DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?

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Prêtres du Monde

auteur

+ Sr Denise Christiaenssens
Ermite de la croix o.f.s.

Rimouski Qc. Canada

Titre de la série :
l'Évêque errant
Titre de la page:

Chapitre 2

L'Adieu

Nom de l'auteur:
P-Germain-Lesage.o.m.i.
-Mgr.Ovide-Charlebois-

 


CHAPITRE II

Adieu

 

 

Il te faudra donc, comme les apôtres, dire un éternel adieu à tout ce qui appartient à cette terre

Mgr CHARLEBOIS.

Pour les élèves de L'Assomption, le modèle parfait de l'apôtre était le père Albert Lacombe, le roi des plaines, « l'homme au bon coeur s. Ovide résolut de le suivre chez les Oblats et au Nord-Ouest. Il annonça sa décision à quelques-uns de ses amis.

Dans l'univers des étudiants, autrefois tout comme aujourd'hui, embrasser la vie religieuse exigeait un courage extrême: on y soupçonnait tant d'épreuves, tant d'éloignement, tant de mystère ! Notre collégien se fit dire, et crut vraiment qu'il serait victime du « père maître », un impitoyable geôlier qui, sans motif et brusquement, le souffletterait, l'invectiverait afin de le mieux éprouver

Rien ne put le décourager. Il était valeureux et fort, habitué au sacrifice: il pourrait supporter l'orage ! Et dans un élan d'héroïsme, il vint frapper au noviciat.

Le père Boisramé l'accueillit.

Le postulant pensa rêver: au lieu du bourreau attendu, il rencontrait un prêtre aimable, digne sans doute, comme il convient, mais modéré, doux et joyeux. Il fut conquis à l'instant même, car il retrouvait à Lachine l'atmosphère de son foyer.

Après un mois de ce régime, il craignit que l'année entière ne se passât trop rapidement. Il ne connut donc point l'ennui: la vie de calme et de prière le plongeait dans le ravissement 2 .

Les mois s'écoulèrent sans ombres, sans invectives et sans soufflets ! Déjà, à la fin du semestre, il a « goûté plus de bonheur » que tout le reste de sa vie 3 .

Progressivement, le saint père maître, qui l'avait nommé sacristain — un poste d'honneur entre tous, — lui inculqua une piété droite comme celle de l'Évangile. En se formant à la vertu, Ovide apprit à être Oblat, car l'esprit du père Boisramé, c'était celui du fondateur, monseigneur Charles de Mazenod. La vie de leur congrégation devenait celle des novices tant ils en entendaient parler avec conviction et amour.

Aussi, lorsque vint le mois d'août et la fin de sa probation, le frère Charlebois put écrire qu'il reconnaissait les mérites et tous les « précieux avantages de la vie du religieux, surtout du religieux oblat 4 ». Et il brûlait, ajouta-t-il, de s'enrôler, par les saints voeux, sous la bannière de Marie.

C'est en l'Assomption de la Vierge qu'il fit sa première oblation. Puis il partit pour Ottawa afin d'entreprendre l'étude ardue, patiente, mais sublime, des sciences ecclésiastiques acheminant au sacerdoce. Le scolasticat fut pour lui un ciel de grâce et de ferveur dont il conserve en sa mémoire l'indélébile souvenir.

Aux derniers jours du mois de juin, les étudiants prenaient, en groupe, leurs vacances à Maniwaki. Notre jeune Oblat s'y plaisait, y retrouvant Sainte-Marguerite, la vie familiale et champêtre, le « temps si doux » vécu naguère dans les montagnes et sur les lacs. « Tout est absolument semblable »: forêts, collines, rocs et rivières ! Tout y est aussi beau, plus peut-être !

On y exploitait une ferme et quand venait la fenaison, le frère Ovide reprenait la faux, la fourche ou le râteau. En un mot, rien ne lui manquait pour « rappeler le temps antique ». « Je t'assure que j'en profite », écrivait-il à l'un des siens 5 .

