Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de 
Mgr Pierre André Fournier  et ami de
ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande

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DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?

 

Je remercie Mme Dominique Talbot qui a fait cette bannière pour moi, je la remercie beaucoup, cette femme à un magnifique site qui nous comble de joie et de surprise, demandé sa mise à jour. Pour vous donnez une idée cliquée sur le logo en haut Merci Dominique

Titre de la série :
prière de vie_vie de prière
Titre de la page:

Louange et adoration

Nom de l'auteur:
P.Irénéen.Hausherr.s.j.

IV
Louange et adoration


Quand Dieu nous a placés en ce monde, il nous a invités à le connaître et à le louer, et c'est le grand honneur de notre intelligence ; à l'adorer et à l'aimer, et c'est la plénitude de notre coeur ; à le servir, et c'est la grande noblesse de notre vie.


Louange.

La louange est partout dans la Sainte Ecriture. Elle y devient vite un hymne, un poème, un chant lyrique. Chantée en cadence, elle devient vite exultation, évolution rythmique, danse.

Le chant et la danse parachèvent l'expression de la joie. Dans l'office, il y a une heure qu'on appelle laudes, louanges. Mais les sept heures veulent être une louange perpétuelle du Seigneur.

Font-elles notre joie ?

Je ne veux pas dire que nous éprouvions une joie toujours nouvelle, toujours actuelle, lorsque nous récitons l'office. Cette joie est, comme toutes les choses qui se répètent, soumise à l'accoutumance et au dépérissement progressif. Elle ne nous fait plus d'impression, sauf rebondissement du fond de notre être. Mais il y a quelque chose qui subsiste toujours : la volonté de louer Dieu, et cela est une joie qui peut durer perpétuellement en nous.


Jubilate Deo...1

Louez Dieu dans la joie ! Peut-on louer quelqu'un avec tristesse ? La tristesse entrave tout élan, toute exultation, tout ressort.

Ce sont nos dispositions profondes qui font le meilleur de notre louange, lorsque nous récitons les psaumes de la Joie.

Il n'est pas nécessaire que nous nous fatiguions à fixer notre attention sur chacun des versets. C'est au début qu'il faut nous mettre dans une disposition de louange

Je veux t'exalter, ô Dieu, mon Roi 2.

Celui qui a chanté cela ne poursuivait pas la chimère de l' «amour pur ». Il savait que cette exaltation était l'expression la plus authentique de son propre bonheur.

Et il continue, insatiable :

Je veux chanter Dieu tant que je serai... Non pas par mon anéantissement, mais par la reconnaissance des grandes choses qu'il a faites en me faisant sa créature et son image.

Les créatures nous donnent l'occasion de louer Dieu. Leur beauté et utilité nous stimulent à la louange. Car elles sont toutes bonnes, et toutes réductibles a notre usage. Saint Paul disait bien : « Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, et quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu » (I Cor., 10, 31).

Rien là qui complique la vie : il s'agit simplement d'une tournure d'esprit à prendre.

Que tout ce qui respire loue le Seigneur (Ps. 150).

Nous sommes toujours entourés de quelque être qui respire. Avec un peu d'oubli de nous-mêmes, nous pouvons écouter cette palpitation des choses et les entraîner vers Dieu par notre louange.

« Un écho dans mon sein qui change en eulogie Le retentissement de ce monde mortel... » Le poète a écrit « Harmonie ». Je propose de r emplacer ce mot par « eulogie ». Pour ceux qui aiment Dieu, le monde, en eux, retentit en louange.

La louange donnée à Dieu est l'expression de la béatitude possédée ou espérée par l'homme.

Le cantique de la bienheureuse Vierge Marie est d'une clarté parfaite à ce point de vue. Il résume sous une forme admirable la doctrine de la louange divine : « Mon âme magnifie le Seigneur ; c'est pourquoi mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur 3.

