DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?

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Prêtres du Monde

auteur

+ Sr Denise Christiaenssens
Ermite de la croix o.f.s.

Rimouski Qc. Canada

Titre de la série :
l'Évêque errant
Titre de la page:


CHAPITRE XVII

Rayons de bonheur


Nom de l'auteur:
P-Germain-Lesage.o.m.i.-
Mgr.Ovide-Charlebois- o.m.i.
 


CHAPITRE XVII

Rayons de bonheur

 

Un de ces rayons de bonheur terrestre qui viennent parfois nous faire oublier toutes nos peines et nos misères 1 .

M gr CHARLEBOIS.

L'évêque errant a travaillé; il a pleuré, prié, souffert, mais il a eu aussi des joies.

Parfois, un rayon de bonheur, rapide et vif comme un éclair, lui fait oublier ses misères et accroît en lui le désir des ravissements éternels.

Après trois ans de solitude, il fit sa première visite à Saint- Pierre, au lac Caribou. Voyant pointer dans le lointain la flèche blanche du clocher, il ne put contenir son âme. Quelle douceur de contempler un si splendide sanctuaire et de rencontrer des confrères inconnus, mais déjà aimés ! « Mon coeur battait de joie », dit-il, et éprouvait une émotion que je ne saurais exprimer 2 .

Une autre fois, dans son journal, on lit ces mots enthousiastes: « Deo gratias ! Deo gratias ! encore une fois, Deo gratias ! Imaginez-vous, poursuit-il, que monseigneur Vital Grandin est venu ici hier soir, dans sa grandeur et sa bonté. Pourrais-je ne pas répéter: Deo gratias !Deo gratias ! Oui, c'est bien vrai qu'il est venu, quoique ça me paraisse un rêve 3 »

Dans l'après-midi, vers deux heures, un coup de sirène sonna au loin sur la Saskatchewan. C'était un signal convenu disant que l'évêque arrivait. « Je perdis la tête aussitôt — je n'eus pas beaucoup de misère » — et je courus de côté et d'autre sans savoir ce que je faisais ...

On attendit longtemps, longtemps; puis on aperçut, dans les branches, deux cheminées qui s'avançaient. Bientôt parût le « grand-priant »; tous les spectateurs applaudirent. Le père, lui, ne voyait rien, ayant oublié ses lunettes ! Mais il le reconnut enfin, lui pressa la main, l'embrassa.

Les Indiens se mirent à genoux pour être bénis tour à tour en baisant l'anneau pastoral. La réception se fit sans pompe; l'évêque n'était pas annoncé et le navire, d'ordinaire, accostait à peine un instant. Mais par exception, cette fois, Monseigneur put descendre à terre. Il se rendit à la chapelle pour saluer le tabernacle, pendant qu'au dehors la clochette chantait sa joie à toute volée.

C'était le moment du souper. Le père n'avait à offrir qu'un morceau de lard boucané auquel il ajouta du beurre, du lait, du sirop de bouleau qu'un Métis lui avait donnés. Tel fut le menu du repas, avec une galette dure qu'on pouvait à peine avaler. Le convive eut pitié de l'hôte et l'obligea à accepter une partie des victuailles qu'il apportait sur le bateau.

Après avoir distribué les dons de la confirmation à quelques Métis, le prélat se rendit au fort où on eut la délicatesse de le faire collationner. Ensuite, le père Charlebois put causer pendant quelques heures. Le temps fut très « bien employé »; si sa montre eût réglé le jour, il l'eût arrêtée sûrement.

La nuit apporta les adieux. Plus grande avait été la joie, plus attristant fut le départ. Le père revint le coeur gros et ne réussit pas à dormir.

Voilà bien les joies de la terre: elles durent un instant et c'est tout. Les peines et les ennuis les suivent ! Oh ! quand donc pourrons-nous goûter les joies éternelles, là-haut 4 !

Les consolations de ce genre étaient peu fréquentes au Nord-Ouest; mais d'autres joies s'y ajoutaient.

Ainsi, les fêtes liturgiques charmaient le père Charlebois pendant qu'elles édifiaient ses gens. Il rapporte à quelqu'un des siens le témoignage d'une Métisse sur la messe du jour des morts: « C'est effrayant comme c'était beau », au service de ce matin: tout ceux qui ont du sentiment ne pouvaient retenir leurs pleurs.

La piété était touchante malgré des décorations sobres. L'autel était garni de châles, prêtés par quelques bonnes Crises; un catafalque improvisé était pareillement orné et entouré de six chandelles.

