Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de 
Mgr Pierre André Fournier  et ami de
ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande.

Signez mon livre d'or. Un petit mot fait du bien et cela vous permet aussi de lire les commentaires des gens. 


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU
MINISTÈRE PRESBYTÉRAL


AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE  DIT QUELQUE CHOSE?

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Titre de la série :
Jésus-Christ-Sa vie-Sa passion-Son triomphe
Titre de la page:
Livre-8-Chap-V- La Pentecôte
Livre-
8-Chap-VI- Triomphe de Jésus sur les Juifs
Livre-
8-Chap-VII- Le triomphe de Jésus sur les paiens
Livre-
8-Chap-VIII-Triomphe de Jésus sur L'Antéchrist

Nom de l'auteur:
Père Berthe de la Congrégation du Très Saint-Sacrement.

CHAPITRE V

LA PENTECÔTE

Les apôtres au cénacle
Discours de Pierre
Cinq mille conversions
Élection de Mathias
Trois mille conversions
Pierre et Jean en prison
Descente du Saint- Esprit
Guérison d'un boiteux
Un ange les délivre
Don des langues
Second discours de Pierre
Discours de Gamaliel au Sanhédrin, (Act., 1-V.)


Après l'Ascension du Sauveur, Pierre et ses compagnons rentrèrent au cénacle en méditant les dernières paroles de Jésus. Eux, pauvres illettrés, dépourvus de science, d'argent, de considération, prêcher l'Évangile à toute la terre, présenter à l'adoration des Juifs et des païens cette croix sur laquelle leur Maître venait d'expirer: n'était-ce pas tenter l'impossible, et ne valait-il pas mieux retourner à leurs filets ? La sagesse humaine leur conseillait évidemment de reprendre le chemin de la Galilée; mais ils avaient confiance en Jésus et dans l'Esprit qui devait, selon sa promesse, leur enseigner toutes choses. Ils se renfermèrent donc au cénacle et se mirent à prier avec Marie, Mère de Jésus, les disciples et les saintes femmes, attendant la visite de l'Esprit-Saint.

Pierre commença par remplir un premier devoir. « Mes frères, dit-il, Judas, un des nôtres, a trahi son Maître et s'est pendu. Or il est écrit au Livre des psaumes: « Qu'un autre « le remplace dans son épiscopat. » Choisissez donc, parmi ceux qui ont vécu avec nous, depuis le baptême de Jésus jusqu'à son Ascension dans les cieux, un disciple qui soit avec nous le témoin de sa résurrection. » Le sort, dirigé par la main de Dieu, désigna Mathias, qui fut immédiatement adjoint au collège apostolique.

Les douze tribus ainsi représentées par les douze apôtres, arriva le grand jour de la Pentecôte, pendant lequel les Israélites célébraient la promulgation de la Loi sur le mont Sinaï. Des multitudes de Juifs et de prosélytes, accourus de toutes les régions de la terre, encombraient la cité sainte. Jésus choisit ce jour pour révéler son Église aux nations et inaugurer la Loi nouvelle.

Vers les huit heures du matin, pendant que les cent vingt personnes réunies au cénacle priaient avec la Vierge Marie, voilà que tout à coup un grand bruit, comme le bruit d'un vent violent, remplit toute la salle où ils étaient assis; puis, des langues de feu, semblables à des flammes ardentes, apparurent et bientôt se divisèrent pour aller se reposer sur chacun des membres de l'assemblée. Sous cet emblème du feu, l'Esprit-Saint venait leur communiquer tous les dons du ciel, l'intelligence pour interpréter les Écritures, la force pour affronter leurs ennemis, le don des langues pour enseigner tous les peuples. Transformés en un instant, par cette effusion miraculeuse de la grâce, les apôtres se mirent aussitôt à formuler en diverses langues les pensées que l'Esprit dictait à leur âme.

Bientôt, ils furent entourés d'une foule immense qui les écoutait dans une véritable stupeur. « Eh quoi ! disait-on, ces hommes ne sont-ils pas Galiléens ? Comment se fait-il que nous les entendons tous parler la langue de notre pays ? Parthes, Mèdes, Élamites, Juifs, Cappadociens, habitants de la Mésopotamie, de l'Asie, du Pont, de la Phrygie, de la Pamphilie, de l'Égypte, de la Cyrénaïque, Romains, Crétois, Arabes, nous les entendons tous célébrer dans notre langue les merveilles de Dieu ! » Personne ne pouvait expliquer ce mystère, lorsque certains Juifs malintentionnés s'écrièrent: « Il n'y a rien de merveilleux dans tout ceci, ce sont des gens pris de vin qui s'agitent et se démènent. » Pierre prit occasion de cette grossière et stupide insulte pour instruire la multitude.

« Hommes de Judée, s'écria-t-il, et vous tous, étrangers venus à Jérusalem, apprenez de ma bouche la vérité. Non, ces hommes ne sont pas ivres, comme on feint de le croire: à neuf heures du matin on n'est pas pris de vin. Ce que vous voyez, le prophète Joël l'a prédit en ces termes: Au dernier âge du monde, dit le Seigneur, je répandrai mon Esprit sur toute chair. Vos fils et vos filles prophétiseront; vos jeunes gens auront des visions, et vos vieillards des songes. Sur vos serviteurs et vos servantes descendra l'esprit de prophétie. Alors apparaîtront dans le ciel des prodiges, et sur la terre des signes effrayants. Celui-là se sauvera qui invoquera le nom du Seigneur.

« Hommes d'Israël, continua l'apôtre, je viens vous révéler ce nom sauveur. Jésus de Nazareth a paru au milieu de vous, et Dieu lui a rendu témoignage, vous le savez comme nous, par les miracles les plus significatifs. Néanmoins, ce Jésus, qui vous a été livré par un dessein tout particulier du Seigneur, après l'avoir torturé par les mains des méchants, vous l'avez tué. Or, Dieu l'a ressuscité, en brisant les liens de la mort, comme l'avait prédit David par ces paroles: Vous ne laisserez pas votre Saint dans la corruption du tombeau. Frères, qu'il me soit permis de vous faire remarquer que David est mort et que son sépulcre est au milieu de nous. Il ne parlait donc pas de lui, mais il savait par inspiration prophétique qu'un rejeton de sa race s'assoirait sur son trône. Déchirant les voiles de l'avenir, il parlait de la résurrection du Christ, dont le corps ne devait pas connaître la corruption. Ce Christ, mes frères, c'est Jésus que Dieu a ressuscité, nous sommes tous ici pour l'attester devant vous. Élevé au plus haut des cieux par la puissance de son Père, il en a reçu l'Esprit de vérité qu'il vient de répandre sur nous, et c'est cet Esprit qui vous parle par ma bouche. David n'est pas monté au ciel: c'est donc au Christ, non à lui-même que s'adressaient ces paroles: Le Seigneur a dit à mon Seigneur: Asseyez-vous à ma droite, et je réduirai vos ennemis à vous servir de marche­pied. Peuple d'Israël, sachez-le donc, ce Jésus que vous avez crucifié, c'est vraiment le Seigneur, c'est le Messie que Dieu vous a envoyé. »

L'immense auditoire était profondément troublé. On lisait sur les visages la douleur qui pénétrait les âmes. Dès cris partirent de tous côtés: « Frères, que devons-nous donc faire ? — Faites pénitence, répondit Pierre, et que chacun de vous reçoive le baptême. Vous obtiendrez le pardon de vos péchés et les dons du Saint-Esprit, selon qu'il vous a été promis, à vous, à vos enfants, aux étrangers, à tous ceux que Dieu daigne appeler à lui. » Pierre continua longtemps encore à développer les preuves qui certifiaient la mission de Jésus, en exhortant ses auditeurs à sortir de la foule des pervers. Trois mille hommes écoutèrent l'apôtre et reçurent le baptême. L'Église de Jérusalem était fondée, et des milliers de voix allaient annoncer à toutes les nations le nom de Jésus.

Quelques jours après, vers trois heures du soir, Pierre et Jean montaient au temple pour prendre part à la prière publique. A la porte, dite Speciosa, mendiait un pauvre boiteux, infirme de naissance. Il tendit la main aux deux apôtres, comme il faisait à tous les passants. « Je n'ai ni or ni argent, lui dit Pierre, mais ce que j'ai, je le donne. Au nom de Jésus de Nazareth, lève-toi et marche. » En même temps il le prit par la main et le souleva. Le boiteux sentit ses pieds s'affermir, se tint debout et, se met­tant à marcher, il entra dans le temple avec les apôtres. Tout le peuple vit ce perclus marcher, sauter de joie, et louer Dieu.

Ce prodige impressionna vivement la multitude; aussi, quand Pierre et Jean, accompagnés du boiteux, se dirigèrent vers le portique de Salomon, des milliers d'hommes se portèrent-ils à leur rencontre. Pierre profita de ce grand concours pour prêcher le nom de Jésus. « Hommes d'Israël, dit-il, vous nous regardez avec admiration, comme si nous avions guéri cet infirme par notre propre puissance, vous vous trompez tout à fait. Le Dieu d'Abraham, d' Isaac et de Jacob, le Dieu de nos pères a fait ce miracle pour glorifier Jésus, ce Jésus que vous avez livré à Pilate, et fait condamner, alors que celui-ci voulait le relâcher. Vous avec préféré au Saint de Dieu un odieux meurtrier; vous avec mis à mort l'Auteur de la vie, mais Dieu l'a ressuscité; nous en sommes témoins. C'est la foi en son nom qui a raffermi les pieds de l'homme que vous avez devant vous. »

L'auditoire, atterré, semblait demander grâce. « Mes frères, reprit l'apôtre, je sais que vous avez agi par ignorance, ainsi que vos princes. Il fallait que le Christ souffrit, et Dieu s'est servi de votre aveuglement pour réaliser ses desseins. Faites donc pénitence, et vos péchés seront effacés. » Il leur montra ensuite que Jésus était le grand Prophète annoncé par Moïse, Celui en qui devaient être bénies toutes les nations de la terre, « Israël tout d'abord, ajouta-t- il, car Dieu a envoyé son Fils pour vous bénir les premiers, et vous purifier de vos iniquités ».

Il parlait encore lorsqu'on vit arriver une troupe de prêtres, de magistrats et de sadducéens, furieux d'apprendre qu'on osait profaner le temple en prêchant le nom du Crucifié. Sur leur ordre, les gardes se saisirent des deux apôtres et les conduisirent en prison. Malgré cette brusque intervention du grand Conseil, cinq mille hommes, que la parole de Pierre avait touchés, se convertirent au Seigneur Jésus.

Le lendemain, les trois classes du Sanhédrin, scribes, anciens du peuple, princes des prêtres, se réunirent dans le prétoire, sous la présidence du grand prêtre Caïphe. Tous avaient hâte d'exaler leur haine contre le nom du Christ. Les accusés, Pierre et Jean, furent introduits devant les juges. Un peuple nombreux ne cessait de leur témoigner son ardente sympathie. L'infirme guéri se trouvait au premier rang de l'assistance et attirait tous les regards. On procéda à l'interrogatoire.

« En quel nom, demanda Caïphe, et par quelle puissance avez-vous guéri cet homme ?

