P.I.Hausherr.s.j-Action-de-grace.html


Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de 
Mgr Pierre André Fournier  et ami de
ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande

Signez mon livre d'or Un petit mot fait du bien et cela vous permet aussi de lire les commentaires des gens. 


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU
MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE
DIT QUELQUE CHOSE?

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Titre de la série :
prière de vie_vie de prière
Titre de la page:

L'action de grâce

Nom de l'auteur:
P.Irénéen.Hausherr.s.j.

VII
L'action de grâce


Un exercice très utile, c'est de chercher ce que Notre-Seigneur lui-même, et le Nouveau Testament en général, nous apprennent de l'action de grâces.

L'action de grâces naît de la même disposition que la demande, sauf que l'une regarde l'avenir, l'autre, le passé. L'une est préoccupée de notre indigence, l'autre s'élève et pense à la bonté du donateur.

Il n'est pas étonnant que la reconnaissance soit particulièrement vive dans les âmes les plus nobles, les plus capables de penser à autre chose qu'à elles-mêmes. Les plus capables aussi d'être humbles, car rendre grâces, c'est se reconnaître une infériorité à l'égard du bienfaiteur.

On dil : la reconnaissance est une chose assez rare. Elle est rare presque toujours aux yeux de ceux qui se croient bienfaiteurs. Il y en a cepen­dant parmi ceux-ci qui ne méritent aucune reconnaissance : ce sont les despotes de jadis, d'hier et d'aujourd'hui, qui benefici vocantur, les « Evergètes » de tous les temps. (Cf. Luc, 22, 25).

A l'égard de Dieu, la reconnaissance peut se déployer sans aucune préoccupation de justesse et de mesure. C'est pourquoi la reconnaissance envers Dieu dénote toujours, non de la servilité, mais un grand sentiment de justice et une grande élévation d'âme. C'est ainsi que Notre-Seigneur remercie d'une façon extraordinaire. Nous n'avons pas beaucoup de formules de sa prière personnelle ; mais celles que nous possédons expriment presque toujours des remerciements.


Dans l'évangile.

Mt 11, 25. « Je te loue, Père, (je te remercie, je te confesse, je te proclame), Seigneur du ciel et de la terre ». Ce n'est pas pour rien qu'il ajoute ces mots. Habituellement il dit simplement : Père ; mais ici, il ne s'agit pas de lui seulement mais aussi des Apôtres, qui reviennent de leur première mission.

« ... De ce que tu as caché cela aux sages et aux habiles, et de ce que tu l'as révélé aux tout petits », aux « mineurs » au sens légal du mot. C'est à ceux-là que le Père a révélé son Fils. Pour la première fois, les disciples, alors, surprennent le Seigneur en prière devant son Père. Et cette prière est un chant de reconnaissance pour « ces petits- là ». Etre reconnaissant pour soi-même, c'est rare ; mais être reconnaissant pour les autres !...

Jean, 11, 41-42. Au moment de ressusciter Lazare, Jésus lève les yeux et dit : « Père, je te rends grâce de ce que tu m'as exaucé. Je savais que tu m'exauces toujours, mais c'est pour tous ces hommes qui m'entourent que je parle. » La reconnaissance de Jésus vise, ici, l'effet à venir de sa prière.

Il nous est possible, à nous aussi, de remercier Dieu d'avance, car nous savons que toute prière reçoit une réponse et la meilleure de la bonté du Père.

Il faudrait considérer d'autres prières du Sei­gneur qui ne nous ont pas été conservées textuellement. Chaque fois qu'il rompt le pain, il rend grâces.

Il y a un verset qui montre comme les Apôtres ont été frappés de cette habitude du Seigneur ; c'est le lendemain de la multiplication des pains. Des barques arrivent de Tibériade, note saint Jean (6, 23), « près de l'endroit où l'on avait mangé le pain, le Seigneur rendant grâces 1 »i. Il rendait grâces pour les autres, pour ceux qui mangeaient.

