Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de 
Mgr Pierre André Fournier  et ami de
ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande

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DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?

Je remercie Mme Dominique Talbot qui a fait cette bannière pour moi, je la remercie beaucoup, cette femme à un magnifique site qui nous comble de joie et de surprise, demandé sa mise à jour. Pour vous donnez une idée cliquée sur le logo en haut Merci Dominique

Titre de la série :
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Titre de la page:

Prière et Méditation

Nom de l'auteur:
P.Irénéen.Hausherr.s.j.

XIV
Prière et Méditation

auteur -P.I.Hausherr.s.j.

La prière n'est pas un jeu. Elle le montre en se continuant sans aucun compte tenu de la ferveur, par tous les temps, fendant les vagues à angle droit, sans sourciller, comme ces deux rameurs de l'Athos que j'ai vu ramer six heures durant, sans dire un mot. L'homme spirituel est comme un oiseau dont le corps est trop lourd pour ses ailes trop courtes. Trahe nos, Virgo immaculata ! Nisi Pater traxerit eum... Je suis la remorque du Christ : si l'amarre se rompt, c'est la chute. Il faut renouer avec le Christ, par le retour à la prière.

La prière, seule spiritualisation. Au moment de la prière, je suis un point de contact entre l'univers et Dieu. Que n'est-ce toujours ?


Oraison.

L'oraison est le grand exercice de l'esprit comme tel, la plongée en pleine réalité. Il existe bien des bouées flottantes sur cet océan. Il ne sert de rien de s'y installer, si ce n'est quelques instants pour reprendre haleine. S'y attarder serait temps perdu. Prendre conscience du tout de Dieu, sous quelque forme que ce soit, fût-ce celle de l'abandon ou de la solitude, est dans la ligne de cette immersion. L'oraison ainsi conçue est un «baptême ».

L'immersion dans la prière est « la plus haute intellection de l'intelligence » : « Si tu pries, tu seras théologien ; et si tu es théologien, tu feras oraison »1. Temps perdu, l'oraison ? — Plutôt but de la vie. C'est l'avis des anciens : « L'oraison est la seule occupation adéquate à la dignité de l'intelligence » 2. Les autres occupations n'en sont que des appauvrissements, des diminutifs, des fragmentations, des pis-aller. Perdre cette certitude, nous la laisser enlever, contribuer à sa disparition et peut-être nous en vanter, autant de degrés vers la sauvagerie.

Plus on a de pensées, plus on s'éloigne du Vrai. C'est comme la raréfaction de l'air : l'encombrement diminue le cubage vital. Rien ne fixe, quand le Seul qui contenterait se dérobe. Reste le sentiment de cela, qui est encore une union. Comment la contemplation serait-elle ici-bas la mesure de la perfection ? La charité, en effet, demeure dans l'au-delà ce qu'elle aura été ici-bas, tandis que la contemplation grandira immensément.

Il faut dire que c'est l'aptitude à la contemplation, c'est-à-dire la charité qui mesure la perfection. A moins d'appeler contemplation la foi elle-même, en tant qu'elle n'est pas la contemplation du ciel. Beati qui non viderunt et crediderunt quia videbunt 3. Le désir de prier ne connaît pas d'excès : il est comme l'amour de Dieu, sans mesure. Simplicité, oui, à condition que ce soit une plénitude.


Méditation.

Méditer, c'est réfléchir à des problèmes concrets pour aboutir à des fins précises. Méditer, c'est donc rechercher des moyens en vue d'une fin. Meditari, fréquentatif de mederi, soigner. Méditer, c'est faire assidûment une oeuvre d'assainissement sur soi-même.

Mais qu'est-ce que réfléchir ?

La petite Thérèse Martin disait : « Je pense ». Réfléchir, c'est penser. Mais toute pensée n'est pas une « réflexion ». Il y a une pensée spontanée qui nous suggère des idées, et qui peut durer longtemps sans que notre esprit s'y attache pour lier ces idées entre elles, c'est-à-dire, sans qu'il y ait réflexion proprement dite. L'idée seule n'est pas une « pensée ». Réfléchir, c'est diriger la pensée, non pas se laisser mener par les idées, mais les orienter, les conduire dans le sens que l'on a choisi, sinon pleinement voulu. Le dormeur qui rêve pense à quelque chose : il ne réfléchit pas, il se laisse bercer par le flux et le reflux des images. La raison ici n'intervient pas ; elle est engourdie.

