CHAPITRE VII
RUINE DE JÉRUSALEM ET DU MONDE |
La fin du temple et du monde |
Signes immédiats |
Les dix vierges |
Jérusalem périra du vivant de la présente génération |
Signes éloignés |
Les dix vierges |
Veillez et priez. |
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| Le jugement. dernier |
Match., xxiv-xxv. |
Marc., xm. — Luc., xxi, 5-38 |
Nul ne sait quand viendra la fin du monde |
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En sortant du temple, les apôtres s'arrêtèrent un instant à contempler ce gigantesque édifice qu'Hérode avait passé quarante ans à reconstruire, véritable merveille, tant par la beautés de son architecture que par l'énormité de ses proportions. Devant des blocs de pierre qui mesuraient jusqu'à vingt coudées de long sur douze de large, et huit d'épaisseur, les apôtres manifestaient leur admiration. L'un d'eux dit à Jésus: « Maître, quelles pierres colossales, et quelles superbes constructions ! -- Vous vous extasiez devant ce monument sans rival, leur répondit Jésus, eh bien ! voici venir le jour où il n'en restera pas pierre sur pierre . »
Ayant dit ces mots, il s'achemina vers le mont des Oliviers. Les apôtres le suivaient, échangeant leurs impressions sur la sinistre prédiction qu'ils venaient d'entendre. Leur patriotisme s'affligeait, en pensant que ce temple de Jéhovah, centre de leur nation et de leur religion, serait bientôt détruit; mais d'un autre côté, ils se disaient que cette catastrophe, châtiment de l'incrédulité judaïque, coïnciderait certainement avec le règne glorieux du Messie et la transformation qu'il devait opérer dans le monde. Si donc Jésus devait disparaître, comme il l'annonçait, ce serait pour un temps très court, et alors viendrait l'ère de la gloire et des récompenses pour ceux qui l'auraient suivi au milieu des privations et des dangers.
Ils arrivèrent au sommet de la montagne, fortement préoccupés de savoir s'il leur faudrait attendre longtemps cette ère nouvelle. Aussi Jésus s'étant assis sur la hauteur, en face du majestueux édifice dont il venait de prédire la ruine, ses disciples privilégiés, Pierre et Jean, Jacques et André, s'approchèrent de lui, et lui posèrent cette question: « Maître, quand est-ce donc que cette catastrophe arrivera, et quels seront les signes de votre avènement glorieux et de la consommation des siècles ? »
Évidemment, dans leur pensée, ces événements devaient avoir lieu simultanément, ou du moins se suivre à bref intervalle. Jésus leur indiqua d'abord une série de faits qui devaient précéder d'une manière plus ou moins éloignée la double ruine de Jérusalem et du monde; puis les signes immédiats, et l'époque de la première catastrophe; et enfin les calamités qui marqueront plus spécialement l'approche de la fin des temps et de son second avènement; mais, pour ne pas les décourager, il les laissa dans l'incertitude sur la date de ce retour triomphal qu'ils croyaient imminent. Avec leurs faiblesses et leurs préjugés, que seraient-ils devenus si Jésus leur eût annoncé que son règne glorieux ne commencerait qu'après des milliers d'années ?
En révélant les signes qui devaient précéder la destruction de Jérusalem , il donna en même temps aux apôtres les enseignements nécessaires pour les diriger dans ces circonstances critiques. « Prenez garde de vous laisser séduire, leur dit-il. Plusieurs « faux Messies » se présenteront en mon nom, disant: Je suis le Christ, le temps du règne approche, et ils feront beaucoup de dupes. Ne les suivez point. « Viendront bientôt de grands bouleversements dans le monde. Quand vous entendrez parler de combats et de séditions, de guerres et de bruits de guerre, ne vous troublez pas. Les peuples se lèveront contre les peuples, et les royaumes contre les royaumes. Tout cela doit arriver, mais ce n'est pas encore la fin.
« Il y aura aussi, en divers lieux, de grands bouleversements, des tremblements de terre, des pestes, des famines, des prodiges effrayants au ciel et sur la terre; mais ce n'est là que le commencement des douleurs.
« Avant tout, faites attention à ceci: Vous aurez à subir de grandes tribulations, et, parfois, la mort. Vous serez odieux à toutes les nations, à cause de moi. On vous saisira, on vous traînera devant les synagogues et dans les prisons, on vous traduira devant les tribunaux. Vous serez battus de verges, vous comparaîtrez devant les rois et les magistrats, à cause de mon nom. Vous aurez ainsi l'occasion de me rendre témoignage devant eux. Ne vous préoccupez point alors de ce que vous répondrez, mais dites ce qui vous viendra sur l'heure. Je vous donnerai moi-même une éloquence et une sagesse auxquelles vos ennemis ne pourront résister.
« En ce temps-là, beaucoup faibliront devant le danger, se haïront et se livreront mutuellement. Le frère livrera son frère, le père son fils; les enfants accuseront leurs parents et les mettront à mort. Il se lèvera beaucoup de faux prophètes, et beaucoup seront séduits par eux, et parce que l'iniquité surabondera, la charité d'un grand nombre se refroidira. Celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé. Conservez donc vos âmes dans le calme et la patience.
« Enfin l'Évangile du royaume sera prêché dans le monde entier, afin d'être un témoignage à l'égard de toutes les nations, et alors viendra la consommation. »
Les pronostics énumérés jusqu'ici par le Sauveur, s'appliquent également à la fin de Jérusalem et à la fin du monde. Mais Jésus, continuant ses révélations, dépeignit ensuite les épouvantables calamités qui précéderont immédiatement et accompagneront l'un et l'autre cataclysme.
« Quand vous verrez, dit-il, une armée faire le siège de Jérusalem, et l'abomination de la désolation, prédite par Daniel, souiller le lieu saint, que les habitants de la Judée fuient au plus vite vers les montagnes, et que les étrangers se gardent bien d'y pénétrer. A cette heure-là, si quelqu'un est sur son toit, » qu'il ne descende pas dans l'intérieur de sa maison pour en emporter quelque objet, « mais qu'il se sauve par l'escalier du dehors; et si quelqu'un travaille dans son champ, qu'il ne retourne point chez lui pour chercher quelque vêtement. Car ces jours seront des jours de vengeance, pendant lesquels s'accomplira tout ce qu'ont prédit les prophètes. Malheur aux femmes qui, sur le point d'enfanter, ou chargées d'enfants à la mamelle, seront, en ces jours-là, retardées dans leur marche . Priez Dieu que cette fuite n arrive point en hiver » où l'on voyage péniblement, « ni pendant le sabbat » quand les voyages sont interdits.
