Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de 
Mgr Pierre André Fournier  et ami de
ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande

Signez mon livre d'or Un petit mot fait du bien et cela vous permet aussi de lire les commentaires des gens. 


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU
MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE
DIT QUELQUE CHOSE?

 


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Titre de la série :
Le ciel séjour des élus
Titre de la page:

Chapitre - 6-B-

LE CIEL

- L'Avant-Goût du Ciel.
LES RAVISSEMENTS ET LES EXTASES

Nom de l'auteur:
R.P. Frédéric De hyvelde.o.f.m.Commissaire de Terre-Sainte
CHAPITRE SIXIEME


Sommaire

— Marine d'Eseobar.
— Bse. Jeanne Marie.
— Sainte Françoise Romaine.


La Vénérable Marine d'Escobar
— La ténèbre divine.


Vision du fleuve divin.

— "Les anges s'approchèrent de mon âme et la dégagèrent des sens. Je me trouvai de-vaut la céleste Jérusalem, qui était entourée par un fleuve d'une grandeur démesurée, très beau, très brillant. Ses rives étaient ombreuses, charmantes et remplies d'anges saints, qui chantaient admirablement, en s'accompagnant des instruments. Ils répétaient : Gloire à Dieu au plus haut des cieux ! De ce fleuve partaient ça et là des canaux ou ruisseaux, par où l'eau céleste s'écoulait et tombait sur 10 terre. Elle y arrivait comme une rosée, et sa divine influence réconfortait les âmes des justes.

"Cette vision dura longtemps; puis subitement les anges me déposèrent sur le bord de ce fleuve grand et Mystérieux. Soudain ils m'y plongèrent très profondément, et alors une fut accordée une connaissance grande et extraordinaire de la grandeur de Dieu, de sa toute-puissance, de sa sagesse et de son immensité. Tout d'un coup, les anges me dirent à haute voix : "Y a-t-il quelque chose de plus?" Mon âme fut alors éclairée d'une connaissance, lui montrant que ce qu'elle voyait dans l'immensité, divine était bien peu en comparaison de l'infinité des choses qui restaient à connaître. Son admiration Lui faisant oublier ce qu'elle venait de voir, elle s'écria: "Oui, il y a quelque chose de plus !" Et dans son enthousiasme, elle répétait d'une voix de plus en plus haute et rapide : "Il y a quelque chose de plus !"

"Ensuite les anges m'immergèrent plus profondément dans le fleuve, et j'eus une lumière plus grande, une çonnaissance plus parfaite de l'essence de Dieu et de ténèbre divine. Les anges répétèrent leur question sur un ton plus élevé: "Y a-t-il quelque chose de plus ?" Après avoir été bien illuminé et avoir connu plus qu'auparavant je répondis encore: "Ouf, il y a quelque chose de plus!"

"Une troisième fois, les anges me plongèrent, jusqu'au fond et dans les abîmes du mystère, et redemandérent, toujours en haussant la voix : "Y a-t-il quelque chose de plus?" Mon âme, de plus en plus éclairée, et connaissant davantage l'être divin, ne fit plus attention qu'à l'infinité de choses qui lui restaient à connaître; et répondit: "Oui, il y a quelque chose de plus!" Alors les anges me "tirèrent de cette mer profonde et mystique, puis m'élevant par trois fois à des hauteurs de plus en plus grandes, ils me répétaient la mystérieuse demande : ''Y a-t-il quelque chose de plus?" Mon âme recevait une lumière et une connaissance toujours 'croissante; elle était perdue, submergée dans l'être divin, et s'écriait : "Ah! mille fois oui, il y a quelque chose de plus !" Enfin, les anges m'élevèrent à je ne sais quelle lumière infinie et incompréhensible, à une immensité de biens, qu'aucune langue ne peut traduire. Là, ce fut comme un éclair, ou comme si un rideau se tirait pour laisser apercevoir d'admirables trésors et se refermait subitement. Dieu me montra ainsi l'immensité infini et incompréhensible de son être, mais ma petite capacité ne pouvait supporter tout ce qu'elle vit en un instant; mes forces défaillirent, et tout mon corps se mit à trembler. En un clin d'oeil les anges me saisirentme ranimèrent et me ramenèrent dans ma cellule."


