DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?

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Prêtres du Monde

auteur

+ Sr Denise Christiaenssens
Ermite de la croix o.f.s.

Rimouski Qc. Canada

Titre de la série :
Amour et maîtrise de soi
Titre de la page:

CHAP-IX-
Au-milieu-des-for
êts

Nom de l'auteur:
P-Germain-Lesage.o.m.i.-
Mgr.Ovide-Charlebois-o.m.i.
 
 

CHAPITRE IX

Au milieu des forêts

 

La véritable vie du missionnaire qui court après les brebis égarées au milieu des forêts'.

Mgr CHARLEBOIS.

Le missionnaire du Cumberland erra sur les lacs, dans les bois, à tous les points de l'horizon. Pas une cabane indienne à plus de cent lieues à la ronde qui ne l'ait vu passer, souvent, naviguant sur l'onde traîtresse ou trottinant devant les chiens.

Combien de fois, un soir d'orage où le vent, la neige, le froid invitent à demeurer blotti près d'un bon feu de cheminée, quelqu'un se présente à la porte, épuisé par un long voyage: il s'en vient demander le prêtre, parce que, au loin, un moribond se prépare à quitter la terre. Et le père Ovide le suit, laissant son feu, son bréviaire, le Dieu qui veille au Tabernacle. Il part, sans regret, sans murmure, joyeux de pouvoir vivre ainsi la vie du vrai missionnaire cherchant au milieu des forêts les brebis qui sont en danger.

Un soir l'horloge marque sept heures, l'Oblat rédige son journal pour ses amis du vieux Québec. Un Indien entre sans frapper, tenant une lettre en ses mains. François Genthon veut que le prêtre aille voir sa fillette malade.

Le prêtre monte dans le canot piloté par deux Cris habiles. La nuit est noire, la pluie ruisselle et le vent fait ballotter l'esquif. Le voyageur se recommande à ses bons anges et à Marie.

Malgré la violence des vagues, le trio atteint la rivière où le danger s'accroît car il n'échappe au lac furieux que pour tomber en des rapides.

Se dirigeant à l'aventure dans les ténèbres et la tempête, l'embarcation frôle des rocs où elle aurait pu s'émietter. Les rameurs doivent gagner la rive et y attendre, transis de froid, les premières lueurs de l'aurore.

Les nuées font place au soleil et la nacelle vole sur l'onde ! L'Oblat multiplie les prières pour ne pas arriver trop tard. On relâche, vers les neuf heures, à la maison d'un protestant pour y prendre des victuailles et emprunter un aviron, car le père Charlebois lui-même veut aussi se mettre à la tâche. Il n'a pas perdu l'habitude acquise sur les lacs laurentiens et même à côté de ses guides il n'a pas l'air d'un apprenti.

Ni les caresses du soleil, ni les baisers d'un vent torride ne lui font lâcher l'aviron; en accélérant la course il espère atteindre le but assez tôt pour sauver une âme. À la fin, ses forces s'épuisent et il s'informe des distances. Il reste peu de « pointes » à doubler; mais plus on avance, semble-t-il, plus leur nombre se multiplie ! Le père Ovide tient bon quand même malgré la fatigue des bras, de la tête, des genoux, des reins.

Le soleil est à son couchant lorsque le Pas paraît au loin. Dès que l'on y met pied à terre, François accourt pour annoncer que sa fillette ne parle plus, mais conserve un souffle de vie. Le père se hâte vers son chevet, la confesse de son mieux et lui donne l'extrême-onction.

Elle passe deux jours immobile, gardant sa pleine connaissance. Quelques instants avant sa mort, elle veut embrasser ses parents, ses petits frères et ses petites soeurs. Puis elle fait un suprême effort pour prononcer distinctement ces derniers mots: « jésus ! Marie ! » L'Oblat récite les prières, et quand il parvient au passage: « Mon Dieu, je vous remets mon âme, » l'enfant s'envole vers les cieux 2 .

C'est ainsi que, très fréquemment, le père Charlebois pérégrine, partout, au milieu des forêts où la voix des âmes l'appelle. Il ne sait jamais reculer, même si, souvent, dans les « portages », malgré sa « bravoure canadienne », il voit ses forces s'épuiser en enfonçant dans les marais. Il se rend toujours au but.

