Chapitre 3 C-suite |

Sommaire
de Sainte Thècle:
de Sainte Agathe:
de Sainte Agnès:
de Sainte Christine
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Sainte Thècle, Vierge et Martyre. (1)
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Une gloire spéciale à la vierge Sainte Thècle est d'avoir, la première d'entre les personnes de son sexe, remporté la palme du martyre." Office de la Sainte.
Lorsque l'apôtre Saint Paul prêchait l'Évangile dans la ville d'Iconium, il logeait chez un chrétien nommé Onésiphore, et y trouvait de saintes assemblées où se tenaient quantité de personnes -désireuses de leur salut. Thècle fut de ce nombre ; c'était une jeune fille de dix_ huit ans, des plus nobles et des plus riches de la ville. Sa mère Théoclie l'avait fiancée à un jeune seigneur appelé Thamyris, et elle n'attendait plus que le temps de célébrer ce mariage qu'elle estimait très-avantageux. Thècle, pendant ce délai, entendit raconter tant de merveilles du saint Apôtre, et on lui fit un récit si avantageux de ce qui se passait dans ces conférences de religion, qu'elle employa toutes sortes d'adresses pour y avoir entrée. La chose n'était pas facile, parce que sa mère ne la perdait pas de vue; mais la divine Providence lui en fit trouver les moyens : touchée des paroles de ce prédicateur céleste, non-seulement elle se fit chrétienne, mais elle renonça aussi au mariage et prit Jésus-Christ pour son Epoux éternel. Son avidité pour entendre le saint Apôtre, dit Saint Jean Chrysostome, était,si grande que, lorsqu'il fut mis en prison, elle vendit ses bagues et ses autres joyaux pour avoir de quoi gagner le geôlier, afin qu'il lui en permit l'entrée; et il ajoutait: "Thècle a donné ses joyaux pour voir Saint Paul ; et vous, qui volts glorifiez du nom de chrétien, vous n'avez pas le courage de donner une obole pour voir Jésus-Christ."
La mère de notre Sainte ne fut pas longtemps à s'apercevoir du changement qui s'était fait en elle; son aversion pour le mariage, son mépris pour toutes les vanités du monde; l'humilité, la modestie, l'esprit de retraite et de dévotion qui éclataient sur son visage, faisaient assez paraître qu'elle n'était plus une fille du siècle, mais une âme gagnée à Jésus-Christ. Elle lui demanda d'où venait cette nouveauté; et, apprenant de bouche que Notre-Seigneur l'avait éclairée pour reconnaître l'impiété du paganisme, la nécessité de la religion chrétienne et le prix inestimable de la virginité, il entra dans une telle fureur, qu'elle fut près de la tuer ses propres Mains. Après -ce premier emportement, il passa à un excès d'inhumanité bien plus horrible: elle accusa elle-même sa fille devant le juge comme chrétienne comme réfractaire à la promesse de mariage qu'elle [voit donnée, et le pria de la faire brûler toute vive, si
elle ne changeait pas de résolution, afin de donner de la erreur aux autres jeunes filles qui seraient sollicitées d'imiter sa conduite. Le juge déféra à cette prière, fit comparaître Thècle devant son tribunal ; et, la trouvant inébranlable dans sa résolution de demeurer chrétienne et de garder sa virginité, il commanda d'allumer un grand braiser et de l'y jeter toute vive. La généreuse vierge mit alors du signe de la croix; et, sans attendre que boureaux missent, la main sur elle, touchée d'un muvement extraordinaire du Saint-Esprit, elle entra hardiment dans le milieu des flammes, pour y faire le sacrifice de son corps à la gloire de son Epoux. Cependant Dieu en suspendit l'activité, et il tomba à heure même une si grande abondance de pluie, que le feu fut entièrement éteint et que le peuple idolâtre fut contraint de s'enfuir pour gagner un abri. Thècle sortit donc de ce brasier sans en avoir reçu aucune incommodité, sans même que ses vêtements en eussent été atteints, et s'éloigna de sa ville natale sans que nul songeât à s'opposer à sa fuite.
Ainsi échappée miraculeusement à une mort certaine, notre Sainte, à qui le Seigneur seul devait désormais tenir lieu de famille et d'héritage, courut à la recherche du grand Apôtre. Celui-ci de son côté, présageant le sort que ses ennemis réservaient à sa fille spirituelle, ne s'était pas éloigné de la ville d'Iconium. Quelques chrétiens. fervents, aussi engendrés par lui à la foi, lui avaient ménagé une retraite sûre dans un lieu solitaire. La Sainte fut instruite par eux du lieu de sa retr et put revoir celui dont les divines exhortations avaient su lui inspirer tant d'énergie et tant de grandeur d'âme. Leur entrevue fut on ne peut plus touchante : le maître retrouvait sa disciple ceinte de l'auréole du martyre; la disciple revoyait son maître portant les stigmates de la persécution. Après qu'ils eurent mutuellement épanché leur coeur devant le Seigneur, la Sainte demande avec instance qu'il lui fût permis d'accompagner l'Apôtre dans ses courses apostoliques, afin de se former à la perfection sous un modèle aussi accompli, afin de gagner des âmes à Jésus-Christ. Cette faveur lui fut accordée, et elle suivit ainsi, pendant quelque temps, le grand Apôtre, jusqu'à son arrivée à Antioche. C'est en cette ville qu'elle dut se fixer, et c'est dans cette ville que Dieu l'appelait à de nouveaux combats et à de nouveaux triomphes.
