DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?

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Prêtres du Monde

auteur

+ Sr Denise Christiaenssens
Ermite de la croix o.f.s.

Rimouski Qc. Canada

Titre de la série :
l'Évêque errant
Titre de la page:

CHAPITRE XX

Être un saint

Nom de l'auteur:
P.Germain-Lesage.o.m.i.


 
 

CHAPITRE XX

Être un saint

 

Si vous saviez le désir que j'ai d'être un saint afin de sauver beaucoup d'âmes 1 .

Mgr CHARLEBOIS. La joie qui jaillit d'un grand coeur n'est pas tant le rire des lèvres que le trop-plein de la vertu. Si l'évêque errant fut joyeux, c'est que son âme débordait de la vie de grâce et de foi qui procure un ciel ici-bas. Il traça son propre idéal lorsqu'il conseilla à quelqu'un de monter bien haut en esprit et, comme un puissant avion, de planer dans l'azur serein 2 . La tradition nous porte à croire qu'il fut vertueux dès l'enfance. Son père, qui était rigide, n'eut jamais à le corriger 3 . À peine rendu dans le Nord, il comprit qu'un vrai missionnaire doit vivre au-delà de la terre, doit absolument être saint. Il eut conscience d'entreprendre un apostolat surhumain; se dévouer parmi les Cris devient épuisant à la longue et nul n'y persévérerait sans un amour illimité 4 .

Il mit donc en Dieu son espoir et implora son assistance. De mon côté, Seigneur, dit-il, je suis prêt à tout pour vous plaire 5 .

Ses longues prières, à genoux, au pied du petit tabernacle, faisaient dire au malin Pierris qu'il devait « tanner » le bon Dieu en restant toujours avec lui 6 ! Le père Gasté, un Oblat, ne craignit pas de lui écrire: Vous êtes dans la bonne voie; persévérez jusqu'à la fin, et la céleste récompense promise aux serviteurs de Dieu deviendra vôtre au dernier jour; mais rien ne presse pour la cueillir; selon l'expression favorite de « notre bon et saint évêque », monseigneur Grandin, o.m.i., « le ciel ne moisit point » là-haut; nous y aurons l'éternité pour nous reposer du travail 7 . Monseigneur Pascal, à son tour, a dit du père Charlebois: Il est « un vrai saint celui-là », digne qu'on lui baise les pieds; il pourrait guérir les malades 8 ! Le père Guillaume, lui-même, le plus sévère des censeurs, constate, en le voyant agir, qu'il n'est pas devenu « sauvage »; et c'est tout dire, conclut-il 9 , car ne pas devenir « sauvage », c'est être la « merveille du Nord » .. . Tous les désirs du jeune Oblat convergent vers la perfection. On lit dans ses notes intimes: Mon Dieu, je ne veux qu'une chose, c'est que vous daigniez transformer chaque minute de ma vie en une bribe de martyre. Par suite, si je suis indigne de verser mon sang pour vous plaire, j'aurai un mérite identique. Conséquemment, dès aujourd'hui, je conclus un pacte avec vous « et je le signe de mon sang 10 ».

Comme on n'est jamais sans souffrance, je veux accepter mes misères en vue d'un martyre sans fin. Je me considérerai donc comme lié à un bûcher où l'on me brûle à petit feu. Ce supplice plaira à Dieu autant que les brèves tortures endurées par les vrais martyrs ! On me demandera, sans doute, qui me servira de bourreau ? Ce seront les poux, les portages, Pierris, mes élèves à l'école, mes défauts, mes peines et douleurs " . . . Grâce à ce courage intrépide, l'Oblat met tous les maux en fuite. Il n'a qu'à penser un moment: cela n'est rien « pour un martyr », et tout s'évanouit sur-le-champ, en laissant son coeur apaisé 12 . Ce crucifiement quotidien est ordonné au but ultime: gagner le ciel « coûte que coûte ». Pourquoi nous attacher au monde ? Il est tellement méprisable, si impuissant à rendre heureux ! Il faut tourner nos yeux plus haut, redire et méditer sans cesse: nous sommes tous des « insensés » si nous ne faisons pas des saints 13 . Voici, écrit-il à son frère, le sentiment qui me domine: c'est un dégoût illimité pour tout ce qui touche à la terre: j'ai beau diriger mes regards et mon esprit de tous côtés, je ne découvre rien d'aimable. Je serais heureux, il me semble, si je pouvais aimer « bien gros » le Sacré-Coeur, la sainte Vierge, souffrir résolument pour eux et sauver un grand nombre d'âmes. « Je ne fais pas assez », je crois; je pourrais faire davantage si j'avais plus de charité 14 .