« Il y aura, en effet, dans ces jours-là, une tribulation telle qu'il n'y en a point eu de semblable depuis le commencement du monde, et qu'il n'y en aura plus jamais, jusqu'à la fin. Grande sera la détresse sur cette terre, grande la colère de Dieu sur ce peuple. Ils tomberont sous le tranchant du glaive, ils seront emmenés captifs au milieu des nations, et Jérusalem sera foulée aux pieds par les Gentils, jusqu'au jour où les nations elles-mêmes auront accompli leurs destinées. Et si le Seigneur n'avait abrégé ces jours, nul homme n'aurait échappé à l'ennemi, mais il les a abrégés en faveur de ses élus (6). »
La ruine de Jérusalem, malgré les horreurs qui l'ont accompagnée, n'est cependant qu'une image de la ruine du monde, Jésus décrit en ces termes les signes effrayants qui annonceront aux hommes l'universelle destruction:
« En ce temps-là se lèveront de faux christs et de faux prophètes qui, par leurs prestiges et leurs prodiges, séduiraient, s'il était possible, les élus eux-mêmes. Si donc quelqu'un vous dit: Le Christ est ici, ou il est là: il apparaît dans le désert, ou dans telle retraite cachée, n'ajoutez aucune du foi à ces impostures. » Le Fils de l'homme apparaîtra subitement au monde entier. « Comme l'éclair part de l'orient, et soudain apparaît à l'occident, ainsi en sera-t-il de l'avènement du Fils de l'homme, Et de même que les aigles fondent en un clin d'oeil sur leur proie, de même les mortels se trouveront en un instant rassemblés en sa présence. Soyez donc en garde, et souvenez-vous que je vous ai prédit tous ces dangers. *I'
« Aussitôt après les tribulations suscitées en ces jours par les faux prophètes, le monde tremblera sur ses bases. Le grondement de la mer et des flots en fureur répandra l'effroi sur toute la terre, les hommes sécheront d'épouvante, se demandant ce que va devenir l'univers. Puis le soleil s'obscurcira, la lune ne donnera plus sa lumière, les étoiles tomberont du ciel, et les puissances des cieux seront ébranlées.
« Alors apparaîtra dans le ciel le signe du Fils de l'homme; alors pleureront toutes les tribus de la terre, et tous les hommes verront le Fils de l'homme descendre sur les nuées du ciel, avec une grande puissance et une grande majesté. Et il enverra ses anges qui, au son éclatant de la trompette, rassembleront ses élus des quatre points du monde, du sommet des cieux jusqu'à leurs dernières profondeurs.
« Quand donc ces signes commenceront à se manifester, levez la tête avec confiance, car votre rédemption est proche. Voyez le figuier: quand ses rameaux s'attendrissent, que ses feuilles commencent à naître et ses fruits à s'arrondir, vous savez que l'été est proche. De même à l'apparition de ces signes, sachez que le Christ est à la porte et que son règne arrive. » Pressés de voir ce règne glorieux de leur Maître, les apôtres auraient voulu savoir non seulement les signes avant-coureurs des grands événements que Jésus venait de décrire, mais l'époque précise de leur réalisation. Sur ce point, Jésus ne contenta qu'en partie leur curiosité. Quant à la ruine de Jérusalem , il leur affirma qu'elle était imminente. « Je vous le dis en vérité, s'écria-t-il, cette génération ne passera pas que toutes ces prédictions ne soient accomplies. Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point. » Ainsi, tous pouvaient assister à la catastrophe, et tous devaient s'y préparer. Au contraire, il les laissa dans l'incertitude sur l'époque de la fin du monde et de son second avènement. « Sur le jour et l'heure de cette dernière catastrophe, dit-il, nul ne les connaît: les anges du ciel les ignorent, le Fils de l'homme ne doit pas les révéler: c'est le secret du Père qui est dans les cieux. » Les apôtres pourront croire que ce grand jour approche, et même que le règne glorieux de Jésus coïncidera avec la destruction de Jérusalem; les hommes pourront, de siècle en siècle, pronostiquer l'arrivée plus ou moins prochaine du souverain Juge: nul n'en connaîtra ni le jour ni l'heure, nul ne pénétrera le secret de Dieu.
De cette ignorance où le Père laisse ici-bas ses enfants, Jésus conclut que ses apôtres et ses disciples doivent toujours se tenir prêts à paraître devant Dieu. « Aux temps du déluge, dit-il, les hommes mangeaient, buvaient et se mariaient, » sans aucun souci de l'avenir, « jusqu'au jour où Noé entra dans l'arche. Ils ne crurent au déluge qu'au moment où il les saisit et les emporta tous. Ainsi en sera- t-il de l'avènement du Fils de l'homme. Deux ouvriers travailleront dans un champ: l'un sera élu, l'autre réprouvé. De deux femmes qui moudront ensemble, l'une sera sauvée, l'autre damnée. Veillez donc, car vous ne savez à quelle heure viendra le Seigneur. Si le père de famille savait à quel moment le voleur doit venir, il veillerait, assurément, et ne laisserait point percer le mur de sa maison. Veillez, vous aussi, et tenez-vous prêts, car vous ignorez pareillement à quelle heure viendra le Fils de l'homme. »
Jésus adressait ses leçons aux hommes de tous les pays et de tous les siècles. Aussi, sachant que presque tous, oublieux de leur salut, arrivent inopinément au tribunal de Dieu, multiplia-t-il les comparaisons pour exhorter ses disciples à la vigilance. « Veillez et priez, disait-il. Quant un maître quitte sa maison pour faire un long voyage, il assigne à ses serviteurs leurs diverses fonctions, et prescrit au portier d'être sur pied pour le recevoir à son retour. De même, attendez le maître de la maison, car vous ne savez s'il viendra le soir, ou au milieu de la nuit, ou au chant du coq, ou seulement le matin; attendez-le toujours, de peur qu'il n'arrive inopinément et ne vous trouve endormis. Et ce que je vous dis à vous, je le dis à tous: Veillez.
« Ne vous laissez point appesantir par l'excès du boire et du manger, ni préoccuper par les nécessités de la vie présente; autrement, vous serez surpris par l'heure fatale où Dieu, d'un coup de filet, prendra tous les hommes éparpillés sur la surface de la terre. Veillez et priez en tout temps, afin que vous soyez trouvés dignes d'échapper aux calamités de l'heure dernière, et de paraître sans crainte devant le Fils de l'homme.
« Écoutez cette parabole: Dix vierges devaient aller, la lampe à la main, au-devant de l'époux, pour le conduire à l'épousée. Cinq d'entre elles étaient prudentes, et les cinq autres fort étourdies . Les vierges sages, réfléchissant que l'époux pouvait tarder, allumèrent leurs lampes et prirent avec elles un vase d'huile, en cas de besoin. Les vierges folles prirent leurs lampes, mais ne songèrent nullement à faire provision d'huile. Or, l'époux se faisant beaucoup attendre, toutes s'assoupirent et finirent par s'endormir tout à fait. Mais voilà qu'au milieu de la nuit, on entend pousser de grands cris: Voici l'époux, le voici qui arrive, courez vite au-devant de lui. Toutes les vierges s'éveillèrent et préparèrent leurs lampes, mais les vierges folles, voyant leurs lampes s'éteindre et manquant d'huile pour les rallumer, prièrent les autres de leur en donner. Celles-ci, craignant de n'en avoir pas trop pour elles, dirent à leurs compagnes d'aller en acheter aux marchands. Or, pendant qu'elles y allaient, l'époux arriva, les vierges sages l'accompagnèrent et entrèrent avec lui dans la salle des noces, puis la porte fut fermée. Les vierges folles arrivèrent aussi et frappèrent à la porte en disant: Seigneur, Seigneur, ouvrez-nous ! Mais l'époux leur répondit: En vérité, je vous le dis: je ne vous connais pas. »
Et Jésus conclut ainsi la parabole: « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l'heure » où le divin Époux viendra chercher son épouse, la sainte Église, pour la conduire dans les cieux. Les sages qui ne cesseront de marcher vers lui, tenant en main la lampe de la foi, toujours entretenue par l'huile de l'amour, seront admis au festin des noces éternelles. Aux insensés dont la foi s'est éteinte parce que l'amour et les bonnes oeuvres ont cessé de l'alimenter, l'Époux céleste dira: « Je ne vous connais pas; vous ne faisiez point partie du cortège qui est venu au-devant de moi, vous n'avez point droit au banquet nuptial. »
Ayant ainsi exhorté ses disciples à ne pas se laisser surprendre par la catastrophe finale et le retour subit du Fils de l'homme, Jésus reprit en ces termes son discours prophétique: « Quand le Fils de l'homme, entouré de ses anges, sera descendu du ciel, il siégera sur un trône de gloire et de majesté. Toutes les nations seront rassemblées devant lui. Il séparera les bons des méchants, comme le berger sépare les boucs des brebis, et il mettra les uns à sa droite, les autres à sa gauche. Alors, s'adressant à ceux qui sont à sa droite » qui l'ont aimé et qui, par amour pour lui, ont aimé leurs frères, « le Roi leur dira: « Venez, les bénis de « mon Père, venez prendre possession du royaume préparé pour vous dès l'origine du monde. J'ai eu faim, et vous « m'avez donné à manger; j'ai eu soif, et vous m'avez donné « à boire; j'étais sans asile, et vous m'avez recueilli; nu, et vous m'avez revêtu; malade, et vous m'avez visité; en prison, et vous êtes venus à moi.
