Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de 
Mgr Pierre André Fournier  et ami de
ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande

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DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?

 

Je remercie Mme Dominique Talbot qui a fait cette bannière pour moi, je la remercie beaucoup, cette femme à un magnifique site qui nous comble de joie et de surprise, demandé sa mise à jour. Pour vous donnez une idée cliquée sur le logo en haut Merci Dominique

Titre de la série :
prière de vie_vie de prière
Titre de la page:

Prières et vertus théologales

Nom de l'auteur:
P.Irénéen.Hausherr.s.j.

X
Prières et vertus théologales

auteur -P.I.Hausherr.s.j.

Le Seigneur a dit à ses apôtres d'attendre la promesse du Père 1.

Leçon nécessaire pour nous tous : en notre temps plus qu'en tout autre on est pressé. Tout va vite ! Regardez les gens dans la rue, ne serait-ce que dix minutes : ils courent, ils sont fous ! Qu'ont- ils donc à courir ainsi ? Ils tâchent dès que possible de « percer le mur du son ». Cette hâte trahit évidemment quelque chose d'intérieur. Si l'intérieur était calme, rassis, paisible, on ne se démènerait pas ainsi dans une course perpétuelle.

Notre-Seigneur dit d'attendre, et ses disciples attendent dans la prière, dans la paix, dans la chaité : unanimiter 2, dans une véritable communion d'âme. Voilà ce qu'il faut savoir faire dans la vie spirituelle : attendre dans la paix, la prière, la foi, l'espérance et la charité. Attendre, comme dit l'Ecriture, « avec Marie, Mère de Jésus ».

Et où attendre ? — Tous ces gens qui circulent dans la rue vont quelque part, ils n'ont pas l'intention de rouler tout le temps. Ils ont un but, où ils essaieront de se reposer. Beaucoup ne trouveront jamais ce repos.

Et nous, où attendrons-nous ? Là où la Provi dence nous met. Il peut y avoir des inconvénients là où nous sommes. Que de gens sont obligés de vivre dans des conditions qui ne leur vont pas du tout : ils subissent leur sort.

Et nous ? Nous ne devons pas subir. Subir, c'est une abdication, une résignation d'esclave. Nous devons accepter notre sort, pratiquer l'obéissance de jugement vis-à-vis de la Providence et de la Sagesse de Dieu. Mais l'obéissance ne suffit pas : il faut y ajouter la conformité du coeur. Je dois comprendre que si la Providence me met quelque part, j'ai besoin de rester là, et non pas d'être ailleurs. Et il m'est interdit, en attendant un changement, de trépigner, de m'agiter, de m'impatienter...

Celui qui n'est pas capable de vaincre son impatience, manque de foi. Sinon il saurait se reposer dans la volonté de Dieu qui est « que je sois ici ». Tout ce qui vient me tarabuster est contraire à la Sagesse même de Dieu.

Si nous n'attendons pas là où Dieu nous veut, recevrons-nous l'Esprit-Saint ?

Et combien de temps faudra-t-il l'attendre ? Le Seigneur ne le dit point aux apôtres. « Il appartient au Père de le savoir » 3. Renonçons à le savoir en nous en remettant au Père ; ce sacrifice n'est pas indigne de notre grandeur ! Et puis accepter ce renoncement parce qu'on est certain que Dieu sait, ce n'est pas tellement cruel ! Moi, j'aime mieux ne pas savoir : quelqu'un de très sympathique garde le secret d'une surprise à me faire. Je devine que quelque chose se prépare, mais si je suis délicat, je ne ferai même pas mine de le soupçonner. Pourquoi ne pas en agir ainsi à l'égard de Dieu ? Nous le faisons mal, faute d'accepter d'être ce que nous sommes : des créa­tures.

C'est Dieu qui règle tout dans les moindres détails : je ne dois pas appeler « sacrifice » le fait de laisser le bon Dieu s'occuper de mes affaires. Les Apôtres n'ont pas attendu longtemps : neuf jours ! La première « neuvaine » dans la sainte Eglise.


Prière et foi.

La prière et la foi sont corrélatives.

La foi est la racine de l'espérance et de la charité, le commencement de la justification, donc de notre éternité. Elle y disparaîtra comme le partiel dans le total. Mais en attendant, elle est une anticipation de notre éternité bienheureuse.

