CHAPITRE CINQUIEME
Les âmes de bonne volonté |

SOMMAIRE.
Le salut facile, pour toutes les âmes de bonne volonté.
Beauté de la vertu.
Mérite des bonnes actions.
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Pour toutes les âmes de bonne volonté le salut est facile.
La douce et mystérieuse nuit de Noël, quand Jésus vint au monde, dans Bethléem de Juda, il y avait là, dit le saint Evangile, aux environs, des bergers qui passaient la nuit dans les champs, veillant tout à tour à la garde de leur troupeau. Et.voici que soudain un Ange du Seigneur, se présenta à eux, et une lumière divine les environna; ce qui les remplit d'une grande frayeur. Alors l'Ange leur lit: Ne craignez point, car je vous apporte une nouvelle sera pour tout le peuple le sujet d'une grande joie: c'est qu'aujourd'hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur, qui, est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe auquel vous le reconnaîtrez. Vous trouverrez un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche. Au même instant il se joignit à l'ane une grande troupe de l'armée céleste, louant Dieu et disant :" Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté !" Il y a dans le Ciel une foule de saints et de saintes, qui n'ont point eu la gloire du martyre et qui n'ont point fait de pénitences extraordinaires, ni, mené en apparence, une vie toute de sacrifices, connue ceux dont nous avons parlé dans les chapitres précédents. Qu'ont donc été sur la terre toute ces âmes aujourd'hui glorifiées dans le Ciel?
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Des âmes de bonne volonté!
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Pour aller au Ciel, il faut le vouloir : ceux qui ne vont point au Ciel, c'est qu'ils ne le veulent pas, et c'est ce qui les rend à jamais inexcusables. L'Esprit-Saint, dès les premières pages du saint Evangile, nous montre cette double volonté : l'une dt'oite, qui cherche le bien ; et l'autre perverse, qui s'obstine dans le mal.
"Anne et Caïphe étant grands prêtres, le Seigneur fit entendre sa parole à Jean, fils de Zacharie, dans le désert. Et il vint dans tout le pays qui est aux environs du Jourdain, prêchant le baptême de pénitence pour la rémission des péchés. Alors Jérusalem, toute la Judée et tout le pays des environs du Jourdain venaient à lui; et en confessant leurs péchés, ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain.
"Mais voyant plusieurs des Pharisiens et des Sadducéens qui venaient à son baptême, il leur dit: Race de vipères, qui vous a appris à fuir la colère qui doit tomber sur vous?
Ce sont ces mêmes Juifs qui diront plus tard à Notre- Seigneur qui leur reprochait de faire les oeuvres de leur père : Nous ne sommes pas nés de la fornication : n'avons qu'un père, c'est Dieu: A cela, Jésus leur réponlit : "Si Dieu était votre père, vous m'aimeriez sans doute, parce que je suis sorti de Dieu, et que je suis venu ; car je ne suis pas venu de moi-même, mais c'est lui qui m'a envoyé. Pourquoi ne connaissez-vous. point mon langage?' parce que vous ne pouvez entendre ma parole. Vous êtes les fils du diable; et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été homicide dès le commencement, et il 'est point demeuré dans là vérité, parce que la vérité n'est point en lui. Lorsqu'il dit des mensonges, il dit ce qu'il trouve en lui-même car il est menteur et père du mensonge. Mais pour moi, si je dis la vérité, vous ne me croyez pas.
Jean, après les avoir donc appelés si justement : Races de vipères, continue à leur parler : "Faites donc de digues fruits de pénitence... car lit cognée est déjà mise à la racine des arbres. Tout arbre qui ne produit point de bon fruit sera coupé et jeté au feu."
C'est qu .le pécheur impénitent, par manque de bonne volonté, après une vie malheureuse, sera jeté au feu, au feu inextinguible, qui le brûlera durant toute éternité ainsi!
Mais la foule, qui recevait le baptême de Jean, l'interrogea en disant: "Que devrons-nous donc faire ? Il leur répondit: Que celui qui a deux vêtements en donne un à celui quà lui pour être baptisés et qui lui dirent : Maitre, que faut- il que nous fassions? Il leur répondit : N'exigez rien au delà de ce qui vous a été ordonné. Les soldats aussi lui demandaient: Et nous, que devons-nous faire? Il leur répondit : N'usez point de violence, ni de fraude envers personne, et contentez-vous de votre paye."
Ainsi, tout le peuple et les publicains, reconnurent la justice de Dieu, dit l'Évangile, s'étant fait baptiser du baptême de Jean. Mais les pharisiens et les docteurs de la loi méprisèrent les desseins de Dieu sur eux, ne s'étant point fait baptiser par Jean.
Que devons-nous donc faire pour aller au Ciel ? Simplement ce que le saint Précurseur vient de nous enseigner. Que chacun accomplisse les devoirs de son état; mais avec une volonté bonne de les accomplir fidèlement; d'éviter la conduite des pharisiens hypocrites qui méprisèrent le dessein de Dieu sur eux et d'imiter la conduite de la foule et des publicains qui reconnurent la justice de Dieu sur eux. Tout le secret de gagner le Ciel se trouve en résumé dans cette courte parole de l'Esprit-Saint : E!oignez-vous du mal (diverte a malo) ; et pratiquez le bien (et fac bonum).
