CHAPITRE DEUXIEME : |

Sommaire.
Tout être est créé pour le bonheur.
Traité des Anges.
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Tout être est créé pour le bonheur.
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Ouvrage d'un Dieu infiniment bon, tout être est créé pour le bonheur. Le bonheur de l'être consiste dans son union avec la fin pour laquelle il a été créé., Tous les êtres ayant été créés par Dieu et pour Dieu, leur bonheur donc consiste dans leur union avec Dieu. Dans les êtres intelligents, faits pour connaître et pour aimer, cette union a lieu par la connaissance et par l'amour. Développés autant que le permettent les forces de la nature, cette connaissance et cet amour constituent le bonheur naturel de la créature.
Dieu ne s'en est pas contenté. Afin de procurer aux êtres doués d'intelligence un bonheur infiniment plus grand, sa bonté, essentiellement communicative, a voulu que les anges et les hommes s'unissent au Bien suprême par une connaissance beaucoup plus claire et par un amour beaucoup plus intime que ne l'exigeait leur bonheur naturel de là, le bonheur surnaturel. De là aussi deux sortes de connaissances de Dieu ou de la vérité: une connaissance naturelle, qui consiste dans la vue de Dieu, autant que la créature en est capable par ses propres forces ; une connaissance surnaturelle, qui con- site dans une vue de Dieu, supérieure aux forces de la nature et infiniment plus claire que la première. Cette seconde connaissance est une faveur entièrement gratuite. Etres libres, les anges et les hommes doivent, pour s'en assurer la possession, remplir les conditions auxquelles Dieu la promet.
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Traité des Anges.
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Existence des Anges
Les anges sont des créatures incorporelles, invisibles, incorruptibles, spirituelles, douées d'intelligence et de volonté. La foi du genre humain, la raison, l'analogie des lois divines se réunissent pour établir sur un fondement inébranlable le dogme de l'existence des anges.
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Création des Anges. (S. Thomas, P. le q. 6i.a. 3).
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Les anges ont-ils été créés avant le monde corporel ?
Réponse :
Puisque les anges ont été créés pour que l'univers soit complet, il est plus probable que Dieu les a créés avec l'univers qu'auparavant.
Il faut toutefois savoir qu'à cet égard il y a deux sentiments parmi les Pères. Mais il nous semble plus propable que les anges ont été créés simultanément avec les êtres corporels. En effet, les anges sont une partie de l'univers. Ils ne constituent pas par eux-mêmes un monde à part; sa, mais ils entrent aussi bien que les corps dans la constitution d'un seul et même monde. C'est ce qui ressort évidemment des rapports que les créatures ont entre elles. Car ces relations réciproques contribuent au bien et à la perfection de l'ensemble. Or, il n'y a pas de partie qui soit parfaite, quand on la sépare du tout auquel elle appartient. Il n'est donc pas probable que Dieu, dont les oeuvres sont parfaites, d'après ce que nous lisons au Deutéronome (xxxiI, 4) ait créé l'ange à part avant les autres créatures. Cependant le sentiment contraire ne peut être considéré comme erroné, surtout à cause de l'opinion de Saint Grégoire de Nazianze (1) qui est d'un si grand poids dans l'Église, parce qu'on n'a jamais trouvé dans ses écrits rien à reprendre, selon l'observation de Saint Jérôme.
Dans quel état les anges ont-ils été créés et comment ont-ils obtenu la béatitude?
Saint Thomas répond à cela dans la question 62e de la Ire partie de sa Somme:
Art. 1. Les anges ont-ils été créés bienheureux?
Dieu a créé les anges heureux, d'un bonheur naturel, mais non d'un bonheur surnaturel.
Art. 2. L'ange a-t-il eu besoin de la grâce pour se porter vers Dieu?
L'ange n'a pu se tourner vers Dieu sans le secours de la grâce divine.
Art. 3. Les anges ont-ils été créés dans la grâce?
Il est plus probable que les anges ont été créés dans la grâce que sans elle.
Art. 4. L'ange heureux a-t-il mérité sa béatitude?
Comme il n'y a que Dieu qui soit naturellement heureux de toute éternité, il a fallu que les anges fussent créés par Dieu dans la grâce pour qu'ils méritassent leur béatitude surnaturelle.
