Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de 
Mgr Pierre André Fournier  et ami de
ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande

Signez mon livre d'or Un petit mot fait du bien et cela vous permet aussi de lire les commentaires des gens. 


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU
MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE
DIT QUELQUE CHOSE?

Ne laissez pas de message personnel s.v.p. donnez moi votre url et @ pour que je puisse vous répondre

Titre de la série :
Jésus le libérateur Livre -I-
Titre de la page:

I-LE MYSTÉRIEUX MESSAGER DU TEMPLE

Nom de l'auteur:
P.  Pierre-Thivollier f.c


I-LE MYSTÉRIEUX MESSAGER DU TEMPLE


1-
C'est sous le règne d'Hérode, roi de Judée,
en Palestine. A Jérusalem, la Ville Sainte des Juifs. Une foule considérable se presse dans les cours du Temple fameux où l'on vient de tous les pays du monde adorer le vrai Dieu. Toutes les poitrines se gonflent d'espérance à cette heure de la prière solennelle, car la nation est courbée sous l'humiliation de la défaite ; mais le Libérateur est proche. Le Dictateur de Rome, le César Auguste, peut bien faire trembler le monde sous le pas vainqueur de ses armées ; Hérode, le prince étranger, peut bien gouverner le pays sous le contrôle des Romains..., qu'importe !... l'heure de la libération va bientôt sonner. L'Envoyé de Dieu, le Messie Sacré, le Christ va venir chasser l'envahisseur et l'usurpateur, on le croit du moins. Et Jérusalem deviendra la capitale du monde. Bientôt la nation juive, le peuple d'Israël foulera aux pieds les drapeaux et les emblèmes de Rome, et les troupes d'occupation seront chassées : les jours de (( l'Aigle romain » sont comptés.

2
-Sur les esplanades du Temple, la foule se presse pour assister au sacrifice matinal. Dans la cour intérieure on voit fumer le grand Autel des sacrifices. Cet autel se dresse en plein air devant le Sanctuaire, bâtiment sacré où seuls les prêtres ont le droit d'entrer deux fois par jour pour offrir l'encens. Il y a même dans ce sanctuaire une partie plus sacrée : c'est le Saint des Saints », véritable demeure de Dieu, où, une seule fois l'an, le seul Grand Prêtre a droit de pénétrer.

Et voici ce matin quel est l'ordre de la cérémonie : on ranime d'abord la flamme du Grand Autel des sacrifices, et solennellement 1 agneau du jour est immolé et brûlé dans son brasier. Après quoi, un prêtre, désigné chaque jour par le sort, (car il y a plusieurs milliers de prêtres divisés en vingt-quatre classes ; et c'est nécessaire, puisque les grandes semaines de fête attirent facilement cent ou deux cent mille pèlerins) un prêtre entre dans le sanctuaire pour y brûler l'encens sur l'Autel des Parfums.

L'officiant qui a cet honneur est accompagné de deux assistants : le premier porte dans un vase les résines odoriférantes, et l'autre, un plateau avec des braises rouges tirées de l'autel des sacrifices. Un coup de gong annonce au peuple leur entrée. Les « Lévites », caste de chanteurs et de musiciens au service du Temple, font retentir une sonnerie de trompettes. Le peuple se prosterne dans les cours et sur les esplanades et répond à haute voix aux prières publiques. Cependant, dans le sanctuaire, les deux assistants préparent le feu sur l'autel des parfums et remettent l'encens au prêtre ; puis, ils se retirent à reculons tout pénétrés de la présence du Grand Dieu qui habite dans le Saint des Saints, derrière l'épaisse tenture brodée.

C'est peut-être la seule fois de sa vie que ce prêtre a le privilège d'entrer dans le sanctuaire. Il est là très digne, dans sa longue robe blanche serrée à la ceinture par une écharpe aux vives couleurs, les pieds nus et la tête couverte d'une mitre de cérémonie. Il attend, tout ému, que retentisse du dehors le second coup de gong, pour étaler l'encens sur les charbons ardents. Et il va demander que la prière de tout le peuple, représentée par cette colonne de fumée d'agréable odeur, soit regardée avec bienveillance par le Grand Dieu d'Israël.

3
Or, ce jour-là, au Temple de Jérusalem, les prêtres de la classe d'Abia sont de service. C'est un nommé Zacharie qui est désigné par le sort, selon le règlement, pour brêler l'encens. Il entre donc dans le sanctuaire de Dieu à l'heure de l'encensement, pendant que toute la foule prie dans les cours du Temple.

Ce prêtre Zacharie est marié à une certaine Elisabeth, une descendante d' Aaron, le célèbre Grand Prêtre du temps de Moïse. C'est un ménage de saintes gens aux yeux de Dieu. Ils pratiquent leur religion dans les plus petits détails ; et on ne peut rien leur reprocher. Mais il y a une ombre au tableau. Ils n'ont pas d'enfant, parce qu'Elisabeth est stérile et ils sont désormais tous deux d'un certain âge.

Chez les juifs on méprise un ménage sans enfant. Plus que cela, on voit dans cette « tare » un châtiment de Dieu : voilà une famille qui n'aura pas de descendance pour les jours du Messie ; sans doute, croit-on, ils se sont rendus coupables de quelque secret péché... Pourtant Zacharie et Elisabeth ont souvent supplié Dieu de leur donner un fils. Mais ils n'ont pas été exaucés ; et désormais, à cause de leur âge. c'est inutile d'y compter.

4
Cependant
Zacharie, dans le sanctuaire, a répandu l'encens sur l'autel d'acacia lamé d'or ; il se prosterne une dernière fois, se redresse, mais reste cloué sur place d'étonnement : debout, à droite de l'autel, quelqu'un vient d'apparaître. C'est un envoyé céleste, un ange de Dieu. On devine l'émotion de Zacharie : il est effrayé. Mais l'ange lui dit :

« N'aie pas peur, Zacharie, ta demande est exaucée, et ta femme Elisabeth t'enfantera un fils. Ce fils, tu l'appelleras Jean. Cette naissance te comblera de joie, et tout le monde aura raison de s'en réjouir, parce qu'il sera l'Homme de Dieu. Il ne devra boire ni vin, ni aucune boisson enivrante ; mais il sera rempli de l'Esprit-Saint dès le sein de sa mère. Il ramènera à Dieu beaucoup d'égarés parmi le peuple d'Israël. Tout entier au service de Dieu, il marchera sur les traces d'Elfe le prophète. Il aura la même énergie que lui et sa mission sera semblable.

Il formera des hommes de coeur comme étaient vos aïeux et convertira les incrédules pour qu'au jour de l'arrivée du Messie tout le peuple soit bien disposé. »

Zacharie se ressaisit. Cet être céleste sous une figure humaine vient sûrement de la part de Dieu et son message le comble de joie. Ainsi, après tant d'années, Dieu exauce enfin le désir de toute sa vie. Mais il a si longtemps espéré en vain qu'à cette heure, malgré tout, il reste méfiant ; et puis les lois de la nature sont là...

Il exprime donc avec réserve sa pensée intime :

« J'en voudrais bien la preuve, car me voilà bien vieux et ma femme a passé l'âge d'avoir des enfants. »

« Tu aurais pu me croire sur parole, riposte l'ange, car je suis Gabriel, le ministre de Dieu, et j'ai l'honneur de me tenir à ses côtés. C'est Lui qui m'a envoyé pour t'annoncer cette bonne nouvelle. »

Zacharie qui est prêtre et qui connaît à fond sa religion peut l'identifier maintenant : c'est donc ce même Gabriel qui a annoncé à Daniel le prophète la venue du CHRIST attendu. Mais il a eu tort de douter. C'est pourquoi l'ange continue :

« Et puisque tu n'as pas voulu me croire, tu seras dans l'incapacité de parler jusqu'au jour de cette naissance : ce sera la preuve de ma mission. »

Au dehors les fidèles attendent toujours la sortie de Zacharie et commencent à s'impatienter de son retard. Le prêtre ne doit rester dans le sanctuaire que les strictes minutes nécessaires. Tous les yeux sont braqués sur l'épaisse tenture qui ferme l'entrée du lieu saint, sous le vestibule aux lourdes portes de bronze alors ouvertes.

Enfin on voit Zacharie sortir,. les traits bouleversés : il n'est plus maître de lui. Il se rappelle à grand'peine qu'il doit donner au peuple la bénédiction : il étend donc les bras et fait un effort pour pronimcer la formule rituelle. Mais aucun son ne peut sortir de son gosier. On comprend vite qu'il vient d'être témoin d'un fait extraordinaire, d'une vision miraculeuse' dans le sanctuaire • car il a beau faire des gestes et essayer de s'exprimer, il est bel et bien muet. Et il est incapable d'en faire savoir davantage.

Avec la fin de la semaine, le service des prêtres de là catégorie d'Abia se termine. Sans doute Zacharie demeure dans une petite bourgade, non loin de Jérusalem. Son service terminé, il s'en retourne chez lui. Au bout de quelques temps, Elisabeth reconnaît qu'elle va être mère. Sa joie est immense, mais elle rougit de paraître au dehors à cause de son âge. Aussi pendant cinq mois, elle reste dans sa maison sans sortir. Là, en secret, elle remercie Dieu :

« Comme Dieu est bon ! Il a bien voulu, aux yeux dé tout le monde, m'enlever la honte de rester Stérile ! »


II-UNE PROPOSITION INATTENDUE A UNE JEUNE FIANCÉE

5
Six mois après cet événement, le même ange Gabriel est envoyé par Dieu dans un petit bourg de la province de Galilée, en Palestine. Là, vit une jeune fille appelée Marie ; elle est fiancée à un nommé Joseph, descendant de la vieille famille royale, maintenant déchue, de David.

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Marie peut avoir une quinzaine d'années. En Orient, où la nature est plus précoce, on est souvent marié à cet âge. Ses parents l'ont fiancée à un jeune artisan en charronnerie qui veut s'établir à son compte.

Bien marier ses enfants : c'est le gros souci des parents. Très rarement on consulte les jeunes gens et les jeunes filles sur les sentiments de leur coeur. Il arrive souvent qu'on les marie malgré eux. C'est avant tout une affaire de famille ; l'autorité des parents est considérable et très respectée ; l'honneur de la famille est en jeu, les intérêts aussi ; les traditions de famille sont sacrées : on connaît des rivalités et des jalousies qui persistent pendant plusieurs générations, et, dans un même village, on trouve souvent plusieurs clans.

