DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?

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Prêtres du Monde

auteur

+ Sr Denise Christiaenssens
Ermite de la croix o.f.s.

Rimouski Qc. Canada

Titre de la série :
l'Évêque errant
Titre de la page:

CHAP-XV-

Pas-de-repit

Le pionnier

Nom de l'auteur:
P-Germain-Lesage.o.m.i.
-Mgr.Ovide-Charlebois
.o.m.i.

 

 

CHAPITRE XV

Pas de répit

Quelle vie accablante ! Pas de répit ! Ce serait décourageant si nous n'avions pas l'espoir d'avoir toute l'éternité pour nous reposer 1 .

Mgr CHARLEBOIS. Retenu dans son ermitage, le père Ovide n'est point oisif. Sa vie y demeure accablante; il n'y a jamais de répit. Il est constamment « affairé 2 », depuis cinq heures du matin jusqu'à dix heures dans la nuit 3 .

Il s'occupe à divers travaux, mais s'applique surtout au cris. Il brouillonne des instructions; compose un bout, puis recommence ! Un petit Indien qu'il héberge, Albert Stagg dit Le Sauteux, joue le rôle de professeur; c'est archi-comique de le voir inventer des tournures habiles pour faire saisir le sens des mots.

L'Oblat prend cent moyens divers. S'il n'obtient pas de grands succès, ce n'est pas sa faute, écrit-il, car il ne rêve qu'à cela. Il craint d'oublier son français ! A force de digérer du cris, il a peur d'être dispeptique 4 . . .

Tout en étudiant la langue, il revoit la théologie, repasse l'histoire de l'Église et des oeuvres apologétiques. Il catéchise les enfants et prend cinq heures chaque jour pour accomplir fidèlement ses exercices de piété. Le dimanche, en disant la messe, il remplit les fonctions de chantre, de servant, de prédicateur. Il prêche encore l'après- midi, au salut du saint sacrement 5 . Il lui faut faire son ménage: laver, balayer, épousseter. Il est son propre cordon-bleu ... et s'habitue vite au métier. Il fait bouillir des pommes de terre pour une dizaine de repas; une soupe dure trois jours; il peut ainsi se dispenser de chauffer son petit fourneau. Comme il va puiser l'eau au lac, il tâche de la ménager et met sa vaisselle à la porte où les chiens la nettoient gratis 6 . Son menu n'est pas compliqué: du pimikan, de la « banique », du lard fumé et des légumes. Ceux-ci poussent dans son jardin; il en mange lorsqu'il en sème; ou, pour mieux dire, s'il en récolte; car le simple fait de semer ne garantit pas la moisson. Canotant toute la saison, il néglige son potager; les animaux, les mauvaises herbes font tant de dégâts qu'à l'automne il ne recueille pas grand'chose. Et puis, à quoi bon jardiner ? Il est comme l'oiseau sur la branche et ne sait pas, d'un mois à l'autre, s'il restera au Cumberland 7 .

Un mets fréquent, durant l'hiver, est le corégone « à la pente ». Ce poisson se capture au rêts, lorsqu'il va frayer près des rives; on le suspend ensuite au froid où il se corrompt plus ou moins selon le hasard des dégels. Les chiens le dévorent en gourmands; les loups eux-mêmes le dérobent s'ils ont très faim, les hommes en mangent en refoulant des hauts-le-coeur 8 . Il arrive que le poisson, le thé et les pommes de terre, manquent tous ensemble aux Oblats. Le père Bonnald a pour pratique de ne rien refuser aux gens. À force de donner un « peu », ça fait un « gros peu » à la fin, de sorte qu'il ne reste rien. Les missionnaires en sont heureux: ils ont tant de joie à donner 9 Eux-mêmes mendieront au besoin . Le père Ovide n'a pas connu de disette longue et totale, mais il a jeûné fréquemment; il a retardé ses repas; il a souvent quêté des vivres 1 0. A l'occasion des grandes fêtes, il arrivait que le « bourgeois » lui envoyât un « bon morceau » ou le conviât à sa table. Ainsi, un soir du nouvel an, le père est invité au fort où il pourra se régaler: rare aubaine en sa vie d'apôtre Mais juste comme il va pour partir, une malade le requiert. Elle reste loin du presbytère; sa hutte est glacée et malpropre. L'Oblat renonce à son souper; il va confesser la pauvresse et lui porter le viatique. Mais il est plus heureux qu'un roi: « Je trouvais, dit-il, que cette joie surpassait toutes celles du monde 11 . » Un régime comme celui-là ne se suit point sans lassitude. Pourtant, la seule maladie que contracte le missionnaire est un grand besoin de sommeil; ce qui n'est pas très étonnant, car il lui faut se coucher tard et, pour garder son règlement, il se lève tôt le matin, avant que ses yeux soient ouverts 12 ; il s'endort parfois en marchant 13!