« Alors, les justes lui diront: « Quand est-ce donc que nous « vous avons vu ayant faim, et que nous vous avons rassasié; « ayant soif, et que nous vous avons. donné à boire; sans « asile, et que nous vous avons recueilli; nu, et que nous vous avons revêtu; malade ou en prison, et que nous sommes allés à vous ? » Et le Roi leur répondra: « En vérité, je vous le dis, chaque fois que vous l'avez fait au plus petit d'entre mes frères, vous l'avez fait à moi. »
« Alors, il dira aux réprouvés qui sont à sa gauche: « Retirez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel, qui a été préparé pour Satan et pour ses anges, » et que vous avez mérité par vos péchés contre Dieu et contre vos frères. « Car j'ai eu faim, et vous ne m'avez pas donné à manger; j'ai eu soif et vous ne m'avez pas donné à boire. J'étais sans asile, et vous ne m'avez pas recueilli; nu, et vous ne « m'avez point vêtu; malade, en prison, et vous ne m'avez « point visité. »
« Alors, eux aussi, lui diront: « Quand est-ce que nous « vous avons vu ayant faim ou soif, nu, sans asile, malade, « en prison, sans que nous vous ayons assisté ?» Et il leur répondra: « En vérité, je vous le dis, quand vous avez dé laissé le plus petit d'entre les miens, moi aussi, vous m'avez délaissé. »
Et la sentence recevra immédiatement son exécution: Ceux-ci s'en iront à l'éternel supplice, et les justes à la vie éternelle. »
Par cette dernière révélation, Jésus enlève le voile qui cache aux hommes le terme où chacun doit nécessairement aboutir: le ciel éternel ou l'enfer éternel. Pendant ses trois années de prédication, il n'a cessé de montrer la voie qui mène au terme, la voie étroite qui conduit aux joies du paradis, et la voie large qui aboutit aux tourments de l'abîme. Que lui reste-il à faire, sinon à verser son sang rédempteur, moyen sublime inventé par son amour pour payer la rançon des enfants d'Adam, et s'ils veulent l'employer, pour les purifier, les sanctifier, et leur ouvrir les portes du royaume des cieux ? Cette oeuvre de la rédemption, il lui tardait de l'accomplir; aussi, à peine eut-il terminé son dernier discours qu'il dit à ses apôtres: « Vous savez que la Pâque a lieu dans deux jours, et que le Fils de l'homme sera livré pour être crucifié. » |
Références |
6. Voir l'accomplissement de cette prophétie au Livre septième, Chapitre VI: Triomphe de Jésus sur les Juifs. |
CHAPITRE VIII
LA DERNIÈRE CÈNE
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Pacte du Sanhédrin avec Judas |
Deuil du mercredi. |
Lavement des pieds. |
Judas sort du cénacle |
La Pâque légale. |
Le cénacle |
Prédiction de la trahison. |
Institution de l'Eucharistie. (Math., xxvi, 1-5; 14-30. Marc., xiv, 10-26. Luc., xxxr, 1-30. Joan., xut, 1-30.) |
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Le mardi soir, au moment même où Jésus annonçait à ses apôtres que sa mort aurait lieu dans deux jours, les princes des prêtres, les scribes et les anciens du peuple tenaient conseil dans le palais du grand prêtre. La position du Sanhédrin vis-à-vis du prophète devenait de jour en jour plus inquiétante. Cet excommunié, disaient-ils, condamné à mort depuis deux mois, règne depuis trois jours dans le temple; il y exerce une autorité souveraine; il fanatise la population, il l'excite à se révolter contre les prêtres et les docteurs, qu'il bafoue et ridiculise dans ses discours. Ne vient-il pas dans cette même journée de lancer contre les scribes et les pharisiens les plus sanglants anathèmes ? Ou l'on exécuterait au plus tôt la sentence portée contre ce révolté, ou le grand Conseil tomberait dans le mépris public.
Ainsi devisaient entre eux ces Juifs criminels que Jésus venait de flageller et de réduire au silence devant tout le peuple. Tous s'accordaient sur la nécessité d'en finir au plus tôt, mais tous reconnaissaient également l'extrême difficulté de procéder en ce moment contre leur ennemi. Ses nombreux partisans ne le souffriraient pas. On ne pouvait, sans s'exposer à une émeute populaire, s'emparer de lui publiquement. Il fut donc convenu qu'o,n le surprendrzit par ruse, la nuit, dans quelque lieu isolé, et qu'on le traînerait en prison, à l'insu de la population. Et comme une arrestation clandestine ne paraissait guère possible au milieu de ces armées de pèlerins campés dans Jérusalem et les environs, l'assemblée décida qu'on ajournerait l'exécution du projet jusqu'après les fêtes pascales, alors que les étrangers auraient en grande partie quitté la ville sainte.
Mais, de même que Jésus allait mourir volontairement, et non comme un condamné forcé à subir sa peine, il voulait mourir à son heure, et non à l'heure marquée par le Sanhédrin. Il avait annoncé à ses apôtres qu'il mourrait dans deux jours, pendant la fête, devant tout le peuple: aussi survint-il aussitôt une circonstance imprévue qui décida les conseillers à tenter de suite cette capture de Jésus, qu'ils voulaient remettre à plus tard.
