CHAPITRE PREMIER
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Sommaire:
Le bonheur du Ciel est indescriptible:
Témoignages.
— Saint Paul.
— Saint Augustin, avec sa Mère, à Ostie.
— Saint Augustin voulant faire un Traité sur le bonheur du. Ciel.
— Sainte Catherine de Sienne
— Saint Sauve.
— La vénérable. Jeanne Flameng
— Saint Léonard de Port-Maurice:
— Un voyage au Ciel
— Sainte Thérèse: Visions.
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Saint Paul
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— Le prophète Isaïe, contemplant dans l'avenir l'avènement de Jésus-Christ, s'était écrié: "Lorsque vous ferez éclater vos merveilles, Seigneur, nous ne les pourrons soutenir! vous êtes descendu et devant votre face se sont écoulées les montagnes. Depuis le commencement du monde, les hommes n'ont point entendu, l'oreille n'a point ouï, et l'oeil n'a point vu, hors vous seul, ô Dieu, ce que vous avez préparé à ceux qui vous attendent (Is. Lxiv: 3, 4.)"
L'apôtre Saint Paul , dans sa première Epitre aux Corinthiens, leur disait: ".... Cependant nous prêchons la sagesse parmi les parfaits, non la sagesse de ce siècle, ni des princes de ce siècle qui périssent ; mais nous prêchons la sagesse de Dieu dans le mystère, sagesse qui a été cachée, que Dieu a prédestinée avant les siècles pour notre gloire ; qu'aucun prince de ce siècle n'a connue; car, s'ils l'avaient connue, jamais ils n'auraient crucifié le Seigneur de la gloire."
Et l'Apôtre continuant, rapporte ici ce passage prophétique d'Isaïe, mais plus quant au sens que selon la lettre: " Mais comme il est écrit: Ce que l'oeil n'a point vu, ce que l'oreille n'a point entendu, ce qui n'est point monté dans le coeur de l'homme, ce que Dieu a préparé à. ceux qui l'aiment: c'est aussi ce que Dieu nous a révélé par son Esprit ; car l'Esprit pénètre toutes choses, même les profondeurs de Dieu."
Dans sa deuxième Epître aux Corinthiens, Saint Paul, après leur avoir rapporté ce qu'il avait déjà enduré pour le Christ, continue ainsi : " S'il faut se glorifier (cela ne convient pas sans doute), j'en viendrai aux visions et aux révélations du Seigneur. Je sais un homme en Jésus-Christ, qui, il y a quatorze ans, fut ravi (si ce fut dans son corps ou hors de son corps, je ne sais, Dieu le sait) jusqu'au troisième ciel (1) ; et je sais que cet homme (si ce fut dans son corps ou hors de son corps, je ne sais, Dieu le sait fut ravi dans le paradis et entendit des paroles mystérieuses qu'il n'est pas permis à un homme ,de redire." Ainsi parle le grand Apôtre il nous déclare donc très formellement que vouloir faire la description des merveilles du Paradis, c'est, pour l'homme ici-bas, chose absolument impossible !
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Saint Augustin,: Aimer Dieu.
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— " 0 mon Dieu, qu'est-ce que j'aime donc, quand je vous aime? Ce n'est pas une beauté corporelle, ni la majesté d'un visage, ni l'éclat d'une lumière flattant agréablement les yeux, ni les douces mélodies de cantilènes variées, ni la suave odeur des fleurs et des parfums, ni le goût du miel ou de la manne, ni des étreintes corporelles. Non, ce n'est pas là ce que j'aime en mon Dieu. Et pourtant ce que j'aime en lui, c'est une certaine lumière, une certaine voix, une .certaine odeur, une certaine nourriture, un certain embrassement ; tout cela n'étant éprouvé que par ce qu'il y a en moi d'intérieur. Mon âme voit briller une lumière qui n'est pas dans l'espace, elle entend un son qui ne s'éteint pas avec le temps, elle sent un parfum que le vent n'emporte pas, elle goûte un aliment que l'avidité ne fait pas diminuer, elle s'attache à un objet que la suavité ne lui fait pas abandonner. Voilà ce que j'aime, quand j'aime mon Dieu.
Mais qu'est-ce donc qu'un tel objet?
Le saint Docteur est aussi obligé de dire ici et de répéter avec tous les autres, que tant que nous serons ici- bas, dans notre chair mortelle, la beauté de Dieu et les splendeurs du Ciel resteront indescriptibles!
Car, " nous ne voyons maintenant qu'à travers un miroir (peu transparent), en énigme. Maintenant, je connais imparfaitement; mais alors je connaîtrai aussi bien que je suis connu moi-même (I. Cor. xiii. 12.)
Ce n'est donc que dans le Ciel que nous jouirons pleinement de Dieu, lorsque, dans la Vision Béatifique, nous nous trouverons devant lui face à face! Oh! qu'il tarde donc ce moment heureux, où il nous sera donné de contempler ainsi notre Dieu et de jouir de Lui, pour toujours, dans les enivrantes et indescriptibles jouissances du Paradis !
En attendant, considérez, nous dit l'Apôtre bien-aimé, " considérez quel amour le Père nous a témoigné, de vouloir que nous soyons appelés et que nous soyons en effet enfants de Dieu. C'est pour cela que le monde ne nous connaît pas, parce qu'il ne connaît pas Dieu. Mes bien-aimés, nous sommes déjà enfants de Dieu, mais ce que nous serons un jour ne paraît pas encore. Nous savons que lorsqu'il apparaîtra nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu'il est. Et quiconque a cette espérance en lui, se sanctifie, comme il est saint lui-même." ,(I. Joan I-3.).
C'est donc cette espérance qui nous sanctifie, et en nous sanctifiant nous obtient la persévérance finale, qui nous introduit dans les éternelles jouissances du Paradis. C'est cette espérance qui a soutenu les Apôtres et les Martyrs, les saints Docteurs, les Confesseurs, les Vierges, les saintes Femmes, tous les Saints ; et cette douce et invincible espérance nous accompagnera partout jusqu'à la conclusion de ce présent ouvrage, où nous verrons tous les Justes, brillant comme des astres au firmament du Paradis, pour toute l'éternité!
Entretien de Saint Augustin avec sa mère, touchant le bonheur du Ciel. — "Le jour n'étant pas éloigné où ma mère devait sortir de cette vie, jour qui nous était inconnu et que vous seul connaissiez, il arriva, et ce fut, je n'en doute point, par une disposition secrète de votre providence, qu'elle et moi nous nous trouvâmes seuls ensemble, appuyés sur une fenêtre dont la vue s'étendait sur le jardin de la maison dans laquelle nous nous étions retirés à Ostie. Dans cette maison, qui était éloignée du bruit du monde, nous nous reposions des fatigues d'un voyage déjà long, et nous faisions en même temps les préparatifs de notre embarquement.
