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Sommaire.
— L'Ascension:
— Les Justes de l'Ancienne Loi.
— Les Apôtres: Prélude.!
— Passion et Martyre de Saint Pierre:
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Les temps sont accomplis. Les Patriarches et les Prophètes, les Justes de l'Ancienne Loi et toutes les âmes droites qui avaient connu, adoré, et servi le Dieu véritable, créateur de tout l'univers, et qui avaient cru d'une foi divine au Messie à venir, au Rédempteur du genre humain, vont recevoir leur éternelle récompense.
Le jour de l'Ascension "s'est levé radieux ; la terre ui s'émut à la naissance de l'Emmanuel éprouve un tressaillement inconnu : l'ineffable succession des mystères de l'Homme-Dieu est sur le point de recevoir son dernier compément. Mais l'allégresse de la terre est montée jusq'aux cieux ; les hiérarchies angéliques s'apprêtent à princes sont attentifs aux qpuoi portes, prêts à les lever quand le signal de l'arrivée du Triomphateur va retentir. Les âmes saintes, délivrées des limbes depuis quarante jours, Jérusalem, attendant l'heureux moment où la voie du ciel, fermée depuis quatre mille ans par péché, s'ouvrant tout-à-coup, elles vont s'y précipites à la suite de leur Rédempteur. L'heure presse, il est temps que notre divin Ressuscité se montre et qu'il reçoive les adieux de ceux qui l'attendent d'heure en heure, et qu'il doit laisser encore dans cette vallée de larmes.... Plus heureuses, les âmes des Justes, délivrées ,des limbes, l'ont suivi dans son Ascension rapide, et elles jouissent pour l'éternité des délices de sa présence." (Année Litus Ascension.)
Les Apôtres, après le départ de leur divin Maître quittent la montagne des Oliviers et se retirent au Cénacle, pour y attendre dans le recueillement de la prière, le céleste Paraclet qui doit les transformer en des hommes nouveaux. Car nous savons par le saint Évangile que " tout le temps qu'ils avaient été avec Jésus-Christ, ils n'avaient montré que des sentiments conformes à la bassesse de leur condition, partageant même les idées charnelles que les Juifs s'étaient faites du Messie. C'étaient des hommes craintifs, pusillanimes, qui avaient renié ou abandonné leur Maître dès qu'ils l'avaient entre les mains de ses ennemis. S'ils eussent toujours conservé le même caractère, le chistrianisme serait resté enseveli dans le tombeau de son Fondateur. Mais n'en a pas été ainsi. Le jour de la Pentecôte nous offre une nouvelle scène. On y voit ces hommes, jusqu'alors si faibles et si timides, prêcher aux Juifs la résurrection de Jésus-Christ, leur reprochant, en face, de l'avoir crucifié. désormais, ni la haine de la synagogue, ni la fureur du people, rien ne les arrête, parce qu'ils ne craignent rien; une joie pour eux de souffrir les affronts, la mort meme pour le nom de Jésus.
‘‘ Dès lors, on voit les apôtres et leurs successeurs en butte à la haine de la synagogue et des pharisiens, à la tyrannie des empereurs et des rois, à la cruauté des gouverneurs et des magistrats, à la fureur des peuples. Durant trois siècles la persécuton n'a pas cessé de sévir contre les chrétiens : on publia contre eux des édits anguinaires ; on les condamnait à mort uniquement parce étaient chrétiens et qu'ils ne voulaient point renoncer au christianisme. Les gouverneurs des provinces ajoutaient encore à la cruauté de ces édits des empereurs : partout, dans l'empire romain, une population superstitieuse et féroce demande à grands cris le sang des chrétiens: leus tourments font partie des spectacles et des jeux publics.
" • ... On ne peut calculer le nombre presque infini les victimes qui ont été immolées durant cette longue période de trois cents ans. C'étaient des chrétiens de l'un et de l'autre sexe, de tout âge, de toute condition, de tout rang qui affrontaient la mort avec un calme, un sang froid jeta dans l'administration et jusque dans la stupeur, les cruels tyrans eux-mêmes(1).