— Princes du peuple, répondit Pierre , puisqu'on nous traîne à votre tribunal pour avoir guéri cet homme, et puis­que vous voulez savoir au nom de qui nous l'avons guéri, je dois vous faire connaître la vérité. Cet homme, sachez-le donc, nous l'avons guéri au nom de Jésus de Nazareth, de ce Jésus que vous avez crucifié, mais que Dieu a ressuscité d'entre les morts; de ce Jésus que vous avez rejeté, mais qui est devenu la pierre angulaire de l'édifice. Nul autre ne vous procurera le salut, nul autre nom n'a été donné aux hommes par lequel nous puissions être sauvés. »

La fermeté de l'apôtre ébranla les juges. Ce langage d'un homme simple, illettré, d'un de ces pauvres Galiléens qu'ils avaient vus à la suite du Maître, les jeta dans une sorte de stupeur. D'un autre côté, l'infirme se trouvait là devant eux comme une preuve irréfragable de l'intervention divine. Pour dissimuler leur embarras, ils ordonnèrent aux gardes d'emmener les accusés et se mirent à délibérer sur le meilleur parti à prendre. Dans l'impossibilité de nier un miracle accompli devant tout le peuple, ils résolurent au moins d'en empêcher la divulgation, et d'interdire aux apôtres, sous les peines les plus graves, de prêcher le nom de Jésus. Les ayant donc fait comparaître de nouveau, ils leur signifièrent la défense absolue de parler et d'enseigner au nom de leur Maître, tant en public qu'en particulier. Mais Pierre et Jean n'étaient plus de ceux qu'on intimide avec des menaces. « Jugez vous-mêmes devant Dieu, répondirent-ils, s'il est juste de vous obéir plutôt qu'à Dieu. Nous ne pouvons taire ce que nous avons vu et entendu. »

A ces mots qui consacraient les droits imprescriptibles des ministres de Jésus, les juges éclatèrent en objurga­tions menaçantes, mais néanmoins ils renvoyèrent les apôtres sans les punir, tant ils avaient peur d'une révolte populaire. Pierre et Jean se hâtèrent de retourner vers leurs frères, inquiets de leur arrestation. Après avoir entendu les prohibitions et les menaces du Conseil, l'assemblée demanda au Seigneur la force dont chacun avait besoin. « Seigneur, s'écrièrent-ils, vous avez dit par la bouche de David: « Pourquoi les nations ont-elles frémi, « pourquoi les princes et les peuples ont-ils conspiré contre Jésus, et maintenant ils nous menacent de leurs colères. Donnez-nous la force d'enseigner votre parole sans aucune crainte, et multipliez les prodiges au nom de votre Fils Jésus. » A peine avaient-ils fait cette prière, que la maison se mit à trembler, l'Esprit-Saint les inonda de sa grâce, et toute crainte disparut de leur coeur.

Les apôtres continuèrent donc, et avec plus de force que jamais, à prêcher la résurrection du Sauveur. De son côté, Dieu multipliait par eux les signes et les miracles. Aussi la foule des auditeurs se pressait-elle chaque jour plus nombreuse sous les portiques de Salomon. La multitude des croyants augmentait dans des proportions considérables, et la foi dans la puissance des apôtres devenait si générale qu'on apportait sur des grabats, au milieu des places publiques, les malades et les infirmes de la cité et des villes voisines, afin que, lorsque Pierre passait, son ombre au moins couvrit quelques-uns d'entre eux et les délivrât de leurs infirmités.

Quand il fut bien avéré que les prédicateurs du nom de Jésus ne tiendraient aucun compte des menaces du Sanhédrin, le grand prêtre et ses complices donnèrent l'ordre d'arrêter ces rebelles et de les jeter en prison, bien décidés cette fois à leur infliger un châtiment sévère. Mais la nuit même de leur emprisonnement, un ange du ciel vint ouvrir aux apôtres la porte de leur cachot. Les ayant conduits dehors, il leur dit: « Allez au temple pour y prêcher les paroles de vie. » Ils obéirent, et, dès l'aube, ils entrèrent sous les portiques et se mirent à enseigner comme les autres jours.

Cependant les pontifes et les anciens, réunis en conseil, envoyèrent des gardes chercher les prisonniers, afin de procéder à leur jugement. A leur grande stupéfaction, les gardes trouvèrent les cachots vides et revinrent annoncer à leurs maîtres cette étrange nouvelle. « Nous avons trouvé les portes de la prison parfaitement closes, dirent- ils, et de plus bien gardées par les sentinelles, mais derrière ces portes, nous n'avons vu personne. » Les juges ne revenaient pas de leur surprise et se communiquaient leurs anxiétés, quand on vint leur annoncer que les prisonniers enseignaient le peuple dans le temple, ce qui accrut encore leur embarras. Enfin ils donnèrent l'ordre au capitaine des gardes de s'emparer des apôtres et de les amener au prétoire. Celui-ci s'acquitta de sa commission, mais avec toutes sortes de ménagements, pour ne pas être lapidé par le peuple. Le grand prêtre reprocha durement aux prétendus coupables d'avoir enfreint ses ordres. « Je vous avais expressément défendu, leur dit-il, d'enseigner au nom de cet homme, et, non contents de prêcher sa doctrine à toute la cité, vous nous chargez encore de sa mort et de son sang.

— Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes, répondit Pierre . Le Dieu de nos pères a ressuscité ce Jésus que vous avez cloué au gibet, il l'a exalté, il en a fait le Prince et le Sauveur des peuples, afin d'exciter Israël au repentir et de lui accorder la rémission de ses péchés. Nous sommes témoins de ce que nous affirmons, nous et l'Esprit-Saint, que Dieu donne à tous ceux qui lui obéissent. »

Frémissants de rage, les juges s'apprêtaient à prononcer un verdict de mort, quand un pharisien, vénéré de tous pour sa science et sa vertu, Gamaliel, se leva pour donner son avis. Ayant fait sortir les accusés, il s'adressa au Conseil en ces termes: « Chefs d'Israël, prenez garde à ce que vous allez faire. Il y a quelque temps, parut un certain Théodas, qui se disait chef du peuple. Quatre cents hommes s'attachèrent à lui, mais il fut tué. Ses adhérents se dispersèrent, et le chef et les soldats sont aujourd'hui parfaitement oubliés. Au temps du dénombrement, Judas de Galilée réunit aussi une bande de partisans; il périt comme Théodas, et il n'est plus question ni de lui ni de son parti. Voici donc mon avis: Ne vous occupez plus de ces hommes et laissez-les faire. Si leur oeuvre est humaine, elle périra; si elle est divine, vous ne sauriez en empêcher le succès. En les combattant, vous combattriez contre Dieu. »

L'autorité de Gamaliel s'imposait tellement que tous ses collègues se rangèrent à son avis; cependant, pour satisfaire leur désir de vengeance, ils condamnèrent les apôtres à la flagellation, puis leur enjoignirent de nouveau d'avoir à cesser leurs prédications. Mais les ouvriers du Christ, devenus ses martyrs, heureux d'avoir été dignes de souffrir l'outrage pour leur Maître, continuèrent à prêcher chaque jour, dans le temple et dans les maisons particulières, l'Évangile de Jésus-Christ.

Le crucifié triomphait: en quelques jours des milliers d'hommes s'étaient rangés sous son drapeau; Jérusalem devenait le centre de son royaume, et qui sait où s'arrêteraient les nouveaux conquérants ? Les Juifs voyaient parfaitement que l'oeuvre était divine; mais, contrairement à l'avis si sage de Gamaliel, ils résolurent, non seulement d'en empêcher les progrès, mais de l'anéantir complètement, en tuant les apôtres comme ils avaient tué le Maître. Ils vont apprendre à leurs dépens ce que devient un peuple qui combat contre Dieu.

CHAPITRE VI

TRIOMPHE DE JÉSUS SUR LES JUIFS

Persécution du Sanhédrin.
Dispersion des apôtres.
Signes avant-coureurs de la vengeance divine
Diffusion de l'Église
Pierre et Paul traqués par les Juifs.
Famine et carnage
Persécution d'Hérode Agrippa.
Siège de Jérusalem.
Destruction de la ville et du temple. — (Act., passim.)


Malgré les défenses réitérées du Sanhédrin, les apôtres continuèrent à prêcher Jésus ressuscité, ce qui amena une guerre sans merci contre les douze Galiléens. La nation juive ne souffrirait pas qu'on propageât dans la Palestine et à travers le monde le règne d'un faux Messie, condamné au supplice de la croix. Dix millions de Juifs, de la Palestine ou de la Dispersion, tous solidaires de la mort de Jésus, — car tous, prêtres et rabbins, scribes et anciens du peuple, sadducéens et pharisiens, réunis à la fête de Pâque, avaient exigé le crucifiement du Sauveur, — se devaient à eux-mêmes de barrer le chemin aux apôtres, et de crucifier au besoin les disciples de Jésus à côté de leur Maître.

De là une persécution sanglante, qui dura trois années. Le diacre Étienne, puissant en oeuvres et en paroles, ayant confondu tous leurs docteurs, fut accusé de blasphème et lapidé par le peuple. Mais, au lieu d'arrêter les progrès de l'Eglise, le sang de ce premier martyr fut une semence féconde de chrétiens. Pendant que les apôtres défendaient à Jérusalem le troupeau du Christ, un grand nombre de disciples se répandirent dans les provinces, et formèrent de nouvelles communautés en Judée, en Samarie, en Galilée, jusqu'à Césarée et jusqu'à Damas.

A la vue de ce résultat, la colère des persécuteurs ne connut plus de bornes. Un pharisien, nommé Saul, homme de grandes intelligence et d'indomptable énergie, entreprit de dévaster l'Église de Dieu. Ne respirant que menaces et meurtres, il allait un jour à Damas pour enchaîner et transporter à Jérusalem les disciples du Crucifié. Mais voilà qu'aux abords de la ville il se voit tout à coup enveloppé d'une lumière céleste, et tombe comme foudroyé sur le chemin. Puis il entend une voix qui lui dit: « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? — Qui êtes-vous, Seigneur ? demande t il Je suis Jésus, que tu persécutes, reprend la voix. Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? » Et Saul devient l'apôtre Paul, le convertisseur des nations. Jésus se moquait des Juifs: il prenait leurs meilleures recrues pour en faire ses plus braves soldats.

Après trois ans de persécution, l'Église respira un instant, grâce à la disparition des déicides les plus renommés Le grand prêtre Caïphe, dépossédé du souverain pontificat, se tua de désespoir. Anne, son beau-père, se débarrassa également de ses remords et de son déshonneur par un lâche suicide. Pilate, destitué par l'empereur et exilé à Vienne, dans les Gaules, se donna aussi la mort. Ces trois principaux acteurs dans le drame du Calvaire périrent comme le traître dont le Seigneur a dit : « Il vaudrait mieux pour lui qu'il ne fût pas né. »

Pierre profita des jours de paix pour faire la visite de son troupeau. Au livre des Actes, on le voit prêchant et opérant des prodiges à Lydda, à Saron, à Joppé, à Césarée, où il baptise le centurion Cornélius et toute sa famille. Puis, résolu à porter l'Évangile aux nations, il laisse Jérusalem et se dirige vers Antioche, la métropole de l'Orient, où il fixe son siège pendant sept années. Cetteville de cinq cent mille âmes devint le centre d'une Église florissante, et ce fut à Antioche que les disciples du Christ prirent le nom de Chrétiens, pour se distinguer des Juifs et des sectaires hérétiques.

Le royaume de Jésus avait fait, en deux ans, d'immenses progrès. De la Palestine il avait gagné la Syrie, et de la Syrie, grâce aux prédications de Pierre, le Pont, la Bithynie, la Cappadoce, la Galatie, et autres provinces de l'Asie Mineure. Les Juifs voulurent à toute force arrêter le Christ et mettre un terme à ses envahissements. L'an 42, éclata une nouvelle persécution. Le neveu d'Hérode, Agrippa, devenu roi de Judée, se fit le bourreau des chrétiens. Plusieurs furent emprisonnés; Jacques le Majeur, frère de Jean, eut la tête tranchée; Pierre, revenu d'Antioche pour tenir tête à l'orage, fut jeté dans un cachot. L'ayant fait arrêter, le premier jour des azymes, le roi fit annoncer que le prisonnier serait décapité devant tout le peuple aussitôt après la fête de Pâque. Mais un ange du ciel, envoyé par Jésus, réveilla Pierre dans sa prison, lui en ouvrit les portes, et le conduisit hors de Jérusalem. Le lendemain, Agrippa ne trouva que les chaînes de l'apôtre. Il s'enfuit à Césarée pour y cacher sa honte, mais Jésus l'y suivit. Frappé d'une maladie mortelle, le persécuteur expira quelques jours après, dévoré par les vers comme son aïeul.