La prière est son exercice le plus excellent. Le centurion : Jésus fut en admiration devant cet homme et il en dit la raison : « Je n'ai pas trouvé une pareille foi dans Israël! » 4 La foi est le seul moyen de se faire admirer de Jésus-Christ.

Et l'histoire de la Syro-Phénicienne, à laquelle il dit des paroles dures. Elle répond : « Les petits chiens... » Et Jésus-Christ l'admire : « Femme, ta foi est grande! » 5 En revanche, il souffre du manque de foi. Il le reproche à ses apôtres : quelle déception pour lui ! Relisons l'Evangile à ce point de vue : foi et prière. Personne ne peut prier Dieu s'il n'a pas la foi : ce serait absurde ! On ne prie que si l'on croit au moins à l'existence de Dieu. Et non seulement à son existence, mais encore à ses perfections ; en particulier, à sa Puissance. On croit qu'il est capable de faire ce qu'on lui demande. On croit à sa bonté : on est sûr qu'il est assez bon pour mettre sa Puissance en branle afin d'exaucer les demandes qu'on lui adresse.

De la prière la plus grossière à l'oraison la plus sublime, le mouvement est à base de foi. Que dire de la prière chrétienne ? Si l'on y réfléchit, on voit que le Notre Père est un acte de foi à Dieu notre Père : le plus excellent des actes de foi par son objet. La prière chrétienne se termine toujours « par Notre-Seigneur Jésus-Christ ». Elle est un acte de foi dans l'intervention du grand médiateur, le Verbe incarné. Et le Saint-Esprit ? — Il suffit d'avoir étudié un peu le Nouveau Testament pour savoir qu'il n'y a pas de prière sans l'action de l'Esprit-Saint. « Nul ne peut dire : Jésus est le Seigneur, sans le Saint Esprit » 6.

C'est lui qui nous fait prier et dire : « Abba, Père »7. La prière est donc en exercice la foi envers la Très Sainte Trinité. Elle commence, d'ailleurs, par le signe de la Croix , qui est le signe de la Trinité. La même formule est employée pour le Baptême. La prière est donc une sorte de rénovation baptismale. Nous prions le Père, le Fils et le Saint-Esprit, comme nous avons été baptisés au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit 8 Justus meus ex fide vivit, « mon juste » vit de la foi 9. Saint Paul emprunte ce texte à Habacuc. Il le cite à trois reprises : dans l'épître aux Romains, dans celle aux Galates et dans l'épître aux Hébreux. Il est rare qu'il se répète ainsi. C'est significatif.

Que veut dire saint Paul, quand il parle de « son juste » ? — Il vit. La foi est donc source de vie. L'Apôtre ne dit pas que le juste vit dans la foi, mais de la foi. Si sa foi disparaissait, c'est une vie qui s'éteindrait en lui. Ailleurs saint Paul écrit : « Ce qui me rend la vie présente possible, c'est la foi au Christ »10

Au vrai, ce n'est pas spécial aux chrétiens de vivre de leur foi. Tout le monde, même les incrédules, même les « athées », vivent d'une foi. Quand on ne croit plus à rien, la vie n'est pas digne d'être vécue. On croit à la patrie, par exemple. Les anciens Lacédémoniens croyaient en Sparte, et c'est pourquoi, selon Plutarque, ils mouraient pour elle. Il y en a d'autres qui croient à la Patrie à certains jours : le 14 juillet, par exemple. Mais qu'apporte une pareille foi dans la vie de tous les jours ? A celui qui n'en a pas d'autre, elle ne sert pas à grand-chose. Et sa vie n'est pas grand-chose. La vie est petite, quand la foi est petite.

Et les athées, n'ont-ils foi en rien ? Logiquement ils devraient dire que la vie est une farce ou une sinistre comédie. Mais il y a en l'homme quelque chose de plus fort que la logique. Croire en Dieu et vivre de cette foi (ce qui n'empêche pas de vivre pour la famille et la patrie), c'est très beau, très grand ! Quand on croit en Dieu, on le voit et on l'aime dans toute son oeuvre, et les petites choses deviennent grandes dans cette perspective.

L'objet de notre foi, c'est l'infini. Et nous pourrissons dans notre petitesse dans la mesure où nous n'allons pas jusqu'au bout de notre possibilité de foi. En quoi consistent les degrés de foi ? Sans doute, sommes-nous peu renseignés sur ce point. Ils consistent moins dans la quantité que dans la qualité. Nous savons que tout dépend de Dieu, mais nous pouvons estimer plus ou moins cette dépendance. On peut croire que tout dépend de la Providence de Dieu, et cependant continuer à s'en défier plus ou moins. Les degrés de foi sont dans cette ligne-là. Il n'y a pas de hasard : « Vos cheveux sont tous comptés », dit le Seigneur! 11.