" Etant donc seuls de la sorte, nous nous entretenions ensemble avec une douceur inexprimable; et laissant dans un entier oubli toutes les choses passées, " portant toutes nos pensées sur l'avenir," nous cherchions entre nous, et en présence de l'éternelle vérité qui est vous-même, quel serait ce bonheur qui doit être le partage de vos saints durant l'éternité; " ce bonheur que l'oeil n'a point vu, que l'oreille n'a point entendu et que le coeur de l'homme ne peut comprendre." Toutefois nos coeurs s'ouvraient avec avidité pour aspirer les eaux de votre céleste fontaine, de cette fontaine de vie qui est en vous, afin qu'après nous en être arrosés autant qu'il était -en nous de le faire, nous pussions en quelque sorte comprendre une chose aussi élevée. La suite de notre entretien nous ayant amenés à cette considération que les voluptés sensibles, en les supposant les plus grandes possibles, au milieu du plus haut éclat de beauté qui se puisse imaginer dans les choses corporelles, non seulement n'étaient pas dignes d'entrer en parallèle avec la félicité de cette autre vie, mais auprès d'elle ne méritaient pas même d'être nommées ; et les mouvements d'une affection plus vive nous élevant alors vers cette félicité immuable, nous traversâmes l'un après l'autre tous les objets que renferme ce monde matériel, nous élevant jusqu'à cette voûte des cieux d'où le soleil, la lune et les étoiles répandent leur lumière ici-bas ; nous allâmes ensuite plus avant, continuant de penser à vous, de parler de vous, d'admirer vos ouvrages ; et arrivés jusqu'à nos âmes, nous passâmes encore au-delà, afin d'atteindre cette région de délices inépuisables où la vérité est l'aliment incorruptible dont vous nourrissez votre peuple, où la sagesse est la vie, cette sagesse par laquelle ont été faites toutes les choses qui sont, tout ce qui a été, tout ce qui sera jamais ; et cette sagesse n'a point été faite, mais elle est, elle a toujours été, et elle sera toujours ; ou pour mieux dire, elle n'a point été, elle ne sera point ; mais simplement elle est, parce qu'elle est éternelle; car avoir été et devoir être n'est pas être éternel.
"Parlant ainsi de cette vie heureuse, et toutes nos affections nous portant vers elle, nous y touchâmes, pour ainsi dire, par un élancement soudain de nos coeurs ; puis, soupirant d'en être encore séparés, et y demeurant toutefois fortement attachés " par ces prémices de votre esprit que nous avions reçues," il nous fallut bientôt redescendre à cette parole extérieure qui sort de notre bouche et qui a un commencement et une fin. Et en cela qu'y a-t-il de semblable, ô mon Dieu! à votre parole qui vit par elle-même, qui ne vieillit point et qui renouvelle toutes choses?
" Nous disions donc: " S'il était une âme en qui s'apaisassent tout à coup les mouvements déréglés de la chair et du sang, qui vit s'évanouir en elle toutes les images de tant d'objets que renferme la vaste étendue de la terre, des eaux et de l'air ; qui, ne conservant plus aucune pensée ni des cieux ni d'elle-même, et passant au-delà sans s'arrêter, s'élevât ainsi, entièrement dégagée des songes, des fantômes qu'enfante l'imagination, bien loin de tous signes extérieurs, de toute parole qui se fait entendre à l'oreille, enfin de toutes les choses qui ne font que passer (car si quelqu'un écoute ces choses, toutes lui disent: Nous ne nous sommes point faites nous-mêmes ;- mais celui-là nous a faites qui vit éternellement) ; si donc toutes ces choses venaient à se taire après avoir ainsi parlé à cette âme, la disposant par ces paroles mêmes à prêter l'oreille à celui qui les a faites, et qu'alors ce Dieu créateur lui parlât lui-même seul, et non pas ces choses qu'il a. créées, en sorte qu'elle pût entendre sa parole, non pas exprimée par un langage mortel, ni par la voix d'un ange, ni par le bruit du tonnerre, ni par des figures et des paraboles, mais que ce fût, je le répète, lui-même, lui que nous aimons dans toutes ces choses, qui se fit entendre à elle sans le secours d'aucune de ces choses ; si donc, de même que le vol rapide de notre pensée nous a élevés, il n'y a qu'un instant, jusqu'à cette sagesse qui subsiste éternellement au-dessus de toutes choses créées, cette âme, ainsi délivrée de toutes ces autres visions si différentes de celle-ci, se tenait abîmée, absorbée tout entière dans les joies intérieures de cette contemplation ineffable, et tellement qu'elle demeurât à jamais dans cet état qu'un moment de pure intelligence nous a fait goûter, et après lequel maintenant nous soupirons ; ne serait-ce pas là l'accomplissement de cette parole : " Entrez dans la joie de votre Seigneur 3" Ce moment, quand arrivera-t-il ? " Sera-ce alors que nous ressusciterons tous, mais que nous ne serons pas tous changés? "
" Tel était le fond de notre entretien, si ce n'étaient les mêmes termes ; et vous savez, Seigneur, que ce même jour, pendant que nous parlions de la sorte, ne trouvant plus rien dans le monde et dans tout ce qu'il a d'agréable qui ne fût digne de mépris, ma mère me dit : " Quant à ce qui me regarde, mon fils, il n'y a plus rien dans cette vie qui soit capable de me plaire. Que ferais-je désormais et pourquoi y suis-je encore, puisqu'il ne me reste plus rien à espérer? Il n'y avait qu'une seule chose qui me fît désirer d'y demeurer un peu : c'était de vous voir chrétien et catholique avant d'en sortir. Dieu m'a accordé ce que je désirais ; et encore, par delà mes voeux, la grâce de vous voir mépriser pour lui tous les biens de ce monde, et devenir ainsi entièrement son serviteur : que fais-je donc ici davantage?" (2)
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| Saint Augustin: Le bonheur du Ciel |
— Saint Augustin voulut un jour, à la prière de Sévère, son ami, faire un traité sur le bonheur du Ciel. Rentré dans son appartement, il se met à écrire à Saint Jérôme pour le consulter. Tout-à-coup (c'est lui-même qui le dit), une lumière insolite et que rien ne peut dépeindre, éclaire le lieu où il se trouve; des parfums d'une suavité inconnue s'y répandent. Étonné et comme hors de lui-même, il entend alors clairement une voix qui lui dit: " Que veux- tu donc faire, Augustin? Crois-tu pouvoir enfermer dans une petite coupe la mer toute entière; embrasser la terre avec la main? Veux-tu voir ce que l'oeil n'a point vu ; comprendre ce qui est incompréhensible?"
C'était la voix de Saint Jérôme , mort ce jour-là même à Bethléem, et qui au moment de son entrée en Paradis voulait faire sentir à Augustin qu'un tel bonheur ne saurait se décrire.