Et le Magnificat de la très sainte Vierge Marie ! C'est le chant d'action de grâces par excellence d'une pure créature.


Saint Paul.

Saint Paul, lui, juif, pharisien fidèle et zélé, avait l'habitude, prise dans la récitation des psaumes rituels, de répéter cette formule : Benedictus Deus, Dieu soit bénit. 2 Saint Paul donc, qui savait les Ecritures par coeur, bénit et remercie Dieu très souvent. L'Ancien Testament est la préparation du Nouveau sur ce point : il est l'éducation lente de l'humanité à l'action de grâces, et le Nouveau Testament a trouvé les âmes prêtes.

L'Ancien Testament, dans toutes les bénédictions adressées à Dieu, en restait surtout au sentiment de la majesté divine. C'est très beau, il faut garder ce sentiment-là ; mais Notre-Seigneur nous a appris à le rendre filial et, dès lors, le Nouveau Testament met en premier lieu la reconnaissance proprement dite. Il est bon de bénir Dieu de tout : des étoiles, de la création entière, mais cela n'est pas de la « reconnaissance ». La reconnaissance est plus humaine : elle est centrée, non sur la toute-puissance créatrice, mais sur la révélation de la paternité de Dieu.

Les textes du Nouveau Testament sur la reconnaissance forment un florilège magnifique. En voici les principaux, cueillis dans saint Paul . Romains, 1, 8 : Je remercie mon Dieu par Jésus-Christ à votre sujet à tous, de ce qu'on publie votre foi dans le monde entier. Romains, 7, 25 : Grâces soient à Dieu par Notre- Seigneur Jésus-Christ ! I Corinthiens, 10, 30 : Si je prends quelque chose en rendant grâces, pourquoi serais-je blâmé pour ce dont je rends grâces? Si nous avions l'habitude de remercier Dieu de tout, nous ne serions pas si accessibles à un complexe d'infériorité. I Corinthiens. 15, 57 : Grâces soient à Dieu qui nous donne la victoire par Notre-Seigneur Jésus- Christ, La victoire sur tout ce qui s'oppose au salut, sur les difficultés de la vie spirituelle. En tout cela, nous sommes plus que vainqueurs. A cause de l'amour que Dieu a pour nous (cf. Romains, 8, 37). Nous sommes trop portés à oublier Dieu, quand quelque chose nous a réussi. Nous nous attribuons la victoire à nous-mêmes.

II Corinthiens, 1, 3 : Béni soit le Dieu et Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Père des Miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console... II Corinthiens, 2, 14 : Grâces soient à Dieu qui dans le Christ nous emmène dans son triomphe et qui, par nous, répand en tous lieux le parfum de sa connaissance. II Corinthiens, 4, 13-15: Nous croyons, c'est pourquoi nous parlons. Et tout cela est pour vous afin qu'une grâce plus abondante fasse abonder l'action de grâces chez un plus grand nombre à la gloire de Dieu. II Corinthiens, 8, 16 : Grâces soient à Dieu, qui met au coeur de Tite le même empressement pour vous.

II Corinthiens, 9, 11 : Enrichis de toute manière, vous pourrez pratiquer toutes les générosités, lesquelles, par notre entremise, feront monter vers Dieu l'action de grâces. Il s'agit de la collecte pour les frères de Jérusalem. Ce verset montre à quel point la reconnaissance était vive en saint Paul. Il voudrait que tout le monde donnât quelque chose, pour que la reconnaissance se multiplie.

II Corinthiens, 9, 12-15 : L'accomplissement de ce devoir sacré (participation à la collecte pour les chrétiens de Jérusalem) ne pourvoit pas seulement aux besoins des saints ; il est encore une source de nombreuses actions de grâces envers Dieu. Ce service leur montrant ce que vous êtes, ils glorifient Dieu pour votre obéissance dans la profession de l'Evangile du Christ, et pour la générosité de votre communion avec eux et avec tous. Et leurs prières pour vous manifestent la tendresse qu'ils vous portent, en raison de la grâce surabondante que Dieu a répandue sur vous. Grâces soient à Dieu pour son don ineffable !