La famille de Marie est , apparentée à Zacharie : Marie est une cousine eloignée d'Elisabeth.

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Ainsi Joseph et Marie sont fiancés. La cérémonie des fiançailles est plus officielle que celle du mariage même à partir de ce moment-là on peut se donner les titres d'époux, d'épouse. A la manière du pays, devant témoins : «Te voilà désormais ma fiancée », a déclaré Joseph, et il a glissé dans la main de Marie, en gage de sa parole, une petite pièce d'argent. Puis ils ont bu tous deux à la même coupe et, suivant la coutume, laissé tomber le verre à leurs pieds : jamais plus personne n'y boira ; leurs deux vies sont, de ce jour, unies inséparablement.

De leur côté les parents se sont mis d'accord sur la dot. Dans un an anviron on célébrera le mariage. Si toutefois, dans l'intervalle, le fiancé vient à se dédire, il devra, pour dégager sa parole, écrire devant témoins une lettre de renvoi.

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Marie est seule, ce jour-là, dans la maison de ses parents, occupée à quelque travail de cuisine ou de ménage. Sa petite maison est comme toutes les autres habitations du bourg : un cube de maçonnerie grossière adossé à la colline. A l'intérieur, une ou deux pièces au sol de terre battue, avec, en plus de la porte, une seule ouverture en guise de fenêtre, pour ne pas laisser trop pénétrer la chaleur du jour.

Soudain l'ange paraît dans l'embrasure de la porte. C'est un très beau jeune homme ; mais le rayonnement et comme la transparence lumineuse de sa personne montre, qu'il n'a rien de terrestre. Il s'incline avec un profond respect :

Salut à vous, pleine de grâce ! Le Seigneur est avec vous ! »

9-
Quelle est donc cette enfant privilégiée ? Un envoyé céleste traite en général de bien haut les pauvres mortels ; et celui-là n'avait pas été si gracieux pour Zacharie.

Marie, depuis sa naissance, est une enfant vraiment extraordinaire, qui attire la sympathie et inspire la réserve, le respect. Une fillette, dès qu'elle fréquente les grandes personnes, devient vite curieuse ; à vivre en compagnie de compagnes plus âgées, elle apprend vite à déguiser, à mentir. Bientôt elle cherche à plaire, elle perd son naturel ; la voilà qui fait la roue et qui connaît les premiers sentiments de jalousie. Mais rien de tout cela en Marie. Elle est restée la petite fille ingénue, l'enfant qui vit près des grandes personnes sans jamais entrer dans leur monde, étrangère à tout ce qui sent le convenu, l'apprêté, à tout ce qui sue la rancune, l'égoïsme ou la haine. Les racontars malveillants, les querelles de femmes, le parler grossier des hommes, rien ne la trouble. Toutefois Marie constate ces désordres : elle n'est pas aveugle ; mais elle ne comprend pas qu'on puisse être méchant. Jamais le mal ne l'a effleurée im seul instant ; il n'a aucune prise sur elle ; mais elle le voit, elle en souffre, elle en sent l'horreur plus que personne, comme on plaint des êtres difformes ou tarés qui ne comprennent pas leur malheur.

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-Puis, Marie a grandi et maintenant, au milieu de tout ce monde embroussaillé, épineux de méchanceté, elle jaillit avec sa fraîcheur, sa simplicité, son amabilité souriante de jeune villageoise, comme une source pure et spontanée dans un bercèau de mousse. Au milieu de tous ces Nazaréens souvent sombres et renfrognés dans leurs jalousies, leurs querelles ou leurs rancunes, elle passe avec sa joie exquise, sa charité délicate et prévenante, sa bonté qui les excuse et les met tous à l'aise, comme un rayon de soleil pacifiant et réchauffant. En sa présence on se sent meilleur et incapable de mal dire et de mal faire. Et pourtant il doit bien arriver à quelque méchant coeur de la dénigrer par derrière..: Mais non, Marie n'a pas l'expérience du mal : depuis le premier instant de sa conception, par une faveur spéciale de Dieu, elle n'a jamais été sous son emprise.

Marie est aussi une âme profondément religieuse. Elle pense souvent au Libérateur annoncé, mais elle partage la conviction des plus mystiques : à les entendre, le Messie ne sera pas seulement un grand chef militaire, un guerrier redoutable qui délivrera son peuple de l'oppresseur romain ; mais il viendra surtout apprendre aux hommes à s'aimer et les délivrera de leur égoïsme et de leur méchanceté. Marie est convaincue comme beaucoup de gens sérieux et réfléchis que ses prières, ses sacrifices, ses souffrances peuvent hâter l'arrivée de ce Messie.

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L'ange peut donc s'incliner avec respect : « Vous êtes comblée des faveurs de Dieu. »

A ces mots Marie est toute émue et se demande ce que cela veut dire.

« Ne craignez rien, Marie, car Dieu vous regarde avec beaucoup d'amour. Ecoutez maintenant mon message : « Vous allez devenir mère et vous aurez un fils. Vous l'appellerez Jésus. Ce sera un enfant extraordinaire: il s'agit du Fils de Dieu. Le Seigneur lui donnera le trône de David son ancêtre ; Il sera le roi du Monde et son règne ne finira jamais. »

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Toutes les jeunes filles qui se rattachaient à la famille de David pouvaient caresser le désir de devenir un jour mère du Messie. Et tous les descendants de la vieille aristocratie royale, humiliés dans leur pauvreté et vraiment !tombés dans le commun du peuple, pouvaient à cette pensée redresser la tête.

Mais Marie, elle, avait même renoncé à cette grandeur de la maternité pour se consacrer plus sûrement à Dieu et hâter l'arrivée du Messie par sa vie de prière et de pénitence. Elle avait même dû s'en ouvrir à Joseph : elle avait secrètement fait voeu de virginité. Quand ? Peut-être à l'occasion d'un pélerinage au Temple de Jérusalem. En tout cas, ce n'était pas une chose si extraordinaire. Et un voeu, chez les juifs, était l'acte au monde le plus sacré.

Avant ses fiançailles, Marie avait donc été obligée d'en avertir Joseph. Et, s'ils étaient fiancés, c'est qu'ils étaient d'accord : Joseph avait accepté de vivre avec Marie comme frère et soeur ; il était donc pénétré lui aussi des mêmes sentiments religieux. A coup sûr, ce jeune homme était un héros et un saint.' Avait-il été contraint à ce mariage par sa famille ? On ne sait ; mais on pouvait avoir confiance en sa loyauté. Marie, aux yeux de tous, se voyait préservée, protégée ; son fiancé la comprenait.

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L'ange a fini son message. Il attend respectueusement une réponse. Marie reste en silence, recueillie sur elle-même. Elle n'est pas plus attachée qu'il ne faut à sa virginité. S'il plaît à Dieu elle sera mère. Elle ne se refuse pas. Cependant il lui avait paru si conforme au désir de Dieu de faire voeu de virginité...

Elle demande donc avec candeur et naturel un éclaircissement sur le bon plaisir de Dieu :

Comment cela pourra-t-il se faire, puisque j'ai résolu de rester vierge ? » "•

(Certes, le Fils de Dieu pouvait venir s'unir avec une nature d'homme issue d'une conception ordinaire ; mais il était infiniment plus convenable que Jésus, sur la terre, ne donne à nul autre qu'à Dieu le nom de Père.)

« Le Saint-Esprit viendra en Vous, et le Dieu Tout Puissant fera un miracle

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— C'est pourquoi le Saint Enfant qui naîtra de vous sera appelé à juste titre le Fils de Dieu. »

Et l'ange donne une garantie que Marie pourra contrôler, puisqu'il s'agit d'Elisabeth, sa parente :

« Rien n'est impossible à Dieu. Ainsi votre cousine Elisabeth, malgré sa vieilesse, va avoir un enfant. Elle qui passait pour stérile sera mère dans trois mois.»

Le monde entier et le Ciel même sont comme en suspens à cet instant unique. L'humanité comme en sa fleur, comme en son sommet et en sa fine pointe, comme en sa réussite la plus sublime, est là, toute concentrée dans cette jeune fille._ et il dépend d'elle qu'entre Dieu et les hommes jaillisse l'étincelle de réconciliation ; il dépend de cette enfant qu'entre le Ciel et la Terre soit enfin jeté le pont du salut. Oui, le rachat du Monde est là comme en suspens, et tout le Ciel en est comme angoissé...

Alors très simplement et tout naturellement, sans autre appétit d'en savoir plus long. Marie répond :

« Me voici : la petite servante du Seigneur. Que Dieu fasse en moi ce qui lui plaît. »

Elle ne pense pas à elle, elle n'est pas curieuse de l'avenir, elle ne cherche pas à connaître ce qu'il adviendra de ce Fils et d'elle-même, Elle est tout entière donnée à l'Œuvre de Dieu ; elle est depuis longtemps consacrée à la Libération du Monde. Ce n'est pas tant un petit être de chair qu'elle désire pour le caresser et l'étendre danS son berceau, serait-il le Fils de Dieu, que le Salut du Monde qui est sa hantise et toute sa raison d'être de jeune fille abandonnée entre les mains de Dieu.

Acet instant même le Fils de Dieu est conçu dans le sein de la Vierge Marie.

Il s'incarne, L'ange Gabriel peut bien tomber en adoration, puis se retirer : sa mission est accomplie et réussie.


III UNE VISITE DE POLITESSE


15-
Quelques jours après la visite de l'ange, Marie se met en route pour la région
15 montagneuse de Judée où habite Elisabeth.

Dans sa pensée, il y a un rapport entre la maternité de sa cousine et la sienne. L'envoyé céleste en a parlé : c'est l'engager à cette visite. Marie a besoin de se confier et seules toutes deux pourront vraiment se comprendre. Et puis Elisabeth, dans son état et à cause de son âge, doit avoir besoin d'aide et de ménagements : Marie sera là pour son terme. Nous voici à Ain Karim, à six kilomètres à l'ouest de Jérusalem. C'est là, d'après la tradition, qu'habite Zacharie. Coquet petit village, encaissé comme un frais nid de verdure au coeur de gros massifs rocheux et dénudés : Ain Karim, c'est la source jaillissante ».