C'est alors que le grand Docteur, parlant du Ciel, a simplement pu dire: aestimoffi non potest—Le Ciel, on ne peut le décrire,—acquiri potest, mais le Ciel, on peut l'acquérir!
Et le saint évêque mettait toute sa sollicitude à inspirer à son peuple le désir , du Ciel. Il lui parlait souvent du bonheur du Ciel, et il faisait ainsi beaucoup- de bien dans les âmes. Un jour, ayant à traiter cet important sujet devant les fidèles d'Hippone, ses pieux diocésains, il les apostropha de cette manière: " Je suppose que Dieu vous promette de vivre cent ans, mille ans même, mais à la condition de ne jamais régner avec lui dans le Ciel ..." Aussitôt un cri partit de tout l'auditoire, interrompant le prédicateur: "Pereant universel Que tout périsse !... mais que Dieu nous reste! " C'est là le cri de, tous les Saints et ce sera leur cri à travers tous les siècles ! Que tout s'évanouisse ici-bas ; mais que le Ciel nous reste !
Sainte Catherine de Sienne. — Sainte Catherine de Sienne, dans une de ses extases, entrevit tin rayon de la gloire céleste. Revenue à elle-même, elle s'écriait : J'ai vu des merveilles : J'ai vu des merveilles. Son confesseur lui ordonna alors de dire avec précision ce que Dieu lui avait fait voir : " Je croirais commettre un crime, répondit- elle, si je prétendais vouloir en faire la description ; car des paroles purement humaines sont impuissantes à exprimer le prix et la beauté des trésors célestes." (3)
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Saint Sauve.
Vision de saint Sauve, d'abord Abbé, plus tard évêque d'Albi
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— Etant encore abbé, Saint Sauve eut une vision que rapporte ainsi Saint Grégoire de Tours ::
" Attaqué d'une fièvre très violente, Sauve gisait sur son grabat, privé de respiration, lorsque soudainement sa cellule fut ébranlée et éclairée d'une lumière éblouissante. L'abbé ayant levé les mains au ciel, en forme d'actions de grâces, expira. Les moines mêlant leurs gémissements à ceux de la mère du défunt, emportèrent le corps et après l'avoir lavé et vêtu, ils le déposèrent dans un cercueil auprès duquel ils veillèrent en priant et en chantant des psaumes. Le lendemain matin, lorsque tout était déjà prêt pour les obsèques, le corps commença à s'agiter, et Sauve, comme s'il fût sorti d'un profond sommeil, se mit sur son séant, ouvrit les yeux, et dit: " O Seigneur tout-puissant, pourquoi me condamnez-vous à revenir dans ce lieu ténébreux, à habiter la terre, tandis qu'il m'était si doux et si avantageux de jouir de votre miséricorde au ciel."
" Tous les religieux demeurèrent stupéfaits et lui demandèrent l'explication de ce prodige, mais il ne répondit point et sortit du cercueil, car il ne se ressentait plus du mal qui l'avait fait mourir. Il resta trois jours et trois nuits recueilli en lui-même, sans boire ni manger. Puis ayant réuni les moines et sa mère, il leur dit: écoutez bien, mes très-chers frères, et sachez bien que tout ce que vous voyez dans ce monde n'est rien, mais que, selon la parole de Salomon, tout est vanité. Heureux celui qui mène sur la terre une conduite qui lui fasse mériter de voir la gloire de Dieu au Ciel."
Après avoir prononcé ces paroles il sembla hésiter, comme ne sachant pas s'il devait s'arrêter ou continuer. Mais tourmenté par les Frères qui le conjuraient de leur rendre compte de ce qu'il avait vu, il ajouta: " Lorsqu'il y a quatre jours, vous m'avez contemplé mort dans ma cellule ébranlée, je fus emporté et enlevé au Ciel par les Anges, de sorte qu'il me semblait que j'avais sous les pieds non-seulement cette terre fangeuse, mais aussi le soleil et la lune, les nuages et les astres. On m'introduisit alors par une porte plus brillante que le jour dans un endroit d'une immense étendue que remplissait une ineffable lumière, et dont le pavé resplendissait comme l'or et l'argent poli. Une innombrables multitude de personnes des deux sexes était réunie dans ce lieu splendide; le regard n'en pouvait percer la foule. Ils étaient tous beaux, brillants, et portaient de magnifiques couronnes et un contentement extrême les animait. Lorsque les Anges qui me conduisaient m'eurent frayé un passage parmi ces Bienheureux, j'arrivai à un endroit que j'avais déjà considéré de loin, et au-dessus duquel était comme suspendue une nuée plus lumineuse que toute lumière. On n'y distinguait ni soleil ni étoile, et elle brillait de sa propre clarté, infiniment plus que tous les astres. Alors une voix semblable à la voix des grandes eaux sortit de la nuée. Moi, pauvre pécheur, j'étais humblement salué par des hommes en habits sacerdotaux et séculiers et qui étaient (comme me l'apprirent les Anges) les Martyrs et les Confesseurs que nous vénérons ici-bas avec le plus profond respect. M'étant placé au lieu que l'on m'indiqua, je fus pénétré d'un parfum d'une douceur excessive, et qui me nourrit tellement que je n'ai encore ni 'faim ni soif. J'entendis la voix qui disait : " Qu'il retourne sur la terre, car il est nécesaire à nos églises "; mais je ne pouvais voir celui qui parlait. M'étant prosterné sur le pavé, je disais en gémissant : " Hélas! Seigneur, pourquoi m'avoir fait connaître ces choses si je dois en être privé? Voilà qu'aujourd'hui je suis rejeté de devant votre face pour retourner dans un monde fragile. Je vous en supplie, ne détournez pas de moi votre miséricorde, mais laissez-moi habiter ce lieu, de peur qu'après l'avoir quitté, je ne périsse." Et la voix qui avait déjà parlé dit : " Va en paix, car je suis ton gardien jusqu'à ce que je te reconduise ici...."
" J'atteste le Dieu Tout-Puissant que j'ai entendu de la propre bouche de Sauve ce que je viens de raconter," ajoute Saint Grégoire de Tours, en terminant ce récit (4).
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La vénérable Jeanne Flameng
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—Le monastère de Beaupré, de l'Ordre de Cîteaux, près de Grammont en Belgique, a gardé longtemps le souvenir d'une de ses religieuses morte le 5 avril 1559. Elle s'appelait Jeanne Flameng; et nous ne savons que peu de choses de sa vie. Mais après son passage à l'éternité bienheureuse, elle apparut à une de ses compagnes, avec un grand éclat. La soeur qu'elle visitait lui demanda comment elle avait tant de gloire, après avoir négligé tant de petits devoirs ? La Bienheureuse répondit: " Les jugements de Dieu sont autres que les jugements des hommes. Dieu nous laisse des imperfections pour nous contenir dans l'humilité." La soeur la pria alors de lui faire comprendre le bonheur .du ciel. " Je ne le pourrais pas, dit l'âme. Si le firmament était un parchemin, la mer un encrier, toutes les plantes légères des plumes, et si toutes les mains qui sont ur la terre voulaient écrire toutes les merveilles des Cieux, elles n'y parviendraient pas."