Un des premiers citoyens de la ville, Alexandre, se prit d'une vive passion pour notre Sainte. Profitant de influence que lui donne sa position, il ose l'insulter en pleine rue. Mais la vierge chrétienne, n'écoutant que son courage, déchire la tunique de son agresseur, lui arrache le la tête la couronne qu'il portait et le couvre ainsi de confusion devant tout le peuple. Loin de dévorer en silence l'affront que lui a mérité sa brutalité, Alexandre conduit l'héroïque jeune fille devant le gouverneur, qui a condamna à être dévorée par les bêtes. Mais la Sainte, uniquement inquiète du soin de sa vertu; ne demandait qu'une faveur, celle d'être conservée pure avant sa mort. On la remit entre les mains d'une darne de haut rang, nommé Triphène, qui venait de perdre sa fille unique. L'heure du supplice arrivée, les bourreaux déchaînèrent contre la jeune vierge une lionne furieuse qui, au lieu de lui faire aucun mal, se. coucha devant elle en lui léchant les pieds. Le lendemain matin, les satellites d'Alexandre eurent peine à enlever la Sainte des bras de Tryphène qui déjà la chérissait Pomme sa fille. Traînée à l'amphithéâtre, la vierge se tenait, les mains levées vers le ciel , au milieu des bêtes féroces qu'on déchaînait contre elle, mais aucune n'osa la toucher ; en outre, le Seigneur l'avait enveloppée d'un nuage de feu pour la soustraire aii regards des spectateurs.
A la vue d'un prodige aussi extraordinaire, un morne silence s'était emparé des assistants : après un moment d'irration, le gouverneur ordonna de reconduite l'innocente vierge dans sa prison.
Le lendemain, tout le monde étant de nouveau assemblé, la sainte martyre fut amenée dans l'amphithéâtre. Comme elle persévérait toujours dans la confession de la foi, le magistrat ordonna qu'elle fût attachée à des taureaux indomptés pour être mise en pièces. Au même instant les bourreaux enlacent son corps délicat de liens épais et solides. Les taureaux sont attelés à ces memes liens en sens inverse: puis on les excite, on les aiguillons, ne, on les anime. Vains efforts! les liens se rompent, les bourreaux sont blessés, et la vierge innocente reste pleine de vie.
Ce nouveau prodige, ô mystère d'aveuglement! semble attiser encore plus violeminent la haine des persécuteurs. On précipite alors la sainte dans une fosse pràfonde, remplie de serpents et d'autres reptiles venimeux dont la morsure était toujours mortelle pour les malheureux condamnés à ce supplice. La sainte, au milieu de ces reptiles dangereux, élève son coeur à Dieu et le conjure d'accepter le sacrifice de sa vie. Elle attend1a mort avec joie, dans l'espérance d'être bientôt réunie et pour toujours au divin Epoux de son âme. Le Dieu qui l'avait:protégée contre la violence des flammes, qui l'avait délivrée de la dent des lions, qui l'avait aussi soutenue contre l'impétuosité des taureaux, devait encore la défendre contre la morsure des serpents. Ces animaux veni meux s'éloignent à son aspect: un engourdissement profond s'empare-de tous leurs membres: et la sainte peut se mouvoir librement dans cette horrible prison, sans Provoquer leurs attaques.
La délivrance miraculeuse de la vierge d'Iconium sait ému tout le peuple d'Antioche. Le gouverneur la fait venir et lui dit : "Qui es-tu, toi, que les bêtes n'osent ticher? Je suis, lui répondit la sainte martyre, la servante du Dieu vivant. Si les animaux sauvages m'ont épargnée, c'est que j'ai mis toute ma confiance en Jésus-Christ, le Fils de Dieu, qui fait les délices du Père. Lui seul est la voie qui mène au salut, le refuge de ceux qui ont été battus par la tempête, la consolation des affligés, l'espérance de ceux qui n'en ont plus. Celui qui ne croit pas en lui ne vivra pas, mais il aura en partage la mort éternelle." Le gouverneur, entendant cela, rendit un arrêt avec cette teneur: "Thècle, la servante de Dieu, est libre." Les cris de joie de la foule accompagnèrent la vierge jusqu'à la maison de Tryphène, où elle demeura plusieurs jours, instruisant les jeunes filles dans la vraie foi. Apprenant que Saint Paul était à Myre, en Lybie, elle alla yrejoindre pour lui raconter les grâces dont mit-elle eietll'avait comblée. De là, elle retourna à Iconium, pour y prêcher l'Évangile. Arrivée dans sa ville natale, elle y retrouva sa mère, mais son fiancé était mort. En vain où eue en usage tout ce qu'une foi vive peut inspirer à l'amour filial: Théoclie resta sourde aux prières de sa fille et ne se convertit point. Alors, notre saite, quittant la maison parternelle, s'en alla dans le tombeau où Jadis elle avait trouvé Saint Paul avec Onésiphore ; et, tombant à genoux, elle versa devant le Seingeur des larmes abondates; sortant de là, elle se rendit à Séleucie, où elle convertit plusieurs personnes à l'Évangile.