Au moment où ils allaient se séparer, on vint leur dire qu'un étranger désirait faire au grand Conseil une communication importante. Cet homme, c'était l'apôtre Judas, Satan venait de prendre définitivement possession de son âme. Depuis un an, Judas continuait à suivre son Maître, mais il ne croyait plus en lui. Ambitieux et cupide, il espérait trouver dans le royaume de Jésus un poste lucratif; mais le jour où le Sauveur refusa la couronne, il cessa de voir en lui le Messie promis, et fut le premier à murmurer contre le pain eucharistique que Jésus promit alors aux Capharnaïtes. C'est à cette occasion que Jésus dit aux douze: « Il y a parmi vous un démon. » Judas se sentit deviné, et, bientôt, à l'incrédulité se joignit dans son coeur le mépris et la haine du Sauveur. Alors la cupidité, passion féroce, devint son idole: il s'appropria sans scrupule l'argent dont la troupe apostolique lui avait confié la gestion; il s'emporta contre Marie Madeleine et les hommages trop coûteux qu'elle rendait à Jésus, et finalement il résolut de quitter ce rêveur qui parlait de fonder un royaume, tout en annonçant qu'on allait le mettre en croix. Il était plus que temps de l'abandonner si l'on ne voulait périr avec lui. Et comme il errait dans Jérusalem, cherchant à savoir dans quelles dispositions se trouvaient les Juifs après les débats envenimés du temple, il apprit que le Sanhédrin discutait précisément sur le moyen à prendre pour s'emparer sans bruit du prophète de Nazareth. Aussitôt le démon lui suggéra qu'il y avait là de l'argent à gagner, et il demanda au Conseil de l'entendre.
Les conjurés accueillirent avec empressement le renégat qui venait leur offrir ses services. Avec le cynisme d'un démon, il se mit à leur niveau, parla de son Maître comme ils en parlaient eux-mêmes, et leur promit de conduire une bande de gardes et de soldats à l'endroit où Jésus se cachait la nuit; mais le traître voulait savoir avant tout comment on récompenserait cet acte de haute trahison. « Que voulez- vous me donner ? demanda-t-il, et je vous le livrerai. » On lui offrit trente deniers, trente pièces d'argent équivalant à environ cent francs de notre monnaie. C'était une somme dérisoire, juste l'indemnité due à un maître dont on avait tué l'esclave; mais les princes des prêtres ne crurent pas devoir plus au misérable traître qui vendait son Seigneur, et Judas ne réclama pas davantage. Ni les Juifs, en offrant ces trente deniers, ni Judas, en les acceptant sans discussion, ne se doutaient qu'ils accomplissaient cette prophétie: « Ils m'ont donné pour mon salaire trente pièces d'argent (7). » Après avoir reçu le prix de son crime, Judas s'engagea formellement à livrer la victime qu'il venait de vendre, et dès ce moment il ne pensa plus qu'à trouver l'occasion favorable d'exécuter son dessein. Cette occasion, il la trouvera, mais quand Jésus la lui fournira lui-même, c'est-à- dire à l'heure marquée par les décrets éternels.
Le mercredi fut un jour de deuil et d'amertume. Le terrible mot de la veille: « Après-demain je serai livré et crucifié », avait serré tous les coeurs. Jusque-là, les apôtres s'étaient imaginé que les prédictions de Jésus sur sa Passion et sa mort contenaient un mystère dont les événements révéleraient le vrai sens; mais, après les paroles si claires de leur Maître, comment se faire illusion ? Si Jésus les abandonnait, qu'allaient-ils devenir dans cette Jérusalem, où certainement on persécuterait les amis du prophète comme on le persécuterait lui-même ? Témoin de leurs alarmes et de leur profonde douleur, Jésus les consolait affectueusement et les réconfortait, en les assurant que la séparation serait très courte et qu'ils le reverraient aussitôt après la résurrection. A Béthanie, les larmes coulaient de tous les yeux. C'est là que le Sauveur fit ses adieux, non seulement à ses hôtes chéris, mais aux saintes femmes de la Galilée, qui se trouvaient réunies, avec la divine Mère, dans la maison de Lazare. La Vierge Marie pleurait au milieu de ses compagnes; déjà la pointe du glaive, dont avait parlé le vieillard Siméon, pénétrait dans son coeur, mais elle écoutait avec une sainte résignation les paroles de réconfort que le divin Maître lui adressait. Elle unissait son sacrifice au sacrifice de son Fils, et priait avec lui pour ceux qu'il allait racheter au prix de son sang. Ainsi l'on arriva au moment de la séparation, au milieu des larmes et des consolations.
Le lendemain, jeudi, l'on devait célébrer le soir la Cène pascale. Jésus dit à Pierre et à Jean: « Allez et préparez- nous le festin de la Pâque. » En sa qualité d'économe, Judas aurait dû être chargé de ces préparatifs. Il conclut de cette marque de défiance que le Maître connaissait sa démarche et son marché de la veille. Les deux envoyés dirent à Jésus: « Où voulez-vous que nous préparions la Pâque? Il leur répondit mystérieusement: « En entrant dans la ville, vous rencontrerez un homme portant un vase plein d'eau; suivez-le jusque dans la maison où il entrera, et dites au maître du logis: « Le Seigneur vous prévient que son « temps est proche, et qu'il se propose de faire chez vous la Pâque avec ses disciples; où pourrait-il manger avec « eux l'Agneau pascal ? » Et il vous montrera un grand cénacle, orné de tapis: vous ferez là tous les préparatifs nécessaires. » Judas écoutait avec attention les indications données par le Maître, espérant en profiter pour son dessein secret, mais Jésus laissa ignorer complètement le lieu où se passerait la Céne, afin que le traître ne pût venir l'y surprendre avant la fin du repas, et troubler les mystères qui devaient s'y opérer.
Pierre et Jean trouvèrent aux portes de la ville l'homme au vase d'eau. Ils le suivirent, entrèrent avec lui chez son maître, qui leur montra le cénacle, où ils devaient préparer le repas du soir. C'était au Sud-Ouest de la Ville sainte, non loin des palais d'Anne et de Caïphe et de cette cité de David, où le roi-prophète chantait ses psaumes inspirés sur la venue du Messie et les horreurs de sa Passion (8).
Le jour commençait chez les Juifs à six heures du soir. Aux premières étoiles annonçant le vendredi, premier jour des azymes, Jésus se rendit au cénacle avec ses apôtres. Il prit place au milieu de la table, Pierre et Jean à ses côtés, et les autres rangés en demi-cercle autour du Maître. Les coeurs n'étaient point à la joie en ces tristes circonstances, mais tous avaient le pressentiment que de grandes choses allaient se passer pendant ce repas: l'amour dont Jésus leur avait donné tant de preuves débordait de son coeur et rayonnait plus sensiblement sur son noble visage. « J'ai désiré d'un grand désir, leur dit-il, de manger cette Pâque avec vous avant de mourir. Car, ajouta-t-il tristement, c'est la dernière fois que je fais la Pâque avec vous, jusqu'à ce que nous mangions la Pâque dans le royaume de Dieu. Prenant alors la coupe qu'on faisait circuler au commencement du repas, il rendit grâces, et la passant à ses apôtres, il dit encore: « Je ne boirai plus désormais du fruit de la vigne, jusqu'à ce que vienne le royaume de Dieu. » Les apôtres ne savaient pas bien de quel royaume il voulait parler, mais ils comprirent qu'ils assistaient au festin d'adieu, et leurs coeurs se troublèrent de plus en plus.
Alors commença le festin pascal, en commémoration du grand jour où Jéhovah tira Israël de la servitude d'Égypte. Les rites et les mets du festin rappelaient toutes les circonstances du dernier repas que firent les Hébreux, le jour de leur délivrance. Jésus servit d'abord à ses apôtres des laitues sauvages et d'autres herbes amères, en souvenir des amertumes dont les Égyptiens avaient rempli la vie de leurs pères; des pains sans levain, parce qu'au jour de la Pâque, les Hébreux, fuyant leurs persécuteurs, n'eurent pas le temps de laisser fermenter la pâte; enfin l'agneau pascal, dont le sang fit reculer l'ange exterminateur. Mais tout en observant les rites de la Pâque hébraïque, Jésus y voyait autant de figures de la Pâque nouvelle, de la rédemption qu'il apportait. La vraie captivité n'était point celle de l'Égypte, mais celle de l'enfer, et pour échapper aux coups de l'ange exterminateur, il fallait le sang du véritable Agneau pascal, figuré par les agneaux immolés dans le temple. C'était là le grand mystère que Jésus voulait révéler à ses apôtres avant de quitter ce monde.