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Eloignez-vous du mal.
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Le seul mal véritable, celui qui s'oppose directement à notre salut, c'est le péché; le péché grave, celui qui nous rend ennemis de Dieu, esclaves de satan et ses sujets à l'enfer. Or, un homme de boille volonté, c'est-à-dire un chrétien vraiment désireux de son réfléchit que Dieu lui a donné une intelligence Pour comprendre et un coeur pour aimer, comprend, car éclairci d 'enhaut, tout ce qu'il y ya de malice et de laideur dans une transgression grave de la Loi du Seigneur. Le péché mortel déshonore Dieu en lui faisant une grande et souverain
L' injure ; car, la grandeur d'une injure se mesure sur la grandeur, non pas de celui qui la fait,mais bien de celui qui la reçoit ; par conséquent l'injure que l'on fait, mais bien de celui qui la reçoit; par conséquent l'injure que l'on fait à DIeu est aussi grande que la dignité et l'excellence de DIeu même: et comme la dignité et l'excellence de Dieu est infinie, il s'ensuit que l'injure qu'on lui fait , en commettant un péché mortel est en quelque sorte infinie.
L'Apôtre Paul, reprochant à quelques Juifs de son temps, leur mauvaise conduite, leur mauvaise conduite, leur disait : "Vous vous glorifiez dans la Loi et vous déshonorez Dieu par la transgression que vous faites de cette même Loi ; et par là, vous êtes la cause que le nom de Dieu est blasphémé parmi les nations. Son coeur généreux lui fait sentir aussi le besoin connaissance et toute l'horreur que doit inspirer la noirceur du vice d'ingratitude.
Saint Léonard de Port-Maurice dans son sermon sur la malice du péché mortel, essaie de peindre toute la noirceur de ce vicequi révoltait même les païens: voici comment s'exprime le zélé missionnaire: "Si vous faites une injure à un étranger, qui ne vous a fait ni bien ni mal, c'est déjà une faute considérable contre la loi naturelle, laquelle défend d'offenser un innocent; que si vous attaquez un ami tandis qu'il vous coinble de bienfaits, c'est une cruauté détestable ; mais si vous vous servez de ses propres bienfaits pour l'outrager c'est une ingratitude si diabolique que l'on peut à peine la concevoir.
Eh bien! pécheurs insensibles, vous qui marchez toujours les yeux courbés vers la matière, à la façon des brutes, sans jamais élever un regard d'amour vers votre Bienfaiteur, redressez-vous, et tout incrédules que vous êtes, considérez-vous de la tête aux pieds: qui vous a fait la vie dont vous jouissez?
L'âme, le corps, l'entendement, la mémoire, la volonté, le rang que vous occupez, la santé. les richesses, les vêtements qui vous couvrent, la nourriture qui vous soutient, la terre qui vous porte et jusqu'il l'air que vous respirez, tous ces biens, qui vous les a donnés? Ne sont-ce pas là autant d'aumônes que vous avez reçues de la main bienfaisante de Dieu, alors qu'ils vous a tirés du néant où vous étiez ensevelis? Or, qu'avez-vous fait de tant de bienfaits signalés? Que diriez-vous d'un pauvre qui emploierait votre aumône à acheter du poison pour vous tuer? Que faut-il donc dire de vous qui abuser de tout contre Dieu?
A quoi employez-vous votre vie: Cette vie indigne, à quoi l'employez-vous, sinon à la débauche, au jeu, aux fréquentations dangereuses, au péché:
A quoi employez-vous votre entendement, si ce n'est à tramer des complots contre le prochain?
A quoi employez-vous votre mémoire, si ce n'est à repasser jour et nuit ces pensées lubriques qui souillent votre imagination.
A quoi employez-vous votre volonté, si ce n'est à exécution des plus mauvais desseins? Ne faites-vous pas servir votre langue au parjure, vos yeux à la luxure, vos mains à la rapine et aux actions déshonnêtes, en un mot tous les vantages dont Dieu vous a doués, à allumer le feu des passions? Y un lieu dans les environs: que vous ayez profané par vos blasphèmes, ou par d'autres crimes non moins exécrables, que je n'oserais nommer en public sans rougir?
Ah ! créatures perfides, comment ne vous sentez-vous pas mourir de honte en réfléchissant à une si noire ingratitude? Dieu vous a fait tant de bien, et vous pouvez lui en vouloir jusqu'à convertir ses bienfaits en autant de flèches pour lui percer le coeur, jusqu'à vous servir de ces mains, de cette langue, de ces yeux qu'il vous a donnés pour lui porter le coup de mort? Quelle horrible perversité! Comment ne vous sentez-vous pas mourir en pensant à une ingratitude si diabolique?"
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Et fac bonum: Pratiquez le bien.
