DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?

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Prêtres du Monde

auteur

+ Sr Denise Christiaenssens
Ermite de la croix o.f.s.

Rimouski Qc. Canada

Titre de la série :
l'Évêque errant
Titre de la page:

CHAPITRE X

A leur service

Nom de l'auteur:

P-Germain-Lesage.o.m.i.-
Mgr.Ovide-Charlebois-o.m.i.
 
 

CHAPITRE X

A leur service

 

 

Du matin au soir, j'étais à leur ser­ vice, soit à les instruire, soit à les consoler, soit à les soigner 1 .

M ar CHARLEBOIS

Le prêtre ne fait qu'un avec Dieu et il ne fait qu'un avec l'homme. Son sacerdoce a pour objet de secourir son « frère humain ». Ce n'est pas « chose facile à faire 2 »; pour secourir vraiment les âmes, il faut souffrir à leur service.

Le père Charlebois le sait et il se prépare au martyre lorsqu'il s'enfonce dans les bois pour y remplir son ministère.

Un jour, il part de Sainte-Gertrude avec un frère et deux Indiens; il voyage, comme d'habitude, dans « la voiture de saint François ». Il chausse d'abord ses raquettes puis il précède les traîneaux pour frayer une voie aux chiens. Ceux-ci s'épuisent à sa poursuite tandis qu'il avance toujours; ses jambes « ont bon courage », dit-il, malgré les souffrances atroces que les courroies lui causent aux pieds, au point que, le soir venu, ses bas sont imbibés de sang.

Le cinquième jour est le plus rude: aucune trace de sentier et le soleil, fondant la neige, fait que les marcheurs, à chaque pas, enfoncent au moins jusqu'aux genoux, tandis que les raquettes, elles, se chargent d'un poids lourd à tirer. Le voyageur trébuche souvent et tombe sur le sol inondé.

Le père Ovide chérit ces chutes qui le rendent en quelque sorte semblable à Jésus sous sa croix.

La méditation du Calvaire l'encourage à battre la route depuis quatre heures du matin jusques après le coucher du soleil, pour gagner Pakitawagan. Là, il trouve une maisonnette, édifiée de ses propres mains, où il peut sécher ses habits, se réchauffer, se reposer ...

Mais le sommeil ne vient pas vite sur les madriers raboteux où il étend ses couvertures; il est inquiet pour le lendemain.

Oui, quel parti prendre demain ?

Un guide devait l'attendre ici pour le conduire à Nelson­ House. Mais pas un vivant au village ! Tout ce qu'il trouve est un vieux châle, suspendu à un soliveau, et un billet en langue crise qu'on a déposé sur l'autel:

« Mon père. Ma femme m'a quitté pour s'en aller dans l'autre monde. Mon coeur en est si affligé que je ne puis t'attendre ici. Je pars pour m'en aller au loin. Je laisse du poisson pour tes chiens. Prends le châle de ma défunte et prie pour qu'elle voie le bon Dieu. »

Une signature, et c'est tout. Aucun signe n'indique un chemin.

Que faire ? Retourner en arrière ? Rendre inutiles tant de dépenses et tant de misères inouïes ? Manquer ainsi le rendez- vous et compromettre à tout jamais la conversion de Nelson- Flouse ? Ou bien, partir à l'aventure, à travers bois, lacs et rivières, avec trop peu de provisions pour les personnes et pour les bêtes ? S'exposer à mourir de faim ou à s'égarer dans les bois ?

Oui, que faudra-t-il faire demain ?

Le voyageur ne dormit guère. Mais au matin du dix-neuf mars, les rayons du soleil levant lui apportèrent l'espérance. Il célébra le sacrifice en l'honneur du grand saint Joseph, afin d'obtenir la lumière. Il eut l'intime conviction que le nourricier de Jésus se constituerait son gardien.

Et l'on partit, sous l'oeil des anges.

Le père précéda le cortège, tâchant de découvrir les traces laissées, trois mois auparavant, par des chiens dans la forêt vierge. Rien ne paraissait à la vue; il lui fallait sonder la neige pour essayer de percevoir l'endroit durci par le traîneau. La tâche eut été impossible sans une carte rudimentaire, indiquant d'une façon vague l'endroit où, au sortir des lacs, il fallait rentrer sous les bois.

