Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de 
Mgr Pierre André Fournier  et ami de
ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande.

Signez mon livre d'or. Un petit mot fait du bien et cela vous permet aussi de lire les commentaires des gens. 


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU
MINISTÈRE PRESBYTÉRAL


AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE
DIT QUELQUE CHOSE?

Ne laissez pas de message personnel s.v.p. donnez moi votre url et @ pour que je puisse vous répondre

Titre de la série :
Jésus-Christ-Sa vie-Sa passion-Son triomphe
Titre de la page:
Livre-8-Chap-I-  La résurrection
Livre-
8-Chap-II- Les Apparitions
Livre-
8-Chap-III- Dernières instructions
Livre-
8-Chap-IV- L'ascension
Nom de l'auteur:
Père Berthe de la Congrégation du Très Saint-Sacrement.

LIVRE HUITIÈME

LE TRIONIPHE

CHAPITRE PREMIER

LA RÉSURRECTION

Tremblement de terre
Le coup de lance
Joseph d'Arimathie et Nicodème
Cri du centurion.
Descente de la croix
Les gardes
Les limbes
Le tombeau.
L'ange de la Résurrection. (Mach., 51-66.—Marc., xv, 38-47.— Luc., xxin, Joan., xix, 31-42.)


Au moment même où Jésus rendit le dernier soupir, une révolution subite bouleversa toute la nature. Le dernier cri du Dieu mourant retentit jusqu'aux abîmes. La terre se prit à trembler, comme si la main du Créateur cessait de la tenir en équilibre; les rochers se fendirent par suite de ces épouvantables commotions. Le roc même du Calvaire, sur lequel s'élevait la croix du Sauveur, se déchira violem­ment jusque dans ses profondeurs (1). Dans la vallée de Josaphat, des tombeaux s'ouvrirent; plusieurs morts ressuscitèrent et apparurent, enveloppés de leurs longs suaires, dans les rues de Jérusalem, jetant partout l'épouvante et la consternation. Dieu les forçait tous, vivants et morts, à proclamer la divinité de son Fils.

Au temple, l'effroi était plus grand encore. Les prêtres qui achevaient l'immolation des victimes, s'arrêtèrent troublés jusqu'au fond de l'âme, pendant que le peuple, muet de frayeur, attendait la fin de l'étrange cataclysme. Soudain un bruit sinistre se fait entendre du côté du saint des saints; tous les yeux se portent sur le voile d'hyacinthe, de pourpre et d'écarlate, qui ferme l'entrée du sanctuaire impé­nétrable où Jéhovah se manifeste une fois l'an au grand prêtre; et voilà que le voile mystérieux se déchire violemment depuis le haut jusqu'au bas, brisant ainsi l'ancienne alliance pour faire place à la nouvelle. Prêtres, cessez d'immoler des victimes figuratives: la seule victime agréable au Seigneur, vous l'avez immolée sur le Calvaire ! Peuple d'Israël, écoute la prophétie de Daniel: « Après soixante et dix semaines d'années, le Messie, sera mis à mort; le peuple qui doit le renier ne sera plus son peuple; l'hostie et le sacrifice cesseront; l'abomination de la désolation sera dans le temple, et la désolation durera jusqu'à la fin. » Prêtres et docteurs, les soixante-dix semaines sont écoulées; près du voile déchiré du sanctuaire, avouez que vous avez crucifié le Messie, Fils de Dieu !

Au milieu de ces scènes de désolation, un silence lugubre régnait sur le Calvaire, silence entrecoupé de temps en temps par les cris déchirants que poussaient les deux larrons. Après la mort de Jésus, les saintes femmes s'étaient retirées un peu à l'écart, avec Marie et l'apôtre Jean. Seul le centurion, immobile au milieu de ses soldats, ne pouvait détacher les yeux du divin Crucifié. Le dernier cri proféré par Jésus retentissait encore à son oreille; la vue des prodiges opérés à sa mort acheva d'ébranler son cœur. S'adressant à tous ceux qui se trouvaient sur le Calvaire , il s'écria: « C'était un juste, c'était vraiment le Fils de Dieu ! »

Et tous les témoins de ce drame sublime, impressionnés jusqu'au fond de l'âme, s'en retournèrent chez eux en se frappant la poitrine et en disant comme ce Romain : « Oui, c'était vraiment le Fils de Dieu ! »

Au fond des enfers, le même cri se fit entendre. Quand Jésus rendit le dernier soupir, Satan comprit son erreur. Il avait ameuté la synagogue contre le juste, et ce juste c'était le Fils de Dieu. Dans sa rage insensée, il avait voulu cette mort qui rendait la vie au genre humain, et travaillé sans le savoir à la rédemption de ces enfants d'Adam qu'il croyait à tout jamais ses esclaves. « C'était le Fils de Dieu, s'écriait-il dans son désespoir, et je l'ai servi dans ses desseins ! » A ce moment-là même, il put voir l'âme de Jésus, séparée de son corps, descendre dans les limbes mystérieux où les enfants de Dieu l'attendaient depuis de longs siècles. Là se trouvaient les patriarches et les prophètes: Adam, Noé, Abraham, Moïse, David, tous les justes qui avaient désiré la venue du Sauveur et mis en lui leur espoir. A son entrée dans ce temple des saints, Jésus fut accueilli par le cri qui retentissait en ce moment au pied de la croix et dans les enfers: « C'est lui, c'est le Fils de Dieu, c'est le Rédempteur qui vient nous annoncer notre prochaine délivrance I »

Pendant ce temps, des soldats, envoyés par Pilate, gravissaient silencieusement le mont du Calvaire. Les Romains abandonnaient aux oiseaux de proie les cadavres des suppliciés, mais la loi des Juifs défendait de les laisser suspendus à la potence après le coucher du soleil. Comme le Sabbat allait commencer, il devenait plus urgent encore d'observer les prescriptions légales. Les princes des prêtres avaient donc demandé à Pilate de faire donner le coup de grâce aux trois suppliciés et d'enlever ensuite leur dépouille. C'était pour cette dernière exécution que les soldats, armés d'énormes massues, montaient le Golgotha .

Ils s'approchèrent d'un des larrons et lui brisèrent les jambes et la poitrine. Le second larron eut le même sort. Arrivés à Jésus, ils s'aperçurent aussitôt, à la pâleur du visage, à l'inclination de la tête, à la rigidité des membres, qu'il avait cessé de vivre depUis plusieurs heures. Ils jugèrent donc inutile de lui rompre les jambes. Cependant, pour plus de sécurité, un soldat lui perça le côté d'un coup de lance. Le fer atteignit le coeur, et de la blessure il sortit de l'eau et du sang. Ainsi s'accomplit cette parole de l'Écriture: « Ils arrêteront leurs regards sur celui qu'ils ont crucifié; et cette autre concernant l'Agneau pascal: « Vous ne briserez aucun de ses os. »

L'apôtre ,Jean, au milieu des saintes femmes, vit de ses yeux toutes les particularités de cette scène mystérieuse. Il vit le fer entrer dans le coeur de Jésus, il vit couler le sang et l'eau, les deux sources de vie sorties du divin coeur: l'eau baptismale qui régénère les âmes, et le sang eucharistique qui les vivifie. Et Jean rendit témoignage de ce qu'il avait vu, afin d'inspirer à tous la foi et l'amour.

Pour terminer leur office, les soldats allaient détacher les suppliciés et les enterrer, selon la coutume, avec les ins­truments de leur supplice, quand deux hommes se présen­tèrent, réclamant le corps de Jésus. L'un des deux, Joseph d'Arimathie, appartenait à la noblesse, et siégeait au grand Conseil. Ami de la justice, doux et bon par nature, il avait refusé de s'associer au noir complot tramé contre Jésus. Au fond, disciple du Sauveur, il attendait le royaume de Dieu; mais la terreur qu'inspiraient les Juifs l'avait empêché de manifester sa foi. Les grandes émotions du Calvaire dissipèrent ces frayeurs et l'enhardirent au point qu'à la mort du Sauveur, il conçut le dessein de lui donner une honorable sépulture. Animé subitement d'un courage héroïque, il ne craignit point d'aller trouver Pilate et de lui demander le corps de Jésus. Le gouverneur romain avait beaucoup à se reprocher vis-à-vis du Crucifié et de ses amis; il fit volontiers cette concession, sauf à constater le trépas qui lui parut bien hâtif. Il appela donc le centurion préposé à la garde des suppliciés, et sur son affir­ mation que Jésus avait cessé de vivre, il lui ordonna d'abandonner le corps à Joseph.