Cette seconde persécution eut pour effet d'étendre le royaume de Dieu dans le monde entier. En cette même année 42, l 'Église étant solidement établie à Jérusalem et dans la Palestine, à Antioche et dans les contrées envi­ronnantes, les apôtres résolurent de se disperser et de porter l'Évangile aux différentes nations de la terre. Pierre envoya Mathias en Colchide, Jude en Mésopotamie, Simon en Lybie, Matthieu en Éthiopie, Barthélemy en Arménie, Thomas dans l'Inde, Philippe en Phrygie, Jean à Éphèse. Paul, l'apôtre des nations, devait évangéliser l'Asie Mineure, la Macédoine et la Grèce. Quant à Pierre , il prit le chemin de Rome , la ville des Césars, dont Jésus voulait faire la cité des pontifes. Jacques le Mineur, surnommé le Juste, à cause de sa grande sainteté, gouverna, en qualité d'évêque de Jérusalem, les chrétientés de la Palestine . En partant à la conquête du monde, les apôtres emportaient avec eux le Credo, symbole de leur foi, l'Évangile, résumé de leur Maître, et la croix, emblème de la rédemption. Cela suffisait pour enseigner: Jésus, qui les accompagnait, se chargeait de vaincre.

Sur toutes les routes ils rencontrèrent des milliers de Juifs, bien décidés à les exterminer; mais néanmoins ils établirent partout, presque toujours au prix de leur sang, des chrétientés florissantes. A Rome, Pierre se fixa dans le Transtévère, en plein quartier juif. Il y fit de nombreux disciples, bien que ses compatriotes, dont le nombre s'élevait à trente mille, employassent tous les moyens pour soulever le peuple contre lui. Il fut même obligé, pour ne pas attirer l'attention des Romains, de s'installer de l'autre côté du Tibre, dans le palais du sénateur Pudens, l'un des premiers convertis. C'est là qu'assis sur son siège de chêne, devenu la chaire de Pierre, il parlait de Jésus à l'assemblée des chrétiens, qui grossissait de jour en jour. C'est de là qu'il envoya Marc, son fidèle disciple, fonder le patriarchat d'Alexandrie, et d'autres évêques évangéliser les Gaules.

Les Juifs s'acharnèrent plus violemment encore contre l'apôtre Paul. En Asie Mineure, en Macédoine, en Grèce, où il opéra pendant de longues années des miracles de conversion, il rencontra la meute furieuse. On le traqua de ville en ville, on le dénonça aux autorités, on le chassa des synagogues. Plusieurs fois il fut flagellé, lapidé, laissé pour mort sur place. Et quand, après avoir conquis tout un monde au divin Maître, il revint à Jérusalem, ses compatriotes, qui l'appelaient traître et transfuge, se saisirent de lui, le flagellèrent de nouveau, le souffletèrent en pleine séance du Sanhédrin, et l'auraient infailliblement tué, si Paul, en sa qualité de citoyen romain, n'en eût appelé à César. Conduit à Rome pour se justifier des crimes que les Juifs lui imputaient, il y retrouva l'apôtre Pierre , et tous deux continuèrent le cours de leurs conquêtes, en attendant le martyre.

A Jérusalem, les Juifs mirent le comble à leurs crimes en assassinant Jacques le Mineur, leur saint évêque. Irrité de voir les conversions se multiplier, le Sanhédrin le condamna à mort comme séducteur du peuple. Il fut lapidé par les scribes et les pharisiens, dont il avait prédit la ruine prochaine. Et, de fait, les prophéties de Jésus contre la nation juive allaient s'accomplir. Depuis trente années, les apôtres ne cessaient d'appeler Israël à la pénitence. Partout ils s'adressaient aux Juifs avant d'évangéliser les Gentils. Paul désirait être anathème pour ses frères selon la chair, et ceux-ci, à part les exceptions, répondaient aux exhortations par des blasphèmes ou des violences. « Ils ont tué Jésus et ses prophètes, s'écriait l'apôtre; ils n'ont cessé de nous persécuter; ils offensent Dieu et se constituent les ennemis de l'humanité; ils nous empêchent de parler aux nations, de peur que les nations ne soient sauvées; ils comblent la mesure de leurs péchés. La colère de Dieu contre eux arrive à son terme. »

En effet Jésus tenait le bras levé contre l'ingrate et cruelle Jérusalem. Les fidèles constataient, non sans effroi, l'apparition des signes qui, selon la prophétie du Sauveur, devaient précéder le grand cataclysme. « Avant tout, avait-il dit aux apôtres, sachez que les Juifs vous persécuteront, vous flagelleront, vous mettront à mort. De faux prophètes et de faux messies s'efforceront de vous séduire »; et les judaïsants, les magiciens, les Simon, les Ménandre, les Ébion, les Cérinthe, ne cessaient de prêcher leurs erreurs. « L'Évangile sera prêché à toute la terre; » et, chose incroyable, Paul pouvait écrire aux habitants de Colosses: « L'Évangile a été prêché à toutes les créatures qui sont sous le ciel. » Enfin, des calamités effroyables, des pestes, des famines, des tremblements de terre, des guerres et des bruits de guerre devaient annoncer au monde la prochaine vengeance de Dieu contre le peuple déicide. Or, depuis plusieurs années, en Palestine, en Italie, en Orient, la famine et la peste décimaient les populations: des tremblements de terre ébranlaient l'Asie, l'Achaïe, la Macédoine; les premières éruptions du Vésuve détruisaient en partie Herculanum et Pompéi, et causaient une telle panique en Campanie que les habitants devenaient fous d'épouvante. Le monde romain entrait en convulsion par suite des guerres civiles, suscitées par les prétendants à l'Empire.

Du reste, Dieu lui-même prodiguait les avertissements à la cité déicide. En septembre 62, moins de trente ans après la scène du Calvaire, un étranger vint à Jérusalem pour la fête des Tabernacles. Arrivé dans le temple, il se mit à crier au milieu du peuple affolé: « Voix de l'Orient et de l'Occident, voix contre la ville et contre le temple, voix contre tout le peuple ! » Il s'appelait Jésus. Pendant de longues années, il parcourut les rues de la cité en criant: « Malheur à Jérusalem ! On le battit de verges: il ne pleura ni ne gémit; mais après chaque coup de fouet, il répéta: « Malheur à Jérusalem ! On le relâcha comme un fou inoffensif; il continua de circuler autour des remparts, criant d'une voix plus forte que jamais: « Malheur à la ville, malheur au temple, malheur au peuple ! »

Peu après, selon que le rapportent également les historiens Josèphe et Tacite, une comète ayant la forme d'une épée, resta suspendue au-dessus de la ville pendant une année entière. On vit dans le ciel rouler des chariots de guerre, des armées s'entrechoquer, des lignes de circonvallation se dessiner autour d'une cité assiégée. Des prêtres, entrant dans le temple pour y offrir le sacrifice, entendirent des voix nombreuses qui répétaient en s'éloignant: « Sortons d'ici, sortons d'ici ! »

Les juifs, aveuglés, ne comprirent rien à ces signes célestes, et coururent au-devant de la catastrophe. En l'année 66, ils s'insurgèrent contre les Romains, battirent les cohortes campées à Jérusalem, et mirent le feu à la tour Antonia, qui servait de citadelle à la garnison. Enhardis par ce succès, les patriotes des provinces ne tardèrent pas à se soulever et à se déclarer libres. C'était attirer sur eux la foudre, et les chrétiens ne s'y trompèrent pas. En voyant la Judée aux prises avec l'Empire, des bandes fanatiques établies dans l'enceinte du temple, des orgies et des crimes souiller la cité de Dieu, ils se rappelèrent les avertissements du Maître: « Quand vous verrez l'abomination de la désolation dans le lieu saint, fuyez au plus vite. » Sans perdre de temps ils quittèrent ce pays maudit, Jérusalem et la Judée, s'enfuirent sur les montagnes au delà du Jourdain, et trouvèrent un refuge dans la ville de Pella et les pays voisins. Ainsi Loth et sa famille s'enfuirent de Sodome, avant la pluie de feu qui allait l'incendier.

Il était temps, car au commencement de 67, Vespasien, suivi de ses légions vengeresses, s'empara des forteresses galiléennes, et passa les révoltés au fil de l'épée. En quelques mois, maître de tout le pays, il vint camper devant Jérusalem, où s'étaient concentrés les patriotes échappés des provinces, zélateurs, bandits, sicaires, décidés à verser leur dernière goutte de sang sur les parvis du temple. Grâce aux guerres civiles qui mirent en feu l'empire romain pendant deux années, Vespasien fut obligé de différer le siège de la ville; mais au lieu de profiter de ce délai, les bandits qui commandaient à l'intérieur se disputèrent à main armée le pouvoir suprême. Comme on pressait Vespasien de sortir de l'inaction: « Laissez-les, dit-il, se déchirer entre eux. Dieu est plus grand général que moi: il va nous les livrer sans combat. » En 70, Vespasien, proclamé empereur, se dirigea sur Rome , et laissa son fils Titus poursuivre les opérations contre Jérusalem.

Ces deux années de calme relatif avaient fait presque oublier le péril du dehors. A la Pâque, les pèlerins affluèrent dans la ville sainte, de sorte que douze cent mille Juifs s'y trouvaient renfermés, quand tout à coup Titus, pressé d'en finir, parut au sommet des Oliviers avec ses légions, ses machines de guerre, ses béliers, ses catapultes. Les assiégés se défendirent comme des lions, mais ne purent empêcher les Romains de pénétrer dans les enceintes de Bézétha et d'Acra, puis d'élever, en trois jours, un mur de circonvellation qui les enferma dans les quartiers élevés du temple et de Sion. La prédiction de Jésus se réalisait: « Viendront des jours où tes ennemis t'environneront de tranchées, t'enfermeront et te serreront de toutes parts. »

Alors commença ce que Jésus appelait la « grande détresse du pays, la grande colère de Dieu contre le peuple ». Aux horreurs de la guerre vinrent s'ajouter les horreurs de la famine. Malgré les immenses approvisionnements de la cité, les vivres finirent par manquer. Une mesure de froment se vendait à des prix fabuleux. Insensibles à la misère du peuple, les chefs visitaient toutes les maisons pour s'emparer des vivres et les distribuer à leurs soldats. Aussi ne préparait-on plus de repas. Quand, à prix d'or, on s'était procuré quelques grains de blé, on les dévorait dans quelque coin retiré. On disputait aux pauvres quelques raisins que ceux-ci allaient chercher, la nuit, au péril de leur vie. Souvent, saisis par les Romains, ces pauvres affamés étaient crucifiés comme espions, de sorte que, tout autour du camp, s'élevait comme un forêt de croix, rappelant aux déicides la croix du Fils de Dieu. Des hommes, ou plutôt des spectres, s'arrachaient, comme des furieux, le moindre semblant de nourriture. Une femme, nommée Marie, réfugiée à Jérusalem avec son petit enfant, se vit enlever par les soldats son argent, ses bijoux, et jusqu'aux brins d'herbe ou de paille qu'elle ramassait pour tromper sa faim. Outrée de colère et folle de désespoir, elle égorgea son enfant, le fit rôtir, en mangea une partie, et cacha l'autre. Attirés par l'odeur de la chair brûlée, les bandits la menacèrent de mort si elle ne livrait pas les restes de son repas. « Les voilà, dit-elle, ce sont les restes de mon enfant. » Malgré leur faim et leur rage, ces monstres s'enfuirent épouvantés.

La mortalité fut effrayante pendant toute la durée du siège. L'historien Josèphe apprit d'un transfuge qu'on paya des deniers de la ville jusqu'à six cent mille funé­ailles. En deux mois et demi, par une seule porte, on emporta cent seize mille cadavres. A la fin, des hauteurs de Sion ou des portiques du temple, on jetait les cadavres sur les pentes de la vallée. En voyant ces montagnes de morts en putréfaction, Titus leva les mains au ciel, prenant Dieu à témoin qu'il n'était pas responsable de ces malheurs.

Cependant le sacrifice du matin et du soir cessa pour la première fois. On ne trouva plus un agneau pour l'immoler à Jéhovah. L'holocauste figuratif disparaissant, le temple n'avait plus de raison d'être. L'armée romaine réussit à pénétrer dans la vaste enceinte de l'édifice sacré, que les zélateurs, acculés de parvis en parvis, défendirent avec l'énergie du désespoir. Rendus furieux par une résistance qui leur coûtait des milliers d'hommes, les Romains avancèrent au milieu des cadavres, résolus à incendier le temple; mais Titus s'y opposa: la destruction de ce monument incomparable lui paraissait un acte de sacrilège barbarie. Tout à coup, malgré les ordres de son chef, un légionnaire, hissé sur les épaules de ses camarades, lance un tison enflammé dans les appartements qui entouraient le sanctuaire. La flamme s'élance bientôt à travers le toit de cèdre, les Juifs poussent des crix affreux, Titus commande d'éteindre le feu; mais les soldats n'obéissent plus. Ils amoncellent, à la porte principale, du soufre, du bitume, toutes les matières inflammables qu'ils peuvent trouver. Et pendant que le temple s'écroule, ils égorgent sans pitié les milliers de Juifs réfugiés dans les parvis.