L'esprit juste qui réfléchit ne pèche jamais contre la logique formelle. Mais notre raison est une machine, comme le moulin à café : mettez-y des grains de café, il en sort du café moulu. Ce qui varie, c'est la matière de nos réflexions. Si, dans le moulin, au lieu de café, on met des glands rôtis, il n'est pas étonnant que le café qu'on en fera soit de mauvais aloi.

Il peut arriver que nos conclusions soient erronées. Il en est ainsi, quand la substance que nous donnons à moudre à notre esprit est mauvaise. Nos raisonnements découlent de leurs prémisses ; si celles-ci sont fausses, nos conclusions le sont aussi. Je me dis, par exemple : « Il faut que je fasse ce que le bon Dieu veut ». Si j'ajoute : « sauf telle chose », la conclusion de mon raisonnement sera fausse. Il existe des méthodes de méditation. Il ne faut pas nous y empêtrer plus que de raison. La méditation et la prière, sont deux choses distinctes dans la réalité.

La méditation tend à résoudre des problèmes pratiques, elle aboutit à une résolution. Ces problèmes peuvent être d'un intérêt captivant : il y a toujours de la joie à surmonter les difficultés, à faire quelque chose par soi-même. Les gens que le téléphérique dépose au sommet du Mont Blanc n'ont pas la même joie que ceux qui l'ont escaladé.

Il faut méditer sur les doctrines ou « idées » qui mènent le monde. C'est aussi nécessaire que de résoudre des problèmes immédiatement pratiques. Des problèmes pratiques, il n'y en a pas toujours de nouveaux, mais il y a toujours des progrès à faire dans l'intelligence de la vérité. Voilà ce qu'oublient trop facilement les gens qui dédaignent la théorie, comme si elle était l'ennemie de la pratique. Sans doute souvent y a-t-il, de l'une à l'autre, une distance, peut-être un abîme. Néanmoins le chemin naturel de la pratique passe par la théorie. Et si nos résolutions ne sont pas plus efficaces, c'est parce que notre esprit n'est pas assez convaincu.

Il importe au plus haut point de ruminer les vérités de la foi. Il importe que notre esprit les digère, comme l'estomac digère la nourriture qu'il a ingérée. Cela recommence tous les jours. Pour le bien de la vie humaine et de la vie chrétienne, il faut revenir souvent sur des vérités que nous croyons savoir. Jamais elles n'ont assez pénétré en nous. Ce sont les « insondables richesses du Christ » (Eph. 3, 8).

A la fin de sa vie saint Thomas d'Aquin, qui avait beaucoup réfléchi, disait en parlant de son œuvre « Palea », de la paille ; tellement ce qu'il entrevoyait au-delà lui paraissait supérieur. N'ayons pas peur de nous désenchanter en face de la vérité révélée à force de la regarder : elle n'a point de défaut. Plus nous réfléchirons sur les vérités de la foi, plus nous les aimerons et plus notre foi deviendra forte et vivante.

Le but essentiel de la méditation, c'est d'apprendre à vivre. Il faut faire passer dans nos actes ce que nous enseigne la doctrine. Nous prenons des résolutions : il faut les tenir. La méditation elle-même doit être un exercice de vie. Au lieu de la passer tout entière en raisonnements, ne pourrions-nous en consacrer une partie à vivre selon les résolutions prises, ou les doctrines comprises ? La doctrine nous dit par exemple : « la perfection de la vie chrétienne est dans la charité ». Cela veut dire que nous devons croire en l'amour de Dieu et aimer Dieu et le prochain. Ne pourrions- nous pas faire cela pendant notre méditation ?

Ou encore : « Le but de la prière est l'union à Dieu ». Ne pourrions-nous pas nous exercer à nous tenir là, unis à Dieu par notre dépendance de créature, par la grâce sanctifiante, persuadés que nous faisons ainsi une chose infiniment utile, puisque c'est de cela que nous vivons ? Il ne faudrait pas que notre méditation fût une espèce de classe que nous nous infligeons à nous-mêmes. La première chose à faire, c'est de vivre, dans la méditation même, des trois vertus théologales ; nous continuerons tout naturellement cette vie dans le reste de notre journée.

