DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?

Allez voir cette page

Dieu-t-appel-a-devenir-pretres-mais-ou-aller.html

Prêtres du Monde

auteur

+ Sr Denise Christiaenssens
Ermite de la croix o.f.s.

Rimouski Qc. Canada

Titre de la série :
l'Évêque errant
Titre de la page:

CHAP-III-
Triste Pays


Nom de l'auteur:
P-Germain-Lesage.o.m.i.
-Mgr.Ovide-Charlebois-o.m.i.

 

 


CHAPITRE III

Triste pays !

Les étrangers qui passent dans ces parages ne cessent de répéter: Quel triste pays 1 .

Mg' CHARLEBOIS.

Dans le wagon qui file vers l'Ouest, l'Oblat comprend qu'une vie neuve, celle du prêtre et de l'apôtre, va lui apporter des travaux, des épreuves et un long martyre 2 .

Il songe, pendant que, sous ses yeux, les villages, les lacs, les bois viennent puis s'en vont en un instant, qu'il s'approche, à chaque minute, de son idéal le plus beau. Monseigneur Grandin, son évêque, en l'envoyant parmi les Cris, l'avait prévenu que « c'est là qu'il y a le plus de privations 3 ».

Ce serait donc la joie parfaite !

De Winnipeg, le voyageur se rendit au port de Selkirk où, après vingt-quatre heures d'attente, il prit place sur le Princess, petit vapeur qui, en six jours, le transporta au Grand-Rapide, aux bouches de la Saskatchewan.

La traversée fut magnifique, et les horizons, très souvent, confondirent le ciel et les eaux. Finalement le missionnaire foula la terre de l'exil, désormais sa seule patrie.

Il commença son ministère, baptisa, prêcha, confessa, distribua l'eucharistie et entreprit des conversions. Il apprit bientôt à subir la vie rude du prêtre errant, car il n'eut pas de résidence et dut vivre de charité. Il célébra les saints mystères dans une cabane exiguë où s'entassaient les bons Métis.

Une barge partit enfin dans la direction du nord-ouest. Le père Ovide y prit passage. Grâce à la brise favorable, en dépit du courant contraire, dont le mot cris Saskatchewan indique la rapidité, le Pas fut atteint en cinq jours.

Il faisait nuit noire au village. Le père y était inconnu. Il savait que, sur l'autre rive, une masure abritait le prêtre au cours de ses rares visites. Mais impossible de s'y rendre, car les rameurs, lassés ou lâches, ne voulurent point se relancer dans les eaux larges et fougueuses. Il fallut donc se résigner à préparer, encore une fois, son grabat, dans l'embarcation.

Soudain, une voix presque française, douce comme l'accent de la patrie, interjeta amicalement:

— Allons ! comment ça va, mon père ?

C'était un Métis catholique qui s'appelait François Genthon. Il dit, en présentant la main:

— Mon père, j'suis bien content de te voir ! Mais l'Oblat l'était davantage !

François lui donna à souper, lui céda sa propre couchette et lui annonça avant tout que le père Étienne Bonnald, missionnaire au lac Pélican, était au pas depuis le soir ...

Quelle bonne fortune pour l'arrivant de rencontrer son supérieur ! Plus de craintes et plus d'inconnu ! Il dormit en toute quiétude. Mais l'aube à peine blanchissante le vit traverser la rivière pour rejoindre son compagnon ...

La surprise du père Bonnald fut aussi profonde que sa joie, car il ignorait totalement la venue de cet auxiliaire. Il aurait donc un confident après douze ans de solitude ! Quelle félicité fraternelle ! Quelle douceur en cette rencontre ! Quelle consolation d'être oblat 4 !

Le Christ avait raison de dire: « Celui qui quitte tout pour moi se verra combler du centuple, au ciel, et déjà dans cette vie. » Jamais, sans doute, avant ce jour, le père Ovide n'avait compris aussi parfaitement ce mot.

C'était le matin du dimanche. Il célébra les saints mystères, ce qui permit au père Bonnald de diriger les chants communs. En entendant le sermon cris, le jeûne apôtre du envier le savoir du prédicateur: il redoutait tant à l'avance l'étude aride de cette langue !

Les indigènes étaient ravis de voir deux prêtres parmi eux; c'était un si rare événement ! Quand la messe fut terminée, ils « touchèrent » tous la main des pères pour traduire leur contentement. Ils demandèrent que l'un des deux demeure dans leur humble village. Ça faisait réellement pitié de ne pouvoir les satisfaire. Mais ils étaient trop peu nombreux pour qu'on leur accorde un pasteur.

Dès le lendemain, les Oblats repartirent pour plus loin encore. Deux jours plus tard, le dix septembre, ils abordèrent au Cumberland.

On y fit de telles instances que le père Ovide y resta: seul, étranger au ministère, aux moeurs, aux coutumes, au langage; sans conseiller et sans soutien; sans sou ni maille et solitaire dans sa bicoque ouverte aux vents; le jour passe partout à travers, rapporte-t-il dans son journal 5 .

 

Lorsque les ouragans d'hiver, apportent la bise et la neige, ensevelissent sa maison 6 , il se blottit près du foyer, emmitoufflé, les pieds au feu. Le poêle a beau se « fâcher rouge », il réchauffe à peine un côté tandis que le reste grelotte ! Ce martyre dure six hivers aussi longs que tempétueux 7 .

Mais le père ne se lamente point. Il croit mériter pis encore. Et d'ailleurs, il n'en mourra pas. Il désire même plus de souffrances !