Et d'où venait cette force et cette indomptable constance à tous ces illustres martyrs ? Rien ne saurait mieux répondre à cette question que l'admirable lettre écrite par l'Eglise de Smyrne à l'Eglise de Philadelphie et à toutes les Eglises catholiques, sur l'héroïques martyr de son vénérable évêque Saint Polycarpe : "Qui pourrait n'être pas ému d'admiration à la .vue de ces hommes incomparables pour qui les tortures et les chevalets, les fouets armés de pointes, le fer des bourreaux et les flammes d'un bucher ardent n'étaient qu'un doux et agréable rafraîchissement ? Ils voyaient sans pâlir couler leur sang par mille ouvertures que la cruauté des tyrans avait faite à leur corps ; ils regardaient d'un- oeil tranquille leurs entrailles palpitantes. Le peuple, ému d'un spectacle si plein d'horreur, ne pouvait retenir ses larmes; les martyrs seuls, fermes, inébranlables, ne laissaient pas même échapper un soupir, pas un gémissement, pas un cri ; leur bouche, fermée à la plainte, ne s'ouvrait que pour bénir le nom du Seigneur. Ils se présentaient, sans résistance, aux supplices ; mais ils souffraient en silence, et leur 'patience n'était pas moins digne d'admiration que leur générosité.
" Dieu, qui du haut du ciel jetait des regards de complaisance sur ces illustres combattants, non seulement les animait au combat par l'espérance "prochaine d'une récompense éternelle, mais aussi faisait couler dans leurs membres déchirés une vertu secrète qui tempérait la violence de leurs maux, et qui, soutenant par sa force toute divine leur âme attaquée de tous côtés, la rendait victorieuse de la douleur malgré la faiblesse de leur corps les excitait même de la voix ; il faisait briller à leurs yeux les couronnes qu'il leur préparait. De là venait le mépris qu'ils faisaient des juges ; de là cette constance invincible; de là ces désirs violents de sortir de ce triste séjour qu'une faible et sombre lueur n'éclaire qu'avec peine, pour aller jouir dans la terre des bieheureux de cette lumière vive et pure qui sort du sein de Dieu comme d'une sotirce féconde et inépuisable ; de là, enfin naissait ce sage et judicieux discernement qui leur faisait préférer la vérité au mensonge, le ciel à la terre, l'éternité au temps. Une heure de souffrance leur acquérait des 'joies sans fin..."
L'Apôtre Saint Paul enseigne d'une manière très claire où les martyrs puisent cette constance invincible, au milieu des plus affreuses tortures ; dans son Epitre aux Hébreux, il s'exprime ainsi : " Rappelez en votre mémoire, dit-il à ses nouveaux convertis, rappelez ce premier temps, où après avoir été illuminés (par le baptême), vous avez soutenu de grands combats dans les diverses afflictions ayant été d'une part exposés devant tout le monde aux injures et aux mauvais traitements ; et, de l'autre, ayant été compagnons de ceux qui ont souffert de Pareils outrages. Car vous avez compati à ceux qui étaient dans les chaînes, et vous avez vu avec joie tous vos biens pillés, sachant que vous aviez d'autres biens plus excellents et qui ne périrent jamais. Ne perdez doue pas la confiance que vous avez, et qui doit être réceti, pensée d'un grand prix. Car la patience vous est nécessaire, afin que, faisant la volonté de Dieu, vous puissiez obtenir les biens qui vous sont promis. Encore un peu de temps, et celui qui doit venir viendra et ne tardera point (2). Or, le juste qui m'appartient vivra de la foi. Que s'il se retire, il ne me sera pas agréable, Pour nous, nous n'avons garde de nous retirer, en perdant courage, ce qui serait notre ruine; mais nous demeurons fermes dans la foi pour le salut de nos âmes.
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" Or la foi est le fondement des choses que l'on doit espérer, et une pleine conviction de celles qu'on ne voit point. Car c'est par la foi que les anciens pères ont reçu (de Dieu) un témoignage (si avantageux). C'est par la foi que nous savons que le monde a été fait par la parole de Dieu et que tout ce qui était invisible auparavant est devenu visible.