Enfin parvenue à une heureuse vieillesse, âgée de quatre-vingt-dix ans, la sainte rendit paisiblement son âme â Dieu, et alla jouir dans le ciel du bonheur après lequel elle soupirait avec tant d'ardeur!
Peu de saints ont eu autant de panégyristes et autant l'admirateurs que cette illustre vierge. Après l'auguste Mère de Dieu, Thècle est le modèle et l'exemple que les docteurs proposent aux vierges et aux martyres. Ils l'honorent du titre d'apôtre et d'évangéliste de son sexe et la placent immédiatement après les Apôtres de JésusChrist. Ils l'appellent la première fille spirituelle de Saint Paul, sa fidèle disciple et sa compagne dans ses travaux évangéliques
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Sainte Agathe vierge et martyre.
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Sainte Agathe dont nous rappelons chaque jour le souvenir au saint sacrifice de la messe, était issue d'une illustre famille de Palerme ou de Catane ; car, ces deux villes célèbres de Sicile se disputent l'honneur de lui avoir donné naissance. Quintianus, personnage consulaire et dont le coeur dépravé était ouvert à tous les crimes ordonna qu'on se saisit de cette vierge innocente: dans ses dessins insensés et criminels, il espérait gagner l'affection de ce coeur si pur, et la livrant, potir la pervertir à une femme, nommée Aphrodise, qui avait en sa maison neuf filles aussi corrompues qu'elle et dignes de leur exicrable mère. La vierge du Christ leur fut livrée durant trente jours. Mais le Christ-Jésus veillait sur elle: à toutes leurs ignobles séductions, la vierge répondait avec un coeur limpide:" Mon âme a été affermie dans le Christ: vos paroles ne sont que du vent, vos promesses qu'une pluie orageuse, vos menaces ressemblent à un fleuve, mais ce vent, cette pluie, ce fleuve auraont beau se déchaîner contre les fondements de ma maison: elle ne ,ourra tomber parce qu'elle est assise sur la pierre ferme."
Voyant donc que la vierge Agathe demeurait inébranlable dans sa résolution, Aphrodise alla trouver (Quintianus, et lui dit: "Il serait plus aisé d'amollir les roches et donner au fer la souplesse du plomb que d'enlever de l'âme de cette jeune fille le sentiment chrétien. Mes filles et moi nous nous sommes succédées auprès qu'elle à tour de rôle, jour et nuit, sans relâche, et nous n'avons rien pu faire, si ce n'est de contribuer à affermir encore d'avantage son esprit dans le propos qu'elle a formée. Je lui ai offert des pierres précieuses et les plus brilliantes parures, des vêtements tissus d'or je lui ai promis des maisons et des terres voisines de la ville j'ai étalé à ses yeux tout le luxe de l'ameublement le plus varié j'aimis à sa disposition de nobreux serviteures de l'un et de l'autre sexe et de tout âge; mais elle n'a pas fait plus de cas de tout ce pompeur étaglage que de la poussière qu'elle foule aux pieds.''
Quintianus, transporté de colère, soumit la vierge délicate à des tortures si diaboliques que leur souvenir nous fait encore frémir d'indignation et d'horreur. mai, au milieu de tous ces tourments, l'Esprit-Saint qui promis d'être avec les saints dans toutes leurs tribulation, était aussi avec notre héroïque vierge, et elle répon, dit au tyran : "J'éprouve au milieu de ces tourments, autant de délices qu'en pourrait ressentir un homme à qui on annonce une heureuse nouvelle, ou qui revoit une personne dépuis longtemps désirée, ou enfin qui découvre un riche trésor ; moi aussi je me délecte au milieu de ces tortures d'un instant. Le froment ne peut-être mis au grenier si son épi n'a été fortement battu auparavant: ainsi mon âme; elle ne peut entrer dans le paradis de mon Dieu, avec le palme du martyre, que tu n'aies aussi auparavant livré mon corps à l'ingénieuse fureur de tes bourreaux".
