Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de 
Mgr Pierre André Fournier  et ami de
ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande.

Signez mon livre d'or. Un petit mot fait du bien et cela vous permet aussi de lire les commentaires des gens. 


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU
MINISTÈRE PRESBYTÉRAL


AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE
DIT QUELQUE CHOSE?

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Titre de la série :
Jésus-Christ-Sa vie-Sa passion-Son triomphe
Titre de la page:
Livre-6-Chap-IV- Jesus-et-Gentils
Livre-6-Chap-V-
Dernières luttes
Livre-6-Chap-VI-
Malédictions
Nom de l'auteur:
Père Berthe de la Congrégation du Très Saint-Sacrement.

CHAPITRE IV

JUIFS ET GENTILS

Le figuier stérile.
Le figuier stérile.
Vendeurs chassés du temple.
Païens en quête de Jésus
Une voix du ciel.
Acclamations du peuple.
Leçon aux incrédules
(Matth., xxx, 12-22. Marc., xi, 12-26. Luc., xix, 45-48. Joan., xu, 20-36.)


Le lendemain, Jésus se rendit au temple avec ses apôtres. Sur la route, il leur révéla par un fait symbolique la destinée du peuple juif et de cette synagogue qui, repoussant avec obstination la grâce divine, ne produisait aucun fruit de salut. Pressé par la faim, il s'approcha d'un figuier au feuillage luxuriant, espérant y trouver quelques figues pré­coces, mais le figuier ne portait que des feuilles. Jésus le maudit: « Jamais plus, dit-il, on ne mangera de ton fruit. » Et à l'instant les feuilles commencèrent à se flétrir. On le trouva bientôt desséché jusque dans ses racines . Ainsi périra l'antique synagogue. Fière de ses lois, de ses cérémonies, de ses traditions pharisaïques, elle produit des feuilles en abondance pour attirer les regards de l'homme, aucun fruit de vertu pour réjouir le coeur de son Dieu. Comme le figuier stérile, Dieu va maudire la synagogue, et la synagogue mourra, et son peuple, privé de la sève divine, ne sera plus qu'une grande ruine.

Après cette malédiction prophétique, Jésus entra dans le temple, déjà envahi par les masses populaires. Arrivé au parvis des Gentils, il y retrouva les marchands qu'il en avait expulsés trois ans auparavant. Avec la complicité des princes des prêtres, le temple était redevenu le théâtre des mêmes abus et des mêmes profanations. Ce spectacle excita dans son coeur une vive indignation, et de nouveau il chassa de l'enceinte sacrée vendeurs et acheteurs, renversa les tables des changeurs et les sièges des marchands de colombes, et interdit à tous de transporter aucun objet profane à travers les parvis et les portiques du saint édifice. C'était bien le Roi-Messie, maître dans son royaume. Ses veux lançaient des flammes, sa voix puissante inspirait la terreur. « Ne savez-vous donc pas, criait-il aux coupables, ce que dit l'Écriture: « Ma maison est une maison de prière, ouverte « à toutes les nations, et vous en faites une caverne de « voleurs ? »

Le peuple applaudit à cette exécution, car tous respectaient le temple de Jéhovah; mais les princes des prêtres et les scribes frémissaient intérieurement de voir l'homme qu'ils avaient excommunié exercer une autorité souveraine en leur présence, et les condamner eux-mêmes devant toute la nation. Ils se demandaient comment en finir avec ce rebelle qui bravait avec une audace sans exemple les décrets du Sanhédrin. Toutefois ils n'osèrent sévir contre le prophète, car le peuple paraissait plus que jamais décidé à le soutenir.

Le calme rétabli dans le temple, Jésus se mit à enseigner la foule. Sa doctrine parut si sublime, que tous les assistants, suspendus à ses lèvres, ne purent s'empêcher de manifester leur admiration: nouveau sujet de colère pour les pharisiens. Quelques moments après, on amena au temple des infirmes, des boiteux, des aveugles, et il les guérit tous, ce qui provoqua des acclamations sans fin. L'enthousiasme de la veille se ranima dans toute cette foule et remua si vivement les coeurs, que les enfants entonnèrent le chant de triomphe: « Hosanna, hosanna au Fils de David ! Alors ce fut de la rage de la part des pharisiens. Ils couturent à Jésus et lui dirent d'un ton furieux: « Faites-les donc taire: vous n'entendez pas ce qu'ils disent ? — Je les entends parfaitement, répondit Jésus, mais n'avez-vous pas lu ce passage des Écritures: « De la bouche des enfants et « de ceux qui sont à la mamelle vous avez su tirer une louange parfaite ? » Sous l'impulsion divine, les enfants acclamaient le Messie, tandis que les docteurs, sous l'impulsion de Satan, le maudissaient et cherchaient à le mettre à mort.

