DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

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Prêtres du Monde

auteur

+ Sr Denise Christiaenssens
Ermite de la croix o.f.s.

Rimouski Qc. Canada

Titre de la série :
l'Évêque errant
Titre de la page:

L'Espicopat

Nom de l'auteur:
P.Germain-Lesage.o.m.i.

 

 


CHAPITRE XXI

Comme l'oiseau P-Germain-Lesage.o.m.i.-Mgr.Ovide-Charlebois-CHAP-XXI-Comme-l-oiseau.html

Je suis comme l'oiseau sur la bran­ che: une lettre peut m'arriver et il me faudra dire adieu à mon cher Cumberland 1 .

Mgr CHARLEBOIS

Pendant seize ans, le père Ovide évangélisa les Indiens. Il voyagea, peina, pleura. À se dévouer corps et âme en ce pays du « vent du nord », il s'en fit une autre patrie.

Mais dans ce champ qu'il a semé, il ne verra pas la moisson.

Témoin des succès de l'Oblat, l'évêque veut le promouvoir. Le père Charlebois s'en doute. « Je suis comme l'oiseau sur la branche », et il me faudra, tôt ou tard, dire adieu à mon cher Cumberland. Il m'en coûtera de partir, mais je me montre indifférent pour être plus sûr d'accomplir la sainte volonté de Dieu 2 .

Ce n'est donc pas sans éprouver « un gros quelque chose » en son coeur qu'il se sépare de ses Cris. Il quitte des oeuvres très chères, des temples édifiés par son bras, les sentiers de sa vie errante. Il quitte surtout Cumberland !

En retour, il trouve un beau poste au milieu des civilisés. Mais l'aigle change-t-il son aire pour un nid soyeux d'hirondelle ?

Le solitaire du Keewatin n'abandonne qu'avec regret ses privations et ses souffrances.

Quand même, il est trop vertueux pour refuser ce sacrifice. Dans le coin douillet qu'on lui donne, il trouvera la paix du coeur, puisqu'il suit les désirs divins 3 .

Malgré les ombres du départ, les appréhensions et les doutes, le père Charlebois reste heureux. Il est effrayé, c'est certain: « Je suis si ignorant », dit-il, et si « dépourvu de bon sens » ! Je ne parviens pas à comprendre que l'on ait pu songer à moi 4 ! D'autre part, sa charge nouvelle lui permettra de faire du bien .. . N'avait-il point rêvé, naguère, d'un pensionnat pour ses missions ? Il sera « dans son élément » parmi des écoliers indiens.

En septembre mil neuf cent trois, l'école Saint-Michel de Duck-Lake accueillit donc le père Ovide. Les Soeurs de la Présentation, les serviteurs et les élèves, tous le reçurent avec honneur.

L'Oblat s'y trouve en un éden ! Le jardin lui donne une « idée » du paradis d'Adam et d'Éve ! Et le reste est à l'avenant 5 . . .

Mais la poésie disparut quand il détourna ses regards des parcs fleuris et des blés murs pour mettre de l'ordre aux affaires. Il trouva des dettes énormes; dépassant seize mille dollars ! L'ancien colon des Laurentides ouvrit de grands yeux à ce chiffre ! Ces dettes lui brisaient le coeur ! Il aurait été si heureux sans le troupeau de créanciers qui le talonnaient sans répit 6 !

Il se met aussitôt à l'oeuvre, donnant, chaque jour, au travail au moins dix-sept ou dix-huit heures 7 ; il augmente les revenus tout en restreignant les dépenses. Il se remet à mendier, dans Québec, aux États-Unis, confiant à chaque courrier au moins dix lettres autographes. Il acquitte ainsi, en quatre ans, une moitié de ses créances 8. Il dort désormais « plus à l'aise ». En même temps, ses écoliers progressent beaucoup en vertus: ils sont sa couronne et sa joie.