Joseph était accompagné de Nicodème, ce docteur de la Loi qui, depuis son entretien nocturne avec Jésus, n'avait cessé de le défendre contre les injustes accusations des chefs du peuple. Joseph apportait un suaire pour ensevelir le corps, et Nicodème, une composition de myrrhe et d'aloès, pour l'embaumer. Avec l'aide de Jean et de quelques autres disciples, ils détachèrent de la croix le corps de Jésus; puis, chargés de ce précieux fardeau, ils le déposèrent sur un quartier de roche, à quelques pas de la croix. Là enfin, les saintes femmes purent contempler le visage inanimé du Maître qu'elles avaient suivi avec tant de dévouement; là, sa Mère put arroser de larmes ses plaies sacrées, et les couvrir de baisers. Mais il fallut bien vite mettre un terme à ces démonstrations de douleur et de tendresse, car le soleil était à son déclin, et le Sabbat allait commencer.

Joseph étendit sur la pierre le suaire qui devait servir à l'ensevelissement. On plaça le corps de Jésus sur ce linceul; on le couvrit de parfums, selon la coutume des Juifs, puis on ramena le linceul funèbre sur les membres et la tête du Maître bien aimé.

Près de l'endroit où Jésus fut crucifié, dans un jardin appartenant à Joseph d'Arimathie, se trouvait un tombeau creusé dans le roc, qui n'avait encore servi à personne. Joseph fut très heureux de le consacrer à la sépulture du Sauveur (2). Deux cellules taillées dans la pierre, communiquant l'une avec l'autre, composaient ce caveau funéraire. C'est dans une niche, pratiquée dans la seconde de ces deux cellules, qu'ils placèrent le corps du Sauveur, ce que remarquèrent avec soin Marie Madeleine et les saintes femmes, car elles avaient formé le dessein de revenir au sépulcre, le Sabbat terminé, pour procéder, avec moins de précipitation, à l'embaumement de Jésus.

Ayant ainsi rendu les derniers devoirs à leur bon Maître, les disciples sortirent du monument et roulèrent à l'entrée une énorme pierre pour en interdire l'accès; puis, le coeur navré, les yeux pleins de larmes, écrasés sous le poids de leurs douleurs, ils rentrèrent dans la cité. Marie et les saintes femmes durent aussi se résigner à quitter le Calvaire. Elles allèrent se renfermer au cénacle pour y passer le jour du Sabbat.

Tout paraissait fini. Le prophète de Nazareth était mort sur une croix, comme un vil esclave. Les apôtres, terrifiés, avaient disparu; quelques femmes, après l'avoir suivi jusqu'à la tombe, s'en retournaient à leur demeure en versant des larmes. Les princes des prêtres et les pharisiens triomphaient incontestablement, et cependant, chose étonnante ! ils semblaient craindre encore ce personnage prodigieux, qui tant de fois les avait épouvantés par sa puissance. Ces ténèbres répandues sur la ville pendant son agonie, ce tremblement de terre au moment de sa mort, ce voile du saint des saints déchiré miraculeusement, paraissaient à tous de sinistres présages. Ce qui les inquiétait surtout, c'est que le Crucifié avait annoncé qu'ils ressusciterait trois jours après sa mort.

Ces craintes les jetèrent dans une telle épouvante que, sans tenir compte du repos sabbatique, ils allèrent immédiatement trouver Pilate. « Seigneur, lui dirent-ils, nous nous rappelons que, de son vivant, cet imposteur annonça qu'il ressusciterait le troisième jour après sa mort. Veuillez donc faire garder son tombeau jusqu'à la fin de ce troisième jour, de peur que ses disciples n'enlèvent son cadavre et n'affirment au peuple qu'il est ressuscité d'entre les morts. Cette seconde erreur serait encore plus dangereuse que la première. »

Pilate exécrait ces hommes, surtout depuis qu'ils lui avaient arraché une sentence que sa conscience lui reprochait comme un crime. Il leur répondit avec mépris: « Vous avez votre garde: allez, et faites surveiller ce tombeau comme vous l'entendrez. » Les princes des prêtres et les chefs du peuple se rendirent donc au caveau où reposait le corps du Crucifié. Ils apposèrent leur sceau sur la pierre qui en défendait l'entrée, et placèrent des soldats autour du monument afin d'empêcher qui que ce fût d'en approcher. Cela fait, ils se retirèrent pleinement rassurés: il leur paraissait impossible qu'un mort si bien emprisonné et si bien gardé pût leur échapper. Ils avaient oublié qu'après avoir, rien qu'en prononçant son nom, renversé leurs soldats au jardin de Gethsémani, Jésus pouvait, s'il le voulait, les terrasser de nouveau près de son sépulcre. Mais Dieu leur faisait prendre ces ridicules précautions afin que les Juifs eux-mêmes fussent obligés de constater officiellement le triomphe du Crucifié !

En prédisant sa mort, et sa mort sur la croix, Jésus ajoutait qu'il ressusciterait le troisième jour. « Détruisez ce temple, disait-il aux Juifs, en parlant du temple de son corps, et je le rebâtirai en trois jours. » Il annonça même aux pharisiens qui lui demandaient un signe dans le ciel pour prouver sa divinité, que le grand signe de sa mission divine serait sa résurrection. « De même que Jonas demeura trois jours et trois nuits dans le ventre de la baleine, ainsi le Fils de l'homme demeurera trois jours dans le sein de la terre. » C'est là le miracle par excellence, le miracle qui jettera le monde aux pieds du Fils de Dieu. Jésus l'a prédit, et il faut que sa parole s'accomplisse.

Donc le poste romain, composé de seize soldats, veillait soigneusement sur le Crucifié du Golgotha. Toutes les trois heures, quatre sentinelles relevaient celles qui venaient d'achever leur tour de garde. Le Fils de Dieu attendait dans la paix et le silence du tombeau le moment fixé par les décrets éternels. Vers l'aurore du troisième jour, son âme, revenue des limbes, se réunit à son corps, et sans qu'il se fît aucun mouvement sur la colline, le Christ glorifié sortit du tombeau. Les gardes ne s'aperçurent nullement qu'ils veillaient près d'un sépulcre vide. Mais voilà qu'un instant après la terre commence à trembler violemment, un ange descend du ciel à la vue des soldats épouvantés, roule la pierre qui fermait l'entrée de la grotte et s'assied sur cette pierre comme un triomphateur sur son trône. Son visage rayonne comme l'éclair, son vêtement étincelle comme la neige, ses yeux lancent des flammes et fixent les gardes qui tombent la face contre terre, presque morts d'effroi. L'ange de la résurrection descendait du ciel pour annoncer à tous que Jésus, le grand Roi, le vainqueur de la mort et de l'enfer, venait de sortir du tombeau.