La vie y était si plaisante ! Les scolastiques s'affectionnaient; leur supérieur les estimait comme s'ils eussent été ses enfants. Dans la nature majestueuse du calme « pays de Marie » régnait une paix surnaturelle qui, tout en fortifiant les âmes, les élevait vers le bon Dieu. L'on connaissait la pauvreté, mais au milieu d'une joie pure, au sein d'un « bonheur sans mélange 6 ».

C'est là que le jeune scolastique devint pour toujours un Oblat.

Dans sa cellule, à Sainte-Gertrude, il se rappelle la longue attente de l'oblation définitive. Il s'était tellement préparé ! Il garde, comme un bouquet de roses, les notes écrites en la vigile de ce jour à jamais béni.

Demain, disait-il à son âme, le bon Jésus t'adressera le Veni et sequere Me. Il te faudra, comme les Apôtres, abandonner ce qui t'est cher pour mieux suivre « ton doux Époux »: « Donne- toi tout entière à Dieu 7 . »

Les cérémonies de la fête restent fixées dans son esprit: la sainte messe, le matin, célébrée par le père Pian, un missionnaire infatigable; le couronnement de Marie, dans la soirée, sur la montagne; la voix puissante du frère Émard entonnant l'hymne triomphal que nul Oblat n'oublie jamais: Sacrifice d'amour, holocauste sublime !

Un coeur brûlant et pur va s'immoler à Dieu. Le ciel, avec transport, contemple sa victime: La paix et le bonheur inondent ce saint lieu.

À jamais tu seras ma mère,
Ô toi dont un Dieu fut l'enfant !
Je mourrai sous cette bannière
Où brille ton nom triomphant.
Veille sur moi, douce patronne,
Sur cette terre de douleur;
Et qu'au ciel ta main me couronne
D'amour, de gloire et de bonheur !

De si grands jours ne repassent plus 8 ! Mais des sentiments identiques s'emparent aujourd'hui de l'Oblat et il s'écrie reconnaissant: « Remercions bien notre bonne Mère de nous avoir donné la grâce d'être ses enfants pour toujours 9 ! »

Tant de bienheureux souvenirs avivent l'amertume de l'exil. En l'Assomption, l'été dernier, c'est au beau milieu des « portages », sous le canot, en un campement dans un marais nauséabond et par un « festin » de viande sèche qu'il commémorait ce saint jour ! Quelle différence, apparemment, entre les joies de l'oblation et les misères du présent ! Mais ce n'était qu'une apparence, car « intérieurement, dit-il, j'étais, aussi ... heureux qu'alors 10 ». Il l'était même davantage, puisqu'il réalisait le rêve caressé depuis ses jeunes ans.

Dès la fin du scolasticat, il fut destiné aux missions. Monseigneur Grandin le fit prêtre.

Le père Charlebois s'en souvient tout comme si c'eût été hier. Comment exprimer les délices de voir, prosterné à ses pieds, son père qui l'avait tant de fois béni ! Les émotions, brisant son âme, en avaient fait jaillir des pleurs d'une céleste suavité. Et, intimement, il s'écrie: « Ce fut le comble de mon bonheur 11 ! »

Un bonheur qui ne s'oublie pas !

Mais les joies, même les plus pures, sont fugitives sur la terre. Le jeune missionnaire des Cris préparait déjà ses adieux ... Adieu pour toujours ici-bas !

Il entendait une voix secrète lui murmurer à tout moment: « Tu ne verras plus ton pays, ni ceux qui te sont si chers ! » Afin d'oublier se présage, il songeait aux âmes, aux Indiens qui l'appe­laient là-bas, au loin, dans le Nord-Ouest solitaire. Mais l'augure répétait plus fort: « Tu quittes à jamais ta patrie, tes soeurs, tes frères, ton père aimé ... »

Quelle angoisse, au repas ultime précédant de pain de l'exil ! Le coeur en était suffoqué: manger au foyer paternel, hélas I « pour la dernière fois 12 »

Puis un coup de sifflet strident annonçait l'approche du train. Courage ! en ces derniers moments !