Nous ne sommes pas faits pour gémir, blâmer, broyer du noir, manger de la vache enragée. Nous sommes créés pour louer, bénir, exulter ! Tous ceux qui chantent à Dieu des louanges font ce qu'il y a de plus heureux.

Lorsque le sentiment de louange devient intense, il se transforme en exultation. Cela arrive, non chez les tempéraments légers, mais très graves, comme le roi David et la très Sainte Vierge Marie.

Il faut lire la Sainte Ecriture pour apprendre la louange, pour y prendre goût, nous libérer de cette gangue, de ce carcan d'égocentrisme qui nous étouffe.

Fra Angelico peint la « danse des élus ». Ce n'est pas une pure métaphore. Le corps participe à la louange de Dieu, en donnant à sa manière aux sentiments de l'âme une expression visible par ses mouvements et ses attitudes.

Pourquoi parle-t-on des « choeurs des Anges » ? L'Ange est un « zoon hymnologikon », un-vivant­fait-pour-chanter-des-hymnes. Et nous sommes sur ce point prédestinés à devenir les égaux des Anges.

C'est par là surtout que nous nous élevons à la condition angélique et que nous avons le plus de chance d'anticiper la béatitude éternelle.

Repassons donc en notre esprit cette simple expression : l'homme est créé pour louer Dieu en lui reconnaissant sa place dans le monde.

Et cette obligation, nous nous en acquitterons de façon humaine. Les fêtes humaines ne consistent-elles pas aussi à faire de la musique, à exécuter des danses ?

Si nous y voyions un fardeau lourd à porter, si nous soupçonnions vaguement en Dieu comme un égoïste qui exige à la manière des tyrans antiques, condamnés par le Seigneur (Mc 10, 42-45), quelle erreur serait la nôtre ! C'est la vérité qui nous met la louange au coeur. C'est tout notre être qui a besoin de la gloire de Dieu : celle qu'il possède et celle que nous lui donnons. C'est cela qui fait notre dignité, notre grandeur et notre salut.

Le résumé de la louange c'est l'Alleluia. Il l'a toujours été. Il signifie littéralement : louez Dieu.

Comme le disait quelqu'un qui avait éprouvé toutes les allégresses et toutes les douleurs de la vie présente : « gardons le flat sur les lèvres et l'alleluia dans le coeur »

Louer Dieu n'est pas d'abord une obligation, mais une invitation de celui qui sait de quoi nous avons besoin pour être heureux.

Le Royaume de Dieu est semblable à une noce...

L'homme est fait pour louer, c'est-à-dire pour vivre dans la contemplation de quelque chose de louable. Il est fait par quelqu'un de souverainement sage : comment ne pas louer cette sagesse ? de souverainement bon : comment ne pas louer cette bonté ?

Louer le Créateur, c'est la libération première. Cela purifie notre jouissance des créatures. Cela ne supprime pas la jouissance, mais l'absorbe dans une joie meilleure.

La joie de louer Dieu ne supprime pas les autres joies, parce que, en les dépassant, elle les élève à sa propre hauteur.

En revanche, elle diminue les peines en les pénétrant, elles aussi, de joie. La poussée intérieure qui nous inspire de louer Dieu nous fait survoler les peines inévitables de la vie terrestre.

Quand la louange s'adresse au Dieu suprême, est-il étonnant qu'elle s'identifie avec la joie de l'âme ?

Voyez Notre-Seigneur. Saint Luc (10, 21) nous dit : A cette heure, Jésus exulta dans le Saint- Esprit. Le même mot se retrouve sur les lèvres de la très Sainte Vierge dans son Magnificat, sur celles d'Elisabeth : exultavit in fans in utero meo. Ce même mot est dit aussi à propos des apôtres réunis au Cénacle.

C'est toujours le Saint-Esprit qui produit cette exultation. L'âme chante la louange et la reconnaissance dont il la remplit.

Je te bénis, Père,

Quia fecit mihi magna...