Après ce premier moment de stupeur, les gardes, éperdus, s'enfuirent vers la ville et allèrent raconter aux princes des prêtres les faits prodigieux dont ils venaient d'être témoins. Effrayés et déconcertés, ceux-ci se demandèrent aussitôt par quel moyen on pourrait cacher la vérité au peuple, et le mettre en garde par avance contre les manifestations qui sans doute allaient se produire. Ayant fait immédiatement convoquer les anciens, ils ne trouvèrent rien de mieux, pour se tirer d'affaire, que de corrompre les soldats *à prix d'argent. Ils leur promirent à chacun une somme considérable, s'ils voulaient expliquer au peuple que, pendant leur sommeil, les disciples de Jésus avaient enlevé le corps de leur Maître. Et comme les soldats objectaient que, si Pilate entendait parler d'enlèvement de cadavre, ils auraient à lui rendre compte de leur conduite, le Conseil leur répondit qu'il se chargeait de les disculquer auprès du gouverneur. Ainsi mis hors de cause, les soldats se jetèrent sur l'argent qui leur était offert, et répandirent parmi les Juifs la fable ridicule de l'enlèvement. Mais ils ne réussirent qu'à se déshonorer, eux et leurs complices, car il était trop facile de leur répondre: « Si vous dormiez, comme vous le dites, vous n'avez rien vu ni rien entendu de ce qui s'est passé pendant votre sommeil: comment donc osez-vous affirmer que les disciples ont enlevé le cadavre dont vous aviez la garde(3) ? » Les Juifs ne pouvaient mieux prouver que par ces ineptes mensonges la vérité de la résurrection, c'est-à-dire l'éclatant triomphe du Roi qu'ils ont méconnu et crucifié.

Le Sanhédrin a beau faire: le triomphe que Jésus remporte aujourd'hui sur une puissance qu'aucun homme n'a vaincu ni ne vaincra, fait pâlir tous les triomphes. A ce signe, l'univers reconnaîtra son Dieu et son Sauveur. Ce jour de la résurrection aura un nom particulier: il s'appellera le dimanche, le jour du Seigneur, le jour de l'éternel alleluia, « parce qu'en ce jour la Mort et la Vie ont com­battu dans un gigantesque duel, et le Maître de la Vie a terrassé la Mort. Le Seigneur est vraiment ressuscité ! Alleluia ». Ainsi chanteront les enfants du royaume que Jésus, sorti du tombeau, va maintenant établir dans le monde entier, et perpétuer jusqu'à la fin des siècles.

Références
1-Contrairement aux effets naturels des tremblements de terre, le roc est partagé transversalement, et la rupture en croise les veines d'une façon étrange et surnaturelle. Il est démontré pour moi, dit Addison (De la Religion chrétienne, 1. II) que c'est l'effet d'un miracle que ni l'art ni la nature ne pouvaient produire. Je rends grâces à Dieu de m'avoir conduit ici pour contempler ce monument de son merveilleux pouvoir, ce témoin lapidaire de la divinité de Jésus-Christ. »
2 Les cinq dernières stations du chemin de la croix: le dépouillement, le crucifiement, la plantation de la croix, la pierre de l'onction ou de l'ense­velissement, et le tombeau, se trouvent renfermées dans la basilique du Saint-Sépulcre
. 3- Tout le monde connaît le dilemme que saint Augustin pose à ces malheureux gardes: s Si vous dormiez, comment savez-vous qu'on a enlevé le corps ? Si vous ne dormiez pas, pourquoi l'avez-vous laissé enlever ?»

CHAPITRE II

LES APPARITIONS

Désolation et découragement des apôtres.
Incrédulité des apôtres.
Apparition de Jésus à Marie Madeleine et aux saintes femmes.
Pierre et Jean au sépulcre.
Jésus apparaît au cénacle.
Thomas l'incrédule.
Apparition de l'ange aux saintes femmes
Les disciples d'Emmaüs
Matth., xxvm, 1-15.— Marc., xin, 1-14.-- Luc., xxiv, 1-48.— Joan., xx, 1-29.)

Depuis trois jours, c'est-à-dire depuis l'arrestation de leur Maître, les apôtres s'étaient prudemment éclipsés. Sauf Jean qui ne quitta point la Vierge Marie pendant la Passion, aucun d'eux ne parut au Calvaire ni à la déposition de Jésus dans le tombeau. Pendant tout ce temps, ils se tinrent soigneusement cachés, tant ils craignaient qu'on ne les reconnût pour des complices du Crucifié. Le Sanhédrin avait bien tort de les supposer capables d'enlever le corps, car ils n'osaient pas même se hasarder dans les rues qui conduisaient au tombeau.

Le samedi, quand le calme se fut rétabli dans la cité, ils rentrèrent l'un après l'autre au cénacle, consternés et anéantis. Tout leur semblait fini. Le passé leur apparaissait comme un rêve, le royaume futur comme une chimère, Jésus comme un mystère impénétrable qui les confondait et les accablait. Leur coeur ne pouvait se détacher d'un Maître dont ils connaissaient le dévouement et l'ineffable tendresse, mais ils ne savaient plus que penser de ce thaumaturge devenu tout à coup impuissant contre les Juifs, jusqu'à se laisser garrotter, condamner, crucifier par eux comme un vil criminel ! Découragés et désespérés, ils pleuraient et gémissaient au milieu des saintes femmes, pendant que Jean leur racontait les scènes lamentables du prétoire et du Calvaire.

Ainsi se passa la journée du samedi, sans qu'aucun espoir vînt ranimer ces âmes abattues. Le troisième jour après la mort de Jésus commençait, et personne ne pensait à la résurrection. Le Sauveur reposait dans le tombeau: au lieu de s'attendre à l'en voir sortir, les femmes se préoccupaient de son embaumement, un peu précipité la veille. Le sabbat terminé, elles allèrent acheter des parfums pour l'ensevelir avec plus de soin et empêcher ainsi une corruption trop hâtive. Quant aux apôtres, ils ne s'attendaient pas plus à voir leur Maître sortir du sépulcre qu'ils ne s'étaient attendus à l'y voir entrer. Et tous se trouvaient dans cet état de marasme et d'oubli, sans espoir et sans foi, quand déjà l'ange de la résurrection avait mis en fuite les gardes épouvantés. Les événements prouvèrent jusqu'à quel point le scandale de la croix les avait rendus défiants et incrédules.

Dès l'aurore du dimanche, trois femmes, Marie Madeleine, Marie de Cléophas et Salomé, sortirent de Jérusalem et s'acheminèrent vers le Calvaire, chargées de leurs parfums, et très préoccupées de savoir comment elles écarteraient l'énorme pierre qui défendait l'accès de la grotte. Dans son ardeur impatiente, Madeleine prit les devants, mais quelle ne fut pas sa stupéfaction, en arrivant au sépulcre, de voir la pierre déplacée et l'entrée du caveau tout à fait libre. L'idée ne lui vint même pas que Jésus pouvait être ressuscité, mais, persuadée qu'on avait dérobé le corps, elle laissa ses compagnes et, sans perdre une minute, courut au cénacle pour faire part aux apôtres de sa découverte. « On a volé le corps du Maître, s'écria-t- elle, et nous ne savons où les voleurs l'on emporté. »

Pendant ce temps, ses deux compagnes, arrivées au sépulcre, pénétrèrent dans la chambre où l'on avait déposé le corps de Jésus. A droite, près du tombeau, elles aperçurent un ange dont l'aspect majestueux et la robe éblouissante les affola de terreur. L'ange leur dit: « Ne craignez pas: je sais que vous cherchez Jésus, le Crucifié. Il n'est plus ici; il est ressuscité, comme il l'avait prédit. Avancez et voyez l'endroit où on l'avait déposé. Allez donc, et dites à ses disciples qu'il vous précédera en Galilée: c'est là que vous le verrez, comme il vous l'a promis. » Les deux femmes, tremblantes et glacées de frayeur, sortirent du sépulcre et s'enfuirent sans oser dire à qui que ce fût le moindre mot sur cette apparition.

Cependant Pierre et Jean, émus du récit de Madeleine, accouraient avec elle au tombeau de Jésus. Jean, plus jeune et plus agile, arriva le premier, se pencha pour regarder dans l'intérieur du monument, aperçut des linges posés à terre, mais il n'entra point. Quelques instants après, Pierre, l'ayant rejoint, pénétra jusqu'au tombeau pour se rendre compte de ce qui s'était passé. Il remarqua les bandelettes abandonnées, et le suaire qui couvrait la tête, plié séparément et placé à l'écart. Jean s'approcha du tombeau à son tour, fit les mêmes observations, et tous deux conclurent, comme Madeleine, qu'on avait enlevé le corps. Ni l'un ni l'autre ne s'imagina que Jésus fût ressuscité, car un voile épais, dit Jean lui-même, obscurcissait si bien leur esprit, que les prophéties de l'Écriture sur la mort et la résurrection du Messie étaient pour eux comme non avenues. Ils s'en retournèrent au cénacle, tout bouleversés, cherchant à s'expliquer cette mystérieuse disparition.