Voici la maison du vieux prêtre Zacharie. Marie entre : c'est Elisabeth qui se présente. Une vive émotion les empoigne l'une et l'autre : avec quel coeur elles s'embrassent ! Au premier salut que Marie articule, Elisabeth sent son enfant tressaillir dans son sein. Alors elle comprend. Zacharie lui avait expliqué à force de gestes et de signes que cet enfant extraordinaire serait rempli de l'esprit de Dieu dès le sein de sa mère. Elle le croyait sur la parole de l'ange apparu dans le Temple à son époux, mais se demandait toujours à quel signe elle reconnaîtrait cet événement.

Tout s'éclaircit : son petit Jean doit venir au monde chargé d'une grave mission : préparer l'arrivée du Christ. Elle tient sur son coeur et dans ses bras la mère du Messie, la mère du Sauveur ! Alors -elle répond, toute émue et sous l'inspiration de Dieu :

« Tu es bénie, Marie, entre toutes les femmes et le fruit de ton sein est béni. C'est vraiment trop de bonheur que la Mère de mon Seigneur vienne me voir.

Dès que j'ai entendu ta voix, j'ai senti mon enfant tressaillir de joie. Comme tu as eu raison de croire, car tout ce que Dieu a fait annoncer va vraiment arriver. »

Marie se dégage doucement de l'étreinte de sa cousine, et, les yeux tout illuminés, le visage comme trac figuré de joie, elle laisse éclater son bonheur. Sur la route elle se rappelait les vieux cantiques des Livres Saints que l'on chante dans les synagogues à l'office du sabbat, comme celui de la mère du grand prophète Samuel, à la naissance de son fils. Marie laisse déborder son coeur : C'est le Magnificat ».

16
a Mon âme chante la gloire du bon Dieu et bondit de joie à la pensée qu'il va nous sauver.

« Il a regardé avec amour la simplicité de sa petite servante. Le monde entier à l'avenir enviera mon bonheur.

« Oh ! Oui ! Le Dieu tout-puissant a fait en moi de grandes choses. Soyez béni, Seigneur !

« Comme le bon Dieu protège toujours ses amis !

« Regardez ! Sa puissance éclate au grand jour. Lui qui déteste les orgueilleux, Il permet que ceux qui sont fiers de leur force et de leur pouvoir soient réduits à l'impuissance ; et les petits sont élevés. Il comble les indigents et renvoie les riches les mains vides.

« Et voici que dans sa grande bonté Il vient au secours de son peuple d'Israél, comme Il l'avait promis à nos pères, en faveur d'Abraham et de sa descendance»

Marie doit rester chez sa cousine environ trois mois avant de retourner à Nazareth. Pendant tout ce temps on ne parle dans la maison du vieux prêtre que d'une chose : quel sera l'avenir de ces deux enfants ?


IV-
UN NOUVEAU-NÉ QUI PROMET

17
Le terme d'Elisabeth arrive, et, un beau jour, elle met au monde un fils. C'est dans tout le pays un événement sensationnel.Parents et amis disent que c'est un véritable miracle. La stérilité d'Elisabeth n'était donc pas un châtiment de Dieu comme ils le croyaient. Aussi on vient en foule féliciter la maman.

18
Huit jours après, on fait la déclaration légale de la naissance : parents et voisins sont invités pour la fête de famille de la Circoncision.

Chez les Juifs, en effet, la déclaration légale de la naissance d'un garçon était une cérémonie officielle qui devait se faire dans la huitaine. Pour des raisons d'hygiène et de santé dans ces pays orientaux où les soins de propreté font souvent défaut par suite du manque d'eau et où la contagion est rapide, Arabes, Égyptiens et Juifs, avaient coutume de pratiquer la circoncision aux jeunes garçons. Mais chez les Juifs cette petite opération avait un sens religieux. Ils étaient le peuple choisi par Dieu, héritiers des promesses de salut que Diéu avait faites au monde par leur intermédiaire. On voyait donc dans la circoncision, dans ces quelques gouttes de sang répandu, comme un contrat avec Dieu imprimé dans la chair même. Dès ce moment-là on faisait vraiment partie du peuple de Dieu.

19
Cette cérémonie officielle était l'occasion d'une .réjouissance en famille ; et. comme de nos jours au baptême, on donnait un nom aux enfants.

Voici donc venu le moment de donner un nom au nouveau-né. Tous les invités, pour être agréables au vieux père, proposent le nom de Zacharie.

« Non, intervient la mère, il s'appellera jean. »

— « Mais personne dans la famille ne porte ce nom ! » Allons donc !.Mais qu'en pense le père ? On se tourne vers Zacharie, et avec force gestes, on lui demande son avis.

Le vieux prêtre n'a plus que l'écriture pour préciser sa pensée. Il fait signe qu'il veut écrire ; on lui apporte une petite ardoise enduite de cire et un poinçon.

Zacharie écrit : « Son nom est Jean. »

C'est catégorique : il n'y a plus à discuter. Les invités en restent interloqués. Il y a bien de quoi ! Ils ignorent, eux, ce qui s'est passé dans le Sanctuaire du Temple neuf mois plus tôt.

Et-pourtant ils ne sont pas au bout de leurs surprises. Tout à coup, voilà Zacharie, le muet, qui sé met à parler. Dans un transport de joie et sous l'inspiration de l'Esprit-Saint, il commence à rèmercier Dieu en ces termes prophétiques :

« Dieu soit béni ! Le Dieu d'Israël soit béni ! Voilà donc que vous êtes enfin venu, Seigneur, au milieu de votre peuple pour lui apporter son salut ! Vous allez faire surgir dans la famille de votre serviteur David un redoutable Libérateur. Déjà tous les anciens prophètes l'ont annoncé : c'est Lui qui nous délivrera de tous nos ennemis et de tous ceux qui s'acharnent à notre perte. Ah ! Vous l'aviez bien juré à notre père Abraham et promis à tous nos ancêtres. Ce n'est pas en vain que Vous avez conclu une alliance avec tout notre peuple. Vous vouliez nous voir délivrés de nos ennemis pour que nous passions notre vie, dans la paix, à vous servir comme des saints, sous votre regard, tout au long de nos journées.

Puis, se tournant vers le nouveau-né, il poursuit :

« Quant à toi, mon petit, tu deviendras un jour le Prophète du Grand Dieu. Tu passeras devant le Seigneur pour préparer les coeurs à sa venue. Tu apporte­ ras au peuple de Dieu la nouvelle de sa libération dans le pardon de ses fautes. Car, dans la bontéde son Coeur, Dieu a daigné venir jusqu'à nous. Nous étions assis dans les ténèbres de la mort ; Il est apparu comme le Soleil qui dissipe les ombres de la nuit. Et il veut éclairer nos pas pour que nous marchions sur le chemin de la paix. »

Tout le voisinage est en émoi. L'événement se répand dans tout le pays des montagnes. Ceux qui en entendent parler s'en souviendront. Et chacun se demande à part lui : « Que deviendra cet enfant prédestiné? C'est vraiment l'enfant du miracle... »

Dans la maison du vieux prêtre, Jean grandit et se développe. C'est un enfant réfléchi. Il disparaît bientôt du pays. Sans doute ses vieux parents meurent-ils peu d'années après sa naissance. Tout jeune encore, vers les douze ou quinze ans, il se retire dans le désert tout proche pour y mener une vie de solitude, de prière et de pénitence. Et on ne sait bientôt plus ce qu'il est devenu, jusqu'au jour où il doit entrer en scène devant le peuple d'Israël.


V-QUAND JOSEPH A DES SOUPÇONS SUR SA FIANCÉE


20
-Marie revient à Nazareth : cela fait trois mois qu'elle est partie de son petit village. Que va dire Joseph en là voyant ? Car Marie n'a pas encore habité avec Joseph : ils ne sont encore que fiancés. Or, elle se trouve enceinte par l'action de l'Esprit Saint. Que faire? Rompre avec Joseph ? C'est s'exposer à toutes sortes de soupçons malveillants : que ne dira-t-on pas à son sujet après une absence de trois mois ! D'ailleurs, inutile même d'y songer : son père l'a fiancée à Joseph ; d'après le code civil elle n'est plus libre ; son fiancé peut d'un jour à l'autre l'emmener chez lui et contracter mariage. Alors, ne vaut-il pas mieux faire la confidence à Joseph et le mettre au courant ? Comme c'est délicat, et voudra-t-il la croire ?... Puisqu'en toute cette affaire les initiatives sont venues du Ciel, Marie croit mieux faire de laisser Dieu agir. Elle ne dit rien.

Joseph, lui, est tout à la joie d'avoir retrouvé sa fiancée et il se remet à la fréquenter plus que jamais. Mais petit à petit les premiers soupçons viennent effleurer son esprit : il les chasse avec indignation. Au bout de quelques semaines ils sont devenus une certitude : Marie est coupable ; Marie l'a trompé. Le malheureux jeune homme en est tout bouleversé. Par moments il reste là, anéanti, rêveur et les yeux perdus dans le vague ; et soudain un flot de sang lui monte au visage et son regard se durcit. Suivant la Loi , il y a un véritable adultère : il a le droit de dénoncer la coupable ; et, s'il a des preuves suffisantes, le Tribunal prononcera la peine de mort : tout le village et lui en tête assommeront Marie à coups de pierres... Par ailleurs, ne rien dire, c'est pire encore : c'est montrer sa bêtise ou passer pour être de connivence... Et cependant l'attitude de Marie est incompréhensible : elle ne se cache pas de lui, elle est merveilleusement calme, toujours aussi vraie dans son amour et aussi réservée dans sa tenue. Elle lui paraît même à certains jours si transfigurée qu'il ne peut se faire à l'idée qu'elle joue si bien la comédie. Non, ce n'est pas possible. Il y a là quelque chose qu'il ne comprend pas et qui le dépasse Il souffre atrocement.