En somme, sa santé reste bonne; le climat lui est favorable; les aliments sont simples et sains; il perd ces brûlements d'estomac qui le dévoraient autrefois. Il assure qu'au point de vue physique il ne pourrait guère être mieux. Il ne désire pas autre chose que de consacrer sa vigueur au service du Dieu qui la donne 14 .

Et par suite, du matin au soir, il travaille sans se reposer. Il lui faut reprendre la route pour détendre un peu son esprit !

 

Rien n'adoucit sa vie austère 15 . Car le père ne fume point; il va quelquefois à la chasse, soit aux perdrix, soit aux canards, pour mieux garnir son garde-manger et n'être pas trop sédentaire 16 . Il ne cesse donc de travailler; il apprend les métiers nouveaux qui peuvent servir à sa mission. Il se fait relieur de livres, fabriqe lui-même ses outils. Il devient aussi boulanger 17 . Il apprend assez de musique pour accompagner à l'église. Chaque dimanche, raconte-t-il, «je me lance sur l'harmonium à deux pieds et à deux poings »; les Indiens viennent pour écouter; je profite de leur présence pour leur donner des instructions 18 . Il transcrit tout un gros registre renfermant des actes anciens: baptêmes, mariages et sépultures. Il fait, pour lui-même, une copie des lettres et des directives de monseigneur Vital Grandin. De plus, il est maître d'école pendant une année environ. Il enseigne l'anglais, le français, les signes syllabiques aux Cris. Mais son ministère en pâtit, parce qu'il lui devient impossible d'aller au loin dans les forêts pour y visiter ses fidèles ou pour convertir des païens. Il met donc fin à l'enseignement: « J'aime mieux être plus pauvre, dit-il, et être libre de faire le bien 19 . » Il doit discuter quelquefois avec des pasteurs protestants.

Cela l'effrayait tout d'abord; il les imaginait terribles. Mais de fait, ils sont médiocres. «Quand on en vient aux arguments », ils sont vite à court de principes. Un jour, il adresse à l'un d'eux une épître au goût pimenté. Il s'attend à une algarade. « N'importe, je n'ai plus peur de lui », confie-t-il à son frère cadet 20 . C'est en de telles circonstances que sa solitude est amère. Oh ! s'il avait un conseiller ! Et il écrit au père Guillaume: « Que ne puissiez-vous fendre l'air comme les canards et les outardes pour venir passer avec moi au moins une partie de l'été ... Comme ces journées longues seraient brèves; et que de choses nous nous dirions 21 »