Il existe de nos jours des livres entiers sur le hasard. Le fait n'est pas nouveau : Démocrite attribuait au hasard l'organisation de ce monde ! Le phénomène semble un hasard. Mais la foi me l'assure : c'est la volonté de Dieu. Et ses conséquences, elles aussi, sont des volontés de Dieu. Il n'y a donc pas de hasard. C'est un terme d'agnostiques ou d'incrédules. Le hasard n'est que la réalisation d'une idée de Dieu. « Ne crois pas au hasard, disait déjà Moschion, et tu croiras en Dieu. »

Notre foi non seulement pour les grands événements mais pour les moindres détails est la foi en la Sagesse infinie et en la Toute-Puissance. Elle porte sur tout ce qui est réel. C'est de cette foi que nous vivons. Et pas seulement de cette foi. Ce n'est encore qu'une foi philosophique. La foi chrétienne y ajoute que la volonté de Dieu s'appelle charité : elle est l'amour de Dieu pour lui-même et pour ses créatures. Le juste selon l'Evangile vit dans ces perspectives. Il sait que Dieu est charité. Il ne l'oublie jamais, dans aucun détail de la vie. La Cause Première est Amour, et la Cause Première n'abdique jamais.

Celui qui croit cela, ce peut être un fou (s'il se trompe), mais c'est un fou bienheureux. Et ce n'est pas moi qui ai le premier employé ce mot, c'est saint Paul : « Ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes »12. Folie, oui, folie de l'amour de Dieu ! De cette foi et de cette folie vit le juste selon Jésus-Christ. Non seulement celui-là sera bienheureux, mais il ne saura pas comment dire son bonheur. Il en sera submergé.

Qu'est-ce qui nous rend heureux ? En fin de compte, c'est d'être aimés. Nous sommes heureux dans la mesure où nous avons la certitude d'être aimés, et d'un amour qui nous grandit. Un amour qui nous avilit ne peut pas nous rendre heureux. Il n'y a au fond que l'amour de Dieu qui réponde à cette loi.

Si nous avons la foi, nous rencontrerons cet amour partout, dans les joies de l'existence, dans les épines du chemin, dans les croix de la vie, dans la Croix du Calvaire. Au Calvaire, plus que partout ailleurs, nous rencontrons l'amour. C'est vite dit, mais il faut tâcher d'en vivre. Comment ? Comme la sève : il y faut du temps. La sève passe par des canaux ténus, sans bruit.

Et, tout d'un coup, le printemps est là !

Comment se fait la pénétration de la sève vitale qui a sa source dans la Croix ? Dans le calme, le silence, beaucoup de silence, la patience, beaucoup de patience... et tout cela est prière. C'est pourquoi la prière est l'exercice par excel­lence de la foi.

La prière nous met partout dans une attitude de foi. Nous ne voyons plus les choses comme ceux qui n'ont pas la foi. Eux ne voient les choses qu'en elles-mêmes. Nous les voyons dans leur relation à Dieu, Cause Première et Premier Amour. Cette relation de la chose à Dieu, les Grecs la nommaient : le logos. Chaque être répond à un logos, parce qu'il porte en lui la trace de l'Amour, de la Sagesse et de la Toute-Puissance de Dieu. Le Créateur n'a pas eu d'autre fin, en créant les êtres, que de manifester son Amour et sa Bonté.

Nous vivons de la foi, quand nous croyons cela, et par le fait même nous prions, puisque cette contemplation des êtres est une élévation de notre esprit vers Dieu. Mais pour que notre prière produise tout son effet, il faut demander à Dieu d'augmenter notre foi. Les apôtres le faisaient parce que Notre- Seigneur leur avait reproché de n'en avoir pas assez 13.

« Donnez-nous vous-même cette foi, Seigneur ». Faisons de cette demande l'objet de notre prière de tous les jours faisons-la avec foi. Dieu ne nous la refusera point. Il peut nous refuser bien d'autres choses, mais celle-là, il la veut pour nous. Qu'est-ce que le bon esprit ? C'est l'esprit de foi, et l'esprit de foi s'exerce surtout par la prière.

La très sainte Vierge Marie est « celle qui a eu la foi » (Luc, 1, 45).