Au moment de célébrer la Pâque de la nouvelle alliance (9), il voulut préparer leurs coeurs, trop remplis d'idées terrestres pour goûter les choses du ciel. Il profita d'une discussion qui s'était de nouveau élevée entre eux pendant le repas, pour leur donner une mémorable leçon. Il s'agissait toujours de savoir qui serait le premier et le plus grand dans le royaume. « Les rois des nations, leur dit Jésus, commandent en maîtres, mais, parmi vous, il en doit être autrement. Celui qui est le plus grand doit se faire le plus petit, et celui qui gouverne, le serviteur de tous. Quel est le plus grand, celui qui sert ou celui qui est assis à table ? Celui qui est à table, n'est-ce pas ? Eh bien, moi, votre Maître, je veux être celui qui sert.
Et joignant l'action aux paroles, il se leva de table, ôta son manteau, et se ceignit les reins d'un linge. Puis, ayant mis de l'eau dans un bassin, il fit ranger ses disciples autour de lui, et semblable à l'esclave qui chaque soir lavait les pieds de ses maîtres, il s'agenouilla pour leur laver les pieds et les essuyer avec le linge attaché à sa ceinture. Tous le regardaient, muets d'émotion. Il s'approcha de l'apôtre Pierre, qui se récria vivement:
« Vous, Seigneur, me laver les pieds, jamais !
— Pierre, lui dit Jésus, ce que tu ne conçois pas maintenant, tu le comprendras bientôt.
— Jamais, Seigneur, vous ne me laverez les pieds !
— Alors, reprit Jésus, tu n'auras plus part à mon amitié. »
Cette ménace épouvanta l'apôtre qui lui répondit avec sa fougue ordinaire: « Lavez-moi non seulement les pieds, mais les mains et la tête.
— Non, repartit Jésus, celui qui sort du bain, n'a besoin que de se laver les pieds pour être parfaitement pur. » Exempts de faute grave, vous n'avez qu'à vous purifier de la poussière des imperfections qui s'attache toujours aux pieds de l'homme.
Ayant dit ces mots, il ajouta d'un ton profondément triste: « Vous êtes purs, mais non pas tous ! » Allusion très significative à celui qui allait le trahir. Mais Judas fit semblant de ne pas comprendre, et souffrit que Jésus lui lavât les pieds comme aux autres. Cette besogne d'esclave terminée, le Sauveur reprit son manteau, se remit à table et dit à ses apôtres: « Savez-vous ce que je viens de faire ? Vous m'appelez votre Maître et votre Seigneur, et c'est à juste titre, car je le suis en effet. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi, votre Maître et Seigneur, vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres. Je vous ai donné l'exemple, afin que vous fassiez ce que j'ai fait moi-même. Le serviteur n'est pas au-dessus du maître, ni l'apôtre plus grand que celui qui l'a envoyé. Heureux serez-vous, maintenant que je vous ai enseigné ces choses, si vous savez les pratiquer ! Je ne dis pas cela de vous tous, mais je m'adresse à ceux que j'ai choisis, car il faut que cette parole de l'Écriture s'accomplisse: Celui qui mange mon pain, lèvera son pied contre moi. Et je vous fais cette prédiction, afin qu'après l'événement, vous croyiez que votre Maître est réellement le Christ. Pour vous, qui m'êtes restés fidèles dans toutes mes tribulations, faites ce que je viens de faire, et moi, je vous introduirai dans le royaume que mon Père me prépare, afin que vous buviez et mangiez à ma table dans mon royaume, et que vous siégiez sur des trônes pour juger les douze tribus d'Israël. »
Puis le divin Maître se remit à table. Les apôtres s'entretenaient affectueusement avec leur Maître, mais bientôt ils remarquèrent sur son visage un trouble profond. Jésus en effet ne pouvaiit penser à Judas, à ce coeur que rien ne devait attendrir, au forfait plus noir encore qu'il méditait, sans ressentir un déchirement qui lui brisait l'âme. C'était un de ses membres, un de ses apôtres, qui se détachait de lui violemment, pour achever sur lui l'oeuvre de Satan. Il voulut essayer encore une fois de l'amener au repentir, en lui mettant sous les yeux l'énormité de son crime et le châtiment qui l'attendait. S'adressant aux apôtres, il leur dit: « En vérité, je vous l'affirme, l'un d'entre vous, un de ceux qui sont assis à cette table et mangent avec moi, va me trahir et me livrer à mes ennemis. » A cette déclaration, les apôtres, attristés et consternés, se regardaient les uns les autres, se demandant si réellement il pouvait y avoir parmi eux un traître assez scélérat pour livrer son Maître. Et comme le soupçon pesait sur chacun d'eux, ils se mirent à crier tous ensemble: « Est-ce moi, Seigneur ?» Jésus reprit d'un ton grave et sévère: « C'est l'un de ceux, je vous le répète, qui font ici la Cène avec moi. » Et il ajouta cette parole foudroyante: « Le Fils de l'homme s'en va, selon qu'il est écrit de lui, mais malheur à celui par qui le Fils de l'homme sera livré ! Il vaudrait mieux pour lui qu'il n'eût pas vu le jour. » Tous étaient atterrés, mais Judas restait calme. Il eut même l'audace de demander comme les autres: « Est-ce moi, Seigneur ?» Sa parole se perdit dans le bruit, mais Jésus lui répondit de manière à être entendu de lui seul: « Tu l'as dit, c'est toi. » Cette réponse qui aurait dû l'écraser, ne lui arracha ni un soupir, ni une larme, ni un mouvement de surprise ou d'horreur, de sorte que les apôtres n'eurent aucune raison de le soupçonner plus que les autres.
Voulant à tout prix sortir d'une incertitude qui lui brisait le coeur, Pierre fit signe à Jean d'interroger le Maître. Jean se pencha sur la poitrine de Jésus, et lui dit: « Qui est le traître ? — C'est celui, répondit le Sauveur, à qui je vais présenter un morceau de pain trempé. » Il trempa un morceau de pain dans un plat, et le présenta à Judas, qui reçut sans la moindre émotion ce nouveau signe d'amitié. A peine eut-il mangé cette bouchée, qu'il devint, non plus l'esclave, mais un véritable suppôt de Satan. Alors, le voyant perdu sans ressource, Jésus lui dit: « Ce que tu veux faire, fais-le bien vite. » Les apôtres ne comprirent pas le sens de ces paroles; ils crurent qu'il donnait l'ordre à Judas d'acheter quelque objet pour la fête ou de distribuer des aumônes aux pauvres. Et le maudit, quittant le cénacle en toute hâte, s'en alla directement concerter avec ses complices les dernières mesures à prendre pour s'emparer de Jésus, cette nuit-là même.
Le départ de Judas fut pour Notre-Seigneur un véritable soulagement. Il ne convenait vraiment pas que le traître à l'âme cupide et au coeur desséché fût le témoin de la scène si sublime et si émouvante de l'institution du Sacrement d'amour.