Joseph est un jeune homme loyal : puisqu il n'a pas de preuves de sa culpabilité, il n'exposera pas au déshonneur public celle qu'il aime, Marie sa fiancée. Il se décide à la renvoyer en secret pour lui rendre sa liberté. Au lieu d'écrire une lettre de divorce officiel avec motifs, date et signatures des témoins, il va simplement faire savoir aux parents de Marie qu'il a changé d'avis.

Toute cette nuit-là, allongé sur sa natte de paille, il dort d'un sommeil lourd et fiévreux. Il s'agite, débattant comme en un cauchemar ce délicat et pénible problème, quand un envoyé du Seigneur lui apparaît en songe :

« Joseph, descendant de David, n'hésite pas à prendre chez toi Marie pour épouse ; car ce qui a été engendré en elle vient de l'Esprit Saint. Elle mettra au monde un fils. Tu lui donneras le nom de Jésus, c'est-à-dire e Sauveur », parce qu'il sauvera son peuple de ses péchés. »

Joseph, à son réveil, se trouve complètement éclairé. Il sait maintenant ! Ainsi, lui aussi, il va avoir un rôle splendide à jouer dans le Salut-du Monde. Il sera le chef de la famille du Sauveur. Sûrement cet enfant directement envoyé par Dieu est le Messie attendu. Il peut maintenant comprendre la fameuse allusion prophétique écrite aux Saints Livres par Isaïe : « Ji arrivera qu'une vierge concevra et enfantera un fils. On lui donnera le nom d'Emmanuel, ce qui veut dire « Dieu avec nous. »

21

Quelques jours après, on célèbre à Nazareth le mariage de Joseph et de Marie. C'est un mariage tout populaire. La cérémonie consiste à aller chercher la jeune fiancée dans la maison de ses parents et à l'emmener dans celle de son époux ; et là on fait les noces.

Le fiancé réunit donc chez lui ses camarades et ses amis qui seront les garçons d'honneur ; et la fiancée groupe autour d'elle, chez ses parents, les demoiselles d'honneur.

Tout le monde se met en habits de fête. Le soir venu, à la fraîcheur, la bande de garçons part en chantant à la maison de la fiancée : on joue de la flûte, on frappe sur des tambourins. Arrivés chez les beaux-parents, le fiancé entre seul. La jeune promise le reçoit toute rougissante de bonheur ; ses demoiselles d'honneur réajustent une dernière fois le grand voile brodé qui la couvre entièrement et posent sur sa tête une couronne de myrthe blanche, la couronne d'oranger de ce pays. Alors s'organise le joyeux cortège nuptial : une véritable retraite aux flambeaux, les filles avec leurs lampes à huile, les garçons avec leurs torches résineuses. Solennellement, la jeune épouse est introduite dans son nouveau foyer. On ferme alors les portes et les réjouis­sances commencent. A partir de ce moment-là, on est marié !

Joseph donc prend Marie chez lui... Et il l'entoure d'un tel respect qu'elle mettra son fils au monde sans que lui l'ait jamais connue.


VI - LA GROTTE DE NOEL

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C 'est à cette époque que l'empereur, le César Auguste,
alors Maître du Monde, ordonna le recensement de tous les pays habités sur la surface de la terre connue.

Il voulait savoir le nombre de ses sujets ; on avait besoin d'établir un plan cadastral et il fallait se rendre compte des ressources de chaque contrée pour fixer les impôts. C'était aussi une manière de faciliter l'occupation du pays de Palestine et son annexion à l'empire de Rome, à la mort du vieil Hérode qu'on maintenait encore sur son trône tout en le surveillant. Ce premier recen­sement fut commencé pendant que Quirinius était gouverneur de toute la province de Syrie. Revenu à ce poste après l'annexion du pays, Quirinius fit faire un autre recencement plus détaillé et mieux connu.

Pour faciliter cette formalité, les officiers d'état civil de l'époque passaient dans chaque ville et village consulter les registres publics soigneusement tenus à jour par les juifs et qui indiquaient l'arbre généalogique de chaque famille sortie de l'endroit. Il fallait que chacun revienne à son lieu de naissance pour se faire inscrire.

Joseph quitte son petit bourg de Nazareth qui se trouve dans le département de Galilée pour se rendre à Bethléem, berceau de sa famille, une petite ville de la province de Judée. Il est en effet un descendant lointain de la famille royale qui a rendu le pays célèbre : la famille de David. Marie l'accompagne. Elle n'a pas voulu le quitter malgré les fatigues de la route : c'est qu'elle est sur le point d'être mère. Dans ce pays montagneux, les grandes routes bien tracées n'existent pas encore : on voyage à pied ou à dos d'âne sur des sentiers poussiéreux ou ravinés et rocailleux comme le lit des torrents desséchés.

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-Bethléem, qui veut dire : « Maison du pain », doit ce nom à ses terres à blé. Mais plus encore qu'une ville agricole, Bethléem, située en bordure du désert, est un lieu de marché. Les nomades viennent s'y ravitailler et échanger leurs marchandises. De grands troupeaux hivernent sur les hauteurs, car on trouve de beaux herbages. Des hôtelleries sont aménagées sur les routes aux entrées de la ville : ce sont des cours carrées entourées de murs ; les voyageurs campent là, sous des hangards bâtis le long des clôtures, tandis que les chameaux et les ânes couchent pêle-mêle dans la cour intérieure autour d'une citerne qui les garantit de la soif.

Marie et Joseph ne trouvent pas de place dans l'hôtellerie. Il n'est pas clit qu'on leur refuse l'entrée ; mais, plus sûrement, dans cette cour encombrée de bêtes et de gens, au milieu de cette cohue criant, frappant les animaux pour se frayer passage, s'insultant dans un flot de paroles et une gesticulation bien orientale, ils ne peuvent découvrir aucun coin tranquille et vraiment digne pour une maternité. Joseph, tirant l'âne par la bride et suivi de Marie, lourde de son fardeau divin, s'est arrêté un instant au seuil de la grande porte en arcade ; puis il a continué son chemin.

A défaut de mieux, ils trouvent non loin de là une grotte naturelle à flan: de rocher, que sans doute le tenancier de l'hôtellerie utilise aux jours d'affluence pour abriter les animaux. Certaines de ces grottes, précédées d'un mur de maçonnerie, servent encore de nos jours à loger les familles pauvres de ces pays.

C'est là, pendant une de ces nuits, que Marie met au monde son enfant, un rien de chair et de sang, un petit être fragile et impuissant, le Fils de Dieu pourtant. Elle emmaillotte le bébé et le couche dans une crèche qui se trouve là. C'est le seul mobilier : cette auge de terre battue, où l'on jette la nourriture des ânes et des bêtes à cornes.

Quelques heures se passent et un bruit de pas, des voix et des aboiements viennent tirer Marie et Joseph de leur admiration ; des gens se présentent à l'entrée de la grotte pour voir l'Enfant.

Comment peut-on déjà savoir la nouvelle ?...

Des bergers passaient la nuit dans les herbages de la montagne à veiller sur leurs troupeaux. Ce n'étaient pas des habitants de la contrée, mais des bergers nomades qui parcouraient le pays à la recherche d'une herbe rare pour leurs nombreux moutons, des gens habitués à coucher à la belle étoile, des hommes du peuple simples et rudes, aimant la solitude et plus proches de Dieu dans ce contact avec la grande nature que les habitants des villes souvent conta­minés par le plaisir.

Ils devisaient paisiblement près de leur feu quand, soudain, ils s'étaient vus enveloppés dans une grande clarté. Un envoyé de Dieu se tenait près d'eux, sous une forme humaine, mais comme irradié et transparent de lumière. Eux tremblaient de frayeur. Mais l'envoyé de Dieu leur avait dit :

N'ayez pas peur je viens vous annoncer une nouvelle qui va remplir tous les coeurs de joie : le Sauveur tant attendu, le Messie... Il vient de naître, tout près d'ici, à Bethléem, la ville du roi David. Et en voici la preuve, car ne croyez pas être le jouet d'un rêve — :« vous trouverez un nouveau-né tout emmaillotté et couché dans une crèche.»

A ces mots, le Ciel avait paru s'ouvrir et des formes rayonnantes avaient illuminé la nuit : «toute une troupe d'esprits célestes était apparue et s'était mise à chrter. Les bergers avaient entendu distinctement ces mots : « Gloire à Dieu` dans les Cieux ! Et Paix, sur terre, aux hommes qu'Il aime. »

Et la vision s'était évanouie. La nuit de nouveau les avait environnés ; mais leur coeur restait tout illuminé. Pas d'hésitations...

« Courons vite à Bethléem, avaient-ils décidé, pour voir ce grand évènement que Dieu nous a fait connaitre.» Rapidement, ils étaient descendus jusqu'à la ville, et, après quelques recherches, avaient trouvé la grotte... Et, dans la grotte, Marie et Joseph avec le nouveau-né couché dans la mangeoire.

Dans la pénombre, éclairés par le clair de lune ou une petite lampe à huile, ils s'avancent avec précaution et découvrent une toute jeune femme qui sourit à son fils avec amour. Leur coeur s'attendrit à la pensée que ce petit être délicat qui ouvre à peine les yeux et qui semble un nouveau-né pareil à tous les autres, est cependant Celui que leur peuple attend dans la douleur depuis déjà des siècles.

Comme on voit encore dans les campagnes les voisins apporter à la nouvelle accouchée quelques oeufs, du lait, un bouillon bien chaud, les bergers apportent aussi du lait, du fromage de brebis, ainsi que de la laine. Peut-être demandent-ils à tenir dans leurs bras le Bébé, comme ils portent leurs tendres agnelets. Et Marie est heureuse de les entendre raconter comment tout le Ciel s est mis en fête, cette nuit merveilleuse.

Bientôt l'aube se lève. Alors les bergers s'en vont ; ils entrent à Bethléem et dans l'hôtellerie ; ils racontent leur apparition et leur découverte dans tous les détails, au grand étonnement de tous ceux qui les écoutent. Quoi ? Le Messie naître dans une écurie, d'une mère inconnue, et au cours d'un voyage, le long des routes ! Est-ce possible ?

