DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?

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Prêtres du Monde

auteur

+ Sr Denise Christiaenssens
Ermite de la croix o.f.s.

Rimouski Qc. Canada

Titre de la série :
Amour et maîtrise de soi
Titre de la page:

-CHAP-IV-

Sur
  le  bucher

Nom de l'auteur:
P-Germain-Lesage.o.m.i.-
Mgr.Ovide-Charlebois o.m.i.

 


CHAPITRE IV

Sur un bûcher

 

Je me considère comme sur un bûcher où l'on me brûle à petit feu 1 .

M gr CHARLEBOIS,

L'évêque errant fut un martyr, mais non pas un martyr du glaive, des bêtes, de la roue, du bûcher. Il fut un martyr du devoir: martyrisé à petit feu pendant ses courses sur les ondes ou dans les neiges des forêts; martyrisé par son exil et son amère solitude.

Ses bourreaux furent les Indiens, les protestants, les maringouins, l'aviron, la neige, les chiens !

Tout le pays du « vent du nord » lui échût comme part d'héritage. De la rivière Saskatchewan à Saint-Pierre du lac Caribou, nul prêtre, avant le père Bonnald, n'avait jamais prêché la foi. Un seul, l'abbé Édouard Darveau s'était aventuré au Pas; il était mort martyrisé, fusillé par un renégat.

En ce pays grand comme un monde, vagabondaient quelques mille Cris. Au hasard de leur fantaisie, des pistes fraîches du gibier ou des aléas de la pêche, ces Indiens promenaient leurs tentes, leur canot — leur misère, quoi ! — à tous les points de l'horizon. S'ils avaient la bonne fortune d'accumuler des pelleteries, ils s'en venaient aux magasins, franchissant d'énormes distances, pour s'y procurer du tabac, du thé, des balles et du linge. Une fois vêtus de pied en cap, rassasiés de nourriture, d'oisiveté et de nouvelles, ils s'en retournaient dans leurs bois; et de nouveau, autour du fort, le silence s'établissait, des jours, des semaines et des mois.

Parfois, des bourgades pitoyables entouraient les comptoirs de traite; mais presque tous les naturels se plaisaient à vivre en nomades, forçant ainsi le missionnaire à les suivre dans leurs campements disséminés à l'aventure.

Entre les huttes éparpillées, pas de route, pas même de sentier: l'été, on suivait les rivières, les lacs, les « portages » sur terre; durant l'hiver, une piste vague tracée par la patte des chiens et que comblait le vent du nord.

Autour, s'étendait la nature, les rochers nus, les arbres nains et les cours d'eau accidentés. Pour un enfant des Laurentides aux couronnements variés, ces paysages sans beauté n'étaient qu'une terne grisaille. Seules, les aurores boréales, enchantant parfois les nuits claires, faisaient comprendre que la terre est un échantillon du ciel !

Les humains mêmes, en cette jungle, avaient peu de charmes natifs. Leur âme était à l'avenant. Un petit nombre restaient païens; la plupart étaient protestants. Cette victoire de l'hérésie résultait du manque de prêtres. Les Oblats, seuls en ces régions, avaient couru au plus pressé, converti les pieux Dénés et secouru les immigrants qui envahissaient les prairies. Mais ces apôtres, débordés, n'avaient pu s'établir partout.

Il fallait commencer à neuf et ils étaient deux pour la tâche: les pères Bonnald et Charlebois.

Instruire, même les catholiques, était difficile en ces lieux où un paganisme latent inspirait encore les chrétiens. Exposés aux critiques acerbes de leurs congénères hérétiques, les fidèles risquaient, hélas ! de perdre une foi vacillante 2 .

Malgré son zèle, ses prières, ses sacrifices et ses voyages, le missionnaire du Cumberland subit de rudes déceptions. De la part de ces indigènes, braves gens, certes, mais primitifs, au jugement débile et frivole, il fallait s'attendre à souffrir.

Heureusement, l'imagination les portait quelquefois au bien. Un jour, raconte le père Ovide, une protestante entra en trombe dans le parloir du presbytère. Son époux, qui l'accompagnait, était catholique; il commence:

— Mon père, ma femme vient te parler.

•  C'est bien, j'écoute, dit l'Oblat.

La Crise hésite, se mouche et tousse, enfouit son nez dessous son châle et se risque à ouvrir la bouche:

•  Je ne puis plus dormir, mon père.