On l'oublie souvent. Les prédicateurs et les livres sont responsables de cet oubli. On a fait naguère un traité de méditation suivant une méthode prétendue de saint Ignace. C'est une espèce d'exercice d'école, comme il s'en faisait au moyen âge, une « chrie », une dissertation pour répondre à ce questionnaire : Quis ? Quid ? Ubi ? Quibus auxiliis ? Cur ? Quomodo ? Quando ? Ces questions faisaient jaillir les idées ; du choc des idées suivaient les jugements et les problèmes recevaient leur solution logique. C'est facile, si on en a le goût. Mais on peut se demander si l'heure d'oraison est celle qu'il convient d'employer à pareil exercice. Si on s'en fait une habitude, quel en sera le résultat ? Notre faculté de réflexion se transformera en tableau synoptique ou en agencement de ficelles. Adieu la spontanéité, adieu la vie !

Ceux qui prendraient cette méthode à la lettre, seraient dans l'erreur s'ils croyaient s'être conformés à la méthode de saint Ignace. Combien de fois ne dit-il pas que ce qui nourrit l'âme ce n'est pas la multiplicité des idées, mais la saveur qu'elle y trouve 4 ! Une seule idée suffit parfois et on doit s'y arrêter aussi longtemps qu'elle satisfait, nourrit, et intéresse vraiment. Pourquoi pas l'heure entière ? La méditation est-elle nécessaire ? — Oui, à tous, dans une certaine mesure.

La méditation est-elle toujours possible ? — Non, s'il s'agit de la méditation discursive. La prière est toujours possible. Mais pour la méditation, certaines dispositions physiques, extérieures, sont nécessaires : il faut de la tranquillité ; il faut un calme moral et psychologique qui exclut les trop grandes préoccupations. Il nous arrive d'être très fatigués. Des personnes s'accusent d'avoir dormi pendant l'oraison.

— Si vous avez dit : « la méditation m'ennuie, je vais dormir », alors, bien sûr, vous êtes en faute. Mais si vous constatez après coup que vous avez dormi par fatigue, il n'y a rien à vous reprocher, à moins que vous ne soyez responsable de cet état de fatigue : vous ne vous êtes pas couché à l'heure due. Ce sera le cas d'avouer que vous n'avez pas dormi quand c'était l'heure de dormir. Est-il toujours utile de méditer ? — Quand on peut le faire, c'est toujours utile. Mais ce n'est pas la chose la plus utile.

Y a-t-il des moments où la méditation est nuisible ? — Oui, sous l'empire d'une passion violente, de la colère par exemple. Alors, une réflexion saine n'est guère possible. C'est perdre son latin que d'essayer de l'obtenir des gens à ces moments-là. La colère est une folie passagère. Méditer est-il toujours ce qu'il y a de mieux à faire ?

— Oh non ! bien souvent il vaut mieux ne pas trop méditer : je veux dire, ne pas faire des exercices de logique. Il y a dans le langage des mystiques une expression qui revient assez souvent : le « silence », le « sommeil des facultés ». C'est un sommet. Entre toutes les dispositions variables de la vie mystique, il en est une qui ne varie pas : c'est le silence intérieur et extérieur : on veut simplement être là, devant Dieu. Quand on est bien à l'aise avec quelqu'un, le silence est plus savoureux que la multiplicité des paroles. Si la même vérité du Credo paraît toujours neuve, c'est le plus désirable en fait d'oraison.

Mais il ne faut pas refaire la méditation d'hier parce qu'on n'aime pas en préparer une autre : ce n'est pas là ce que saint Ignace appelle « répétition » dans les Exercices ; il s'agit d'une reprise vivante et sous une forme nouvelle du sujet déjà contemplé et goûté. Examinons si nous sommes portés à chercher toujours du nouveau ou à nous résigner à l'ennui. Il y en a qui ont toujours peur de ne rien faire quand ils ne méditent pas. D'autres prétendent ne pas pouvoir méditer, sous prétexte qu'ils sont parvenus au silence mystique. Il ne faut être attaché ni à l'un ni à l'autre. Une très grande liberté intérieure est ce qui vaut le mieux. L'esprit des Exercices spirituels va tout à fait dans ce sens. Ils donnent des conseils pour entrer en méditation. Puis, ils enjoignent de « laisser la créature en face du Créateur » 5. Il faut surtout compter sur le Saint-Esprit. C'est lui le maître de la prière. Il faut aussi compter sur notre bon sens. Des méthodes, on doit dire qu'elles sont comme des vêtements tout faits : ils ne vont jamais parfaitement ; on le remarque tout de suite : ils ne sont pas « sur mesure ». Chacun doit faire sa propre expérience : adapter les méthodes et ne pas se dire comme un reproche : « j'ai un peu déformé la méthode ». Si c'est vrai, tant mieux pour vous !