Art. 5. L'ange a-t-il obtenu la béatitude immédiatement après son premier acte méritoire ?
L'ange a obtenu la béatitude après le premier acte de charité qu'il a produit.
Il faut répondre que l'ange a été heureux immédiatement après le premier acte de charité par lequel il a mérité de l'être. La raison en est que la grâce perfectionne la nature conformément à la manière dont la nature doit être perfectionnée. Car toute perfection doit être reçue dans le sujet qu'elle perfectionne suivant sa manière d'être. Or, le propre de la nature de l'ange c'est d'acquérir sa perfection naturelle, non par degré, mais tout d'un coup, par sa seule nature, comme nous l'avons prouvé plus haut (art. I de cette même question). Ainsi comme l'ange dans l'ordre de la nature arrive immédiatement après son existence à sa perfection naturelle, de même dans l'ordre de la grâce, il doit arriver à la béatitude immédiatement après l'avoir méritée...
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Nature des anges.
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Nous l'avons déjà dit: les anges sont incorporels, c'est-à-dire qu'ils n'ont pas de corps avec lesquels ils soient naturellement unis. La raison en est qu'étant des êtres complètement intellectuels et subsistant par eux-mêmes, forinae subsistentes, comme parle Saint Thomas, ils n'ont pas besoin de corps pour être parfaits. Si l'âme humaine est unie à un corps, c'est qu'elle n'a pas la plénitude de la science et qu'elle est obligée de l'acquérir par le moyen des choses sensibles. Quant aux anges, étant parfaitement intellectuels par leur nature, ils n'ont rien à apprendre des créatures matérielles, et le corps leur est inutile.
Il résulte de là que les anges ne peuvent, comme les âmes humaines, être unis essentiellement à des corps et devenir une même personne avec eux. Ils sont, par conséquent, incapables d'exercer aucun acte de la vie sensible ou végétative, comme voir corporellement, entendre, manger et autres choses semblables. De l'air ou d'une autre matière déjà existante, ils peuvent cependant se former des corps et leur donner une figure et une forme accidentelle. L'archange Raphaël disait à Tobie: " Lorsque j'étais avec vous par la volonté de Dieu, je paraissais manger et boire; mais je fais usage d'aliments invisibles."
Ainsi, l'apparition des anges sous une forme sensible n'est pas une vision imaginative. La vision imaginative n'est que dans l'imagination de celui qui la voit ; ene échappe aux autres. Or, l'Écriture nous parle souvent d'anges apparaissant sous des formes sensibles, et qui sont vus indistinctement de tout le monde. Les anges qui apparaissent à Abraham sont vus par le patriarche, par toute sa famille, par Loth et par les habitants de Sodome. De même, l'ange qui apparaît à Tobie est vu par lui, par sa femme, par son fils, par gara et par toute la famille de Sara.
De la simplicité ou incorporéité de leur nature, il résulte que les anges sont incorruptibles. Exempts de langueurs et de maladies, ils ne connaissent ni le besoin de la nourriture ou du repos, ni les faiblesses de l'enfance, ni les infirmités de la vieillesse. Il en résulte encore qu'ils sont doués d'une beauté, d'une intelligence, d'une agilité et d'une force incomprhs:ble à l'intelligence humaine.
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Beauté.
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Dieu est la beauté parfaite et la source de toute beauté. Plus un être lui ressemble, plus il est beau. Les cieux sont beaux, la terre est belle, parce que les cieux et la terre reflètent quelques rayons de la beauté du Créateur. De tous les êtres matériels, le corps humain est le plus beau, parce qu'il possède à un degré plus élevé la force et la grâce, dont l'heureuse union donne son cachet à la beauté. L'âme est plus belle que le corps, parce qu'elle est l'image plus parfaite de la beauté éternelle. A son tour, parce qu'il est une image incomparablement plus parfaite de cette beauté, l'ange est incomparablement plus beau que l'âme humaine. La beauté des anges est le rayonnement de leur perfection essentielle, et leur perfection essentielle, c'est l'intelligence. |
L'intelligence.
