Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de 
Mgr Pierre André Fournier  et ami de
ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande

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DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
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LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?

Je remercie Mme Dominique Talbot qui a fait cette bannière pour moi, je la remercie beaucoup, cette femme à un magnifique site qui nous comble de joie et de surprise, demandé sa mise à jour. Pour vous donnez une idée cliquée sur le logo en haut Merci Dominique

Titre de la série :
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Titre de la page:

Vie contemplative et vertus cardinales

Nom de l'auteur:
P.Irénéen.Hausherr.s.j.

XI
Vie contemplative et vertus cardinales

Justification de la vie contemplative.

Les rationalistes se moquent de nos convictions, mais nous devons croire que nous travaillons au salut du monde plus efficacement que ceux qui se font ériger des monuments comme sauveurs du peuple. On retrouve d'antiques statues de personnages avec ce titre inscrit. Que reste-t-il de ce qu'ils ont sauvé ?

L'idée juste, c'est celle d'Abraham : un pourcentage minime de saints peut changer le sort de l'humanité. Si nous sommes de ce petit nombre, du nombre de ceux qui prient, notre vie sera féconde ! Impossible de faire une statistique : beaucoup se cachent pour prier.

Croyons que notre prière peut sauver le monde, et pas seulement obtenir la victoire à notre pays, s'il est en guerre. Dieu n'exauce pas tout le monde en ce domaine temporel. C'est sur le plan spirituel que la prière est toujours exaucée.

Cet aspect de la prière est important dans l'histoire de l'Église. C'est le véritable sens de ce qu'on appelle la vie contemplative. Les contemplatifs ont pour mission de prier pour le salut du monde. Ce n'est pas là, cependant, le principal de leur mission. Leur raison d'être essentielle est de constituer des foyers de vie spirituelle parmi les hommes. On constate leur rayonnement à des siècles de distance. Qu'est-ce qui a fait l'Europe ? Les monastères, par leur existence, leur vie de prière, les courants spirituels qu'ils ont répandus dans le monde barbare.

Non seulement les monastères de vie contemplative, mais les congrégations les plus actives, ont la prière inscrite dans leurs règles. La prière y apparaît plus importante que leur action directe sur le monde. Quant à ceux qui n'ont aucune activité extérieure ils ne peuvent se justifier d'exister que s'ils sont, vraiment, le sel de la terre (Matt. 5, 13).

Les contemplatifs sont le sel, mais le sel peut s'affadir... Le prédicateur, lui, peut toujours prêcher, même s'il n'est pas le sel... Le sel agit d'une manière imperceptible. Il doit disparaître pour saler. Où il n'agit pas, la masse reste insipide. Si le sel s'accumule en un endroit, cet endroit est inutilisable. On disparaît en se spiritualisant. Cette spiritualisation se fait dans la prière.

Il arrive qu'on constate le rayonnement des cen Ires de prière sur un quartier, sur une ville, sur une région entière. C'est le cas des Bénédictins de la rue de la Source à Auteuil. A l'entour, tout le monde les connaît, les respecte et beaucoup fréquentent leur église. Ils exercent une action réelle par leur seule existence de prière, par la charité de leur accueil et par leurs prédications dominicales.

Il y a des adoratrices qui ne prêchent pas du tout. Certains les déclarent inutiles. Nous devons maintenir qu'elles sont indispensables, pourvu qu'elles soient de véritables orantes. Toute vie religieuse doit être « contemplative » ; autrement, ce n'est pas une vie religieuse. Mais la vie religieuse, même la plus cachée, accomplit un service social. Il en fut toujours ainsi. Le rayonnement des Bénédictins crée une atmosphère de haute spiritualité, et les gens qui ne sont pas capables de s'élever par eux-mêmes au-dessus de la matière viennent chez eux se faire soulever.

La prière liturgique des moines est par elle-même rayonnante. Elle est faite pour rayonner. Mais autour de toute personne qui prie il y a aussi quelque chose qui rayonne. Qui n'en a fait l'expérience ? Les âmes de prière donnent l'impression de la présence de Dieu. Mais le contraire se produit aussi, et on le constate plus facilement. J'ai un jour été pris de frayeur en entendant dire d'un certain prêtre : « Il ne prie pas ». En revanche, dans nos communautés, parfois, certaines âmes ressemblent à Moïse descendant du Sinaï, la face rayonnante de lumière. Dans la vie de saint Antoine l'anachorète, il est souvent question des démons.