L 'océan divin

Les sains anges m'entourèrent, et, précédés par le Seigneur de toute majesté, ils me por­tèrent très, très-haut, traversant pour ainsi dire, tous les-cieux. Ils me déposèrent sur le rivage d'une sorte d'océan immense, qui était la grandeur de Dieu même, sa bonté, sa sagesse et son essence. En présence de Jésus-Christ, ils me jetèrent soudain dans cette vaste mer de la divine obscurité et de l'essence du Dieu inconnu et incompréhensible. j'y fus submergée et perdue. Aucune parole ne peut rendre les merveilles secrètes qui se passent là entre Dieu et l'âme, ni la grandeur de Dieu qui se manifeste. Aucune intelligence créée ne peut en parler convenablement. Si quelqu'un voulait la tenter, je souhaite que Dieu lui donne l'expérience de cette faveur ; il pensera alois comme moi. Il fallut un secours divin pour que mon âme ne se séparât pas du corps, tant l'opération de Dieu fut excessive.

"Je restai plongée dans cet océan un certain temps, que je crus plus court qu'il n'était en réalité. Ensuite les anges me ramenèrent au rivage; je veux dire par là qu'ils me tirèrent de cette immensité; et non qu'il y avait vraiment une mer, un rivage, ni aucune image matérielle.

"Je nie reposai un peu sur ce rivage, pour reprendre des forces. Puis les anges me lancèrent avec plus de force que la première fois, de sorte que j'allai me submerger et me perdre dans l'essence divine, bien plus profondément qu'atiparavant. Ensuite ils me ramenèrent au rivage; j'étais enocre plus en danger, ce me semble, de perdre la vie, si Dieu ne m'avait soutenue. Enfin, après que j'eus pris quelques instants de repos, ils me lancèrent une troisième fois. Par ce mot : lancer, j'indique une certaine manière admirable dont Dieu et les anges se servent pour introduire l'âme dans l'immensité des perfections divines Il ne s'agit de rien qui soit corporel.

"Je restai dans cette mer pendant un temps que je, n'ai pu apprécier. Mais cette submersion fut plus faible que les deux premières; aussi j'éprouvai moins de fatigue.. Ensuite Dieu me donna sa bénédiction; les anges me rapportèrent dans ma cellule. Quand je fus revenue à moi, j'éprouvai une grande faiblesse. J'étais saisie d'admiration, et, tout en me conformant à la volonté de Dieu, je levais les yeux vers les anges, avec grande douleur de me voir dans cet exil.


Même sujet

"Lorsque, dans une extase profonde, Dieu unit l'âme subitement à son essence, et qu'il la remplit de sa lumière, il lui montre en un moment les mystères les plus élevés et l'ensemble de ses secrets. On voit une certaine immensité et une majesté infinie. On connaît comment toutes les créatures dépendent de la Providence de Dieu et sont conservées par lui ; de quelle manière il est la béatitude des anges et des élus; comment Il est le seul principe et la seule fin de toutes choses, n'ayant pas en dehors de lui-même de principe ni de fin; qu'il est la cause première et qu'il possède le souverain domaine de toutes choess. L'âme est alors comme plongée dans un acte océan, qui est Dieu, et encore Dieu. Elle ne peut prendre pied, ni en trouver le fond. Les attributs divins apparaissent comme dans un résumé, de sorte qu'aucun : en particulier ne peut être discerné. Parfois, au début ou à la fin de ce ravissement, Dieu montre quelques figures imaginatives. Mais tant qu'on est plongé dans cette union, il n'y a ni paroles, ni figures qui puissent être saisies par les sens internes de l'imagination, et encore moins par les sens corporels. Tout est intellectuel et se passe dans la partie supérieure de l'âme.


La tour divine.

— "Un jour que j'étais accablée par la maladie et les afflictions, je vis la Majesté divine qui me dit suavement : "Tu es fatiguée, veux-tu venir avec moi?" — "Assurément, m'écriais-je, si je suis digne d'accompagner Votre Majesté." Le Seigneur accepta mon consentement et m'éleva avec lui, dans une union trés étroite. Ensuite il me montra une tour immenes, solide et belle à ravir."

"La divine Majesté me fit entrer par une fenêtre, l'une manière inexplicable, et me fit monter dans la tour, si haut, si haut que je n'avais jamais été à pareille hauteur. Là il me donna une connaissance nouvelle de ses perfections, de son éternité, de son infinité, de sa sagesse et des autres attributs. Ce n'était point à l'aide de figures imaginatives, mais seulement une connaissance intellectuelle. Je ne croyais pas qu'on pût en avoir une plus exacte ni plus complète. Stupéfaite, je m'écriai : Oh ! qui est semblable à ce grand Dieu! Où y une pareille immensité, sans mesure! Quelle infinitude, quelle sagesse !"

"J'étais ainsi absorbée par l'admiration de ces perfections, quand la divine Majesté m'éleva à une autre altitude, de beaucoup supérieure à la première. Il m'y donna une intelligence des mêmes attributs, mais si supérieure à autre, et si au-dessus de ma capacité, que je me sentais comme perdue. La grandeur des choses quejesaisissais m'arrachait avec violence la partie supérieure de l'âme. Je ne savais plus dire qu'une chose: Dieu est plus que tout cela; beaucoup, beaucoup plus! Oui, j'étais tout à fait perdue.