Ce qui est vrai pour la grande méditation qu'est la vie tout entière est vrai pour chaque méditation particulière : il n'est pas bon de trop réfléchir. Les hyperconscients sont des malades. Dans la vie physique, les organes sains sont ceux qui remplissent leurs fonctions sans se faire remarquer. Dans la vie morale on ne doit pas viser à prendre conscience de tout. Il faut sans doute penser à quelque chose, il faut nourrir son esprit ; mais penser ne veut pas dire réfléchir explicitement, faire des raisonnements. Notre machine à penser marche continuellement — même dans nos rêves — .Ne dites pas : « je ne peux pas méditer », et encore moins : je ne peux plus méditer ». Cela voudrait dire : « je suis trop avancé dans la vie spirituelle ». On a lu dans les livres que, à partir d'un certain degré de la vie spirituelle, il se produit une suspension des facultés ; on entre dans l'oraison de quiétude, etc...

Les confidents de pareils propos doivent être tout à fait sur leurs gardes. Quand on me disait : « je ne peux plus » je demandais : « où avez-vous lu cela ? ». Il peut arriver, et le cas est beaucoup plus fréquent, qu'il vaille mieux ne plus méditer à l'heure de l'oraison. La méditation, en effet, est une affaire humaine, elle est, de par ma nature, en mon pouvoir. Mes l'oraison est « une élévation de l'esprit vers Dieu», un « la commerce avec Dieu ». Elle dépend avant tout de grâce divine.

Faut-il méditer ? A prendre la chose absolument, oui — Y a-t-il intérêt pour la vie spirituelle à méditer ? — A parler absolument, oui encore, parce que la vie spirituelle est aussi une vie intellectuelle, un exercice de l'intelligence. Faut-il méditer au temps de l'oraison ? — La réponse appelle des nuances. Il est nécessaire d'avoir des idées, même au temps de I'oraison; sans cela on retombe dans l'enfance. est doncnécessaire de nourrir notre intelligence.

Où et quand faut-il méditer ? — En lisant. En lisant peu.Lire sans comprendre est une perte detemps :autant ouvrir un livre chinois ! Dans la mesure où l'on cherche à comprendre ce qu'on lit, on médite. Nos lectures sont normalement des méditations : elles nourrissent notre besoin de méditer De même les lectures que nous entendons faire. Chaque fois que nous lisons, fût-ce les prières de la sainte messe, nous méditons .Il n'est peut-être pas nécessaire de méditer à l' « heure de l'oraison ». Et dès lors, on ne devrait pas appeler cette heure-là, comme on le fait trop doit avoir souvent, « la méditation ». Rendons à la prière (oraison) la dignité qu'elle doit avoir.


Sujets et méthodes.

Peut-on méditer surd problèmes de vie pratique pendant cette heure-là -?

— La question m'embarrasse. J'entends par « vie pratique » la vie morale, religieuse, chrétienne. Par exemple, on s'interroge : « Dois-je aller me confesser aujourd'hui ? » « Dois-je parler de telle ou telle chose à telle personne ? » Assurément on peut réfléchir à ces choses-là durant le temps de l'oraison, si on ne peut disposer d'un autre moment. « Doit-on préparer son oraison du matin ? » A parler en général, il faut toujours préparer son oraison. Honnêtement, on le doit, parce qu'il est honnête, quand on se présente chez un grand personnage, de préparer ce qu'on va lui dire.

Dieu est notre Père, nous devons aimer son honneur autant que nous l'aimons lui-même ; et, pour lui faire honneur, préparer l'entretien particulier que nous désirons avoir avec lui à telle heure le lendemain. Quels sont les sujets de méditation les plus propres à conduire notre esprit vers cette « élévation à Dieu » ? Ce sont ceux qui favorisent l'exercice de la foi. La foi est notre élévateur spirituel. Elle est le ressort profond de la vie spirituelle. Elle en est l'élément de base, le commencement de la justification. Cherchons donc nos sujets dans les documents de la foi, et entre tous, le Credo, les enseignements de la sainte Eglise, la liturgie (la grande, la vraie) ou l'Ecriture Sainte : en choisir quelques versets, qu'on tâche de retenir assez bien pour les retrouver si l'on se réveille la nuit, et qu'on se rappelle le matin comme première pensée.

La méditation est utile jusqu'au moment où l'on trouve ce que l'on cherche : Dieu. Quand on est vraiment en présence de Dieu par la pensée, par les souvenirs, par les affections, il ne faut pas prolonger la méditation. Les « points » de la méditation ne sont pas destinés à être tous passés en revue. Y a-t-il des méthodes de méditation ? — Il y a la logique, méthode universelle. Il y a des aide-mémoire sous forme de questionnaires. L'esprit peut s'en aider. Je ne dis pas que cela soit nécessaire, mais il est bon de savoir que cela existe et qu'on peut y recourir au besoin.