Bientôt maître du mont Sion, où s'étaient réfugiés les derniers rebelles, Titus fit raser ce qui restait du temple et de la ville, sauf les trois tours d'Hérode, qui s'élevèrent isolées au milieu de ce désert, comme pour attester que là fut une ville qui s'appelait, Jérusalem. « Il semblait, dit l'historien juif Josèphe, que ce sol n'eût jamais été habité. » La prophétie de Jésus était accomplie: « Tu ne seras plus qu'un désert, et de ton temple, il ne restera pas pierre sur pierre . »

Onze cent mille Juifs périrent pendant le siège. Cent mille prisonniers tombèrent entre les mains du vainqueur. La plupart furent vendus comme esclaves. Ils avaient vendu Jésus trente deniers: les Romains vendirent trente Juifs pour un denier. Titus choisit sept cents des plus jeunes et des plus vigoureux, parmi lesquels Jean et Simon, les deux chefs de la révolte, pour orner son cortège lors de son entrée triomphale à Rome . On les vit, dans ce cortège, porter sur un brancard les dépouilles de leur temple, la table des pains de proposition, le chandelier à sept branches, le livre de la Loi, que suivait la statue de la Victoire. Titus monta au Capitole, pendant que les bourreaux étranglaient Jean dans la prison IVlamertine, et crucifiaient Simon après l'avoir flagellé.

L'empereur fit frapper une médaille commémorative de ce grand événement. Sur le revers, on voit une femme éplorée, en manteau de deuil, assise à l'ombre d'un palmier, la tête appuyée sur sa main: c'est la Judée captive, dit l'inscription, Judœa capta; c'est la triste Jérusalem, désormais sans roi, sans prêtre, sans sacrifice, sans autel.

Tel fut l'épouvantable sort de la nation déicide. « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ! » criaien tles Juifs de la Passion; Dieu les entendit, et vengea le sang de son Fils. Depuis la scène du Calvaire, ils cherchaient, dans leur implacable haine, à exterminer l'Église,et Jésus, chef de l'Église, venait de les exterminer. Titusne s'y trompa point: comme les villes d'Orient lui offraient couronnes d'or, il les refusa: « Ce n'est pas moi qui ai vaincu, s'écria-t-il, je n'ai fait que prêter mon bras à Dieu, irrité contre les Juifs. »

Et afin que le monde entier, jusqu'à la fin des siècles, sache qui a vaincu les Juifs, Jésus conserve la race maudite et la force à errer au milieu des peuples, portant dans ses mains le fatal écriteau sur lequel chacun peut lire le crime et le châtiment des déicides: « Après soixante-neuf semaines, le Christ sera mis à mort, et le peuple qui l'aura renié ne sera plus son peuple. Une nation avec son prince viendra détruire la ville et le sanctuaire, et ce sera la désolation, la désolation sans fin. L'abomination de la désolation sera dans le temple, les victimes manqueront, le sacrifice cessera, et la désolation durera jusqu'à la consommation des siècles. » Les Juifs liront et colporteront cette prophétie de Daniel, et, plus aveugles et plus endurcis que ceux du Calvaire, ils continueront à blasphémer contre le Christ qui les a vaincus, jusqu'au jour où, par un miracle de la grâce, ils deviendront les instruments les plus actifs de son triomphe.

CHAPITRE VII

TRIOMPHE DE JÉSUS SUR LES PAÏENS

Rome et Néron
L'édit d'extermination
Néron et Domitien.
Diffusion du christianisme.
Julien l'Apostat
Trajan, Adrien
Dioclétien
Ruine de Rome païenne
Les chrétiens remplissent l'empire.
Triomphe de l'Église
Marc-Aurèle
Le Labarum.
Rome chrétienne.
Persécuteurs du me siècle
 
Arius.
Les Barbares
Charlemagne
L'empereur Constantin
 


Après avoir terrassé les Juifs, Jésus rencontra, pour lui barrer le passage, le colosse romain. Rome régnait alors sur l'univers, et Satan régnait sur Rome. Sous le nom de Jupiter, de Mercure, d'Apollon, de Vénus, d'une infinité de dieux et de déesses, il se faisait adorer dans toute l'Europe. Il avait ses temples, ses autels, ses sacrifices, ses fêtes, ses jeux solennels où parfois dix mille gladiateurs s'égorgeaient les uns les autres, aux applaudissements de cent mille spectateurs. Et pour défendre cette religion de sang et de boue, Rome montrait avec orgueil ses législateurs, ses philosophes, ses poètes, ses prêtres, ses magiciens, ses aruspices, ses invincibles légions, et à leur tête l'empereur, maître du monde, pontife et dieu. C'est cet empire que Jésus doit détruire, s'il veut régner sur l'univers.

Le démon ne pouvait voir Jésus pénétrer dans cet empire sans pousser des hurlements. Il fit comprendre aux idolâtres qu'il fallait tolérer tous les dieux, excepté le Dieu des chrétiens, lequel prétendait avoir, seul, droit à l'adoration des mortels. Ce Christ crucifié sous Ponce-Pilate, ennemi des dieux et des hommes, ne méritait que la haine; ses sectateurs, véritables athées, ne fuyaient les temples que pour se réunir dans des antres mystérieux où ils se livraient à d'épouvantables orgies, à des pratiques exécracrables, égorgeant même des enfants pour manger leur chair et boire leur sang. Ces infâmes accusations, et sur­tout cette monstrueuse interprétation de la communion eucharistique, se répandirent dans le peuple. Les chrétiens furent considérés comme le rebut du genre humain, et le démon en profita pour inaugurer contre eux une persécution qui devait durer trois siècles.

L'empereur Néron régnait alors sur le monde asservi. Après avoir trempé ses mains dans le sang de son père, de sa mère, de son épouse et de ses deux précepteurs, Sénèque et Burrhus, ce misérable assassin commettait chaque jour des crimes sans nom. Il lui prit fantaisie, pour se donner un spectacle grandiose, de mettre le feu aux quatre coins de Rome. Des émissaires à ses gages propagèrent l'incendie dans tous les quartiers. Et pendant que les flammes dévoraient la cité, pendant que tout le peuple poussait des cris de désespoir, Néron, vêtu en acteur de théâtre, contemplait du haut d'une tour cet océan de feu, et chantait des vers sur l'incendie de la ville de Troie.

Ce forfait sans exemple faillit le perdre, car on l'accusa d'avoir commandé l'incendie. Afin de calmer le lion populaire, il feignit de rechercher les coupables, consulta les devins, offrit des sacrifices aux dieux, et finalement fit savoir au peuple que les incendiaires n'étaient autres que les chrétiens. Ces ennemis des dieux et des hommes avaient brûlé la ville pour se venger du mépris des Romains; mais Néron se chargeait de leur infliger le châtiment qu'ils méritaient.

Tous les chrétiens furent condamnés à mort, à Rome comme dans les provinces. « On arrêta, dit Tacite, les premiers qui se déclarèrent disciples du Christ. La procédure en fit connaître une multitude immense qui furent livrés au supplice, moins comme incendiaires que comme chargés de la haine du genre humain. Leur mort devint un divertissement public. On les revêtait de peaux de bêtes, puis on les faisait mettre en pièces par des chiens. On les crucifiait, on enduisait leurs corps de poix, de résine ou de cire, on les transformait en lampadaires pour éclairer la nuit. Néron donna des spectacles de ce genre dans les jardins du Vatican . A la lueur de ces torches vivantes, il organisait des courses comme dans un cirque, tantôt conduisant les chars, tantôt présidant aux luttes. »

Dans tout l'Empire, les gouverneurs reçurent l'ordre de massacrer les chrétiens et de prohiber absolument la religion du Christ. Le magistrat lisait aux accusés le décret d'extermination: « Il n'est pas permis aux chrétiens d'exister. Non licet esse christianos. » Si le prévenu répondait: « Je suis chrétien, Christianus sum,» le magistrat le livrait aux bourreaux, c'est-à dire aux supplices atroces qu'il plaisait aux bourreaux d'inventer. Pendant quatre ans, Néron répandit à flots le sang des martyrs, sang des plébéiens, sang des patriciens, sang des apôtres. L'an 67, Pierre , le Vicaire du Christ, fut crucifié comme son Maître; Paul, l'apôtre des nations, eut la tête tranchée. Un an après, condamné par ses sujets révoltés à être battu de verges jusqu'au dernier soupir, Néron s'enfuit lâchement de Rome et saisit un poignard pour se percer le coeur. Comme il hésitait à frapper, un serviteur lui enfonça le fer dans la poitrine. Ainsi disparut le premier persécuteur de l'Église, le digne précurseur de l'Antéchrist.

La loi d'extermination subsista comme loi de l'Empire, mais les successeurs du monstre, Vespasien et Titus, ne l'appliquèrent que par exception. Les disciples de Jésus espéraient donc voir la fin de leurs maux, lorsqu'en l'année 81, la mort prématurée de Titus donna le pouvoir à son frère Domitien, l'émule de Néron. Le sang recommença à couler par toute la terre. Alors périrent les martyrs de Lutèce, Denys, Rustique et Éleuthère, avec des milliers de victimes. L'apôtre Jean, traîné d'Éphèse à Rome, fut jeté dans une chaudière d'huile bouillante, d'où il sortit sain et sauf. André, frère de Simon Pierre, comparut devant le proconsul d'Achaïe qui le somma de sacrifier aux dieux, sous peine d'être crucifié. André s'avança d'un pas ferme vers la croix. « Salut, s'écria-t-il, ô douce croix, que le corps de Jésus a revêtue de splendeur ! O bonne croix, si longtemps désirée, si ardemment aimée, Jésus par toi m'a racheté, que par toi Jésus reçoive son serviteur !» Cette persécution dura quinze ans, jusqu'au jour où l'on se débarrassa de l'empereur, comme on se défait d'une hyène ou d'un tigre. Des officiers de son palais, se voyant menacés de mort, se jetèrent sur lui tous ensemble, et le criblèrent de coups de poignard. C'était l'an 96, à la fin du premier siècle.

Et l'Église ? L'Église, noyée dans son sang, apparut alors, ô miracle du Christ ! plus populeuse et plus forte qu'avant Néron et Domitien. Pour répondre à la loi d'extermination, Jésus avait créé une race inexterminable qui se multipliait sous les coups des bourreaux. La foi, l'amour, l'invincible constance des victimes, fit naître un nouvel enthousiasme, l'enthousiasme du martyre. Des enfants, des jeunes filles, des vieillards, des soldats, demandaient à grands cris le baptême afin d'offrir leur sang à Jésus-Christ. Au lieu des douze apôtres, des milliers de prêtres et d'évêques prêchaient l'Évangile par toute la terre, produisant dix fois plus de chrétiens que les proconsuls n'en pouvaient détruire, si bien qu'au commencement du second siècle, forcés de reconnaître la victoire du Christ, ils se demandaient avec anxiété comment appliquer la loi qui défendait aux chrétiens d'exister.