Il est trois heures du matin, dit-il, à l'une de ses nièces; je suis à veiller deux malades, dont l'un n'a plus d'espoir de vie. Depuis deux semaines environ, je fais ce métier chaque nuit, dormant trois ou quatre heures à peine. Je suis fatigué à la fin. N'importe, il est si consolant d'assister ces pauvres petits. Le moribond m'édifie tant ! Il ne fait que prier sans cesse et parle toujours du bon Dieu. Il communie tous les matins, a beaucoup de dévotion, a hâte d'aller au ciel, mais reste soumis entièrement à la divine volonté.

Je suis satisfait des élèves; ils pourraient être plus méchants ! Leur transformation est visible; je crois que, petit à petit, nous en ferons de braves gens 9 .

Ce qui me fait le plus de peine, c'est la situation des Cris qui résident autour de nous. Ce sont presque tous des païens; les autres ont reçu le baptême, mais ne leur sont guère préférables. J'aimerais les convertir tous 10 .

Apôtre insatiable des âmes, le père Charlebois répondit à l'appel de ces égarés et il se remit sur la route pour souffrir comme aux jours d'antan.

En revenant, un soir d'hiver, de visiter un camp lointain, il s'égara sur un grand lac. Sous une tempête effroyable, il dut passer la nuit sans feu et sans abri contre le gel. C'est extraordinaire, vraiment, que le froid ne l'ait pas tué. Quelqu'un, disait plus tard le père, a sûrement prié pour moi ".

Avec l'habitude et les ans, le principal de Saint-Michel s'attache très fort à son oeuvre, comme il s'était épris, jadis, du ministère au Cumberland. Il adore être éducateur malgré les soucis que ça donne. Il y a tant de bien à faire 12 !

Autrefois, au scolasticat, le frère Ovide avait promis de mortifier ses propres goûts 13 . Il y est forcé maintenant: dès qu'il se plaît à Duck-Lake, le ciel intervient de nouveau.

Tout comme l'oiseau sur la branche, il devra quitter son doux nid.

Depuis déjà plusieurs décennies, des vagues nombreuses d'immigrants déferlaient dans les vastes plaines, y accaparant tous les prêtres. Certains missionnaires des Cris, se plaignant d'être abandonnés, portèrent leurs griefs en haut lieu. Et pour mettre fin au malaise, un vicariat fut créé; ce fut celui du Keewatin.

Le père Charlebois, pour sûr, connaissait tous les pourparlers, mais il ne s'y arrêtait guère. Peu lui importait maintenant, vu qu'il demeurait dans les plaines . . . et il n'aspirait certes point à être choisi pour évêque ! Aussi vivait-il dans la paix.

D'autres cependant avaient les yeux sur lui.

Nosseigneurs Pascal, Langevin, le père Grandin, provincial, connaissaient son jugement ferme, ses qualités et sa vertu. Surtout l'évêque de Prince-Albert, l'avait vu à l'oeuvre longtemps. Il l'avait nommé supérieur du district du Lac-Pélican, l'avait amené à Duck-Lake et l'avait pris pour conseiller. Quand l'heure vint de désigner un titulaire au Keewatin, tous trois songèrent, évidemment, au principal de Saint-Michel, pionnier infatigable, zélé et prudent en affaires; autant de précieuses aptitudes indispensables dans le Nord. Et qui plus est, leur candidat avait vécu, pendant seize ans, dans le nouveau vicariat. Il parlait à la perfection un des dialectes indiens. Les missionnaires et les fidèles le connaissaient et l'estimaient.

Le père Charlebois sursauta. Comment pouvait-on le choisir, lui, ignorant et bon à rien !

Il adressa au provincial une lettre persuasive .. .

Mais ce dernier lui répondit: Vous savez d'avance, cher père, que vous êtes mon candidat et celui aussi des évêques. Je puis vous dire que personne n'a hésité à vous choisir pour cette fonction difficile qui suppose du dévouement et de la générosité. Cette unanimité parfaite devrait, semble-t-il, vous faire craindre de contrecarrer le bon Dieu.