Ébloui par ces grands désirs, le père Ovide se regarde. Oue suis-je, se demande-t-il ? Un roseau qu'agite le vent; une glace insensible au feu; une mouche transie de froid; un insecte qui fait le lion. Petitesse mystérieuse, capable de décourager ! Mais au lieu de rester en bas, sans tenter de gravir l'échelle, jetons les yeux vers le sommet et essayons d'y parvenir ! C'est cette audacieuse espérance qui assurera le succès. Veuillez m'aider, ô mon Jésus: éclairez mon intelligence, raffermissez ma volonté, daignez allumer en mon coeur « une étincelle de votre amour 15 ». Ces grands désirs de sainteté deviennent comme une obsession. Ses écrits en parlent partout: Mon Dieu, je veux devenir saint 16. « Vous voulez mon coeur: le voilà 17 » « Je préfère mille fois mourir plutôt que de vous offenser 18. » Nous n'avons ici-bas qu'une âme, dont la perte est irrémissible 19 . « Je veux aller aimer Jésus pendant toute l'éternité 20 ». « Je veux ardemment être un saint, afin de sauver beaucoup d'âmes 21

Concluons par notre « refrain », qu'on ne saurait trop répéter: il faut que nous soyons des saints 22 ! Que de circonstances, en sa vie, servent à illuminer son but ! Chaque année, quand vient la Toussaint, il songe qu'à pareille date il faillit autrefois mourir; et il promet de travailler plus activement à son salut. Il ne tient pas à l'existence, mais s'il peut être utile aux âmes, il est prêt à vivre cent ans, pourvu qu'il mérite à la fin d'aller voir Dieu au paradis; il supplie les élus du ciel de l'agréger à leurs phalanges 23 . Sa méditation, un matin, porte sur le mot de l'Apôtre: « Ma conversation est aux cieux. » Cette pensée me plaît, dit-il; elle est « le secret du bonheur ». Ne pouvant parler à personne dans sa lointaine solitude, le missionnaire doit vivre au ciel, converser avec son bon ange, avec Marie, avec Jésus ! Quelle douceur, quel désennui ! « J'ai commencé, rapporte-t-il, à mettre cette idée en pratique et je m'en trouve on ne peut mieux 24 .

Il se passionne « à la folie » pour la lecture des vies de saints qui nourrissent si bien son âme. En lisant celle du curé d'Ars, il a compris, assure-t-il, que c'est par la simplicité, l'humilité et la douceur qu'on peut combattre le démon, qu'on plaît à Dieu, qu'on fait du bien. À quoi bon passer pour savant ou pour excellent orateur, si on sert le diable par là 25 ? Dans la pensée du père Ovide, la sainteté et la vertu se synthétisent en un principe: faire la volonté de Dieu. C'est le sommet de sa doctrine. Depuis qu'il a remis sa vie entre les mains du Dieu d'amour, il reste « tranquille et en paix 26 ». « Pour ma part, tant que je puis dire: je fais la volonté de Dieu, je ne crains rien, pas même la mort 27 . » Obéir au vouloir divin transforme les épines en roses. Sans doute, au Nord-Ouest comme ailleurs, il faut endurer quelques peines, mais elles concourent à rendre heureux. Jésus est pré­ sent dans l'épreuve; il sait la changer en bonheur 28

. Souvent, confie l'évêque errant, j'ai désiré revivre encore le temps où j'ai le plus souffert 29 . Voyons comment, dans la pratique, il sait accomplir son devoir et profiter de la souffrance. Je reviens du Pas, écrit-il. Rien d'anormal n'est survenu. Les fatigues ont été terribles; mais c'est une chose ordinaire. Quand on voyage en traîne à chiens, il faut être prêt à marcher au moins la moitié du parcours. J'ai dépassé ce minimum. Les sentiers étaient invisibles; les chiens ne pouvaient me tirer. Il m'a fallu, toute une journée, courir la face contre le vent, braver les tourbillons de neige, en me retournant à chaque pas afin de pouvoir respirer ! Et pour comble, les résultats n'ont pas répondu aux misères. Un catholique n'a pas voulu que je baptise son nouveau-né; il l'a porté au prédicant. Il est vrai que c'est son épouse, une anglicane fanatique, qui l'a poussé à cette action. Mais ça me fait « beaucoup de peine ». Dieu permet cette épreuve, certes, pour que j'acquière plus de mérites en souffrant sans consolation. « Que sa sainte volonté soit faite ! » D'ailleurs, j'ai confessé les gens; une seule absolution n'est-elle pas plus que suffisante pour racheter toutes mes peines ?