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Lorsqu'on apporte un nouveau-né pour lui faire recevoir le sacrement de Baptême, le prêtre de Jésus-Christ lui demande, en la personne de son parrain et de sa marraine: Quid petis ab Eecicsia Dei? Que demandez-vous de l'Église de Dieu ? Il, répondent : La Foi. C'est la première chose nécessaire ; car, dit le grand Apôtre, sans la Foi il est impossible de plaire à Dieu. Le prêtre continue: Fides, quid tibi praestat? La Foi, qu'est-ce qu'elle vous procure? Vitam acternam! La vie éternelle!
Si vous voulez acquérir la vie éternelle, gardez les commandements: Aimez le Seigneur votre Dieu de tout votre coeur, de tout votre esprit, de toute votre âme et de toutes vos forces, et votre prochain, comme vous-même. Lorsque cet enfant arrivera à l'âge où il pourra faire usage de sa raison, il conprendra progressivement qu'il est soumis à un code de lois, dont l'observance a pour but de lui assurer le salut. Et ces lois ne prescrivent que l'amour : l'amour de Dieu et l'amour du prochain: c'est là, dit Notre-Seigneur toute la loi et les prophètes. Or, l'amour de Dieu consiste précisément à garder ses commandements, et ses commandement, dit l'apôtre Saint Jean, ne sont point pénibles. Une âme de bonne volonté le comprend aisément et elle met tout son bonheur à les observer fidèlement.
Cependant l'homme est faible et l'Esprit-Saint nous avertit que son coeur est enclin au mal dès sa plus tendre jeunesse. Dieu qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la vie éternelle ; Dieu qui nous a aimés d'un amour éternel, qui nous a tellement aimés qu'il nous adonné son Fils unique, et qu'ainsi il nous a tout donné. Dieu nous aide, dans notre faiblesse, par le secours de sa grâce que nous obtenons surtout par les sacrements et par la prière. Oh ! que Dieu nous aime! S'il arrive donc que par fragilité nous venions, en transgressant sa loi sainte, à perdre l'amitié de notre Dieu, quelle facilité, quelle extrême facilité, pour rentrer en grâce, de recourir et de recourir sans cesse au sacrement de Pénitence
Qu'il existe un pareil sacrement, après les grâces du tême, c'est bien là un nouveau miracle de l'amour de Dieu. Le Baptême en effaçant le péché originel, nous a fait enfants de Dieu et de l'Eglise et héritiers du royaume de cieux; si, pour notre malheur, nous perdons l'amitié de Dieu, en transgressant sa loi, le sacrement de Pénitence nous rend tous nos droits à l'héritage céleste.
Avons-nous bien la Foi? Et si nous l'avons, levons donc les yeux et contemplons la Croix de Jésus ! Que nous dit-elle, cette Croix? N'est-ce pas le Sang du divin Sauveur qui s'échappe de ses plaies et coule sur nos âmes. Oui, au moment où le prêtre donne l'absolution, c'est le sang de notre Dieu qui lave nos âmes. Pour notre salut, Jésus-Christ a donné sa vie. Quel amour! Dira-t-on que le salut est difficile? Eh quoi ! si une personne pour nous sauver la vie, exposait la sienne, bien plus, poussant son amour pour nous jusqu'à ses extrêmes limites, se laissait donner la mort pour nous sauver la vie, trouverions-nous difficile d'aimer cette personne, et, nous transportant au delà de la tombe, par les sentiments de notre coeur, de lui vouer une reconnaissance éternelle?
Notre divin Sauveur assure que personne ne peut pousser l'amour plus loin que de donner sa vie pour ses amis. Et vous, vous êtes mes amis, a-t-il ajouté. Oui, si vous-accomplissez les choses que mon amitié demande de vous.
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La Sainte Communion.
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Que dire de plus? Et s'il Y a quelque chose de plus à dire, est-il nécessaire qu'on le dise? Oui, dit l'âme aimante: l'amour, encore l'amour, toujours l'amour! Ce qu'un homme ne peut faire, Dieu a fait. Il était mort pour nous : voilà l'héroïsme au plus haut degré ; là s'arrête le dévouement humain. Notre adorable Rédempteur, le Christ Jésus, épuise toutes les ressources de sa puissance et de sa sagesse, il crée le sacrement de son Amour ; il se donne lui-même! C'est l'abrégé de toutes les merveilles. O chrétiens, mes Frères, nous avons la Foi, et avec elle, avons-nous bien une intelligence pour comprendre et un coeur pour sentir? Que dit notre intelligence, que dit notre coeur en présence de l'adorable Eucharistie? En vérité, n'avons-nous pas le droit d'affirmer maintenant que ceux qui oseraient encore dire que le salut est difficile, n'ont pas d'intelligence et n'ont pas de coeur?
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Marie!
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II semble que tout soitdit maintenant? Non. Jésus, notre véritable ami, sait bien que les hommes, généralement, ont bon coeur, mais que par nature, ils sont portés à l'inconstance, à au moins à la négligence. Et qu'a-t-il fait, cet ami divin? Il nous a donné une Mère. Le père de famille, lui, vaque à ses affaires. La mère, elle, garde les enfants, veille sur eux. Marie est là, veillant sur nous, sur toutes les âmes de bonne volonté ; avec un doux sourire, elle nous montre Jésus, son Fils béni! Lorsque nous sommes tentés de commettre le péché, elle nous montre Jésus sur la Croix ! Et lorsque nous nous plaignons d'être si faibles dans la tentation, elle nous montre le Tabernacle! |
La Prière.