— Vraiment ? Tu es donc malade ?

— Non.

— Qu'as-tu donc ?

— J'ai des visions.

— Quoi ? Des visions ?

— Oui. Des visions !

— Et que vois-tu ?

— Mes défunts parents protestants. Ils m'apparaissent enténébrés et plongés dans le désespoir. Ils m'incitent à me convertir pour échapper à leur malheur. Je vois aussi ma petite fille qui, elle, est morte catholique: ses vêtements sont lumineux, elle est radieuse et sourit. Cette double vision me trouble. Je voudrais prier comme toi.

Sans croire complètement à ces rêves, le père encouragea la femme, la fit réfléchir et prier. Elle revint huit jours plus tard, désireuse de se faire instruire. Elle renonça à ses erreurs, fut baptisée sous condition et, depuis lors, dormit en paix.

Quand Dieu veut convertir une âme, il peut bien se servir de songes 3

Un jour d'hiver, un catholique, mais pas un rat de sacristie, visitait ses engins de chasse tendus sur les rives d'un lac. Laissant ses bagages au large, il entra à l'orée du bois lever un piège et faire du feu. Soudain, à cent pieds environ, il aperçut un étranger, de grande taille, vêtu de noir, se dirigeant vers sa besace, la soulevant, l'examinant. Puis tout-à-coup, cet inconnu devint aussi blanc qu'un linceul et sembla s'évanouir dans l'air ...

La frayeur étreignit notre homme, car il savait bien que l'intrus n'était pas un Cris du village. Sa peur s'accrût en constatant que la vision mystérieuse n'avait laissé aucune trace dans la neige lisse et profonde. Il revint chez lui atterré et raconta l'apparition.

— Tu sers le diable, lui dit-on; il vient donc te rendre visite. Il se peut que, la prochaine fois, il veuille t'emmener avec lui !

Il n'en fallut pas davantage pour que notre Indien se confesse et se montre meilleur croyant 4 .

Toutes les rêveries, pourtant, n'étaient pas aussi fructueuses. Ainsi, à Pakitawagan, un Cris fonda une religion. Il était saint Pierre, disait-il, et en des colloques sublimes il communiquait avec Dieu. Il portait toujours une croix et chantonnait quelque cantique. Lui-même, ainsi qu'un acolythe, s'affublaient d'habits « liturgiques »; leurs manipules, par exemple, avaient ceci de singulier qu'ils devaient se mettre à chaque bras !

La plupart des gens se moquaient de ce « fondateur » détraqué; mais il en entraînait quand même, car il traitait brutalement ceux qui osaient lui résister. Il en garotta à sa croix et les flagella sans pitié; son beau-père, sa belle-mère même furent suppliciés de cette façon.

Il détestait le père Bonnald, menaçant de l'assassiner; mais il en avait si peur qu'il frémissait en sa présence comme la feuille sous l'aquilon 5 .

Parmi ces peuples primitifs, il faut se préparer à tout. Il n'est pas rare que leur coeur, tout comme leur esprit, se détraque. Le triste David, par exemple, fit venir le père Charlebois, par des sentiers épouvantables, pour baptiser son nouveau-né; et quand l'Oblat fut arrivé, l'indigne Cris refusa même de nourrir les chiens épuisés.

D'aussi brutales ingratitudes blessent amèrement le missionnaire 6 .

En plus des braques et des sans-coeur, il y a les indifférents. Écoutons un vieil éclectique nous exposer sa théorie: les catholiques nous assurent que leur religion est la bonne; les protestants, de leur côté, ripostent que c'est la leur; quant à moi, je reste confiant en les magies de nos ancêtres. Alors, pour ne pas me tromper, je garde toujours un chapelet et prie avec les catholiques; je possède aussi une Bible et la lis comme les protestants; tout seul, je fais mes jongleries. Je suis donc sûr, prétendait-il, de ne jamais manquer mon coup !

Tout de même, à sa dernière heure, il demanda aux catholiques d'intercéder pour son salut: « Il n'y a que vous, leur dit- il, qui savez prier comme il faut 7 . »

Une pareille insouciance est un supplice pour l'apôtre qui se dévoue et s'exténue afin de sauver ces gens-là ...