Alors, comme la Soeur du ciel tenait constamment sa main droite sur sa poitrine, la Soeur de la terre lui demanda pourquoi elle gardait cette position. " C'est, répondit-elle, que je couvre ainsi une pierre qui vous éblouirait, et qui m'a été donnée pwar ma constante dévotion envers la Très-Sainte Trinité."
Et l'apparition s'évanouit (5).
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Saint Léonard : Un voyage au Ciel.
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— Le célèbre missionnaire, dans son sermon sur le Paradis, au commencement de son exorde, débute ainsi: " Le peuple fit bien de rester au pied de la montagne et de laisser Pierre , Jacques et Jean accompagner seuls le Sauveur jusqu'au sommet. Il n'appartient pas à tout le monde de fixer le soleil sans être ébloui. Cette gloire, dont l'évangile de ce jour nous montre un reflet dans la Transfiguration de Notre-Seigneur, est bien trop éclatante pour nos yeux; et je le regrette, mes chers auditeurs, vos espérances aujourd'hui seront trompées : vous êtes tous venus ici pour nourrir votre piété, avides d'entendre parler de ce paradis qui est l'unique objet de votre amour, le but unique de vos désirs, et moi aussi, à vrai dire, je m'étais appliqué avec ardeur à décrire le mieux possible les magnificences de cet immense palais de Dieu et à mettre en relief tout ce qu'on peut dire de plus beau, de plus ravissant, de plus saint de cet amphithéâtre de gloire et de majesté. Mais à peine étais-je à l'oeuvre, que l'apôtre Saint Paul s'offrit à moi et me dit avec un regard plein d'étonnement: Que fais-tu? Que prétends-tu? Ne sais-tu pas que " ni l'oeil n'a vu, ni l'oreille n'a entendu, ni le coeur de l'homme n'a compris ce que Dieu a préparé à ceux qui l'aiment." Puis, après m'avoir brièvement raconté cette vision merveilleuse dans laquelle, ravi jusqu'au troisième ciel, il entendit des secrets ineffables, il m'a fermé les lèvres en y appliquant le doigt et m'a défendu de parler.
En effet, s'il est un sujet sur lequel plus on parle, moins on en dit, c'est surtout le paradis, et si vous y prenez garde, quiconque en parle ne fait que dire ce qu'il n'est pas, ou amoindrir ce qu'il est. Le Prophète royal le savait bien, lui qui admis dans une extase à contempler le séjour des bienheureux, déclara, selon l'explication de plusieurs interprètes, que tous ceux qui avaient parlé du paradis s'étaient mépris: " J'ai dit, dans mon extase: tout homme est menteur," ou, selon une autre version : " Tout homme est en défaut." Et ne voyez-vous pas que Pierre lui-même s'est mépris, lui qui tout enveloppé de cette éblouissante lumière, s'écria comme hors de lui-même : " Il nous est bon d'être ici," réduisant tout le paradis à trois cabanes grossières : " Dressons-nous ici trois tentes." Aussi l'Évangile tâche-t- il d'excuser cette méprise en l'imputant à l'inadvertance : " Il ne savait pas ce qu'il disait." Or, là où Pierre se trompe, où Paul se tait, que pourrais-je bien dire ? Cela étant, mon sermon sur le paradis est fini avant de commencer. Mais non, Saint Augustin m'encourage à parler : tout en accordant que le paradis est incompréhensible à la faiblesse de notre esprit, il n'en regarde pas la conquête comme impossible à l'ardeur de nos désirs. " Le Paradis , il est impossible de le décrire: le Paradis , il est possiblçe de l'acquérir." Dilatez donc vos coeurs, car s'il est vrai qu'on puisse l'acquérir, quoiqu'on ne puisse pas l'apprécier, je veux, pour vous en faciliter l'acquisition, vous en dire quelque chose aujourd'hui. Toutefois ne perdez pas de vue que malgré tous mes efforts, toute mon éloquence, toutes mes descriptions pour vous donner une idée ou vous tracer une ébauche du paradis, vous devrez toujours vous figurer, toujours penser, toujours désirer quelque chose de plus accompli; et de plus vous persuader que la gloire ou la félicité céleste est encore incomparablement plus belle, plus élevée, plus étendue que tous vos désirs et toutes vos imaginations Un peu plus loin, le Saint continue de cette manière:
" Si la vaste étendue du firmament est trop étroite pour nous retracer l'immensité du Ciel des élus, jetons un peu les yeux sur la terre pour voir si nous n'y retrouverons point quelque chose qui puisse nous représenter la beauté de la maison de Dieu. Ah! vous vous convaincrez de plus en plus de l'impuissance de l'homme. Mettez ensemble tout ce qu'ont dit de cette gloire merveilleuse les prophètes, les évangélistes, les docteurs, et tout ce qu'en pourraient dire les prédicateurs de nos jours avec leur éloquence raffinée, et vous verrez que tous ne font que dire en substance ce qu'elle n'est pas. Je voudrais que, pour vous éclairer sur ce point, Dieu renouvelât en votre faveur le prodige de l'Apocalypse; que chacun de vous vît descendre la Jérusalem céleste du ciel, comme le vit Saint Jean, et puisque je ne puis vous conduire en paradis, que le paradis descendit vers vous sous l'emblème d'une magnifique Cité, avec des murs d'or, un pavé de diamants, des portes d'émeraudes et de saphirs, avec la multitude de ses habitants, environnés de pompe et de majesté comme des rois, avec une lumière que n'obscurcissent jamais les ténèbres, avec une beauté que rien ne souille jamais, ayant pour soleil l'Agneau qui ne souffre jamais aucune éclipse!