Ce qui impressionnait surtout, c'était le cantique des morts, chanté par Dame Deschambeault:

Au fond des brûlants abîmes Nous gémissons, nous pleurons;
Et pour expier nos crimes, Loin de Dieu nous y souffrons.
Hélas ! Hélas
Feu vengeur, de tes victimes
Les pleurs ne t'éteignent pas 5 .

La voix dolente de ces âmes remuait le coeur des Métis; ils promettaient de vivre mieux pour échapper à leurs tourments.

Non moins profond, et plus serein, était le bonheur de Noël. Le chant n'était pas comparable à celui du Scolasticat; quand même, disaient les Métis, c'était tout à fait merveilleux.

Pour décorer la balustrade, l'autel, la crèche, la chapelle, on empruntait au magasin tout ce qui pouvait frapper l'oeil: velours, dentelles, soies et rubans. Une fois, pour fleurir l'église,
les grandes dames sacrifièrent leurs garnitures de chapeaux. Les décors étaient féeriques sous le chatoiement des bougies vouées par chacun des fidèles pour honorer l'Enfant-Jésus.

Les protestants eux-mêmes assistent à la grand-messe de minuit; les places étant prises au-dedans, ils regardent par les fenêtres, tendant l'oreille pour jouir des chants de Noël en indien 6 .

La naïveté des enfants enchante chaque année la crèche quand ils font leurs dons à Jésus. Les uns offrent une peau de lièvre, de rat-musqué ou de belette; d'autres, une piécette d'ar­ gent reçue en retour de perdrix ... Un gentil bambin de six ans s'est procuré un vingt-cinq cents; dans sa hâte de le donner, il s'écrie tout haut, dans l'église: « Voilà de l'argent pour Jésus ! »

D'autres s'agenouillent à la crèche et y expriment leurs pensées:

— Maman, vois donc comme il est beau !
— Comme ses petites joues sont roses !
— Que ses mains, ses pieds sont gracieux !
— Regarde donc sa belle robe !
— Ses bras sont ouverts pour me prendre !
—Tiens ! ses yeux sont fermés, il dort !
—Veux-tu, maman, que je l'embrasse ?

Quelque convoitise enfantine se manifeste aussi parfois. Une fillette, jetant des sous, s'aperçoit qu'un bon nombre d'autres se trouvent au fond de la sébile; elle avance ses deux menottes pour prendre sa part du trésor ...

Une autre bambine s'écrie:

— Quel beau ruban que celui-ci ! Veux-tu, maman, que je le prenne pour en attacher mes cheveux ?

Pareille vanité est rare; et beaucoup se montrent héroïques pour offrir leur don à Jésus.

Un garçonnet reçut, un jour, un beau morceau de pimikan qu'il eût dégusté volontiers. Quelqu'un offrant de l'acheter, il réfléchit vite en lui-même: Je pourrais garder cet argent et le donner à l'Enfant-Dieu quand j'irai le baiser à Noël ... Il sacri­ fia le pimikan et fut fidèle à sa promesse.

Noël a des effets profonds. Longtemps après, on entendra des gamins s'avertir entre eux:

— Tu as promis au bon Jésus de mieux agir, et tu fais ça ? Il ne t'aimera plus, pour sûr !

— Si tu commets ce péché-là, tu n'iras pas baiser Jésus ... Un bébé de deux ans à peine, de retour chez lui, prend ses bas:

— Tiens, demanda-t-il à sa mère, porte-les au petit Jésus: ses pieds sont nus, j'ai peur qu'ils gèlent 7 .

La joie du missionnaire est grande quand il voit de si bons enfants. Mais elle l'est encore plus quand les adultes, eux aussi, confessent avec force leur foi.

Tel ce « Métis théologien », du nom de Jérémie Constant. C'était un converti du Pas. Aussitôt après son baptême, il était devenu infirme au point de ne pouvoir marcher qu'avec le secours de béquilles. Ses douleurs étaient déchirantes.

Les protestants ne manquèrent pas de dire que Dieu le châtiait. Bien plus, le ministre en personne, « fanatique de première classe », s'avisa d'aller le tenter. Il s'installa près de sa couche, dit quelques mots de compassion, puis il lança ex abrupto:

— Connais-tu bien, mon cher ami, l'oeuvre des prêtres catholiques ?

Croyant que l'autre dirait non, il lui réservait un sermon.Il fut donc fort désappointé quand le Métis lui répondit:

— C'est malaisé qu'un ignorant sache exactement ce qu'ils font; je le sais un peu cependant. Mais je connais mieux ton ouvrage, ayant longtemps prié chez toi; et je dois te déclarer net que tu ne fais pas ton devoir !

Le prédicant eut un frisson:

— Et que peux-tu me reprocher ?