Un incident extraordinaire vint, à ce moment-là même, rendre plus sensible cet inexplicable endurcissement des Juifs. Dans la foule réunie sous les portiques du temple se trouvaient des païens, de nation grecque, venus à Jérusalem pour adorer Jéhovah, le Dieu des Juifs. Témoin de l'expulsion des vendeurs et des prodiges inouïs qu'opérait le prophète, ils désiraient vivement s'entretenir avec lui. Mais, relégués dans le parvis des Gentils, ils ne pouvaient s'en approcher. Ils accostèrent donc Philippe, l'un des apôtres, et lui dirent: « Seigneur, nous voudrions voir Jésus. » Philippe ne savait s'il devait communiquer au Maître le désir de ces païens, mais ayant consulté André, son compatriote de Bethsaïde, ils allèrent ensemble lui présenter l'humble requête.

Jésus accueillit ces représentants de la Gentilité avec une joie d'autant plus vive, que l'infidélité de sa nation tenait son coeur sous un véritable pressoir. « Voici l'heure, s'écria-t-il, de la glorification du Fils de l'homme. » L'heure de la mort sera en effet, pour le Rédempteur, l'heure de la gloire. « En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de froment déposé dans la terre, ne meurt d'abord, il ne fructifie point; mais s'il meurt, il produit des fruits en abondance. » De même le Fils de l'homme doit d'abord mourir sur la croix: alors naîtront de son sang d'innombrables enfants de Dieu sur la surface du monde entier. Et Jésus ajouta que ses disciples devaient se sacrifier comme lui, s'ils voulaient participer à son oeuvre, le rejoindre dans son royaume, et recevoir du Père la couronne de gloire.

Cependant il n'avait point parlé de sa mort prochaine sans ressentir une émotion profonde. Le spectacle de la Passion se dressa subitement devant ses yeux dans toute son horreur, et bouleversa tout son être: « Mon âme se trouble, dit-il d'une voix tremblante. O mon Père, vous demanderais-je de m'épargner cette heure ? . . . Oh non ! Je ne suis venu au monde que pour arriver à cette heure suprême. Mon Père, glorifiez votre nom. »

En ce moment d'angoisse qui préludait à l'agonie du Sauveur, une voix tonnante descendit des profondeurs du ciel, et frappa de stupeur tous les assistants: « Je l'ai glorifié, disait la voix, et je le glorifierai encore. » Troublés et hors d'eux-mêmes, les uns croyaient avoir entendu un coup de tonnerre, les autres la voix d'un ange qui parlait à Jésus; mais les apôtres reconnurent la voix du Père qui est dans les cieux. Comme au Jourdain, comme au Thabor, le Père glorifiait son Fils bien-aimé. Le Sauveur, du reste, fit connaître à tous le motif de cette manifestation céleste. « Ce n'est pas pour moi, dit-il, que cette voix du ciel s'est fait entendre, mais pour vous. Le Fils sait ce que pense le Père, mais le Père vous parle, afin que vous croyiez au Fils. Sachez donc qu'elle vous annonce la victoire du Fils de l'homme sur le monde. Le monde est condamné, le prince du monde va être expulsé de son empire, et moi, quand je serai élevé entre le ciel et la terre, j'attirerai à moi l'humanité entière. »

Par ces dernières paroles, Jésus signifiait le genre de mort qu'il allait subir. Certains auditeurs, toujours préoccupés du Messie de leurs rêves, se scandalisèrent de cette déclaration: « Nous savons par l'Écriture, lui dirent-ils, que le Messie régnera éternellement, et vous assurez que le Fils de l'homme doit être élevé de terre: qu'est-ce donc que ce Fils de l'homme ? » Au lieu d'entrer en discussion avec ces esprits frappés d'un aveuglement incurable, Jésus s'efforça de leur inspirer une crainte salutaire. « La lumière, leur dit-il, est encore pour quelques jours au milieu de vous. Si vous ne vous laissez guider par ses divines clartés, les ténèbres vous envelopperont, et qui marche dans les té­nèbres, ne sait où diriger ses pas. Je vous le répète, pendant que la lumière luit encore, ouvrez les yeux, et devenez par la foi enfants de la lumière. »

Cela dit, Jésus sortit du temple et se retira, comme la veille, sur le mont des Oliviers. La mort approchait, mais l'avenir se dessinait: de même que les rois d'Orient l'avaient adoré dans son berceau, les païens d'Occident venaient le vénérer au moment où les Juifs creusaient son tombeau. Déjà commençait à se réaliser la prédiction du Sauveur: « Il en viendra d'Orient et d'Occident, et ils trouveront place dans le royaume, tandis que vous, fils indignes d'Abraham, vous serez jetés dehors. »

CHAPITRE V

DERNIÈRES LUTTES

Les conjurés
Les invités aux noces royales
Les Sanhédristes interrogent Jésus sur sa mission
Les deux fils
Rendez à César ce qui est à César
Le plus grand des commandements
Les vignerons infidèles
Sur la résurrection des morts
Le fils de David
  (Matth., xxt, 23-46; xxit Marc., xi, 27-33; xnt, 1-37. — Luc., xx, 1-45