Quintianus, dans son aveugle impiété, inventa une dernière torture. Il ordonna de parsemer le lieu où se trouvait la vierge du Christ de fragments de pots cassés et d'y joindre des charbons ardents, puis de rouler la sainte martyre sur ce lit de douleurs. Mais à peine avait' on commencé cette exécution barbare, que soudain le lie" fut ébranlé; un pan de inuraille'se détacha et écrasa sou` ses ruines le conseiller du juge, nommé Sylvain et un autre de ses amis, nommé Falconius, à la persuasion desquel Quintianus commettait tant de crimes. La ville entier''' de Catane fut elle-même agitée violemment d'un tremblement de terre. Des habitants effrayés coururent au prétoire du juge, criant avec un grand tumulte que les tourments dont ce magistrat inique affligeait la servante de Dieu, étaient la cause qui mettait tous les citoyens en danger de périr. Quintianus prit la fuite craignant tout à la fois le tremblement de terre et la sédition du peuple. Il fit donc aussitôt reconduire la vierge en prison, et alla se réfugier dans une salle écartée du prétoire, laissant le peuple aux portes de la ville.
Agathe, étant rentrée dans la prison, étendit la main vers le ciel et s'écria: "Seigneur, qui m'avez créée et qui m'avez gardée depuis mon enfance, qui m'avez donné dès la fleur de l'âge une vertu supérieure à mon sexe;. qui avez éloigné de mon coeur l'amour du siècle et soustrait mon corps à la corruption; vous qui m'avez rendue victorieuse des tourments du bourreau et fait mépriser le fer, le feu et les chaînes; qui enfin m'avez accordé au milieu de ces supplices, le courage et la patience, je vous supplie de recevoir présentement mon âme; car il est temps de me retirer de ce monde pour m'introduire au sein de votre miséricorde." Après cette prière la Sainte Pussa un grand cri, en présence d'une nombreuse assistance, et son âme virginale s'envola dans les splendeurs de la bienheureuse éternité.
A cette nouvelle, de pieux fidèles accoururent à la hâte, puis ils enlevèrent son corps et le déposèrent dans un sarcophage tout neuf. Or, pendant qu'on l'ensevelissait avec des aromates et qu'on plaçait ce précieux dépôt dans le tombeau avec un grand soin, un jeune htinnue apparut tout à coup, vêtu de riches habits de sdie, et ayant sa suite un cortège de plus de cent enfants tous éclatants de beauté et parés de vêtements magnifiques. Jusqu'à cette heure nul n'avait vu ce jeune homme dans la ville de Catane; on ne l'y revit jamais depuis et personne n'a pu dire qu'il le connût auparavant. Il entra dans le lieu où l'on embaumait le corps de la vierge, et plaça près de la tête une tablette dê marbre sur laquelle étaient inscrits ces mots: Ame sainte, dévouée, honneur de Dieu, protection de la patrie.
"Seigneur, c'est encore vous qui vous montrez admirable dans la vie et le martyre de cette illustre Sainte, et c'est toujours Vous qui, seul, accomplissez d'incompréhensibles merveilles !"
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Sainte Agnès, vierge et martyre.
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"Agnès, aimable sainte, votre nom seul est une louange !" Cette admirable sainte naquit à Rome de parents riches et craignant Dieu: ils prirent grand soin de l'élever selon sa qualité et sa naissance, mais principalement de la former aux lois du christianisme dont ils faisaient profession. Dès ess plus tendres années, elle concut un très grand amour pour Notre-Seigneur Jésus-Christ et elle s'y avança tellement que la méditation des souffrances et de la mort de son divin Epoux était son all'ient ordinaire. Dès lors Dieu l'avait comblée d'une 'telle grâce qu'elle attirait par son exemple beaucoup de personnes à la vertu. En effet, elle en convertit lusieurs de son sexe à la vraie foi et à la religion chrétienne.
Cependant les démons tâchèrent, par toutes sortes de moyens, d'arrêter le cours de ces heureux progrès; car Agnès approchait de la treizième année de son âge et étant déjà, malgré cet âge si tendre, une jeune personne accomplie, cet ennemi de tout bien, voulut se servir de la beauté de son corps pour lui faire perdre celle de son âme. Dans ce dessein il excita un violent amour dans le coeur de Procope, fils du gouverneur de Rome. Ce jeune chevalier s'étant informé de toutes les qualités d'Agnès, et voyant qu'il ne se mésallierait point en l'épousant, se servit de tous les artifices possibles pour obtenir. Et comme il avait du crédit et dès lors de grandes relations dans la ville, il trouva bientôt le moyen douce Agnès, cet ange de virginale pureté. Mais Dieu qui avait en sa divine protection de cette âme d'élite, l'avait aussi remplie d'une vetu si relevée qu'elle pouvait aisément confondre toute la fausse sagesse du paganisme. Cette première demarche n'ayant donc pas réussi au gré du jeune paien Procople , il resolute d'être lui-même le médiateur dans cette affaire et fit en sorte de rencontrer médiateur dans cette affaire et fit en sorte de rencontrer Agnés pour lui découvrir sa pensée. Il la vit donc et après lui avoir dit tout ce que sa passion lui mit à la bouche et l'avoir conjurée de ne pas refuser son alliance, -si elle ne voulait être ennemie de son propre bien, il lui offrit les présents qu'il avait apportés pour cet effet, afin que leur grand prix achevât de la persuader. Que va lui répondre la jeune et timide enfant de treize ans? écoutons sa réponse admirable: elle est dictée tout entière par le Très-Haut qui sonde les coeurs et les reins, qui connaît le coeur et les désirs impurs du jeune païen. Agnès donc, rejetant toutes ses propositions, lui dit d'une façon résolue, mais pleine de modestie chrétienne: "Retire-toi, tison d'enfer, aiguillon de péché, pierre de scandale et appât de mort ! Ne pense pas que je sois jamais infidèle à mon Epoux à qui je me suis tellement unie que mon âme ne vit que, de son amour. Ne flatte pas non plus ta pensée qu'il y ait quelque mérite en toi qui te puisse justement faire prétendre à être son rival; car il possède sir qualités qui le rendent incomparable et uniquement digne d'amour: il est noble; il est beau; il est sage; il est riche; il est bon; il est puissant.