Chose curieuse : dans les temps modernes, les saints les plus profondément intérieurs, les plus mortifiés, comme le saint curé d'Ars, provoquent eux aussi la colère des démons. Les Anciens étaient convaincus qu'une des fonctions de la vie monastique était de lutter contre les démons. Le départ des moines pour le désert n'était pas pour eux une fuite, mais une offensive : ils y allaient, décidés à lutter contre les démons. Ils croyaient que le désert était leur domaine.

N'est-il pas dit dans l'Evangile que Notre- Seigneur s'est retiré dans le désert « pour y être tenté par le démon » 1 ? N'y est-il pas dit encore « que le diable va dans le désert et en revient avec sept autres démons plus méchants que lui » 2 ? Voilà pourquoi la tradition ancienne a toujours considéré la vie érémitique comme un service social. Les moines pensaient rendre service à l'Eglise. Evagre se montre leur fidèle disciple quand, dans son Traité de l'Oraison, sur cent cinquante-trois chapitres, il en emploie une trentaine à décrire les vexations auxquelles les moines sont en butte au temps de la prière.

Le démon est jaloux de l'homme qui prie. Il ne cesse d'inventer des moyens pour l'en empêcher. Pourquoi ? sinon parce que la fin dernière de toute la création, c'est la contemplation de Dieu ? La prière est un bégaiement de cette contemplation. Le démon essaie de l'étouffer. Beaucoup d'âmes sont préoccupées de rendre service à l'humanité, mais beaucoup aussi s'égarent en donnant la première place à l'action directe. La spiritualisation de l'univers se paie par toute la vie, surtout par la vie de prière. Puisse cette persuasion donner aux âmes la « tentation » de devenir des contemplatives au sens le plus vrai et le plus profond de ce mot.

Les moines ont donné un autre sens encore à leur vie : ils ont voulu trouver Dieu dès ici-bas d'une façon consciente. Il n'est pas nécessaire d'avoir cette « conscience ». Il suffit de trouver Dieu par la foi tout simplement. Beaucoup de religieuses sont vouées par vocation à des oeuvres de charité. Et c'est une source de distractions. La charité fraternelle n'est pas directement favorable au recueillement que réclame l'union consciente avec Dieu. Est-ce une raison pour prendre en dégoût une vocation religieuse active ? Il y a des distractions dans la prière qui sont de purs actes de charité.


Vie de prière et vertus en général.

Il faut envisager la synthèse totale : Dieu et l'oeuvre de Dieu. Puis, voir cette synthèse par le détail. Chaque détail n'est peut-être pas grand- chose en lui-même, mais c'est à travers cette multiplicité que nous apprenons à contempler l'infime grandeur de Dieu. Les petites choses sont grandes pour une grande intelligence et un grand amour. Contre ce dynamisme de l'intelligence et de l'amour, il y a en nous des forces de rétrécissement, ce que saint Paul appelle « la chair ». Si nous y cédons, notre coeur se ratatinera, notre recueillement sera à base de séparation, alors que la charité est toute communion. La formule « Dieu et moi », au sens exclusif, n'est pas chrétienne.

Il est nécessaire de nous séparer de toutes choses, c'est vrai, mais non en tant qu'elles sont l'oeuvre de Dieu. Cependant, nous ne pouvons d'emblée passer de notre psychologie humaine à une charité sans limite, de notre petite sphère personnelle à la contemplation de Dieu et de toute son oeuvre. Cela suppose beaucoup de sacrifices : la nuit des sens et la nuit de l'esprit, qui sont des expériences spirituelles à la fois de détachement et de dilatation des forces d'universalisation et par le fait même de divinisation.

Méfions-nous des limitations que notre affectivité impose à notre intelligence. Nous sommes naturellement éclectiques, nous choisissons, nous mutilons, parce que notre esprit est étroit. Il ne faut pas être éclectique quand il s'agit de l'Evangile. Il faut prendre Notre-Seigneur Jésus-Christ tout entier. Ses richesses nous débordent de toutes parts ; elles nous épanouissent merveilleusement : esprit, âme, coeur.