Il n'y a rien sur l'action de grâces dans la lettre aux Galates, parce qu'elle est une explosion indignée contre les judaïsants qui veulent les ramener aux pratiques juives. Saint Paul n'a pas eu sujet de dire aux Galates qu'il remerciait Dieu. Il a dû dire en son particulier qu'il « surabondait de joie au milieu de toutes ses tribulations ». Ephésiens, 5, 20 : En tous temps et à tous propos, rendez grâces à Dieu, à Dieu le Père au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Philippiens, 1, 3 : Je rends grâces à mon Dieu toutes les fois que je pense à vous.

Philippiens, 4, 6 : N'entretenez aucun souci ; mais en tout besoin recourez à l'oraison et à la prière pénétrées d'actions de grâces, pour présenter à Dieu vos requêtes. Colossiens, 1, 3: Nous ne cessons de rendre grâces à Dieu, le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, en pensant à vous dans nos prières. Colossiens, 1, 12 : Avec joie vous remercierez le Père, qui vous a mis en mesure de partager le sort des saints dans la lumière. Colossiens, 2, 7 : (Soyez) enracinés et édifiés en lui, appuyés sur la foi telle qu'on vous l'a enseignée, et débordant d'action de grâces.

Le chrétien doit donc « surabonder » de reconnaissance : quand il y a une inégalité de niveau entre des vases communiquants, l'égalité tend à s'établir. Il faut que nous soyons toujours en équilibre instable : qu'il y ait toujours en nous un mouvement de reconnaissance, une tendance à atteindre par l'action de grâces le niveau des bienfaits de Dieu. Colossiens, 3, 15-17 : Vivez dans l'action de grâces. Chantez à Dieu de tout votre coeur avec reconnaissance par des psaumes, des hymnes et des cantiques inspirés. Et quoi que vous puissiez dire ou faire, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus, rendant grâces par lui au Dieu Père.

Et nous avons entendu, dans cette même épître (1, 12) : Vous remercierez le Père dans la joie. Remercier avec une face maussade, c'est se moquer. I Thessaloniciens, 1, 2-3 : Nous rendons grâces à Dieu à tous moments pour vous tous, quand nous faisons mémoire de vous dans nos prières.

Nous nous rappelons sans cesse, en présence de Dieu notre Père, l'activité de votre foi, le labeur de votre charité, la constance de votre espérance, qui sont l'oeuvre de Notre-Seigneur Jésus-Christ. I Thessaloniciens, 2, 13: Nous ne cessons de remercier Dieu de ce qu'ayant reçu la divine parole annoncée par nous, vous l'avez accueillie non comme une parole humaine, mais, ainsi qu'elle l'est vraiment, comme la parole de Dieu. I Thessaloniciens, 3, 9: En vérité, comment pourrions-nous assez remercier Dieu à votre sujet, pour toute la joie que nous ressentons à cause de vous devant notre Dieu ? II Thessaloniciens : 1, 3 : Nous devons à Dieu, frères, de continuer les actions de grâces à votre sujet, et c'est justice, à raison des magnifiques progrès de votre foi et de l'accroissement de votre charité. II Thessaloniciens, 2, 12: Nous devons rendre à Dieu de continuelles actions de grâces à votre sujet, frères aimés du Seigneur. Philémon, 4 : Je rends grâces à mon Dieu chaque fois que je pense à toi dans mes prières 3.


Liturgie.