Et pour la prière, y a-t-il des méthodes ? — Pour la prière vocale, il va de soi qu'il y a des formules. Pour la prière en général, il est possible d'établir des listes d'intentions, aussi longues qu'on voudra. Mais pour l'acte de prier, d'entrer en communication avec Dieu, il n'y a pas de méthode. Quand l'enfant veut parler à ses parents, a-t-il besoin d'une méthode ?

Les Anciens, pour parler, suivaient une méthode, qui s'appelait rhétorique. Avec le bon Dieu, pas de rhétorique. Nous devons parler à Dieu simplement, chacun à notre manière, selon notre capacité, dans notre langue à nous, avec notre tournure d'esprit, suivant nos dispositions actuelles. Une méthode est quelque chose de conventionnel. Or, une convention est une fiction, une fiction est une sorte de mensonge.

On peut tromper les hommes ; on ne trompe pas Dieu. Ce n'est pas la peine de faire de la rhétorique avec lui. Il est même tout à fait sot de recourir à la littérature pour lui parler. Autre chose est l'élève qui récite un compliment, autre chose est l'enfant qui cause au naturel avec son père. Les méthodes peuvent pourtant être très utiles, mais comme des cannes ou des béquilles. Il faut s'en libérer aussitôt que possible. Je n'ai pas dit qu'il faut se libérer de la prière, mais des méthodes. Tout le monde doit méditer, sans quoi il n'y a pas de vie humaine ; et tout le monde doit prier. Mais il n'est pas nécessaire de mêler les deux. La perfection de la prière ne se mesure pas à la vivacité des pensées qui se succèdent. Saint Antoine, le Père des moines, a dit : « La prière n'est pas parfaite lorsque le moine a conscience de ce qu'il demande et du fait qu'il prie ». Et il ne s'agit pas de somnolence !


Recueillement et présence de Dieu

Il est bon de faire quelquefois un simple exercice de présence de Dieu. On se rappelle que Dieu est là. On peut arriver ainsi à s'entretenir dans tous les sentiments que suggère cette présence mutuelle. Lorsque deux amis conversent entre eux, ils ne se lassent pas d'être l'un près de l'autre. Faire un acte extérieur de révérence. Les Anges le voient : c'est une note dans leur concert.

Aimer à faire ces actes extérieurs de révérence. On peut les multiplier quand on prie seul 6 S'habituer à faire de sérieuses, graves, profondes génuflexions. Il y a diverses attitudes corporelles possibles. Il faut prendre celle qui convient le mieux et n'en pas changer par caprice. A certains jours, rester à genoux est un exercice de mortification : il n'est pas raisonnable de s'y tenir pour réfléchir. Saint Ignace, à cet égard, laisse une entière liberté : il ne parle pas de marcher, parce qu'il suppose que l'oraison se fait en chambre ou dans un oratoire ; mais se promener n'est pas exclu. Saint Paul aussi recommande la liberté, « pourvu, dit-il, qu'elle ne tourne pas à la licence » 7 .

Il faut faciliter le recueillement : c'est tout. Pourquoi donner tant d'importance aux attitudes corporelles dans l'oraison ? Sur ce point, saint Ignace est en train de gagner une popularité qu'il n'aurait jamais rêvée. On parle plus que jamais d'utiliser des méthodes orientales pour amener la concentration de l'esprit. Elles consistent en des attitudes spéciales, très précises, des manières de respirer, en particulier, pour arriver à un total repos de l'âme et faciliter la prière. De ce fait, saint Ignace passe pour le seul grand homme qu'il y ait eu en Occident à cet égard. Le respect dans l'attitude aide beaucoup à la prière. Il faut que ce soit un respect filial : familier, hardi même, mais profondément « respectueux ». « Tiens-toi vaillamment, prie avec énergie », recommande Evagre. « Quand tu te mets en prière, ne commence pas avec mollesse, dit-il encore, de sorte que toute ton oraison sera faite avec lâcheté, paresse et négligence. Signe-toi de la croix, recueille tes pensées ; souviens-toi ; fixe ton propos et considère à qui tu adresses ta prière. Et puis, commence... » 8.