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Qui en dira l'étendue? Saint Thomas répond: " L'intelligence angélique est déiforme, c'est-à-dire que l'ange acquiert la connaissance de la vérité non par la vue des choses sensibles, ni par le raisonnement, mais par le simple regard. Substance exclusivement spirituelle, en lui la puissance intellectuelle est complète, c'est-à-dire qu'elle n'est jamais en repos comme dans l'homme, mais toujours en acte, de sorte que l'ange connaît actuellemmt tout ce qu'il peut naturellement connaître."
Il le connaît tout entier, dans l'ensemble et dans les détails, dans le principe et dans les dernières conséquences. " Les intelligences d'un ordre inférieur, comme l'âme humaine, ont besoin, pour arriver à la parfaite connaissance de la vérité, d'un certain mouvement, d'un certain travail intellectuel, par lequel elles procèdent du connu à l'inconnu . Cette opération n'aurait pas lieu si, dès qu'elles connaissent un principe, elles en voyaient instantanément toutes les conséquences. Telle est la prérogative des anges. En possession d'un principe, aussitôt ils connaissent tout ce qu'il renferme. Donc, pour connaître, ils n'ont besoin ni de chercher, ni de raisonner, ni de composer, ni de diviser ; ils regardent en eux-mêmes et ils voient. La raison en est que dès le premier instant de leur création, ils ont eu toute leur perfection naturelle et possédé dans leur esprit toutes les images de choses, parfaitement lumineuses, au moyen desquelles ils voient toutes les vérités qu'ils peuvent connaître naturellement. Leur entendement est comme un miroir parfaitement pur, dans lequel se réfléchissent et s'impriment sans ombre, sans augmentation ni diminution, les rayons du soleil de la vérité. Voilà pourquoi on les appelle intellectuels, et les âmes humaines, simplement raisonnables. Ainsi, il ne peut y avoir ni fausseté, ni erreur, ni déception dans l'intelligence d'aucun ange." |
A quoi s'étend la conna'ssance des anges?
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Elle s'étend à toutes les vérités 'de l'ordre naturel. Pour eux, le ciel et la terre n'ont rien de caché et, depuis qu'ils sont confirmés en grâce, ils connaissent la plupart des vérités de l'ordre surnaturel. Nous disons, la plupart, car jusqu'au jour du jugement où le cours des siècles finira, les anges recevront des communications nouvelles sur le gouvernement du monde et en particulier sur le salut des prédestinés. |
Agilité.
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De l'incorporéité des anges naît leur agilité. Etre fini, l'ange ne peut pas être partout en n1 me temps ; mais telle est la rapidité de ses mouvements, qu'ils équivalent presque à l'ubiquité. "L'ange, dit Saint Thomas , n'est pas composé de diverses natures, en sorte que le mouvement de l'une empêche ou retarde le mouvement de l'autre, comme il arrive à l'homme en qui le mouvement de l'âme est gêné par les organes. Or, comme nul obstacle ne le retarde ni ne l'empêche, l'être intellectuel se meut dans toute la plénitude de sa force. Pour lui l'espace disparaît. Ainsi, les anges peuvent, en un clin d'oeil, être dans un lieu, et en un autre clin d'oeil, dans un autre lieu fort éloigné du premier, sans durée intermédiaire." Telle est d'ailleurs leur subtilité, que les corps les plus opaques sent moins pour eux qu'un voile diaphane pour les rayons du soleil. |
Force.
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Comme l'agilité, la force des anges prend sa sôurce dans l'essence de leur être, qui participe plus abondamment que toute autre de l'essence divine, force infinie. Ainsi, l'une et l'autre surpassent tout ce que nous connaissons d'agilité et de force dans la nature, c'est-àdire qu'elles sont incalculables et s'exercent sur le monde et sur l'homme. |
Sur le monde
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Ce sont les anges qui lui impriment le mouvement. Inertes de leur nature, toutes les créatures matérielles sont nées pour être mises en mouvement par des créatures spirituelles, comme notre corps par notre âme. " C'est une loi de la sagesse divine, enseigne le Docteur angélique, que les êtres inférieurs soient mûs par les êtres supérieurs. Or, la nature matérielle étant inférieure à la nature spirituelle, il est logique qu'elle soit mise en mouvement par des êtres spirituels. Tel est l'enseignement de la philosophie. Or, la force d'impulsion dont les anges sont doués est si grande, qu'un seul suffit pour mettre en mouvement tous les corps du système planétaire ; et, bien qu'il soit à l'orient, suivant une antique croyance conservée même chez les païens, son action se fait sentir à toutes les parties du globe.