Prière et espérance.

La prière suppose l'espérance.

Je ne dis pas nécessairement l'espérance théologale. L'espérance théologale est une vertu très élevée, qui a pour objet direct Dieu lui-même : « Sa grâce en ce monde et la vie éternelle dans l'autre ». Beaucoup de ceux qui prient ne demandent pas ces grâces-là. Leur prière, néanmoins, suppose la confiance en Dieu. Elle est donc sur le chemin de l'espérance théologale. Quant au chrétien, qui sait ce qu'est l'espérance et qui prie Dieu, même s'il demande autre chose que l'objet dernier de l'espérance, il finira tôt ou tard par concentrer son désir sur cette fin dernière.

Tant il est vrai que, par l'effet de la prière et des déceptions qui la suivent, la vertu d'espérance opère le détachement. Car Dieu n'accorde pas toujours identiquement ce qu'on lui demande, précisément pour nous amener à nous dire que ces biens temporels ne sont pas nécessaires ; et nous nous attachons davantage à l'unique nécessaire. N'est-ce pas là un fait d'expérience ?

Quiconque persévère quelque temps dans la prière en vue d'un objet qu'il désire, ou bien il sera tenté d'abandonner la prière, s'il ne l'obtient pas, ou bien il en détachera son coeur, et comprendra qu'il obtient en priant quelque chose de bien meilleur, ne fût-ce que la prière elle-même. La prière est une anticipation de la béatitude éternelle. Chaque fois que, dans la prière, nous demandons cette béatitude, nous y sommes d'une certaine façon introduits.

L'Eglise, dans les oraisons du Missel, nous fait perpétuellement demander la vie éternelle. Certes, la vie éternelle existe, mais elle n'existe pas encore expérimentalement pour nous. Par l'espérance, plus encore que par la foi, la prière est cause de joie. Les anciens parlaient plus souvent de l'espérance que les modernes. Certaines hérésies, tout en parlant exagérément de la foi, n'ont pas eu l'héroïsme de l'espérance.

D'autres n'ont vu dans l'espérance qu'une vertu intéressée, et donc inférieure.

Certaines prétentions au pur amour sont une injure à Dieu. Elles oublient que Dieu est notre bonheur, et que nous ne pouvons renoncer à être heureux, ni physiquement, parce que c'est une volonté de nature mise en nous par le Créateur, ni moralement, parce que nous devons glorifier Dieu précisément en réalisant avec sa grâce cette volonté de nature.

La prière est le meilleur moyen de pratiquer l'espérance.

L'objet principal de l'espérance est la béatitude, l'entrée dans la joie du Seigneur. Cela, per ipsum, cum ipso, in ipso.

L'objet secondaire de l'espérance, c'est tout le reste : tout ce qui peut être demandé dans la prière.

La prière est l'exercice le plus formel de la vertu d'espérance. Nous pouvons bien formuler un acte d'espérance, mais c'est la prière qui transforme cette formule en acte. Elle le fait sans même dire à Dieu que nous comptons sur lui. La prière est excellente pour développer en nous cette vertu, nécessaire au salut aussi longtemps que nous ne possédons pas définitivement l'objet total de notre espérance, c'est-à-dire pendant toute notre vie terrestre, pendant tout notre purgatoire, et même au ciel, jusqu'à la glorification de notre corps. Au purgatoire et au ciel il reste quelque chose à attendre, donc il y a encore de l'espérance. Sûrs d'être exaucés, nous y espérerons dans la paix la plus parfaite. Notre espérance s'y exprimera moins par des paroles que par le désir ; mais ce sera une vraie prière.

Ce que nous avons dit de la foi vaut aussi pour l'espérance. Ces deux vertus, bien distinctes pour l'intelligence, vont tellement ensemble dans la vie, que l'Evangile les confond toujours sous le seul nom de foi ; et quand les disciples désespèrent, Jésus leur reproche de manquer de foi. Et lorsque saint Paul veut définir la foi, il y met l'espérance : « La foi est la garantie des biens que l'on espère, la preuve des réalités qu'on ne voit pas » 14 . La foi est affaire d'intelligence. Son objet est objet de contemplation. Nous croyons en Dieu et en tout ce que le Credo nous enseigne.