Si l'on prévoit son arrivée et que personne n'est mourant, il est accueilli dans le camp par une joyeuse fusillade. À peine a-t-il touché la rive que tous se présentent à la file: les hommes, les femmes et les enfants, pour venir lui donner la main. Dès qu'on l'a ainsi salué, on se rassemble autour de lui pour le regarder et causer.

La première fois qu'il visita les Cris de Pakitawagan, il parlait à peine leur langue; aussi quelle ne fut pas sa gêne lorsque, après les poignées de mains, on mit une couverte par terre, au beau milieu des spectateurs, en y installant une boîte sur laquelle on le fit siéger comme au jeu de la « chaise honteuse » ! Tous le dévoraient du regard sans un seul mot de part et d'autre ! Heureusement, on lui apporta une platée d'esturgeon bouilli assaisonnée d'un pot de thé: ça lui donna de « la façon ». Peu à peu on se dispersa et il put entrer sous sa tente, y introduisant avec lui toute la vermine fourmillante du tapis qu'il avait foulé 3 .

Cependant dès qu'il sut parler en cris, le père Ovide ne subit plus d'aussi pénibles réceptions; lorsqu'il arrive quelque part tous ses instants sont occupés.

De grand matin, il dit la messe à laquelle tous, petits et grands, assistent, fervents comme des moines. Et tandis que la voix du prêtre répète les pages du missel, ils chantent et les échos redisent cantiques que les missionnaires ont écrits en langue ingène.

L'Oblat se représente alors la joie éprouvée dans le ciel quand on y entend les louanges de ces gens qui, dix ans plus tôt, n'invoquaient que le seul démon et ne savaient rien du bon Dieu. Il s'attarde au saint sacrifice pour prolonger cet enchantement ... Il aime tant à dire la messe dans ses chapelles misérables, dans sa tente de voyageur ou tout simplement, sous le ciel ! C'est un ineffable bonheur de voir le Maître s'immoler dans ces bois qui mêlent aux prières les voix pieuses des oiseaux 4 .. .

Lorsque le prêtre reste au camp, il n'a jamais un moment libre. Le dimanche, il chante la messe et donne une instruction en cris; après le chapelet, vers deux heures, il prêche, il chante des cantiques et il fait un long catéchisme. Tous les catholiques, en effet, quand ils sont seuls dans leurs campements, loin des traiteurs, des protestants, sont des croyants irréprochables. Ils chérissent leur missionnaire, le regardent comme le bon Dieu; ses discours revêtent à leurs yeux une divine certitude. Aussi l'Oblat les instruit tous, les vieux tout autant que les jeunes. Des adultes ne savaient pas combien il existe de Dieux ! Les uns disaient qu'il y en a quatre, d'autre cinq et même davantage ! Mais devinez leur embarras quand on désirait qu'ils nommassent ces multiples divinités I

Tous les communiants se confessent lorsque le prêtre est avec eux. Ce dernier, au cours du voyage, en rencontre par-ci par- là, dans les « portages » ou sur les grèves; il met son surplis, son étole, et absout les uns sous sa tente, les autres au milieu d'un sentier. Il ramène les âmes à Dieu, relève les courages abattus, enseigne à ne plus offenser Celui qui est si bon pour nous. Il lui semble que telle doit être la vraie vie du missionnaire qui cherche, au milieu des forêts, les pauvres brebis égarées 5 .

Ce ministère du prêtre errant comporte également les baptêmes, les conversions de protestants, la distribution de chapelets, de médailles et d'images saintes, à tous, même à des nourrissons.

Le père Ovide montra un jour le petit Jésus de la crèche à des Cris isolés au loin. Quelle joie, surtout pour les enfants, qui ne cessaient de répéter: Tapwe mistahi miyosiw — en vérité, il est très beau. Une fillette implora, timide: « Est-ce que ça ferait quelque chose, mon père, si je l'embrassais ? » Comment rejeter sa demande ? Tous désirèrent en faire autant et les petits, pendant des jours, se succédèrent à l'église pour baiser le petit Jésus 6 .

Lorsque la nuit et ses ténèbres apportent le repos sous les loges, les fidèles se groupent encore pour dire en commun la prière et chanter le cantique du soir.

Il faut ajouter, en voyage, une série d'invocations afin d'obtenir « du bon vent ». Si une brise gonfle la voile, la barque volera sur les ondes et les rameurs reposeront. C'est pourquoi il faut, chaque soir, prier pour avoir du bon vent 7 .