Comme je vous dirais encore avec assurance: non, ce n'est pas Là le paradis; c'en est l'image, mais non la réalité. Vous figurez-vous peut-être qu'on trouve en paradis, avec leurs propriétés matérielles et physiques, toutes ces pierres précieuses, telles que l'émeraude, la topaze, l'escarboucle et autres semblables ? Il en est qui l'ont cru, mais tous les Docteurs sensés le nient, et à mon avis, ils ont évidemment raison : en effet, n'avez-vous pas vu de l'or, de l'argent et des pierres précieuses ? — Oui. — Il est donc faux que ces choses-là se trouvent dans leur état matériel en paradis, puisque l'apôtre Saint Paul , qui en parle en témoin oculaire, nous dit que : " l'oeil n'a point vu, ni l'oreille entendu " ce qu'il y a de ravissant dans le séjour des Bienheureux. Jugez maintenant si l'évangéliste Saint Mathieu lui-même n'est pas bien loin de la réalité, lorsque dans l'évangile de ce' jour (6), il compare la gloire de Jésus transfiguré à la lumière du soleil et à la blancheur de la neige. De la neige on en trouve dans toutes les vallées ; et pour n'avoir d'autre objet à admirer sur le Thabor que la lumière/du soleil, et la blancheur de la neige, Saint Pierre pouvait bien s'épargner la peine de monter si haut et demeurer avec la foule au pied de la montagne. La comparaison est donc inexacte, non par la faute de l'Evangéliste, mais à cause de l'excès de cette gloire qu'il ne pouvait expliquer autrement ; car c'est le malheur de tous les objets qui surpassent la capacité de notre esprit, de n'avoir point de ternies qui en rendent adéquatement l'idée. Oue dirai-je de ceux qui comparent le paradis à un torrent de voluptés, à un jardin délicieux, à un somptueux festin, à un royaume très florissant, à des noces pleines d'allégresse, au bonheur des moissonneurs pendant la récolte ? Toutes comparaisons imparfaites et qui abaissent plutôt qu'elles ne relèvent les délices *de cette bienheureuse patrie.
Aussi ces figures, ces symboles doivent-ils être pris dans un sens plutôt mystique que littéral. Je suis porté à croire que les Prophètes et les Évangélistes, en les employant, ont fait comme les astronomes, lesquels, voyant notre ciel tout parsemé d'étoiles si différentes les unes des autres par leurs mouvements, leurs influences et leur grandeur, y ont imaginé une multitude de figures naturelles ou fabuleuses: ici ils ont mis un taureau, là un lion, ici un scorpion, ailleurs un chariot, une écrevisse, un capricorne. Est-ce que tous ces monstres existent au ciel ? Nullement ; ce n'est qu'un caprice des astronomes qui se sont vus obligés d'inventer ces signes afin de mieux s'entendre. De même les Prophètes et les Evangélistes se servent d'emblèmes grossiers, et nous parlent de jardins toujours fleuris et odoriférants, d'automnes toujours chargés de fruits, de perpétuels et harmonieux concerts, d'or et de pierres précieuses, de saphirs et d'ambre, de festins et de musiques, de fêtes et de théâtres, toutes choses propres à former un paradis qui flatte les Sens, mais nullement le paradis véritable qui doit faire la félicité des esprits. On a recours à ces figures de préférence, parce qu'elles nous charment davantage et sont plus à notre portée;, mais au fond les torrents de délices qui inondent de toutes parts cette Jérusalem céleste, ce sont des secrets, nous dit Saint Paul , qu'il n'est pas donné à l'homme d'exprimer (7). Or, je vous le demande, si tout ce qu'on a dit et écrit, si tout ce qu'on a pu dire et écrire de la gloire du paradis n'est qu'une pure description symbolique, quelle sera la vérit La voici : le saint roi David nous la chante sur sa harpe prophétique, lorsqu'après après vu cette gloire immense, ravi en extase, il entonne ce magnifique cantique : " J'ai dit dans mon ravissement: tout homme est impuissant " à en parler ; faisant entendre par là que nous savons du ciel seulement ce qu'il n'est pas, si bien que l'on peut écrire sur ses portes, en caractères de feu, ces mots : " On peut l'acquérir, mais l'apprécier, jamais ! "
Cela supposé, que fera-t-on pour ne pas sortir d'ici avec une déception complète, et nous former du paradis une autre idée que celle que nous donnent toutes ces figures ? Voici le moyen, et il n'y en 'a, ni ne peut y en avoir d'autre: C'est d'aller au Ciel pour le voir! Deux jeunes gens qui désiraient suivre Jésus en qualité de disciples, lui demandèrent où il demeurait. Le Seigneur leur répondit: Venez et voyez. Il ne se répandit pas en longs discours, remarque le Vénérable Bède, pour leur manifester la richesse, la beauté, la gloire de son royaume; il se contenta de leur dire : Venez et vous le verrez; parce qu'on peut bien voir la gloire de Jésus- Christ, mais on ne peut l'exprimer. Au ciel donc, mes chers frères, au ciel! Tous tant que vous êtes, prenez congé de ce monde; un monde plus beau vous attend. Adieu parents, adieu amis, adieu terre. Prenez votre essor pour accompagner une âme bienheureuse qui, sortie de la prison de son corps, s'envole au paradis. Voyez cette âme fortunée au milieu d'une troupe de séraphins, qui lui disent avec des accents de joie: le temps des tribulations et des larmes est passé; réjouis-toi, il n'y aura plus pour toi pendant toute l'éternité, ni famine, ni peste, ni guerre; tu jouiras d'une vie, d'une santé, d'une allégresse et d'une paix inaltérable.
Et en parlant ainsi, ils ont déjà franchi avec elle, dans leur vol sublime, les régions de l'air; déjà la terre avec toutes ses misères a disparu à ses yeux. Elle traverse ainsi les cercles de la lune, de Mercure, du soleil, s'instruisant, eor passant, des mouvements, des influences et de la grandeur de tous ces astres. Elle entre dans le firmament, où elle est comme couronnée par cet amas d'innombrables étoiles, qui paraissent si petites d'ici-bas, et qui là-haut sont si vastes, si brillantes et si belles. Elle monte plus haut encore, et foulant aux pieds les étoiles, elle dépasse le firmament pour entrer dans le ciel le plus voisin du séjour des élus. Déjà elle aperçoit une clarté, un jour, elle respire un air et des parfums qui présagent le paradis. Ah! le voilà, le voilà, ce délicieux séjour ! voilà cet immense océan de lumière, mais d'une lumière nouvelle et telle qu'elle n'en a jamais vu de semblable. C'est alors qu'elle commence à voir ce que l'oeil n'a point vu, ni l'oreille entendu. La voilà sur le seuil ; elle entre. Mon Dieu! qui pourrait jamais dire le contentement, la jubilation, les délices qui inondent cette âme la première fois que le paradis se déploie à ses regards? Ah! il me semble l'entendre s'écrier: Dieu soit loué! je suis enfin délivrée des craintes, des angoisses, des dangers de me perdre éternellement; après tant de tempêtes, me voici arrivée au port saine et sauve; après tant de combats, je puis chanter l'hymne du triomphe: In domum Domini ibimus: Nous entrerons dans la maison de Dieu. Oh ! quel bonheur de voir son salut et son éternité en sûreté! Cette assurance seule me fait déjà éprouver un véritable paradis.