L'espérance se rapporte donc à la possession des biens promis par Dieu. Son objet est objet d'attente. Elle n'attend pas de la lumière qui pour­rait être froide et lointaine, mais elle réclame la présence, le bien-être et la chaleur. Elle nous atteint tout entiers, en nous ouvrant cette perspective d'une béatitude qui intéresse tout l'homme : « Que le Dieu de la paix vous sanctifie totalement, et que votre être entier, l'esprit, l'âme et le corps, soit gardé sans reproche à l'avènement de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il est fidèle, celui qui vous appelle : c'est encore lui qui fera cela (I Thess., 5, 23, 24).

Voilà pourquoi l'Ecriture nous dit que l'espé­rance nous met en joie : Spe gaudentes15. La foi est l'acceptation de toutes les vérités révélées. L'espérance est plus particulièrement la foi en la bonté et la fidélité de Dieu. Dans l'Evangile, l'espérance affleure partout. Toutes les paraboles, les béatitudes, le sermon sur la montagne tout entier, parlent de la vie éternelle. Les chrétiens sont caractérisés par saint Paul comme « ceux qui ont une espérance »16. Il y a entre le chrétien et l'espérance une relation com­me entre enfants et parents. Les chrétiens sont « enfants de l'espérance » puisqu'ils sont « enfants de la Promesse »17.

L'amour de Dieu consiste à traiter Dieu comme Dieu. Ainsi fait la prière. Et il s'y ajoute la confiance en sa miséricorde. En général les âmes priantes, plus profond que toutes les intentions particulières, veulent aussi témoigner à Dieu leur amour. Quand la prière devient plus parfaite et vise par-dessus tout les grandes intentions des premières demandes du Pater, elle devient la marque la plus profonde de notre amour pour Dieu. Sa qualité est celle de notre amour. La prière augmente notre charité, parce qu'elle nous obtient la lumière de l'Esprit-Saint.

Il n'est pas absolument vrai que l'intelligence marche toujours devant la volonté. La connaissance purement intellectuelle n'entraîne pas nécessairement la volonté, mais « l'illustration du Saint-Esprit » allume le feu de son amour. Dans l'éternité, nous aimerons Dieu parfaitement, parce que nous le connaîtrons parfaitement dans sa propre lumière. Cet accroissement d'amour est inconscient : il nous est difficile d'apprécier nos progrès spirituels. Le développement même de notre intelligence, par exemple, n'est appréciable qu'au bout d'un certain temps ; mais non d'un jour à l'autre. Il peut même sembler qu'on recule au lieu d'avancer. Cela arrive par exemple quand on étudie les langues : un jour on comprend bien, le lendemain on ne comprend plus rien. Cependant l'intelligence continue à s'enrichir et possèdera enfin la science.

Chez les personnes qui prient tous les jours, leurs progrès dans la connaissance de Dieu peuvent échapper à l'appréciation, mais nous pouvons ètre sûrs que nous connaissons Dieu aujourd'hui mieux qu'au temps de nos premiers pas dans les voies de l'Esprit. Notre-Seigneur l'a promis : « Je me manifesterai à lui »18. La prière étant un désir de mieux connaître Dieu, Dieu ne peut manquer de le satisfaire. Et le connaissant mieux, nous, nous devenons plus aptes à l'aimer.

La prière augmente notre charité quand nous suivons la liturgie et que nous nous laissons inspirer par l'Eglise. Très souvent ses oraisons de­mandent explicitement la charité ! C'est vrai même pour les oraisons de carême, par lesquelles nous implorons la grâce de pleurer nos péchés. C'est là encore une forme de notre amour pour Dieu. « Comment le Père vous refuserait-il le bon Esprit ? » demande Notre-Seigneur. Le « bon Esprit », c'est l'Esprit-Saint qui « répand la charité dans nos coeurs »19

La prière nous donne l'occasion d'exercer envers Dieu deux formes d'amour : L'amour de convoitise qui nous fait aimer Dieu pour notre bien à nous, qui est de le posséder, et l'amour de bienveillance qui nous fait aimer Dieu pour son bien à lui, qui est sa gloire. L'un et l'autre sont nécessaires pour constituer la charité. Pourquoi allons-nous prier ? Parce que la prière est un bien pour nous-mêmes : Dieu est bon, et sa fréquentation nous est salutaire. Une telle intention fait honneur à Dieu. Elle est un hommage à son infinie richesse et à son désir de nous en faire part.