" C'est par la foi qu'Abel offrit à Dieu une plie excellente hostie que Caïn, et qu'il est déclaré juste, Dieu lui-même rendant témoignage à ses dons; et c'est à cause de sa foi qu'il parle encore après sa mort. C'est par la foi qu'Enoch a été enlevé du monde, afin qu'il ne mourilt pas ; et on ne l'y a plus vu, parce que Dieu ravit transporté ,ailleurs). Car l'Ecriture lui rend ce témoignage, qu'avant que d'avoir été ainsi enlevé, il plaisait à Dieu. Or, il est impossibe de plaire à Dieu sans la foi car pour s'approcher de Dieu, il faut croire premièrement qu'il y a un Dieu, et qu'il récompensera ceux qui le cherchent...” Et l'Apôtre continue à rappeler la foi de Noé, d'Abraham et de tous les anciens Patriarches jusqu'à entrée du Peuple de Dieu dans la Terre Promise. Là, il s'écrie: " Que dirai-je davantage? Le temps me manquera, si je veux parler encore de Gédéon, de Baraç, de Samson, de Jephté, de David, de Samuel et des prophètes, qui, par la foi ont conquis les royaumes, ont accompli les devoirs de la justice, ont reçu l'effet des promesses, ont fermé la gueule des lions, ont arrêté la violence du feu, ont évité le tranchant des épées, ont été guéris de leurs maladies, ont été remplis de force et de courage dans les combats, ont mis en fuite les armées des étrangers, et ont rendu aux femmes leurs enfants qu'ils avaient ressuscités après leur mort. Les uns ont été cruellement tourmentés, ne voulant point racheter leur vie présente, afin d'en trouver une meilleure dans la résurrection : les autres ont souffert les moqueries et les fouets, les chaînes et les prisons. Ils ont été lapidés, ils ont été sciés, ils ont été éprouvés (en toute manière), ils sont morts par le tranchant de l'épée; ils étaient errants à et là, couverts de peaux de brebis et de peaux de fièvres, étant abandonnés, affligés, persécutés. Eux dont le monde n'était pas digne, (ils ont passé leur vie) errants
dans les déserts et dans les montagnes, et se retirant dans les antres et dans les cavernes de la terre. Cependant toutes ces personnes à qui l'Ecriture rend un témoignage si avantageux à cause de leur foi, n'ont point reçu la récompense promise, Dieu ayant voulu, par une faveur particulière qu'il nous a faite, qu'ils ne reçussent qu'avec' nous l'accomplissement de leur bonheur.
"Puis donc que nous sommes environnés d'une si grande nuée de témoins, dégageons-nous de tout ce qui nous appesantit, et du péché dont nous sommes environnés, et coùrons par la patience dans cette carrière qui nous est ouverte, jetant les yeux sur Jésus, comme sur l'auteur et le consommateur de la foi, qui dans la vue de la joie qui lui était proposée, a souffert la croix, en méprisant la honte, et qui maintenant est assis à la droite du trône de Dieu."
Notre Seigneur avait dit, avant le grand Apôtre: Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, parce que le royaume des cieux leur appartient. Vous êtes heureux, lorsque les hommes vous maudissent et vous persécutent et disent faussement toute sorte de mal de vous, à cause de moi. Réjouissez-vous et tressaillez de joie, parce que votre récompense est grande dans les cieux ; car c'est ainsi qu'ils ont persécuté les prophètes qui ont été avant vous... Mais gardez-vous des hommes ; car ils vous feront comparaître dans leurs assemblées, et vous flagelleront dans leurs synagogues.
Et vos serez conduits à cause de moi devant les gouverneurs et les rois, en témoignage pour eux et pour les nations. Lors donc que l'on vous livrera, ne pensez ni comment ni ce que vous devrez dire; il vous sera donné, en effet, à l'heure même, ce que vous devrez dire. Car ce n'est pas vous qui parlez, niais l'Esprit de votre Père qui parle en vous."
Les Apôtres et les Martyrs, dont nous allons rappeler brièvement la glorieuse mort, avaient compris ces divins enseignements, et, avec l'aide de la grâce, ils les ont mis héroïquement en pratique. Dieu, comme le dit le Prophète royal, s'est montré vraiment admirable dans ses saints. Mais si nous ne sommes pas appelés, comme eux, à verse, notre sang pour le Christ, au moins tâchons d'arriver, comme eux, à la vie éternelle, en marchant, avec Foi, dans la voie de ses saints commandements : car, nous sommes les enfants des saints et (comme eux) nous attendons cette vie (meilleure) que Dieu doit donner à ceux qui ne violent jamais la fidélité qu'ils lui ont promise (Tob.II 18).
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La passion et le martyre de Saint Pierre, Prince des Apôtres
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Le pape Saint Liu adressa aux églises d'Orient un récit circonstancié sur la passion et le martyre de Saint Pierre . Voici les principaux passages de ce document mémorable.