Marie, elle, grave tout cela dans sa mémoire : plus tard elle pourra le raconter. Et au fond de son 'coeur elle y pensera toujours. Quant aux bergers, bien sûrs de leur affaire maintenant qu'ils ont eu la preuve que l'apparition a dit vrai, ils s'en retournent à leurs troupeaux, remerciant Dieu de cette nuit bénie qui leur a donné de contempler de leurs yeux le Sauveur du Monde.

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Huit jours après sa naissance, l'Enfant est circoncis et, à cette occasion, Joseph lui fait donner le nom de «Jésus », comme l'envoyé céleste l'avait indiqué, le jour de sa conception dans le sein de Marie. Jésus veut dire : « Dieu nous vient en aide... »

Le nom est à lui seul tout un programme. Marie doit se demander ce qu'il adviendra de ce Petit. Et les secrétaires de l'état civil doivent bien rire de ces misérables gens qui se rendent ridicules en appelant « Dieu vient en aide » un enfant venu au monde sur le bord des routes, par une nuit si froide !...


VII - LA PRÉDICTION DU VIEUX SIMÉON

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-Au cours de son histoire le peuple hébreu vaincu avait été déporté et réduit en esclavage chez les Egyptiens. Pour en éteindre la race, le Pharaon, roi d'Égypte, avait décidé de faire mourir tous les garçons hébreux qui viendraient au monde. Mais un enfant, Moïse, échappa miraculeusement et sur l'ordre et avec l'aide de Dieu devint un meneur redoutable qui contraignit le Pharaon à laisser repartir tous les Hébreux. Le dernier acte de cette lutte avait causé la mort de tous les fils aînés des familles égyptiennes.

En souvenir de cette libération, Moïse avait écrit cet article de Loi : A l'avenir, tout enfant mâle, sorti le premier du sein maternel, sera regardé comme consacré à Dieu. » Il devait donc, toute sa vie, s'occuper uniquement des affaires du culte.

Plus tard, vu le trop grand nombre de ces fils aînés de famille, on choisit tout un clan, « la tribu de Lévi », pour les remplacer. Quand se fit cette transmission de pouvoirs on ne trouva pas assez d'hommes dans ce clan • alors tous les aînés de famille qui ne pouvaient être échangés contre un fils de la tribu de Lévi, durent être rachetés par une offrande faite au Temple de Dieu.

Cette coutume du rachat s'implanta dans le peuple. Chaque garçon premier né était toujours considéré comme propriété de Dieu. Pour avoir le droit de le garder dans la famille, il fallait le racheter. On donnait suivant son rang et sa fortune.

Une nouvelle mère, un mois après ses couches, devait aussi se présenter au Temple pour la cérémonie des rélevailles. Par sa maternité, elle avait, au sens de la Loi , contracté une sorte d'impureté.

C'est pourquoi, le temps vénu de sa purification, Marie vient à Jérusalem, à quelques heures de marche de Bethléem, offrir Jésus à Dieu. Elle et Joseph traversent la foule qui encombre toujours les abords du Temple et les transforme en un véritable champ de foire ; ils achètent, à l'un des nombretix marchands qui font l'article, les animaux pour le sacrifice : on devrait offrir un sacrifice à cette occasion ; c'était prescrit par la Loi : les riches, un agneau ; les pauvres, une paire de tourterelles ou deux colombes.

Joseph et Marie se présentent au prêtre de service pour accomplir cette double cérémonie. Le prêtre se rend alors à l'Autel des sacrifices : il rompt le cou d'un oiseau et fait couler son sang en signe de demande de pardon pour le péché, et il brûle l'autre dans le brasier de l'autel de bronze en réci­ tant des prières. Enfin Joseph verse la somme destinée au rachat de Jésus. Mais comme toutes ces formules et tous ces symboles sont dépassés ce jour-là. Ce petit enfant, c'est le Fils de Dieu, et aujourd'hui, pour la première fois, il vient se présenter dans la Maison de son Père.

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Or, à cette époque, vivait à Jérusalem un vieillard qui s'appelait Siméon. Cet homme du peuple était connu pour sa piété : il disait toujours qu'il attendait le Memie promis. C'était vraiment un saint. Il racontait qu'il avait reçu une révélation de l'Esprit Saint : il ne devait pas mourir avant d'avoir vu le Christ envoyé par Dieu. Une force divine le pousse à se rendre au Temple.ce jour-là. Il voit les parents de Jésus arriver pour les cérémonies prescrites ; il est inspiré ; il saisit l'Enfant dans ses bras et chante à Dieu sa reconnaissance : Ah ! Seigneur, Vous pouvez désormais laisser aller votre serviteur ! Maintenant je mourrai en paix. Car je l'ai vu de mes yeux le Sauveur que Vous avez préparé au monde. C'est Lui la Lumière qui doit éclairer toutes les nations païennes. Ah ! Quelle gloire, Seigneur, pour ton peuple d'Israël !

Joseph et Marie sont dans l'émerveillement de ces paroles, Siméon les bénit. Puis son front s'assombrit ; son regard est comme perdu dans le lointain... Il lit dans l'avenir. Remettant l'Enfant à sa mère, il articule lentement des phrases lourdes de sens.

« Vous voyez cet Enfant, dit-il. A cause de Lui beaucoup seront sauvés et beaucoup se perdront. Le Monde sera divisé à son sujet. On devra prendre position ; et c'est alors qu'on connaîtra les sentiments profonds de chacun. »

Et parlant à Marie :

Quant à toi, la douleur, comme un glaive te transpercera le coeur. »

Après Siméon, c'est une veuve, nommée Anne Phanouël, de la tribu d' Aser, qui logeait sans doute dans une dépendance du Temple et se rendait utile en travaillant à son entretien. Elle avait eu le chagrin de perdre son mari après sept années seulement de mariage. Agée alors de quatre-vingt quatre ans, elle passait toute sa journée au Temple priant Dieu et se mortifiant. Sa sainteté lui avait aussi mérité le don de lire dans l'avenir. Elle voit Jésus : elle en est transportée de bonheur et se met à remercier le bon Dieu publiquement. A partir de ce jour-là elle ne manquera pas une occasion de parler de Jésus à tous les habitants de Jé rusalem qui partagent son espérance dans la délivrance prochaine. Puis cette famille de pauvres gens, venue en pélerinage au Temple, repart bientôt et se perd dans la foule. A Jérusalem, personne ne les connaît. Ils reprennent la route de Bethléem. Joseph veut attendre encore quelques semaines avant de retourner à Nazareth : il craint de trop grandes fatigues pour le Bébé et sa Mère. Il s'embauche chez quelque artisan de l'endroit, car il faut bien vivre. Sans doute, Siméon et Anne ont raconté l'événement ; mais où retrouver cette famille inconnue ? D'ailleurs bien peu ajoutent foi aux dires de ces deux vieux dévots.

Marie, elle, ne peut s'empêcher de penser aux prédictions de Siméon... Désormais elle a quelques lueurs sur la Mission de son Fils... Tous deux auront-ils donc tant à souffrir ?... •


VIII-HISTOIRE DU TYRAN HÊRODE, DES ASTROLOGUES ARABES ET DE LEUR ÉTOILE

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Tous ces événements autour de la naissance de Jésus à Bethléem de Judée se sont passés sous le règne du roi Hérode.

Hérode était un monstre. Il n'était pas de race juive : c'était un prince étranger, un Arabe, donc un païen pour les Juifs. Fils d'un traître, à force d'intrigues, il avait réussi à usurper le trône et il ne s'y maintenait que grâce à l'appui de l'empereur de Rome qu'il flattait bassement.

Rome laissait à ses pays conquis leur propre gouvernement, sous contrôle bien entendu. C'était de bonne politique. Mais, au moindre incident, les troupes pouvaient envahir le pays qui risquait d'être purement et simplement annexé et déclaré province romaine.

Hérode avait donc une position délicate : détesté des Juifs et surveillé par les Romains. Pour se concilier les premiers, il avait fait rebâtir leur Temple de Jérusalem avec une splendeur inouïe. Mais, en même temps, pour plaire à l'empereur païen Auguste, il avait fait placer de force un aigle d'or, emblème de l'armée romaine, sur la porte du sanctuaire. Quarante jeunes gens décidés voulurent venger cet outrage et abattirent l'aigle romain. De rage, Hérode, toujours rampant et craignant une disgrâce, fit rechercher les coupables par sa police et les fit brûler vifs comme des torches vivantes, en hommage aux dieux de Rome. Toute la ville en fut épouvantée.

Et cependant, on le savait bien, son palais ne cachait eue trahisons, intrigues et massacres. Soupçonneux et jaloux, ce vieux tigre avait coup sur coup fait assassiner son beau-frère trop populaire et fait égorger l'une de ses dix femmes, celle qui avait été le plus longtemps la favorite, mais qu'il croyait avoir trempé dans un complot ; puis il avait fait tuer deux de ses propres enfants accusés de vouloir venger leur mère ; enfin, il avait fait venir son fils aîné coupable d'être allé à la cour de Rome briguer sa succession, et, sous prétexte de l'associer à son pouvoir, l'avait fait empoisonner au cours d'un grand banquet.

Sa manie de la persécution le tenait dans un véritable délire, les dernières années de sa vie : il se croyait entouré d'ennemis dans son palais ; il découvrait de nouvelles intrigues et accumulait les cadavres. Tout le pays l'avait en dégoût; on rêvait d'une révolution pour le tuer, mais on craignait l'occupation romaine et avec elle la disparition des derniers restes de liberté nationale.

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Or, voici qu'un beau matin, quelques semaines après la naissance de Jésus, on voit arriver à Jérusalem toute une magnifique caravane d'Arabes montés sur des dromadaires. Les riches couleurs des manteaux, des couvertures et de tout l'équipement font sensation. Ce sont des Mages qui viennent des pays de l'Est jusqu'ici. Au milieu de la ville ils s'arrêtent pour demander :

« Où se trouve le palais du roi des Juifs qui vient de naître ? Car nous avons vu son astre à l'Orient et nous accourons lui présenter nos vœux. »

Ces Mages sont de grands personnages, des sortes de prêtres, de savants. de conseillers des rois. Ils sont aussi médecins, astrologues. Ils s'appliquent à l'étude du Ciel pour y lire l'avenir.