Les anciens pensaient qu'il faut savoir supporter un peu de souffrance dans l'attitude de la prière. Saint Ignace, large sur ce point quand il parle de la méditation, exige plus de respect lorsqu'il s'agit de la prière. Dans l'Evangile, les orants sont toujours représentés debout. Il en est de même sur les fresques des catacombes. Il ne faut pas croire que ce soit plus fatigant d'être à genoux que debout. L'expérience nous apprend qu'il est plus fatigant de rester debout immobile que d'être à genoux. Ce qu'Evagre entend recommander, c'est de ne pas se laisser aller.

Tous les auteurs spirituels ont suggéré des formules d'introduction à la prière. La sainte messe commence par l'Introït. Toutes les heures canoniales, par un verset d'appel à l'aide de Dieu : Deus, in adjutorium meuni, intende... Quand deux amis se rencontrent, ils se saluent par quelque geste ou quelque parole de révérence. Pourquoi pas avec le bon Dieu ? De telles formules sont utiles non seulement pour témoigner notre respect, mais encore pour nous mettre dans les dispositions essentielles de la prière et renouveler le sentiment de la présence de Dieu.

Mais il faut que nous soyons très libres dans notre choix. Il faut, nous dit-on, nous mettre en la présence de Dieu. En fait, nous y sommes toujours. Il y a toujours quelqu'un qui pense à nous, qui considère toutes nos actions, non à la loupe pour y découvrir des défauts, mais avec des yeux paternels : c'est notre Père, qui nous regarde avec amour. Il est toujours là ; et tout disposé à nous écouter.

Il est pourtant très profitable de nous rappeler avec intensité cette présence de Dieu : mais pas pour nous composer des attitudes ! Dans les cérémonies publiques, il faut bien que tout soit exécuté selon les rubriques. Mais lorsqu'il s'agit d'un coeur à coeur avec Dieu, il faut y aller simplement, et s'exposer sans voile à ce bain de soleil. Dieu voit tout, on ne peut rien lui cacher. Au commencement, cela fait peur, mais seule, la vérité délivre : la vérité nous délivrera 9. « L'Esprit-Saint regarde à la valeur de la pensée première » 10, et non à la valeur de celle que le tentateur suggère après coup pour vicier l'intention initiale.

La « pensée première », si elle est bonne, vient de lui. Dans la vie spirituelle Dieu a toutes les initiatives. Quant à nous, avec le sentiment de nos besoins, avec nos désirs et notre bonne volonté, nous ne venons jamais, comme artisans de notre propre vie, qu'après la sainte Trinité. La première condition d'une bonne oraison est la sincérité, dont le fruit est la sérénité. L'une et l'autre viennent de l'accord de notre volonté avec la volonté de Dieu : « Que votre volonté s'accomplisse en moi ». Dieu, lui, sait et veut l'utile pour nos âmes. Il nous arrive, par ignorance, de ne pas chercher cela.

Vous dites peut-être : « Je ne demande que ce qui est normal dans la vie humaine ». — Oui, mais c'est votre volonté. Les anciens sont très sévères pour la volonté propre. Méfions-nous. Renonçons à notre volonté, et même à vouloir trouver tels sentiments dans l'oraison. Il faut que sur tous nos désirs, domine le désir que la volonté de Dieu se fasse. Et surtout dans la prière. Si nos vouloirs ne concordent pas avec ceux de Dieu , il vaut beaucoup mieux qu'ils ne s'accomplissent pas. Que votre volonté, mon Dieu, s'accomplisse en moi maintenant, pendant cette heure d'oraison !

Renonçons de coeur aux consolations, et soyons toujours contents du bon Dieu. Accepter tout le bon plaisir de Dieu dans la prière, sans désirer aucune autre consolation que celle de n'être rien et de savoir que Dieu est tout. La paix dans son seul amour. Le progrès dans la vie d'oraison se ramène à cela : ne poser aucune condition à Dieu. Je dois être entièrement persuadé que Dieu est le plus sage. Ma première sagesse à moi consiste à reconnaître que je manque de sagesse. Je me confierai donc à quelqu'un de plus sage que moi.

C'est Socrate, qui parle ainsi : il pensait à des personnes humaines qu'il aurait supposées être plus sage que lui. Moi, j'ai la certitude que Dieu est plus sage que moi : il me faut donc tendre mes désirs vers cela seul que Dieu sait être le meilleur. Que les décisions de la sagesse de Dieu s'accomplissent ! Il serait stupide et dommageables d'échapper à cette sagesse en quoi que ce soit, et en particulier dans ma prière. Voilà qui va extrêmement loin. Tout ce que Saint Jean de la Croix demande d'abnégation, de renoncement, de dépouillement est dans le prolongement de ce principe : Dieu est le plus sage.