" Après avoir longtemps et par différentes sortes d'instructions annoncé la voie du salut ; opéré, en présence du peuple, d'éclatants miracles ; livré pour le nom de Jésus-Christ de nombreux combats à Simon le Magicien et à plusieurs autres hérauts de l'Antéchrist ; après avoir enduré des souffrances multipliées, les rigueurs de la flagellation, les ténèbres et l'horreur des prisons, le bienheureux Pierre tressaillait de joie dans le Seigneur, lui rendait grâces jour et nuit avec les Frères, à la vue de la multitude qui venait pour embrasser la foi de Dieu et de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Constamment appliqué à la prière et à la prédication, ainsi qu'aux autres devoirs de la piété, spécialement à ceux de la charité et de la chasteté, il faisait pénétrer la grâce dans le coeur de ceux qui venaient l'entendre, il exhortait ceux qui croyaient en Jésus-Christ, à vivre selon les règles de la pudeur et de la continence. En effet, à la vue de la puissante domination qu'elle exerçait sur le monde, la grande ville de Rome avait conçu des sentiments d'orgueil et pris des airs de faste; elle s'était, par cette raison même, comme cela arrive d'ordinaire dans l'opulence et dans une oisive sécurité, laissée dominer par le dérèglement du sensualisme. Car très souvent l'orgueil del'esprit est accompagné du déshonneur de la chair.
" Il arriva donc que les discours du bienheurac Pierre inspirèrent à plusieurs femmes de différents âges, des classes nobles et puissantes, un grand amour de la chasteté: la plupart même des dames romaines pr la résolution de conserver purs leurs coeurs, en même temps que leurs corps, autant qu'il dépendait d'elles. Mais comme le temps approchait, où la fidélité et les souffrances du bienheureux Apôtre devaient être récompensées, le chef du parti de la perdition vint s'opposer au progrès de l'Evangile : l'antéchrist Néron, qui était l'iniquité consommée, ordonna que l'Apôtre fût enchaîné et mis dans une prison affreuse.
"Les Fidèles conjuraient l'Apôtre avec des plaintes, des gémissements et des larmes de sortir de la prison par rentremeise de ceux à qui la garde de cette affreuse prison était confiée et de conserver ainsi sa précieuse vie pour le bien de l'Eglise naissante. Pierre, entendant venir ces plaintes de toutes parts, comme il était compatissant au-delà de toute expression, et qu'il ne pouvait jamais sans pleurer voir les larmes des affligés, fut vaincu par tant de pleurs; il leur dit : "Que personne de vous ne m'accompagne, je sortirai seul après avoir changé de costume". En effet, la nuit suivante, après avoir célébré l'office, il fit ses adieux aux fidèles, leur donna sa bénédiction en les recommandant à Dieu, puis il partit seul. Dans sa route, les courroies qui servaient à le lier tombèrent d'elles-mêmes. Or, dès qu'il voulut sortir par la porte de la ville, il vit le Christ se présenter à sa rencontre ; il l'adora, et lui dit: "Seigneur, où allez-vous ? Domine quo vadis". Le Christ lui répondit : "Je vais me rendre à Rome, pour y être crucifié de nouveau.—Vous allez être crucifié de nouveau ? lui demanda Pierre.—Oui, lui répartit le Seigneur, je vais être encore attaché à la croix. — Pierre lui dit: Seigneur, je vais retourne: et je vous suivrai".
" Après qu'il eut achevé ces paroles, le Seigneur remonta au ciel. Pierre le suivit longtemps des yeux, versant des larmes de joie. Rentrant ensuite en lui-rnèrne, il comprit que le Seigneur lui avait, par ces paroles, annoncé la mort qu'il devait souffrir ; que ce Sauveur plein de bonté, qui souffre dans la personne de ses élus par un sentiment de compassion et qui manifeste sa protection par la gloire dont il honore leur martyre, devait encore souffrir dans la personne de son Apôtre. Il retourna donc sur ses pas, revint à la ville plein de joie, et glorifiant Dieu, il raconta à ses frères qu'il avait rencontré le Seigneur, et il leur dit comment le Sauveur lui avait déclaré qu'il allait être crucifié de nouveau en la personne de son Apôtre.