Comme encore de nos jours certains se font faire leur horoscope, on vient les consulter ; ils savent prédire, d'après leurs calculs, quelle sera l'orientation de la destinée d'un enfant et cela, d'après l'influence que les astres auront sur son caractère au jour de sa naissance. Mais ils n'ont rien de commun avec tous les diseurs de bonne aventure. A cette époque, quand une étoile non identifiée faisait son apparition, la croyance populaire y voyait le signe de la naissance d'un homme illustre : il avait son étoile... On dit encore de quelqu'un qu'il est né sous une bonne étoile. Il faut ajouter que le ciel en Orient est incomparablement plus lumineux et plus constellé que dans nos pays : les nuits sont toujours magnifiques et les étoiles étincellent brillamment.

En Arabie vivaient alors beaucoup de Juifs. Ils y faisaient du commerce, des échanges. Les savants qu'étaient les Mages connaissaient sûrement la religion très originale de ces Juifs et leur attente d'un Messie qui, à les entendre, inaugurerait dans le monde un nouvel « âge d'or ». Et les Juifs, très fiers, citaient une prophétie de leurs livres sacrés : « Un jour une étoile se lèvera au pays où a vécu Jacob et la royauté sera donnée à un fils du peuple d'Israël. »

Une nuit, les Mages ont vu apparaître dans la direction de Jérusalem, un astre nouveau, une comète sans doute. Ils ont échangé leurs impressions ; une lumière de Dieu les a éclairés au-dedans du coeur ; ils ont pensé subitement au futur roi des Juifs. Aucune hésitation : ils ont voulu en avoir le coeur net. Et ils sont partis, à travers le désert, en direction de Jérusalem, la Cité sainte du Judaïsme.

A la question inattendue qu'ils posent aux habitants, on peut s'imaginer l'étonnement général. A cette nouvelle, Jérusalem connaît une vive émotion, et le roi Hérode, prévenu, en est bouleversé. Comment ? Des étrangers viennent lui apprendre la naissance d'un rival, et lui n'en sait rien ! Aucun doute : il s'agit du fameux Messie... Que faire ?... Le Messie .. c'est une question religieuse autant que politique ; on parle d'étoile, de prophétie : c'est du domaine du culte. Qui peut bien être compétent dans cette affaire sinon les pontifes de la religion et les spécialistes des questions religieuses : les Scribes ?

Il envoie donc des convocations urgentes : chefs des prêtres et scribes arrivent empressés. Il ouvre la séance en leur demandant à quel endroit le Christ doit naître.

Cette question posée à brûle-pourpoint ne démonte pas ces hommes instruits. Pourtant il s'agit là d'un événement bien mystérieux. D'après la croyance générale, quand le Messie viendra, on ne saura pas exactement son origine ; il vivra longtemps inconnu ; mais un beau jour il sortira de l'ombre d'une manière retentissante : car le prophète Elie, revenu sur terre, le sacrera solennéllement en versant sur sa tête l'huile sainte qui fait les rois. Tout cela est assez obscur, il est vrai ; mais en tout cas une chose est certaine : il aura pour ancêtre le roi David ; il naîtra dans sa famille. Or, David est originaire de Bethléem. A ce sujet il y a bien un texte dans leurs Livres sacrés, une prophétie de Michée. Après un court échange de vues, on va chercher le rouleau et le plus digne de l'assemblée répond à Hérode :

« C'est à Bethléem de Judée. En effet voici ce qu'a écrit le prophète : « Quant « à toi, Bethléem, en pleine terre de Judée, tu n'es pas le moindre des chefs-lieux « de cette province ; car c'est de toi que sortira le Chef qui doit gouverner mon «peuple d'Israël. »

Hérode, satisfait, les congédie. Il est rassuré. A Bethléem, cette petite ville à un galop de cheval de son palais, il ne connaît aucune famille noble. Quant à la race de David, elle est désormais sans importance et ses derniers rejetons passent absolument inaperçus dans la classe populaire. Et puis toutes ces histoires d'astrologie, de prophétie, lui paraissent bien chimériques, sans compter qu'il s'agit d'un nouveau-né. Croire à tout cela c'est se rendre ridicule. Cependant il reste curieux de voir ces étrangers.

Il convoque donc les Mages à huis clos, et, par un reste de soupçon s'informe du jour exact de l'apparition de l'étoile. C'est tout récent. Il s'agit donc bien d'un enfant. Inutile de mettre sa police sur les traces de ces visionnaires.

Alors, jovial et bon enfant,avec une pointe d'ironie, il leur dit :

« Voici la route de Bethléem. Allez donc ; renseignez-vous bien pour découvrir ce petit. Et quand vous l'aurez trouvé, revenez pour me le dire afin que moi aussi j'aille lui porter mes voeux. »

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Sur ces bonnes paroles, les voilà partis. Bethléem est à quelques heures de marche de Jérusalem ; la nuit tombe... Quelle n'est pas leur joie en revoyant l'astre déjà aperçu dans leur pays d'Orient ! Il indique bien la direction du Sud. Bientôt il paraît s'arrêter. C'est là qu'est l'Enfant.

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Sûrement, à Bethléem, Marie et Joseph n'habitaient plus la grotte étable mais avaient trouvé une petite maison. Après quelques recherches, les Mages entrent et trouvent Jésus avec sa mère. Sans prendre garde à ce modeste intérieur, ils comprennent, sous le coup d'une émotion soudaine, qu'ils ont là devant eux plus qu'une femme de charpentier tenant dans ses bras un bébé ordinaire.

Alors ils tombent à genoux en adoration. Marie, d'abord surprise devant l'irruption de ces grands personnages, les laisse faire en toute simplicité : elle se rappelle les paroles de l'envoyé céleste : «Dieu lui donnera le trône de David son aïeul » et la prédiction du vieux Siméon : «Cet enfant sera la Lumière qui éclairera les nations païennes. » Les Mages, ces princes idolâtres, peuvent adorer le Vrai Roi du Monde, Fils de Dieu.

En Orient on ne visite pas un important personnage les mains vides. Alors ils ouvrent leurs sacs de voyage et ils en sortent un peu d'or, de l'encens et de la myrrhe, espèce de résine parfumée. Ce sont là leurs présents : c'était ce que les commerçants allaient chercher en Arabie.

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Quelques heures plus tard, sous les tentes dressées auprès des dromadaires étendus, toute la caravane s'est endormie. Le lendemain matin, les Mages doivent revenir à Jérusalem rendre compte au roi Hérode de leur heureuse découverte. Mais, en s'éveillant au petit jour, ils se racontent leurs rêves de la nuit car on en tient toujours compte dans les pays orientaux et ils constatent ceci : une coïncidence étrange : pendant leur sommeil ils ont reçu du Ciel la consigne de ne pas retourner voir Hérode.

Dès l'aube, ils précipitent leur départ, et sans plus attirer l'attention de Bethléem, ils retournent au plus vite dans leur pays, par un autre chemin, probablement par la voie des caravanes au sud de la Mer Morte.


IX-UN MASSACRE D'ENFANTS

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La nuit suivante, Joseph, dans son sommeil, voit apparaître un. envoyé céleste qui lui donne cet ordre : « Lève-toi ; prends l'Enfant et sa Mère et pars au plus vite pour l'Égypte. Tu y resteras jusqu'à nouvel ordre, car Hérode va faire chercher l'Enfant pour le tuer. »

Aussitôt Joseph se lève ; à la hâte il rassemble les quelques bagages ; et, la nuit même, la famille se met en route pour passer la frontière. Sûrement, pense Joseph, l'arrivée à Bethléem de ces grands cheiks arabes a attiré l'attention de la police du roi... »

Ils devront rester en Egypte jusqu'à la mort d'Hérode. Au nom de Dieu, un prophète avait jadis déclaré : « Je rappellerai mon Fils du pays d'Egypte. » C'est l'accomplissement de cette prédiction.

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Un ou deux jours se sont écoulés depuis le passage des Mages à Jérusalem. Quelqu'un de l'entourage du roi, parlant des faits divers rappelle sans doute que les fameux Mages ont manqué à leur promesse : ils ne sont pas revenus. Alors le roi commence à soupçonner quelque complot. A la pensée d'avoir été dupé par les Mages, Hérode entre dans une violente colère. Il se croit trahi. Sûrement on lui prépare un successeur et on le cache sous le nom du Messie. C'est un début de révolution. Il veut arrêter l'affaire en la noyant dans le sang.

Il ordonne à ses policiers de se rendre immédiatement à Bethléem et dans les hameaux environnants et de tuer tous les enfants de deux ans et au-dessous, suivant, explique-t-il, les renseignements qu'il tient des Mages sur l'époque de l'apparition de l'astre. Il compte large, mais peu lui importe : il veut avant tout assurer la paisible possession de sa couronne. La douleur atroce d'une vingtaine de mamans à qui on arrache brutalement les petits innocents qu'elles nourrissent de leur lait doit payer la tranquillité du tyran.

On peut dire à cette occasion qu'une des prédictions de Jérémie le prophète, est ce jour-là réalisée : « Il s'est fait entendre à Bethléem une voix qui se lamente et gémit de douleur. C'est Rachel qui pleure ses enfants, Rachel qui est inconsolable, parce qu'ils ne sont plus. » On plaçait en effet le tombeau de Rachel, rrire du peuple juif, dans la région de Bethléem.


X-SUR LA ROUTE DE L'EXIL

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Pendant ce temps, Marie et Joseph s'enfuient sur la route de l'Égypte. C 'est la frontière la plus proche, et pourtant distante de deux cents kilomètres.

Il faut atteindre au plus vite Gaza, la dernière ville avant le désert. Que de fois Marie, serrant son enfant sur son coeur, doit se retourner, apeurée, à la seule pensée d'une poursuite des cavaliers d'Hérode... Un trot de cheval, le regard inquisiteur des passants... tout devient un sujet de tereur pour ces proscrits craintifs.

A Gaza on fait les dernières provisions. L'or des Mages est vraiment bien nécessaire. Il faut maintenant se faire accepter par quelque chef de caravane, car nul ne peut, seul, s'aventurer dans le désert : le manque d'eau, l'épui­ sement des forces, les bêtes affamées, les razzias des bédouins... On doit tout craindre.