"Revenue dans ma cellule, je me sentis toute changée... Il me semblait que mon âme n'était plus en entier dans mon corps; que sa partie supérieure était restée dans ces hauteurs, enivrée, plongée dans la vision des perfections suprêmes de Dieu, et que j'avais là seulement la partie inférieure, celle qui donne la vie aux sens et aux facultés corporelles."


Les trois montagnes et les trois éclairs.

— "Le Seigneur me dit un jour: Tu es bien affligée, viens avec moi, je te conduirai à ma sainte montagne et je te récréerai dans la maison de mon oraison." Soudain je fus conduire en esprit sur une haute montagne, d'où l'on découvrait le monde entier. Une lumière céleste brilla un instant, comme un éclair, et grâce à elle, je vis l'immensité de l'essence divine, avec une majesté qui -nie jeta dans l'admiration. Le Seigneur me dit: "Courage, car il te faut monter plus haut. Ce que tu as vu est peu de chose en comparaison de ce qui te reste à voir." Et je fus conduite sur une autre montagne plus haute. A mon arrivée, une lumière bien plus forte que la première brilla encore comme un éclair, et me révéla plus nettement la même essence divine. Je vis plus de choses qu'auparavant. Le Seigneur reprit: "Courage, car il te faut monter plus haut''

À l'instant je fus conduite sur une troisième montagne, plus élevée, qui semblait toucher aux derniers som­mets du ciel. Une lumière, en éclair, brilla plus fort que les autres et me montra l'essence de Dieu, ses perfections et ses jugements secrets. J'étais atterrée à la vue de cette mmensité !  De plus Dieu, en s'unissant à moi, nie manifesta le mystère de la Sainte Trinité: Je me disais intérieurement: "Seigneur, que vos jugements sont incompréhensibles Qui arrivera à les connaître Et le Seigneur répondit: "Ce seront les petits et les humbles de «coeur, cemr qui ont tout quitté pour moi et qui ne cherchent qu'à ne plaire."

La vénérable a eu beaucoup d'autres visions analogues.


La Bienheureuse Jeanne-Marie, Franciscaine- Extases.

—L'âme aimante marche d'abord d'un visage et serein, heureuse de posséder Dieu, pleine d'une aimable modestie et d'une tendre piété, édifiant tous les coeurs, et tellement transportée par l'amour, que souvent elle baise les pierres inanimées en pensant à son Créateur

_ Les songes pieux de la nuit s'entrelacent en quelque sorte avec les saintes pensées du jour, dont ils sont comme le reflet, et ils laissent après eux une douce impression et de salutaires enseignements. Elle devient peu à peu malade d'amour, le moindre retard de son bien-aimé lui est insupportable, elle sent comme le poids d'une montagne sur son coeur, elle soupire après l'arrivée de son divin époux; et dans la soif qui la dévore, elle désire l'impossible. Elle voudrait à l'instant même contempler son Dieu face à face

_ Son corps lui est à charge, à cause de l'obstacle met à ses désirs ; les tourments de l'amour épuisent en elle la sève de la vie, et elle languit incessamment après son Dieu. Elle veut l'aimer plus que toutes lés créatures: mais cela ne lui suffit pas: se donner toute à Dieu est beaucoup trop peu pour elle. Aurait-elle tout ce que Dieu possède, elle le lui sacrifierait tout entier sans se rien réserver. Son coeur est comme pris d'assaut, la pensée est liée en elle, et sa sensibilité est comme morte pour tout ce qui n'est pas Dieu. Dévorée de soif, elle boit avec délices l'eau de la grâce divine et le vin du saint amour, et plus elle boit, plus elle a soif. Le désir qu'elle a de Dieu est intarissible et elle ne peut se lasser de parler de lui et des choses divines. Son mets favori, c'est l'amour, et encore l'amour et ce mot est toujours sur ses lèvres. Elle sort de la prière le visage serein et le regard rayonnant.