Vivre selon cette doctrine de Saint Jean de la Croix serait logique. En tout cas, à notre niveau, sachons renier nos propres idées pour prendre celles de Dieu. Cela se fait dans la prière, et d'abord au sujet de la prière même. Disons-le prosaïquement : n'ayons pas de désirs parasites. Allons à la prière avec un seul désir : que les intentions de Dieu s'accomplissent. En réalité je renonce ainsi uniquement à mon mal.Idées fixes, toquades, lubies, etc. Nous aimons mieux appeler cela : « nos idées », c'est plus distingué, paraît-il, depuis Platon.

En réalité, il y a très peu d'idée dans ces idées : ce sont plutôt des poussées de sentiments qui montent de notre subconscient et de notre inconscient. Ces prétendues idées font notre malheur dans la vie. Et le plus fort, c'est que certaines personnes parviennent à les imposer à d'autres, même à leurs supérieurs. Tôt ou tard, on aboutit à la catastrophe. Ceux qui ont renoncé à ces sortes d' « idées », se trouvent à l'aise dans leurs relations avec Dieu. Rien ni personne ne pourra les rendre malheureux. Comme le pauvre Lazare, il faut que nous prenions ici-bas notre part de mal, si nous voulons avoir là-haut notre part de bien. Ce « mal », consiste momentanément à renoncer à notre volonté propre. Qui l'a compris demande à Dieu que ce soit fait le plus tôt possible.

Nous ne pouvons renoncer à nos propres idées que par la foi en la Sagesse suprême de Dieu. Prendre les idées de Dieu, est-ce un si grand sacrifice ? Le principe général de l'abandon à Dieu vaut aussi pour la prière. Sacrifier nos idées propres pour adopter celles de Dieu, c'est ce qui fait notre bonheur. Ne soyons pas comme des enfants qui trépignent quand leur père ne fait pas ce qu'ils veulent. Nous avons le pouvoir de tenir mordicus à nos idées. Mais si nous nous obstinons contre Dieu, nous sommes battus, et, finalement, malheureux. Cela vaut pour l'oraison.

Il ne faut pas lancer un ultimatum à Dieu : « Si je ne suis pas exaucé dans les vingt-quatre heures... ». Non, il faut dire : « Que votre volonté soit faite toujours ; et en ce moment-ci. Si votre volonté est que je peine dans la prière, qu'elle soit faite ; si vous voulez que je jouisse de votre présence, qu'elle soit faite encore ». Alors, notre prière sera sans trouble, soyons-en sûrs. Elle nous remplira de reconnaissance. Les instants qui nous sont donnés, si nous les accueillons avec confiance, nous nous apercevons, quand ils sont passés, qu'ils étaient bons.

Il nous reste à remercier. La grande sagesse c'est de vivre d'un instant à l'autre en nous abandonnant à Dieu notre Père. L'oraison, alors, sera facile. Ou plutôt non, l'oraison, ce sera cela. En définitive, la grande sagesse, le grand moyen de progresser dans la prière et d'arriver à une grande paix dans l'oraison et dans la vie, c'est la foi.

La pauvreté, sous toutes ses formes, déleste notre âme pour la prière. La pratique de la pauvreté peut être un exercice de mortification. Elle ne l'est que secondairement de même que la chasteté et l'obéissance. Ce sont des conditions d'affranchissement de notre âme. Notre esprit est toujours en mouvement : cela tient à son essence. Il a deux directions principales : vers en haut ou vers en bas. Tout ce quinous attire en bas nous empêche de nous élever. Et vice-versa.

De son mouvement naturel, l'âme monte vers Dieu, quand elle n'est pas embarrassée par des impedimenta (bagages militaires). C'est, en particulier, par la pauvreté qu'elle jette du lest. Mais chasteté et obéissance sont aussi pauvreté, et plus profonde encore. Autre condition pour bien faire oraison : la solitude. Les premiers religieux se sont appelés moines (de monos, seul), parce qu'ils pensaient qu'un certain degré de solitude était nécessaire pour bien prier. Nous avons l'exemple de Notre-Seigneur. Il pouvait, certes, s'unir à son Père au milieu des foules, il n'avait pas besoin de se séparer des hommes. Or, pendant sa vie publique, il se retirait dans la solitude et passait la nuit en prière 11. Nous ne pouvons nous croire plus sages que lui et prétendre pouvoir nous passer des moyens que lui-même a employés pour favoriser la tranquillité de sa prière.