À ses études, à ses travaux, se joignent parfois des échecs: il se dévoue « comme une fourmi » et n'obtient aucun résultat. Ces jours derniers, raconte-t-il, je sue sang et eau, « comme un loup », afin de me creuser un puits. À douze pieds de profondeur, je me bute à un roc solide: impossible d'aller plus bas. Donc, peine et fatigues perdues. J'en commence un autre aujourd'hui; mais une tempête de neige m'oblige à tout abandonner. Il est mal « luné » pour les puits et se voit réduit, en hiver, à boire de la neige fondue 22 . Pour améliorer sa diète, il s'essaye en aviculture. Il se procure dix poussins et travaille « à se faire mourir » pour leur dresser une palissade à l'épreuve des chiens errants et leur creuser un souterrain en vue des gelées de l'hiver. Il les nourrit pendant six mois ... et il se pourlèche les lèvres, pensant qu'il mangera des oeufs ! Mais le bon Dieu trouve, sans doute, que ce serait trop de douceur: durant la nuit, un gros mâtin, «possédé du diable », c'est clair, parvient à sauter la clôture et fait festin de toutes les poules ! Le père en eût presque pleuré. Il en fait son sacrifice et renonce à un autre essai: c'est déjà la deuxième fois qu'un chien lui joue ce mauvais tour 23 .

Le missionnaire du Cumberland connut de plus grandes épreuves. Souffrances de l'âme avant tout, dues à la froideur de ses Cris; mais misères temporelles aussi.

Lorsqu'il alla revoir les siens après douze années dans le Nord, il retrouva, à son retour, sa chère mission submergée. Une crue de la Saskatchewan avait inondé le pays: il ne restait qu'un coin de terre où les gens s'étaient réfugiés, vivant sous des tentes ou dehors. Les bestiaux, qui manquaient d'herbe, rongeaient le feuillage des arbres et se lamentaient à grands cris. Il fallut en tuer beaucoup; c'était une perte très lourde, car on les gardait avec peine. La famine régnait partout; l'eau envahissait les maisons et submergeait les jardinages. Le potager de la mission étant envahi comme le reste, on dut barboter dans la vase pour arracher les pommes de terre et les placer dans un canot flottant au-dessus du jardin 24 .

Mais plus encore que ces travaux et ces martyres quotidiens, l'apôtre héroïque des Cris endure des infirmitiés. Il supporte pendant trente ans, sans proférer aucune plainte, un mal contracté en bas âge; ensuite il souffre, à tour de rôle, de rhumatismes, d'une hernie, de bronchites, de la prostate, d'exzéma, de clous, d'ophtalmie 25 ! Il a aussi des accidents. Au lac Pélican, par exemple, comme il descend à la chapelle tenant une lampe à la main, il trébuche sur une marche et culbute dans l'escalier, brise le globe fragile ... et se relève, à moitié mort, ne remuant plus qu'une jambe. Par bonheur, deux semaines après, il ne boitait quasiment plus 26 . Dans un séjour au Grand-Rapide, il est violemment terrassé par « mademoiselle La Grippe ». Tout son corps est endolori, depuis les cheveux jusqu'aux pieds. Il devient aphone en même temps. Monsieur McLean, son bon ami, le soigne aussi bien qu'une mère; mais l'influenza tient huit jours ! L'Oblat n'est pas plus fort qu'un pou; et il ne peut se mettre au lit, n'ayant ni chambre ni espace. La nuit, il s'étend sur le sol; mais, le jour, les Indiens l'assaillent et il lui faut, héroïquement, demeurer assis ou debout 27 .

Une autre fois, venant de loin, il rentre chez lui très malade. On le juge à l'extrémité: — Il faut à tout prix, lui dit-on, que vous alliez à Prince- Albert consulter un bon médecin. Il part, couché dans un canot, pour franchir plus de deux cents milles; la rumeur se répand partout qu'il est rendu à l'agonie: — Il est peut-être déjà mort: il a presque rempli un seau en saignant du nez, raconte-t-on.