Elle est déjà mûre pour la contemplation des secrets divins, et es saintes voluptés de la présence de Dieu inondent son âme de délices. Pour lui, il se retire d'elle parfois, et elle souffre alors des déchirements incroyables, elle est comme un dur purgatoire, qui la purifie et l'embellit pour les célestes fiançailles. Dans cet abandon, la passion de Jésus-Christ est son unique consolation, et elle ne peut se lasser de la contempler, et de regarder la plénitude infinie les vertus héroïques qui sont suspendues comme des fruits succulents à l'arbre de la sainte humanité de Jésus. En voyant au contraire sa stérilité, elle rougit de se voir si pauvre de mérites, elle admire l'amour infini du Christ pour nous pécheurs; des torrents de larmes coulent de ses veux, elle regrette amèrement le temps qu'elle a perdu, et anéantit dans le sentiment de son immense misère. Abînée dans la contemplation du Sauveur souf frant, par ses Supplications et ses larmes, la grâce et la bénédiction qui y sont attachées. Fécondée par la charité, elle pousse les fleurs des plus belles vertus, dont les fruits mûrissent dans le sang de Jésus-Christ. Son amour croissant toujours, elle s'élance plus haut vers Dieu, avec une vue plus claire des mystères du monde spirituel: elle voit Dieu laus une ineffable clarté; sans le voir, elle entend sa voix clans les vérités profondes et divines qui lui sont enseignées sans l'entendre, elle est dans un commerce intime avec lui ; elle tient à lui par les racines memes de son être, et cause avec lui dans une douce familiarité, dans lui paller.

C'est Dieu qui opère clans le centre le plus intime de sa vie l'acte de voir, d'entendre et de comprendre. Le temps disparaît, il n'y a plus de succession, mais tout se fait en un instant avec la rapidité de l'éclair. L'âme en est tellement convaincue, qu'elle est prête à mourir pour ses impressions, comme elle le ferait pour un article de foi. Dans ce commerce familier avec Dieu, elle est toujours absorbée davantage par le soleil éternel de la grâce : elle devint toute lumineuse, et un seul esprit avec lui ; rabattant les ailes de la contemplation, elle se repose doucement en Dieu, sachant à peine si elle vit au dedans eu hors de son corps. Les objets de ses contemplations se pressent innombrables devant son regard spirituel; ce qu'il y a de plus près s'enfuit pour ainsi dire à une distance infinie ; toute contradiction disparaît, et les objets font en quelque sorte irruption dans l'âme, avec une telle abondance et une telle force qu'elle craint de ne pouvoir, les contenir toutes les particularités, sans cesser, pour cela de garder les caractères qui les distinguent, paraissent comme confondus clans la splendeur et la lumière qui les enveloppe et qui est comme le véhicule de tous les phénomènes.

Lorsqu'elle revient du tumulte de ces images à la éalité, les joies de ce monde lui apparaissent comme ces fleurs que forment le givre et la neige; elle est transie de froid, mais elle garde l'écho délicieux des célestes chants qu'elle a entendus. Le feu dont son visage est embrasé trahit les ardeurs dont elle est consumée, et toutes les ,puissances de son corps reposfflt dans un calme profond. igai' ie repos ne dure pas longtemps; tout à coup, au moment elle s'y attend le moins, elle se sent de nouveau enlevée et caflammée par la force du céleste amour; elle est comme transpercée par une douleur douce et amère à la fois une lutte amoureuse commence entre elle et Dieu, elle renvoie à son divin époux les traits brûlants dont sa main habile l'a percée; il se sent atteint à son tour, et s'unit avec la fiancée de son choix ; elle dort comme un petit enfant dans la main de Dieu, bercée par le doux murmure sa voix.

Dieu caresse toutes ses puissances, elle ne sait où elle ait, il lui semble qu'elle est enveloppée d'épaisses ténèbres; elle ne voit ni n'entend ni ne parle; elle est comme perdue, et ne sait plus ce qui se passe en elle. Tout ce qu'il y a d'extérieur en elle est mort, il n'y a plus de vivant que les sentiments les plus intimes ; elle se fond et se dissout en un seul vouloir avec Dieu, et de là résulte l'alliance la Plus pure et la plus intime avec son bien-aimé. Tout est commun entre ceux qui s'aiment : aussi Dieu la porte en on coeur, et en cesse de se communiquer à elle; il ne peut en lui refuser, il n'est rien non plus qu'elle n'os lui demander, niais elle ne lui demande que lui-même. Dans lette union amoureuse, Dieu la purifie par le feu des célestes délices, qui la nettoie des moindres souillures et des petites imperfections. Il se verse avec son divin esprit dans son être attendri et dissous par l'amour, il l'échauffe et la pénètre entièrement ; il devient l'âme de son âme, il la forme de sa main puissante à son image, et efface en elle les taches du péché. Pour qu'elle ne s'épuise pas dans cette vie sublime d'amour, il la nourrit de sa chair et de son sang dans le sacrement de l'Eucharistie, il lui communique sa propre infinité; elle mange avec avidité cet aliment céleste, qui ajoute de nouvelles flammes au feu dont elle est déjà consumée, jusqu'à ce qu'il se forme en elle comme un immense incendie. Toutes les puissances de l'âme et du corps sont pénétrées de la vie divine et sainte de Jésus-Christ. Le pain des anges s'anime en elle, le Christ se forme en elle avec son amour infini, avec les douleurs de sa passion, avec les plaies de son corps sur la croix ; elle est crucifiée par l'amour en Jésus-Christ crucifié.