Il faut que nous nous mettions à prendre au sérieux les paroles que le prêtre chante à la Préface : Vere dignum et justum est, cequum et salatare, nos tibi semper et ubique gratias agere... C'est la voix de l'Eglise qui nous invite à remercier Dieu d'un bout à l'autre de l'horizon et d'un bout à l'autre des siècles. Il serait temps de nous mettre au coeur la conviction que nous devrions toujours remercier Dieu. Il est toujours juste et salutaire de connaître l'amour de Dieu pour nous et de lui en rendre grâces.

Les préfaces du missel jalonnent l'année liturgique et les mystères de notre vie chrétienne. Elles nous indiquent dans quel esprit nous devons vivre le sacrifice de la messe, la grande prière du Christ et de l'Eglise, le résumé de toute rceuvre de Dieu. Les préfaces sont toujours, sinon chantées, du moins dites à haute voix, pour que toute l'assemblée des fidèles les entende et s'y unisse. Elles sont, comme le Notre Père, une prière de famille.

La liturgie romaine se caractérise par la sobriété, la simplicité. Il y a des fidèles de rite latin qui raffolent de liturgie orientale ; mais si on les obligeait à y assister tous les dimanches ! La liturgie romaine, pour introduire ses préfaces, n'a que quatre mots : il est digne, juste, équitable et salutaire. En cette louange consiste notre dignité ; par elle, nous pratiquons la vraie louange envers Dieu. Dans la ligne de la justice, on en vient parfois à tomber dans l'injustice : c'est pourquoi on ajoute un mot qui signifie quelque chose de plus psychologique : l'équité. Enfin, le mot salutaire rappelle que notre louange opère notre salut. Tout y est, le point de vue humain, le point de vue de Dieu et celui de la Trinité.

Préface de l'Avent. Elle n'est pas au missel romain. C'est une invitation à la joie, à l'exultation. L'Eglise s'est-elle trompée ? Non ! La couleur liturgique est celle de la pénitence, et pourtant l'Eglise reste dans l'action de grâces et dans la joie. Préface de la Nativité du Seigneur. La pensée dominante ici est celle de la lumière : que nous soyons, dans cette lumière, ravis en l'amour des choses invisibles. Etre hymnologiques est l'essence même des Anges. Nous prenons part à leur vie en chantant cet hymne. Nous le chantons parce que nous savons que nous sommes appelés à prendre part aux chants des Anges dans l'éternité.

Préface de l'Epiphanie. Encore la même invitation à l'action de grâces. Mais cette identité ne fait pas de cette formule un texte de chancellerie d'après un formulaire stéréotypé : c'est une formule vivante, où s'exprime le véritable esprit de l'Eglise.

Autrefois les préfaces étaient laissées à l'improvisation de ceux qui devaient les chanter. S'ils employaient les mêmes mots, c'est qu'ils se rencontraient dans la même idée. C'est pourquoi l'Eglise ne les a pas diversifiées. Elle chante toujours le même refrain, celui de la reconnaissance, qui ne va pas sans la joie. La reconnaissance ne germe pas dans les âmes tristes.

Préface du Carême. Le Carême semble exclure de tels sentiments. Le Carême n'est pas une manifestation de Dieu : il est une institution ecclésiastique. Sans doute. Mais le Christ a fait son carême et il a dit que, quand il ne serait plus là, ses disciples jeûneraient. D'ailleurs, il ne s'agit pas seulement de jeûnes, mais de tout ce qui fait souffrir, sans exclure nos accès de tristesse. La sainte Eglise va nous dire comment nous comporter. Nous savons que nous devons renoncer aux joies passagères, mais dans quelle disposition ? Il est digne et juste, équitable et salutaire, de vous rendre grâces, Seigneur, qui par le jeûne du corps... Et les privations que Dieu nous impose, ou que nous nous imposons pour l'amour de Dieu et de nous-mêmes, sont encore des démarches de Dieu avant d'être un consentement de notre part... refrénez nos passions, élevez nos âmes et nous accordez à la fois le mérite et la récompense »... alors, pourquoi y consentir avec des airs de tristesse ?