Tôt ou tard, cependant, s'éveille en nous comme une honte d'être toujours profiteurs. Nous finissons par nous lasser de ne penser qu'à nous-mêmes. Nous voudrions donner à Dieu. Précisément parce que nous sommes faits à son image, surgit en nous le divin besoin de donner. Nous sommes tentés de vouloir que le bien de Dieu dépende de nous, et nous constatons qu'il n'en est rien. Le bien essentiel de Dieu ne peut dépendre de personne

S'il n'y avait pas d'issue à cette perplexité, il ne nous resterait que de tournoyer dans une sorte de désespoir d'amour. Mais il y a deux issues, qui d'ailleurs n'en font qu'une dans cet amour sans pareil qu'est la charité. Du côté de Dieu, il nous reste la complaisance dans sa Perfection infinie, et cela est le plus pur amour, parce que c'est l'amour que Dieu a pour lui-même ; et du côté des enfants de Dieu nous découvrons que c'est Dieu même qu'atteint notre amour et notre bienveillance à leur égard, et qu'en retour « nous devenons en quelque sorte les dieux de ceux à qui nous faisons du bien » 20.

Par ailleurs, la prière est pour nous l'occasion d'augmenter notre amour de Dieu, parce qu'elle est un exercice de toutes les vertus cardinales. Il est juste que nous priions. La prière est un acte éminent de prudence. La tempérance, semble-t-il, s'y exerce moins directement. Et cependant, comme il est facile de voir l'effet du contraire, là où manque la prière ! Quant à la force, ah ! pour sûr, il en faut. Il faut beaucoup de courage pour prier à certains jours et pour persévérer tous les jours. A des novices qui lui demandaient : « Quelle est la vertu la plus difficile à pratiquer ? », saint Agathon répondait : « Ce qui demande le plus d'effort, c'est la prière ! ».

La prière augmente notre intimité avec Dieu. « Dis-moi qui tu hantes et je te dirai qui tu es ». Nous ne pouvons fréquenter longtemps des per­sonnes, même moyennement sympathiques, sans les aimer davantage. « Loin des yeux, loin du coeur », dit encore le proverbe. La fréquentation habituelle d'une personne crée Dieu est infiniment sympathique. Pas toujours, cependant, pour notre sensibilité. Il peut arriver, à certains jours, qu'on souhaiterait que Dieu n'existât pas. Il est normal, cependant, que la fréquentation assidue de Dieu augmente l'intimité entre lui et nous. Plus nous prions, plus facilement nous prions.

Vient un moment où nous ne pouvons plus nous passer de prier. Notre vie de prière s'accroît par toutes sortes d'impondérables qui nous unissent à Dieu, tout en creusant notre besoin de lui. Si nous avons à coeur de monter dans l'amour de Dieu, nous aimerons la prière.Il arrive enfin, que dans la prière, se produise quelque chose de ce que saint Pierre expérimentait sur le Thabor : « Il nous est bon d'être ici ». Il ne faut pas le désirer ; et encore moins le rejeter. « Bonum est nos hic esse » 21, et saint Pierre a conservé le désir d'y revenir. Il en parle longtemps après, dans une de ses épîtres. 22

Il y a des moments comme celui-là, fréquents ou rares, plus ou moins intenses, qui sont des sommets. Ces heures, ou ces jours, même ces mois-là, laissent un souvenir qui ne s'éteint pas. On les voit encore en s'en éloignant. On en garde la nos­algie. Il est bon d'en entretenir la mémoire pour en rester reconnaissants à Dieu, et nous rappeler que le Dieu entrevu alors est toujours le même dans sa gloire. Si ces faits sont réels, le souvenir ne s'en perdra pas. La très sainte Vierge Marie « repassait toutes ces choses dans son cœur » 24 . Nous aussi, nous avons des souvenirs de notre intimité avec Dieu. Il est permis de les conserver par quelques notes compréhensibles pour nous seuls et peut-être sans intérêt pour d'autres.

Que la crainte de la vanité n'empêche pas d'en prendre note, mais que ces notes soient brèves, d'un seul mot parfois, à la manière de Pascal, parfois même réduites à un simple signe. Regardez-les de temps à autre afin de réveiller en vous la joie et de vous stimuler : « Le Seigneur, que j'ai senti si près alors, en réalité ne s'est pas éloigné ». Notre amour pour Dieu augmente à ces moments-là, parce que Dieu nous paraît plus aimable, et nous n'avons aucune idée de résister à l'amabilité de Dieu. Les moments pénibles augmentent aussi notre amour.