Magnalia Dei.

La source première d'où jaillissent conjointement la louange et l'exultation, est la Béatitude infinie, c'est-à-dire la très Sainte Trinité.


Adoration.

Nous sommes invités à connaître Dieu de telle sorte que notre louange aille jusqu'à l'adoration.

Je n'ose dire à Dieu que je l'aime, mais je puis l'adorer, puisque je le dois. Dans cette adoration je comprends tout l'amour que lui ont donné, lui donnent et lui donneront tous ceux qu'il a faits dignes de l'aimer.

Est-ce que l'Ecce ancilla Domini n'était pas un acte d'amour ?

Quand on a compris, comme la très Sainte Vierge Marie, l'humilité essentielle à toute créature, on est heureux de reconnaître ce qui est et qui ne peut pas ne pas être : l'absolue transcendance de Dieu.

Néant je suis, et j'en glorifie celui qui est.

Cette glorification me grandit : Glora hominis Deus, dit saint Irénée : la gloire de l'homme, c'est Dieu.

Mon Dieu, faites-moi vous connaître et vous aimer de telle sorte que la vue de mon néant double ma jouissance de votre gloire.

Souveraine sagesse du non-être : le non-paraître.

L'intimité avec le Christ : aucun sentiment d'humilité n'en peut restreindre le désir. Un tel sentiment ferait au Christ l'injure de supposer que sa charité est moindre que la mienne, alors que mon désir est né d'elle.

Le vrai cantique de l'humilité c'est le Magnificat.

Défions-nous dans notre prière des formules toutes faites ; nos propres paroles valent mieux pour nous.

Certaines personnes ont le verbe facilement poétique. On écrit, on dit, et on croit que « c'est arrivé ». Inconsciemment on joue un peu la pieuse comédie.

Il ne faut pas vous imaginer que parce que vous avez récité de belles formules, vous êtes monté très haut en dignité devant Dieu.

Il vaut mieux être sobres dans nos formules. Voyez la pondération des formules de la liturgie latine.

La générosité authentique gagnera peut-être dans la mesure où nous rognerons les ailes à l'imaginative et à la sentimentale : ce sont des ailes de cire ou de papier avec lesquelles nous ne monterons jamais dans les hauteurs.

La crainte est le commencement de la sagesse, dit l'Ecriture 4. Il faut admettre que devant Dieu on doit se tenir dans la crainte, mais ne pas croire que, quand la sagesse est en progrès, la crainte ne sert plus à rien.

Saint Jean dit bien que la parfaite charité met la crainte dehors (I Jean, 4, 18). Il y a en effet une crainte qu'elle chasse : la crainte servile, celle qui, plus ou moins, espère échapper au coup de cravache.

Cette crainte là, il faut la mettre dehors par la charité.

Comment ? En perdant tout espoir d'échapper à Dieu : « C'est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant ! » (Héb., 10, 31). Mais saint Augustin dit : « Tu as un seul moyen de t'enfuir de Dieu, c'est de t'enfuir en Dieu ».

Il est une autre crainte : celle que nous appelons « respect », « révérence » (vereri crainte). Cette crainte-là, bien loin de diminuer lorsque grandit notre intimité avec Dieu, augmente ; elle perd ce qu'elle avait de pénible, elle ne se soucie plus d'éviter les coups, mais elle éprouve de plus en plus le sentiment de la grandeur de Dieu, de de plus en plus elle se transforme en amour de Dieu, en aspiration vers lui.

Tu ne dois pas craindre seulement quand tu penses à ton péché, mais jusque dans les conso lations spirituelles. Même dans les moments de délassement et de détente, il faut conserver une certaine crainte de Dieu. Il n'y a pas de vacance dans la vie spirituelle et les détentes doivent être prises avec modération, par respect pour Dieu. Mais inutile de le dire : si les consolations sont de bon aloi, elles apportent d'elles-mêmes à l'âme la volupté du respect de Dieu.