Après la première journée, malgré le longs tâtonnements, on avait gardé la bonne voie. Mais la distance restait longue. Si le croquis était fautif ? Ou bien, si l'on perdait la piste ? On s'endormit pourtant tranquille sur une jonchée de sapinages. Le missionnaire avait confiance d'atteindre heureusement son but. Il avait dit tant de rosaires en trottinant sur ses raquettes ! La Vierge sainte le guiderait. A la tombée du second jour, il possédait la certitude d'être encore dans le bon chemin. Mais les vivres diminuaient tellement qu'il fallut tendre des collets d'où l'on retira quatre lièvres qui servirent à nourrir les chiens.

Au milieu du jour subséquent, on traversait un lac immense quand apparut, dans le lointain, un point mobile sur la glace: un Cris conduisant une traîne ! On n'était donc pas égaré ! On repartit le coeur moins lourd, suivant les pas de l'étranger.

Bientôt on vit, sur le rivage, la fumée grise des cabanes: c'était Opapiskotinak. Au signalement des voyageurs tous les Indiens du campement se réunirent sous une hutte pour les bien venir parmi eux.

À l'arrivée, ils sortient tous, marchant les uns après les autres; ils ressemblaient à des brebis, avec leurs habits de peaux de lièvres qui avaient l'apparence de toisons.

Ils « touchèrent » la main du prêtre d'un air affligé, en silence.

— Mon père, regarde, dit l'un, en montrant du doigt un cercueil dressé sur des perches près d'une loge: Dieu m'a enlevé mon enfant.

Et il éclata en sanglots.

— Nous avons tous été malades; quelques-uns sont encore souffrants. Plusieurs petits nous ont quittés; un autre est près de les rejoindre.

L'Oblat fut ému jusqu'aux larmes. L'effrayante maigreur des gens démontrait leurs cruelles épreuves. Il les consola de son mieux, parvint même à les dérider; leur douleur devenait moins vive, puisqu'un prêtre était avec eux ...

Pendant que le père causait, s'informait, partageait leurs peines, on lui fit bouillir du poisson. Jamais dîner ne fut meilleur, bien qu'il comportât un seul mets, sans galette, et même sans sel, tant il est vrai que « c'est la faim qui donne le bon goût » au manger !

On installa les visiteurs dans une masure que l'un des Cris leur abandonna volontiers. C'était rien moins qu'un beau château I La porte mesurait quatre pieds; l'unique fenêtre avait pour vitres une pièce de cotonnade; les têtes risquaient de se briser sur les poutres basses du toit. C'était mieux que dehors tout de même, et on l'offrait de si grand coeur ! Surtout, la cheminée de terre permettait de se réchauffer.

Après une visite aux malades, ce fut la prière du soir à laquelle tous prirent part. La loge était pleine à en craquer. Le père les réconforta encore, leur parla du bon Dieu, du ciel, des mérites de la souffrance; il leur annonça finalement qu'il resterait une semaine pour les instruire et les soigner.

Les Cris s'endormirent joyeux, au camp d'Opapiskotinak, car le missionnaire était là !

Pendant huit jours, le père Ovide fut entièrement à leur service, pour catéchiser, pour guérir, pour pardonner, pour consoler, depuis la messe du matin jusqu'au cantique vespéral. Personne ne manquait aux offices; les protestants mêmes y assistaient. Des confessions et des baptêmes, la conversion d'une méthodiste furent la moisson de ce séjour.

Une pauvre vieille pulmonique reçut aussi l'extrême-onction. Elle ressemblait à un squelette plutôt qu'à un être vivant. Elle était couchée sur des branches, sous une tente de coton, n'ayant, pour se garder du froid, qu'une couverture de peaux de lièvres. Elle se nourrissait de poisson et ses plus fidèles amis étaient des légions de vermine. Rien ne dépeindrait justement son dénûment et ses souffrances. Mais Jésus-Christ vint sous sa hutte et prit possession de son coeur pour lui apporter le courage de sanctifier ses derniers jours.

Grande était la bonté du Maître qui venait la réconforter, mais immense aussi fut la joie de cette pauvre moribonde qui fut, sûrement, au paradis, comblée d'une gloire éternelle !

Un catholique vint, une fois, porter son bébé au baptême. La maman était protestante, mais après la cérémonie, elle dit à son époux: « Va demander au « chef-de-la-prière » de me baptiser moi aussi; je veux prier comme mon enfant. » Le mari vint donc aussitôt prévenir le père Charlebois qui fit certaines objections afin d'éprouver sa constance. Rien ne put la rebuter. Le missionnaire l'instruisit et reçut son abjuration. Elle était transportée de joie, et l'Oblat ne l'était pas moins d'avoir pu ramener encore une autre brebis au bercail.