Il espérait partir sans larmes, pour ne pas attrister les siens. Au spectacle de sa famille qui s'agenouillait devant lui pour une bénédiction suprême, un glaive avait percé son âme; il lui avait fallu s'enfuir parmi les plaintes et les sanglots ...

Certes, l'Oblat de Sainte-Gertrude ne regrette point son holocauste, « mais ça n'empêche pas qu'il est dur 13 ».

Ce qui me crucifie, dit-il, ce n'est pas surtout la souffrance que j'endure dans ce pays; mon plus grand sacrifice, c'est « d'être séparé pour toujours de mon père, de mes frères et soeurs ... Oui, c'est bien le plus grand, je le sais 14 . »

Ses adieux au scolasticat l'avaient aussi martyrisé. Les étudiants étaient joyeux, car, pour eux, c'était une fête de voir cet apôtre partir; mais son coeur à lui se gonflait, attendri par les souvenirs. Il les aimait tous comme des frères et il fallait, d'un coup rapide, briser tant de pures affections !

D'après le cérémonial, il se tenait devant l'autel, en face des confrères émus, seul, torturé par sa faiblesse ...

Le choeur répétait ce refrain:

Ô bonne Mère du missionnaire,
Sois son appui, veille sur lui ...

Pendant que l'on baisait ses pieds, le père Ovide s'absorbait dans la pensée du Nord glacial où l'attendait la solitude, sans autre soutien que Marie. Il savait la sublimité de son apostolat prochain; mais il se croyait en retour, si « incapable », si « ignorant » Il partait avec le désir de sauver des âmes par milliers, mais s'en imaginait indigne.

La prière que l'on modulait: « 0 bonne mère du missionnaire ... » venait raviver sa confiance tout en faisant jaillir ses larmes 15 .

Le soir, lorsque son frère Guillaume, maintenant scolastique oblat, lui eût dit adieu à la gare, le vapeur rapide l'entraîna vers l'inexorable inconnu.

Le sacrifice était complet ! Le père Ovide, se confiant aux coeurs de Dieu et de Marie, donna libre cours à ses pleurs.

Le missionnaire sanglote encore, en sa cellule misérable, pendant que la froidure hâtive annonce un terrible hiver.

Et dans les ombres vespérales son coeur murmure avec amour: Ottawa, Sainte-Marguerite, Maniwaki, lac Charlebois

Bonheur à jamais disparu, mais souvenir qui ne meurt pas!

 

Références

1 M g ' O. CHARLEBOIS, 0.M.i., Notes de retraites, 14 août 1884.
2 ID., Lettre à son père, Noviciat Notre-Dames-des-Anges, 13 septembre 1882 (citée par P. BOISRAMÉ, o.m.i., dans Notes sur O. Ch
3 ID., Lettre à T.-G. Montmarquet, Noviciat Notre-Dame-des-Anges, 13 janvier 1883 (citée par P. BOISRAMÉ, o.m.i., loc. cit.).
4 ID., Lettre au père provincial, Noviciat Notre-Dame-des-Anges, 20 juin 1883 (citée par P. BOISRAMÉ, o.m.i., loc. cit.)
5 ID., Lettre à son frère Guillaume, o.m.i., Maniwaki, 25 juin 1884.
6 ID., ibid.
7 ID., Notes de retraites, 14 août 1884.
8. Io., ibid., 15 août 1884.
9 ID., Echo du Cumberland, 5 août 1889.
10 ID., Echo de Pakitawagan, 18 août 1889.
11 ID., Lettre à son frère Guillaume, o.m.i., Lac-des-Cèdres, 15 juin 1890.
12 In., ibid.
13 ID., ibid.
14 ID., Lettre à son frère Procule, Cumberland, 15 janvier 1899. Copie certifiée.
15 ID., Lettre à son frère Guillaume, o.m.i., Lac-des-Cèdres, 15 juin 1890

   
 
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P-Germain-Lesage.o.m.i.-Mgr.Ovide-Charlebois-CHAP-XV-Pas-de-repit-1.html

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P-Germain-Lesage.o.m.i.-Mgr.Ovide-Charlebois-CHAP-XV-Le-coeur.html

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