Le respect consiste à ne pas s'occuper d'autre chose que de Dieu et de ses intérêts quand on est avec lui.

Ayons le respect des « images pieuses ». Si elles sont laides, la faute en est à celui qui les a faites. Une fois faites, il faut les respecter. Et les res pecter, c'est quelquefois les brûler. Ce n'est pas du pharisaïsme ni de l'iconoclasme !

Il faut avoir la naïveté du respect.

Il faut avoir la fringale du respect.

Rien de plus exquis en fait de jouissance que le sentiment du respect. Il est fait d'admiration, d'estime, d'amour. Le vulgaire ne le connaît pas. Le respect fait justement la différence entre l'amour humain et l'amour animal. L'amour de Dieu contient tendresse et respect à un degré infiniment supérieur. C'est pourquoi il est ce qu'il y a de plus exquis en fait de complaisance.

Le respect pour le Seigneur devient source de souffrances quand on voit le sans-gêne, la nonchalance, l'oubli de beaucoup de gens devant lui ; mais aussi de joies profondes, quand on rencontre des personnes simplement et spontanément attentives à lui donner toutes les marques, grandes et petites, de leur adoration. Que de spectacles reviennent dans la mémoire, de l'une et l'autre sorte ! Plus nombreux, hélas ! les déplaisants, plus rares les réconfortants. Mais les premiers, quan­tité négligeable, finissent par disparaître dans la splendeur des autres dont l'étoffe est d'éternité. Voici une chapelle de religieuses adoratrices. Des religieuses qui se succédaient deux à deux au prie-Dieu du choeur, et qui plusieurs fois par jour, silencieusement et solennellement entraient toutes ensemble pour leur office, je n'ai gardé aucun souvenir spécial. C'est leur métier à elles, d'adorer, le beau métier ! (métier vient de ministère). Mais jamais je n'oublierai un vieux monsieur « de taille haute et droite » qui venait parfois faire une courte prière. Il avançait jusqu'à la grille, déposait chapeau et canne sur une chaise ; puis, sans s'appuyer ni à droite ni à gauche, il mettait un genou à terre, puis deux et j'entendais craquer ses os , puis lentement, obstinément, il forçait sa haute taille à s'incliner jusqu'à toucher du front le dallage de marbre. Sa prière achevée, il refaisait la même prostration avant de sortir.

Pensez-vous qu'il fût malheureux d'avoir fait, d'avoir pu faire, d'avoir eu le droit et l'occasion de faire ce geste de révérence devant le seul Adorable qui est aussi le seul Bon ? Et à qui voudriez- vous ressembler de préférence, à des adorateurs de cette sorte qui tremente curvantur genu ou à d'autres pour qui la génuflexion consiste en un trémoussement imperceptible, tandis que le regard vogue ailleurs ; à ceux pour qui la prostration se réduit à baisser les paupières ; à ceux qui, à peine relevés de l'agenouilloir où ils paraissaient absorbés en Dieu, tournent le dos à l'autel, au crucifix, au Christ encore présent, pour ne pas perdre cet unique spectacle de la foule qui s'en va...

La liturgie romaine, la plus familière de toutes les liturgies chrétiennes, est pleine de respect.

On s'enthousiasme pour la liturgie orientale ; or, cette liturgie, au moment le plus solennel de la messe, les fidèles n'en peuvent rien voir. Les Orientaux ont le sens du mystère.

J'ai toujours constaté que, lorsqu'on parle de ce respect à certains auditoires, cela fait une impression profonde, très salutaire. Après quelque temps d'expérience, les auditeurs s'en félicitent. ils reconnaissent que cela leur a fait beaucoup de bien.

J'ai connu une communauté dans laquelle tout le monde se mêlait de tout à la chapelle. Je leur ai parlé du respect dû à Dieu. J'ai réformé leurs idées à ce sujet et, un an après, tout était transformé : la vie religieuse y avait gagné énormément.