C'est maintenant que je puis dire avec plus de raison que Saint Pierre : Il est bon pour nous de rester ici. Et voyez à quels transports se livre le Paradis tout entier à la vue de cette âme bienheureuse; voyez comme tous s'empressent à l'envi d'aller à sa rencontre. Oh ! quelle joie, quelle fête pour elle en reconnaissant ses saints patrons, ceux qui lui obtinrent particulièrement la grâce de bien mourir ; ceux dont elle a porté le nom, ceux dont elle a propagé le culte. Quel tendre accueil fait cette sainte âme à ses bien-aimés parents ! Voici môn père, dit-elle ; ah! père chéri, que de larmes j'ai versées à votre mort, mais les voilà essuyées pour toujours. O ma mère, ma tendre mère, j'ai pensé mourir de douleur en vous perdant, vous qui étiez l'unique soutien de ma vie, mais comme je vous retrouve en Dieu plus chère et plus am sable encore ! Laissez-moi embrasser tous ces amis qui m'ont consolée dans mes tristesses: ô mes chers amis, nous voici, grâce à Dieu, réunis pour ne nous plus jamais séparer. Puis, quelle jubilation en voyant une multitude d'âmes qu'elle a tirées du Purgatoire , d'autres qu'elle a remises dans la voix du salut, ou qu'elle ' lle a aidées à se sauver. — Mais est-il bien certain, -rnon Père, qu'on se reconnaîtra là-haut? — Et pourquoi pas, mes bien-aimés? -aimés? Bien mieux, c'est là-haut qu'il y aura de sincères et affectueuses conratulations, de doux entretiens, de saints embrassementsg, de pures et tendres liaisons. Ah! dilatez vos coeurs, car eus notions si belles, qui ne sont pas des fables et des fictions, mais de solides vérités, vous confirmeront de plus en plus dans la persuasion que ce lieu incomparable n'est pas connu. Non, nous ne comprenons pas ce que c'est que le paradis, et nous ne pouvons pas même le comprendre tel qu'il est.
Ne perdons pas de vue cependant l'âme bienheureuse environnée de son brillant cortège: plus elle monte, et plus elle voit croître la majesté, la pompe, la gloire de ce magnifique amphithéâtre. Je me la représente comme une étrangère, à qui ses guides montrent et expliquent toutes les merveilles de la délicieuse patrie: entrez, lui disent-elles, et voyez la splendeur et la grandeur de l'édifice, autant que votre regard en est capable. Admirez, âme bénie, l'élévation, l'étendue, la magnificence des palais que Dieu a bien voulu assigner à ses élus. Que dites-vous de ce séjour si lumineux, si vaste, si ravissant? de cet air si pur et si tranquille, que n'altéra jamais ni la chaleur, ni l'humidité, ni le froid? Ici plus de mélange de bien et de mal, plus de vicissitudes de saisons, plus de besoin de nourriture et de soulagement. Sachez en outre, que quand nous serons réunis à nos corps, nos sens seront
aussi pleinement satisfaits. Dieu a trouvé le moyen de rassasier tous nos désirs, sans introduire ici la matérialité de tant d'objets dont nous ne pouvions jouir sans peine et sans une profonde misère dans la vallée des larmes. Voici pour charmer les yeux, comme un extrait de tout ce qu'il y a de plus ravissant et de plus agréable dans les couleurs. Oh! quelles délices ! Voici, pour contenter l'ouïe, tout ce qu'il y a de plus délectable dans la musique, de plus tendre, de plus doux et de plus joyeux dans le chant, éminemment condensé dans le plus harmonieux concert. Oh ! quelle jouissance ! Voici pour l'odorat tout ce qu'il y a de plus suave dans les plus délicieux parfums. Voici pour le goût comme la quintessence de ce qu'il y a de plus agréable dans les saveurs. Oh ! quelle douceur! Et lorsque nous serons réunis à nos corps, nous aurons continuellement les lèvres comme arrosées d'un certain nectar, d'une liqueur qui flattera tellement le palais, qu'elle surpassera infiniment toutes les délices qu'a jamais pu inventer la sensualité des mortels. Et qui pourra jamais vous dire la beauté et la symétrie de nos corps, lorsque réformés sur le modèle du corps sacré de notre divin Epoux que vous voyez là, ils seront tout revêtus de cette lumière et de cet éclat dont vous jouissez ici ; cette lumière pénétrera dans leurs veines, elle se répandra dans tous leurs membres, et les rendra si aimables, si lucides, si resplendissants, que si l'un de nous, mettant la tête hors du paradis, laissait voir au monde un seul de ses cheveux, il suif firait pour illuminer la terre plus que ne le fait le soleil en plein midi. En attendant, réjouissez-vous de bonheur qui vous est échu, et félicitez-vous de la compagnie de tant de saintes âmes, au milieu desquelles vous allez vivre. Contemplez parmi les choeurs des Dominations, des Principautés, des Vertus et des Puissances, ces vierges radieuses, ces martyrs invincibles, ces heureux pénitents, ces confesseurs fidèles, ces docteurs, ces prophètes, ces patriarches, ces princes, ces rois, chacun avec sa part de gloire, de pouvoir et de majesté. Que dites- vous de la sublimité des Chérubins, de l'ardeur des Séraphins, de la gloire des Apôtres? se pourrait-il rien imaginer de plus beau? et Saint Paul n'a-t-il pas eu raison le dire que ni l'oeil n'a vu, ni l'oreille n'a entendu rien de semblable?