Elle a une répugnance invincible pour toutes les joies de ce monde, et pour la société des hommes terrestres; elle fuit même les compagnies les plus innocentes, tant elle a peur de se souiller, et d'interrompre ce commerce familier avec Dieu, qui seul peut la satisfaire et la rendre heureuse. Elle se sent intérieurement blessée jusqu'au fond du coeur, jusqu'à la moelle des os ; et de sa plaie saignante. montent des soupirs incessants, qui comme des messager; d'amour vont dire à son bien-aimé qu'elle languit après lui. Elle sait que Dieu connaît ces mesasgers, qu'il entend ses sanglots, et qu'il ne peut se défendre de venir visiter sa fiancée. Quelquefois, dans les visites qu'il lui fait, il se glisse comme une flamme en son coeur oppressé' (l'autres fois il pénètre dans le fond le plus intime de la vie, comme la pointe d'un trait enflammé, consumant tout sur son passage, et liant toutes les puissances de l'âme, de sorte qu'elle oublie tout, excepté Dieu. Son visage est pâle, la chaleur extérieure de la vie lui est ôtée, elle perd sa couleur et s'amaigrit dans les sentiments de la plus amère douleur, et dans l'excès de la joie la plus vive ; cette lutte entre le plaisir et la souffrance l'épuise. Elle comprend Dieu autant qu'elle le peut sur cette terre ; mais elle ne peut exprimer ce qu'elle voit, car toute parole lui paraît insuffisante quand il s'agit de parler de lui. A table, elle murmure quelques paroles d'amour, et oublie de manger; si elle est avec d'autres, elle soupire après lui; dans son sommil elle rêve de lui, toujours rassasiée d'amour et toujours embrasée d'un nouveau désir de se précipiter dans les flots du divin amour, et de s'y abîmer entièrement. Si, pendant qu'elle est dans cet état, quelque parole de la sainte Ecriture frappe son oreille, ou si elle entend parler de Dieu, elle se sent comme frappée d'un éclair, jusque dans ses fibres les plus délicates ; elle éprouve à la fois une ineffable volupté et une douleur poignante. Son âme est liée soudainement, elle perd le mouvement et la liberté; elle est absorbée en Dieu ; elle jouit comme d'une vue anticipée de son essence ; et à mesure que cette vùe augmente elle sent plus douloureusment l'impuissance où sont les sens de s'élever jusqu'à cette union intime avec Dieu. Cette douleur, lorsqu'elle dure longtemps, est si violente, qu'elle suffirait pour iriser un corps de fer et un cour de diamant

Le soufle se ralentit, la poitrine est oppressée, le sang reflue vers le centre de la vie, il s'y précipite avec une telle violence, que la mort, semble proche. Dieu seul la Cons serve dans cette irruption de la grâce divine; il la console par le tendre intérêt qu'il lui témoigne, et relève le prix de sa visite par une bonté infinie. Si elle mourait clans cet accès d'amour, elle serait entièrement purifiée de toutes les souillures de la terre, et, sans passer par le purgatoire, elle jouirait aussitôt dans le ciel de délices si suaves, que les anges eux-mêmes ne sauraient en exprimer la douceu. Les larmes et les soupirs sont sa nourriture de chaque jour, souffrir est sa consolation, elle s'immole elle-même sur l'autel de la croix, elle souffre des douleurs indicibles pour expier l'ingratitude des pécheurs endurcis. Pour peu qu'elle s'éloigne de Dieu, entraînée par le poids du corps, il la réveille avec la rapidité du rayon de lumière qui pénètre dans une chambre obscure, et il l'excite à marcher de nouveau dans son esprit. L'âme aimante comprend aussitôt que c'est son Dieu ; elle lui crie dans une sainte allégresse : "Je viens, ô mon amour ! je viens, ô mon divin Epoux !" Souvent, à l'approche du Sauveur, son corps est pesant, immobile comme une pierre ; d'autres fois il semble qu'il a des ailes, et il plane au-dessus de la terre. Mais bientôt l'Époux se cache de nouveau, et regarde à travers les fentes de la muraille l'âme éperdue, trahissant légèrement sa présence. Quoique son souverain bien soit peu loin d'elle loin d'elle et qu'elle ait peu sujet de se plaindre elle etremble néanmoins ; elle est blessée et ne voit point assez clairement l'archer qui la blesse. Mais elle reçoit avec joie les blessures que lui fait l'amour; ces douleurs lui sont précieuses, elle ne voudrait pas être guérie; elle appelle son bien-aimé, tantôt dans le silence du coeur, tantôt avec de douces paroles qu'elle murmure tout bas. Oh! que cette peine est douce et amère à la fois! Il faut bien qu'elle la boive jusqu'à la dernière goutte. Le trait a pénétré jusqu'au fond le plus.intime du coeur. Lui dire qu'il ne fait pas mal, ce serait comme si l'on disait à une ânie dont le coeur est percé d'un trait : "Ma soeur, ne sentez pas la blessure." Mais sa blessure est plus précieuse pour clic que les biens des rois les plus riches; car elle lui vient de on jésus, c'est la blessure du saint amour, qui apaise toutes les douleurs terrestres.