Pour jouir de ces richesses, il faut sortir de la dévotion étroite, ne pas se contenter de la dévotion à l'Enfant Jésus, de Prague 3 ou d'ailleurs. Il est irréel en tant qu'enfant, il n'est plus un bébé. Même quand Jésus était enfant, il était le Verbe de Dieu... Cette petite fille de sept ans l'avait compris, que sa catéchiste exhortait à faire « un sacrifice » pour « faire plaisir au petit Jésus ». « Petit Jésus ? répondit-elle, il n'y a pas de petit Jésus. Il est mort sur la Croix, et maintenant, c'est Jésus. »

Si nous rétrécissons ainsi notre dévotion, elle devient insuffisante pour vivre. Le christianisme a pour objet l'infini : Dieu ; et l'immense : toute l'oeuvre de Dieu. Celui qui est chargé de nous ouvrir le royaume de la charité, c'est l'Esprit-Saint : ne contristons pas l'Esprit-Saint en opposant à sa volonté notre obstination. Qu'est-ce que la charité ? Il y en a qui le savent mieux par la vie concrète que par la pensée abstraite. Qu'est-ce que la charité ? C'est la synthèse chrétienne.

Le mot « synthèse » est trop abstrait. Il fait penser à un tableau synoptique. La charité est beaucoup mieux que cela : elle est une unité : « In unitate Spiritus Sancti », dit la théologie en parlant du Saint-Esprit qui est charité. Cette formule se rapporte d'abord à la Sainte Trinité. Mais, précisément, c'est cette unité dans laquelle nous sommes transplantés 4. C'est là le Royaume du Fils de sa Dilection, car la charité des Personnes divines a été « répandue dans nos coeurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné » 5.

Une synthèse est cérébrale. L'unité est vitale : on la vit, on la sent. La charité est bien plus qu'une synthèse : c'est un monde, c'est l'atmosphère dans laquelle nous respirons, nous évoluons. Notre vie y devient prospère, exubérante, enivrante. C'est le Royaume de Dieu, un univers dans lequel nous sommes nourris du Pain de vie, et non pas d'un pain matériel ; dans lequel nous sommes abreuvés, non d'une eau de citerne, mais d'une Eau vive ; mieux encore, d'un Vin généreux : le Corps et le Sang du Fils de la Dilection du Père ; nous participons de Sa nature, nous sommes de Sa famille, nous vivons de Sa vie.

C'est Dieu qui est la Charité. Le monde de la charité est infini comme lui. C'est en ce monde que le Verbe incarné nous fait entrer. Et maintenant nous y sommes, nous, les chrétiens.Par le Baptême nous avons été introduits dans la sainte Trinité, non par un acte légal, au nom de la loi, mais au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Celui qui baptise pourrait dire : « J'établis entre toi et la sainte Trinité une relation absolument nouvelle qui te donne le droit de dire en toute vérité à Dieu : Notre Père ».

Dans ce monde, où que nous allions : longueur, largeur, hauteur et profondeur 6, nous rencontrons Dieu. Dans l'univers, il n'y a rien qui n'appartienne à son Royaume, et en toute occasion nous pouvons le trouver dans la paix et affermir notre conscience d'être citoyens de ce Royaume et non des étrangers. Tout peut accroître en nous la foi, l'espérance et la charité, la prise de conscience de ce Royaume et de notre qualité d'enfants de Dieu. Dans ce Royaume nous sommes établis à demeure, comme fils 7

Prions, prions sans cesse le Père de qui vient toute famille, tout lien d'affection, toute vraie charité, afin qu'il nous le fasse comprendre non seulement par la logique de nos idées, mais existentiellement, coexistentiellement, per Ipsum, cuin Ipso et in Ipso.


Les vertus cardinales.

Les quatre vertus cardinales contiennent toutes les autres vertus morales. On les a toujours considérées ainsi, et c'est dans ce cadre que saint Thomas étudie les vertus morales. Le schéma des quatre vertus cardinales remonte dans la nuit des temps. Socrate l'utilise déjà comme traditionnel. Les Pères de l'Eglise ont universellement admis cette doctrine comme une acquisition définitive de l'éthique humaine. Saint Augustin parle de « ces fameuses quatre vertus dont je souhaiterais que la réalité fût aussi fort dans les esprits que le nom est dans toutes les bouches » 8.

Il n'est pas nécessaire de démontrer longuement que la prière nous fait pratiquer ces quatre vertus autant et plus que d'autres occupations, non pas d'une façon plus voyante, mais plus subtile et plus pénétrante, parce que la prière nous met sous le regard de Dieu « qui sonde les reins et les coeurs » 9


La prudence

Est-il prudent de prier ? — Cela va de soi. Prudence, c'est prévoyance et providence. Pré­voyance humaine et providence divine.