Par les détachements qu'ils nous imposent. Le détachement en train de se faire est pénible, sans doute, mais il présuppose l'amour pour Dieu, il le produit et le rend certain. Or, la prière continuée à ces moments pénibles opère en nous un détachement merveilleux ! Aucun autre moyen ne peut rivaliser avec elle pour cela. Les moyens que l'ascèse volontaire peut mettre en oeuvre pour assurer le détachement sont nombreux. Entre ceux-ci et la prière la différence est grande : ces moyens sont gros et lourds, tandis que la prière est fine et pénétrante. Que de renoncements elle occasionne ! On s'attend, pour tel jour, à des consolations, et c'est tout le contraire qui arrive. On pourrait presque dire que chaque jour elle nous ménage une surprise.

La prière ne répond presque jamais à ce que nous attendions. Cela nous oblige à un perpétuel et subtil renoncement à nos volontés propres. C'est le détachement que prêche saint Jean de la Croix. Il n'est pas nécessaire d'avoir lu saint Jean de la Croix, mais il est nécessaire de prier et de persévérer dans la prière. J'ai lu dans un vieil auteur que Dieu agit sur l'âme à la façon de la lumière sur une plaque sensible. Il se « photographie » 24 : « Gardons avec toute notre intention, à toute heure, notre coeur des pensées qui terniraient le miroir dans lequel a coutume de s'empreindre et de se photographier (photinographestai) Jésus-Christ, sagesse et puissance de Dieu ». Exposons-nous perpétuellement au soleil qu'est Dieu Notre-Seigneur : nous finirons par devenir des portraits de Dieu, et comme il est Charité, notre ressemblance avec lui sera aussi charité.

Comment se réalise notre union avec Dieu dans la prière ? De deux manières. Par cette prière implicite qu'est en nous la grâce sanctifiante, état d'amitié avec Dieu, et par des actes explicites d'amour de Dieu. Tout ce que Dieu nous donne est une marque de son amour ; et notre don d'amour pour lui consiste à accepter le sien. Drôle de don ! direz-vous. — Oui, peut-être. — Nous lui donnons la joie de voir que nous aimons à recevoir de lui. Notre acceptation prend souvent l'apparence d'une peine. Dieu a des dons qui sont pénibles. Ils nous sont un sacrifice. Mais notre acceptation est toujours possible : elle démontre que la prière est toujours possible. Elle consiste à dire : « Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel ».

Le langage des actes fait entendre à Dieu que nous l'aimons en oeuvre et en vérité. La charité a un double objet : Dieu et l'oeuvre de Dieu. Je ne dis pas « le prochain ». Ce serait me mettre en dehors de cet objet. Je suis, moi aussi, une oeuvre de Dieu. La formule la plus complète de l'acte de charité est donc celle-ci : « Mon Dieu, c'est vous que je veux, et toute votre oeuvre ». Cela est grand et libérateur.

Qu'il y ait donc en moi une sympathie toujours en éveil pour accueillir toute créature, même momentanément hostile. C'est ainsi que saint François d'Assise chantait à propos de toutes les créatures ; non parce qu'il était né au pays du soleil (bien sûr, cela n'est pas indifférent !) mais parce qu'il était un vrai chrétien. Ainsi, je verrai ce vaste univers comme inondé de lumière divine. Enraciné dans la foi en la charité créatrice et rédemptrice, j'aimerai cet univers comme un immense poème, le poème de Celui que le Credo appelle : factor caeli et terrae, en grec, le « poietès » du monde visible et invisible.

Pourquoi oublions-nous cela ?

Quelqu'un que nous attendons arrive dix minutes en retard : nous voilà hors de nous-mêmes. Si nous avions présente cette pensée : Dieu et toute l'oeuvre de Dieu... ? — Cela aussi est l'oeuvre de Dieu. Si Dieu l'avait voulu, cette personne serait venue à l'heure. L'amour de Dieu est plus important, quant à son objet, que l'amour du prochain. Et cependant on constate que l'Ecriture Sainte parle plus souvent de l'amour du prochain que de l'amour de Dieu. Là où nous lisons dans l'Ecriture Caritas Dei, il s'agit le plus souvent de l'amour de Dieu pour nous. Là où nous lisons Caritas, il s'agit le plus sou­vent de notre amour pour le prochain. Une première raison de ce fait, c'est que nous rencontrons perpétuellement notre prochain, nous avons beaucoup d'occasions d'exercer la charité envers lui, et aussi d'y manquer.