Notre psychologie n'est pas différente de celle de l'antiquité. Nous avons tous besoin de sollitude. Un des grands dangers qui menacent le monde moderne, c'est qu'il est de plus en plus difficile d'y trouver la solitude. Si on veut trouver Dieu dans la prière, il faut savoir renoncer à certaines compagnies. Sa compagnie à lui remplace bien toutes les autres !Il y a trois avantages dans cette solitude : on se sépare de ses amis pour louer Dieu, et cela est méritoire ; on trouve le recueillement qui favorise la réflexion ; on a l'âme plus détachée, et par là plus apte à atteindre Dieu et plus ouverte aux dons de sa bonté.

En communauté, il faut savoir défendre sa solitude, et parfois énergiquement. Ceux qui n'en ont pas le courage se privent de ce que la vie religieuse offre de plus précieux et de plus consolant .Au reste, la solitude n'est bonne que lorsqu'elle est aimée. Et elle ne peut être aimée vraiment que quand elle est « peuplée » de Dieu.


La mortification.

Il y a des gens qui n'en ont aucun souci. Le démon entre chez eux comme chez lui. Même sans passions gravement coupables, l'assujettissement aux caprices est un grand obstacle à l'oraison. Même chez les personnes habituellement mortifiées il peut y avoir des poussées de passions violentes : une colère, par exemple, qui, si on ne la domine pas, va peut-être créer un état. Que faire alors ? Patienter, et ne pas se mettre en colère contre sa colère Pourquoi avons-nous des souvenirs troublants ?

Parce que, chemin faisant, nous avons admis inconsidérément des impressions troubles. Le démon intervient lui aussi. Le long du jour, il excite en nous des passions diverses, « afin que notre intelligence, épaissie par elles, ne puisse pas prier comme il faut »12. C'est sa manière à lui de préparer notre oraison. Soyons sur nos gardes. Il faudrait, que, le long du jour, nous ayons la préoccupation de l'oraison que nous allons faire. Ce n'est pas pendant l'oraison qu'il faut lutter, c'est toute la vie. Les distractions qui nous assaillent pendant la prière sont un signe que notre vie n'est pas tout à fait en ordre.La lutte pour l'oraison, c'est la vie. Si nous possédions les quatre vertus cardinales à l'état parfait, notre oraison aussi serait parfaite. Nous n'aurions à craindre aucune fâcheuse sur­prise de l'ennemi, même s'il se transformait en ange de lumière.

La première condition pour l'oraison parfaite, c'est la vie parfaite. Est-ce décourageant ? Au contraire, c'est stimulant. De nos jours, on a perdu le sens du mot vertu. La vertu n'est plus à la mode. Ça fait vieillot quand on en parle. Aujourd'hui il faut parler de valeur (mot tout à fait inexistant en latin). Dans les Dialogues de Platon, Socrate ne parle jamais que de vertu, à l'encontre des sophistes qui ne parlaient que de valeur. Si Socrate avait raison de maintenir ce concept de vertu, nous aussi. Pour les anciens, il n'y a au fond qu'une vertu, qui se diversifie selon les facultés de l'âme et les besoins de la société.

Les stoïciens disaient que « les vertus s'accompagnent mutuellement », c'est-à-dire qu'on ne peut manquer à l'une sans faire du tort aux autres. Notre langage chrétien exprime l'équivalent en d'autres termes : si l'on commet un péché mortel contre une vertu, toutes, en tant qu'infuses, disparaissent, parce qu'on perd la charité qui est la forme de toutes les vertus. Celui qui aurait une répugnance habituelle pour la pratique d'une vertu, au point d'y manquer gravement, pourrait faire la prière du pécheur, mais aussi longtemps qu'il ne vaincrait pas cette répugnance, il devrait renoncer à progresser dans l'oraison. Qu'il continue à faire sa prière de pécheur : elle lui obtiendra la victoire qu'il demande.

NOTES

(I) Leçons d'un contemplatif, P.
(2) Ibid., p. 117.
(3) Jean, 20, 29.
(4) Exercices spirituels, n. 2.
(5) Ibid., n. 15 et 16.
(6) Ibid., n. 76.
(7) Galates, 5, 13.
(8) Parénétique, p. 561.
(9) Jean, 8, 36.
(10) Evagre, Lettre 18.
(11) Luc, 6, 12.
(12) Evagre, Leçons..., p. 99.85

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