Marie Madeleine ne put se résigner à les suivre. Assise près du sépulcre, elle se mit à pleurer, se demandant avec anxiété où l'on aurait pu cacher le corps de son Maître.

Les yeux inondés de larmes, elle se penchait de nouveau pour examiner plus attentivement l'intérieur du caveau, quand deux anges se présentèrent à sa vue, l'un à la tête, l'autre aux pieds du tombeau. « Femme, lui dirent-ils, pourquoi pleurez-vous ? — Parce que, répondit-elle, ils ont enlevé mon Seigneur, et je ne sais où ils l'ont emporté. » En prononçant ces mots, elle entendit un bruit de pas derrière elle, se retourna brusquement, et se trouva en présence d'un inconnu, qui lui dit aussi: « Femme, pourquoi pleurez-vous, et qui cherchez-vous en ces lieux ? » C'était le divin Ressuscité, mais elle ne le reconnut pas. Elle le prit pour le jardinier, et, toujours absorbée par sa première pensée: « Seigneur, répondit-elle, si c'est vous qui l'avez enlevé, dites-moi où vous l'avez déposé, afin que j'a Ile le prendre . . . »

Comment ne pas ouvrir les yeux à cette Madeleine pénitente, que Jésus avait vu pleurer au pied de sa croix, et qu'il retrouvait, inconsolable, près de son tombeau ? Avec cet accent divin qui pénètre jusqu'au plus intime de l'âme, il prononça ce simple mot « Marie ! » Au son de cette voix qui l'avait si souvent fait tressaillir, elle le reconnut. « Mon bon Maître ! » s'écria-t-elle, transportée de joie, et déjà elle était à ses pieds, qu'elle tenait embrassés. Elle s'attachait à Celui qu'elle venait de retrouver, comme s'il allait lui échapper encore. « Laisse-moi, lui dit Jésus, bientôt en effet, je vous quitterai pour retourner à mon Père, mais le moment n'est pas encore venu. Va de ce pas trouver mes frères, et dis leur que je ne retarderai pas à monter vers mon Père et leur Père, vers mon Dieu et leur Dieu ».

C'est ainsi que Jésus apparut d'abord à Marie Madeleine, pour récompenser par cette incomparable faveur l'incomparable amour de la sainte pénitente. Il apparut également au groupe des saintes femmes qui ne l'avaient point abandonné dans ses douleurs. Peu après le départ de Madeleine, Jeanne, l'épouse de Chusa, et d'autres femmes galiléennes se rendirent aussi au sépulcre, pensant y trouver le corps de leur Maître et lui rendre les derniers honneurs. Ne l'y trouvant plus, elles restaient près du tombeau dans une consternation profonde, lorsque deux anges, aux vêtements resplendissants de lumière, se présentèrent à leurs regards. Elles baissaient les yeux, toutes tremblantes, mais l'un des messagers célestes les rassura. « Ne cherchez point un vivant parmi les morts, leur dit-il. Jésus n'est plus ici, il est ressuscité selon sa promesse. Rappelez-vous donc ce qu'il vous disait en Galilée: il faut que le Fils de l'homme soit livré aux pécheurs; il sera crucifié, mais il ressuscitera le troisième jour. »

En effet, à la parole de l'ange, les saintes femmes se rappelèrent parfaitement que Jésus leur avait prédit sa mort et sa résurrection. L'ange ajouta: « Retournez bien vite à Jérusalem, et dites aux disciples et à Pierre que Jésus est ressuscité, et qu'il vous précédera en Galilée. » Elles s'en allaient en toute hâte annoncer cette grande nouvelle, mais soudain un homme les arrêta: « Femmes, dit-il, je vous salue. » C'était Jésus lui-même. Elles le reconnurent, se jetèrent à ses pieds et, les tenant embrassés, elles adorèrent avec amour leur Seigneur et leur Dieu. Le bon Maître les consola, et leur dit, avant de les quitter: « Maintenant, ne craignez plus; allez dire à mes frères de se rendre en Galilée, c'est là qu'ils me verront. »

Tels sont les faits par lesquels Jésus, dès l'aube du dimanche, se manifesta aux saintes femmes, qu'il constitua ses messagères près des apôtres et les témoins de sa résurrection. Mais, afin que personne ne pût taxer de crédulité ceux qui devaient bientôt prêcher au monde Jésus ressuscité, Dieu permit que les apôtres, obstinés dans leur aveuglement, récusassent, sans vouloir rien écouter, les témoignages de ces saintes femmes. Revenue la première du sépulcre, Madeleine, le coeur débordant de joie, s'écria en entrant au cénacle: J'ai vu le Seigneur », je l'ai vu de mes yeux, « et voilà ce qu'il m'a chargé de vous dire ». Mais elle eut beau affirmer, et raconter avec les détails les plus circonstanciés l'apparition dont Jésus l'avait favorisée, les apôtres et les disciples présents au cénacle n'en voulurent rien croire. En vain ses compagnes qui venaient de jouir de la même faveur, vinrent-elles affirmer à leur tour qu'elles avaient vu, entendu, adoré le Sauveur ressuscité, on les traita d'hallucinées et de visionnaires. Dieu seul pouvait tirer les apôtres de l'abîme de découragement et de désespoir dans lequel la Passion et la mort de leur Maître les avait plongés.

L'après-midi de ce même jour, deux de ces disciples incrédules prirent le parti de retourner chez eux. Que pouvaient-ils attendre à Jérusalem, eux les partisans du Crucifié, sinon des insultes et des persécutions ? Ils habitaient Emmaüs, un petit bourg caché dans les montagnes, à soixante stades de la cité sainte. Ils y trouveraient, en même temps qu'un refuge, l'oubli de leurs amères décep­tions. Chemin faisant, mornes et abattus, ils s'entretenaient tout naturellement des tristes événements survenus en ces derniers jours, et cherchaient en vain à se les expliquer, quand un inconnu, qui suivait la même direction, les aborda d'un air bienveillant. C'était Jésus, mais sous un extérieur qui ne leur permit pas de le reconnaître.

« Quel est donc, leur demanda-t-il, le sujet de votre entretien ? Vous me paraissez accablés sous le poids d'un grand chagrin. »

Cette question parut les surprendre, car l'un des deux voyageurs, nommé Cléophas, lui répondit:

« Êtes-vous donc si étranger dans Jérusalem, que vous seul ignoriez ce qui s'est passé pendant ces derniers jours ? — Et qu'est-il donc arrivé ? reprit l'inconnu.

— Mais la fin tragique de Jésus de Nazareth , ce prophète puissant en oeuvres et en paroles, devant Dieu et devant tout le peuple. Vous savez sans doute comment les princes des prêtres et nos anciens l'ont livré aux tribunaux qui l'ont condamné à mort et crucifié. Hélas ! faut-il le dire, nous avions espéré qu'il serait le Rédempteur d'Israël ! »

L'inconnu écoutait avec attention, et son regard interrogateur semblait demander aux disciples pourquoi ils cessaient d'espérer. Cléophas ajouta: « Voilà le troisième jour depuis que ces faits ont eu lieu », et que pourrions-nous espérer ? « Il est vrai que ce matin, dès l'aurore, des femmes nous ont raconté certaines choses étranges. Étant allées au tombeau de Jésus, elles n'ont point trouvé son corps. Elles ont même prétendu avoir vu des anges, lesquels leur auraient affirmé sa résurrection. Sur leurs dires, quelques-uns des nôtres se sont rendus au tombeau et ont constaté l'exactitude de leur récit. Le sépulcre était réellement vide, mais Jésus, ils ne l'ont pas rencontré. »

A peine Cléophas avait-il exposé ses idées et ses doutes, que l'inconnu, fixant les deux disciples et s'animant par degrés, s'écria: «0 hommes aveugles, que votre coeur est dur, que vous êtes lents à croire aux paroles des prophètes ! Est-ce qu'il ne fallait pas que le Christ souffrît pour entrer dans sa gloire ? » Et, commençant par Moïse, il leur déroula toutes les prophéties qui concernaient le Christ, et leur expliqua le sens des Écritures avec tant de charme et d'autorité qu'il ravit d'admiration les deux incrédules.