La conséquence naturelle de cette force d'impulsion est que les anges peuvent déplacer les corps les plus volumineux et les transporter où ils veulent, avec une rapidité qui échappe au calcul. Suivant Saint Augustin,. la force naturelle du dernier des anges est telle, que toutes les créatures corporelles et matérielles lui obéissent, quant au mouvement local, dans la sphère de leur activité, à moins que Dieu ou un ange supérieur n'y mette obstacle. Si donc Dieu le permettait, un seul ange pourrait transporter une ville entière d'un lieu dans un autre...."
Ainsi, d'après ces puissants génies, Saint Augustin et Saint Thomas d'Aquin, l'ordre merveilleux qui nous frappe dans la nature et surtout dans le firmament, loin d'être abandonné au hasard ou même au jeu fatal de forces aveugles régi par des lois immuables, est, dû à l'action continuelle des Princes de la Cité céleste.
" Malgré la rapidité effrayante qu'ils impriment à ces masses gigantesques, ils les maintiennent dans leur orbite, faisant parcourir à chacune sa route avec une précision mathématique. Un jour seulement, qui sera le dernier des jours, cette magnifique harmonie sera brisée. A l'approche du Souverain Juge, lorsque toutes les créatures s'armeront contre l'homme coupable, les puissants conducteurs des astres bouleverseront l'ordre du sytème planétaire. Alors les nations sècheront de crainte dans l'attente de ce qui doit arriver. |
Sur l'homme.
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En vertu de la même loi de subordination, les êtres spirtuels d'un ordre inférieur sont soumis à l'action des êtres spirituels d'un ordre plus élevé. Ainsi, l'homme est soumis, corps et âme, aux puissances angéliques, et les anges ne lui sont pas soumis. Il faudrait parcourir toute l'Écriture, si l'on voulait rapporter les différentes opérations des anges sur le corps de l'homme.
Citons seulement l'exemple du prophète Habacuc, transporté par un ange de la Palestine à Babylone, afin de porter sa nourriture à Daniel, enfermé dans la fosse aux lions. Citons encore l'armée du roi d'Assyrie, Sennachérib, dont cent quatre vingt cinq mille hommes sont taillés en pièces, par un ange, pendant la nuit....
Quant .à notre âme, les anges peuvent exercer, et dans la réalité ils exercent sur elle une action tour à tour ordinaire et extraordinaire, dont il est difficile de mesurer la puissance. L'entendement leur doit ses plus précieuses lumières. " Les révélations des choses divines, dit le grand Saint Denis, parviennent aux hommes par le moyen des anges."... |
Nombre des anges.
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Quand les Auteurs inspirés, admis à voir quelques-unes des réalités du monde supérieur, veulent indiquer la multitude des anges, ils ne parlent que de millions et de centaines de millions. -"J'étais attentif à ce que je voyais, dit Daniel, jusqu'à ce que les trônes fussent placés et que l'Ancien des jours s'assît. Son vêtement était blanc comme la neige, et les cheveux de sa tête comme une laine éclatante. Son trône était de flammes ardentes, et les roues de ce trône un feu brûlant. Un fleuve incandescent et rapide sortait de devant sa face. Mille milliers d'anges exécutaient ses ordres, et un million assistaient devant lui."
Témoin du même spectacle, Saint Jean continue : " Et je vis et j'entendis autour du trône, la voix d'une multitude d'anges, dont le nombre était des milliers de milliers." Or, depuis le commencement du monde, chaque prédestiné, et même chaque réprouvé, a pour gardien un ange de l'ordre inférieur ; il s'en suit que le nombre des anges de toutes les hiérarchies est incalculable.