En effet, l'an 112, Pline le Jeune, nommé par Trajan gouverneur de Bithynie, voyant le christianisme enraciné dans l'Asie Mineure et les temples des dieux presque déserts, informa l'empereur de cet état de choses, et lui demanda s'il fallait appliquer à cette multitude de chrétiens de tout âge, de toute condition, de tout sexe, la loi d'extermination toujours existante. Craignant de dépeupler l'empire, et, d'un autre côté, voulant exercer un pouvoir absolu sur les disciples du Christ, Trajan répondit qu'il ne fallait pas rechercher les chrétiens, mais que s'ils étaient dénoncés et refusaient de sacrifier aux dieux, on devait leur appliquer la loi ». Ce rescrit impérial, en vigueur pendant tout le second siècle, fit plus de martyrs que les édits de Néron et de Domitien. Désormais à la merci des délateurs, les chrétiens se virent poursuivis par les prêtres, les philosophes, les Juifs, les païens fanatiques qui, à la moindre calamité, ne cessaient de dénoncer les sectateurs du Christ comme la cause de tous les maux. Bien plus, le pardon accordé aux renégats constituait une prime à l'apostasie, ce qui pouvait amener un grand nombre de défections; mais Jésus veillait sur les siens. « Le monde vous tiendra sous le pressoir, avait-il, dit, mais soyez tranquilles, j'ai vaincu le monde. »

Trajan, le troisième persécuteur des chrétiens (98-117), ne cessa d'ensanglanter Rome et l'empire. Sous lui, furent martyrisés, parmi des milliers d'inconnus, le pape saint Clément, l'évêque de Jérusalem, saint Siméon, les saints Nérée et Achillée, et jusqu'à des membres de la famille impériale, comme Flavia Domitilla, qui fut brûlée vive avec ses deux suivantes. Il n'épargna pas même le patriarche de l'épiscopat, Ignace, le saint évêque d'Antioche. Chargé de chaînes, Ignace fut conduit à Rome pour être livré aux bêtes. Évêques et fidèles multipliaient les efforts pour l'arracher au supplice, mais il les suppliait de ne pas lui enlever la couronne. « Ni les flammes, ni la croix, ni les dents du lion, ne me font peur, disait-il, pourvu que j'arrive à Jésus-Christ. » Du milieu de l'amphithéâtre, entendant rugir les bêtes féroces qui allaient le dévorer: « Je suis le froment du Christ, s'écria-t-il, je veux être moulu par les dents des lions pour devenir un pain agréable à mon Seigneur Jésus. » Et, comme ce saint vieillard, des légions de héros bravaient tous les supplices, par amour pour Jésus-Christ.

A Trajan succéda l'empereur Hadrien (117-136), grand ami des dieux et grand bâtisseur de temples. Sous un tel maître les délateurs eurent beau jeu. Hadrien figure à bon droit au nombre des plus cruels persécuteurs. Une révolte des Juifs lui fournit l'occasion de ravager une seconde fois la Judée et de souiller tous les lieux sanctifiés par le divin Sauveur. Une statue de Vénus domina le Calvaire; l'idole de Jupiter s'éleva sur le Saint-Sépulcre. Un jour qu'il consultait les dieux, ceux-ci répondirent que les oracles resteraient muets aussi longtemps que la chrétienne Symphorose et ses sept fils refuseraient de sacrifier aux divinités de l'empire. Aussitôt le tyran fit égorger ces nouveaux Machabées, et mourut ensuite en désespéré.

Le successeur d'Hadrien, Antonin (136-161), avait assez de raison pour ne pas croire aux dieux, et assez d'huma­nité pour ménager le sang de ses sujets; mais la loi restait toujours la loi, et les exécutions, provoquées par les délateurs, suivants leur cours. Le sceptique Marc-Aurèle (161­180) ne croyait qu'aux magiciens et aux aruspices. Ce soi-disant philosophe ayant consulté les oracles au moment d'une invasion de barbares, il lui fut répondu qu'il devait, pour se rendre les dieux favorables, massacrer tous les impies Immédiatement, il donna ordre aux proconsuls de mettre à mort les chrétiens qui refuseraient d'offrir l'encens aux idoles. Et les disciples du Christ tombèrent par hécatombes dans toutes les provinces. Alors périrent sainte Félicité et ses sept enfants; saint Justin, l'apologiste; saint Polycarpe, l'illustre évêque de Smyrne; les martyrs de Lyon Pothin, Attale, Blandine, et des milliers d'autres.

Et le royaume du Christ s'étendait toujours. Pendant ce second siècle, quatre empereurs, armés de toutes les forces humaines, avaient employé chacun vingt années à noyer les chrétiens dans leur sang, et l'Église croissait dans des proportions incroyables en Europe, en Asie, en Afrique. En Asie Mineure, les disciples du Christ formaient la majorité, quelquefois presque la totalité de la population. L'Église avait ses conciles, ses propriétés, ses écoles, ses missionnaires qui portaient l'Évangile bien au delà de l'empire romain. Tertullien pouvait, sans craindre un démenti, jeter aux persécuteurs cette incroyable affirmation: Nous ne sommes que d'hier, et nous remplissons vos cités, vos maisons, vos places fortes, vos municipes, les conseils, les camps, les palais, le sénat, le forum: nous ne vous laissons que vos temples. Si nous nous séparions de vous, vous seriez effrayés de votre solitude; sur votre empire planerait un silence de mort. »

Cette multiplication miraculeuse des chrétiens mit les empereurs du troisième siècle dans l'alternative de leur laisser la liberté ou de dépeupler l'empire. Les uns cessèrent de persécuter, mais six d'entre eux, Sévère, Maximin, Dèce, Valérien, Aurélien, Dioclétien, jurèrent de faire triompher les dieux, dût-on élever au pied de leurs autels des montagnes de cadavres.

En 202, Sévère fit tant de victimes et inventa de si horribles supplices que les chrétiens se crurent arrivés aux jours de l'Antéchrist. A Lyon, dix-neuf mille chrétiens périrent avec saint Irénée, leur évêque. En 235, le pâtre Maximim, devenu empereur, se jeta sur les disciples du Christ avec une rage, dit un historien, qu'aucune bête féroce n'égala jamais. Il s'attaqua spécialement aux chefs du troupeau. Pendant ses trois ans de règne, il fit périr deux papes et une multitude d'évêques. Dieu seul sait le nombre de martyrs qui ensanglantèrent alors Rome et les provinces. En 249, l 'empereur Dèce obligea les chrétiens, sans distinction de rang, d'âge ou de sexe, à sacrifier dans les temples, sous peine d'être torturés jusqu'à la mort. On exposait devant le patient les chaises ardentes, les ongles d'acier, on le menaçait des bûchers, des bêtes fauves, et on lui donnait le choix entre l'apostasie ou ces trois différents genres de supplices. Dans la seconde moitié du troisième siècle, Valérien (253-262) continua les massacres. On compte parmi ses victimes deux papes, le diacre Laurent, l'illustre évêque Cyprien. En Afrique, on rangeait les chrétiens en longues files, et les soldats passaient, abattant les têtes. Aurélien (270-275) fils d'une prêtresse du soleil, se crut également obligé de noyer dans le sang ceux qui adoraient, non son dieu-soleil, mais Celui qui éclaire tout homme venant en ce monde.

Dix ans après, quand Dioclétien arriva à l'empire, on pouvait croire que ces boucheries, cinq fois répétées, ne laissaient sur la terre que de rares disciples du Christ, échappés comme par hasard au glaive des bourreaux. Or, à cette époque, le palais de l'empereur, la garde prétorienne, les légions, l'administration, la magistrature, le sénat, regorgeaient de chrétiens. L'impératrice Prisca et sa fille Valérie avaient reçu le baptême. Les historiens estiment à cent millions le nombre des fidèles disséminés dans tout l'empire, à l'avènement de Dioclétien.

L'empereur les toléra pendant les dix-huit premières années de son règne et probablement les eût tolérés toujours, si un vrai démon, Maximien, son associé, ne lui eût arraché l'infernal édit qui devait faire disparaître, non seul­ment les chrétiens, mais jusqu'au dernier vestige du christianisme. L'édit de 302 prescrivait à tous les proconsuls d'abattre les églises, de brûler tous les livres de religion, et de livrer au supplice tout chrétien qui refuserait d'apostasier.

L'exécution commença à Nicomédie, sous les yeux de l'empereur. Les prétoriens abattirent la cathédrale; les officiers et serviteurs de Dioclétien furent égorgés dans son palais. Des juges, siégeant dans les temples, livrèrent aux bourreaux l'évêque, les prêtres, leurs parents et leurs serviteurs. On décapita les nobles, on noya et on brûla en masse les gens du peuple. Plutôt que de sacrifier aux dieux, les disciples de Jésus se jetaient d'eux-mêmes dans les flammes. On ne connaît d'autres apostats à Nicomédie que l'impératrice et sa fille. On égorgea ainsi, pendant dix ans, ceux qui ne réussissaient point à se cacher ou à fuir. Les deux tyrans n'épargnaient pas même leurs soldats en face de l'ennemi. La légion thébaine ayant refusé de participer à un sacrifice païen, Maximien la fit décimer, puis massacrer tout entière. Et déjà, dans leur fol orgueil, ils dressaient deux colonnes de marbre à Dioclétien-Jupiter et à Maximien-Hercule « pour avoir détruit le nom chrétien, christiano nomine deleto,» quand Jésus releva ce défi satanique.

D'un coup de sa droite, il jeta par terre ce Jupiter et cet Hercule. Frappé au cerveau, Dioclétien abdiqua et se laissa mourir de faim. Maximien s'étrangla lui-même. Et comme digne fils, Maxence, continuait à Rome la sanglante tyrannie des persécuteurs, Dieu l'abattit par un miracle. Un homme providentiel, Constantin, proclamé empereur par les légions de la Gaule, passa les Alpes pour combattre le tyran. Arrivé près du Tibre, il priait le vrai Dieu, qu'il ne connaissait pas encore, de lui donner la victoire: un prodige éclatant, dont il a lui-même raconté les détails, répondit à sa prière. Le soleil s'inclinait à l'horizon, quand il aperçut, au-dessus de l'astre rayonnant, une croix lumineuse, et sur la croix cette inscription: « In hoc signa vines, cette croix te donnera la victoire. » Ses soldats furent, comme lui, témoins de l'apparition. La nuit suivante, pendant qu'il méditait sur cet étrange événement, Jésus lui apparut avec le même signe, et lui ordonna de le graver sur les drapeaux des légions, comme un gage certain de la victoire. Constantin obéit: le Labarum domina les aigles romaines; les soldats, confiants dans le Dieu qui les protégeait visiblement, culbutèrent au premier choc Maxence et son armée. Acculé au Tibre, le tyran s'y noya avec ses bataillons. Constantin entra dans Rome et y fit entrer le Christ avec lui, aux acclamations du peuple et de l'armée.

Devenu chrétien, l'empereur proclama, dans un édit solennel, la liberté de l'Église, releva les temples abattus, rendit aux chrétiens les biens confisqués par les persécuteurs, et couvrit Rome de magnifiques basiliques en l'honneur du Christ Sauveur, de ses apôtres et de ses martyrs. De plus, afin de laisser la royauté suprême au Dieu de la croix, il lui abandonna la capitale du monde et se bâtit comme siège de l'empire une nouvelle cité qu'il appela, de son nom, Constantinople. La Rome des faux dieux devint ainsi la Rome du Christ; le trône de Simon Pierre remplaça le trône des Césars; l'étendard de la croix flotta au sommet du Capitole, et cent millions de chrétiens, nés dans le sang de onze millions de martyrs, répétèrent, à la gloire de Jésus, vainqueur du monde, la prédiction de Césarée: « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. »

L'enfer cependant ne se tint pas pour battu. Un neveu de Constantin, Julien, chrétien de nom, mais païen d'esprit et de coeur, parvint à l'empire et apostasia publiquement. Il exalta les dieux et enrichit leurs temples, tandis qu'il affectait un souverain mépris pour « le Galiléen, le fils du charpentier ». Les chrétiens, traités en ilotes, se virent exclus de toutes les charges, bannis des écoles, dépouillés de leurs biens, et déjà commençaient les exécutions sanglantes, quand l'Apostat apprit à ses dépens qu'il est terrible de s'attaquer au Dieu vivant.

Après avoir beaucoup écrit contre la divinité de Jésus-Christ, Julien annonça un jour qu'il allait prouver sa thèse par un fait éclatant: la reconstruction du temple de Jérusalem. Le monde verrait ainsi clairement qu'en annonçant la ruine éternelle des Juifs et de leur temple, Jésus n'était qu'un faux prophète. Et aussitôt les familles juives se dirigent vers la sainte Sion, des milliers d'ouvriers préparent les blocs de pierre et de marbre, on démolit les fondations de l'ancien édifice pour poser les bases du nouveau. L'an 363, une foule immense se réunit sur le Moriah pour assister à la pose de la première pierre, et déjà les ouvriers mettaient la main à l'oeuvre, quand tout à coup la terre tremble, des éclats de rocher volent en l'air et écrasent les assistants, les maisons voisines s'écroulent avec fracas, et les spectateurs s'enfuient de tous côtés au milieu des morts et des blessés. Le lendemain cependant, les ouvriers se remettent au travail, mais voilà que des globes de feu sortent des entrailles de la terre, réduisant en cendres les hommes et leurs instruments, pendant qu'un cyclone, passant sur la montagne, disperse comme des fétus de paille les énormes blocs amassés pour la construction. La nuit suivante, une grande croix de feu se dessine dans les airs pour montrer à tous que le Crucifié ne désarmera pas devant l'Apostat.