Cependant, on arrivait au bourg d'Emmaüs, et l'inconnu paraissait vouloir continuer son voyage; mais les deux disciples le pressèrent vivement de passer la nuit chez eux. « Restez avec nous, lui dirent-ils, car il se fait tard: le soleil est sur son déclin. » Jésus céda à leurs instances. Or, pendant le repas du soir, il prit du pain, le bénit, le rompit, et il le présentait à ses deux compagnons, quand tout à coup leurs yeux se dessillèrent, et ils reconnurent le bon Maître: mais déjà il avait disparu. Restés seuls, Cléophas et son ami se livrèrent aux transports d'une sainte joie. « N'est-il pas vrai, se disaient-ils. ?» L'un à l'autre, que notre coeur brûlait d'un feu divin quand il nous parlait sur la route et nous expliquait les Écritures Ils n'attendirent pas jusqu'au lendemain pour communiquer la grande nouvelle à leurs frères; mais, reprenant aussitôt le chemin de la ville sainte, ils se rendirent au cénacle, où ils trouvèrent les apôtres avec un certain nombre de disciples. On continuait à s'entretenir des événements de la journée; on racontait qu'outre les apparitions aux saintes femmes, Jésus s'était manifesté à l'apôtre Pierre. Les disciples d'Emmaüs rapportèrent en détail ce qui leur était arrivé dans la soirée, et comment ils avaient reconnu le Maître à la fraction du pain. Ces récits ébranlaient les incroyants, sans les convaincre.

A l'heure du repas, les apôtres se mirent à table, les portes de la salle soigneusement fermées, car ils craignaient que les Juifs ne les accusassent d'avoir volé le corps de Jésus. Or, pendant qu'ils discutaient chaleureusement entre eux les nouveaux témoignages à l'appui de la résurrection, voilà que tout à coup Jésus, en dépit des portes closes, apparaît au milieu de l'assemblée. « La paix soit avec vous, dit-il; ne craignez pas, c'est bien moi que vous voyez. » Troublés et terrifiés, les apôtres, au premier moment, n'en croyaient ni leurs yeux ni leurs oreilles: ils le prirent pour un fantôme. Jésus fut obligé de les ramener au sentiment de la réalité. « Pourquoi, leur dit-il, vous troubler de la sorte et ouvrir votre esprit à toutes ces vaines pensées ? Voyez donc mes pieds et mes mains, touchez-les, et vous verrez que c'est bien votre Maître qui vous parle. Un esprit n'a ni chair ni os, comme vous voyez que j'en ai. » Et tout en parlant ainsi, il leur montrait ses mains et ses pieds, et la plaie de son côté. Et comme, malgré l'excès de leur joie, ils semblaient douter encore, il ajouta: « Avez-vous quelque chose à manger? » Ils lui offrirent un morceau de poisson frit et un rayon de miel. Jésus mangea devant eux, et recueillant les restes de son repas, il les leur distribua.

Alors tous les doutes s'évanouirent, les apôtres tombèrent aux pieds de leur Maître et se livrèrent à des démonstrations d'allégresse et d'amour qu'il est impossible de décrire. Jésus en profita pour leur reprocher doucement l'incrédulité obstinée qui les avait empêchés de croire aux premiers témoins de sa résurrection. Puis, revenant sur tous les faits de la Passion, si mal compris par eux, il leur rappela ses divins enseignements: « Quand j'étais avec vous, ne vous ai-je pas dit bien des fois que tout ce qui est écrit de moi dans les livres de Moïse, des prophètes et des psaumes, devait s'accomplir, et que, par conséquent, il fallait que le Christ souffrit et ressuscitât le troisième jour après sa mort, afin qu'ensuite la pénitence et la rémission des péchés fussent prêchées en son nom à toutes les nations, à commencer par Jérusalem ? Vous êtes, vous, les témoins de ces grandes choses. »

Et non seulement ils devaient être les témoins du Christ, mais aussi ses fondés de pouvoir, chargés de dispenser aux âmes les grâces méritées par sa mort. Déjà, dans ce même cénacle, il les avait constitués prêtres et dispensateurs de son sacrement d'amour; aujourd'hui qu'il les retrouve après avoir offert son sang pour la rémission des péchés, il va en faire les ministres du sacrement de la pénitence et de la réconciliation. Tout en conversant avec eux, son attitude devint tout à coup grave et solennelle, et, d'un ton plein de majesté, il leur dit de nouveau: « La paix soit avec vous. Comme mon Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie. » Puis il souffla sur eux, en disant: « Recevez le Saint-Esprit. Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. » Ayant ainsi communiqué aux apôtres le pouvoir divin de laver les âmes dans son sang précieux, il disparut, les laissant tous dans une sainte joie.

Or, Thomas, l'un des douze, ne se trouvait point avec ses compagnons quand Jésus daigna ainsi se manifester à eux. Dès qu'il fut rentré, tous s'empressèrent de lui dire: « Nous avons vu le Seigneur. » Mais, plus incrédule que tous les autres, Thomas répondit que, sur un fait de cette nature, il n'accepterait d'autre témoignage que celui de ses sens: « Si je ne vois dans ses mains l'empreinte des clous, si je ne mets mon doigt dans ses plaies et ma main dans l'ouverture de son côté, je ne croirai point. » Telle fut la déclaration de l'apôtre, et il persista, malgré tous ses frères, dans son incrédulité.

Huit jours après, les disciples se trouvaient encore réunis au cénacle, et Thomas avec eux. Soudain, les portes étant fermées, Jésus apparut de nouveau au milieu de l'assemblée. « La paix soit avec vous, » dit-il. Puis, allant droit à l'incrédule, il l'apostropha en ces termes: « Thomas, regarde mes mains, et place ici ton doigt; approche ta main, et mets-la dans la plaie de mon côté. Et maintenant ne sois plus incrédule, mais homme de foi. » Vaincu par l'évidence, Thomas s'écria: « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Et il tomba aux pieds de Jésus, plein de joie et d'amour. « Thomas, reprit Jésus, tu as cru parce que tu as vu: heureux ceux qui croiront sans avoir vu ! »

Il n'est pas possible de pousser l'incrédulité plus loin que ne l'ont fait les apôtres. Sur ce fait capital de la résurrection, prédit plusieurs fois, et que par conséquent ils devaient attendre, ils ont refusé de croire au témoignage des anges, au témoignage de Madeleine, des saintes femmes, de deux disciples qui venaient de voir Jésus ressuscité et de converser avec lui, au témoignage même de leurs propres yeux. Ce n'est qu'après l'avoir touché et l'avoir vu manger qu'ils tombèrent à ses pieds. Et même alors, quand tous ces témoins oculaires, apôtres et disciples, racontent à Thomas qu'ils ont vu et entendu Jésus ressuscité, et qu'il vient de manger avec eux, celui-ci s'écrie qu'il ne le croira jamais, à moins qu'il ne mette lui-même le doigt dans les plaies de ses mains et dans l'ouverture de son côté. Et Jésus se prête à ces exigences, Thomas met sa main dans les plaies de Jésus en présence de tous ses frères, et tombe à genoux à son tour, en s'écriant: « Mon Seigneur et mon Dieu ! »

Évidemment Jésus a permis cette incrédulité aveugle et vraiment inexplicable, parce qu'il voulait faire de ses apôtres les témoins irrécusables de sa résurrection. Quand ils iront, à travers le monde, prêchant partout Jésus ressuscité, nul ne pourra taxer de crédulité ces hommes qui se sont montrés incrédules jusqu'à la déraison, ni accuser d'imposture ces apôtres qui, après avoir abandonné leur Maître au moment de sa Passion, se laissent ensuite égorger pour attester la vérité de sa résurrection.