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Voici la vallée du Nil, ce fleuve majestueux aux flots d'ocre reuge, avec ses grands voiliers qui semblent glisser entre les berges de roseaux et de bambous ; au loin on voit se détacher sur un ciel violacé la silhouette des Pyramides. Perdues au milieu de cette civilisation étrangère, quelques petites communautés juives de commerçants. Mais on y trouve aussi des exilés, des agitateurs politiques qui ont , fui la police d'Hérode : gens, aigris et désabusés, traînant une existence de rancoeur et de dégoût. Joseph vient pourtant s'yadjoindre et son cas est bien difficile à expliquer à ses compatriotes I...

Tout le cadre de la vie est païen : les souvenirs des anciens pharaons, les temples, les statues, les bas-reliefs des dieux et des démons avec leurs corps d'homme ou de femme et leurs têtes de boeuf, d'hippopotame ou de vautour ; les tenues et les costumes des habitants qui se parent d'emblèmes magiques. portent en procession des fétiches de marbre ou de terre cuite et gardent des momies parfumées sous des montagnes de pierre. Quel isolement pour Marie et Joseph et quel spectacle pour les yeux de Jésus qui commencent à s'ouvrir !


XI-LA MORT D'UN TYRAN

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Quelques années plus tard, un beau jour, on apprend en Égypte une grande nouvelle : Hérode est mort.

Il était alors âgé de 70 ans ; il devait expirer dans les souffrances d'entrailles les plus atroces. Dans sa douleur il voulut se tuer. On l'en empêcha. Mais à mesure qu'il sentait sa fin approcher, sa rage allait croissant, car il se rendait compte que la nouvelle de sa mort serait saluée comme une joyeuse délivrance. C'est pourquoi il avait voulu qu'on pleurât de force au moment de sa mort. Il avait imaginé, à ses derniers instants, de faire enfermer les plus nobles familles du pays dans le cirque de Jéricho, sa ville de plaisance, et avait donné à sa garde l'ordre de les massacrer à l'arrivée du messager qui porterait l'annonce de son dernier soupir. Son entourage put empêcher à temps ce massacre monstrueux. On lui fit des funérailles splendides .: son cadavre fut habillé de pourpre, orné de pierres précieuses et porté sur une litière d'or. On brûlait de l'encens autour de lui ; mais tout le peuple le maudissait au passage.

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-Dans ces moments-là, Joseph revoit en songe l'envoyé du Seigneur qui lui dit :

«Lève-toi et retourne maintenant au pays d'Israël avec l'Enfant et sa mère. Car ils sont morts ceux qui en voulaient à sa vie. »

Il se met donc en route vers la Palestine. Mais , à la frontière, il apprend que c'est Archélaüs, le fils aîné d'Hérode, qui règne à la place de son père dans la province de Judée. Alors il n'ose plus rentrer dans son pays : il craint d'exposer Jésus à de nouveaux dangers. Archélaüs A une réputation dé cruauté au moins égale à celle de son père. Joseph est donc très indécis : Jésus doit-il grandirà Bethléem où il est né ?... Lui-même n'est-il pas trop connu à Nazareth ?... On va sûrement jaser sur leur absence prolongée loin du pays. Comment répondra-t-il aux questions indiscrètes ? Une belle nuit, il est éclairé pendant son sommeil ; et le lendemain sa décision est prise. Il se met en route pour la Galilée : «il va habiter à Nazareth. Un prophète l'avait bien prédit : Le Christ sera appelé Nazaréen».


XII-UN MÉNAGE POPULAIRE

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La maison ordinaire comprend deux pièces : la première, au sol battu, de plain-pied avec la cour, sert de remise pour les outils et les articles de ménage et en même temps d'étable pour la chèvre, l'âne ou les quelques moutons ; la seconde, qui s ouvre dans la première, est la chambre principale et sert à la fois de cuisine, de salle à manger et de chambre à coucher : elle est éclairée par une étroite fenêtre. Dans un coin on trouve une sorte de poêle en terre glaise où l'on fait la cuisine ; dans un autre, le saloir, quelques gros pots de grés où l'on conserve le blé et les fruits secs, des cruches pour l'huile, l'eau et le vin, une marmite et des plats à pâte ; au bas des murs, un ou deux grands coffres ou bahuts servant d'armoire où l'on range les vêtements et les quelques menus objets précieux. Accrochés aux murs, des outres, des corbeilles, des « ustensiles » de cuisine, et, sur des rayons d'argile séchée, les petites lampes à huile. Roulées à un bout de la chambre, les nattes qu'on étendra au milieu pour dormir la nuit ; en été on les transporte sur le toit plat de la maison : un escalier de pierre accolé au mur y donne accès du dehors, et ainsi on couche souvent à la belle étoile, sous le grand toit du bon Dieu.

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Marie s'occupe dans la cour, au milieu des voisines, à l'ombre d'un figuier.

Elle est vêtue d'une longue robe de couleur ornée de galons. Sur sa tête un voile rejeté en arrière cache ses cheveux tressés avec quelques barrettes de cuivre. Aux pieds, des sandales, à semelles de bois. On connaît la mode, bien sûr : certaines femmes aisées se font teindre les cheveux, portent des bandeaux et des étoiles d'or ou d'argent, des voiles en dentelle et des sachets de parfums dans les plis des vêtements et les contreforts des chaussures. Marie, femme du peuple, est certainement très réservée, mais elle ne néglige rien d'une tenue digne et plaisante. Elle est de son temps, de son village et veut que Joseph soit fier de sa femme.

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Jésus est là, près d'elle, tout petit enfant qui se cramponne à sa robe, tandis qu'elle travaille. C'est un petit garçon éveillé qui grandit auprès de sa maman en regardant curieusement ses moindres faits et gestes. Il est Dieu aussi, ne l'oublions pas ; mais pour le moment sa divinité est voilée comme un sommet de montagne caché par les nuages ; et, petit homme, il découvre le monde. Il regarde sa mère moudre le grain dans un moulin fait de deux pierres articulées qui s'emboîtent, mêler le levain à la pâte et chauffer le four d'argile. Il suit des yeux le mouvement du fil qui s'enroule sur le fuseau et que Marie tisse ensuite au métier. Il la voit chercher de vieilles pièces peur raccommoder le court vêtement de Joseph ; quand il aura grandi il demandera pourquoi on n'y met pas un morceau neuf. Il accompagne sa maman au puits du village : Marie porte la cruche sur sa tête et lui trottine à ses côtés.

Là-bas on rencontre les gens du village.., on cause des événements du jour. Les commérages vont bon train. C'est bien difficile pour Marie de se mêler aux potins du bourg, elle qui est sans péché. La plupart admirent ces voisins si simples, si souriants, toujours prêts à rendre service et qui vivent en bonne entente avec tout le monde. Mais certaines mauvaises langues causent sur cette famille : « Quels drôles de gens tout de même !... Au fait, pourquoi sont-ils allés en Égypte ?... » A vrai dire leur merveilleuse entente froisse quelques-uns. On jalouse un foyer si uni, un petit garçon si intelligent, si aimable et si ouvert. Pour les rabaisser dans l'estime des autres on les dénigre ; ne dirait-on pas que la mère est comme en adoration devant son enfant !

Serait-il un fils de roi par hasard ? Son père n'est pourtant qu'un vulgaire ouvrier charron, le charpentier du village !...

Joseph possède un petit lopin de terre sur la colline. Il va le cultiver entre ses heures d'atelier. Jésus, quand il a grandi, l'accompagne. Il mène au champ les brebis et les chèvres, regarde Joseph labourer, semer, cultiver, brûler les mauvaises herbes. Il cueille pour sa mère un bouquet d'anémones et de lys sauvages, et rapporte des raisins et des figues.

Jésus est vraiment un garçon comme tous les garçons. Petit à petit, il s'est éveillé à la vie. Sa maman a dû le tenir pour lui faire faire ses premiers pas ; et quand elle l'a abandonné à lui-même en ouvrant ses bras à quelques mètres devant lui, avec quel empressement n'a-t-il pas dû s'y jeter, tout étonné et tout fier d'avoir pour la première fois, marché tout seul. Elle a dû lui apprendre aussi à changer ses premiers balbutiements en syllabes sonores ; mais surtout avec quel amour respectueux elle a dû lui faire prononcer pour la première fois le nom de son vrai Père. « Dieu » ! et ,ce garçon doit très fort ressembler à sa maman.

Si bien qu' à' Nazareth, Jésus grandit et se fortifie et son intelligence s'éveille. Il va aussi à l'école du village :assis sur des nattes de paille tressée, il apprend à ire dans le texte de la loi. Il aide bientôt Joseph dans son travail : c'est un apprenti qui fait les courses, range et balaie l'atelier. Plus tard, il fera les travaux de dégrossissage, partira livrer les commandes en attendant d'aller avec Joseph travailler à domicile. En somme il vit la vie ordinaire de tout le monde.

Mais, comme on voit certains enfants merveilleusement doués pour la musique ou le dessin, Jésus est un enfant prodige dans le domaine religieux. Que de questions il pose à propos des prières qu'on récite et des cérémonies auxquelles on assiste chaque sabbat à la Synagogue ! Il est clair que sa nature divine, Dieu en lui, envahit tout l'espace que son développement humain gagne chaque jour... comme un soleil rayonnant irradie là terre de clarté à mesure que se dissipent les nuages et les brumes. On sent vraiment que la grâce de Dieu est en Lui. Avec quel sentiment de religieux respect Marie voit sourdre en lui la divinité (comme une mère qui sait que Dieu habite dans son petit nouvellement baptisé et qu'élever un enfant, ce n'est pas seulement étendre un petit corps dans un berceau, mais encore faire grandir Dieu dans cette âme).

Jésus, lui, Dieu en même temps qu'homme, va d'instinct aux choses religieuses comme jamais enfant ne s'y est senti porté, même le plus prédestiné!

Deux fois par jour, on fait la prière en famille : Joseph dirige : il prend dans un petit étui, fixé au mur près de la porte d'entrée, un rouleau de parcheminet récite la prière du matin et du soir qui commence ainsi : " Le Seigneur notre Dieu est le seul Seigneur. Tu dois l'aimer de tout ton coeur, de toute ton âme et de toutes tes forces.