Quand la prière est terminée, l'on jase, assis autour du feu. Chacun se plaît à raconter, avec esprit et éloquence, les incidents de la journée. Le père en profite à son tour pour mieux connaître ses ouailles et pour glisser, au bon moment, les conseils qu'il juge opportuns. D'ordinaire il prend pour guides les plus ignorants afin de les catéchiser au cours de ces haltes du soir.

Lorsque, l'hiver, le missionnaire est en visite dans un camp, tous les Indiens viennent ensemble passer la veillée avec lui dans la plus vaste des cabanes, où se dresse un petit autel pour le sacrifice du matin.

Ils s'accroupissent sur le sol, en demi-cercle devant le prêtre pour mieux contempler son visage; et, tour à tour, chacun s'informe des nouvelles, des faits, des gens. De temps en temps, l'un dit tout haut ce que les autres pensent tout bas:

— Vraiment, que nous sommes donc heureux lorsque le prêtre est parmi nous !

— S'il pouvait y rester toujours !

C'est réellement une joie pour tous. C'est comme lorsque Jésus, jadis, parlait dans les champs, sur les routes, dans les maisons de Palestine. Pour les Indiens, le missionnaire personnifie vraiment le Christ.

L'on cause assez tard dans la nuit, mais personne ne songe à partir. L'Oblat continuerait aussi, mais il faut prendre un bref repos, car tous reviendront à la messe et recevront la communion.

On accapare ainsi le père jusqu'au moment de son départ et on entoure sa carriole pour lui dire un dernier adieu. De part et d'autre la peine est grande, car plusieurs mois vont s'écouler avant qu'une semblable fête rapporte une aussi grande joie 8 .

Quand le missionnaire disparaît, la douleur de tous est poignante; ils ont peur de trépasser sans la douceur de sa présence. Une fois même, un vieillard lui dit, en lui souhaitant bon voyage:

— Mon père, si tu restais ici, je te donnerais mon garçon ...

Personne, pour tout l'or du monde n'aurait voulu de ce marmot qui était un amas de poux, de graisse et de malpropreté. Mais le vieux papa, lui, croyait offrir un vrai trésor 8 .

L'Oblat ne peut rester pourtant, parce que d'autres réclament ailleurs le réconfort de ses paroles et de son coeur sacerdotal. Il s'en va donc, à l'aviron, ou en suivant le pas des chiens ...

Si les âmes ont été ferventes et ont répondu à son zèle, le missionnaire, à son retour, paiera la rançon du succès. C'est un fait dans les missions: lorsque l'apôtre a des souffrances, il aura des consolations; et quand les âmes le consolent, il est assuré de souffrir.

C'est le vent du sud, par exemple, et le soleil du mois d'avril qui, en ramollissant la neige inondent la glace des lacs ... Il faut patauger, à mi-jambe, dans une masse imbibée d'eau. Le missionnaire est épuisé, il craint la fièvre et la bronchite; il ren tre chez lui harassé 10.

Mais voici qu'après quelques jours il serait prêt à repartir !

Car il entend l'appel des âmes au fond des savanes lointaines. Rien ne saurait le retenir, parce que tel est bien, juge- t-il, le véritable but du prêtre: aider les brebis délaissées ... « Un pauvre condamné à expier ses péchés. » l''Évêque errant dans les portages.


 

Références


01 Mgr O. CHARLEBOIS, Echo de Pakitawagan, 24 septembre 1889. Copie manuscrite.
02 ID., Echo du Cumberland, 15 mai 1889.
03 In., Lettre au père Boisramé, o.m.i., Cumberland, 10 décembre 1888.
04 ID., Voix du jeune missionnaire, 24 juillet 1890. Aussi In, ibid., 4 juin 1895.
05 ID., Journal, 7 août 1888. Aussi, ID., Lettre au père Boisramé, o.m.i., 10 décembre 1888; ln., Echo de Pakitawagan, 24 septembre 1889. Copie manuscrite.
06 ID., Echo du Cumberland, 5 décembre 1888.
07 ID., Voix du jeune missionnaire, 1" août 1890.
08 ID., Journal, février 1889.
09 ID., ibid., 7 août 1888.
10 In., Privatim, 9 avril 1881.

   
 
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P-Germain-Lesage.o.m.i.-Mgr.Ovide-Charlebois-CHAP-XV-Pas-de-repit-1.html

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P-Germain-Lesage.o.m.i.-Mgr.Ovide-Charlebois-CHAP-XV-Le-coeur.html

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