CHAPITRE III

DERNIÉRES INSTRUCTIONS

Le Roi Jésus
Pierre et la triple protestation d'amour.
Le Pasteur universel
Les premières conquêtes.
Apparition à cinq cents disciples.
Destinée de l'apôtre Jean
La pêche miraculeuse
Enseignez toutes les nations
Matth., xxviii, 16-20.— Marc., xvi, 15-13.— Joan., xxr, 1-24.


La vie des hommes et leur action sur le monde se terminent à la mort; la vie de Jésus, au contraire, et son règne ici-bas commencent au moment où il meurt pour le salut du monde. Ce jour-là son Père l'investit de la royauté sur cette race d'Adam qu'il venait d'arracher à la mort et à l'enfer. Aussi la croix, instrument de sa victoire, deviendra-t-elle l'étendard de sa royauté, Vexilla regis, et par elle il vaincra tous les peuples, Juifs, Romains, barbares. Et voilà pourquoi il aspirait après le baptême de sang: « Quand je serai élevé entre ciel et terre, disait-il, j'attirerai tout à moi. »

Or, le jour de Pâques, en sortant du tombeau, il lui restait en tout pour fonder son royaume . . . une âme, la seule qui n'eût point fait naufrage au moment de la Passion. C'était sa Mère, la Mère des douleurs. Marie vit mourir son Fils au pied de la croix, mais sa foi ne subit pas la moindre éclipse. Jamais elle n'oublia que son Jésus, son Fils et son Dieu, ressusciterait le troisième jour, comme il l'avait prédit. Aussi, en signalant les diverses apparitions de Jésus aux apôtres incrédules, l'Écriture se tait sur les apparitions de Jésus à Marie, pour ne pas laisser croire qu'il lui apparut, comme aux apôtres, pour raviver sa foi. Il fut donc un jour, le samedi, veille de la résurrection, où Marie constituait, à elle seule, l'Église naissante. A côté du nouvel Adam, la nouvelle Ève, la Mère des croyants.

En huit jours, le Roi Jésus reconquit ses apôtres, les saintes femmes, un certain nombre de disciples qui, l'ayant vu de leurs yeux, s'attachèrent à lui de tout leur coeur et devinrent les zélés missionnaires de sa résurrection. Pendant cette première semaine, l'Église tenait tout entière dans le cénacle. Pour l'agrandir, il fallait quitter Jérusalem, où l'on n'osait se réunir que les portes fermées, pour ne pas exciter la fureur des Juifs. Aussitôt après les fêtes pascales, les apôtres reprirent le chemin de la Galilée, selon l'ordre de Jésus. C'est là, dans ce pays cher à son coeur, qu'il devait passer encore quarante jours sur cette terre pour consoler les siens, les fortifier, et leur donner ses dernières instructions sur le royaume de Dieu.

En attendant que le Maître daignât de nouveau se manifester, les apôtres reprirent leurs occupations ordinaires. Un soir, sept d'entre eux, Simon Pierre, Thomas, Nathanaël, les fils de Zébédée, et deux autres, se trouvaient sur les bords du lac. L'heure était propice, la mer favorable; Pierre dit à ses compagnons: « Je m'en vais pêcher.— Nous y allons avec toi, » répondirent-ils. Ils montèrent dans une barque et jetèrent leurs filets; mais, malgré leurs efforts, ils ne prirent rien de toute la nuit.

Le matin venu, ils aperçurent, debout sur la grève, un homme qui semblait s'intéresser à eux. C'était Jésus, mais ils ne le reconnurent pas. Il leur cria d'un ton familier: (( Enfants, avez-vous pris du poisson ? — Non, répondirent- ils.— Jetez le filet à droite de la barque, reprit l'inconnu, et vous en trouverez. » Ils obéirent, tant paraissait grande l'assurance de cet homme, et, de fait, le filet se remplit d'une telle quantité de poissons qu'ils pouvaient à peine le traîner. En voyant cette pêche vraiment miraculeuse, le coeur de Jean devina le bon Maître. « C'est le Seigneur, » dit-il à Pierre. Celui-ci, prompt comme l'éclair, se revêtit de sa tunique et se jeta à la mer pour arriver bien vite auprès de Jésus. Les autres amenèrent la barque, à peine éloignée de deux cents coudées, traînant avec eux le filet rempli de poissons.

Descendus sur le rivage, ils virent des charbons allumés, et sur ce foyer un poisson, et à côté du pain. Jésus les invita à partager le repas qu'il avait préparé. « Apportez, leur dit-il, quelques-uns des poissons que vous venez de prendre. » Pierre courut à la barque, et quand on eut tiré le filet à terre, on y trouva cent cinquante-trois gros poissons. Malgré ce poids énorme, aucune maille du filet n'était rompue. Jésus leur dit alors: « Approchez maintenant et mangez. »

Ils se rangèrent autour de lui. Comme autrefois, le bon Maître prit le pain et le leur distribua, ainsi que le poisson. Mais ce n'était plus la douce familiarité des jours passés; en présence du divin ressuscité, les apôtres, presque tremblants, gardaient le silence, et nul n'osait lui poser la moindre question. Ils attendirent qu'il daignât prendre la parole et leur dicter ses volontés.

Or, maintenant qu'il avait établi deux fois devant eux la vérité de sa résurrection, le but de cette troisième apparition était de leur rappeler la grande mission confiée à leur dévouement, et surtout de montrer à Pierre, le chef désigné de son Église, à quoi l'obligeait l'autorité souveraine. Le repas terminé, s'adressant à ce dernier, il lui posa cette question:

« Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu plus que ceux-ci » ?
Pierre comprit la sanglante allusion. Il avait affirmé qu'il resterait fidèle, même si tous ses compagnons abandonnaient le Sauveur, et Jésus lui demandait compte de cette parole de jactance, si vite démentie par son triple reniement. Profondément humilié, il répondit simplement: « Seigneur, vous savez que je vous aime.

— Pais mes agnelets, » lui dit Jésus.

Puis, comme s'il craignait de n'avoir pas assez sondé le coeur de l'apôtre avant de lui confier cette fonction de pasteur, il lui demanda une seconde fois:

« Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu ? »

On ne lui demandait plus s'il aimait plus que les autres, mais s'il aimait réellement. A la pensée que Jésus semblait douter de son amour, Pierre s'humilia plus profondément encore, et fit appel à Celui qui lit au fond des coeurs.

« Seigneur, dit-il, vous savez bien que je vous aime.

— Pais mes agneaux, » lui répondit Jésus.

Cependant, les regards du Sauveur restaient attachés sur l'apôtre. Une troisième fois, il l'interpella solennellement:

« Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu de cœur ? »

Cette fois, la confusion fit place à la tristesse. Pierre sembla demander grâce.

« Seigneur, vous savez tout, vous savez donc combien je vous aime.

— Pais mes brebis ! » lui dit Jésus.

A ce dernier mot, Pierre comprit que Jésus avait voulu lui faire expier son triple reniement par une triple protestation d'amour. Et à mesure que ces protestations sortaient de son coeur, plus humbles et plus ardentes, le divin Pasteur plaçait sous sa houlette les petits agneaux, les agneaux et les brebis, c'est-à-dire tout son troupeau. Pierre restait ce que Jésus l'avait fait à Césarée de Philippe, le fondement visible du nouveau royaume, le Pasteur universel, le Vicaire du Christ sur la terre. Aussi brûlait-il de redire, et cette fois du fond du coeur, qu'il était prêt à tous les dévouements et à tous les sacrifices pour la gloire de son Maître et le salut du troupeau qu'il daignait lui confier; mais Jésus ne lui en laissa pas le temps. Allant au devant de sa pensée, il s'écria:

« Pierre , je te le dis en vérité, quand tu étais jeune, tu te ceignais toi-même, et tu t'en allais où tu voulais. Un jour, quand tu seras vieux, tu étendras les bras, un autre te ceindra, et te conduira où tu ne désireras pas aller. » C'était l'annonce de son martyre. Pierre put voir par avance les chaînes qui devaient l'entourer, les bourreaux le traînant au supplice, ses bras étendus sur la croix. Jésus lui dit alors: « Suis-moi ! », et Pierre s'élança sur les pas de son Maître, décidé à tout souffrir pour lui.