Le lavement des pieds n'avait été dans la pensée divine que le symbole de la purification du coeur que Jésus voulait opérer dans ses apôtres, pour les rendre dignes du don sublime qu'il allait leur faire avant de les quitter.
L'agneau pascal, figuré depuis des siècles par celui qu'ils venaient de manger, c'était Jésus lui-même. Son sang allait couler le lendemain pour le salut du monde. Mais cela ne suffisait pas à l'Agneau de Dieu; il voulait rester toujours vivant au milieu des hommes, toujours s'immoler pour leurs péchés, toujours être mangé par eux pour les sustenter pendant le voyage vers la Terre promise. L'heure était venue de réaliser la promesse qu'il avait faite, un jour, de donner sa chair à manger et son sang à boire.
A la fin du repas, ayant instruit ses apôtres du prodige d'amour que son coeur allait opérer, Jésus prit un des pains azymes dans ses mains saintes et vénérables, il le bénit, le rompit et le présenta aux apôtres, en disant: « Prenez et mangez-en tous: ceci est mon corps, ce même corps qui va être livré pour vous. » Puis prenant sa coupe remplie de vin, il la bénit et la leur présenta en disant: « Prenez et buvez-en tous: ceci est le calice de mon sang, le sang de la nouvelle alliance, qui va être répandu pour la rémission de vos péchés.
Et Jésus ajouta: « Faites ceci en mémoire de moi, » afin que les apôtres et leurs successeurs, prêtres de la nouvelle alliance, perpétuassent le souvenir de son sacrifice, non par une Pâque commémorative, comme les prêtres de l'ancienne loi, mais par l'immolation nouvelle du divin Agneau, qui deviendra la nourriture des âmes et les gardera pour la vie éternelle. |
Références |
7- Zach., lx, 12.
8-. Théâtre des grands événements du Jeudi-saint, le cénacle devint le premier lieu de réunion de l'Église naissante. Là, Jésus ressuscité apparut aux apôtres, et l'Esprit-Saint descendit sur eux et sur les disciples. C'est aussi dans cette salle que Pierre, délivré de la prison par un ange, retrouva ses frères priant pour lui. D'après saint Épiphane, le cénacle aurait été épargné lors de la dévastation de Jérusalem par les Romains.
9-. Voici dans quel ordre se sont succédé, d'après saint Matthieu, saint Marc et saint Jean, les divers incidents de la Cène eucharistique: lavement des pieds, repas pascal, au cours de ce repas annonce de la trahison de Judas, sortie du traître, institution de la Sainte-Eucharistie. D'une étude critique des textes évangéliques, il ressort que Judas presque certainement ne communia pas à la dernière Cène. C'est aujourd'hui, de beaucoup, l'opinion la plus communément admise. Cf.: Cornely, Knabenbauer, Rose, Fillion, Simon, Ami du Clergé 1911, p. 1094-1098. Les pages qui vont suivre ont été rédigées en tenant compte de ces diverses indications. |
CHAPITRE IX
LE TESTAMENT D'AMOUR |
Tristesse des apôtres |
Jésus annonce les grandes épreuves. |
Union à Jésus : la vigne et les rameaux. |
Motifs de foi, d'espérance, de consolation |
Discours d'adieu |
Aimer les âmes comme Jésus lui-même |
Affronter à son exemple les persécuteurs |
Prière du Rédempteur. (Jean., xiv-xv-xvi-xvii,1-26 |
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A peine Judas eut-il franchi les portes du cénacle, que Jésus, voyant venir la mort, éclata en un chant de joie. « Enfin, dit-il, voici l'heure du triomphe, l'heure qui, en glorifiant le Fils , va glorifier le Père ! » Puis, abaissant son regard sur ses disciples attristés: « Mes petits enfants, ajouta-t-il avec tendresse, il ne me reste que quelques instants à passer avec vous. Vous ne pouvez me suivre où je vais, du moins pour le moment. Soyez fidèles à mon commandement: aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés moi-même. C'est à cette union fraternelle qu'on vous reconnaîtra pour mes vrais disciples. »
Ne pouvant se mettre dans l'esprit que leur Maître allait mourir, les apôtres se demandaient ce que signifiait ce discours. « Seigneur, lui dit Pierre , vous parlez de nous quitter: où allez-vous donc ? — Là où tu ne peux me suivre maintenant, répondit Jésus, mais où tu me suivras plus tard. — Et pourquoi pas aujourd'hui ? reprit l'apôtre qui commençait à comprendre, je suis prêt à donner ma vie pour vous. — Tu es prêt à donner ta vie pour moi ? Moi, je te prédis qu'avant le chant du coq, tu m'auras déjà renié trois fois. » Pierre protesta qu'il affronterait la prison et tous les supplices plutôt que de renier son Maître.
Jésus profita de cet incident pour les éclairer tous sur les dangers qu'ils allaient courir, et les mettre en garde contre leur faiblesse. « Simon, Simon, dit-il, le démon va vous secouer tous comme le crible secoue les grains de froment. Mais j'ai prié pour toi afin que ta foi ne défaille point. Quand tu seras pleinement converti, affermis tes frères. Tous, en effet, vous serez scandalisés cette nuit à mon sujet, car il est écrit: Je frapperai le pasteur, et les brebis seront dispersées. Mais, après ma résurrection, je vous retrouverai en Galilée. » N'écoutant que son amour pour son Maître, Pierre se récria vivement: « Quand bien même tous faibliraient devant le danger, moi du moins je ne faiblirai pas. — Et moi, je te répète, reprit Jésus, qu'avant le second chant du coq, tu m'auras renié trois fois. Jamais ! jamais ! me fallût-il mourir avec vous, je ne vous renierai pas ! » Les autres apôtres protestèrent, comme leur chef, de leur inébranlable fidélité. Jésus leur fit remarquer que pour rester fidèles en temps de guerre, il faut s'armer de courage. « Quand je vous envoyai naguère au milieu du monde sans bourse et sans chaussure, vous n'avez manqué de rien ? — De rien, répondirent-ils. — Eh bien, aujourd'hui, que chacun prenne son sac et sa bourse, et si quelqu'un n'a pas d'épée, qu'il vende jusqu'à ses vêtements pour en acheter une, car ce que l'Écriture a dit de moi va s'accomplir: Il a été mis au nombre des scélérats. » Croyant qu'il leur recommandait, non de s'armer de courage contre la tentation, mais d'un glaive contre l'ennemi, les apôtres lui dirent: « Seigneur, il y a ici deux épées. — Cela suffit », répliqua-t-il, car ce n'est pas avec l'épée que vous vaincrez. Pierre en prit une cependant, pour défendre son Maître, si on osait l'attaquer. En ce moment, la tristesse des apôtres touchait presque au désespoir. Ils ne savaient ce qui se tramait contre Jésus et contre eux, mais évidemment ils étaient menacés de quelque affreux malheur. Jésus annonçait qu'un d'entre eux le trahirait, que Pierre le renierait, que tous l'abandonneraient, qu'il serait traité en criminel et même mis en croix. Il venait de dire qu'il lui faudrait les quitter pour se rendre là où personne ne pouvait le suivre; mais comment expliquer ces énigmes, et, en tout cas, qu'allaient-ils devenir, eux, privés de leur Maître, abandonnés sans défense au milieu d'ennemis acharnés ? En les voyant dans cette mortelle angoisse, silencieux, abattus, découragés, Jésus se sentit ému jusqu'au fond du coeur, et alors sortirent de ce coeur, pour les consoler et les fortifier, des accents qu'un Dieu seul pouvait trouver.