Saint Denis tient le même langage: " Les bienheureuses armées des célestes intelligences, dit-il, surpassent en nombre tous les pauvres calculs de notre arithmétique matérielle. Ne soupçonnez aucune exagération dans les paroles des prophètes. Le nombre des anges est incalculable. Il surpasse celui de toutes les créatures, même celui des hommes qui ont été, qui sont et qui seront." L'Ange de l'école en donne la raison : nous traduisons sa pensée. Le but principal que Dieu s'est proposé dans la création des êtres, c'est la perfection de l'univers. La perfection ou la beauté de l'univers résulte de la manifestation la plus éclatante des attributs de Dieu, dans les limites marquées par sa sagesse. Il suit de là que plus certaines créatures sont belles et parfaites, plus abondante en a été la création. Le monde matériel confirme ce raisonnement. |
Hiérarchies et ordres des Anges.
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Suivant l'étymologie du mot : la hiérarchie est un principat sacré. Si on considère le principat dans ses rapports avec la multitude, on appelle hiérarchie l'ensemble des êtres soumis à une seule et même loi. S'ils sont soumis à des lois différentes ils forment des hiérarchies distinctes, sans cesser de faire partie de la hiérarchie générale. Or, les êtres ne sont soumis aux mêmes lois que parce qu'ils ont la même nature et les mêmes fonctions. Il en résulte que les anges et les hommes, n'ayant ni la même nature ni les mêmes fonctions, forment des hiérarchies distinctes. Il en résulte encore que tous les anges n'ayant pas les mêmes fonctions, le monde angélique se divise en plusieurs hiérarchies.
Que les anges et les hommes forment des hiérarchies distinctes, la raison et la preuve en est dans la perfection relative des uns et des autres. Cette perfection est d'autant plus grande, que les êtres participent plus abondamment des perfections de Dieu. Créature purement spirituelle, l'ange y participe plus que l'homme. En effet, l'ange reçoit les illuminations divines dans l'intelligible pureté de sa nature, tandis que l'homme les reçoit sous les images plus ou moins transparentes des chsoes sensibles, telle que la parole et les sacrements.
L'ange est donc une créature plus parfaite que l'homme, et doit par conséquent former une hiérarchie différente. De plus, comme il y a hiérarchie, c'est-à-dire ordre de subordination, dans le monde angélique, il est évident que tous les anges ne reçoivent pas également les illuminations divines. Il y a donc des. anges supérieurs aux autres. Leur supériorité a pour fondement la connaissance plus on moins parfaite, plus ou moins universelle de la vérité.
" Cette connaissance, dit Saint Thomas , marque trois degrés dans les anges ; car elle peut être envisagée sous un triple rapport.
" Premièrement, les anges peuvent voir la raison des choses en Dieu, principe premier et universel. Cette manière de connaître est le privilège des anges qui approchent le plus de Dieu, et qui, suivant le beau mot de Saint Denis, se tiennent dans son vestibule. Ces anges forment la première hiérarchie.
" Secondement, ils peuvent la voir dans les causes universellement créées, qu'on appelle les lois générales. Ces causes étant multiples, la connaissance est moins précise et moins claire. Cette manière de connaître est l'apanage de la seconde hiérarchie.
" Troisièmement, ils peuvent la voir dans son application aux êtres individuels, en tant qu'ils répondent de leurs propres causes, ou des lois particulières qui les régissent : ils forment la troisième hiérarchie.
La tradition nous découvre encore dans chaque hiérarchie trois choeurs ou ordres différents. On appelle choeur ou ordre angélique, une certaine multitude d'anges, semblables entre eux par les dons de la nature et de la grâce. Chaque hiérarchie en renferme trois.
Un jour dans le ciel, se montreront à nos yeux, sans nuage et sans voile, les trois hiérarchies angéliques avec leurs neuf choeurs, resplendissants de lumière et de beauté.
Dans la première : les Séraphins, les Chérubins et les Trônes.
Dans la seconde: les Dominations, les Principautés et les Puissances.
Dans la troisième: les Vertus, les Archanges et les Anges. |
Fonctions des Anges.