La prudence humaine ne peut rien inspirer de meilleur que le désir de se soumettre à la Providence de Dieu. Et cela est prière.

Et c'est par la prudence que les autres vertus deviennent vertus.

La justice

La justice rend à chacun son dû. La prière rend son dû à Dieu ; et elle nous pré­are à le rendre au prochain. En nous-mêmes, la justice est aussi cette vertu générale qui maintient chacune de nos facultés dans sa fonction propre.

La prière tend à établir en nous cet équilibre et ce fonctionnement normal des facultés, ne fut-ce qu'en contribuant à éliminer ce qui le détraque : les passions. Elle maintient notre corps à sa place ; une place d'ailleurs utile et honorable pour lui. Car nous ne sommes ni manichéens ni platoniciens, nous ne méprisons pas le corps ; nous n'en faisons pas non plus une idole, comme les épicuriens. La justice maintient la sensibilité à sa place. Elle ne la tue pas ; elle la fait servir à une fin plus noble qu'elle-même.

Et la mémoire, le grand ennemi du recueillement pour les anciens ! Et l'imagination, la folle du logis pour les modernes ! A lire certains livres spirituels, on croirait que le mieux serait de les supprimer. Chose heureusement impossible, car nous avons besoin de l'une et de l'autre pour toutes nos activités humaines, y compris la prière. Affaire de justice encore.


La force

La prière est-elle un exercice de la vertu de force ? Il semble que non. Les bondieusards, les cagots, les bigots et autres tartuffes ne passent pas pour des héros. Reste à savoir si ce n'est pas précisément parce qu'ils ne prient pas pour de bon. Ne faut-il pas un acte de volonté pour se mettre en prière ? En tout cas, pour y persévérer, pour « rester des­sous » (hypomone) lorsque nous avons envie de fuir comme on fuit une tempête de grêle. Rappelons-nous sainte Thérèse et son sablier. Nous, nous avons des montres.

Notre Seigneur lui-même supposait que nous nous ennuyerions quelquefois de la prière, puisqu'il nous avertit : « Il faut toujours prier sans se laisser vaincre par l'ennui » l0. Il y a des gens qui ne sont pas capables d'attendre une demi-minute. Que de force ne faudra-t-il pas pour durer une heure dans le calme de l'oraison, et pour recommencer cette heure jour après jour, jusqu'à notre dernier jour... Et cependant, la prière aura raison de l'ennui, de tous les ennuis, même s'ils confinent à l'agonie.

La grande épreuve de la vie spirituelle est d'avoir à dire : « Que votre volonté soit faite et non la mienne » ! Cela paraît une abdication, mais c'est une grande preuve de force, et surtout un ennoblissement : la volonté de Dieu devenant notre propre volonté. La multiplicité des objets que nous poursuivons énerve notre faculté de vouloir ; tandis que l'unité de but, sans rien exclure en tant que moyen, la revêt de la force de Dieu. De là les exemples de volonté indomptable que donnent les Saints.

Platon avait déjà compris que la meilleure preuve de courage, c'est la victoire sur soi-même. Cette preuve de force d'âme, la prière nous met en demeure de la donner tous les jours. Nous finissons par ne plus nous en apercevoir et par trouver tant de douceur dans l'accomplissement de la volonté de Dieu, que nous ne savons même plus que c'est de la force. Quand surviennent des circonstances extraordinaires, comme les persécutions, les vrais fidèles sont forts : ils sont armés de prière.

Cela aussi doit nous faire aimer la prière, qui est une manière douce d'acquérir la force. La vraie force va de pair avec la douceur. Voyez la vie : elle est silencieuse, imperceptible, et elle fait sauter tout : une graine germe dans le creux d'un rocher. Un siècle après, le rocher est fendu. D'ailleurs, ce n'est pas seulement pour nous mettre à la prière et pour y persévérer que nous avons besoin de force, c'est quelquefois aussi pour sacrifier à Dieu le bonheur temporel de la prière.


La tempérance

Par elle-même, la vertu de tempérance ne semble pas se rapporter à la prière. Elle règle le boire et lle manger. Cependant dans l'Ecriture la prière et le jeûne sont souvent associés. Le signe habituel de l'intempérance, c'est l'impatience ; et rien ne mortifie celle-ci autant qu'une prière persévérante. La vertu de tempérance consiste à être maître de soi, à se tenir soi-même entre ses mains.