« Mes petits enfants, leur dit-il, ne vous laissez donc pas troubler par la pensée de mon départ. Croyez en Dieu et croyez en moi. Je m'en vais dans la maison de mon Père, et dans cette maison, où les demeures sont nombreuses, je vais vous préparer une place. Alors je reviendrai vous prendre pour vous conduire là où je vais moi-même. Vous savez où je vais, et vous savez la route. — Non, Seigneur, répondit naïvement Thomas, nous ne savons ni l'endroit où vous allez ni le chemin qui y mène. — Thomas, je vais à mon Père, et la voie qui mène à lui, c'est moi. Je suis la voie » qu'il faut suivre, « la vérité » qu'il faut croire, « la vie » qu'il faut posséder, pour arriver à mon Père. Si vous me connaissiez, vous connaîtriez mon Père. Du reste, vous l'avez vu. — Seigneur, montrez-le-nous, s'écria Philippe qui, lui aussi, désirait, comme Thomas, voir avant de croire, montrez-nous le Père, et nous ne demanderons rien de plus. — Comment ? répondit Jésus, il y a si longtemps que je suis avec vous, et vous ne me connaissez pas encore. Philippe, celui qui me voit, voit mon Père dont je suis la parfaite image. Comment pouvez-vous dire: Montrez-moi le Père ? Vous ne croyez donc pas que je suis dans le Père, et que le Père est en moi? C'est lui qui parle par ma bouche, c'est lui qui fait les oeuvres que j'opère. A cause de ces oeuvres prodigieuses, croyez donc que le Père est en moi, et moi en lui. »
A ces considérations si propres à raffermir leur foi, les apôtres se reprenaient à espérer. Jésus ajouta que sa disparition ne les empêcherait nullement d'étendre le royaume de Dieu par toute la terre, comme il le leur avait promis. Il leur communiquerait une puissance telle, qu'ils opéreraient des prodiges plus merveilleux que les miracles accomplis par lui. Tout ce qu'ils demanderaient au Père en son nom, il le leur accorderait afin de glorifier par eux son Père bien-aimé.
Ils se désolent en pensant qu'ils ne jouiront plus de sa présence ni de ses entretiens intimes, mais, sous ce rapport encore, Jésus saura bien les dédommager. « Si vous m'aimez vraiment, dit-il, je prierai mon Père, et il vous enverra l'Esprit consolateur qui sera toujours avec vous, cet Esprit de vérité que le monde ne peut ni recevoir, ni connaître, ni goûter, mais qui se fera sentir à vous, parce qu'il résidera dans votre coeur. Et moi-même, je ne vous laisserai point orphelins, mais je viendrai en vous. Encore un peu de temps, et le monde ne me verra plus; mais vous me verrez intérieurement, parce que nous vivrons de la même vie. Vous comprendrez alors que je suis en mon Père, et moi en vous, et vous en moi. Je me manifeste intimement à l'âme qui m'aime, et mon Père et moi nous établissons en elle notre demeure.— Pourquoi donc, demanda Philippe, ne vous manifestez-vous pas au monde de la même manière ? — Parce que, répondit Jésus, le monde ne m'aime pas, et ne tient aucun compte de mes commandements. »
Pour leur consolation, le Sauveur ajouta que l'Esprit- Saint compléterait et expliquerait l'enseignement qu'ils avaient reçu. En les quittant, il leur laissait la paix de Dieu, la paix que le monde ne peut donner. Son départ ne devait leur causer ni trouble ni frayeur, car il reviendrait, comme il l'avait promis. Par amour pour lui, ils devaient plutôt se réjouir, en le voyant retourner à son Père. « Si je vous prédis ainsi mon départ, c'est pour que votre foi ne chancelle pas quand vous le verrez se réaliser. Mais ne prolongeons pas cet entretien, car le prince du monde approche; non pas qu'il ait un droit sur moi, mais il faut prouver au monde que j'aime mon Père, et que je lui obéis toujours, quelle que soit sa volonté. Levez-vous et sortons d'ici. »
Il était dix heures. Entouré de ses apôtres, Jésus descendit les pentes du mont Sion et s'achemina, par la vallée du Cédron, vers le mont des Oliviers. Les apôtres, groupés autour de leur Maître, avançaient lentement, échangeant leurs pensées, et confiant au Sauveur les sentiments que ses prédictions et recommandations faisaient naître dans leur âme. Il leur répondit par une nouvelle effusion d'amour au sujet de la mission de salut qu'ils allaient remplir, mission qui resterait infructueuse s'ils ne lui restaient intimement unis.
« je suis, dit-il, la vigne plantée par le céleste vigneron, et vous en êtes les rameaux. Or le rameau ne porte de fruit que s'il est enté dans le cep: vous resterez donc inféconds si vous n'êtes entés en moi. Sans moi vous ne pouvez rien produire; sans la sève qui vient de moi, vous êtes le sarment stérile qui se dessèche et qu'on jette au feu. Au contraire, si vous demeurez en moi, tout ce que vous demanderez, vous l'obtiendrez, car c'est la gloire de mon Père de reconnaître, aux fruits abondants que vous produirez, de vrais disciples de son Fils. »
Si donc ils aiment leur Maître, ils doivent ne faire qu'un avec lui, et répandre dans tous les coeurs la vie qu'ils ont puisée dans son coeur. « Il faut, dit-il, que vous vous aimiez les uns les autres, comme je vous ai aimés moi-même. Je vous ai aimés du plus grand amour possible, qui est de donner sa vie pour ceux qu'on aime. Je vous ai aimés jusqu'à faire de vous, non des serviteurs, mais d'intimes amis; car le serviteur ignore les secrets de son maître, et moi je vous communique tout ce que j'ai appris de mon Père. Je vous ai aimés jusqu'à vous choisir, avant que vous vous soyez donnés à moi, pour mes ambassadeurs auprès des peuples, avec la mission de produire dans les âmes des fruits de salut, abondants et durables. Je vous demande maintenant d'aimer vos frères comme je vous ai aimés, et d'affronter tous les périls, la mort même, pour les sauver.
« Vous ne propagerez pas le royaume de Dieu sans rencontrer des adversaires; mais si le monde vous hait, vous vous souviendrez qu'il m'a haï le premier. Si vous étiez du monde, vous jouiriez de ses faveurs; il vous poursuivra de sa haine, parce que je vous ai retirés du monde pour vous former à mon image. Ils vous persécuteront comme ils m'ont persécuté; ils mépriseront votre parole, comme ils m'ont méprisé moi-même.
« Votre consolation sera de penser qu'ils vous traiteront ainsi en haine de mon nom, parce qu'ils n'ont pas voulu connaître Celui qui m'a envoyé. Et leur péché est sans excuse, car j'ai opéré au milieu d'eux des prodiges que nul autre n'a opérés: ils en ont été témoins, et ils m'ont haï ainsi que mon Père; car me haïr, c'est haïr mon Père. Ils ont ainsi vérifié la parole de l'Écriture: Ils m'ont haï gratuitement, sans motif, par pure malice. Mais leur haine n'empêchera pas les peuples de glorifier mon nom. Quand viendra l'Esprit-Saint que je vous enverrai, l'Esprit qui procède du Père, il me rendra témoignage; et vous aussi, qui m'avez suivi dès le commencement, vous serez mes témoins au milieu du monde.