" Lorsqu'il eut annoncé qu'il allait souffrir la mort tous versèrent des larmes et jetèrent des cris; ils faisaient éclater leur douleur par des pleurs et des sanglots: "Bon pasteur, disaient-ils, considérez vos brebis: considérez combien il est utile que vous fortifiez par votre parole ceux dont la foi est encore si faible. Voyez combien ces coeurs chancelants ont besoin d'être raffermis par vous.Il est facile au Seigneur, répondit Pierre , de confirmer sans mes faibles paroles les coeurs de ses serviteurs. Car ceux qu'il a plantés, il les fera croître à un tel point de perfection, qu'ils pourront eux-mêmes planter. Pour moi, en ma qualité de serviteur, il est nécessaire que j'accomplisse la volonté du Maître. C'est pourquoi, s'il veut que je demeure encore -dans ce corps pour vous, je ne m'y refuse pas. Et si son dessein est que je souffre pour son nom et que, par mes souffrances, il daigne me recevoir, je suis heureux, je suis ravi de joie à la vue de son bienfait.
" Lors donc que par ces paroles et par d'autres Inblables il consolait les âmes de ses frères, et que ceux- ne pouvaient contenir leurs larmes, survint Héros avec quatre appariteurs et dix autres hommes qui l'appréhendèrent. Après l'avoir arraché du milieu des fidèles, ils le garrottèrent et l'allèrent présenter devant Agrippa, préfet de la ville. Agrippa le voyant, lui dit : "Vous êtes bien hardi de circonvenir le peuple et de persuader aux femmes de se séparer de leurs maris. Vous avez osé, à la honte des Juifs, introduire le culte de je ne sais quel Christ, et enseigner je ne sais quelle vaine doctrine, entièrement opposée à la religion et aux cérémonies sacrées de la Ville éternelle !
" Dans ce moment, la face de l'Apôtre devint brillante comme le soleil, et Pierre lui parla en ces termes : "Je vois où vous voulez en venir, ô vous, le flambeau du libertillage l'ami des voluptés illicites, l'inventeur des plus atroces cruautés, le persécuteur des innocents, le fauteur des hommes immoraux et pervers, l'artisan du mensonge, la demeure de Satan ! Vous ignorez la gloire que j'ambitionne, et c'est pour cela que vous dites que je cherche à m'emparer de la confiance des hommes et des femmes.—
Puisque vous savez, reprit Agrippa, que j'ignore ce en quoi vous vous glorifiez, faites-le moi connaître.
—Pierrel lui répondit : Que je n'aie point d'autre gloire que la Croix., de mon Maître et Seigneur Jésus-Christ, dont je suis lè serviteur.—Voulez-vous donc, dit Agrippa, être crucifié.) comme votre Seigneur et votre Dieu a été crucifié?
—,je ne suis pas digne, répondit Pierre, de rendre du haut de la Croix le monde témoin de mes souffrances ; mais je souhaite, quel que soit le genre de supplice qu'il vous plaise de me faire endurer, je désire ardemment imiter la passion du Christ". Alors Agrippa, cachant la passion de soit incontinence derrière une accusation de superstition, condamna l'Apôtre à être crucifié.
" Dès que cette nouvelle fut répandue, il se fit aussitôt un grand concours de peuple; les rues et les places ne pouvaient contenir les hommes de tout âge et de toute condition qui accouraient : riches, pauvres, veuves, orphelins, petits et grands, tous élevaient la voix et disaient hautement : "Pourquoi livre-t-on Pierre à la mort: Quel crime a-t-il commis ? En quoi a-t-il nui à la Ville? Il n'est pas permis de condamner 'un innocent ! On doit craindre que le Christ ne venge la mort d'un si grand homme, et que nous ne périssions tous. En même temps des foules de peuple se déchaînèrent contre Agrippa ; elles entreprenaient de délivrer Pierre et de lui conserver la vie : les voix tumultueuses du peuple se répondaient l'une à l'autre et Rome était dans le trouble et la confusion.