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Chaque semaine, le samedi (ou sabbat) est le jour consacré à Dieu. Dès le vendredi soir, au coucher du soleil, on entend la trompette du village annoncer l'approche du sabbat. Il faut se hâter de finir le travail et le ménage, car, une heure après, un second coup de trompette indiquera que le sabbat commence A partir de ce moment-là, dans chaque maison, devra briller la lampe du sabbat. Marie allume donc la petite lampe à huile qui marque à la maison que ce jour est vraiment le jour du Seigneur, un jour de lumière et de joie. Il n est plus permis, pendant vingt-quatre heures, de faire la cuisine : on tient dans le four les repas préparés le vendredi pour le sabbat.

Ce jour-là on va à la Synagogue qui est comme l'église du village. En droit, il n'y a qu'un lieu de culte pour tout le pays : c'est le Temple de Jérusalem ; mais à cause de l'éloignement, il faut bien un lieu de réunion pour la prière publique et l'instruction religieuse du peuple.

La Synagogue est le grand édifice du village. Au milieu d'une grande salle carrée on voit un pupitre dressé sur une estrade. C'est là que montent le lecteur et les orateurs du jour. Dans les stalles, autour du pupitre, se placent fièrement les notables du pays. Au fond, un grand coffre contient les rouleaux de parchemin des textes sacrés. On se rend à la Synagogue en famille. En entrant on se lave les mains dans un grand bassin. Puis Joseph et dès qu'il est en âge d'y venir Jésus s'asseoient sur les bancs réservés aux hommes. Marie retrouve sa place parmi les rangs des femmes. Alors on chante des cantiques. Puis un prêtre ou un professeur de religion ou même, à son défaut, un homme ordinaire qui sait lire correctement donne lecture et explication d'un passage de la Loi de Moïse ou des Auteurs religieux célèbres. S'il y a un professeur de religion, il fait un sermon, et s'il se trouve un prêtre, il bénit l'assemblée. Alors on peut rentrer chez soi. L'après-midi on va en visite dans sa famille, à condition que le chemin à faire ne soit pas trop long, car il est défendu d'entreprendre de longues marches ce jour-là.

Ainsi se passe la vie à Nazareth, et aucun événement ne vient troubler la vie de ces honnêtes gens du peuple. Jusqu'à un certain pélerinage mouve­ menté à Jérusalem qui sera pour Marie et Joseph le sujet d'une forte émotion.


XIII-L'ENFANT QUI DEVIENT MAJEUR

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Chaque année tout bon Israélite doit aller prier Dieu dans son temple.

Les parents de Jésus choisissent pour le pèlerinage à Jérusalem le temps des fêtes de Pâques.

Depuis sa tendre enfance Jésus assiste au passage de caravanes de pèlerins : un défilé interminable de gens avec leurs bêtes ; les uns marchent à pied, les autres sont à dos d'âne ou de chameau. Les chefs entonnent des cantiques ; les joueurs de flûte, de tambourin et de cymbales annoncent à grand bruit leur arrivée dans les bourgs qu'ils traversent.

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Or, cette année-là, Jésus est arrivé à sa majorité. En Orient les enfants sont plus précoces. Autour de 12 à 14 ans, un garçon est sensiblement arrivé au développement d'un Français de 18 ans. A dater de ce moment, il est tenu au pèlerinage annuel. Déjà, depuis l'âge de raison, il porte le signe distinctif du peuple de Dieu : une touffe de brins de laine bleue attachée à son court vêtement. Mais vers les 12 ans, la Loi lui prescrit de venir sacrifier au Temple. Suivant le règlement, Jésus qui a ses douze ans, prend part avec ses parents au pèlerinage annuel.

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On suit la route de la vallée du Jourdain. Dès qu'on aperçoit Jérusalem qui se dresse au-dessus de la dépression du Cédron, et la masse imposante du Temple avec ses colonnades de marbre doré, on se jette à terre et on pousse une vibrante acclamation en tendant les mains vers la Maison de Dieu. Puis on entre dans la ville en défilé au son des flûtes et des trompettes.

Quelle émotion pour Jésus qui vient pour la première fois dans la Maison de son Père ! Car Dieu habite vraiment ce Temple d'une présence particulière, comme II l'a promis à Moïse et aux ancêtres. Son coeur d'homme déborde d'un amour inouï. S'il est venu au monde, c'est pour faire la volonté de son Père.

Mais il ne peut pas prier au milieu de cette cohue ; l'odeur de sang versé et de chair grillée l'importune. Il vient pour remplacer ce fleuve de sang inutile qui ne peut satisfaire son Père. QuIimportent les milliers de têtes de bétail qu'on immole en ces jours-là sur l'autel des sacrifices et qu'on rôtit dans les brasiers ! C'est Lui, la Vraie Victime venue pour détruire le Mal par son Sang et réconcilier le Monde coupable avec Dieu. Il a besoin d'être seul pour prier à son aise.

Dans cette foule grouillante on est vite séparé : Joseph est entré dans la cour réservée aux hommes ; Marie n'est pas inquiète : les lieux de rendez-vous, l'horaire de départ de la caravane sont fixés. Et puis Jésus est maintenant un adulte ; il faut qu'il soit libre de ses mouvements pendant la durée du pélerinage et l'an prochain il pourra le faire seul, à son gré.

Les journées obligatoires du pèlerinage une fois terminées, Marie et Joseph prennent le chemin du retour. Mais Jésus, lui, reste à Jérusalem. Eux ne s'aperçoivent pas tout de suite de son absence.

En effet, plus de cent cinquante mille personnes quittent ces jours-là la Ville Sainte : sur les routes l'encombrement dépasse tout ce qu'on peut imaginer : pèlerins, ânes, chameaux, bagages et provisions de toutes sortes s'alignent sur des kilomètres. Aussi, pour s'y retrouver entre gens d'une même contrée, il faut s'attendre au campement de la première étape.

Ils supposent donc que Jésus est dans la caravane et font ainsi une journée de chemin. Mais, à l'étape, ils commencent à le chercher parmi leurs parents et connaissances. C'est en vain. Alors ils reviennent sur leurs pas en le cherchant toujours ; ils questionnent tous les groupes de pèlerins qu'ils rencontrent, si bien qu'ils arrivent de nouveau à Jérusalem. On comprend leur émoi. Qu'est devenu Jésus ? Comment le retrouver dans ce fourmillement de monde qui encombre les rues ? Ils repassent dans la maison amie qui les a accueillis pour manger l'agneau pascal et dans les boutiques dont ils sont un peu clients.

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Ils en sont au troisième jour de leurs recherches quand ils le découvrent enfin dans le Temple.

C'est sous les immenses cloîtres qui entourent les cours intérieures. Des groupes, de place en place, discutent dans un cercle d'études sous la direction d'un professeur. Les semaines de fête sont en effet, pour les Israélites dispersés aux quatre coins du monde, l'occasion de venu s instruire près des professeurs en renom. Le savant, assis sur un tabouret, expose son cours. On pose des questions, on discute, le Maître tranche et félicite pour une bonne réponse.

Jésus est là, au milieu d'un groupe de spécialistes des questions religieuses ; il écoute, il questionne. Cet enfant prodige fait l'admiration de tous les professeurs par la vivacité de son intelligence et l'à-propos de ses réponses.

Marie et Joseph en restent tout interloqués. Ils ne comprennent plus... Comment ? Eux le cherchent avec angoisse et Lui désormais semble se désintéresser d'eux ; Lui, de son côté ne les cherche pas ! Il n'a donc plus besoin d'eux. Aucun doute, on leur a changé leur Jésus

Il y a dans toute vie de famille de ces instants pénibles : lorsqu'une mère, par exemple, sent son enfant devenir un homme, manifester plus ou moins brutalement ses premiers désirs d'affranchissement et se dégager de sa tutelle, son coeur en souffre ; ce n'est plus le petit garçon qu'elle a élevé et dirigé jusque là.

« Mon fils », ne peut s'empêcher de dire Marie, quelle façon d'agir avec nous ? Vois, ton père et moi, tout en peine, nous te cherchions partout ! »

Jésus, lui, ni ne s'excuse ni ne demande pardon. Ce qu'il a fait là, il est en droit de le faire : il est majeur maintenant. Mais c'est avec un regard profond et doux qu'il répond :

« Pourquoi me cherchiez-vous ainsi ? Vous auriez dû penser que c'est mon devoir de me consacrer aux affaires de mon Père ! »

Sur le coup, ils ne comprennent pas ce qu'Il veut dire. Mais Marie en gardera toute sa vie le souvenir. Elle devait comprendre plus tard que cet Enfant ne lui resterait pas, qu'un jour Il partirait pour sa mission. C'est aussi une manière de la préparer au jour de son départ définitif. Car Jésus ne donne pas d'éclaircissement à sa mère. Marie a juste quelques révélations pour se guider : celle de l'Ange Gabriel au jour de sa visite, celle du vieux Siméon : toutes deux glorieuses, mais aussi combien mystérieuses.

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Jésus suit ses parents et ensemble on reprend le chemin de Nazareth.
Mais il y a quelque chose de changé dans la famille. Un sentiment d'insécurité et de crainte plane dans la petite maison. Un jour ou l'autre, Marie et Joseph le sentent bien, Jésus les quittera, car il est désormais aux ordres de son Père. Pour Lui, il reste envers eux le fils soumis. Tous les habitants de Nazareth qui voient grandir ce jeune homme trouvent qu'Il fait des progrès remarquables ; et Dieu son Père est satisfiiit.

Maintenant qu'Il est considéré comme un homme, Il aide son père comme un vrai compagnon. Il lui arrivera de revenir à la maison, ruisselant de sueur et tout courbaturé de l'effort fourni pendant une rude journée. Il devra satisfaire les clients grincheux et exigeants. Comme tout le monde il devra apporter son salaire pour assurer lr pain quotidien.

Joseph meurt sans doute dans les années qui suivent, puisque nous ne le rencontrerons plus désormais. La maladie et la mort viennent frapper à la maison de Nazareth. Jésus a connu d'expérience les progrès du mal, la souffrance des êtres chers, le deuil et la disparition du soutien de famille.

Et, seul à l'atelier et pour son compte, il doit maintenant reprendre la rude tâche de charron de village.