Ce respect ne tue pas la liberté. Dieu est mon Père, oui ; mais il est Dieu. Le respect n'est pas contraire à l'affection : on n'aime que ce qu'on respecte.

Créer en moi cet instinct de respect, le développer. Au lieu de calculer comment échapper à telle marque de révérence, me féliciter d'avoir à la donner. Le faire d'une façon d'autant plus insistante que personne n'est là pour le constater.

Les sacristains dévots sont très édifiants.

Quand on fait un geste de respect une inclination, une génuflexion, le signe de la croix il faut le faire avec respect. Même lorsque nous prions tout seuls.

Lorsque nous passons du raisonnement au colloque avec le Seigneur, si nous comprenons ce que nous faisons, nous prendrons naturellement une attitude respectueuses. 5

Ne nous laissons jamais impressionner par des idées fausses au sujet de la familiarité, « puisque nous appelons Dieu notre Père ».

J'ai lu un jour dans une revue religieuse une expression qui m'a choqué. On avait imprimé : « Papa le bon Dieu » et « Maman la Sainte Vierge », on peut parler ainsi avec respect, peut-être ; mais l'écrire ! c'est déjà trop. Celui qui écrit doit se préoccuper de ne pas provoquer le moindre manque de respect chez ceux qui le liront.

Cet instinct de respect ne diminue en rien la vraie familiarité: sentiment d' « être de la famille » de Dieu. L'idéal de l'intimité, c'est l'intimité infinie des Trois Personnes divines.

Educatrices, faites-vous une conviction à ce sujet. Elevez les jeunes filles de telle manière qu'elles retrouvent ce respect par une sorte d'instinct spontané.

Quand on va jusqu'à la découverte essentielle, quand on atteint le ressort qui a donné le branle aux ascensions des saints, on s'aperçoit de ceci : à un moment donné, par une grâce de Dieu, à la suite d'expériences variées, ils ont compris la grande parole du Seigneur : Dieu seul est bon 6 et ensuite celle de saint Jean . Dieu est charite '7.

Cela n'est pas facile à voir chez les saints qui ont beaucoup écrit. Ce que nous disons le moins est souvent ce dont nous vivons le plus. Les saints ressemblent à une foule de gens qui ne se rendent pas compte qu'ils respirent. C'est pourquoi la science matérielle qui juge par la quantité des textes, passe a côté de la vraie connaissance.

Marie de l'Incarnation, l'Ursuline, a beaucoup écrit. Il y a des quantités de choses que les théoriciens de la vie spirituelle relèvent complaisamment dans ses « Relations », mais la valeur profonde de son âme est ramassée dans quelques paroles brèves, très simples. Elle dit par exemple :

Etant en oraison, il me dit : " Tu m'appelles ton grand Dieu, et tu fais bien, car je le suis » 8. C'est par ce respect qu'il faut commencer.

Je ne crois pas que quelqu'un qui se montre d'emblée sans gêne avec le bon Dieu arrive jamais à comprendre cela.

Marie de l'Incarnation continue : « Mais je suis aussi Charité. L'Amour est mon nom et c'est ainsi que je veux que tu m'appelles » 9. Le Dieu que nous devons adorer, c'est celui-là.

Les titres de noblesse, les marques d'honneur sont une vanité de la part de ceux qui les exigent ; mais de la part de ceux qui les donnent c'est savoir-vivre et, avec la modération voulue, c'est justice.

Il est pourtant sûr que ces personnages sont essentiellement nos semblables : « Vous êtes tous frères» (Ma tth., 23, 8) et le Seigneur lui-même s'est déclaré notre frère. L'apôtre lui en fait un honneur. C'est à nous à ne pas oublier qu'il est plus encore.

De quoi nous servirait-il, s'il n'était que notre frère ? Nous avons des milliards de frères en humanité. Voilà qui mérite considération. Car nos sentiments s'ajustent à la façon dont nous traitons les personnes. Si nous les traitons cavalièrement, l'estime disparaîtra.