Mais non, le paradis ne parait pas encore assez ravissant à cette âme bienheureuse, si elletne voit MARIE, la Mère. La voici ! Oh ! quelle jubilation! Le premier regard qu'elle jette sur cette auguste Vierge, lui fait oublier tout ce qu'elle a vti du paradis. Qui pourra jamais redire la joie dont elle est inondée, en se voyant en présence de la Reine du Ciel, si belle, si aimable, si tendre et si gracieuse, qui l'accueille avec un doux sourire, l'embrasse, la presse sur son cœur et lui dit du ton le plus affectueux : Soyez la bienvenue, ma fille, vous voici arrivée à la fin de vos travaux et en possession de tous les biens ; rendez grâce à Dieu de sa bonté, et apprenez que c'est à moi qu'il avait donné la mission de mener à bonne fin la grande affaire de votre salut : c'est moi qui vous ai portée à écouter avec attention ce sermon qui vous a convaincue, à faire cette confession générale qui a été le principe d'une vie nouvelle: c'est moi qui vous 'ai envoyé toutes ces saintes inspirations de régler votre vie, et qui vous ai assistée à la mort. Oh! que je suis heureuse de vous voir ici avec moi pour toute l'éternité. Soyez donc éternellement bénie! — Cette sainte âme éclate alors en actions de grâces, elle se prosterne aux pieds de MARIE, et possédant en elle le Paradis du paradis, elle ne peut, dans le transport de sa joie, que proférer ces mots: Me voici, ô Mère admirable ; je suis à vous, je suis à vous; puis, se jetant amoureusement entre ses bras, elle baise avec amour et respect cette main d'où lui sont venues tant de faveurs signalées. Ensuite, Marie se fait elle- même son guide pour la conduire au trône de son divin Fils. Jésus, voyant en cette âme une glorieuse conquête de sa Passion, lui ouvre son Coeur et l'invite à y faire sa demeure. C'est alors que cette sainte âme, poussée par la véhémence de son amour, prend son essor et se réunit à ce divin Coeur comme à son centre, en s'écriant : O saintes, ô ravissants plaies qui m'avez rachetée ! Quels rayons, quelles splendeurs jaillissent de vous ! — Elle s'unit coeur à coeur avec Jésus: quant à ce qui se passe dans l'intérieur de ce divin coeur, entre elle et son Bien- Aimé, la langue ne peut l'exprimer, ni la piété le deviner. Je me bornerai à vous dire ce qu'il me semble que je ferai si jamais ce bonheur m'arrive: il est certain qu'en m'unissant au Coeur adorable de mon Jésus, si les larmes n'étaient bannies de cette heureuse patrie, j'éclaterais en sanglots, et je dirais : O mon doux Jésus ! comment un bonheur si grand pour un pécheur tel que moi? une immense béatitude pour celui qui a mérité mille fois l'enfer? tant de suavités pour quelques pénitences? un tel rassasiement pour quelques jeûnes? tant de bénédictions pour quelques gouttes de sueur que m'a coûté le salut des âmes? Ah! je reconnais bien maintenant que vous êtes infiniment bon, oui, infiniment bon, ou plutôt la bonté même, et je puis dire avec raison: "Oh! qu'il nous est bon d'être ici ! "
Je voudrais dire bien d'autres choses encore; mais voilà que je vois Jésus et Marie prenant au milieu d'eux cette sainte âme et la conduisant au trône de l'adorable Trinité. Là, elle se plonge dans l'immense océan de la Divinité ; elle a disparu à mes yeux, je ne l'aperçois plus; elle est noyée dans les abîmes des grandeurs de Dieu, l'infinité, l'immensité, l'immutabilité, l'éternité, la toute-puissance, la sagesse, la providence, la sainteté, la bonté, la souveraineté, la perfection, la miséricorde, la justice et l'amour !
Jetez donc à terre toute cet échafaudage de figures grossières, de comparaisons matérielles et sensibles que nous avons employées jusqu'ici pour parler du séjour des Bienheureux. Mettez tout cela de côté, oubliez tout ce que je vous ai dit, afin qu'il ne vous reste plus qu'une idée sublime, pure et varie du paradis. Voici le Paradis veritable et sa figure, c'est-à-dire la vue ineffable de Dieu, de la sainte et adorable Trinité !... O vue du paradis qui est le paradis même! Que ne verrons-nous pas en voyant Dieu? Nous verrons un être incompréhensible qui est l'être de tous les êtres, l'astre de toutes les puissances, la puissance de tous les astres, principe sans fin qui commence toujours, fin sans principe qui jamais ne f Wit. Nous verrons cette toute-puissance merveilleuse, à laquelle rien ne résiste, qui donne à tout le mouvement en restant immobile, qui produit sans matière, qui met chaque chose à sa place sans avoir de lieu, qui ordonne tout sans avoir de temps, qui tra-vaille sans instrument, qui soutient tout sans fatigue. Nous verrons cette sagesse incréée, et dans les impénétrables profondeurs de ses idées les plus secrètes nous verrons une infinité de mondes possibles. O Dieu! quel spectacle! Voir dans le lointain des océans plus vastes, des sphères plus sublimes, des astres plus éclatants, en un mot des mondes plus beaux, plus grands, plus parfaits que celui-ci, en comparaison desquels ce soleil serait comme la terre, ou ne serait qu'une ombre, et ce vaste univers' un misérable grain de poussière. Nous verrons cette interminable immensité qui remplit tous les lieux sans en occuper aucun, ce cercle infini dont le centre est partout et la circonférence nulle part ; cet être très-haut et très profond, très présent et très éloigné; qui est au dedans toutes choses sans y être renfermé, en dehors de toutes sans en être exclu, uni à toutes sans se confondre avec elles. Nous verrons cet amour divin qui forme comme l'essence de la divinité, car: Dieu est charité! Nous verrons le Coeur de Dieu, ce coeur de la divine bonté qui, comme un aimant, attire tous les coeurs. A cette vue, le coeur de l'homme attendri, et se fondant pour ainsi dire en Dieu, s'échappera comme hors de lui-même et se perdra dans cet océan de félicité, comme une goutte d'eau dans la mer, comme une étincelle ,dans un vaste incendie. Nous verrons, que peut-on dire de plus? nous verrons Dieu en Dieu, Dieu en nous ! Notre être ne sera plus, ou ne paraîtra plus, distinct de Dieu lui-même, " parce que nous le verrons tel qu'il est."
Et quelle est Parmi vous l'âme privilégiée qui aura le bonheur d'entrer la première dans ce beau ciel pour y voir Dieu en Dieu, Dieu avec Dieu? 0 âme fortunée, où -êtes-vous? Je vous porte une sainte envie. Quand donc, qaund viendra ce jour, cette heure, ce moment heureux -où je verrai mon Dieu? Ah! je ne puis m'empêcher de m'écrier avec Saint Paul : Qui me brisera ces liens qui me retiennent ? O vie trop longue! ô mort trop prochaine! ce -m'est une mort de vivre, et ce me serait une vie de mourir.... Maintenant nous avons dit du Paradis ce qu'il est, quoique nous ne comprenions ue ce qu'il n'est pas ; mais cette impossibilité de le comprendre est précisément ce qui nous en fournit l'idée la plus sublime, en nous
le faisant connaître comme un bien ineffable, incompréhensible, inestimable. D'où je tirerai cette conclusion pour moi-même. Que celui qui veut la terre, garde la terre ; quant à moi, je proteste que je veux le ciel, et que je le veux à tout prix. Oh! oui, je le veux, je le veux, je le veux. Oh, paradis, paradis, paradis !... (8)
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— Au chapitre 38e de sa Vie, Sainte Thérèse confesse, comme Saint Paul, et comme toutes les grandes âmes favorisées de visions et d'extases, qu'en voulant parler des merveilles réservées aux Elus dans le Ciel, la langue reste muette : ce sont des choses ineffables. Voici comment cette admirable Sainte s'exprime à ce sujet : " Etant un jour fort recueillie dans un oratoire, mais si malade que je ne croyais pouvoir faire oraison, je pris mon rosaire pour prier vocalement et sans aucun effort d'esprit. Que nos petites industries sont inutiles, quand Dieu veut agir en nous ! Quelques instants s'étaient à peine écoulés qu'un ravissement vint, avec une irrésistible impétuosité, m'enlever à moi-même. Je fus transportée en esprit au ciel ; les premières personnes que je vis furent mon père et ma mère, et dans un très court espace de temps, celui d'un Ave Maria, je découvris d'inénarrables merveilles. La vision fut peut-être de plus longue durée, mais le temps paraît alors très-court. Succombant sous le poids d'une faveur si excessive, je restai dans une extase profonde. Lorsque je fus revenue à moi, j'appréhendai que ce ne fût une illusion, sans trouver néanmoins aucun fondement à cette crainte... Depuis cette grande faveur, le divin Maître, à certains intervalles, a daigné me révéler des secrets plus grands encore de son royaume, sans qu'il m'ait jamais été possible de rien voir au-delà de ce qu'il lui plaisait de me découvrir. Le moindre de ces secrets suffit pour ravir l'âme d'admiration, et lui inspirer le plus profond mépris de toutes les choses de la terre. Je voudrais pouvoir donner une idée de la moins élevée de ces visions, mais je trouve cille c'est impossible, car il y a tant de différence entre la lumière de ce divin séjour où tout est lumière, et la lumière d'ici-bas, que celle du soleil ne semble que ténèbres. L'imagination la plus vive et la plus pénétrante ne peut s'en figurer l'éclat, ni se représenter aucune des merveilles que Notre-Seigneur me faisait alors connaître avec un tel excès de plaisir, que tous mes sens en étaient ravis. Nul terme ne pouvant exprimer cette suavité et ces délices, je suis forcée de n'en pas dire davantage.