L'apôtre Jean, le disciple privilégié de Jésus, le compagnon inséparable de Pierre, les suivait à quelque distance. Pierre voulut savoir si son ami participerait aux épreuves que Jésus venait de lui faire entrevoir. « Et celui-ci, dit-il en désignant celui qui les suivait, que lui réservez-vous ? » Jésus lui fit cette mystérieuse réponse: « Si je veux qu'il demeure sur cette terre jusqu'à ce que je vienne, que t'importe ? Pour toi, suis-moi. » Là-dessus le bruit courut parmi les frères que Jean ne mourrait pas, et qu'il serait enlevé au ciel. Or, Jésus avait simplement dit qu'il ne mourrait pas avant de voir le Fils de l'homme manifester sa puissance par le châtiment de la cité déicide. Pierre mourrait de mort violente à la suite de Jésus, mais Jean demeurerait en ce monde jusqu'au jour où la mort, sur l'ordre du Maître, romprait le fil de son existence.

Telles furent les particularités qui signalèrent cette apparition de Jésus sur les bords du lac de Galilée. Bien des fois, pendant ces quarante jours, il apparut ainsi, soit aux apô­tres rassemblés, soit à l'un d'eux en particulier. Jacques le Mineur, son parent, jouit de cette insigne faveur (4). Ces manifestations apprirent aux anciens disciples que Jésus était vraiment ressuscité, comme il l'avait annoncé, et ainsi le nombre des croyants s'accrut de jour en jour. Avant de quitter ce monde, Jésus commanda aux apôtres de les réunir tous sur une montagne voisine, du haut de laquelle en présence de son Église naissante, il conférerait solennellement aux douze qu'il avait choisis la mission de propager et de gouverner le royaume de Dieu. Au jour fixé, les apôtres se rendirent à la montagne désignée, suivis de plus de cinq cents disciples venus de la Galilée et de Jérusalem. Renfermée tout entière dans le cénacle il y a quelques jours, l'Église couvrait déjà tout le plateau de la montagne. Tout à coup, Jésus parut au milieu de l'Assemblée, et tous tombèrent à genoux devant lui, et l'adorèrent comme leur Dieu et leur Sauveur. Quelques-uns cependant n'en pouvaient croire leurs yeux, se demandant s'ils n'avaient point devant eux un esprit ou un fantôme, mais Jésus eut bientôt dissipé tous les doutes.

Avec l'autorité et la majesté d'un Dieu, il prit la parole au milieu de la multitude silencieuse et ravie. S'adressant aux apôtres et à tous ceux qui devaient travailler avec eux à la propagation de son royaume: « Toute puissance, dit-il, m'a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc à travers le monde, et prêchez l'Évangile à toute créature. Enseignez toutes les nations, baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et apprenez-leur à observer les commandements que je vous ai donnés. Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé; celui qui refusera de croire, sera condamné ! »

Et en envoyant ses représentants porter à tous les peuples son Évangile, son baptême, ses commandements, il leur conféra, par le don des miracles, le signe authentique de leur divine mission. « Ceux qui croiront en moi, dit-il, auront le pouvoir de chasser les démons en mon nom, ils parleront des langues nouvelles; ils ne craindront ni le venin du serpent ni les autres poisons, ils imposeront les mains aux malades et les malades seront guéris. »

Armés de ces pouvoirs prodigieux, les apôtres convertiront les hommes de bonne volonté, mais qui les défendra contre les méchants et les sectaires, contre les Juifs et les Romains, dispOsés à les traiter comme ils ont traité leur Maître ? « Ne craignez rien, s'écria Jésus en terminant son discours, voici que je suis avec vous, tous les jours,' jusqu'à la consommation des siècles. » Et il disparut après cette solennelle promesse, laissant apôtres et disciples pleins de confiance dans le triomphe de leur Maître, car qui donc pourrait vaincre Celui qui a vaincu la mort ?

Références
4- I Cor., xv, 7.
5- I Cor., xv, 6.

CHAPITRE IV

L'ASCENSION

Dernière apparition.
L'Ascension.
Les saints et les anges: Attollite portas
Jésus et les ennemis de l'Église
Du cénacle au mont des Oliviers
Le nouvel Adam à la porte du ciel
Jésus à la droite du Père; roi, pontife et juge
(Marc., xvi, 19-20./ Luc., xxiv, 49-53./Act.1.)


Jésus avait terminé sa mission sur cette terre. Descendu du ciel pour prêcher le royaume de Dieu, racheter l'humanité déchue, et fonder la société nouvelle des enfants de Dieu, il ne lui restait qu'à transformer les continuateurs de son oeuvre en d'autres lui-même, en les dotant du divin Esprit qui parlait par sa bouche et opérait par ses mains. Mais, comme il l'avait annoncé plusieurs fois, il ne devait leur envoyer l'Esprit-Saint qu'après son retour auprès de son Père et sa glorification dans les cieux.

Après un mois passé avec ses apôtres dans de célestes entretiens, Jésus leur ordonna de retourner à Jérusalem et de l'attendre au cénacle, où il viendrait les rejoindre. Ils se mirent en route, joyeusement, avec les caravanes qui déjà gagnaient la ville sainte pour se préparer aux fêtes de la Pentecôte. Marie, la Mère de Jésus, se trouvait avec eux, entourée des saintes femmes qui ne manquaient jamais de l'accompagner, et d'un certain nombre de disciples privilégiés. Ils craignaient bien encore les colères et les vexations des pharisiens déicides, mais le divin ressuscité serait avec eux et saurait les défendre contre leurs ennemis. S'il les convoquait à Jérusalem, c'était sans doute pour les rendre témoins d'un nouveau triomphe; peut-être allait-il restaurer enfin le royaume d'Israël ? Malgré toutes les instructions de leur Maître sur le royaume de Dieu, le préjugé national sur le règne temporel du Messie restait enraciné dans leur esprit.

Le quarantième jour après la résurrection, ils étaient réunis dans le cénacle, lorsque Jésus apparut au milieu d'eux, et familièrement se mit à table avec l'assemblée. Comme toujours, il parla du royaume de Dieu que les apôtres allaient établir dans le monde. Pendant les trois années passées avec eux, il leur avait révélé son Évangile, confié ses divins sacrements, désigné le chef souverain qui devait les diriger; à eux maintenant de prêcher à tous sa résurrection, comme preuve de sa divinité et de la religion sainte que le Père intimait par son Fils à tous les habitants de la terre.

La tâche serait rude, d'autant plus que les puissances de ce monde ne ménageraient pas les disciples plus qu'elles n'avaient ménagé le Maître, mais Jésus n'abandonnerait pas ses envoyés. Il leur enverrait l'Esprit d'En-haut, qui les remplirait de sa lumière et les pénètrerait de sa force. Il leur commanda donc de ne pas quitter Jérusalem, mais d'y attendre cet Esprit qui les revêtirait de la divine armure. Alors commencerait leur mission, la prédication de la pénitence pour la rémission des péchés, et c'est à Jérusalem, là où ils allaient recevoir le baptême de feu, qu'ils devaient inaugurer leur ministère.