Après ce formidable échec, Julien s'en alla combattre les Perses, se promettant, après la victoire, d'exterminer les chrétiens. Mais Dieu suivait de l'oeil son ennemi. Au plus fort de la mêlée, une flèche décochée par une main inconnue perça le coeur de l'Apostat. Lançant vers le ciel le sang qui sortait à flots de sa blessure, il s'écria dans sa rage insensée: « Tu as vaincu, Galiléen ! Vicisti, Gaillac. »

Furieux de cette nouvelle défaite, le démon suscita contre Jésus la persécution des Ariens. Arius, le plus perfide des hérésiarques, exaltait le Christ comme la première et la plus parfaite des créatures, mais il lui refusait la nature divine. Cette doctrine sapait le christianisme par sa base, mais il la présentait avec tant d'artifice et de subtilité qu'elle trouva de l'écho dans un grand nombre d'esprits. En vain trois cents évêques l'anathématisèrent-ils au concile de Nicée, déclarant le Fils « consubstantiel » au Père; en vain toute une pléiade de génies, les Athanase, les Hilaire, les Ambroise, les Jérôme, les Augustin, les Chrisostome, les Basile, se levèrent-ils pour défendre la foi de l'Église, ils ne purent empêcher l'arianisme de séduire des empereurs, des évêques et des fidèles, au point qu'à la fin du quatrième siècle l'empire parut un instant plus arien que chrétien.

Comme autrefois la nation juive, le vieil empire s'obstine à lutter contre Jésus; mais déjà se lèvent les vengeurs qui vont le briser comme un vase d'argile.

Au delà des frontières romaines, dans les vastes plines qui s'étendent du Rhin au Volga, et du Volga aux plateaux de l'Asie, vivaient les innombrables tribus connues sous le nom de Barbares. Ces hordes du désert, sauvages et féroces, erraient en nomades dans leurs immenses forêts, jetant un oeil d'envie sur ces beaux pays de l'Occident, délices des Romains. Tout à coup, vers la fin du quatrième siècle, ces peuples s'ébranlèrent, comme si Dieu lui-même les mettait en mouvement. Des millions d'hommes se ruèrent, comme un torrent débordé, sur toutes les routes de l'Occident. Les Huns poussaient les Goths, les Goths poussaient les Germains, et tous ensemble inondèrent l'empire, qu'ils couvrirent pendant un siècle de sang et de ruines.

Dieu conduisait à Rome ces exécuteurs de ses vengeances Après avoir ravagé l'Italie, Alaric, le roi des Goths, marchait vers la Ville éternelle. Un saint solitaire le supplia de l'épargner. « Je n'agis pas à mon gré, répondit le barbare, j'entends sans cesse à mes oreilles une voix qui me crie: Marche, marche, va saccager Rome. » L'an 410, il entra dans la cité des Césars et la livra aux flammes et au pillage. Temples des dieux, statues des empereurs, palais fastueux, disparurent dans l'incendie. Alaric n'épargna que les basiliques chrétiennes et les fidèles qui s'y étaient réfugiés. Ainsi s'accomplit la prophétie de l'Apocalypse: « Elle est tombée, la grande Babylone, ivre du sang des saints et des martyrs ! »

Et l'invasion continua pendant un siècle, ravageant tout l'empire. Le roi des Huns, Attila, jeta sur la Gaule sept cent mille barbares. L'ouragan de fer et de feu sema les ruines sur son passage. Après avoir détruit soixante-dix villes, Attila rencontra aux portes de Troyes l'évêque saint Loup. « Qui es-tu ? demanda l'évêque. — Je suis le fléau de Dieu ! répondit le barbare. — Fléau de Dieu, envoyé pour nous châtier, reprit l'évêque, songe à ne faire que ce que Dieu t'a permis. » Attila recula devant saint Loup. L'année suivante, il marchait sur Rome pour la saccager de nouveau, quand le pape saint Léon, revêtu de ses ornements pontificaux, se présenta devant lui et le força de rebrousser chemin. Comme les Huns demandaient au farouche monarque pourquoi il avait plié devant le pontife: « Ce n'est pas lui, répondit-il, qui m'a fait renoncer au pillage de Rome ; mais pendant qu'il me parlait, un personnage d'une majesté surhumaine se tenait debout à ses côtés. Des éclairs jaillissaient de ses yeux, il tenait à la main un glaive nu; ses regards terribles et son geste menaçant m'ont forcé de céder aux prières du pontife. »

L'empire s'écroulait de toutes parts sous les coups des barbares. Impuissants à défendre leurs provinces, les empereurs avaient vu les envahisseurs s'établir dans les Gaules, en Espagne et jusqu'en Afrique. En 476, un autre chef de tribu, Odoacre, s'empara de Ravenne, déposa le dernier fantôme d'empereur, prit le titre de roi d'Italie, et coucha ainsi dans la tombe l'empire des Auguste et des Néron.

Sur les ruines du monde païen, Jésus va maintenant édifier son propre empire. De tous ces éléments en fusion, vaincus et vainqueurs, Romains et Barbares, naîtra la société chrétienne, la plus belle après celle du ciel. L'Église, restée seule debout au milieu des ruines, par ses papes, ses évêques, ses missionnaires, ses moines, domptera les Barbares et les convertira l'un après l'autre à la vraie foi. La nation des Francs tomba la première aux pieds de Jésus. Leur roi, Clovis, hésitait à reconnaître le Dieu qu'adorait son épouse Clotilde: un miracle l'y décida. Au combat de Tolbiac, ses troupes allaient être écrasées par les bataillons ennemis: « Dieu de Clotilde, s'écrie le roi, donne-moi la victoire, et je jure de me faire chrétien. » A l'instant, ses soldats reprennent l'offensive et culbutent leurs adversaires. Clovis tint parole. Le jour de Noël, l'an 496, il reçut le baptême avec trois mille de ses guerriers. La France devint ainsi la fille aînée de l'Église. Pendant les trois siècles qui suivirent, Jésus étendit successivement son règne sur l'Irlande, l'Angleterre, l'Espagne, l'Allemagne, l'Italie. L'an 800, Charlemagne, le barbare christianisé, tenait sous son sceptre une grande partie de l'Europe, qu'il gouvernait, disait-il, non comme souverain, mais comme simple délégué du roi Jésus, le seul Maître et Seigneur, regnante Jesu Christo Domino nostro.

Le jour de Noël de l'an 800, Charlemagne, entouré de sa cour et d'une multitude d'évêques, priait à Rome devant le tombeau de saint Pierre . Tout à coup le pape saint Léon III se présente devant le grand chef de la chrétienté, et lui met sur la tête la couronne impériale. Une longue acclamation retentit dans la basilique du Vatican : « Vive Charles Auguste, le pacifique empereur des Romains, couronné par Dieu lui-même ! » L'empire chrétien prenait la place de l'empire païen: Jésus, le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs, régnait sur le monde vaincu par lui, regnante Jesu Christo Domino nostro.

CHAPITRE VIII

TRIOMPHE DE JÉSUS SUR L'ANTÉCHRIST

Royauté sociale de Jésus
Apostasie des nations.
La Renaissance
Le Roi des rois
La Réforme
L'Antéchrist.
Déchristianisation du monde
Conversion des nations
La Révolution.
Les deux témoins
Dernier jugement.


La veille de son crucifiement, avant d'entrer au jardin des Olives, Jésus disait à ses apôtres: « Ayez confiance, j'ai vaincu le monde. » Et, après huit siècles écoulés, huit siècles d'atroces persécutions, en dépit de Satan et de ses suppôts, il avait réellement vaincu le monde: le monde juif, le monde romain, le monde barbare. Ego vici mundum. Il régnait sur un immense empire qu'on appelait la chré­tienté. Les rois se prosternaient devant ce monarque su­prême; leurs lois se basaient sur son Évangile; les peuples vivaient de sa vie, s'efforçant de reproduire ses divines vertus. A partir de Constantin, pendant mille ans, l'Europe se couvrit d'églises et de monastères où retentissaient perpé­tuellement les louanges du Christ-Sauveur. Les Benoît, les Pruno, les Dominique, les François d'Assise multipliaient les ordres religieux, véritables pépinières de saints et de martyrs dévoués corps et âme à la gloire de Celui qu'ils aimaient mille fois plus qu'eux-mêmes. Et tous les sujets du Seigneur Jésus, rois, chevaliers, prêtres, religieux, simples fidèles, savants ou ignorants, pleins de foi et d'amour malgré leurs passions, redisaient la même prière et travaillaient au même but. « Que votre règne arrive ! disaient-ils, que votre nom soit glorifié dans le monde entier, que votre volonté, ô divin Maître, s'accomplisse sur la terre comme au ciel ! »

Soldats de Jésus, défenseurs de son royaume, les chrétiens regardaient comme leurs ennemis personnels les ennemis du Sauveur, hérétiques, schismatiques, apostats. Quand Mahomet et ses musulmans se lancèrent contre les fidèles du Christ, menaçant d'exterminer l'Église de Dieu, ils rencontrèrent partout, en France, en Espagne, en Afrique, en Orient, les chevaliers de la croix qui, pendant de longs siècles, au cri de: Dieu le veut ! versèrent leur sang pour Jésus-Christ, et finirent par écraser, à Lépante, les hordes mahométanes. En même temps, à la suite de Colomb, des légions de zélés missionnaires traversaient des océans inconnus pour ajouter au royaume du Christ les continents nouvellement découverts. Déjà l'on saluait l'aurore du grand jour où, conformément à la prédiction de Jésus, il n'y aura qu'un seul troupeau et un seul pasteur.

Mais les chrétiens oubliaient cette autre prophétie du Sauveur qu'avant son triomphe complet sur ses ennemis et son second avènement sur cette terre, les nations substituées aux Juifs déicides passeraient elles-mêmes par une crise plus terrible que la persécution des empereurs romains. Le Maître n'avait-il pas dit, l'avant-veille de sa mort: « Le monde passera par une tribulation telle qu'on n'en a jamais vu et qu'on n'en verra jamais de semblable. Dieu en abrégera la durée par amour pour ses élus, car en ce temps s'élèveront de faux christs et de faux prophètes, lesquels se signaleront par de tels prestiges qu'ils induiraient en erreur, si c'était possible, les élus eux-mêmes (1). » Et commentant aux premiers chrétiens cette parole du Sauveur, Paul annonçait « qu'un mystère d'iniquité se formait dans l'Église de Dieu (2) », c'est-à-dire des hérésies, des schismes, des sectes impies qui conspireraient contre l'Évangile et la croix de Jésus. Il voyait « surgir vers la fin des temps des novateurs, ennemis de la saine doctrine, qui tourneraient le dos à la vérité pour s'attacher à toutes sortes d'erreurs (3). Et alors, s'écriait-il, éclatera l'apostasie des nations, alors apparaîtra l'homme de péché, le fils de perdition, le grand adversaire qui s'élèvera au-dessus de tout ce qui s'appelle Dieu, jusqu'à s'asseoir dans le temple pour se faire adorer comme le seul Dieu (4) ». Ce sera la revanche de Satan, son dernier combat contre son vainqueur, mais aussi sa suprême défaite. « D'un souffle de sa bouche, Jésus exterminera l'Antéchrist », et tous les suppôts de cet impie, témoins de sa chute, reconnaîtront enfin l'Homme- Dieu, et le proclameront Roi des rois et Seigneur des seigneurs.