Si tu veux savoir sa noble origine, il reconnaît un Dieu pour son Père qui l'a engendré sans mère; et la Mère qui l'a mis au monde est néanmoins restée vierge après lui :avoir donné le jour. Il est si beau que sa splendeur surpasse la clarté du soleil et de tous les astres, et que les cieux mêmes sont ravis clans l'admiration de sa beauté, et disent dans leur langage qu'ils ne sont ténèbres â son égard. Il est si sage et m'a tellement captivée de son amour, que je ne puis penser à d'autres que lui; et maintenant que je parle de son excellence, je sens un si grand désir que, quoique je t'aie en horreur, je suis bien aise de te voir pour, te le dire. Il est si riche, qu'il m'a donné un trésor qui vaut mieux que tout l'Empire Romain et que personne ne le sert qui ne soit semblé de richesses.
Que te dirai-je de sa bonté qui Na point de mesure ? Pour la faire paraître avec plus, d'éclat, il m'a marquée de son sang, il m'a donné sa foi et sa parole qu'il ne m'abandonnera jamais; il m'a prise pour son épouse, il m'a donné de belles robes et de beaux joyaux d'un prix inestimable. Enfin, il est si puissant qu'il ne peut être vaincu par toutes les forces du ciel et de la terre. Les maladies sont guéries par le parfum céleste qui s'échappe de sa personne, et les morts reviennent à la vie par le seul son de sa voix. C'est pourquoi je suis toute à lui : je l'aime mieux que mon âme et que ma vie même et je serai très aise de pouvoir mourir pour lui. Quand je l'aime, je suis chaste; quand je m'approche de lui, je suis pure; et, quand je l'embrasse, je suis vierge. Cela étant ainsi, vois toi-même si je dois l'abandonner dans l'espoir de quelque récompense, ou par la crainte de quelques peine.' '
Le fils du Préfet, entendant ce discours d'Agnès, crut qu'elle était éprise d'amour pour quelque autre grand seigneur; et qu'étant enivrée de cette passion, elle parlait en frénétique, appelant celui qu'elle aimait son Dieu, son idole, sa vie et son âme; mais il en ressentit une telle jalousie qu'il en demeura au lit, malade. Son père, Syrnphronius, en ayant su la cause, fit venir la jeune Agnès, et chercha par tous les moyens à la persuader: il la trouva inébranlable. Il apprit alors qu'elle était chrétienne: il la cita comme telle à son tribunal. Notre jeune héroïne fut soumise aux plus horribles tortures ; mais elle en sortit toujours victorieuse, par la toute puissance divine. Enfin le préfet fit une dernière tentative, vomie tout entière par l'enfer. Il menaça de la faire conduire dans un lieu infâme pour la déshonorer en lui faisant perdre sa virginale pureté. Mais la sainte lui répondit: "Ne vous excitez pas davantage, ô Préfet, car il n'y a rien au monde capable de me faire quitter l'Epoux que j'ai choisi; si je refuse le mariage de votre fils, je ne me laisserai pas abuser jusqu'au point d'adorer des statues insensibles, qui n'ont ni oreilles, ni langue, ni vie. Vous me menacez de me faire traîner dans un lieu d'infamie, pour y exposer ma pureté: c'est ce que je ne crains pas; parce que j'ai avec moi un Ange qui est l'un des serviteurs innombrables de mon Epoux, par lequel je serai sauvegardée et qui prendra ma défense d'une manière merveilleuse, et mon Seigneur Jésus, que vous ne connaissez pas, m'environne de toutes parts, comme mur que l'on ne saurait forcer." Lorsqu'elle fut contrainte d'entrer en ce lieu d'infaillie, elle y trouva un Ange pour la défendre et une robe, plus blanche que la neige, pour la couvrir, et belle robe, lui-même fut éclairé d'une très brillante lumière. Les jeunes Romains, au coeur corrompu, en entrant dans cette chambre furent éblouis de ce qu'ils voyaient; et, ils en sortaient chastes et convertis, par la vertu de la grâcedivine qui agissait sur leur âme.