Cette préface mériterait une méditation plus longue que les autres, parce que nous sommes toujours portés à croire que quelque chose est perdu lorsque nous perdons quelque chose. Or, celui qui ne consent pas à perdre, finira par perdre tout. Et le contraire est aussi vrai.

C'est pourquoi, pendant le carême, par le Christ Notre-Seigneur, les Anges louent votre Majesté, et nous tous, avec eux, dans une commune exaltation, nous chantons : Sanctus ! Sanctus ! Sanc­tus ! Ce n'est pas une corvée ! Avec eux ! Quand nous sommes arrivés à comprendre et à expérimenter par la foi, par l'intelligence, par tout notre être, le bienfait qu'est l'adoration, à aimer les gestes d'adoration, à raffoler d'adoration, alors nous sommes dignes de notre vocation de chrétiens.


Préface de la Passion.

Il est juste et salutaire de vous rendre grâces toujours et partout, même pendant l'Avent, le Carême, et oui même sur le Calvaire. Le salut du monde pend sur l'arbre de la Croix , « le bois qui donne la vie après avoir donné la mort ». Nous pouvons laisser de côté la métaphore et dire : le Christ, en mourant, nous a donné la vie. Par conséquent, l'amère, la dure, la sanglante, l'épouvantable passion du Fils de Dieu, est notre grand sujet d'action de grâces, parce qu'il n'est pas de salut en une autre chose. Par le Christ Notre-Seigneur mourant sur sa Croix, les Anges, nous-mêmes, dans une commune exultation veuillez, Seigneur, permettre à nos voix de s'unir pour chanter : Sanctus !...

Oui, quand nous avons compris, nous sentons que nous sommes profondément indignes, nous avons le sentiment de faire injure à Dieu par nos balbutiements de pécheurs. Il faut surmonter cela. Les Anges eux-mêmes sentent leur indignité, et c'est pourquoi, conscients du contraste entre leurs louanges et l'amour de Dieu, sachant que cet amour seul les rend dignes et leur permet ce que leur nature ne leur permettrait pas, ils tressaillent de joie et chantent : Sanctus... Aussi longtemps que la souffrance est pour nous un scandale, nous n'avons pas compris le mystère de la Croix. Quand nous avons entrevu que la Croix est l'instrument de notre salut, quand nous disons avec conviction : « Bienheureuse Passion », (canon de la messe, Unde et memores) nous sommes en train de devenir de véritables chrétiens.

Préface de Pâques. Notre salut, Seigneur, est de vous célébrer en tous temps. L'Eglise insiste. On connaît les distinctions de l'Ecclesiaste : « Il y a un temps pour naître et un temps pour mourir ; un temps pour rire et un temps pour pleurer... » 4. Il n'y a aucun temps où il ne faille louer et remercier Dieu.

Le Christ a été immolé, dit cette préface. En mourant, il a tué notre mort ; en ressuscitant, il restaure la vie.

Un psychiatre a écrit un livre intitulé : L'univers morbide de la faute. Il y constate qu'il y a des gens réellement malades à force de remords. Il cherche le remède ; et il écrit un second livre qu'il intitule : Morale sans péché. Pas de péché ? Admettons. Mais alors, il faut supprimer la conscience et le sentiment de la liberté. Là serait le remède. Impossible !

Le remède du chrétien est beaucoup plus simple. L'univers « morbide » n'est pas plus chrétien que la « morale sans péché ». L'auteur oublie que le christianisme est la religion de l'Agneau de Dieu qui a effacé le péché du monde. Le Christ n'a pas dit qu'il n'y a pas de péché. Il a pris le péché sur lui. Il l'a expié en mourant. Au jour de Pâques, l'Eglise le lui rappelle. Si, parmi les clients de ce docteur, il y a des chrétiens que le péché a rendus ainsi malades, c'est qu'ils ne sont pas totalement chrétiens.