Or, au moment fixé par Jésus pour la grande épreuve des nations, il fut donné au démon d'ouvrir le puits de l'abîme, et il en sortit une épaisse fumée qui aveugla les esprits, leur déroba les clartés de l'Évangile, et les replongea dans les ténèbres de l'ancien paganisme. Fascinés de nouveau par les beautés matérielles dont Satan se sert pour corrompre les âmes, les chrétiens perdirent de vue la beauté surnaturelle et les célestes vertus qui avaient changé la face du monde. Oublieux de sa gloire, la société créée par l'Esprit divin se pervertit jusqu'à regretter la civilisation grecque et romaine. On la vit relever, en face du Crucifié, les statues impures des dieux et des déesses de l'antiquité, célébrer solennellement les saturnales des païens, abandonner les mystères qui représentaient la Passion du Christ pour se repaître des lubricités scandaleuses, anathématisées par l'Evangile. On appela divins les poètes, les orateurs, les philosophes de Rome et d'Athènes: on étudia leurs livres avec plus de soin que ceux des prophètes et des apôtres. Les produits les plus merveilleux de l'art chrétien, même nos sublimes basiliques, furent traités de barbares. Il fut convenu que la lumière et la beauté avaient disparu du monde avec le paganisme, et que les dix siècles du Moyen Age, illuminés par de sublimes génies, comme les Augustin, les Jérôme, les Chrysostome, les Bernard et les Thomas d'Aquin, illustrés par des chefs comme Charlemagne et saint Louis, sanctifiés par les vertus héroïques des grands fondateurs d'ordres et de leurs innombrables disciples; il fut convenu, dis-je, que ces dix siècles s'appelleraient dans l'histoire les siècles d'ignorance et de barbarie, la sombre période des ténèbres, la nuit du Moyen Age. Afin de caractériser ce mouvement de retour aux idées, aux moeurs, à la civilisation païennes, on lui donna le nom de Renaissance. De même, pour marquer le nouvel esprit qui allait présider désormais aux destinées du monde, l'histoire, à partir de ce moment, prit le nom d'histoire moderne. Elle aura pour principal objet de raconter les péripéties de la grande apostasie des nations, c'est-à-dire les faits et gestes de l'Antéchrist et de ses précurseurs. (5)

A la Renaissance païenne, première étape des nations chrétiennes dans la voie de l'apostasie, succéda au seizième siècle, la Réforme protestante. Ayant étouffé l'Esprit de Jésus sous le dérèglement des moeurs et la perversion des idées, la société paganisée leva l'étendard de la révolte contre la sainte Église de Dieu. Sous prétexte de la réformer, un apostat entreprit de la détruire. A sa voix, les rois et les princes se liguèrent contre le Pontife de Rome, chef de cette Église, brisèrent violemment les liens sacrés de l'obéissance qu'ils devaient au Roi des rois, et détachèrent leurs peuples de la chrétienté. En moins d'un siècle, l'Allemagne, l'Angleterre, l'Écosse, la Suisse, la Hollande, les États scandinaves, passaient au schisme et à l'hérésie, persécutaient les catholiques fidèles avec la fureur des empereurs païens, et allumaient le feu des guerres civiles dans l'Europe entière.

Satan triomphait: la prétendue Réforme avait démembré l'Église; mais, toujours aveugle, il ne voyait pas que les vrais enfants de Dieu s'épuraient et se fortifiaient par le martyre. Aux prises avec les apostats, les chrétiens combattaient jusqu'à la mort pour le triomphe de la foi; le concile de Trente excommuniait les sectes séparées, opposait à leurs faux docteurs la vaillante Compagnie de Jésus, en même temps que, par des réformes salutaires, il ranimait le clergé et remettait les fidèles sur la voie de la sainteté. De saints et savants religieux s'en allaient au loin, en Amérique, aux Indes, au Japon, en Chine, porter la croix de Jésus-Christ. Et pour montrer aux peuples apostats qu'ils essayaient en vain de ressusciter le vieux paganisme, un pape, Sixte V, ne craignit pas, à la fin de ce seizième siècle, de relever le fameux obélisque du jardin de Néron, dont la base avait été baignée du sang des martyrs, de le surmonter d'une croix, et de faire lire à tous les peuples de la terre cette inscription triomphante: « Voici la croix du Seigneur: fuyez, puissances ennemies; le lion de la tribu de Juda a vaincu ! Le Christ règne, le Christ commande, le Christ est vainqueur ! »

L'enfer s'émut, et tous ses suppôts, initiés dans les sociétés secrètes au grand mystère d'iniquité, lancèrent les peuples vers la troisième étape de l'apostasie. Il ne s'agit plus seulement de détruire l'esprit chrétien ni de renverser la papauté, mais d'attaquer directement Jésus-Christ en niant sa divinité et sa royauté, comme l'ont fait les Juifs. Un nouveau précurseur de l'Antéchrist parut dans le monde, entouré d'apostats qui prirent le nom de philosophes. Le chef de cette bande infernale osa se déclarer l'ennemi personnel du Christ. « Écrasez l'Infâme ! » cria-t-il aux sectaires. Et tous ensemble, pendant un demi-siècle, se mirent à battre en brèche la divinité du Sauveur Jésus, la révélation, toute la religion, ses dogmes, sa morale, ses sacrements, son culte. Jamais l'enfer, même sous Néron et Dioclétien, ne vomit autant de blasphèmes contre le Fils de Dieu, autant de calomnies et d'outrages contre les chrétiens. Au nom de la raison, de la liberté, du bonheur de l'humanité, ils organisèrent, sous le nom de Révolution, un état social nouveau, basé non plus sur la volonté de Dieu, mais sur la volonté du peuple, désormais seul souverain et seul législateur.

A. la faveur de cette conspiration satanique contre la royauté du Christ, les conjurés se crurent assez forts pour exterminer le catholicisme. Au nom du peuple, dont ils s'intitulèrent les représentants, ils décrétèrent l'abolition de toutes les institutions religieuses, exilèrent ou massacrèrent prêtres et fidèles, abattirent les églises et les autels, supprimèrent tout ce qui rappelait l'ancien culte, la semaine, le dimanche, le calendrier catholique, et jusqu'à l'ère chrétienne. Le passé n'existait plus; un monde nouveau commençait avec la Révolution.

Depuis un siècle, la Révolution poursuit, avec une infernale ténacité, la déchristianisation des sociétés et des individus. Déjà les nations, en tant que nations, ont cessé partout de reconnaître Jésus-Christ pour leur Roi, le pape pour leur chef, le Décalogue comme la loi suprême. En vertu des principes dits libéraux, les gouvernements font tous profession de ne tenir aucun compte, dans la confection des lois, de la volonté de Dieu. Ils ne reconnaissent d'autre divinité que le peuple souverain, d'autre loi que le bon plaisir des majorités, même lorsque celles-ci légifèrent contre l'Évangile, contre le Décalogue, contre le Christ et son Église. C'est la répudiation du Christ-Roi, dont Charlemagne se disait le lieutenant: c'est l'apostasie des nations, discessio, prédite par l'apôtre saint Paul, et avant lui par David. « Les rois et les peuples conspirent contre le Seigneur et contre son Christ, s'écriait le Roi-prophète. Brisons nos fers, disent-ils, et rejetons loin de nous leur joug odieux. »

Cependant, malgré l'influence puissante des gouvernements athées et de leurs lois impies, il reste encore beaucoup des chrétiens fidèles. La foi d'un grand nombre, il est vrai, s'éteint graduellement, les coeurs se refroidissent, la vertu sombre dans un abîme de scandales ; mais Dieu conserve ses élus, ce qui fait rugir Satan. Pour arracher à Jésus jusqu'au dernier des baptisés, la Révolution emploie aujourd'hui le moyen le plus efficace. Le divin Sauveur a christianisé le monde par l'enseignement catholique; la Révolution le déchristianise par l'enseignement satanique. Elle arrache violemment les enfants au Dieu de leur baptême, à l'Église leur mère, à leurs parents selon la chair, pour les livrer au démon, le seul maître qu'elle adore. Dans toutes les villes et tous les villages, elle aura désormais une école sans Dieu, d'où seront bannis le crucifix, le catéchisme, la prière. Et afin que tous les enfants sans exception arrivent à l'âge d'homme sans aucune connaissance du Sauveur qui les a baptisés dans son sang, elle ferme l'école chrétienne, rend obligatoire l'école sans Dieu, et force ainsi les jeunes générations à recevoir les leçons de ses professeurs d'athéisme.

Les prophéties de l'Écriture sur l'apostasie générale des nations sont donc accomplies. Comme les Juifs, les peuples s'écrient: « Nous ne voulons plus que Jésus règne sur nous. » C'est le pontife romain, le Voyant d'Israël, bien placé pour juger l'état du monde, qui le constate officiellement: « Nous en sommes venus, dit-il, même en Italie, à redouter la perte de la foi. L'action des sociétés secrètes tend à réaliser des desseins inspirés par une haine à mort contre l'Église: abolition de toute instruction religieuse, suppression des congrégations, exclusion de tout élément catholique ou sacerdotal des administrations publiques, des oeuvres pies, des hôpitaux, des écoles, des académies, des cercles, des associations, des comités, des familles; exclusion en tout, partout, toujours. Au contraire, l'influence maçonnique se fait sentir dans toutes les circonstances de la vie sociale, et devient en tout arbitre et maîtresse. C'est ainsi qu'on aplanira la voie à l'abolition de la papauté !... et cela ne se passe point seulement en Italie, mais c'est un système de gouvernement auquel les États se conforment d'une manière générale(6) »

« La libre pensée, s'écrie à son tour un illustre prélat, ne cache plus le dessein arrêté, tout détruire... Les fidèles ne doivent plus en douter. Si ces desseins se réalisent, leurs églises seront bientôt fermées, leur culte proscrit, les ministres de Dieu violemment chassés, et on verra revenir les jours où les chrétiens payaient de leur liberté et même de leur vie la fidélité à leurs devoirs (7)! »

Or, comment finira cette conjuration satanique des nations contre jésus-Christ et son Église ? Elle finira, comme celles des Juifs et des Romains, par l'écrasement des révoltés et le triomphe solennel du grand Roi qu'ils veulent détrôner. « Le monde vous tiendra sous le pressoir, a dit le Sauveur, mais soyez tranquilles, j'ai vaincu le monde (8). Avant la fin des temps, surviendra la grande tribulation, tribulation telle que les peuples n'en ont pas vu de semblable depuis le commencement, mais j'en abrégerai la durée en faveur des élus. De faux christs et de faux prophètes surgiront alors, dont les prestiges et les prodiges induiraient en erreur, s'il était possible, les élus eux-mêmes. Souvenez-vous de cette prédiction, et gardez-vous de vous laisser tromper par ces imposteurs (9).

Mais qui donc sera le principal auteur de cette grande tribulation ? Un jour, dit saint Paul, jour connu de Dieu seul, quand l'apostasie des nations lui aura frayé les voies, « apparaîtra l'homme de péché, le fils de perdition, l'Antéchrist ou l'adversaire du Sauveur, lequel s'élèvera au-dessus de tout ce qui s'appelle Dieu et s'assoiera même dans le temple pour se faire adorer comme Dieu. Véritable personnification de Satan, il trompera les hommes par toutes sortes de séductions, d'artifices et de prodiges diaboliques qui les entraîneront à leur perte. Ils n'ont pas voulu de la vérité qui sauve, c'est pourquoi Dieu les livrera à l'esprit d'erreur et de mensonge. Ce monstre d'iniquité, ajoute l'apôtre, paraîtra au temps marqué par Dieu, mais le Seigneur Jésus le tuera d'un souffle de sa bouche (10) ».

Saint Jean, dans son Apocalypse, dépeint d'une manière saisissante la lutte de l'Antéchrist contre l'Église et l'extermination des apostats. « Le dragon infernal, dit-il, entra en fureur et s'en alla guerroyer contre ceux qui gardent les commandements de Dieu et rendent témoignage à Jésus-Christ. Et je vis paraître une Bête terrible, forte comme le lion, cruelle comme le léopard. Le dragon lui communiqua sa puissance, et tous les peuples de la terre, après avoir adoré le dragon, se prosternèrent devant la Bête, en disant: Qui pourra combattre contre elle ?

« Et à l'Antéchrist, personnifié par ce monstre, il fut donné une bouche exhalant l'orgueil et le blasphème. Il exerça sa puissance pendant quarante-deux mois, vomissant d'horribles blasphèmes contre Dieu, contre son Église et contre ses fidèles. Il lui fut également donné de faire la guerre aux saints de Dieu, de les vaincre et de commander en maître aux peuples de toute langue et de toute nation. Tous l'adorèrent, tous ceux dont les noms ne sont pas écrits au livre de vie.