Procope, qui était le principal motif de la cruauté que l'on avait exercée contre l'innocente Agnès, voulant accomplir son mauvais dessein, entra dans la chambre comme les autres et sans regarder ce qui y paraissait d'admirable, il voulut lui faire violence ; mais il fut prévenu par l'ange qui la gardait, lequel, le frappant au coeur, le renversa raide mort à ses pieds. Les autres jeunes Romains, ses compagnons, et aussi débauchés que lui, l'attendaient à la porte ; et, voyant qu'il tardait trop, ils entrèrent au bout de queique temps, et le trouvant étendu sur la place, ils sortirent en poussant des cris: "Venez, .ô Romains, venez; car Agnès la sorcière a tué par ses charmes le fils du Préfet." Ce bruit se répandant aussitôt par toute la ville, vint aux oreilles de Symphronius qui accourut plein de désespoir, au lieu où était le corps de son fils. Le voyant étendu, sans vie, il s'adressa à Agnès et lui dit tout ce que la rage et la fureur font dire quand elles emportent la raison; il l'appela furie sortie des enfers, sorcière enchanteresse monster né pour la désolation de sa vie, lui demandant avec d'horribles exécrations pourquoi elle lui avait ravi son fils, quelle injure elle pouvait en avoir reçue pour commettre ce crime, et si elle se tenait offensée de l'amour d'un homme de la qualité et du mérite de Procope: douce et innocente Agnès reçut ces invectives sans s'émouvoir et répondit avec modestie: "Je n'ai point ôté la vie à votre fils ; son effronterie et sa témérité ont seules causé sa mort. Ceux qui sont entrés ici avant lui en sont sortis librement, parce que voyant cette chambre pleine de clarté, ils ont rendu au grand Roi du Ciel l'honneur qui lui est dû; ils ont su que quand j'étais dépouillée, il m'a revêtue d'une robe éclatante; que quand j'étais seule et abandonnée, il m'a préservé des insultes de mes persécuteurs, et qu'il a conservé ma virginité que je lui ai consacrée dès le berceau. Mais votre fils, transporté de fureur, sans avoir de respect pour mon Dieu, a voulu me faire violence: c'est pourquoi rAnge qui me garde l'a fait mourir misérablement."
Alors le Préfet lui dit d'une voix plus modérée: "Je te prie donc de rendre la vie à mon fils, afin que chacun, connaisse que tu ne la lui as pas ôtée par des charmes et, par l'art magique." La sainte lui répondit: "Votre aveuglement vous rend indigne de cette faveur ; mais, afin que la gloire de mon Epoux en soit mieux reconnue et que toute la ville de Rome sache le bonheur de ceux qui le servent avec fidélité, sortez de cette chambre, vous et ceux qui sont venus avec vous, tandis que je fera prière pour obtenir de Lui ce que vous désirez. Symĥronius étant sorti, Agnès se prosterna à terre, et le visage baigné de larmes, elle pria son Epoux bien-aimé de rendre la vie à Procope, qui n'était plus un homme, mais infâme cadavre. Pendant l'ardeur de son oraison, Ange du Ciel se présenta à elle, et l'exhortant à prendre courage, il ressucita celui pour qui elle priait. Il ne fallut plus d'autre héraut de la vérité que ce même fils de Symnphronius; car, sortant de cette chambre, il commença à crier: "Il n'est point d'autre Dieu au ciel ni sur la terre, en la mer ni dans les abîmes, que celui qui est le Tout-Puissant, adoré par les chrétiens ; c'est à lui seul dû tout honneur; lui seul doit être adoré; les idoles et que des esprits trompeurs qui nous abusent, afin de nous traîner avec eux en enfer."
Aussitôt que ces discours de Procope ressuscité vinrent aux oreilles des pontifes idolâtres, ils commencèrent, avec tout le peupe séduit par eux, à faire retentir leurs cris jusqu'aux nues : "Que la magicienne meure ! Que fasse mourir la sorcière, l'effrontée, l'infâme qui par ses charmes fait perdre l'esprit aux hommes, les fait devenir des bêtes, et comme un autre Circé, les transforme en des animaux privés de raison !" Le Préfet fut fort étonné de ces cris, parce qu'ayant vu, dans la sainte, si grandes merveilles, il eût bien voulu lui asuver la vie. Mais, ô triste mystère du coeur humain, se voyant accable de la fureur populaire et emporté par la violence idolâtres, il se laissa vaincre par la peur, et chargeant de juger cette cause son lieutenant Aspase se retira, selon la coutume des juges -timides, et craintifs qui, connaissant la vérité, n'ont pas le courage de la dé fendre!