L'important, ce n'est pas le péché. L'important, c'est que le Christ l'ait enlevé du monde. Il faut prendre ce fait comme il est, simplement, tota­lement et héroïquement si c'est nécessaire.


Préface de l'Ascension.

Elle débute dans les mêmes termes, avec les mêmes déclarations que la préface de Pâques. Elle donne la raison parti­culière de l'Ascension du Seigneur : faire que nous devenions participants de sa divinité.

Il y a de quoi nous réjouir de son départ.

Préface de la Pentecôte.

Mais le point culminant de toutes ces actions de grâces c'est la préface de la Pentecôte : « Totus in orbe terraruin mundus exsultat profusis gaudiis ! » La liturgie romaine se laisse rarement entraîner à pareils transports. Cela rappelle l'Exsultet pascal. C'est plus bref et plus dense aussi. Moins de mots, moins de rappels terrestres, moins de métaphores et de figures. Un langage direct exprimant sans détour le but de notre foi et l'objet de notre espérance, le salut de nos âmes dans ce qu'il a de plus merveilleux et de plus divin. L'Esprit-Saint parachève tout

La Sainte Trinité même, aux dires de Saint Grégoire le Théologien. Et l'oeuvre des trois divines Personnes décrite dans notre Credo. « Nihil nobis nasci profuit, nisi redimi profuisset » chante le diacre en la nuit pascale. Et la rédemption opérée par le Verbe incarné, ne nous aurait servi de rien, si l'Esprit Sanctificateur n'en faisait mûrir le fruit en chacun d'entre nous. Il vous vaut mieux que je m'en aille, disait paradoxalement le Seigneur Jésus, pour que l'autre Paraclet vienne parachever en vous l'oeuvre du Père et du Fils en vous constituant vraiment fils à votre tour. Et en vous faisant parler mon langage filial à moi : Abba, Père. Promissum Spiritus Sancti in filios adoptionis effudit. Voilà ce qui doit nous faire « exulter de joie débordante ».

Comme saint Jean : « Voyez quel grand amour nous a donné le Père (il nous a donné l'Amour même, l'Esprit, promissionem Patris) pour que nous soyons appelés enfants de Dieu. Et nous le sommes ! » (I Jo., 3, 1). Cela est évidemment affaire de foi (teque utriusque Spirifum omni tempore). Mais si nous avons cette foi, oui alors, « omni tempore », à tout ins­tant nous nous livrerons à l'action sanctificatrice de l'Esprit paternel et filial, avec la certitude qu'il fera de nous le chef-d'oeuvre de grâce voulu par Dieu dès avant la création du monde à la louange de sa gloire. Car « dès maintenant nous sommes enfants de Dieu — joie, joie, pleurs de joie ! — et ce que nous serons, ce que l'Esprit est chargé de faire de nous, cela n'a pas encore été manifesté ; nous savons que lors de cette manifestation nous lui serons semblables comme des enfants à leur Père parce que nous le verrons tel qu'il est (I Jo., 3, 2). C'est pourquoi l'Esprit fait exulter tous ceux qu'il habite et qui ont foi en lui Elisabeth, Marie, Jean-Baptiste, Jésus lui-même (Luc, 10, 21), et les disciples en la Pentecôte. Partout où il est, il fait magnifier Dieu, loquentes magnalia Dei !

Le Père Tout-Puissant a créé le ciel et la terre pour cela ; le Fils unique qui est dans le sein du Père s'est fait homme et nous a rachetés pour cela : pour que nous le connaissions, que le connaissant nous le louions, que le louant nous entrions dans sa joie à lui et que notre joie à nous soit complète : tout cela dans la communion du Saint-Esprit qui est communion avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ, et communion de tous les saints.