Platon compare l'âme et le corps à des chevaux fougueux qui doivent être tenus en bride par l'intelligence. Leur gouvernement par la raison est proprement tempérance. La prière nous rend maîtres de nous-mêmes, en apaisant autant qu'il est possible ici-bas notre fringale d'être heureux. Yahvé, mon coeur ne s'est pas gonflé ni mes yeux haussés. Je n'ai pas pris un chemin de grandeurs ni de prodiges qui me dépassent. Non, je tiens mon âme en paix et silence comme un enfant contre sa mère. (Ps 130) Ce sont les dispositions mêmes de la prière.

Il y a une forme de tempérance qui mérite une attention spéciale : c'est l'humilité. L'humilité inspire la prière, elle l'accompagne, et elle s'en nourrit. Pas d'humilité, pas de prière. Le pharisien de la parabole ne prie pas 11 quand il s'admire à haute voix devant Dieu, pas plus que ne priaient ses confrères qui « dévoraient les biens des veuves en affectant de longues prières »12. Caricature de prière, tout discours, attitude, apparence qui ne tournent pas à la louange de Dieu et à la charité pour les enfants de Dieu.

La prière est essentiellement un acte d'humilité, sans même que nous y pensions. L'humilité est, de toutes les vertus, celle sur laquelle il est le plus facile de se tromper. Il y a beaucoup de fausses humilités ; non par mensonge, mais par manque d'exactitude dans les idées. La vraie humilité de pensée, c'est de ne jamais oublier que Dieu est Dieu, tandis que moi, je ne suis que par Dieu le peu de chose ou la grande chose que je suis.

L'humilité en acte est soumission à Dieu. Envers le prochain, nous n'avons aucune humilité à pratiquer si Dieu n'existe pas. Ce n'est plus qu'une affaire de force ou de ruse. Mais si Dieu est, et si notre prochain est son image, il sera logique de nous revêtir d'humilité dans nos rapports mutuels 13, parce que chacun estimera les autres supérieurs à soi 14 ; et lorsque quelqu'un de mes semblables détiendra momentanément une parcelle d'autorité de par Dieu, là, comme ailleurs, je trouverai naturel de me soumettre à Dieu.

Et à tout cela me conduit la prière en élevant à Dieu mes pensées. Cet abaissement est une élévation, et aussi une promotion, car on avance vers Dieu, selon la définition même de la prière. La simplicité devant Dieu seul présent : quelle libération et quelle grandeur et quel vol de l'âme Pourquoi prendre des airs ? Ce que je fais, la manière dont je le fais, a-t-il une autre valeur que celle d'outil conscient de Dieu, du Christ ? Le ridicule et l'odieux de toute affectation. Faire penser à soi quand Dieu est là : petitesse qui est sa propre punition, surtout si elle atteint sa fin. La seule dignité, grandeur, beauté, vérité, c'est de disparaître. Et c'est la condition pour faire apparaître Dieu.

Et c'est la seule dévotion. Par là on touche aux profondeurs de l'Etre. On vit de la vie de Dieu. On est dans la mesure où l'on perd son être. On tombe dans la sublimité : Katabasis eis to anô, chute vers le haut. « Aspirateur ». Légèreté du rien que le Tout emporte

Silence.

Où se prononce, où se produit le Verbe. Participation.

Union .

Siôpe proskunètéon to Arrèton :

En silence adorer l'Ineffable.

NOTES

(1) Matthieu, 4, 1.
(2) Matthieu, 12, 45.
(3) Cette dévotion est approuvée par l'Eglise. Il ne s'agit pas de la condamner, mais de rappeler qu'elle ne doit pas
être exclusive.
(4) Colossiens, 1, 13.
(5) Romains, 5, 5.
(6) Ephésiens, 3, 18.
(7) Jean, 8, 35 : « L'esclave n'est pas pour toujours dans la maison, le fils y est pour toujours. »
(8) De moribus Ecclesiae Catholicae, L. I, ch. 15. P1 32,
13-27.
(9) Apocalypse, 2, 23.
(10) Luc, 18, 1.
(11) Luc, 18, 10.
(12) Luc, 20, 47.
(13) I Pierre. 5, 5
(14) Philippiens, 2, 3.