" Je passai une fois plus d'une heure en cet état. Notre-Seigneur, se tenant toujours près de moi, me découvrait des choses admirables ; il me dit : " Vois, nia fille, ce que perdent ceux qui sont contre moi; ne manque pas de le leur dire."
La même Sainte revenant encore, plus loin, dans le chapitre 39e, aux merveilles du Ciel, en parle en ces termes : " ... De temps en temps, je me sens saisie d'un si ardent désir de communier que nulles paroles ne sont capables de 'l'exprimer. Cela m'arriva un matin où la pluie, tombant par torrents, semblait m'interdire de faire un pas hors de la maison. Je sortis néanmoins, et je me trouvai bientôt tellement hors de moi par la vehemence de ce désir, que, quand on aurait dressé des lances contre ma poitrine, j'aurais passé outre; qu'on juge si la pluie pouvait m'arrêter. A peine arrivée à l'église, j'entrai dans un grand ravissement. Le Ciel, qui, les autres fois, ne s'était ouvert que par une porte, s'ouvrit à mes yeux dans toute son étendue: et alors, mon Père, parut à ma vue le trône dont je vous ai parlé; au-dessus de ce trône j'en aperçus un autre, où, sans rien voir, et par une connaissance qui ne se peut exprinier, je compris que résidait la Divinité. Ce trône était soutenu par des animaux mystérieux dont j'avais entendu expliquer les figures, et je m'imaginai que c'étaient les EVangélistes, mais je ne pus voir comment il était fait, ni qui y siégeait. Je vis seulement une grande multitude d'anges qui me semblèrent incomparablement plus beaux que ceux que j'avais auparavant vus dans le ciel.
Je pensai que c'étaient des chérubins ou des séraphins, parce que leur gloire, comme je viens de le dire, l'emporte de beaucoup sur celle des autres; et ils paraissaient tout enflammés. Le bonheur céleste dont je me sentis inondée ne se peut exprimer; c'est quelque chose d'ineffable; et, à moins de l'avoir senti, on ne peut s'en former une idée. Je compris que tout le bien qu'on peut souhaiter se rencontrait là et néanmoins je ne vis rien. Il me fut dit, — par qui, je- je l'ignore, — que ce qui était alors uniquement en mon pouvoir était de comprendre que je ne pouvais rien comprendre, et de considérer comment toutes choses ne sont qu'un pur néant en comparaison de ce bien invisible. La vérité est qu'à partir de cette époque j'étais remplie de honte à la seule pensée que je fusse encore capable, je ne dis pas de m'affectionner, mais même de m'arrêter à quelque chose de créé: le monde ne me paraissait qu'une fourmilière. J'assistai à la messe et je communiai, mais je ne saurais dire comment je fus durant tout ce temps par il me parut très court, et je fus extrêmement surprise le voir, quand l'horloge sonna, que j'avais été deux heures dans ce ravissement et dans cette gloire. Je ne pouvais ensuite me lasser d'admirer ce feu qui, du brasier même de l'amour divin, tombe dans l'âme. Il est tellement surnaturel, qu'avec tous mes désirs et mes efforts, je ne saurais en obtenir une seule étincelle, si le divin Maître, comme je l'ai dit ailleurs, ne me l'accorde en pur don. Sa puissante ardeur, consumant le vieil homme avec toutes ses imperfections, ses langueurs et ses misères, le fait en quelque sorte renaître de ses cendres, comme je l'ai lu du phénix. L'âme ne paraît plus la même, tant elle a changé de désirs et acquis de vigueur; aussi elle commence à marcher dans le chemin du ciel avec une pureté toute nouvelle. Comme je souhaitais ardemment de me voir ainsi transformée, je suppliai le divin Maître de m'embraser de cette nouvelle ferveur pour commencer à le servir; il me répondit : " La comparaison que tu viens d'employer est très-juste; prends bien garde de l'oublier, afin qu'elle t'excite à faire sans cesse de nouveaux efforts pour devenir plus parfaite."
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Références
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(1) Les Hébreux reconnaissaient trois cieux différents et d'une élévation inégale. Le premier et le moins élevé, c'est l'air, où volent les oiseaux du ciel, et où sont les nues qui répandent les eaux sur la terre. Le second ciel, supérieur au premier, c'est le firmament, dans lequel sont comme enchâssées les étoiles, et où le soleil et la lune ont leur route marquée par les ordres du Tout-Puissant. Au-dessus du firmament, sont les eaux supérieures dont il est parlé dans nos Saints Livres. Enfin, le troisième ciel, et le plus élevé de tous, est celui où réside la majesté du Très-Haut. C'est là que fut ravi Saint Paul , et qu'il entendit ces choses qu'il n'eut pas permis à l'homme de publier. (Bible de Vence, T.
(2) Les Confessions, trad. de M. de Saint-Victor (5e Ed.) Paris, A. Vaton Eti. 1848.
(3) Nous retrouverons, plus loin, cette réponse de la, Sainte, avec plus de détails
(4) Vie des Saints.—Collin de Plany.
(5) Vie des Saints.—Collin de Plancy.
(6) L'évangile de la Transfiguration.
(7) Arcana verba quœ non lieet homini loqui, II. Cor. En, 4
(8) S. Léonard de Port-Maurice: Sermon du Paradis. |
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