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Etre purifiés, illuminés et perfectionnés, ou purifier, illuminer et perfectionner : tel est le double but auquel se rapportent toutes les fonctions des hiérarchies et des ordres angéliques. Quel est le sens de ces mystérieuses paroles ? Tous les anges ne connaissent pas également les secrets divins. La première hiérarchie, avons-nous dit avec Saint Thomas , voit la raison des choses en Dieu lui-même ; la seconde, dans les causes secondes universelles : la troisième, dans l'application de ces causes aux effets particuliers. A la première appartient la considération de la fin ; à la seconde, la disposition universelle des moyens ; à la troisième, la mise en oeuvre.
Les lumières qu'ils ont puisées dans le sein même de Dieu, les anges de la première hiérarchie les commupiquent, autant qu'il convient, aux anges de la seconde hiérarchie ; ceux-ci, aux anges de la troisième; et ceux de la troisième en font part aux hommes. Mais la réciprocité n'a pas lieu, attendu que les anges inférieurs n'ont rien à apprendre aux anges supérieurs, ni les hommes aux anges.
Nécessaire au gouvernement du monde, cette communication incessante durera jusqu'au jugement dernier. Elle renferme ce que nous avons appelé la purification, l'illumination et le perfectionnement. En effet, la manifestation d'une vérité à celui qui ne la connaît pas purifie son entendement, en dissipant les ténèbres de l'ignorance; elle l'illumine, en faisant briller la lumière où régnait l'obscurité; elle le perfectionne, en lui donnant une science certaine de la vérité. Telles sont les opérations des anges supérieurs à l'égard des anges inférieurs qui, pour cela, sont dits purifiés, illuminés et perfectionnés.
Or, les communications angéliques se font par la parole; car les anges, parfaites images du Verbe, ont un langage et se parlent entre eux. Que les anges parlent, Saint Paul nous l'enseigne, lorsqu'il dit: " Quand je parlerais les langues des hommes et des anges...." Mais ce langage est tout intérieur, tout spirituel, comme l'ange lui-même. Il consiste, de la part de l'ange supérieur, dans la volonté de communiquer une vérité à l'ange inférieur ; et, de la part de celui-ci, dans la volonté de la recevoir. Ces deux opérations, ne rencontrant aucun obstacle, ni dans la nature des anges, ni dans leurs dispositions individuelles sont infaillibles et instantanées. |
Les Séraphins.
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Créatures les plus sublimes que Dieu ait tirées du néant, ces esprits angéliques doivent leur nom aux flammes de leur amour. Placées au sommet des hiérarchies créées, elles touchent, autant que le fini peut toucher à l'infini, à la Trinité divine, l'amour même et le foyer éternel de tout amour. Loin de refroidir leur ardeur, les missions solennelles qui leur sont quelquefois confiées semblent l'accroître et leur faire répéter, avec une allégresse plus intime, le cantique entendu par Isaïe: -" Les Séraphins étaient debout, et s'appelant l'un l'autre ils disaient : Saint, saint, saint est le Seigneur Dieu des armées ; toute la terre est pleine de sa gloire." |
Les Chérubins.
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Ce nom signifie plénitude de la science. D'un regard que n'éblouissent ni ne troublent jamais les rayons étincelants de la gloire de Dieu, ces esprits déiformes contemplent dans leur source les raisons intimes des choses, afin de les communiquer aux anges inférieurs dont ils doivent déterminer les fonctions et régler la conduite. |
Les Trônes
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Les Trônes sont ainsi appelés, parce que ces anges, éblouissants de beauté, sont élevés au-dessus de tous les choeurs des hiérarchies inférieures, auxquels ils intiment les ordres du grand Roi en partageant avec les Séraphins et les Chérubins le privilège de voir clairement la vérité en Dieu même, c'est-à-dire dans la Cause des causes. Le privilège des Trônes est donc de transmettre aux anges inférieurs, dans la proportion du besoin, les communications divines dont ils possèdent la plénitude. |
Les Dominations.
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Indiquer et commander ce qu'il faut faire, est le rôle des Dominations. Elles sont ainsi appelées, et avec raison, parce qu'elles dominent tous les ordres angéliques, chargés d'exécuter les volontés du Seigneur. |
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Ce nom signifie : conducteurs suivant l'ordre sacré. Princes des nations et des royaumes, ces puissants esprits les conduisent, chacun en ce qui le concerne, à l'exécution du plan divin. Dans ce ministre, le plus important de tous, ils sont secondés par les anges immédiatement soumis à leurs ordres. |
Les Puissances.
