DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?

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Prêtres du Monde

auteur

+ Sr Denise Christiaenssens
Ermite de la croix o.f.s.

Rimouski Qc. Canada

Titre de la série :
l'Évêque errant
Titre de la page:

CHAP- VII

CONVERSIONS

Nom de l'auteur:

P-Germain-Lesage.o.m.i.-
Mgr.Ovide-Charlebois o.m.i.

 

 


CHAPITRE VIII

Conversions

 

Vous ne sauriez croire combien je désire faire beaucoup de conversions 1 .

Mgr CHARLEBOIS

Le missionnaire n'est heureux que s'il convertit beaucoup d'âmes.

En renonçant à sa patrie, il rêvait d'immenses conquêtes, et, dans la ferveur de son zèle, il voyait les foules païennes se proster­ ner devant la croix.

Il sait que prêcher aux saintes gens, les instruire, les garder à Dieu, c'est oeuvre sublime pour un prêtre. Quand même, au tréfonds de son coeur, il ne croit pas remplir son rôle tant qu'il reste, non loin de lui, des Indiens qui n'ont pas la foi. La pensée que des milliers d'âmes se perdent en dehors du bercail excite son zèle sans relâche et ravive son idéal.

Vous ne sauriez croire, écrit-il, combien je suis triste en voyant un si grand nombre de ces Cris s'acheminer vers leur malheur comme des agneaux vers la boucherie 2 ...

Pour convertir ces égarés, non seulement il prêche, mais il prie, parce qu'il sent bien que les paroles seraient stériles sans la grâce. Et puis, se dit-il à lui-même, quelle occasion, pour le bon Dieu, de manifester sa puissance en le faisant « convertisseur ». Il serait alors évident que tout succès viendrait du ciel. Car le père Ovide se croit un ignorant sans « idées propres », un paresseux, un misérable qui se gonfle de grands désirs.

L'humilité de notre Oblat ne nuit point à son ministère. Il prêche sans aucun répit, simplement, comme le curé d'Ars. Il prie ardemment l'Esprit-Saint de convertir les protestants; il fait une neuvaine par mois pour toucher le Cœur de Jésus. Il attend tout de la prière, étant certain que, de lui-même, il ne peut absolument rien. Mais il est apte à de grandes choses entre les mains du Tout-Puissant; ce qu'il désire le plus sur terre, c'est d'être un docile instrument 3 .

Il n'est donc jamais inactif; il cherche, à l'exemple du Maître, les brebis qui sont sans pasteur.

Si vous désirez, écrit-il, contempler de la vraie misère, suivez- moi chez un protestant que je visite depuis l'automne, à environ un mille d'ici. Laissez-moi entrer le premier, car autrement vous auriez peur. Quand la porte s'ouvre, en effet, chacun se sauve dans un coin pour y cacher sa nudité derrière un bout de couverture.

Au milieu de l'unique salle, gisent le malade et sa mère; un peu plus loin, sur le plancher, gémit une pauvre impotente, trop vieille pour pouvoir marcher.

L'Oblat s'assied sur une caisse, tout près de l'amas de guenilles qui sert de grabat à l'infirme; ce dernier s'accoude à une boîte et se couvre d'un chiffon sale. Il n'a que dix-neuf ou vingt ans. Il souffre de troubles cardiaques et de divers maux inconnus. Il est au lit depuis cinq mois.

Le père demande des nouvelles:

— Est-ce que tu te sens un peu mieux ? — Non.

— Souffres-tu encore beaucoup ? — Parfois.

— Peux-tu manger un peu ? — Quand j'ai de quoi.

— Dors-tu la nuit ?

— Non, j'ai trop froid.

Ce n'est pas étonnant qu'il gèle, car il n'est presque pas vêtu. De plus, pour tenir lieu de vitres, on a fixé à la fenêtre une simple pièce de coton. Après une flambée, il fait chaud, mais en un instant le froid entre et glace tout l'appartement.

Le malheureux subit cela, de sorte que son mal empire. Il est d'une maigreur effrayante; tout son état est dégoûtant.

Personne ne vient le consoler; son « pasteur » pas plus que les autres. Aussi est-il reconnaissant des visites du père Ovide dont il aime à baiser la croix. L'Oblat dispense son sourire et des paroles consolantes; il ne peut faire davantage pour un étranger à la foi, niais il songe que l'invalide se gagnerait un bien beau ciel, « s'il connaissait le don de Dieu 4 » .. .