"Alors Saint Pierre s'arrêta un peu, puis monta sur une éminence ; de là, ayant par signe invité le peuple au silence il lui parla ainsi : "Romains qui croyez en Jésus-Christ et espérez en lui seul, rappelez-vous sa patience et que les prodiges qu'il a opérés à vos yeux par mes mains tous consolent. Attendez-le à son avènement, lorsqu'il tiendra rendre à chacun selon ses oeuvres. Ce que maintenant vous voyez se passer à mon égard, m'a été annoncé depuis longtemps par le Seigneur : Le disciple, disait-il, n'est pas au-dessus du Maître, ni le serviteur au-dessus de son Seigneur. Sachez donc que j'ai hâte d'arriver à ce.dernier terme, où, délivré de ce corps, je me présenterai au Seigneur. Si votre charité pour moi est sincère, si vous voulez me donner une véritable preuve de votre piété filiale, ne me retenez pas lorsque je vais à Dieu, ne m'empêchez point d'aller promptement auprès de Jésus-Christ. Demeurez donc paisibles, réjouissez-vous de mon immolation:afin que, joyeux, j'offre mon sacrifice au Seigneur. Car Dieu aime celui qui donne de bon coeur. "Ces paroles eurent peine à calmer la sédition, et à éther qu'Agrippa ne fût déchiré. Car ces foules de peuples pouvaient et désiraient vivement renverser ce préfet ; elles ne craignaient que de contrister l'Apôtre qui imitait l'exemple de son Maître, lorsque celui-ci disait: Je puis prier mon Père, et il m'enverra à l'heure même, si je le veux, plus de douze légions d'anges. Une multitude infinie suivit l'Apôtre et les appariteurs vers un lieu appelé Naumachie, près de l'obélisque de Néron, sur la montagne : Là était posée une croix.
Alors l'Apôtre considérant le peuple qui pleurait et voulait exciter une nouvelle sédition, lui parla ainsi : "Je vous en conjure, mes frères, n'empêchez point mon sacrifice. Ne cherchez. point à sévir contre Agrippa, n'ayez pas contre lui d'amer ressentiment, car il est l'artisan d'une oeuvre étrangère. L'auteur de ma mort corporelle c'est le démon, qui en cela abuse de la permission que le Seigneur lui a laissée. Il est irrité de voir que mon ministère évangélique lui a enlevé des vases d'ignominie, qui sont devenus des vaisseaux de continence, des temples de Jésus-Christ, des tabernacles d'honneur et de grâce. C'est pourquoi, mes frères et mes enfants, montrez-vous obéissants à mes recommandations... C'est maintenant le temps d'offrir mon sacrifice. Souvenez-vous des signes, des prodiges et des guérisons miraculeuses, que le Christ, par mon ministère, a opérés à vos yeux et en votre faveur. Les maladies corporelles de plusieurs n'ont été guéries qu'afin que les âmes de tous fussent sauvées.
Des corps morts ont été ressuscités, afin que les âmes mortes fussent rendues à la vie. Mais pourquoi tarder et ne pas m'avancer vers la Croix? Adieu, mes Frères, soyez patients et observez ce que je vous ai dit ; je vous recommande au Seigneur Jésus-Christ." Il avança alors, puis se tenant debout devant la Croix, il dit "0 Croix, dont le nom est un mystère caché! ô faveur ineffable, car dans le nom de la Croix est la paix ! ô doux, toi unis l'homme à Dieu, et le tira-s- magnifiquement de l'empire et du joug le Satan ! 0 Croix, toi qui, toujours par le moyen de la craie foi,représentes vivement au genre humain la Passion. du Sauveur du monde, et le rachat de tous les hommes jusqu'aux peuples alors captifs ! O Croix, toi qui chaque jour offres peuples fidèles la chair de l'Agneau immaculé, qui les réserves efficacement du mortel venin de l'antique serpent, et qui éteins sans cesse en faveur .du croyant l'épée flamboyante qui empêche l'entrée du paradis ! O Croix, toi qui établis chaque jour la paix entre le ciel et la terre, et remets sous les yeux du Père éternel la mort du Médiateur qui ressuscita d'entre les morts pour ne plus mourir; toi qui fus si heureusement chargée de renouveler incessamment ce grand mystère ; c'est pour toi que je ouffre violence ; maintenant que je touche au dernier terme de cette existence corporelle, je ne cesserai de faire connaître le secret mystère que Dieu a caché en toi, et que mon âme et ma vie n'ont jamais cessé de publier. O vous qui croyez en Jésus-Christ, ne regardez pas comme une croix ce qui apparaît ici à vos regards. Et maintenant surtout, ô vous qui pouvez m'entendre à cette dernière heure de ma vie temporelle, faites taire le langage des sens, élevez vos esprits : de ces apparences visibles, portez-les vers ce qui est invisible et vous comprendre qu'en Jésus-Christ, par la Croix, a été opéré le mystère du salut.
Rends à la terre le corps que tu en as reçu, Pierre , c'est 'me dette que tu dois acquitter par le ministère de ceux à- qui il appartient de tuer le corps.