Le père Ovide alla, un jour, chez les païens de la Montagne. La maison où il demeura fut assiégée, littéralement, par les Cris, avides d'entendre les vérités de l'Évangile. Ils couvaient de leurs grands yeux noirs les images du catéchisme. La mort du juste et du pécheur, le ciel, l'enfer, le purgatoire, les impressionnèrent tant que quelques-uns n'en dormaient plus.

Beaucoup venaient à la prière, écoutaient la prédication, péroraient avec sapience sur les doctrines entendues, louangeaient fort le missionnaire, le recevaient dans leurs cabanes avec courtoisie et bonheur.

Et ce fut tout. Nulle conversion ! Pas même un baptême d'enfant. Pauvres misérables, hélas ! Ils ont des yeux et ne voient pas, des oreilles et n'entendent point ! Fatigues, travaux, prières, sermons, cette station de deux semaines, tout fut apparemment perdu.

Je t'ai bien compris, disait l'un; ça paraît vrai ce que tu dis. Je crois fermement, moi aussi, à l'existence d'un Grand- Esprit, vengeur redoutable du mal. Mais je ne veux pas du baptême.

J'aime te voir ici, disait l'autre; je suis heureux de t'écouter. Dieu a fait le culte des blancs, mais aussi celui des Indiens. Le vôtre est écrit dans les livres, le nôtre l'est dans la nature. Ne me parle pas du baptême.

Moi, je ne prie pas, disait le chef. Mais si je me décide à croire, c'est ta religion que je prends. Son courage s'arrêtait là !

Un jour, le père visita l'épouse malade d'un sorcier. Il ne la trouva pas trop mal; elle avait bonne langue surtout. La vieille décrivit tous ses maux, puis prononça un grand discours dont la quintessence est ceci: Hier, dit-elle, j'ai eu un rêve. J'ai vu, là-haut, la grande porte par où passent tous les bourgeois. Mon défunt père y est entré; je l'ai entendu m'avertir: Tu viendras ici comme moi lorsque les bourgeois le voudront. C'est pourquoi, conclut la commère, j'espère les rejoindre bientôt.

A la fin de ce boniment, le missionnaire prit la parole: Je t'ai entendu sans mot dire; c'est à mon tour de te parler. Mais la sorcière n'écouta pas.

Une autre fois, quelques Indiennes, voyant le tableau de l'enfer, paraissaient en être touchées. Satan surtout les effrayait avec son trident et ses cornes, son museau, ses griffes et sa queue. Mais une diablesse de leur clan, craignant qu'elles ne se convertissent, se mit à leur dire aussitôt: Dans un rêve j'ai vu ce démon auprès de la demeure du prêtre; je l'ai entendu m'aviser: Si tu entres dans cette maison, je t'emmènerai dans mon enfer .. .

Le père Ovide est contristé de cet insuccès apparent qui lui martyrise le coeur. Mais il demeure en paix quand même, car il a rempli son devoir. « Si ces pauvres âmes se damnent, ce ne sera pas ma faute, dit-il, car j'ai fait tout ce que j'ai pu 8 . »

Il se console de l'inconstance, des défauts, du peu de ferveur; car il aime son « petit troupeau 9 ». Il aime ce peuple malheureux, sans joies terrestres et sans espoir; il est prêt au martyre pour lui.

Il veut, dans la vie ténébreuse de tous ces Indiens terre-à- terre, introduire un peu de soleil. Il veut que, par son sacrifice, ils s'illuminent de sa foi, ils s'enflamment à son espérance et se réchauffent à son amour.

Et comme autrefois le Seigneur, il répète à ces pauvres gens, las des misères d'ici-bas:

Vous qui souffrez, venez à moi ...

  Références

1 ID., Privatim, 17 juin 1888.
2 ID., Voix du jeune missionnaire, 31 juillet 1890.
3 ID., ibid., mars 1896.
4 ID., Lettre à un scolastique oblat, Cumberland, 1" février 1895.
5 In., Echo du Cumberland, 5 avril 1889.
6 In., Voix du jeune missionnaire, 29 mars 1897.
7 ID., ibid., 7 octobre 1890.
8 ID., ibid., 29 mars 1897.
9 ID., Lettre à sa famille, Cumberland, 12 octobre 1899. Copie manuscrite.
 
 
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P-Germain-Lesage.o.m.i.-Mgr.Ovide-Charlebois-CHAP-XV-Pas-de-repit-1.html

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P-Germain-Lesage.o.m.i.-Mgr.Ovide-Charlebois-CHAP-XV-Le-coeur.html

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