Mais voici qu'au Fort-à-la-Corne le moribond reprend ses forces, se met à ramer comme un Cris. Il revient alors sur ses pas. Quand il arrive à Cumberland, on s'y préparait, écrit-il, à lui fabriquer un cercueil; mais en le voyant revenir avec sa « force de Samson », on change d'idée sans retard 28 . Le père fut forcé souvent de se soumettre aux chirurgiens. Il accepte qu'on coupe son cou si ses supérieurs le commandent ou si cela peut le guérir ! S'il n'aime pas vivre sur la terre, il est prêt quand même au travail ! Lorsque, pour la troisième fois, il doit se livrer au scalpel, il en est un peu effrayé. Mais quand même, il accepte tout; il désire ce que Dieu veut 29 . Souvent il lui croît des furoncles exigeant des soins médicaux. À une personne, alarmée de le savoir à l'hôpital: C'est rien qu'un gros clou, répond-il; il s'est enfoncé dans ma nuque sans demander la permission. Pour l'exciter « au repentir », on lui ébouillante la tête 30 Au cours de sa longue carrière, le père Ovide n'a jamais su ce que peut être le repos. Épreuves, maladies, travaux l'ont talonné à coeur de jour, à coeur de mois, à coeur d'année 31 ! Il ne pouvait rester oisif, en sachant que de pauvres âmes avaient besoin de ses secours. Il savait le prix des souffrances, le prix des épreuves et des larmes et rien ne pouvait l'arrêter; il avait choisi pour devise: « Faire le plus de bien possible 32 . »

Il atteignit son idéal, mais jamais il n'eut de répit !

Références

01 Mg` O. CHARLEBOIS, o.m.i., Lettre à une nièce, P.S.V., Le Pas, 17 janvier 1928.
02 In., Privatim, 10 novembre 1889.
03 ID., Ibid., 16 mai 1889.
04 In., ibid., 13 mars 1889. Aussi, 20 octobre 1889; Journal 11 janvier 1888; Privatim 18 mai 1888; 12 février 1888.
05 ID., Lettre au père P. Boisramé, o.m.i., Cumberland, 12 septembre 1887.
06 Io., Lettre à son père, Cumberland, 24 septembre 1887. Copie certifiée.
07 ID., Privatim, 25 mars 1890.
08-ID., Echo de Pakitawagan, 16 octobre 1889. Copie manuscrite
09 ID., ibid., 2 octobre 1889. Copie manuscrite.
10 In ., Lettre à son père, Cumberland, 15 mai 1890. Copie certifiée.
11 ID., Lettre à sa soeur Alma, Cumberland, 23 février 1891.
12 ID., Lettre à son frère Charles, o.m.i., Lac-Pélican, 21 juillet 1901.
13 ID., Privatim, 12 août 1892.
14 In ., ibid., 14 mai 1893. Voir aussi, ibid., 13 octobre 1889.
15 ID., ibid., 16 mai 1889.
16- ID., ibid., 10 novembre 1889. Voir aussi, Lettre à son père, Cumberland, 24 septembre 1887 (copie certifiée); Privatim, 20 octobre 1889.
17 In ., Privatim, 10 novembre 1889.
18 ID., ibid., 15 novembre 1901.
19- ID., ibid., 22 mai 1893. Aussi ibid., 9 août 1892.
20 ID., ibid., 20 juin 1893.
21 In ., ibid.
22 ID., Lettre à son frère Procule, Cumberland, 13 octobre 1897. Copiecertifiée.
23 ID., Lettre à sa soeur Alma, Cumberland, 8 mars 1894. Copie certifiée.
24 ID., Voir (lu jeune missionnaire, 6 octobre 1899.
25 G . CHARLEBOIS, 0.M.i., Souvenirs.
26 M gr O. CHARLEBOIS, Echo de Pakitawagan, 26 septembre 1889.Copie manuscrite.
27 ID., Echo du Cumberland, 8 mars 1890.
28 ID., Lettre à sa soeur Alma, Cumberland, 11 octobre 1892. Copiecertifiée.
29 ID., Lettre à sa nièce, s.g.s.-h., Saint-Boniface, 9 novembre 1922.
30 ID., A la même, Le Pas, 6 avril 1930.
31 ID., Lettre à son frère Charles, o.m.i., Duck-Lake, 21 octobre 1904.
32 ID., Lettre au père P. Boisramé, o.m.i., Cumberland, 12 septembre 1887.

 
 
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P-Germain-Lesage.o.m.i.-Mgr.Ovide-Charlebois-CHAP-XV-Le-coeur.html

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