Sous le souffle de son Dieu, et dans la fournaise d'amour dont elle est embrasée et blessée, elle s'épure et se spiritualise, elle devient en quelque sorte impassible et immortelle dès ici-bas. A ce degré sublime de l'extase, totste maladie Corporelle disparaît, Dieu détruit toutes les lotileurs terrestres, l'âme n'a plus de sentiment pour ce monde. Tant que dure cette volupté intérieure, l'humiliation, l'adversité, la haine ne la touchent plus; toutes ces choises sont pour elle comme autant de louanges à la gloire Dieu,, et elle se dit : "Plus j'en aurai, mieux ce sera pour moi." Elle se met entre les mains de Dieu comme une cire molle, pour recevoir l'empreinte qu'il veut lui donner. Cet abandon parfait de sa valonté à Dieu chasse en elle toute crainte mondaine, toute pusillanimité. Dans l'excès de la joie dont elle est inondée, elle éclate en transports, elle court, elle embrasse les arbres, elle chante, elle crie en pensant à la beauté de son Dieu. Elle se jette avec impérioosité sur le corps qui la renferme, remplie de Dieu, fumante comme un vin généreux, elle s'écoule jusque par­dessus les bords du vaisseau terrestre qui la contient. Souvent dans cette jubilation, le corps devient tout froid, les membres sont rebelles, la langue incapable de prononcer un mot, les pieds ne peuvent marcher, et l'homme tout en tier devient immobile: mais bientôt le Saint-Esprit verse de nouveau ses délices dans le coeur. Ce n'est plus un vin fumant, mais un vin limpide et paisible qui a jeté tout son feu et qui fortifie le corps et l'âme à la fois.

Elle entre dans un calme profond, où elle jouit avec délices des mystères les plus intimes de la divinité, sans donner au dehors aucun signe de ce qui se passe en elle, et ayant des eaux toujours prêtes pour éteindre les flammes dont elle est consumée. Dieu se repose en elle des merveilles du divin amour ; les trois, personnes divines descendent en elle, et dans la paix dont elle jouit, elle n'aperçoit plus que dans un vague lointain les péchés du monde. Ils peuvent bien lui arracher des larmes de douleur, mais sans pouvoir troubler le saint repos dont elle jouit. Toutes les peines de ce monde, toutes les souffrances du purgatoire, tous les tourments de l'enfer peuvent l'assaillir, les flots des afflictions terrestres peuvent mugir à ses pieds, mais ils n'éteindront jamais en elle le feu de la charité.


Sainte Françoise Romaine.

— Cette sainte extraordinaire eut, durant sa vie, de grandes et nombreuses Visions : nous n'en rapporterons ici que quelques-unes. Une fois Sainte Françoise passe la nuit en oraison dans sa chambre. Le démon cherche vainement à l'en détourner; elle ne lui oppose que le mépris. Une blanche colombe pénètre dans l'appartement. La sainte craint d'abord que ce ne soit une illusion infernale ; mais rassurée par le sourire de l'archange qui veillait sur elle, et par la clarté qui remplit la chambre, elle contemple la colombe et entre dans un très grand ravissement. Elle suit le céleste oiseau de lumière en lumière, et arrive avec lui au pied d'un trône resplendissant, placé immédiatement au-dessous de celui de la Divinité, et sur lequel est assise Marie, la douce Reine des Anges. Son front est ceint d'une triple couronne et devant elle est tin immense miroir, dont la matière est plus précieuse et plus transparente qu'on ne le peut imaginer, et qui porte l'inscription : Unes Deus, una. Fides, ununt iiraptisma. Marie contemple le miroir avec une intensité telle qu'elle semble vouloir y pénétrer; il réfléchit son image sans aucune tache, parce qu'il n'en trouve point en elle; la contemplation de la Vierge est une action de grâces qu'elle rend à son Fils des faveurs surnaturelles dont il l'a comblée en la créant assez pure pour pouvoir correspondre pleinement à.l'amour divin. Cette même vision se renouvelle trois fois ben l'espace de douze jours. Au moment où elle finit, les bienheureux entonnent un cantique à la gloire de Dieu. et une voix sortant du miroir dit à Française: "Remets-t'en à Dieu pour toutes choses; ne veux que ce que Dieu veut; aie toujours présent à la pensée ton propre néant."