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La prière du Chrétien! La prière, cette puissance irrésistible, quel moyen de salut ! Non jamais une âme qui sut s'en servir ne tomba dans la réprobation (1). |
La beauté de la vertu aide également à rendre le salut facile.
L'Humilité.
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L'homme qui est véritablement humble connaît, par la lumière dont il est éclairé, que de lui-même il n'est rien, et qu'il ne peut rien ; qu'il a reçu de la main libérale de son Dieu, sans aucun mérite de sa part, on corps, son âme, ses facultés et absolument tout ce qu'il possède dans l'ordre naturel et surnaturel ; qu'il ne possèdera tout cela qu'autant qu'il plaira à Dieu qui peut à chaque instant l'en dépouiller, le remettre dans sa première pauvreté et son premier néant ; il connaît encore que par la suite de ce néant, il a une grande inclination au péché, qu'effectivement il est pécheur, qu'il offense tous les jours la divine majesté; et que, pour ne pas pécher, il a absolument besoin du secours du bras ale Dieu et de l'assistance de sa grâce.
L'homme humble, par le sentiment qu'il a de ses fautes, endure, avec un grand sentiment de foi, toutes les afflictions extérieures et intérieures que Dieu lui envoie, de quelque côté qu'elles viennent, il les supporte avec une grande patience, une parfaite soumission et même avec action de grâces, bien persuadé qu'il en mérite bien davantage, que Dieu ne le punit pas selon ses of fenses, et qu'il lui fait grâce : car il sait que toutes les peines et toutes les ignominies de cette vie seraient trop légères, même pour le moindre péché véniel, puisqu'il mérite des peines bieim autrement grandes, celles du Purgatoire.
L'homme humble ne méprise personne: il a bonne opinion de tous ; il ne médit point, il excuse autant qu'il peut les fautes du prochain, il parle en bien de tout le monde ; ses paroles sont pleines d'affabilité, de douceur, de respect, selon la qualité des personnes ; il ne conteste jamais, mais il cède modestement après avoir exposé doucement ses raisons ; car celui qui contredit et qui soutient son sentiment avec opiniâtreté montre évidemment qu'il le préfère à celui des autres, et qu'il veut l'emporter sur eux. Ce ne sont pas là les pensées de l'humilité.
L'homme humble n'offense personne: il cherche à faire plaisir à tous, il ne s'estime pas plus grand que les plus grands pécheurs, parce qu'il sait qu'il est un néant comme eux pour les choses de la nature; que si dans l'ordre de la grâce, il est plus qu'eux doué de vertu, que s'il n'est pas souillé de péché, il ne le doit pas à ses propres forces, mais à la seule bonté de Dieu.
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L'Humilité qui est la base de toute la vie spirituelle doit toujours être accompagnée de l'aimable certu de douceur. Notre-Seigneur a dit et il l'a dit à tous: ''Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur. Les attraits de cette vertu sont si grands, ses charmes si puissants qu'il suffit de la connaître tant soit peu pour l'aimer et l'avoir en singulière estime.
La vertu rend les hommes en quelque sorte divins, et comme des images vivantes de cette nature infiniment douce et suave qui ne se trouble jamais quoi qu'elle fasse et qu'on lui fasse et en qui les passions ne pourraient trouver accès, parce qu'elle est toute raison. Il faut remarguer, dit Saint Grégoire le Grand, que toutes les fois que nous modérons les mouvements de la colère nous conservons ou nous reprenons l'image et la ressemblance de la Divinité que la colère défigure: d'où l'on doit nécessairement conclure combien est grand le péché qui nous fait perdre la douceur et souille en nous ce qu'il y a de plus grand, l'image de la Divinité. Cette vertu rend les hommes enfants de Dieu: "Bienheureux les pacifiques, parce qu'ils seront appelés enfants de Dieu." Quel titre et quelle gloire! La douceur rend les hommes capables de recevoir les lumières, les communications et les faveurs les plus grand l'image de la Divinité. Cette vertu rend les hommes enfants de Dieu: "Bienheureux les pacifiques, parce qu'ils seront appelés enfant de Dieu.'' Quel titre et quelle gloire! La douceur rend les hommes capablees de recevoir les lumières, les communications et les ferveurs les plus particulières de Dieu, tandis que la colère les en rend absolumment indignes. La douceur nous rend prudents et sages. Le plus haut point de la sagesse consiste à se conserver dans une tranquillité continuelle et dans un inaltérable repos d'esprit, dit Saint Ambroise ; et comme c'est la douceur qui nous fait jouir de cette paix et de ce repos, c'est elle qui nous met en possession de la sagesse; oui, c'est cette aimable vertu qui, en bannissant de notre coeur la plus turbulente de toutes les passions, nous fait goûter toutes les délices de la paix et d'une solide joie. Les hommes doux hériteront de la terre (de bénédiction), dit le Roi-Prophète, ils se réjouiront dans l'abondance et la paix.