"En même temps, il dit à ceux, qui commandaient les bourreaux: "Pourquoi perdez-vous le temps? Appariteurs, vous à qui je suis confié, que tardez-vous? Accomplissez l'ordre qui vous a été donné, dépouillez-moi de ce vêtement mortel, afin que, revêtu de celui de l'immortalité, je jouisse de la présence du Seigneur.
" Ensuite il fit une autre demande; il pria en ces termes ceux qui servaient les bourreaux: "Je vous prie, vous les ministres de mon véritable salut; de me placer dans mon crucifiement la tête en bas et les pieds en haut. Car il ne convient pas que le serviteur soit crucifié comme le Maître de l'univers a été crucifié pour le salut de tout le monde: je veux lui rendre gloire par ma mort. Je demande que vous m'accordiez—cette faveur, afin encore que mes yeux puissent directement contempler le mystère de la Croix, et que les paroles que j'adresseai de là à ceux qui m'environnent puissent être entendues plus facilement. Les hommes tournèrent donc la croix, en fixèrent le pied en haut, et les bras en bas.
" Dès que les exécuteurs eurent achevé le crue fiement, Pierre, voyant le peuple pleurer, commença à consoler en lui parlant du mystère de la Croix, il disaiT "O grand et profond mystère de la Croix ! ô ineffable invincible, lien de la charité! car c'est par la Croix (Dieu a tout attiré à lui. C'est là l'arbre de vie détruit l'empire de la mort. C'est par le fruit de cet arbi que vous m'avez ouvert les yeux, Seigneur ; ouvre, pareillement les yeux à tous ceux-ci, afin qu'ils cmplent aussi la consolation de la vie éternelle.
" A ces paroles, Dieu ouvrit, en effet, les yeux de ceux qui pleuraient et qui versaient des larmes sur les ouff rances de Pierre, et ils virent des anges présents avec des couronnes de fleurs de roses et de lis, et Pierre qui se tenait au sommet d'une croix droite, recevant de Jésus-Christ, un livre, où il lisait les paroles qu'il proférait. A cette vue, ils commencèrent à se réjouir et à manifester tellement leur joie en présence du Seigneur, que les incrédules et les bourreaux, voyant ainsi dans la joie et allégresse ceux qu'ils voyaient auparavant dans la :istesse et dans les pleurs, furent tout-à-coup comme frappés de stupeur et comme saisis de crainte...
" Le bienheureux Apôtre parlait ainsi au peuple avec sage joyeux et un air serein. Il s'écria alors et fit une prière en ces termes : "Ces paroles de vie, Seigneur Jésus-Christ, c'est vous-même qui me les avez fait connaître, vous m'avez révélé ce que j'ai annoncé touchant ce bois, cet arbre mystérieux ; je vous en rends grâces, non avec un coeur qui souvent admet quelque affection peu conforme à la sainteté, non avec des lèvres charnelles avec une langue qui profère le vrai ou le faux, ni avec paroles qu'articulent les orenes matériels ; mais je vous rends grâces, Roi clément, avec cette voix qui se comprend au milieu du silence, qui s'entend-non en public, non par le moyen des sons d'une bouche mortelle; cette parole ne vient pas de la terre, ni n'a rien de terrestre, elle ne s'écrit point dans des livres, elle n'a rien de matériel, elle ne touche personne d'une manière sensible.
Seigneur Jésus-Christ, vous qui êtes mon Roi et mon Maître, je vous rends grâces avec cet esprit qui vous croit, qui vous comprend, qui vous aime, qui vota embrasse et avec cette voix intérieure qui vous parle, cp vous interpelle, et dont les accents, formés par un esprit humble, sont entendus de vous seul. Mon Seigneur, mon Père, vous êtes plein d'une bonté amicale, vous êtc, l'auteur et le consommateur de notre salut. Vous êtes l'objet de mes désirs, vous êtes mon rafraîchissement et mes délices... C'est en vous que nous avons la vie, le mouvement et l'être. C'est pourquoi nous devons vous considérer comme tenant lieu Vous-même de tous les biens, afin que vous nous accordiez ceux que vous avez promis, que l'oeil n'a point vus, que l'oreille n'a point entendus, que le coeur de l'homme n'a point conçus et que TOUS avez préparés à ceux qui vous aiment. Conservez ces biens pour vos, serviteurs, faites-les entrer en participation, en possession de ces précieux avantages, parce que vous êtes le Pasteur éternel et souverainement bon, vous ,Têtes le véritable Fils de Dieu. Je vous remets, je vous ,recommande les brebis que vous m'avez confiées. Faites les vous-même entrer dans votre bercail ; conservez-lei, carr vous êtes vous-même la Porte, le Bercail, le Portier. Vous êtes vous-même leur pâturage et leur éternel aliment. A vous l'honneur et la gloire, avec le Père et l'Esprit-Saint, maintenant et dans tous les siècles des siècles !