Chaque jour, je vois des traiteurs franchir des distances énormes en quête de peaux de renards ou d'autres fourrures précieuses. Ramener une âme au bon Dieu est infiniment préférable à des milliers de peaux de bêtes 30 ! la longue, le père Ovide s'habitue si bien aux souffrances qu'il les reçoit toutes avec joie. Ses insuccès le sanctifient; sa pauvreté le rend heureux. Hier, lit-on dans une lettre, je suis entré à Prince-Albert; tous les curieux, sur le rivage, s'amusèrent à me regarder. Je ne sais ce qu'ils trouvaient beau ? Ce n'est certes pas mon chapeau: dès qu'on le vit, à l'évêché, on lui fit un procès sommaire et on le brûla sans merci. Mes souliers n'étaient pas meilleurs; j'avais à peine mis les pieds dans le palais épiscopal que l'on m'en offrait des nouveaux.

Et maintenant, voyez ma chambre, avec ses quatre murs tout blancs, son grand lit et sa jolie table, ses chaises et son rideau mobile qui ouvre et ferme à volonté. Je ne m'y connais plus, vraiment ! Je n'apprécie plus le confort 31 . Conséquemment, le missionnaire, ne désirant rien, a la paix. Si, par hasard, ses yeux se mouillent ou si son coeur devient moins fort, il se rappelle qu'il est martyr et la quiétude renaît 32 . Il tend, quand même, plus haut encore. Il est vrai, dit-il, la misère, les peines et le travail abondent; mais je crains, malgré tout cela, d'arriver « les mains vides » au ciel. Après avoir sauvé les autres, j'ai grand peur d'être réprouvé. Cela me fait pleurer parfois. Je me console cependant, en répétant du fond de l'âme: In Te Domine speravi, non confundar in esternum 33 . Sa vie, désormais, est au ciel, avec les anges et les élus. Il aime chanter, comme jadis, l'hymne d'espoir de la Toussaint :

Chantons les combats et la gloire
Des saints, nos illustres aïeux !
Ils ont remporté la victoire,
Ils sont couronnés dans les cieux !
I l n'est plus pour eux de tristesse.
Plus de soupirs, plus de douleurs;
Ils moissonnent dans l'allégresse
Ce qu'ils ont semé dans les pleurs 34


Références
01 M gr O. CHARLEBOIS, o.m.i., Privatim, 23 septembre 1888.
02 ID., Lettre à sa nièce . . . , s.g.s.-h., Le Pas, 1" octobre 1929.
03 G . C HARLEBOIS, o.m.i., Souvenirs, s. 1., s. d.
04 M gr O. CHARLEBOIS, o.m.i., Echo du Cumberland, février 1889.
05 ID., Notes de retraites, 17 octobre 1887.
06 ID., Privatim, 14 juin 1888.
07 A Gasté, o.m.i., Lettre au père O. Charleboiso.m.i., Lac Caribou, Prince-Albert, 21 mai , 10 février 1890.
08 Mgr A. Pascal, o.m.i., Lettre à Mme J. Saint-Denis, 1899.
09 G. Charlebois, o.m.i., L'Union fraternelle, Ottawa, 10 septembre 1899.
10-M g ' O. Charlebois, o.m.i., Notes de retraites, 14 juin 1888. Le texte italique est effectivement écrit avec du sang.
11 ID., Privatim, 17 juin 1888.
12 ID., ibid., 12 août 1888.
13 ID., Echo du Cumberland, 23 septembre 1888
14 ID., Privatim, 6 octobre 1889.
15 ID., Notes de retraites, 22 septembre 1888.
16 ID., ibid., 15 novembre 1889.
17 ID., Retraite à des Oblats, I s. 1., s. d. I.
18 ID., Notes de retraites, 3 mai 1888.
19 ID., Lettre à son frère Emmanuel, ptre, Entrée du lac Caribou, 6 sep- tembre 1888.
20 ID., Notes de retraites, 4 août 1889.
21 ID., Privatim, 23 septembre 1888.
22 ID., Echo du Cumberland, 13 décembre 1888.
23 ID., Privatim, 1" novembre 1889.
24 Io., ibid., 7 novembre 1901.
25 ID., ibid., 16 septembre 1890.
26 ID., Lettre à son frère Charles, o.m.i., Cumberland, 16 février 1898.
27 ID., au même, Cumberland, 16 mai 1898.
28 ID., Lettre à sa soeur Armantine, Lac Pélican, 14 août 1888.
29 ID., Lettre à son frère Emmanuel, ptre, Entrée du lac Caribou, 6 septembre 188
30 ID., Echo de Pakitawagan, 12 décembre 1889. Copie manuscrite.
31 ID., Voix du jeune missionnaire, 10 juin 1895.
32 In ., Privatim, 6 janvier 1889.
33 In ., Lettre à son frère Charles, o.m.i., Lac Pélican, 21 juillet 1901.
34 In ., Privatim, 1" novembre 1901.

   
   
 
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P-Germain-Lesage.o.m.i.-Mgr.Ovide-Charlebois-CHAP-XV-Pas-de-repit-1.html

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P-Germain-Lesage.o.m.i.-Mgr.Ovide-Charlebois-CHAP-XV-Le-coeur.html

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