Il n'est rien de plus fort que la douceur ; c'est elle qui met notre âme dans une sérénité continuelle, elle la place au port, à l'abri des vents et des orages, et elle lui fait goûter d'ineffables délices: c'est pour cela que Notre-Seigneur disait : "Apprenez de moi à être doux et humbles de coeur, et vous trouverez le repos de vos âmes"; car il n'est rien qui puisse nous obtenir ce bonheur d'une manière plus efficace que cette belle vertu.
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La patience
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La patience est une vertu qui porte l'homme à souffrir avec paix d'esprit toutes les afflictions qui lui arrivent, avec un courage ferme et plein de résolution qui modère la tristesse qui s'élève naturellement dans l'âme en la présence et au sentiment des maux, et qui donne la force nécessaire pour que cette tristesse ne cause à l'âme aucun dommage, qu'elle ne trouble point la raison et qu'elle ne, porte point l'homme à dire ou àfaire quelque chose de contraire à la vertu. Et pour ce qui regarde les maux futurs, la patience affermit l'âme à tel point que, pour les éviter, l'homme ne voudrait pas consentir à commettre le péché; même le plus léger, ni rien faire contre la. bienséance et contre le devoir.
Il y a trois degrés dans la vertu de patience: le premier consiste à supporter les maux avec tranquillité d'esprit, sans murmurer contre la Providence, saris vous plaindre des afflictions qu'elle vous envoie, comme si vous vouliez blâmer en quelque sorte as conduite envers vous ; sans vous laisser aller à la colère, à des paroles indiscrètes contre Dieu, contre ceux qui vous voient et vous assistent, on contre vous-même. Cela n'empêche pas les gémissementsles soupirs, les larmes, ni qu'on se plaigne doucement de la douleur que l'on ressent et que l'on cherche tous les remèdes permis pour l'alléger et la guérir.
Notre-Seigneur avait prédit à ses Apôtres beaucoup de souffrances et beaucoup de maux, et il ajouta : "Que votre coeur ne soit pas troublé", comme s'il leur eût dit : Je ne défends pas à vos yeux de pleurer, à la partie inférieure de votre âme et votre corps d'être émus ; mais seulement que la partie supérieure demeure calme, qu'elle soit toujours soumise à la raison, qu'elle rende à Dieu l'obéissance qu'elle lui doit, en acceptant les afflictions que je vous annonce.
Le second degré s'élève plus haut, il consiste à souffrir les maux avec résignation en se soumettant absolument à la volonté de Dieu pour les supporter autant qu'il voudra, à être indifférent entre les biens et les maux, la santé et la maladie, la vie et la mort, ne voulant pas choisir l'un plutôt que l'autre.
Le troisième degré élève l'homme encore bien plus haut, il fait qu'il souffre non seulement avec résignation, mais avec joie, qu'il trouve sa consolation dans les désolations, qu'il prend ses plaisirs dans ses peines, qu'il aime ses afflictions, qu'il les embrasse et les chérit. C'est à cela que l'Apôtre Saint Jacques exhorte les premiers fidèles, par ces paroles: "Mes frères, faites toute votre joie des diverses afflictions qui vous arrivent."
Le premier degré est de précepte pour tous ; il est nécessaire pour ne pas pécher : le second et le troisième ne sont que de conseil et regardent la perfection. Notre-Seigneur a voulu les pratiquer en sa personne, pour nous servir de modèle ; car, lorsqu'il fut saisi d'amères angoisses au Jardin des Olives, en prévoyant les horribles douleurs qui lui étaient préparées et le déluge de maux qui allaient fondre sur lui, il dit: "Mon Père, s'il est possible, que ce calice s'éloigne de moi" : voilà le premier degré de patience qui désire, demande et cherche la délivrance de l'affliction; mais il s'éleva aussitôt au second degré, à celui de la résignation, en disant : "cependant que votre volonté soit faite et non pas la mienne" ; si vous voulez que je souffre, je veux souffrir ; si vous avez voulu que je meure, je veux mourir ; et comme il savait que telle était la volonté de son Père, il s'y porta avec un merveilleux contentement, avec des épanouissements d'esprit et des jubilations de coeur ; il appelait le jour de sa mort, le jour dé ses noces et de la joie de son coeur ; il en parlait avec des désirs embrasés ; voilà le troisième degré.
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La Charité
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La charité, l'amour du prochain, est une vertu toute divine Dieu est charité, et celui qui demeure dans la charité demeure en Dieu, et Dieu en lui Notre-Seigneur a tellement en estime, le précepte de la charité fraternelle qu'il rappelle un précepte nouveau. Dans son admirable discours à la dernière Cène, il dit à ses disciples : Je vous donne un commandement nouveau, c'est que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés moi-même. Il l'appelle son propre commandement: Ceci est mon commandement, leur dit-il, à savoir que vous vous aimiez les uns les autres. Le Divin Maître insiste encore davantage, en ajoutant: Vous êtes mes amis si vous vous aimez les uns les autres ; c'est-à-dire, ci vous faites ce que je viens de vous commander. Enfin, il termine ainsi brièvement : Je vous le commande : aimez-vous les uns les autres. C'est le sublime du coeur aimant !