« Et je vis une autre Bête qui parlait le langage de Satan. Ce faux prophète opérait toutes sortes de prodiges en présence de l'Antéchrist et le faisait adorer. Il faisait même descendre le feu du ciel sur la terre, et séduisait les hommes jusqu'à leur persuader d'ériger des statues à la Bête, » c'est-à-dire à l'Antéchrist. « Il animait ces images, et elles rendaient des oracles, et tous ceux qui refusaient d'adorer ces images étaient livrés au glaive. Petits et grands, riches et pauvres, hommes libres ou esclaves devaient porter sur leur front le signe de la Bête, sous peine de ne pouvoir ni vendre ni acheter (11). »

Telle sera la persécution de l'Antéchrist « qui s'élèvera au-dessus de tout ce qui s'appelle Dieu et se fera adorer comme Dieu ». Les Juifs déicides l'adoreront comme leur Messie, et tous les apostats seront heureux de continuer, sous un pareil chef, leur guerre satanique contre Jésus-Christ. Cette fois, ils se croiront sûrs d'anéantir l'Église, mais, dans les combats contre Dieu, jamais on n'est plus près de la ruine que quand on chante victoire.

Après avoir révélé les abominations de l'Antéchrist, le Seigneur fit connaître à saint Jean le dénouement de l'horrible persécution. « Les Gentils, lui dit-il, fouleront aux pieds la cité sainte pendant quarante-deux mois, mais je donnerai mon esprit à mes deux témoins, lesquels prophétiseront, revêtus de cilices, mille deux cent soixante jours. » Ces deux témoins de Jésus, toute la tradition l'enseigne, ce sont Énoch et Élie, enlevés vivants de cette terre pour soutenir la cause de Jésus contre l'Antéchrist. Pendant les trois ans et demi que durera la guerre contre les chrétiens, les deux prophètes reparaîtront en ce monde, prêcheront la pénitence, consoleront et défendront les amis de Dieu. « Ce sont deux oliviers, » dit le Seigneur, qui répandent l'onction du divin Esprit; « deux candélabres chargés d'illuminer le monde au milieu de ses affreuses ténèbres. « Si quelqu'un veut leur nuire, un feu sortira de leur bouche, qui dévorera leurs ennemis; si quelqu'un veut les offenser il périra également par le feu. Ils auront la puissance de fermer le ciel, pour empêcher la pluie de tomber pendant le temps qu'ils prophétiseront, et de frapper la terre de toutes sortes de plaies, aussi souvent qu'ils le voudront. »

Et Dieu fit voir à saint Jean les deux prophètes opposant de vrais miracles aux prodiges de leurs adversaires, les appelant à la pénitence, déchaînant contre eux les plus épouvantables fléaux, pestes, famine, guerres sanglantes, les couvrant de plaies semblables aux plaies d'Égypte. Mais, au lieu de répondre à l'appel des deux témoins de Dieu, les apostats, excités par l'Antéchrist, s'endurciront de plus en plus, blasphémeront comme des démons, et convoqueront tous les rois de la terre à livrer le suprême combat au Dieu tout-puissant (12.)

Et le Seigneur permettra, pour sa gloire et la confusion des méchants, que ceux-ci triomphent un instant. De même que Jésus, au moment de sa Passion, parut dépouillé de sa force divine, ses deux témoins, leur mission remplie, sembleront abandonnés d'En-haut. L'Antéchrist, vainqueur, s'en emparera et leur donnera la mort. Leurs cadavres resteront étendus sur la place publique pendant trois jours et demi, sans qu'il soit permis de les mettre au tombeau. De tous côtés les peuples accourront pour contempler ces prophètes si redoutés, maintenant sans force et sans vie. Et en apprenant leur mort, les apostats de tous pays pousseront des cris de joie, se féliciteront de leur triomphe et s'enverront des présents les uns aux autres, heureux d'être enfin délivrés des deux prophètes qui accablaient de tour­ments tous les habitants de la terre.

Mais voilà qu'aux chants d'allégresse succèdent tout à coup des cris d'épouvante. « Après trois jours et demi, continue l'apôtre, l'esprit de vie rentre dans les cadavres des deux prophètes. » Énoch et Élie se relèvent sur leurs pieds, en présence des apostats terrifiés. Une voix, la voix de Dieu, crie du haut du ciel: « Montez ici, » et les deux témoins, enveloppés dans une nuée, s'élancent vers les cieux, à la vue de leurs ennemis. En même temps, la terre tremble sur ses bases, les villes s'écroulent, ensevelissant sous leurs ruines des millions d'hommes, les bons rendent gloire à Dieu, les méchants périssent dans un dernier combat (13).

Saint Jean assista, dans une vision, à la victoire du triomphateur. « Je vis le ciel ouvert, dit-il, et bientôt apparaître le Fidèle, le Véridique, celui qui juge et combat avec justice. Ses yeux lançaient des flammes, sa tête portait grand nombre de diadèmes, sa robe était teinte de son sang: il s'appelait le Verbe de Dieu. De sa bouche sortait un glaive, le glaive avec lequel il frappe les nations. Sur son vêtement on lisait ces mots: « Roi des rois et Seigneur des seigneurs ». Et je vis alors la Bête, l'Antéchrist, les rois de la terre, et leurs armées, rassemblés pour combattre le Verbe de Dieu. Et la Bête fut prise, et avec elle le faux prophète qui avait fait des prodiges en sa présence, prodiges de séduction qui décidèrent les apostats à recevoir le caractère de la Bête et à l'adorer. Tous deux furent précipités, vivants, dans l'étang de soufre et de feu; leurs armées tombèrent sous le glaive du vainqueur (14) », pendant que les armées angéliques entonnaient ce chant de triomphe: « Le royaume du monde est devenu le royaume de notre Seigneur et de son Christ (15) ».

C'était la proclamation solennelle de la royauté du Christ sur tous les peuples de la terre. Réveillés aux éclats du tonnerre, illuminés par l'Esprit-Saint, les peuples reconnaîtront la puissance souveraine du Fils unique de Dieu. En voyant Jésus anéantir d'un souffle de sa bouche cet Antéchrist, ce roi des nations qu'ils avaient pris pour leur Messie, les juifs frémiront d'horreur au souvenir de leur déicide, se donneront corps et âme au Dieu qu'ils ont crucifié, et deviendront les plus ardents propagateurs de son royaume. « Leur réprobation, dit saint Paul , a été l'occasion de la conversion des Gentils: que ne produira pas leur rappel ? Ce sera comme une vie nouvelle, une résurrection d'entre les morts. » Les nations, trop longtemps victimes des suppôts de Satan, des hérétiques, des apostats, de tous les Antéchrists sortis des sociétés secrètes, maudiront ceux qui les ont trompés et jureront fidélité au Seigneur Jésus. Juifs et Gentils, unis dans la même foi et le même amour, porteront l'Évangile à tous les peuples qu'éclaire le soleil. Tous tomberont au pied de la croix, adoreront Celui qui a donné son sang pour le salut du monde, et il n'y aura plus, selon la prédiction du Maître, « qu'un seul troupeau et un seul pasteur ».

Et Jésus régnera sur cette terre aussi longtemps qu'il n'aura pas complété le nombre de ses élus. Combien d'années ? combien de siècles ? c'est un secret qu'il n'a révélé à personne. Tout ce que nous savons par ses dernières prédictions, c'est qu'un jour l'agonie du monde sonnera. « Des signes célestes annonceront le grand cataclysme. Et voyant la terre trembler sur ses bases, en entendant les mugissements de la mer et des flots, les hommes sécheront d'épouvante (16) Le soleil deviendra noir comme un cilice, la lune rouge comme le sang, les étoiles tomberont du ciel. Les rois de la terre, les princes, les tribuns, les riches, les puissants, aussi bien que les pauvres ou les esclaves, se cacheront dans les cavernes et dans les rochers des montagnes, et ils diront aux rochers et aux montagnes: Tombez sur nous et dérobez-nous à la colère de l'Agneau, car le grand jour de la colère est arrivé; et qui pourra subsister (17) ? »

Et au milieu de ces affreux bouleversements, au milieu des éclairs et des tonnerres, le feu dévorera la terre et tout ce qui est sur la terre. Au son de la trompette angélique, les morts sortiront du tombeau, l'enfer vomira les damnés, du ciel descendront les saints, et toutes les âmes de ceux qui ont vécu ici-bas, réunies à leur corps, se rassembleront pour assister au dernier jugement.

Alors aura lieu le second avènement, l'avènement glorieux du Sauveur. Jésus; entouré de ses anges, descendra sur les nuées du ciel, l'étendard de la croix à la main, pour juger tous les hommes et rendre à chacun selon ses oeuvres, comme il l'a promis pendant sa vie mortelle. Il commandera aux anges de placer les bons à sa droite et les méchants à sa gauche.

Et quand le souverain Juge verra réunis à sa gauche ses millions et milliards d'ennemis, les Judas, les Caïphes, les Pilates, les Hérodes de tous les siècles, qui l'ont attaché à la croix; les négateurs de sa divinité, les hérétiques, les apostats, les antéchrists, qui, pendant des milliers d'années, ont persécuté son Église et martyrisé ses enfants; les impies, les débauchés, les voleurs, qui ont tourné en dérision sa doctrine et foulé aux pieds ses commandements; quand il verra, dis-je, cloués à l'infâme pilori ces insulteurs de sa royauté, des éclairs jailliront de ses yeux, pénétrant jusqu' au fond des consciences, et manifesteront à tous les crimes révoltants de ces suppôts de l'enfer. Et quand le supplice de la honte aura comme anéanti ces hommes autrefois si hardis contre Dieu, Jésus prononcera contre eux la terrible sentence: « Vous n'avez pas voulu que je règne sur vous, eh bien ! éloignez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel, allez rejoindre Satan, votre maître, dans cet enfer créé pour lui, et que vous avez mérité comme lui. »

Et ils descendront dans 'l'abîme des douleurs en poussant des cris de désespoir, « Insensés que nous sommes ! s'écrieront-ils, nous avons donc erré hors des sentiers de la vérité. La lumière de la justice n'a pas lui à nos yeux, le soleil de l'intelligence ne s'est pas levé sur nous ! » Ainsi se jugeront eux-mêmes, au fond des enfers, ces sages de la terre qui insultaient et outrageaient les saints de Dieu.

Jésus alors s'adressant à l'armée des fidèles, à ceux qui ont confessé son saint nom devant les hommes, pratiqué ses commandements, affronté la persécution par amour pour leur Roi et leur Dieu, prononcera l'arrêt de la divine justice: « Venez, les bénis de mon Père, prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde. » Et les élus et les anges, à la suite de Jésus, entreront dans le paradis de délices, où assis sur des trônes autour du divin Roi, ils jouiront éternellement de sa gloire. « Et j'entendis, s'écrie l'apôtre bien-aimé, une grande voix sortant du trône de l'Éternel. Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes, disait la voix. Il demeurera avec eux, ils seront son peuple, et il sera leur Dieu. Le Seigneur essuiera les larmes de leurs yeux, et il n'y aura désormais ni mort, ni travail, ni larmes, ni douleur (18). »

Et dans les siècles des siècles Jésus-Christ, le souverain triomphateur, régnera dans le ciel avec ses anges et ses saints, et tiendra sous ses pieds, dans les flammes éternelles, les démons et les réprouvés.

Références
1. Match, xxiv, 21.
2. n ad Thesial., n, 7.
3-. n ad Timoth., xv, 3-4.
4-. n ad Misai., u, 3-4.
5-. u ad Tbessal., n, 7
6- Léon XIII, Encyclique du 15 octobre 1890.
7-. Lettre du cardinal Lavigerie à son clergé, 1er septembre 1889.
8-. joan., xvi, 33.
9-. Mattb., xxxv, 21-24.
10. ni Thessal., u 3-40
11. Apocal., mu, 1-17.
12. Apocal., xvi, passim.
13. Apical., xi, 7-12.
14. Apocal., xix, 11-21.
15. Apical., xx, 13.
16. Luc., xxi, 25-26.
17. Apocal., vt, 13-17.
18. Apocal., xxi, 3-4.
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