Vous avez donné votre vie pour travailler au bien des âmes. Elles vous appellent aujourd'hui. Je ne puis supposer, cher père, que vous alliez fermer l'oreille, que vous refusiez une tâche où vous pourriez faire du bien.

Il faut aussi aux missionnaires un supérieur qui les visite, qui voie leurs oeuvres, les encourage.

Vous devriez remercier Dieu qui condescent à vous élire, tout imparfait que vous puissiez être, pour étendre plus loin son règne et procurer ainsi sa gloire.

Comptez sur l'aide de Celui qui sait que vous ne désirez, ni recherchez ce lourd fardeau. Sa grâce ne manquera pas. Vos frères vous aideront aussi.

Prions l'un pour l'autre, cher père; croyez-moi, aujourd'hui surtout, votre confrère affectionné, en Notre-Seigneur Jésus-Christ et en Marie immaculée 14 .

Le missionnaire ne céda point. Il communiqua cette lettre au père Guillaume, disant: Elle est, certes, très éloquente mais elle ne m'a pas convaincu. J'espère qu'on verra clair à Rome « et qu'on me mettra de côté 15 ».

Le vingt-quatre août mil neuf cent dix, le principal de Saint- Michel apprit que, le huit précédent, le pape l'avait nommé évêque.

Il prit sa plume encore une fois et écrivit à son aîné: Je monseigneur Langevin. Il est pas dormi cette nuit; et il en vous adresse ce message, reçu de très sérieux, n'est-ce pas ? Je n'ai sera de même ce soir.

Personne ne le sait ici; je réserve l'obscurité pour pouvoir pleurer à mon goût. Que faire ? . . . Dirai-je fiat ? Écouterai-je ma conscience et répondrai-je: « Je ne puis » ?

Mon angoisse est indescriptible.

En voyant mourir un enfant, tout à l'heure, je l'enviais 16 .

Références
01 M s ' CHARLEBOIS, o.m.i., Lettre à son frère Charles, o.m.i., Grand Rapide, 21 juillet, 1896.
02 ID., ibid.
03 C . Charlebois, o.m.i., Lettre à son frère Ovide, o.m.i., Ottawa, 21 sep­ tembre 1903.
04 M gr O. Charlebois, o.m.i., Lettre à son frère Guillaume, o.m.i., Grand- Rapide, 10 août 1903.
05 ID., Lettre au même, Duck-Lake, 7 septembre 1903.
06 ID., Lettre à son frère Charles, o.m.i., Duck-Lake, 4 novembre 1903.
07 ID., Lettre à Mme J. Saint-Denis, Duck-Lake, 31 octobre 1907.
08 ID., Lettre à sa soeur Armantine, Duck-Lake, 18 janvier 1907.
09 ID., Lettre à sa nièce . . . , p.s.v., Duck-Lake, 14 février 1908.
10 In ., Lettre à son frère Guillaume, o.m.i., Duck-Lake, 29 novembre 1903.
11 ID., Lettre à sa nièce . . . , p.s.v., Duck-Lake, 14 février 1908.
12 ID., Lettre à sa soeur Alma, Duck-Lake, 28 août 1909. Copie certifiée.
13 ID., Notes de retraites, 22 juillet 1885.
14 H. Grandin, o.m.i., Lettre au père O. Charlebois, juin 1909, [ s. 1 1, Copie manuscrite par le père G. Charlebois, o.m.i.
15 M gr O. Charlebois, o.m.i., Lettre à son frère Guillaume, o.m.i., Duck­ Lake, 22 juin 1909.
16 In ., Lettre au même, Duck-Lake, 25 août 1910.


Editions
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Les Publications sériées

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MARION, membre de la Société royale, professeur de littérature au cours supérieur de la faculté des arts. Tome III. Phase canadienne. 1942, 19 cm., 204 pages. Prix: $1,25.