Les Apôtres avaient compris le précepte de leur divin Maître. Ils l'enseignaient aux autres ; si bien que l'on a pu dire des premiers chrétiens, cette parole inappréciable: Ils n'avaient qu'un coeur et qu'une âme!"
Qu'il est donc beau, qu'il est noble, qu'il est grand le coeur où règne en souveraine et maîtresse, la dilection iraternelle ! Une âme vraiment charitable possède le don si précieux de rendre la vertu aimable par l'aménité de son caractère par la douceur de ses paroles, elle sait répandre la bonne odeur de Jésus-Christ, autour d'elle. Car, dit l'Esprit-Saint, une parole douce multiplie les amis ; et l'animosité d'un ennemi se modère devant une parole avenante. Une âme charitable évite, dans la conversation, les paroles piquantes, sana supprimer pour cela le ton d'une aimable gaîté: du reste, le sage se rend lui-même aimable dans ses propres paroles. Elle sait éviter les contestations qui proviennent généralement ou de notre esprit de contradiction ou de l'opiniâtreté de nos jugements. Si, par fragilité humaine, le prochain lui a dit une parole peu obligeante, elle demeure calme et répond par une parole aimable: car une réponse douce brise la colère, et ramène la bonne harmonie. C'est ainsi qu'elle a toujours la paix avec elle, même et avec les autres. S'agit-il de personnes absentes, elle est pleine de délicatesse en tout ce qui concerne leur honneur et leur réputation. Jamais elle ne se permet de censurer une action bonne, sous prétexte qu'elle part d'une intention mauvaise. Dieu seul sait lire au fond des coeurs! Elle interprète toujours en bonne part les actions indifférentes, considérant qu'il vaut mieux se tromper en jugeant favorablement, que de ne point se tromper, en portant un jugement défavorable. Elle sait mettre en pratique cette belle et délicate parole de Saint François de Sales, que si une action avait cent visages, il faudrait toujours la regarder par le plus beau. Enfin, elle sait même excuser une action vraiment mauvaise, soit en en rejetant la cause sur la violence de la tentation, ou sur quelque surprise, ou enfin, sur l'ignorance, imitant en cela Jésus-Christ, notre Maître souverain, qui, sur la Croix, en face de ses bourreaux, apposa son sceau divin à la perfection de la charité fraternelle, en disant à son Père: "Père, pardonnez-leur: car ils ne savenit pas ce qu'ils font!"
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BONNES OEUVRES STIMULANT DERNIER ET SOUVERAIN,
POUR NOUS RENDRE LE SALUT FACILE.
Mérite de nos actions ordianire;s, faites par amonrpour Dieu.
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Notre vertu et notre perfection consistent à bien faire nos actions ordinaires. Dien ne demande pas nous en fassions de grandes et d'éclatantes, mais celles qui se présentent chaque jour, et auxquelles chacun est obligé par son condition. Il faut mettre sa sainteté et sa perfection à bien faire cela, et être assuré que celui qui le fera le mieux sera le plus agréable à Dieu et réellement le plus parfait. Et c'est ici que brillent avec le plus grand éclat la sagesse infinie et la bonté incompréhensible de Dieu. Est-il rien de plus propre à ranimer notre espérance et à fortifier notre courage que de considérer la manière admirable avec laquelle il a daigné tout disposer? S'il eût attaché notre perfection à des choses sublimes et très difficiles, à de hautes contemplations, à des ravissements et à des extases; à jeûner tous les jours au pain et à l'eau, à se livrer à d'aussi grandes austérités que celles les anciens anachorètes, il eût ôté à un grand nombre les moyens d'y parvenir ; ils pourraient dire qu'ils n'ont point l'ailes pour voler si haut, qu'ils n'ont point assez de force gour supporter tous ces travaux; mais puisque l'on peut parvenir à la perfection par des choses faciles et communes s'acquittant dignement des devoirs de son état, en faisant bien les actions que l'on fait tous les jours, il n'est plus d'excuses pour ceux qui ne tendent pas à la perfection, puisque Dieu ne demande pas d'eux qu'ils fassent autre chose que ce qu'ils font, mais qu'il demande seulement qu'ils le fassent bien.
