caractère. Voilà le berger parti devant, soufflant dans son hautbois. Et tout le troupeau bêlant le suit par derrière.
La nuit, chaque berger assure la garde à son tour avec son bâton et ses chiens. Qu'a-t-il à craindre ? Les loups et les voleurs. Mais il est difficile d'escalader le mur de terre et d'épines sans attirer l'attention. Les vrais bergers, eux, entrent toujours par la barrière d'entrée.
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C'est la magnifique comparaison dont Jésus se sert : « Vous le savez, dans un bercail, qui n'entre pas par la porte, mais escalade le mur est à coup sûr un voleur et un brigand. Mais quand quelqu'un se présente à la porte, le gardien sait qu'il s'agit d'un vrai berger et il court lui ouvrir-. Alors les brebis reconnaissent sa voix ; et lui, il les appelle par leur nom et les emmène. Il fait ainsi sortir toutes les brebis de son troupeau et se met à leur tête. Toutes le suivent car elles le connaissent ; mais elles ne suivraient pas un étranger ; elles le fuiraient plutôt car elles ne connaissent pas d'autre voix que celle de leur berger. »
Tous les auditeurs se demandent ce que Jésus veut leur dire. Il veut leur dire qu'il est vraiment le pasteur des âmes, en qui elles peuvent avoir confiance. Les pharisiens et les prêtres du Temple, jusque-là les gardiens, auraient dû le laisser entrer. Mais ils jalousent sa popularité et lui contestent le droit de s'occuper du peuple. Et pourtant comme les brebis reconnaissent bien sa voix!
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-Jésus poursuit : « Je suis le Bon Berger. Le vrai berger est prêt à donner sa vie pour défendre ses brebis, tandis que le journalier d'occasion, qui n'est pas un vrai berger, à qui les brebis ne sont pas confiées en propre, se sauve quand il voit venir le loup et abandonne son troupeau. Il agit de la sorte parce qu'il n'est en somme qu'un gardien d'occasion et que les brebis ne lui tiennent pas à coeur. Alors le loup se jette sur les brebis, mord les unes et les emporte, et bientôt tout le troupeau est dispersé. Mais moi, je suis le vrai berger. Je connais nies brebis et mes brebis me connaissent, tout comme le Père me connaît et que je connais mon Père. Et je donne ma vie pour mes brebis. « filais j'ai encore d'autres brebis : elles ne sont pas de cette bergerie. Celles-là aussi il faut que je les emmène avec moi. Mais elles sauront aussi reconnaître ma voix. Et ainsi il n'y a-plus qu'une seule bergerie et un seul Berger. » Le Messie devait le Monde entier au culte du Vrai Dieu... Ce grand bercail, c'est l'Eglise.
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Cependant Jésus ne doit pas toujours rester sur la terre. Il confiera à d'autres la tâche de le continuer. Quel sera donc le signe de reconnaissance des vrais bergers ? Le voici : ils passeront toujours par Lui ; ils s'autoriseront de Lui.
« Je suis aussi la Porte de la bergerie. Tous ceux qui sont venus jusqu'ici sont des voleurs et des brigands, et les brebis ne les ont pas écoutés. Je suis la Porte : si un berger entre en passant par moi, on peut le suivre avec confiance : il sortira librement avec le troupeau et saura lui trouver de bons pâturages. Mais gare au voleur : il ne vient que pour voler, égorger et tout détruire.
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« Je suis venu, je vous le répète, pour que les brebis aient la vie et l'aient avec surabondance. C'est ma mission. Et si le Père m'aime, c'est que justement je suis prêt à donner ma vie... quitte à la reprendre ensuite. Personne en e f fet ne peut m'arracher à la vie ; c'est moi qui la donne de mon plein gré. J'ai le pouvoir de l'offrir comme celui de la reprendre. C'est l'ordre que j'ai reçu de mon Père. « En tout cas, jugez-moi sur ma conduite, si vous n'êtes pas capables de comprendre le sens de mes paroles. Si les actions que j'ai faites ne portent pas la marque de leur origine divine, alors ne me croyez pas; mais puisqu'il m'est donné pottvoir de les faire, reconnaissez donc tout bonnement que le Père est en Moi . et que Moi je suis dans le Père. »
C'est clair : il s'agit bien de deux personnes différentes : le Père et Lui ; mais il y a entre eux bien plus qu'une communauté d'action et de sentiment, il y a un échange réel de vie commune. Dans leur fureur, ses ennemis veulent s'emparer de lui, mais il leur échappe des mains.
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(8) Luc, XI, 37-54. Mathieu, XXIII, 1-36. Marc, XII, 37-40.
(9) Lue, VI, 40; XII, 2-9, 11-12. Mathieu, X, 19-20, 24-33. Jean, XV, 18-26; XVI, 1-4.
(I0) Luc, XII, 13-24; XVIII, 18-23; 28-30. Marc, X, 17-22; 27-31. Mathieu, VI, 19-21 ; 25-34; XIX, 16-22; 27-30.
(I1) Luc, XVIII, 24-27; XVI, 1-13. Mare, X. 23-27. Mathieu, XIX, 23-26; VI, 24.
(I2 Luc, XVI, 14-15; 19-31.
(I3) Luc, XIII, I-9, 22.
(14) Jean X, 22-36; I-18; 37-42. |
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