— Tu devrais instruire tes gens, leur faire connaître l'Écriture; or, dans le Nouveau Testament, on trouve plusieurs vérités que tu n'expliques pas aux Cris.

— Lesquelles ? Lesquelles ? dit le ministre ...

— Je n'ai pas de Bible, dit l'autre, montre la tienne et tu verras.

On alla quérir l'Évangile et on le donna au Métis qui l'ouvrit droit à ce verset: « Tous les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez et ils seront tous retenus à ceux à qui vous les retiendrez. »

— Tiens ! Est-ce que tu enseignes ça ? Dis-tu que, selon ces paroles, il faut confesser ses péchés ?

— Ceci, expliqua le pasteur, s'appliquait aux Apôtres seuls.

— Alors, pourquoi baptises-tu ? C'est aux Apôtres qu'il fut dit: « Allez, enseignez les nations, baptisez-les au nom du Père ... » S'il n'y a pas de confession, il n'y a pas plus de baptême. Mais quand les Apôtres sont morts, la religion a survécu; ce qui valait pour les Apôtres vaut aussi pour leurs successeurs !

Le débat devenait gênant:

— Et bien ! passons, dit le ministre. As-tu encore des remarques ?

— Certainement ! La Bible dit que le mensonge est défendu, qu'on doit respecter son prochain. Or, il n'y a pas très long­ temps, je t'ai bien entendu mentir !

C'était de plus en plus troublant:

— Je vois que ta tête est trop dure: il vaut mieux ne pas discuter ...

Le prédicant quitta la place et laissa le Métis en paix 8 !

Ce même prêcheur anglican disait au père Charlebois:

— Je comprends qu'un jour d'indulgence est une permission du pape pour pécher toute une journée. Pourvu qu'ils disent une prière dotée de cent jours d'indulgence, les catholiques, pendant cent jours, peuvent faire le mal qu'ils veulent ...

L'Oblat, pour sûr, se mit à rire, disant que c'était du nouveau ! Mais l'autre resta étonné; car il croyait à ces sornettes. C'est par de semblables discours qu'il attaquait la foi des Cris 9 .

De plus en plus, les néophytes s'attachaient à leur religion et procuraient au missionnaire des consolations véritables.

Ainsi, à Pakitawagan, ils venaient de quatre-vingt milles pour profiter de sa visite. Au premier appel de la cloche, ils s'entassaient dans la chapelle et y restaient durant des heures à écouter et à prier.

Il s'en trouvait parmi ces gens qui se montraient très vertueux. Par exemple, la pauvre vieille qui désirait se mortifier:

— Mon père, est-ce une pénitence de passer un jour sans manger ou de s'attacher une corde étroitement autour du corps ?

Voyant son ardeur pour le bien, l'Oblat lui donna une croix et une statue de Marie. Elle en fut transportée de joie:

— Que je suis contente, dit-elle; je vais mieux souffrir désormais, en regardant cette effigie de Celui qui est mort pour moi !

Et le père Ovide s'écrie:

— Vous voyez que, « chez les sauvages », on rencontre des âmes saintes ! Cette vieille n'est pas la seule. On est étonné très souvent de trouver tant de perfection dans ces coeurs naguère païens. Il faut que la grâce soit forte pour transformer du tout au tout des hommes hier superstitieux, idolâtres, impurs et méchants !

Oh ! qu'ils en auraient des mérites, s'ils profitaient de leurs misères ! On pourrait les canoniser ! Ils sont pauvres, ils sont ignorants; mais leur âme est belle quand même: ils croient en leur Dieu et ils l'aiment 10

Références

01 Mgr O. CHARLEBOIS, Voix du jeune missionnaire, 10 août 1890.
02 ID., ibid.
03 ID., Echo du Cumberland, 26 juin 1888.
04 In., ibid.
05 ID., ibid., 2 novembre 1888.
06-ID., Journal, 7 janvier 1889.
07 ID., Echo du Cumberland, 26 décembre, 1889. Aussi, Voix du jeune missionnaire, 18 février 1896; 10 janvier 1900.
08 ID., Voix du jeune missionnaire, 22 décembre 1891.
09 ID., Echo du Cumberland, 15 mai 1889.
10 Io., Echo de Pakitawagan, 15 septembre 1889. Copie manuscrite. Aussi, Lettre à R. Bineau, Le Pas, 28 juillet 1932. Copie certifiée.

   
   
 
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P-Germain-Lesage.o.m.i.-Mgr.Ovide-Charlebois-CHAP-XV-Pas-de-repit-1.html

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P-Germain-Lesage.o.m.i.-Mgr.Ovide-Charlebois-CHAP-XV-Le-coeur.html

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