_ Aspase commanda qu'Agnès fût amenée en sa pré sence, et ayant fait allumer un grand feu, il la fit jeter dedans. Mais la justice du ciel ne voulant pas souffrir que celle qui n'avait jamais été touchée du feu de la concupiscence fût consumée par 12 feu matériel, les flammes se divisèrent, la laissèrent saine et intacte, sans lui faire la moindre lésion, et tournèrent leur ardeur contre les idolâtres dont quelques-uns furent réduits en cendres, tandis que les autres jetaient mille sortes d'imprécations contre l'innoCénte enfant. Peur elle, toute pénétrée de joie et d'allégresse, elle se tourna vers son divin Epoux et lui dit : "O Dieu tout-puissant, digne de toute louange et de tout honneur, je vous loue et glorifie votre saint nom de ce que, par la vertu de votre Fils unique Jésus- Christ, j'ai.' vaincu la violence des tyrans et passé' par le chemin de l'impureté sans être souillée. Pour comble de merveilles, je vois que votre esprit céleste adoucit l'ardeur du feu, me rendant sa flamme douce et sa chaleur suave et que les bourreaux qui me tourmentent éprouvent eux-mêmes la violence de cet élément. Béni soit votre saint nom, ô Seigneur, puisque je vois déjà ce que je désirais, je jouis de ce que j'espérais, je tiens entre mes iras ce que j'aimais: mon coeur, ma langue, mon âme: tout mon être vous louent et vous. glorifient. Je vais à Vous, Dieu véritable, qui régnez avec votre Fils unique en union de l'Esprit saint, clans les siècles des siècles !"
Cette prière ne fut pas plus tôt achevée que le feu l''éteignit de telle sorte qu'il n'en demeura ni marque, ni vestige. Cependant Aspase, par un dernier acte de noire ingratitude et de lâche cruauté, et pour apaiser le tumulte populaire qui croissait de plus en plus, lui fit donner un Cep d'épée dans la gorge et aussitôt il sortit de cette plaie une telle abondance de sang que le corps de l'innocente vierge en fut tout couvert; et c'est ainsi qu'elle accomplit son martyre: c'était le 21 janvier de l'an 304. Son âme blanche et candide s'envola. vers son céleste Epoux, pour en jouir, dans la jubilation des Saints, durant toute l'éternité!
"0 vierge heureuse, ton âme brillante s'élance libre à travers les espaces; un groupe d'anges t'accompagne sur ic sentier lumineux!
"0 noble habitante des Cieux, incline vers nous ta tète ornée du double diadème des vierges et des martyres. Le Dieu suprême te donna de rendre pur le lieu même de l'impureté." (Prudence).
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Martyre de Ste-Christine; une jeune fille de dix ans.
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Comme la victoire du martyre est un des plus surprenants miracles de la toute-puissance de Dieu, elle est aussi une des plus rares merveilles de l'héroïsme de l'âme. fidèle; et cette gloire est : d'autant plus éclatante que la personne est d'une complexion plus délicate, d'un âge plus tendre et que les tounnents qu'elle endure sont plus rigoureux. Ce sont les trois circonstances qui parais sent avec éclat dans le triomphe de Sainte Christine. C'était une enfant qui n'avait que dix ans; et, néanmoins, elle souffrit de la cruauté de son propre père tout ce que la, rage des tyrans a jamais pu inventer de plus inhumain. Nous rapporterons ce que Saint Adon en a laissé par écrit en ce peu de paroles.
"Cette illustre vierge était de Tur, ancienne ville de Toscane, située sur les bords du lac Bolséna, mais qui, depuis, a été submergée par ses inondations. Son père qui en était le Préfet et le gouverneur art nom des empereurs, s'appelait Urbain ; il devint lui-même le bourreau de sa fille. Voici le sujet de sa colère : Christine, éclairée des célestes lumières et poussée d'un mouvement du Saint-Esprit, avait embrassé la foi de Jésus-Christ; ne se contentant pas de cela, elle avait enlevé toutes les idoles d'or et d'argent que son père adorait dans sa maison, et les avait mises en pièces pour en faire des aumônes aux pauvres chrétiens. Cette action de Christine fit monte ce père barbare à un tel excès de fureur, qu'il la mit sur le champ entre les mains des bourreaux qui, par son ordre la souffletèrent cruellement, la fouettèrent avec outrage et, enfin, par une cruauté inouïe, achevèrent de dee son corps si délicat, et déjà tout sanglant, avec des gril de fer; en sorte que les os étaient découverts dans plusieur de ses membres ; mais une douleur si cuisante fut loin d'abattre le courage de cette héroïque enfant ou de troubler la paix de son âme ; elle ramassait, sans étonnement, les lambeaux de sa chair et les présentait à son père qui rassasiait ses yeux de son supplice.
"Une action si surprenante, au lieu de toucher ce peur de tigre, ne servit qu'à l'irriter davantage. Il la fit cter dans une affreuse prison, chargée de fers et de naines ; puis il la fit attacher à une roue, un peu élevée le terre, qu'il fit arroser d'huile de tous côtés et sous agnelle il fit allumer un grand feu, afin que la roue, matit à tourner, le corps de cette petite et innocente enfant souffrit en même temps un double supplice. Mais un miracle du ciel en suspendit l'effet: le feu respecta ce corps si pur, et tournant ses .flammes sur une troupe l'infidèles que la curiosité et l'instinct barbare avaient fait, courir à ce spectacle, il en consuma un grand nombre.
