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Sur la croix |
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Enfin le sacrifice est consommé. Il fut pénible; il a failli me coûter la vie: me voilà sur la croix 1 . M gr CHARLEBOIS. Le père Charlebois est évêque. Mon sacrifice est consommé, raconte-t-il après le sacre; il m'a presque coûté la vie. Me voilà cloué à la croix. On a fêté splendidement le misérable que je suis ! J'ai senti l'effet des prières offertes par pitié pour moi et j'ai été beaucoup plus fort que j'aurais osé l'espérer. J'ai éprouvé, dans mon martyre, d'ineffables consolations. En vérité, que Dieu est bon 2 ! Aussitôt, le nouveau pontife reprend le bâton du mendiant. Il ne possède rien du tout pour édifier un diocèse où tant d'oeuvres sont à créer ! Il quête donc dans son pays; puis il retourne enfin au Pas pour y fixer sa résidence. Il garde un souvenir ému de l'accueil fait par sa patrie; mais il est si las des voyages qu'il est content d'être chez lui. Quand il repasse en son esprit l'histoire de ces derniers mois, il s'imagine vivre un rêve 3 . Les jours heureux sont révolus et la réalité commence; les roses font place aux épines; il touche à la fin du beau temps et il se prépare à souffrir 4 . Le Pas est maintenant un bourg et possède un chemin de fer; notre vicaire apostolique y retrouve, pour cathédrale, la chapelle qu'il a bâtie. Il prend possession de son trône — une simple caisse renversée, — par une messe pontificale aussi humble et pauvre que lui. Sa mitre atteint les soliveaux; il est assisté d'un seul prêtre et un second chante au lutrin. La cérémonie, quoique simple, est solennelle pour un croyant: c'est la naissance d'une Église dans le pays du « vent du nord 5 » La résidence épiscopale, aux murs de rondins bousillés, est une cahute de Cris, ne mesurant pas quinze pieds. Il y fait froid comme en plein air et tout y gèle dur la nuit. Philibert, le mari d'Alma, n'en voudrait point pour son troupeau 6 ! Ce palais n'a qu'un seul étage, sans chambres et sans nul corridor; d'un seul coup d'oeil, sans longue-vue, on embrasse ses quatre coins et les perches moussues du toit. Le style des meubles est rustique. Une boîte tient lieu de chaise; une autre remplace la table; deux, jointes ensemble, servent de lit; plusieurs, empilées, sont l'armoire. « Des boîtes vides et rien que des boîtes vides », voilà donc tout l'ameublement 7 ! C'est maintenant la vie réelle, vie de travail, de sacrifice ! Il faut accepter le « collier » et ne pas se montrer « rétif 8 » .. . Constatant les difficultés, sa pauvreté décourageante et sa propre « incapacité », monseigneur Charlebois prétend que sa cause est désespérée. Notre-Dame du Sacré-Coeur étant la céleste avocate que l'on invoque en de tels cas, il la choisit pour sa patronne 9 . Puis il reprend, comme autrefois, ses raquettes et son aviron, son autel et son moustiquaire. Il visite encore les villages perdus au loin dans les toundras. Il connaît de nouveau la faim, les poux qui grouillent, le froid qui brûle. Il s'égare dans les sous-bois. Il sombre presque sous les eaux .. . Un soir d'automne, triste et couvert, voguant sur le lac Winnipeg, il doit se coucher sans souper, sans couverture, quasi sans feu, tandis qu'un ouragan de neige et qu'un froid boréal le glacent. L'insomnie lui tient lieu de rêves 10 ! Ainsi, pendant vingt-trois années, il est toujours l'évêque errant: Celui qui promena son ombre pastorale Partout, mais sans jamais quitter sa cathédrale .. . Car c'était le ciel bleu sa cathédrale à lui 11 ! Lorsqu'il revient à l'évêché, il ne goûte point de repos, car le travail s'y accumule. Des lettres sont là, par centaines; il doit répondre sans tarder. « Ce n'est pas la moindre des tâches », et c'est plus fatiguant, peut-être, que de « voyager en canot 12 ». Il lui faut toujours mendier, quêter de l'argent et des hommes: les ouvriers sont peu nombreux et la moisson blanchit déjà 13 .. Des désastres, hélas ! surviennent: noyade de deux missionnaires; incendies mortels qui ravagent l'île-à-la-Crosse, par deux fois, Beauval, le Portage et Cross-Lake. Ce sont là des heures « terribles »; les coups sont frappés « drus et durs »; le coeur ne cesse de saigner. Le vieil évêque se résigne et baise la main qui l'éprouve: il doit être aimé du Très-Haut pour en recevoir tant de peines; et il se console en songeant que d'ordinaire aux amertumes succèdent les bénédictions 14 . La vie du prélat n'est pas rose; il va de l'avant quand même, comme si elle était agréable, et il attend sa récompense: le ciel qui en sera le prix ! Le bien s'accomplit par ses soins. Avec le plus « vil instrument », le bon Dieu fait de « grandes choses 15 ». Les ans passent et n'arrêtent point. L'évêque errant devient vieillard. Ses contemporains disparaissent. Lui-même, une soeur et deux frères restent pareils aux « chicots secs », encore debout dans la forêt et qu'un vent léger déracine. « Ça fait réfléchir, n'est-ce pas ? » Lequel tombera le premier ? Dieu le sait ! nous d'être prêts 16 ! Le poids de soixante-onze ans commence à peser, écrit-il, et ma carrière touche à sa fin. Je soupire après le moment où je déposerai le faix 17 . Il attend la mort, désormais, espérant qu'elle viendra bientôt; elle sera sa délivrance, le commencement du bonheur 18 . Quand arrive l'instant suprême, il le salue d'un « coeur joyeux ». Il est prêt à rendre son âme. Il est « à l'aise » et n'a pas peur. Pourquoi craindrait-il de paraître devant le Dieu si bon qu'il aime 19 Le dernier mot dit par sa bouche est le nom du SauveurJésus. Ses restes vénérés reposent au cimetière, |
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Références 01 Mgr O. CHARLEBOIS, Lettre à P. Myre, ptre, Ottawa, 7 décembre 1910. |
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