” Dès que tout le peuple eut, à l'heure même, répondu : Amen, Pierre rendit l'esprit. Ainsi mourut cet Apôtre, qui avait alors près de quatre-vingts ans, après avoir gouverné l'Eglise de Rome pendant vingt-cinq ans, et porté la charge de Chef de la Chrétienté durant trente-huit ans, depuis la mort du Christ.
" Aussitôt Marcellus, fils de Marc, préfet de Rome, converti par Saint Pierre, et devenu l'un de ses plus fervents disicples, sans attendre l'avis de personne, déposa de la croix le corps du bienheureux Pierre, le lava avec du lait et avec du vin excellent. Ayant ensuite broyé des plumes aromatiques, pris quinze cents mines d'aloés, de myrrhe, de feuilles balsamiques et de stacté, avec différents autres aromates, il l'embauma avec soin. Il remplit aussi de miel d'Attique le tombeau neuf qu'il prépara, et après avoir oint le corps de parfums très précieux, il le déposa dans ce sépulcre.
" Dans cette oeuvre, il fut aidé par trois hommes aints qui apparurent aussitôt après que le bienheureux Apôtre eut expiré. Ils se disaient venus de Jérusalem en faveur des Fidèles de Rome. Personne ne les avait vus avant et personne ne put les voir dans la suite. Ils s'étaient joints à Marcellus, cet homme illustre qui après Voir quitté le parti de Simon le Magicien, s'était attaché la suite de Saint Pierre; ils transportèrent avec lui le corps de l'Apôtre et le placèrent au pied d'un térébinthe, res d'un lieu appelé Naumachie et qu'on nomme encore Vatican . Or, ces hommes qui se dirent venus de Jérusalem, parlèrent au peuple: "Réjôuissez-vous, et félicitez-vous ! car vous avez mérité d'avoir de grands patrons! • Ce sont les amis de Notre-Seigneur Jésus- Christ !..."
" Quant aux Fidèles de Rôme, ils se réjouissaient (encore) en présence du Seigneur, de ce que le bienheureux apôtre Saint Pierre leur apparaissait souvent et les fortifiait par ses paroles. Ils glorifiaient donc ensemble Dieu le Père Tout-Puissant et le Seigneur Jésus- Christ, avec le Saint-Esprit. A lui soient la gloire, la puissance et l'adoration dans les siècles des siècles! Amen."
Ce n'est pas le lieu de rapporter les éloges que les Conciles et les Pères de l'Eglise ont donné à notre saint Apôtre. Il suffit de dire que Saint Denis l'Aréopagite l'appelle la Gloire souveraine, le plus haut Ornement, le Pilier et la très-forte et très-ancienne Colonne de tous les théologiens ; et que Saint Jean Chrysostôme le nomme le Maitre des Apôtres, le Principe de la foi orthodoxe, le grand Interprète des mystères de Jésus-Christ, le Conseiller nécessaire des chrétiens, le Trésor des vertus surnaturelles, le Temple de Dieu, le Flambeau qui éclaire toute la terre, la Pierre solide de la religion et la Source ancienne des véritables sentiments de l'Eglise. Il témoigne aussi que Pierre est son inclination et son amour, et qu'il ne peut penser à lui sans être rempli d'un étonnement ,élé de joie. Enfin, il souhaite que les clous (3) de Pierre, comme autant de pierres précieuses, lui composent ine couronne, dont il se trouverait plus orné que de tous diadèmes des empereurs.
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Références |
(1) Mgr Gousset—Théol. Dogm.
(2) Jésus-Christ pour le jugement, dans le temps et dans l'éternité
(3) Nous avons pu, par faveur spéciale, vénérer et prendre ''ans nos mains un de ces clous, à la Basilique des Douze \•Pôtres, à Rome . Ce clou est une véritable barre de fer : est de forme carrée, mesurant environ deux pouces en épaisseur et dix pouces en logeuur. On devine aisément par là, les indicibles douleurs que le saint Apôtre a dû endurer dans son crucifiement, par amour pour son adorable Maitre. .
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