"Le père à la vue de ce prodige qui le couvrit de confusion, lui et tous les idolâtres, fut en proie au plus violent dépit. Il fit ramener sa fille en prison ; mais elle y demeura pas sans secours: un Ange descendit dans son cachot, la consola, la guérit de ses plaies, et donna de cuvelles forces à son esprit et à son coeur. Ce père fleuré, ayant encore appris cette merveille, sa fureur "tenta un dernier effort. Il commanda aux bourreaux attacher à Christine une pierre au cou et de la précipiter dans le lac mais Dieu qui avait su la préserver des flammes, sut bien aussi la préserver des eaux. Le même Ange qui l'avait suivie clans le cachot l'accompagna dans le la ; et, l'ayant affranchie de toute crainte et de toute peine, il l'en fit sortir et l'amena sur les bords du rivage, Oa on la trouva aussi saine qu'auparavant. Ce fut ce dernier coup du ciel qui acheva de foudroyer ce père inhumain la rage qu'il eut de voir que les miracles ne cessaient point en faveur de sa fille, le mit tellement hors de lui- même, que le lendemain on le trouva mort clans son lit.
"Dion, qui fut son successeur dans le gouvernement de la ville, fut aussi l'héritier de sa cruauté. Il se déchaîna comme lui contre Christine; Il inventa mille sortes de supplices pour tourmenter cette jeune enfant de dix ans! Le plus rigoureux fut quand il la fit coucher dans un berceau de fer rempli d'huile bouillante mêlée de poix mais, Christine, que Dieu prenait plaisir à protéger à la face età la confusion des tyrans, avec un simple signe de croix sur elle-même, apaisa des ardeurs si cuisantes, et, par un saint défi aux bourreaux, elle leur dit qu"ils l'avaient mise dans ce berceau comme un enfant qui venait d'être régénérée la grâce par le baptême." Ces détestables ministres de Satan furent au désespoir de voir une enfant de dix ans triompher de tous leurs efforts et demeurer invulnérable au milieu d'un si dévorant supplice. Aussi ces êtres inhumains oubliant tout respect et toute réel tants outrages, dans le temple d'Apollon pour l'obliger a pudeur, traînèrent cette innocente enfant, avec des présenter de l'encens à cette fausse divinité. Mais elle fut pas plus tôt entrée, que, par un nouveau miracle,du Tout-Puissant, l'idole se brisa en pièces, le tyran tomba raide mort, et la vue de ce double évèneemnt toucha tellement le coeur de ceux qui étaient présents, que trois mille de ces païens se convertirent à la foi.
"Après la mort de ce nouveau préfet, Sainte Christine passa encore entre les mains d'un troisième nommé Julien; car ce tyran, croyant qu'il y allait de son honneur de venger la honte et même la mort de ceux qui l'avaient précédé dans sa charge, éprouva encore sur elle tout ce qu'il put de tourments. D'abord, il la fit jeter dans une fournaise ardente pour y être consumée; mais Dieu, voulant renouveler en sa personne l'ancien miracle des trois enfants de la fournaise de Babylone, rendit ces flammes impuissantes et permit que la jeune sainte y demeurât cinq jours sans en rien souffrir. Alors les hommes se trouvant au bout de leur malice, résolurent d'avoir recours au démon. Ils s'adressèrent à un magicien qui jeta dans la prison de notre admirable martyre une quantité d'horribles serpents, d'aspics et de vipères, afin de la faire mourir par le venin; mais cette invention diabolique ne servit qu'à relever davantage sa gloire et à la faire triomplier de ces affreux reptiles, après avoir vaincu les éléments. Après cela, on lui coupa la langue, mais elle ne perdit pas par cette nouvelle cruauté l'usage de la parole; Par un nouveau miracle, elle faisait entendre avec plus deforce que jamais les louanges du vrai Dieu qu'elle adorait, Enfin, Julien perdant toute patience, la fit attacher à un poteau où son corps fut percé de flèches, jusqu'à ce qu'elle eût rendu son âme à Dieu dans ce dernier supplice : et c'est ainsi que cette candide enfant de dix ans, après une série d'étonnants miracles opérés par la main du Très-Haut cueillit la palme d'une des plus illustres martyres de Jésus-Christ.
En conclusion c'est ainsi qu'après trois siècles de persécutions sanglantes, des millions de martyres, de tout âge, de tout sexe, de toute condition, passèrent rapidement par les grandes eaux de la tribulation, pour aller s'asseoir au Banquet de l'Agneau, dans le Paradis des Élus, au milieu des enivrantes jouissances d'un bonheur et d'une gloire qui ne finiront jamais!
O Paradis, Paradis! aurons-nous aussi un jour place au Banquet de l'Agneau, au sein de vos ineffables délices ! Notre peu de mérites ne nous en rend pas dignes; mais nous espérons en la miséricorde infinie de notre Dieu. Oui, Seigneur, nous aussi nous avons l'espérance du Paradis, et vous ne permettrez pas que nous soyons à jamais çonfondus!
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Références |
(1) Sur la vie de Sainte Thècle, l'antiquité et l'authenticité de ses Actes, cfr. Dom Leclercq, O. S. B. Les Martyrs.. Paris Oudin, 4 vol. (tome 1). |
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