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Revêtus, comme leur nom l'indique, d'une autorité spéciale, ces anges sont chargés d'ôter les obstacles à l'exécution des ordres divins, en éloignant les mauvais anges qui assiégent les nations, pour les détourner de leur fin. |
Les Vertus.
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Les Vertus, dont le nom veut dire force, exercent leur empire sur la création matérielle, président immédiatement au maintien des lois qui la régissent et y conservent l'ordre que nous admirons. Quand la gloire de Dieu l'exige, les Vertus suspendent les lois de la nature et opèrent des miracles. C'est ainsi que les agents invisibles, dont nous sommes environnés, révèlent leur présence et montrent que le monde matériel est soumis au monde spirituel, comme le corps est soumis |
Les Archanges.
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Ce nom signifie Ange supérieur ou Prince des anges proprement dits. Tous les ministères des ordres angéliques se rapportent à la gloire de Dieu et à la déification de l'homme. L'homme est l'objet particulier de la sollicitude des anges. Entre eux et nous existe un commerce continuel, figuré par l'échelle de Jacob. Descendre les degrés de cette échelle mystérieuse et venir, dans les occasions solennelles, remplir auprès de l'homme des missions importantes, présider un gouvernement des provinces, des diocèses, des communautés, telle est la double fonction des Archanges.
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Les Anges.
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Ange signifie envoyé. Tous les esprits célestes étant les notificateurs des pensées divines, le nom d'ange leur est commun. A cette fonction, les anges supérieurs ajoutent certaines prérogatives, d'où ils tirent leur nom propre. Les anges du dernier ordre de la dernière hiérarchie, n'ajoutant rien à la fonction commune d'envoyés et de notificateurs, retiennent simplement le nom d'anges. En rapport plus immédiat et plus habituel avec l'homme, ils veillent à la garde de sa double vie et lui apportent, à chaque heure, à chaque instant, les lumières, les forces, les grâces dont il a besoin, depuis le berceau jusqu'à la tombe.
Si nous résumons cette rapide esquisse, quel immense horizon s'ouvre devant nous ! Quel imposant spectacle se déroule à nos yeux ! Il est donc vrai qu'au lieu de n'être rien, le monde supérieur est tout ; que le réel, c'est l'invisible; que le monde matériel vit sous l'action permanente du monde spirituel ; que Dieu gouverne l'univers par ses anges, librement, sans nécessité, sans contrainte. Il est vrai encore que l'action de ces esprits célestes atteint chaque partie de l'ensemble, en sorte que ni l'homme ni aucune créature, n'est abandonnée au hasard, laissée à ses propres forces, ou livrée sans défense auxattaques des puissances ennemies.
Et maintenant, croire que toutes les explications qui précèdent sont le résultat de simples conjectures, plutôt que de connaissances positives, serait une fausseté, une erreur déplorable.
La science du monde angélique est une science certaine; certaine parce qu'elle est vraie ; vraie parce qu'elle est universelle. La révélation, la tradition, la raison même de tous les peuples, la connaissent, l'enseignent et la pratiquent. Comme toutes les autres, elle a été rappelée à sa pureté primitive et développée par Notre-Seigneur, dont les oeuvres non écrites sont, au témoignage de Saint Jean, infiniment plus nombreuses que celles dont l'Évangile nous a transmis la connaissance. Le plus riche dépositaire de ces précieuses enseignements fut Marie, et l'on sait que, mère de l'Église et institutrice des Apôtres, l'auguste Vierge a parlé savamment des Anges, qu'elle connaissait évidemment mieux que personne.