Le missionnaire s'ingénie à prêcher toujours et partout. Quand il s'arrête au Fort-Nelson où tous, sauf un, sont protestants, il sonne la cloche deux fois par jour, pour les inviter à l'église où il explique nos croyances. Il arrive que les assistants ne sont pas plus que quatre ou cinq; il prêche quand même fidèlement, comme si la nef était remplie; il espère qu'on rapportera aux absents ce qu'il enseigne; et ça pourrait les attirer ...

Précisément, il s'aperçut que ses efforts n'étaient pas vains; une Indienne protestante demanda à se convertir et à se confesser pour être guérie de ses fautes 5 .

La conversion de ces Indiens est humainement impossible. Ils ressemblent à des paresseux; ils savent bien qu'il faut peiner et ils sont trop lâches pour se lever et pour agir ! On dirait que la grâce manque; ils comprennent parfaitement que notre Église est la seule vraie, mais leur volonté reste inerte.

À midi, raconte l'Oblat, un protestant entra chez moi. Après quelques banalités, il me confia qu'il avait faim, étant à jeun depuis hier. Je lui donnai donc à dîner. Ma bienfaisance l'attendrit et il me déclara franchement qu'il aimerait être catholique, mais qu'il ne peut se décider tant les commérages l'effraient !

Nul motif ne convainc un Cris de mépriser les mauvaises langues afin d'accomplir son devoir. Son grand principe paraît être qu'il doit d'abord « sauver la face ». S'il venait à se convertir, ses congénères se moqueraient, la vie serait insupportable 6 .

En effet, le respect humain est son plus mortel ennemi.

Une fillette du Grand-Rapide, protestante comme sa famille, se présentait au catéchisme avec ses amies catholiques. Elle répéta à ses parents tout ce qu'elle y entendait dire:

— Tiens ! papa, c'est tellement beau, que je veux toujours prier là; donne m'en donc la permission; ou mieux, convertis- toi aussi !

L'Indien sanglota d'émotion, mais il ne vint pas à l'église; il redoutait, à en mourir, les qu'en-dira-t-on du village.

Une Indienne du même endroit, ayant assisté à la messe, dit, en sortant, à sa compagne:

— Vraiment, ça fait du bien au coeur de prier dans votre chapelle. Que je m'estimerais heureuse de pouvoir y aller comme vous.

— Rien ne t'en empêche, dit l'autre !

— Ah ! c'est impossible, tu vois ! Ma parenté se fâcherait, bavarderait, me rejetterait, et puis, mon mari me battrait !

Une hérétique, là encore, fit demander le père Ovide:

— Tu crois peut-être, lui dit-elle, que je suis vraiment protestante ? Je vais au temple, c'est bien vrai, mais mon coeur reste catholique; quand je m'agenouille là-bas, je prie comme tu m'as enseigné. Si j'agis ainsi au dehors, c'est que les miens me persécutent. C'est la même chose pour ma fille: elle passe pour être protestante, mais elle ne l'est pas réellement.

Lorsque le prêtre est parmi eux, les fidèles ont un grand courage. Mais aussitôt qu'il est parti et que ces faibles néophytes n'ont plus personne pour les défendre, on les ridiculise tant, qu'ils perdent patience à la longue.

— Si tu restais, disent les Cris, nous nous donnerions tous à toi; mais à quoi bon ? Tu vas partir et nous te verrons trop rarement.

Tout n'est pas perdu cependant et, même en de brèves visites, le bon grain peut être semé. Les meilleurs catholiques eux-mêmes sentent leur croyance raffermie:

— C'est la première fois, disent-ils, que nous comprenons comme il faut ce que c'est que la religion. Avant, nous étions dans la nuit; mais nous voyons clair maintenant`'.

Peu à peu, grâce à sa douceur, à son zèle et à sa prière, l'Oblat apprivoise les gens et plusieurs se rapprochent de lui. Au début d'une seule année, il en convertit plus de douze, chiffre énorme pour ces régions.

Tantôt, à la demande des parents, il baptise un bébé, que leur ministre n'a pas voulu aller visiter dans les bois; tantôt, c'est un vieillard mourant qui dérobe le paradis; tantôt, des épouses, des enfants, imitent leur mari ou leur père 8 .