Une action bonne, faite en état de grâce, et en vue de Plaire à Dieu est si grande, si admirable, qu'aucun esprit humain ne peut le concevoir, et aucune langue ne pourrait fournir des termes pour l'expliquer. Le mérite des choc surnaturelles est tel qu'elles surpassent incomparablement en dignité et en perfection toutes les choses naturelles du ciel et de la terre. Ainsi chaque action de vertu, comme nous l'entendons ici, quelque petite qu'elle soit, à raison du principe de la grâce qui l'ennoblit et l'élève à l'état surnaturel est plus excellente, plaît davantage à Dieu, lui prouve plus de gloire que toutes les actions naturelles de toutes les créatures, qui ont été et qui seront jamais. Outre cette excellence, chaque acte de vertu, fait en état de grâce et pour l'amour de Dieu est d'un prix inestimable, d'une si grande valeur, que si l'on mettait dans un des plateaux d'une balance tous les empires, tous les honneurs et toutes les richesses de la terre, et dans l'autre, la plus petite action que puisse faire une âme juste, par exemple la récitation d'un simple Ave Maria, le seul nom de Jésus prononcé comme il faut, le signe de la croix fait avec attention ; encore moins, seulement un pas, un regard animé d'un bon motif, cette action en apparence si légère l'emporterait bientôt de tout son poids. Quand on donnerait pour l'acheter tous les biens de la nature, il serait impossible d'en donner le prix ; on achèterait plutôt tout un royaume avec un grain de sable ; parce que la nature, avec tout ce qu'elle a et tout ce qu'elle peut, quelqu'effort qu'elle fasse, ne saurait mériter le plus petit bien surnaturel de la grâce et de la gloire, tandis que cette petite action de vertu nous acquiert pour cette vie un nouveau degré de grâce, l'accroissement de la charité, des vertus surnaturelles et, des dons du Saint-Esprit, et pour l'autre la gloire des bienheureux et la possession éternelle de Dieu: Quelle inestimable valeur ! L'Apôtre Saint Paul nous assure qu'un acte de vertu "produit en nous le poids éternel d'une souveraine et incomparable gloire." Pour conserver. une idée de ce prix inestimable, il ne faut jamais perdre de vue quels biens nous sont préparés dans le ciel, les richesses immenses, les sublimes honneurs, la gloire souveraine, les contentements ineffables, la douce compagnie des anges et des bienheureux, de la Très Sainte Vierge, et pardessus tout la jouissance de Dieu même, et enfin la béatitude parfaite de tout l'homme pendant toute la durée de. l'éternité !
Jean Diacre, raconte que Saint Grégoire-le-Grand, étant encore abbé, donna un jour l'aumône à un pauvre qui la lui demanda sous la forme d'un passant qui avait fait naufrage. Quelque temps après il fut élu Pape; et, comme, selon sa coutume, il dormait à diner à douze pèlerins, il en aperçut treize. Il reprit son chapelain d'avoir augmenté le nombre sans son ordre. Le chapelain, après les avoir comptés et recomptés, soutint qu'il n'y en avait que douze, comme en effet et lui et les autres assistants n'en voyaient pas davantage. Le Saint pensa qu'il y avait là quelque chose d'extraordinaire, d'autant plus que ce treizième pèlerin changeait de temps en temps de visage, tantôt il semblait un jeune homme, tantôt un vénérable vieillard. Le dîner achevé, après avoir congédié les autres, il retint celui-ci, le prit par la main, le mena dans son cabinet et le conjura de lui dire franchement qui il était. Le pèlerin lui répondit qu'il était ce passant à qui il avait autrefois donné l'aumône, pendant qu'il était encore abbé, qu'il était un ange, et que pour récompense de cette amône, Dieu avait résolu de l'établir, le Pasteur universel de son Église et son Vicaire en terre, qu'il avait reçu l'ordre de se tenir auprès de lui pour prendre un soin particulier de ses affaires, et pour lui faire obtenir de sa divine majesté tout ce qu'il demanderait. Saint Grégoire, bien étonné de ce qu'il voyait et entendait, se jette à terre en s'abaissant devant Dieu dans les sentiments du plus profond respect, et dit en versant des larmes de tendresse: Si Dieu, pour me récompenser d'une si petite action m'a élevé au comble de toutes les dignités et de tous les honneurs de ce monde, si de plus, il m'a accordé l'assistance extraordinaire d'un de ses anges, que ne me donnera-t-il pas si je fais de plus grandes aumônes, et si je garde ses saintes lois? Nous pouvons bien dire après ce grand saint: Si une action si petite a mérité de Notre-Seigneur un tel salaire, que mériteront donc celles qui sont plus grandes? Rappelons-nous que Notre-Seigneur dira aux justes, au jour du Jugement: "Venez les bien-aimés de mon Père, posséder le royaume qui vous a été préparé depuis le commencement du monde; car j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger, j'ai eu soif, et vous m'avez donné a boire..." et ainsi des autres oeuvres corporelles de miséricorde qui suivent, nous montrant clairement par là coin bien il estime les bonnes oeuvres, même les plus petites, et quel est leur mérite prodigieux. Si une action aussi petite et qui exige aussi peu de peine que de donner un morcau de pain, un verre d'eau froide, est si considérable et si précieuse aux yeux de Notre-Seigneur, qu'au grand jour-du Jugement Universel, il doive la montrer aux anges et aux hommes en présence de tout l'univers, la louer de sa propre bouche, la regarder comme un service qui lui a été très agréable, la reconnaître comme faite à lui-même, digne de la récompense éternelle, des biens de sa gloire et de la jouissance de lui-même, quel mérite auront devant lui des actions plus grandes et plus difficiles? Quelle louange méritera celui qui aura donné tout son bien aux pauvres? de quel prix seront les aumônes spirituelles qui sont au-dessus des aumônes corporelles, comme l'âme est au-dessus du' corps? Quel degré d'honneur sera réservé aux grands actes de la vertu de religion, aux adorations, aux actes de louange, à la sainte Messe bien dite ou bien entendue, aux confessions et aux communions bien faites aux voeux de religion exactement observés?...