Au vieux papa qui s'inquiète de la literie de son fils, l'Oblat répond aimablement que ces soucis sont inutiles. Sa couche est très bonne, assure-t-il. Le châlit est de bois rugueux, mais aussi ferme qu'un rocher. La paillasse est en toile à sac et rembourrée de foin sauvage. Il la secoue aux quatre-temps; c'est bien assez, car, chaque fois, un vrai nuage de poussière obscurcit toute la maison. Sur le sommier, il met un drap, deux couvertures, un couvre-lit. À l'un des pieds de la couchette, il suspend une « tuque » de laine servant, la nuit, de couvre-chef. Bref, il ne manque de rien du tout. S'il désirait un lit douillet, il s'en trouverait aisément: on tue des canards à foison, il n'aurait qu'à prendre leurs plumes ! Mais dormirait-il jamais mieux qu'il dort maintenant sur sa paille ?

Si son père désire quand même lui apporter un lit de plumes, il sera certes bienvenu, non pour la plume, mais pour lui-même 8 .

Lorsque les fêtes de Noël furent clôturées au Cumberland, le père Charlebois prit la route pour se rendre au lac Pélican.

Le presbytère du père Bonnald y était tellement petit que le visiteur dut loger sous les combles de la chapelle.

L'ameublement du galetas comprend une table branlante, une boîte vide au lieu de siège, un petit poêle de fer-blanc de dix-huit pouces de longueur; le lit, tout comme au Cumberland, est fait d'un bois rude et solide; la paillasse est une peau de buffle; l'oreiller est un sac de linge; les couvertures sont des peaux de lièvres. Sur la table, trônent un crucifix, une grammaire crise, un dictionnaire, les Constitutions des Oblats, un petit livre de morale et un peu de papier à lettres. Ajoutons à ce mobilier, car c'est la chambre à débarras, des paquets, des caisses, des sacs, et mille objets hétéroclites.

Le jeune Oblat passe ses jours à l'étude dans cette mansarde.

Bref, il s'y trouve « on ne peut mieux ». S'il a froid, il attise le feu qu'il amortit dès qu'il fait chaud. S'il s'ennnuie, il chante un cantique. Lorsqu'il veut prier, il descend et se trouve devant l'autel.

Aurait-il raison de se plaindre, quand il habite sous le même toit que Notre-Seigneur Jésus-Christ 9 ?

Le missionnaire est donc heureux, puisqu'il vit avec son Sauveur; et c'est pour cela qu'il fredonne, malgré les épines et les croix ... Mais ça prendrait un « fou », dit-il, pour vivre en ces steppes nordiques sans aucun espoir éternel ! Les étrangers qui s'y promènent redisent: « Quel triste pays ! » Ils ne voudraient pas y rester au prix de tout l'or de la terre. Et ils ont parfaitement raison ! Mais quand on y vient en apôtre, ce n'est pas la même chose du tout, parce que le salut d'une seule âme vaut bien plus que « tout l'or du monde 10 >>.

Oui, qu'il est triste, ce pays, dans les nuits longues où le froid mord, la neige « poudre », le vent fait rage, quand les grondements du tonnerre, ébranlant la pauvre maison, font croire que le ciel va crouler !

Quand vient l'été, les maringouins, « myriades de petits anges », chantonnent à l'oreille du prêtre et l'immolent sans nulle pitié pendant qu'il prie au saint autel 11

Mais le missionnaire est content. Qu'il fasse beau ou qu'il fasse mauvais, que tout aille bien, que tout aille mal, il demeure calme et satisfait; car à quoi servent les chagrins et tous les désespoirs de l'âme, sinon à rendre malheureux 12 ? De jour en jour, il comprend mieux, en sa pénible solitude, ce que le Maître avait promis: Bienheureux ceux qui pleureront ... Oui, les larmes mêmes sont douces quand elles sont versées pour Jésus: en sa prison du tabernacle, il sait consoler ses amis 13 !

S'il arrive que le père Ovide doive s'absenter du Cumberland, la nostalgie le prend bien vite; il soupire après le retour et dès qu'il aperçoit au loin le petit clocher qui l'attend, son coeur bat plus vite et plus fort!

Certes, il n'aurait pas cru, naguère, qu'il finirait par s'attacher avec autant de complaisance à ce pays si misérable où il doit peiner et souffrir 14 !

Références

1 ID., Echo du Cumberland, 12 juin 1890.
2 In., Lettre à son père, Scolasticat Saint-Joseph, Ottawa, 12 juin 1887.
3 In., Lettre au père Albert Lacombe, o.m.i., Cumberland, 26 avril 1888
4 ID., Lettre au père P. Boisramé, o.m.i., Cumberland, 12 septembre 1887.
5 ID. , Echo du Cumberland, 13 février 1890.
6 ID., Privatim, 25 mars 1890.
7 ID., ibid., 16 mai 1893.
8 ID., Lettre à son père, A bord du North-West, 12 juin 1890. Copie certifiée.
9 -In., Lettre à son frère Guillaume, o.m.i., Lac-Pélican, 11 janvier 1888.
10- In., Echo du Cumberland, 12 juin 1890.
11-ID., ibid., 14 juin 1888.
12 In., Privatim, 29 mai 1892.
13 ID., Lettre au père Albert Lacombe, o.m.i., Cumberland, 26 avril 1888.
14 ID., Lettre à sa famille, Cumberland, 12 octobre 1899. Copie manuscrite.

 
 
1
13
2
14
3
15
4
16

P-Germain-Lesage.o.m.i.-Mgr.Ovide-Charlebois-CHAP-XV-Pas-de-repit-1.html

5
17
6
18
7
19

P-Germain-Lesage.o.m.i.-Mgr.Ovide-Charlebois-CHAP-XV-Le-coeur.html

8
20
9
21
10
22
11
23
12