Antres Visions.

— Un jour la sainte est transportée en esprit au milieu d'une vaste campagne. Elle y rencontre Saint Joseph et sa divine Épouse. Marie dit à notre sainte: "Je suis la Vierge, accompagne-moi." elle obéit, entre avec Marie et Joseph dans le temple de Jérusale. Joseph la place dans un lieu élevé, d'où elle voit ce qui se pisse dans l'enceinte sacrée. Elle aperçoit Jésus, âgé de douze ans, assis et ayant, devant lui un grand livre ouvert, sans cependant y lire. Une foule de docteurs l'entoure, et disputent avec lui sur l'avènement du Messie. La Vierge s'agenouille; son Fils a l'air de ne point la voir ; les yeux levés vers le Ciel, il accuse les docteurs de ne pas observer les préceptes de la loi; il les confond par les Ecritures, et leur prouve que le Messie qu'ils attendent est déjà vomi; mais il ne se fait, pas connaître à eux. Quelques-uns des docteurs témoignent l'admiration que leur inspirent les discours et la sagesse, de l'Enfant étranger; les autres se retirent pleins de honte et de c.onfusion. Françoise assiste encore à l'entretien de Marie avec son' divin Fils, tel que le rapporte l'Évangéliste.

Dans le courant de la Même semaine, notre sainte se trouve ravie dans une vaste enceinte, qu'un feu immense et très-clair remplit d'une lumière surnaturelle et au-dessous de laquelle s'étendent d'épaisses ténèbres. Au milieu; des flammes est un tabernacle servant de support au trône de Jésus. Françoise ne peut soutenir l'éclat du visage de Notre-Seigneur; elle voit sortir de chacune de ses plaies des rayons de gloire qui es répandent sur les âmes bienheureuses, les couronnent de brillantes auréoles et les pé­nètrent de lumière. Elle aperçoit aussi les âmes de plusieurs personnes encore vivantes sur la terre et qui participent à cette divine clarté. Elle apprend que ces âmes persévèrent fidèlement dans l'amour divin sans en être détournéàes par les tentations et les tribulations inséparables de l'existence présente.

Françoise reconnaît Sainte Marie-Madeleine parmi les Bienheureux qui font le cortège du.Verbe. Sainte Agnès et Sainte Catherine sont auprès d'elle et une foule de saintes, diversement couronnées d'après leurs combats et leurs mérites, les accompagnent. Madeleine et ses compagnes se jouent dans la fournaise de l'amour divin et engagent notre sainte à les y suivre. Il est révélé à Françoise que quiconque y veut participer doit se dépouiller de toute affection intérieure el. extérieure pour suivre Jésus seul, et arriver ainsi à la vraie pauvreté d'esprit et au parfait détachement d'es créatures.

Madeleine et ses compagnes commencent alors à chanter alternativement les paroles suivantes:

"Il es t trois choses que le pauvre d'esprit rend au Seigteur sans aucune réserve: Sa mémoire, pour oublier tout ce qui n'est pas Dieu; Son intelligence, pour ne s'occuper que de lui; Sa volonté pour ne vouloir que ce qu'il veut."

"Le pauvre d'esprit hait les éloges, il sait que toute gloire appartient à Dieu seul. — Il se réjouit dans la souffrance et le malheur. — Il repousse toute joie mondaine. — Il imite la justice de Dieu, et se venge sur lui-même avec une sainte haine des fautes commises. — Ii aime ceux qui le persécutent et le font souffrir. — Il remercie Dieu dans la douleur. — Il est avide de mépris et demeure humblement anéanti à ses propres yeux. — Il ne met pas son bonheur à posséder le plus, mais à être satisfait du moins. — Seigneur, Seigneur, le superflu n'est nécessaire qu'à celui auquel vous ne suffisez point. — Vierge très-sainte, dont la tête est ornée de trois couronnes, vous seule avez été parfaitement pauvre d'esprit. — Votre volonté a toujours été unie à la volonté divine. — C'est pourquoi vous êtes Reine du Ciel et placée au-dessus de tous les Choeur (les Anges. — Tous doivent chanter vos louanges ; car, par votre humilité et votre piété, vous nous avez délivrés de la ruine et de la mort."