« Si je vous parle ouvertement, c'est pour vous mettre en garde contre la tentation. Quand ils vous chasseront des synagogues et vous tueront, croyant offrir à Dieu un sacrifice agréable, vous vous souviendrez que je vous ai prédit ces persécutions. Aussi longtemps que ma présence suffisait pour vous réconforter, je ne vous faisais qu'entrevoir les épreuves qui vous attendent; mais, à cette heurede la séparation, il faut que je vous ouvre mon coeur. Au lieu de vous attrister de mon départ, vous devriez vous en réjouir, car il est avantageux pour votre mission que je m'en aille. L'Esprit-Saint ne viendra point en vous avant que je retourne à mon Père pour vous l'envoyer. Alors il viendra promulguer solennellement le crime que le monde a commis par son infidélité, la sainteté du Juste qu'ils ont osé condamner, et le jugement qui enlève l'empire au prince de ce monde. j'aurais encore beaucoup de choses à vous dire; mais, au moment opportun, l'Esprit-Saint que vous allez recevoir, vous enseignera toute vérité et vous révélera les secrets de l'avenir. »
Jésus ajouta pour les consoler: « Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus; et après un peu de temps vous me reverrez. » Toujours dans l'illusion sur la mort prochaine et la résurrection de leur Maître, les apôtres l'interrogeaient du regard sur le sens de ces paroles mystérieuses. « En vérité, je vous le dis, reprit-il aussitôt, encore un peu de temps vous ne me verrez plus: vous pleurerez alors et vous gémirez, tandis que le monde se réjouira; mais après un peu de temps vous me reverrez, et votre tristesse se changera en joie. Une femme sur le point d'enfanter se lamente, parce que l'heure des douleurs est venue; mais une fois délivrée, elle ne se souvient plus de la souffrance, absorbée qu'elle est par la joie d'avoir mis un enfant au monde. De même, vous vivez maintenant dans l'angoisse, mais bientôt votre coeur se réjouira, et personne ne pourra vous ravir votre joie. Éclairés par l'Esprit-Saint, vous n'aurez plus à m'interroger; unis intimement à moi, tout ce que vous demanderez en mon nom, vous l'obtiendrez de mon Père, et vous serez au comble de vos voeux. Je vous ai enseigné en paraboles les mystères du royaume de Dieu, mais l'heure vient où je parlerai de mon Père ouvertement et sans figures. Vous verrez alors que vous pouvez tout lui demander, car il vous aime parce que vous m'avez aimé et parce que vous avez cru que je suis sorti de Dieu. Oui, croyez-le fermement, je suis sorti du Père et suis venu en ce monde; maintenant je laisse le monde, et je retourne à mon Père. »
Les apôtres crurent comprendre ce qu'ils ne pouvaient saisir encore que très imparfaitement. « Vous parlez déjà sans paraboles, lui dirent-ils, et nous voyons que vous savez toutes choses, car vous répondez à nos questions avant même que nous vous les proposions. Aussi croyons- nous que vous êtes sorti de Dieu.— Vous croyez maintenant, s'écria Jésus qui voyait le fond de leur âme, mais voici l'heure où vous vous disperserez chacun de votre côté, et me laisserez seul, seul avec mon Père. » Il s'arrêta un instant; puis, d'une voix émue, mais toujours ferme : « Tout ce que je viens de vous dire, reprit-il, je l'ai dit afin que vous trouviez en moi le repos de vos âmes. Le monde vous tiendra sous le pressoir, mais soyez tranquilles: j'ai vaincu le monde. »
A ce moment, l'oeuvre de la rédemption apparut tout entière aux regards de Jésus. Il vit ses envoyés courant à la recherche des âmes jusqu'à la fin des siècles; il vit ces âmes errantes dans les ténèbres s'ouvrir par millions aux clartés de l'Évangile, et glorifier Celui qui règne dans les cieux. Ses veux tout rayonnants d'amour se levèrent alors vers son Père, et, les bras étendus, il lui adressa cette sublime prière:
« Mon Père, voici l'heure si longtemps attendue: glorifiez votre Fils, afin que votre Fils vous glorifie. Vous m'avez établi chef du genre humain, pour communiquer à ceux que vous m'avez donnés la vie éternelle, cette vie éternelle qui consiste à vous connaître, vous seul vrai Dieu, et le Christ Jésus, que vous avez envoyé. je vous ai glorifié sur la terre, j'ai accompli l'oeuvre dont vous m'aviez chargé; à vous maintenant, mon Père, de me glorifier, dans votre sein, de cette gloire dont j'ai joui en vous de toute éternité.
« J'ai manifesté votre nom à ceux que vous m'avez donnés. Ils ont écouté vos paroles, que je leur ai transmises; ils savent que je suis sorti de vous, ils croient que vous m'avez envoyé. Je ne prie pas en ce moment pour le monde qui ne vous connaît pas, je prie pour ceux que vous m'avez donnés, qui sont à vous comme ils sont à moi. Ils vont rester dans ce monde que je quitte pour aller à vous. Père, gardez-les dans votre amour, afin qu'ils soient un comme nous sommes un. Étant avec eux, je les ai gardés tous: aucun de ceux que vous m'avez donnés n'a péri, sauf le fils de perdition, prédit par l'Écriture. Maintenant, je vais à vous, et je prie pour eux avant de les quitter, afin qu'ils trouvent en eux la plénitude de ma joie.
« Je leur ai prêché votre parole, et le monde les a pris en haine, parce que, marchant sur les traces de leur Maître, ils ne sont plus de ce monde. Je ne vous demande pas de les retirer de ce monde, » qu'ils doivent remplir de votre nom, « mais de les préserver du mal, de les sanctifier dans la vérité, de les consacrer à votre gloire comme je m'y suis moi-même consacré.
« Je vous prie pour eux, et aussi pour tous ceux qui, par leur parole, croiront en moi. Qu'ils soient un comme nous sommes un, moi vivant en eux, et vous en moi; qu'ils soient consommés dans l'unité, et qu'ainsi le monde connaisse que vous m'avez envoyé, et que vous aimez les miens comme vous m'aimez moi-même. O mon Père, ces bien- aimés, je veux qu'ils arrivent près de moi, et qu'ils soient témoins de ma gloire, de cette gloire que je tiens de votre amour dès avant la constitution du monde. Père, j'invoque ici votre justice: le monde ne vous a pas connu, mais ceux-ci ont cru que vous m'avez envoyé, et ils ont appris par moi à vous connaître. Et cette connaissance de votre nom, j'en remplirai leur esprit, afin que vous les aimiez comme vous m'aimez moi-même. »
Jésus cessa de parler. Tout occupée de ces célestes entretiens, la petite troupe avait passé le Cédron et se trouvait au pied de la montagne où Jésus avait l'habitude de passer la nuit. Devant eux se trouvait un jardin, planté d'oliviers. Le Sauveur y entra, et les apôtres l'y suivirent. A voir le calme et la sérénité de leur Maître, aucun d'eux ne se doutait qu'à cette heure-là même allait commencer le drame le plus épouvantable que le monde ait jamais vu: la Passion du Fils de Dieu. |
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