A son tour, Saint Paul , qu'on peut appeler l'apôtre des Anges, dont il énumère tous les ordres, Saint Paul , ravi au troisième ciel, n'est pas sans avoir rapporté sur
la terre une connaissance profonde de ce qu'il avait vu, non pour lui, mais pour l'Église. Après lui, Saint Denis est le premier d'entre les Pères qui ait donné une description détaillée, savante, sublime, du monde angélique. Fondée sur les Ecritures et sur le témoignage des autres Pères, cette description est devenue le point de départ des écrivains postérieurs et, en particulier, le guide de l'incomparable Saint Thomas , dans sa magnifique étude du monde angélique. Tels sont les canaux par lesquels est descendue jusqu'à nous la connaissance des anges, de leurs hiérarchies, de leurs ordres et de leurs ministères.
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Ouant aux ordres de anges, on peut se demander s'ils ont reçu les noms qui leur conviennent. Saint Thomas répond affirmativement: car, dit-il, l'autorité de l'Ecriture est là pour justifier toutes ces dénominations. En effet, Isaïe nomme les Séraphins; Ézéchiel les Chérubins; Saint Paul les Trônes, les Dominations, les Vertus, les Puissances et les Principautés; Saint Jude les Archanges, et l'Ecriture sainte parle des Anges en plusieurs endroits ; et le Docteur Angélique conclut ainsi : Il y a neuf ordres d'anges, les Séraphins, les Chérubins, les Trônes, les Dominations, les Vertus, les Puissances, les Principautés, les Archanges et les Anges.
A l'artièle suivant (a. 6.) saint Thomas demande si les degrés de chaque ordre sont ainsi convenablement assignés?
Les degrés ci-dessus sont ceux que Saint Denis a assignés aux Esprits célestes. Saint Grégoire a également donné l'ordre des divers degrés des trois hiérarchies des Anges. Ce saint Docteur place les Principautés au-dessus des Puissances, et les Vertus au-dessous des Puissances.
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Saint Thomas répond ainsi à la question
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Eu égard à la diversité des explications qu'ils donnent des noms des ordres angéliques, Saint Denis et Saint Grégoire n'ont pas mal assigné, même d'après les Ecritures, les différents degrés de chacun de ces ordres.
En assignant aux ordres des anges le rang qu'ils occupent, Saint Denis et Saint Grégoire sont d'accord en général ; ils ne diffèrent que par rapport aux Principautés et aux Vertus. Car Saint Denis place les Vertus au-dessous des Dominations et au-dessus des Puissances et les Principautés au-dessous des Puissances et au-dessus des Archanges. Saint Grégoire au contraire place les Principautés entre les Dominations et les Puissances et il met les Vertus entre les Puissances et les Archanges. Ces deux classifications peuvent l'une et l'autre s'appuyer de l'autorité de Saint Paul : Car dans un endroit (2) le grand Apôtre énumérant les ordres intermédiaires en suivant une marche ascendante dit : Que Dieu a placé le Christ à sa droite dans les cieux au-dessus de toutes les Principautés, les Puissances, les Vertus et les Dominations. Dans ce passage, il place comme Saint Denis, les Vertus entre les Puissances et les Dominations. Ailleurs (3) il énumère les mêmes ordres en suivant une marche descendante quand il dit : "Les Trônes, les Dominations, les Principautés, les Puissances, tout a été créé ,par lui et en lui." Il place alors les Principautés entre les Dominations et les Puissances, comme le fait Saint Grégoire... (Finalement) si l'on considère avec soin le sentiment de Saint Denis et de Saint Grégoire, on verra qu'ils diffèrent peu Ou même qu'ils ne diffèrent point du tout, si on s'en rapporte à la réalité. Car Saint Grégoire entend par Principautés les esprits qui président aux autres et d'après Saint Denis cette fonction convient aux Vertus, puisque par là il entend une certaine force qui donne aux esprits inférieurs la faculté d'exécuter les -ordres divins. Ensuite ceux que Saint Grégoire appelle Vertus semblent les mêmes que ceux qui ont reçu de Saint Denis le nom de Principautés. Car, il leur attribue le don des miracles, et c'est par l'exercice de cette puissance qu'il faut commencer quand on veut préparer la voie aux Archanges et aux Anges chargés d'annoncer la parole de Dieu. |
Références |
(1) "Dieu, dit ce saint Docteur, a d'abord pensé aux vertus des anges et aux puissances célestes, et par là même qu'il a pensé à elles, il les a créées."
(2) Eph I, 20.
(3) Col. I, 16.
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