Cette vision se répète ; Françoise est conduite par Saint Jérôme au pied du trône de Jésus, où elle reste en contemplation pendant une heure. Le Seigneur ordonne alors à Saint Jérôme de licencier la sainte ; il s'approche d'elle et lui dit: "Tu crois voir beaucoup et cependant tu ne vois rien encore: l'abîme des grandeurs du Tout-Puissant est insondable; nous-mêmes qui sommes toujours ici , ne pouvons mesurer ce qui est infini. Aie le coeur pur, les mains innocentes et une charité toujours ardente, alors tu arriveras en ces lieux pour y rester."

Une autre fois Françoise, ravie après la sainte communion, est menée dans une campagne vaste et fleurie, au milieu de laquelle se trouve Notre-Seigneur sous la figure d'un agneau blanc. A ses côtés est un beau jeune homme revêtu d'une dalmatique semblable à celle qu'e portent les diacres, et ayant sur la tête une guirlande très odorante. Une foule de personnes des deux sexes, toutes belles, toutes couronnées de fleurs, entourent l'Agneau et sont accompagnés chacune d'en Ange semblable à celui qui est toujours aux côtés de notre Sainte. Le jeune homme donne le signal d'une sorte de marche grave et modeste, à laquelle se mêle toute l'assemblée ; elle passe et repasse devant le Seigneur, et chaque fois elle s'incline profondément et lui rend grâces pour le bienfait de la Rédemption.

Cependant notre Sainte voit s'écouler du monticule sur lequel est l'Agneau, cinq ruisseaux limpides et de couleurs diverses. Les assistants vont s'y désaltérer et invitent Françoise à en faire autant ; elle obéit et se sent pénétrée d'une joie et d'un contentement ineffable. Alors le Jeune homme en dalmatique s'approche d'elle et lui dit: "Ces cinq ruisseaux figurent les cinq plaies du Rédempteur de l'humanité et leurs couleurs diverses ont une mystérieuse signification.

"Le premier est rouge, pour nous rappeler l'ardente charité de Jésus, qui a répandu son sang pour sauver ce qui était perdu.

"La blancheur, du second est l'image de ia pureté et de l'innocence qui ont été donnés aux hommes par la vertu de la Passion de Notre-Seigneur.

"Le troisième est vert, parce que nous devons aux mérites du Sang du Verbe incarné l'espérance de la vie éternelle.

"Le quatrième, qui est bleu, est le symbole de l'obéissance parfaite du Fils de Dieu, qui s'est soumis à la mort pour accomplir la volonté de son Père. Cette vertu est la véritable bannière des fidèles de Jésus-Christ; par elles ils s'emparent de tous les fruits dé la Passion.

"Le dernier ruisseau est de la couleur du diamant, afin de nous rappeler que la foi virile et pure élève l'âme, la fait reposer en Dieu seul et ne lui permet jamais de se séparer du bien suprême."

Une fois, peu de jours après la Fête de la Résurrection, Françoise est admise à contempler la Patrie céleste des. Bienheureux. Les neuf Choeurs des Esprits célestes se présentent aces regards: ils sont subdivisés chacun en neuf stations supérieures les unes aux autres; tous les élus preinement rassasiés par la vision béatifique; mais les uns en reçoivent une intelligence plus complète que les autres, et pénètrent plus profondément dans les mystérieux abîmes de la grandeur de Dieu, suivant leur degré de capacité et de subtilité. La sainte voit aussi certaines âmes qui viennent de quitter la terre ou le purgatoire et que leurs Anges gardiens conduisent en présence de Dieu avec une joie ineffable. Elles sont menées ensuite au Choeur dont elles feront partie pour l'éternité, et où elles ont mérité de trouver place par leur fidélité à correspondre, à la grâce prévenante. Tous les Esprits célestes se réjouissent lorsqu'une âme vient augmenter leur nombre, et principalement ceux du Choeur et de la station auxquels appartiendra la nouvelle venue. Les âmes destinées au Choeur des Séraphins jouissent de prérogatives distinctes. Enlevées et attirées par la vertu divine, elles traversent rapidement les huit Choeurs inférieurs et ne s'arrètent qu'au trône qui leur est destiné.

Tous les élus sont au comble du bonheur, aussi heureux qu'il leur est possible de l'être; bien que les uns le soient plus que les autres, tous le sont néanmoins, parce les mystères augustes qui sont proposés ici-bas à !a foi du que la capacité de chacun est satisfaite. Ils comprennent Chrétien, et ils acquièrent la parfaite intelligence de ce qui fait l'objet de la science humaine... Les Elus connaissent les peines des damnés, et ne cessent de remercier Dieu de les en avoir préservés; l'existence de l'enfer, éternelle manifestation de l'éternelle justice ne trouble point leur joie et ne leur cause aucun regret...."

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