Après cela, dira-t-on encore que même pour les âmes de bonne volonté, le salut est difficile? D'ailleurs, remarquons bien ceci : Ne faut-il pas toujours faire ses actions ordinaires de quelque manière que ce soit ? Il faut que vous priez, que vous disiez ou entendiez la messe,que vous obéissiez à vos supérieurs, que vous vous acquittiez des devoirs de votre état ; il est nécessaire que vous parliez, que vous marchiez, que vous preniez vos repas, que vous vous livriez au sommeil, et que vous fassiez beaucoup autres choses nécessaires à la vie. Or, puisqu'il en est ainsi, que vous ne pouvez vous en dispenser, ne vaut-il pas incomparablement mieux le bien faire, d'une manière parfaite, que de le faire mal et imparfaitement. N'est-il pas plus avantageux de rendre vos actions agréables et glorieuses à Dieu, et utiles à votre salut, que de les lui rendre, à Lui, odieuses ; et, à vous, nuisibles? Oui, sans doute, d'autant plus qu'il ne faut pas plus de temps pour les bien faire que pour les mal faire ; il ne faut seulement qu'un peu plus de soin et d'application d'esprit ; si cela vous parait difficile dans le commencement, l'habitude vous le rendra bientôt plus facile. Et lors même que cette difficulté devrait durer toujours, rappelez-vous combien la récompense est au-dessus du travail.
Les Saints qui sont au Ciel, comprennent cette consolante doctrine, eux qui voient quelle récompense Dieu accorde là-haut à une action surnaturelle accomplie ici-bas sur la terre.
"Dans le ciel, il n'y a point de plainte ni de douleur, dit Saint Alphonse de Liguori, mais si quelque regret pouvait pénétrer dans le coeur des Saints, ce serait d'avoir perdu dans cette vie quelques moments qu'ils pouvaient employer à accroitre leurs mérites et leur gloire dans le paradis. Une religieuse Bénédictine qui était morte, apparut environnée de gloire à une de ses amies, et lui dit qu'elle était entièrement contente, mais que si elle pouvait désirer quelque chose, ce serait de revenir sur la terre pour y souffrir et y mériter une plus grande félicité. Elle ajouta qu'elle consentirait à souffrir la maladie dont elle était morte, jusqu'au jour du jugement, pour acquérir la gloire qui correspond au mérite d'un seul Ave Marial" (2)
Cependant déjà, dès cette vie, des âmes héroïques ont ce désir qu'auraient les Saints dans le Ciel, s'il leur était possible d'avoir un désir. Au chapitre trente-septième, de sa Vie, Sainte Thérèse, voulant préciser la valeur d'un acte surnaturel, nous fait cette étonnante déclaration: "...Certaines visions l'emportent tellement sur d'autres par la gloire, les délices, la consolation que je m'étonne que la jouissance de Dieu se fasse sentir, même en cette vie, d'une manière si différente. Parfois la douceur et le plaisir dont l'âme se trouve inondée dans une vision ou dans un ravissement, s'élèvent si fort au-dessus de tout ce qu'elle a éprouvé, qu'il lui semble impossible de pouvoir désirer quelque chose de plus ici-bas; et de fait, elle ne le désire point, elle ne demande pas plus de bonheur.
Cependant, depuis que Notre-Seigneur m'a fait connaître la prodigieuse inégalité qui existe dans le Ciel entre la félicité des uns et celle des autres, je vois bien que sur la terre, il n'y a pas non plus, quand il le veut, de mesuremses dons. Aussi ne voudrais-je jamais en voir mettre clans le dévouement à une si haute Majesté; mon désir serait de consumer ma vie, mes forces, ma santé, à son service, et de ne point perdre, par ma faute, le moindre degré de jouissance dans l'éternelle patrie. Je ne crains pas de le dire, si l'on me demandait lequel j'aime mieux ou d'endurer toutes les peines de cet exil jusqu'au dernier jour du monde, à la condition de recevoir un degré de plus, si petit qu'il fût, de gloire dans le Ciel, ou d'y entrer dès maintenant sans rien souffrir, mais avec un peu moins de gloire, de très grand coeur j'achèterais, au prix de toutes les peines d'ici-bas, le bonheur de contempler d'un peu plus près les grandeurs de mon Dieu! car je vois que plus on le connaît, plus on l'aime et on le loue..."
Nous alons maintenant quitter la terre : le Chapitre suivant doit nous introduire dans le vestibule du Paradis!
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Références |
(1) Le P. Faber : Le Créateur et la créature.
(2) La Préparation à la mort : XIe considération. |
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