Et ce qui est très consolant, c'est de voir leur persévérance. L'un d'eux atteste, par exemple:

— Depuis que je suis catholique, la clarté s'est faite en mon âme 9 !

Ces conquêtes sont, pour l'apôtre, une très douce récompense 10 . Mais « je suis comme l'avare », dit-il, je ne dis jamais: c'est assez ! Et après chaque conversion, j'en désire aussitôt une autre 11 .

Le ciel lui-même, quelquefois, favorise les abjurations.

Ainsi, un petit protestant, affligé d'une maladie grave, s'écria soudain sur sa couche:

— Papa ! papa ! vois le démon qui s'approche pour m'emporter. J'ai peur ! papa ! chasse-le donc !

Mais celui-ci ne voyait rien. Il eut beau agripper sa bible et la poser près de l'enfant, le mauvais esprit demeura. Comme le pauvret criait toujours, le père alla chez un voisin emprunter des objets bénits. Il en reçut un chapelet et une statuette de la Vierge. Il les déposa aussitôt entre les mains du garçonnet qui se calma et s'endormit.

Dès que le mal fut disparu, le petit vint au catéchisme afin de se faire baptiser 12 .

Constatant que le misionnaire convertissait tant de leurs gens, les anglicans firent une enquête pour en découvrir les raisons. Ils voulaient trouver des prétextes pour l'accuser auprès des Cris. Mais leur ambition resta vaine, le père ayant pour politique de ne jamais les mépriser. Il les laissait tous bien tranquilles et prêchait simplement la foi. Notre religion est si belle qu'elle se fait aimer toute seule et sait attirer des croyants 13 .

Les Indiens s'attachèrent vite au missionnaire du Cumberland, car ils comprirent que son zèle était inspiré par son coeur. Ils l'aimèrent, parce qu'il les aimait 14 .

Lorsque, plus tard, l'évêque errant revint demeurer parmi eux, ils lui dirent la joie suprême qu'ils éprouvaient à l'accueil­ lir comme le « grand-chef-de-la-prière » dans le pays du « vent du nord »:

Autrefois, tu nous traitas bien, quand tu étais un simple prêtre. Tu as eu bien soin de nos âmes. Souvent tu as beau­ coup souffert quand tu venais nous consoler. Tu nous as montré la bonne vie. Maintenant, tu consens encore à rester au milieu de nous; nous t'en remercions sincèrement 15 .

Le coeur de l'évêque du Pas palpita, certes, tendrement, quand ses Cris le reçurent ainsi avec tant d'affection candide.

Quel bonheur de s'entendre dire: « Tu as eu bien soin de nos âmes » !

Aurait-il jamais pu rêver témoignage plus beau ... et plus vrai ?

Références:

01 Mgr O. CHARLEBOIS, 0.M.i., Privatim, 26 mai 1892.
02 ID., ibid., 3 octobre 1890.
03 ID., ibid., 5 juin 1892.
04 ID., Echo du Cumberland, 29 avril 1889.
05 ID., Privatim, 26 mai 1892
06 In ., Echo du Cumberland, 13 juin 1868.
07 ID., Lettre à son frère Charles, o.m.i., Cumberland 18 décembre 1896. Aussi, ID., Voix du jeune missionnaire, 27 avril 1897.
08 In , Journal, 8 février 1889. Aussi, ID., Lettre au père Albert Lacombe, o.m.i., Cumberland, 26 avril 1888.
09 ID., Voix du jeune missionnaire, 15 avril 1894. Copie manuscrite.
10 ID., ibid., 19 juin 1892.
11ID., ibid., 25 mars 1894. Copie manuscrite.
12 ID., Voix du jeune missionnaire, 9 avril 1897.
13 ID., ibid., avril 1894. Copie manuscrite.
14 ID., ibid., 20 juillet 1894.
15 ID., ibid., 20 juillet 1894. Traduction de l'original cris.

 
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P-Germain-Lesage.o.m.i.-Mgr.Ovide-Charlebois-CHAP-XV-Pas-de-repit-1.html

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P-Germain-Lesage.o.m.i.-Mgr.Ovide-Charlebois-CHAP-XV-Le-coeur.html

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