Il y a des inconvénients à tutoyer d'une façon indue les personnes que nous respectons.

Avec Notre-Seigneur il ne faut pas être à tu et à toi. Cela ne saurait se soutenir longuement. Si nous ne donnons pas à Notre-Seigneur les marques élémentaires de respect, je ne crois pas que la grandeur, la dignité, la beauté de nos relations avec lui puissent subsister longtemps.

Je ne sais pas d'où est venue l'habitude de dire « Jésus » tout court à Notre-Seigneur. Car ni dans l'Ecriture ni dans la liturgie cela ne se trouve.

Si nous croyons et si nous aimons ce qu'il est, pourquoi n'aimons-nous pas à nous le rappeler et à le lui dire ?

Le récit évangélique le nomme Jésus, parce que ce récit est une histoire. Le personnage historique s'appelle de son nom humain : Jésus. Mais ailleurs que dans le récit historique, les disciples qui parlent de lui ne l'appellent jamais « Jésus » tout court.

Le vocatif .‹ Jésus » ne se rencontre que dans saint Marc et dans saint Luc : ce sont des démons qui l'emploient par la bouche des possédée. 10

A l'appeler par son nom humain, il n'y a que l'aveugle de Jéricho : « Jésus, Fils de David, aie pitié de moi » Et remarquez que cet homme lui rappelle sa royale ascendance 11.

Les disciples ne se hasardent jamais à l'interpel­ler ainsi. Le Maître les en approuve : « Vous m'appelez Maître et Seigneur et vous dites bien, car je le suis »12.

Pourquoi ma langue à moi ne proclamerait-elle pas avec joie qu'il est le Seigneur, mon Seigneur, Notre-Seigneur ?

Il nous est permis de l'appeler « Jésus » dans notre dévotion privée. Mais je parle dans l'intérêt de la vie spirituelle en général. Il faut se défier d'une dévotion à résonance purement humaine : elle risque de faire tort à la profondeur de nos relations avec le Seigneur.

Dans les Apocryphes du Nouveau Testament, ce vocatif introduit certaines prières. On y trouve par exemple, dans l'Evangile des Hébreux l'histoire de l'homme à la main desséchée. Il dit : « Je te prie, Jésus, de me rendre la santé ». Mais Jean le Théologien parle autrement. Il dit : « Seigneur Jésus-Christ, qui as fait des merveilles ». L'ami de coeur parle autrement que le maçon à la main desséchée.

Ne dévions pas de la ligne que trace notre foi ; ne descendons pas du milieu divin pour nous laisser choir dans la condition des « rampants ».

Encore une fois, je dis qu'il est permis de parler familièrement au Seigneur ; mais on peut lui parler très familièrement et à la fois respectueusement. A propos des noms de Notre-Seigneur Jésus- Christ, je crois que nous avons tout intérêt à ne pas lui marchander les titres auxquels il a droit. Puissions-nous avoir une véritable joie à les lui donner !

Je n'ai pas dit qu'il était défendu d'appeler Jésus par ce seul nom. Il n'est pas défendu de chanter tout entier le Jubilus de saint Bernard.

L'amour le plus fort, c'est l'ADORATION.

NOTES

(1) C'est le début de plusieurs psaumes : Ps. 46, 65, 80, 97, 99.
(2) Ps. 144.
(3) Luc, 1, 47.
(4) Eccl. 1, 16 et Ps. 110, 10.
(5) Exercices spirituels, n. 3.
(6) Matth., 19, 17.
(7) I Jo., 4, 8.
(8) Dom JAMET, Le Témoignage de Marie de l'Incarna­tion, Paris, Beauchesne, 1932. Troisième état d'oraison, p. 22.
(9) Ibid.
(10) Matth., 8, 29.
(11) Luc, 18, 38.
(12) Jean, 13, 13.