Une seconde raison, c'est que « Si vous pratiquez la charité envers le prochain, cela suffit ». Elle est la preuve de la sincérité de notre amour pour Dieu. II n'y a qu'une charité. Si nous sommes gravement en faute contre la charité fraternelle, impossible de prier. La charité fraternelle nous incite à prier pour le prochain. L'Eglise nous fait prier pour le salut de tous les hommes ; elle y pense même en louant et en glorifiant Dieu. « Priez les uns pour les autres » recommande saint Paul. D'abord, les chrétiens entre eux. convient, en effet, que notre charité ait une intention particulière pour nos frères dans la foi. Dans le Canon de la Messe, nous nommons tout d'abord « Ecclesia tua sancta» dans tous ses représentants, puis, nous prions aux intentions de ceux qui assistent au saint Sacrifice.

Mais nous devons aussi prier pour ceux qui ne sont pas chrétiens : ils sont tous appelés à le devenir ; rappelons-nous les grandes oraisons universelles du Vendredi Saint : Flectamtts genua. Par chacune il y a quelque chose d'important à obtenir de Dieu. Nous pourrions insérer notre prière dans la géographie. Le monde est petit, depuis l'avion ; mais il est assez grand pour occuper nos pensées. Nous pouvons voyager sur les ailes de la charité, en déversant des grâces sur tous les pays par lesquels nous passons.

Il existe dans la littérature byzantine un vieux drame où paraît Abraham voyageant en compagnie de trois anges et regardant les peuples. Faisons comme lui en compagnie des anges de ces peuples, des saints qui ont travaillé à les convertir, de ceux dont la sollicitude est universelle, de la très sainte Vierge Marie, médiatrice, en lui prêtant l'appui de notre petite médiation unie à la sienne ; en compagnie de Notre-Seigneur lui-même et de la très sainte Trinité qui « vult omnes homines salvos fieri ». Laissons aller notre imagination sur les routes de la prière. Elle peut nous aider, surtout si nous avons l'humeur voyageuse et l'esprit missionnaire. Il y a tant de pays en difficulté, tant de causes urgentes, tant de situations angoissantes ! Passez en esprit par l'Europe centrale ; allez en Pologne, en Russie, au Japon, en Chine, aux Indes, en Indonésie, en Australie ; et revenez par l'Amérique et l'Afrique...

Parcourez région par région, en appelant avecferveur le secours de Dieu sur leur détresse et leurs besoins. Des malades immobilisés peuvent s'y employer saintement tout en se distrayant. Songeons à l'histoire d'Abraham et de Sodome. Dieu aurait épargné la ville à cause d'un petit nombre de justes 25. Tâchons d'être du petit nombre ; et même si nous avons conscience de n'en pas être, plaidons en leur nom la cause des pécheurs. Si nous croyons à l'efficacité de la prière, nous n'aurons pas la sensation d'être inutiles. Ne cherchons pas à le constater ; contentons-nous de croire que la Providence nous emploie à compléter, pour notre part, « ce qui manque aux épreuves du Christ pour son Corps, qui est l'Eglise » 26.


NOTES

(1) Actes des Apôtres, 1, 4.
(2) Ibid., 1, 14.
(3) Actes des Apôtres, 1, 7.
(4) Matthieu, 8, 10.
(5) Matthieu, 15, 28.
(6) I Corinthiens, 12, 3.
(7) Romains, 8, 16.
(8) Matthieu, 28, 19.
(9) Hébreux, 10, 38. Habacuc, 2, 4. Romains, 1, 17. Galates, 3, 11.
(10) Philippiens, 1, 21.
(11) Luc, 12, 7.
(12) I Corinthiens, 1, 25. Quod stultum est Dei, sapien­tius est hominibus.
(13) Luc, 17, 5.
(14) Héb., 11, 1.
(15) Rom., 12, 12.
(16) I Thessaloniciens, 4, 13.
(17) Romains, 9, 8.
(18) Jean, 14, 21.
(19) Luc, 11, 13 ; Romains, 5, 5.
(20) Cfr. Epître à Diognète.
21) Matthieu, 17, 4 ; Marc, 9, 4 ; Luc, 9, 33.
22) Deuxième épître de Pierre, 1, 16.
23) Luc, 2, 19.
24) Le mot est de Philothée le Sinaïte. Cf. Dictionnaire de spiritualité, fasc. XIV-XV, col. 1854.
25) Genèse, 18, 27-33.
26) Col., 1, 24.