De sorte que la préface de la Pentecôte, en remerciant pour le don du Saint-Esprit, ramasse toutes les raisons de reconnaissance énumérées en toutes les fêtes commémoratives des étapes de notre salut. Bien plus qu'une synthèse, c'est une symbiose que cette vivante « unitas Spiritus Sancti » que l'Église rappelle sans se lasser au bout de tomes les oraisons liturgiques. Induits par la grâce de ce même Esprit en toute vérité, et rendus capables d'en goûter la saveur, « recta sapere », nous jouirons de proclamer sans cesse que c'est à bon droit, que c'est en toute justice, que c'est selon toute équité, que c'est infiniment salutaire pour nous.


Préface de la Sainte Trinité.

Préface de la Sainte Trinité. Elle « représente plutôt une profession de foi en ce mystère qu'une action de grâce ». Elle a encore cette autre parti­cularité, d'omettre toute mention du Christ, comme celle des Apôtres. « C'est que ce sont justement des créations plus récentes et secondaires ». « Rome ne la prescrivit qu'en 1759 » 5 .


Préface du Christ-Roi.

« Vous avez oint notre Prêtre éternel d'une huile d'allégresse ». Ce n'est pas sans motif qu'on a introduit ce dernier mot : il n'exprime pas un parti-pris du rédacteur ; disons plutôt que c'est Dieu qui a pris ce parti-là. Et nous, nous rechignons à l'accepter !

Le Royaume éternel et universel, le Royaume de vérité et de vie, Royaume de sainteté et de grâce, Royaume de justice, d'amour et de paix ! Si nous pouvions croire que nous y sommes ! Et nous y sommes, avec tous nos défauts hormis le péché mortel, il est vrai ; mais nous n'avons pas de péché mortel. Par conséquent, nous y sommes, nous y vivons, et nos difficultés sont permises par Dieu pour nous aider à y être, à nous y maintenir, et non pas pour nous faire obstacle.


Préface des Défunts.

En dernier lieu, le suprême ennemi démoli par le Seigneur est aussi le plus odieux de tous : la mort.

Préface « des défunts », non « des morts ». Il est juste et digne, salutaire et équitable, de rendre grâces ici, devant ce cercueil, ces tentures noires, ces parents qui pleurent, ce spectacle déconcertant. Oui, cela est juste, par le Christ Notre-Seigneur, en qui a resplendi pour nous l'espérance de la Résurrection. Nous sommes consolés grâce à la promesse de l'immortalité future. Tout cela est si merveilleusement dit en latin, qu'on ne se lasse pas d'entendre cette musique. Une telle phrase aurait enchanté Cicéron, et l'aurait bien étonné par le sens qu'elle contient. A tous points de vue, cette préface est un chef-d'oeuvre.

Il ne faut pas confondre exultation et exaltation. Ce n'est pas du tout la même chose. Notre-Dame était toute autre chose qu'une exaltée, pourtant elle exultait Elle dansait peut-être. Pourquoi pas ? Mais elle n' était certes pas une exaltée : elle était bien trop près des réalités de la terre.

Exalter ressemble parfois à exulter. Mais les exaltés font ries gestes non rythmiques, désordonnés. Il y a des folies « douces », mais y en a-t-il qui soient vraiment gaies et joyeuses ? Je ne sais . La neurasthénie est une affection infiniment triste, parce qu'elle est une incapacité de sortir de soi. Or, « exultation » est un saut hors de soi, une manière de se voir soi-même non de l'intérieur, mais d'au-dessus de soi, comme avec le regard de Dieu, à la fois pitoyable et admiratif.


NOTES

(1) Ce dernier membre de la phrase manque dans la Bible de Jérusalem.
(2) Voir par exemple Romains, 1, 25 ; II Corinthiens,1, 3 ; 11, 31, etc.
(3) Sur l'action de grâces chez saint Paul , on peut voir
A. HAMMAN, La Prière , p. 291-295.
-(4) Ecclésiaste, 3. 4.
(5) J. JUNGMANN, Missarum Sollemnia, III, 1954, p. 32-33.