Parmi les victimes de la mort, s'était trouvée une fille nouveau- née. Sa famille était en voyage quand la contagion l'attaqua. Le froid était sibérien et les sentiers impraticables. Voyant l'enfant agoniser, son papa arrêta l'attelage, alluma un feu à la hâte, fit dégeler de l'eau bénite et chanta l'hymne du baptême; il prit le bébé dans ses bras et lui versa l'eau sur le front tout en prononçant ces paroles: « Je te baptise, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ... »

L'enfant était morte aussitôt, laissant ses parents dans la peine, mais avec la consolation de la savoir rendue au ciel.

C'étaient de bien braves Indiens que ceux d'Opapiskotinak. Ce ne fut donc pas sans regret que le père Ovide les quitta. D'autre part, il était content d'avoir pu leur faire quelque bien. Il avait guéri âmes et corps, tout en goûtant à leur misère. Toute la semaine, en effet, il avait vécu comme ils vivent, avec la même nourriture, la même literie, le même toit.

Connaissant par expérience ce qu'est la vraie vie de ces gens, le missionnaire put écrire: « S'ils profitaient de leur misère, ils seraient tous canonisables 3 »

Il ne faudrait pourtant pas croire qu'être au service de ces peuplades, c'est être en constant esclavage. C'est sans doute une servitude, mais une servitude aimable lorsque les fidèles se montrent reconnaissants et bons chrétiens.

Un jour, une petite traîne, tirée par quatre fortes bêtes, s'arrête auprès du presbytère. Un jeune homme en descend, puis entre. Son premier bonjour est de dire: « Mon père, je m'en viens te chercher pour que tu baptises un bébé; en même temps, plusieurs familles se sont réunies pour te voir. »

C'est un voyage de quarante lieues.

Le père Ovide mène les chiens, tandis que le guide précède pour ouvrir une voie sous bois. Il faut traverser des rivières, des forêts et des lacs sans fin; il arrive parfois que la glace, minée par un courant rapide, menace de céder sourdement et d'engloutir les voyageurs.

Lorsque l'Oblat est fatigué, il se repose dans la traîne et dès qu'il gèle, il reprend sa marche; si la lenteur de ses coursiers lui fait trouver le temps trop long, il chante plutôt que de pleurer; et lorsque les branches des arbres déchirent la peau de son visage, il se rappelle les soufflets reçus jadis par le Sauveur, et de la sorte tout va bien ...

Trois fois on dormit sous le ciel, avant de parvenir au camp. Mais, là-bas, quel enthousiasme ! Les hommes, les femmes et les enfants viennent baiser la main du père en signe de vénération. Un Indien prête sa cabane et se case sous une tente: que lui importe d'avoir froid, puisque le missionnaire est là !

Pendant quatre jours, notre apôtre baptise, instruit grands et petits, les fait prier et les confesse, leur distribue le pain des forts. Le soir, il cause, comme en famille; en dépit de l'heure tardive, les Cris voudraient qu'il parle encore: ils l'entendent, hélas ! si rarement.

Ensuite, ils vont le reconduire, sans faire payer leurs services. Ce qui prouve bien leur grande foi. « Nos misères ne sont pas perdues 4 », conclut alors le père Ovide.

Non, ses labeurs ne sont pas vains. Témoin cette vieille néophyte qui lui dit, en guise d'adieu: « C'est certes la dernière fois que je puis te « toucher » la main; je suis malade et sans vigueur; il est probable que mes yeux ne verront plus longtemps le jour, mais je suis contente maintenant et je vais mourir sans remords. Prie bien pour moi, mon petit-fils; quand je serai rendue là-haut, dans la maison du Grand-Esprit, je prierai à mon tour pour toi 5 . »

Le père Charlebois s'est donné au service des pauvres âmes; elles savent comment l'en remercier !

Dans la maison du Grand-Esprit, elles prieront à leur tour pour lui ...

 
Références

1 M " O. CHARLEBOIS, Voix du jeune missionnaire, 24 avril et 1" mai.
2 PAUL CLAUDEL, La Messe Là-Bas , 15 . édit., Paris Gallimard, 1936, p. 114.
3 M g ' O. CHARLEBOIS, 0.M.1., Voix du jeune missionnaire, Pr mai 1892.
4 ID., Lettre à sa soeur Alma, Cumberland, 13 mars 1893. Copie certifiée.
5 ID., Voix du jeune missionnaire, 7 juillet 1893.
   
 
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P-Germain-Lesage.o.m.i.-Mgr.Ovide-Charlebois-CHAP-XV-Pas-de-repit-1.html

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P-Germain-Lesage.o.m.i.-Mgr.Ovide-Charlebois-CHAP-XV-Le-coeur.html

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