•  — Les Lettres canadiennes d'Autrefois, par SÉRAPHIN

MARION, membre de la Société royale, professeur de littérature au cours supérieur de la faculté des arts. Tome IV. Phase préromantique. 1944. 19 cm., 208 pages. Prix: $1,25.

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moniales, par l'abbé LÉo DE GUISE. Thèse de doctorat en droit canonique. 1944. 24,5 cm., 336 pages. Prix: $3,00.

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•  — The Spiritual Director in an Ecclesiastical Semin-

ary, by the Rev. FREDERICK DWIGHT SACKETT, O.M.I. A thesis for the degree of Doctor of Canon Law. 1945. 24,5 cm., 176 pages. Price: $2.00.

XXIII. — Marie de l'Incarnation, d'après ses Lettres, par la Soeur MARIE-EMMANUEL, O.S.U. Thèse de doctorat ès lettres. 1946. 19,5 cm., 340 pages. Prix: $1,50.

•  — Les Lettres canadiennes d'Autrefois, par SÉRAPHIN MARION, membre de la Société royale, professeur de littérature au cours supérieur de la faculté des arts. Tome V. Octave Crémazie. 1947. 19,5 cm ., 224 pages. Prix: $1,25.

•  — Manuel d'Action missionnaire, par JOSEPH-ÉTIENNE CHAMPAGNE, 0.M.I., professeur de missiologie à la faculté de théologie. 1947. 23 cm ., 840 pages. (Relié.) Prix: $5,00.

— Manuel of Missionary Action, by the Rev. JOSEPH ÉTIENNE CHAMPAGNE, o.m.I., professor at the Faculty of Theology. A translation by Roy L. Laberge. 1948. 23 cm ., 748 pages. (Bound.) Price: $7.00.

•  — La Connaissance spéculative et la Connaissance pratique. Fondements de leur Distinction, par JEAN PÉTRIN, 0.M.I., professeur à la faculté de philosophie. 1948. 24,5 cm ., 180 pages. Prix: $2,00.

•  — Un Mendiant de la Souffrance , Léon Bloy, par GILLES LANGLOIS, O.M.I. Thèse de doctorat ès lettres. 1948. 20 cm ., 286 pages. Prix $2,00.

•  — Les Lettres canadiennes d'Autrefois, par SÉRA­ PHIN MARION, membre de la Société royale, professeur de lit­ térature au cours supérieur de la faculté des arts. Tome VI. La Querelle des Humanistes canadiens au XIX° Siècle. 1949. 19,5 cm ., 222 pages. Prix: $1,50.

•  — The Canonicat Separation of Consorts. An His­ torical Synopsis and Conunentary on Canons 1128-1132, by the Rev. EUGENE A. FORBES. A thesis for the degree of Doctor of Canon Law. 1948, 24,5 cm ., 286 pages. Price: $4.00.

XXX. — Les Missions catholiques dans l'Ouest canadien (1818-1875), par JOSEPH-ÉTIENNE CHAMPAGNE, O.M.I., directeur de l'Institut de Missiologie de l'Université d'Ottawa. 1949. 24,5 cm ., 208 pages. Prix: $2,25.

•  — La Nature de la Théologie d'après Melchior Cano, par EUGÈNE MARCOTTE, O.M.I., professeur à la faculté de théo­ logie. Thèse de doctorat en théologie. 1949. 24,5 cm ., 220 pages. Prix: $3,00.

•  — The Seven Steps to Spiritual Perfection, ac­ cording to Saint Gregory the Great, by the Rev. GERARD G. CARLUCCIO, O.S.B. A thesis for the degree of Doctor of Theology. 1949. 23 cm ., 240 pages. Price: $5.00. (Bound.)

•  — La Pénitence , le plus humain des Sacrements, par NAPOLÉON BOUTIN, O.M.I. Thèse de doctorat en théologie, 1950. 19,5 cm ., 240 pages. Prix: $1,50.

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