Encouragés par ces recommandations et ces promesses, les apôtres s'imaginèrent qu'avec la venue du Saint-Esprit le règne visible du Messie allait commencer. « Seigneur, demandèrent-ils, est-ce maintenant que vous allez restaurer le royaume d'Israël ? » Jésus ne répondit pas à cette question, laissant à l'Esprit-Saint le soin de spiritualiser ces âmes terrestres; mais il leur répéta ce qu'il leur avait déjà dit sur son règne définitif. « Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a déterminés en vertu de son souverain pouvoir. » Et il ajouta relativement à leur mission: « L'Esprit-Saint va descendre dans vos âmes, et alors vous serez mes témoins à Jérusalem, puis dans toute la Judée, puis en Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre. »

Après le repas, le Seigneur Jésus les conduisit hors de la ville, du côté de Béthanie. Cent vingt personnes accompagnaient le divin triomphateur. Le cortège suivit la vallée de Josaphat. Jésus s'avançait majestueusement au milieu des siens. Les apôtres, les disciples, les saintes femmes groupées autour de la divine Mère, le suivaient dans une sainte allégresse, et cependant les yeux pleins de larmes, à la pensée que le bon Maître allait les quitter. Jésus traversa le torrent du Cédron, où ses ennemis l'avaient abreuvé d'une eau fangeuse; puis, laissant à gauche le jardin de Gethsémani, théâtre de sa mortelle agonie, il gravit la montagne des Oliviers. Arrivé au sommet, il jeta un dernier regard sur cette patrie terrestre où il avait passé trente-trois années, depuis sa naissance dans l'étable de Bethléem jusqu'à sa mort sur la croix du Golgotha. Venu au milieu des siens, les siens ne l'avaient point reçu; mais l'heure approchait où la race humaine, vivifiée par son sang, allait l'adorer comme son Père et son Dieu. Par delà la grande mer, son regard embrassait cet Occident où ses apôtres porteraient bientôt son nom béni et arboreraient jusqu'au sommet du Capitole romain, la croix du Calvaire. C'est vers ces plages lointaines qu'une frêle nacelle, conduite par les anges, emporterait ses amis de Béthanie, Lazare le ressuscité, la fidèle Marthe, et Marie la pénitente. C'est là que des millions de coeurs, pendant la durée des siècles, battront pour lui d'un amour qui surpasse tous les amours. Et avant de quitter la terre, il bénit tous ces peuples qui devaient composer son royaume.

Tous les yeux, fixés sur lui, contemplaient sa face rayonnante, sa physionomie toute céleste, son regard plein de bonté et de tendresse, qui errait sur l'auditoire comme pour adresser à chacun un dernier adieu. Puis il leva les mains pour donner à tous une bénédiction suprême, et pendant qu'il les bénissait, prosternés à ses pieds, voilà que tout à coup son corps glorifié, mis en mouvement par un acte de sa puissance divine, s'élèva au-dessus de la terre et prit majestueusement son essor vers les cieux. Muets de surprise et d'admiration, apôtres et disciples le suivirent longtemps du regard, jusqu'à ce qu'enfin un nuage l'enveloppa et le déroba à leurs yeux. Et comme ils ne cessaient de fixer l'endroit où ils l'avaient vu disparaître, deux anges vêtus de blanc se présentèrent à eux. « Hommes de Galilée, dirent-ils, pourquoi restez-vous ainsi les yeux attachés au firmament ? Ce Jésus qui vient de vous quitter pour s'élancer dans les cieux, en descendra un jour comme vous l'y avez vu monter. » Descendu du ciel sous la forme d'un esclave pour sauver les hommes, il en descendra une seconde fois, avec la majesté du Roi des rois, pour les juger.

Et Jésus continuait de monter vers le trône de son Père. Bientôt il se vit entouré de légions innombrables d'âmes qui, retenues dans les limbes depuis de long siècles, attendaient que le nouvel Adam leur ouvrît les portes du ciel. A la tête de ces fidèles de l'ancienne alliance marchaient le deux exilés de l'Éden, qui n'avaient cessé d'espérer le salut par le Rédempteur promis à leur race; les patriarches, Abraham, Isaac et Jacob; Moïse et les prophètes. A leur suite, venaient les générations saintes, à l'âme droite, au coeur confiant dans Celui qui devait venir.

David a dépeint dans son merveilleux langage l'arrivée du triomphateur au sommet des cieux. De même qu'à la porte de l'Éden veillaient deux archanges pour empêcher nos premiers parents d'y rentrer, les anges du ciel veillaient à la porte du paradis pour l'ouvrir au nouvel Adam. Tout à coup ils entendirent le chant triomphal de l'armée des saints qui entouraient Jésus: « Princes, disaient-ils, ouvrez vos portes; portes éternelles, ouvrez-vous, et le Roi de gloire entrera.— Quel est ce roi de gloire ? demandèrent les anges.— C'est le Seigneur, reprirent les saints, c'est le Dieu fort et puissant, c'est le Dieu invincible dans les combats. Ouvrez-vous, portes éternelles, c'est lui, c'est le Dieu des vertus. »

Et les portes s'ouvrirent, et Jésus traversa les rangs des armées célestes qui, elles aussi, l'acclamèrent comme un chef attendu depuis longtemps. C'est par le Christ, en effet, que leurs adorations et leurs louanges devaient monter vers l'Éternel plus dignes de sa majesté sainte; c'est par lui aussi que se combleraient les vides faits dans leurs rangs par la chute des mat vais anges. Jésus entra donc au ciel comme Roi des anges aussi bien que comme Roi des hommes.

David raconte aussi comment le Christ, son fils selon la chair, mais son Seigneur par la génération éternelle, fut accueilli par son Père, quand il se présenta devant son trône. (( Jéhovah dit à mon Seigneur: Assieds-toi à ma droite. » Et le Père lui rappela qu'il avait droit à cet honneur, d'abord parce qu'il est son Fils, égal à lui-même : « Je t'ai engendré avant l'aurore; » et ensuite comme fils de l'homme, vainqueur du monde et de l'enfer, roi de l'humanité rachetée: «Assieds-toi à ma droite, et que tes ennemis te servent de marchepied. »

En vertu de sa royauté, le Christ fut investi d'un triple pouvoir, et d'abord d'établir son règne sur tous les peuples, malgré l'opposition de ses ennemis. «Tu tiendras en main le sceptre de la puissance, tu établiras ton empire sur Sion; » et puis sur toute la terre: « Tu seras combattu par le prince du monde et ses suppôts, mais tu domineras en souverain sur tes ennemis. »

En vertu de sa royauté, le Christ fut ensuite investi du pontificat éternel: « Tu es prêtre pour l'éternité selon l'ordre de Melchisédech. » Le Père du ciel a rejeté les sacrifices et les victimes de la loi figurative. Il n'y a plus qu'un sacrificateur et qu'une victime qui lui plaisent: le sacrificateur c'est le Roi Jésus, et la victime c'est encore lui. Dans le ciel comme sur la terre, il reste l'Agneau immolé pour le salut du monde, toujours vivant pour s'offrir à son Père et intercéder pour ceux qu'il a rachetés

Enfin le Père conféra au Fils la Judicature suprême. « Au jour de sa colère, il brisera les rois comme les peuples. Il jugera les nations, broiera ses adversaires, remplira le monde de ruines. Il a bu de l'eau du torrent au jour de ses humiliations et de ses douleurs, il est juste qu'il relève la tête et confonde ses ennemis. » Fils de Dieu, il s'est fait homme, il s'est fait esclave, il s'est rendu semblable au ver de terre qu'on écrase sous les pieds, et c'est pourquoi « Dieu l'a exalté et lui a donné un nom au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur la terre et dans les enfers ».

Et c'est ce même Jésus, assis à la droite du Très-Haut, que les apôtres doivent glorifier ici-bas; c'est son règne qu'ils vont établir sur toute la terre. Les Juifs, les Romains, les apostats, leur feront une guerre à outrance; mais qui pourra les vaincre si Jésus est avec eux ? « Ils conspirent contre le Seigneur et contre son Christ, s'écrie David, mais Dieu se rit de leurs vains complots. Je t'ai donné en héritage toutes les nations de la terre, dit-il à son Fils, j'étendrai ton empire jusqu'aux extrémités du monde; tes ennemis, je les briserai comme on brise un vase d'argile. O rois, comprenez: instruisez-vous, peuples de la terre !»

Et depuis l'Ascension jusqu'au dernier jugement, l'histoire des siècles ne sera que la mise en scène de cette prophétie. L'Église, royaume de Jésus, ne cessera de se dilater et d'envoyer des élus au ciel, pendant que les antéchrists iront l'un après l'autre rejoindre leur maître au fond des enfers
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
Le resto de mon fils François
Allez voir une autre série
Le commerce de mon fils Marcel