Les événements de ces derniers jours mirent le Sanhédrin et tous ses complices, pharisiens, sadducéens, hérodiens, dans la situation la plus fausse et la plus violente. Ils ne pouvaient souffrir qu'un homme excommunié par eux se posât à Jérusalem comme le Messie, le roi d'Israël, l'autorité souveraine. D'un autre côté, ils n'osaient employer la force contre un prophète que tout un peuple venait de conduire en triomphe. Arrêter Jésus dans de pareilles circonstances, c'était provoquer une révolution. Cepen­dant, comme il fallait prendre un parti, les chefs du complot résolurent de surveiller l'enseignement du prétendu Messie, et de lui poser toutes sortes de questions captieuses, afin de le faire tomber dans quelque piège. Au moindre faux pas, on le traiterait de blasphémateur et de faux prophète devant tout le peuple. La foule, inconstante et facilement intimidée, se rangerait du côté de ses chefs, et l'on procéderait sans résistance à l'arrestation de l'excommunié.

Le mardi matin, Jésus se présenta au temple, comme de coutume. Déjà il commençait à évangéliser les multitudes qui se pressaient autour de lui, quand on vit arriver toute une suite de personnages officiels, princes des prêtres, scribes, anciens du peuple. C'était une députation des trois classes du Sanhédrin qui venaient officiellement interroger le prophète. Ils se posèrent devant lui comme des juges devant un malfaiteur: « De quel droit, lui dirent-ils, agissez-vous comme vous le faites dans ce temple, et qui vous a investi du pouvoir que vous prétendez exercer ? » Vingt fois Jésus avait répété et prouvé par des miracles qu'il tenait son autorité de son Père, et ils espéraient qu'il le répéterait encore, afin de le questionner sur son Père et de crier au blasphème. Ils furent trompés dans leurs calculs. « Vous me posez une question, observa Jésus, je vous en poserai une aussi. Si vous répondez à la mienne, je répondrai à la vôtre. Jean-Baptiste baptisait: ce droit qu'il s'arrogeait de conférer le baptême, venait-il de Dieu ou des hommes ? Répondez. » La foule attendait avec anxiété la réponse des députés, mais la réponse ne venait pas, car la question si simple de Jésus les tenait dans une terrible perplexité. « Si nous disons, pensaient-ils, que le baptême de Jean vient de Dieu , il nous demandera pourquoi nous ne croyons pas aux témoignages que Jean n'a cessé de rendre en faveur du prophète de Nazareth . Si, au contraire, nous disons que le baptême de Jean vient des hommes, nous serons lapidés par le peuple, car tous le regardent comme un vrai prophète. » Enfin, se voyant pris au piège, quelle que fût leur réponse, ils dirent: « Nous ne savons pas de qui Jean tenait son pouvoir. — Vous ne pouvez me dire, reprit Jésus, de qui Jean tenait son pouvoir: je ne vous dirai donc pas de qui je tiens le mien, » car, de votre propre aveu, vous êtes incapables de discerner un pouvoir divin d'un pouvoir humain. La foule applaudit, et les Sanhédrites, honteux de leur défaite, n'osèrent poursuivre leur interrogatoire.

Alors, profitant de leur réponse hypocrite et mensongère, Jésus dressa contre eux, sous une forme parabolique, l'acte d'accusation le plus formidable. « Maintenant, dit-il, veuillez résoudre le cas suivant: Un père avait deux fils. Il commanda au premier d'aller travailler à sa vigne. Je n'irai pas, dit celui-ci; puis, touché de repentir, il y alla. Il commanda la même chose au second. J'y vais, répondit- il, et il n'y alla point. Lequel des deux s'est montré le plus obéissant envers son père ? Évidemment le premier, s'écrièrent-ils, sans penser qu'ils se condamnaient eux- mêmes. — Vous avez raison, reprit Jésus, et c'est pourquoi, je vous le dis, les publicains et les prostituées vous précéderont dans le royaume de Dieu. Jean est venu vous montrer la voie de la vraie justice, et, vous prévalant de vos vaines observances, vous n'avez pas cru en lui, tandis que les publicains et les femmes de mauvaise vie se convertirent à sa parole. Vous avez été témoins de leur repentir, et vous n'avez voulu ni croire, ni faire pénitence. »

Mais ce n'était là que le début du réquisitoire contre ces grands criminels. « Écoutez, continua Jésus, une autre parabole. Un père de famille planta une vigne, l'entoura d'une haie, y creusa un pressoir, et bâtit une tour du haut de laquelle un gardien veillait sur la vigne chérie. Il la loua ensuite à des vignerons, et partit pour un lointain voyage. Au moment de la vendange, il envoya ses serviteurs aux colons pour réclamer sa part des fruits. Ceux-ci se jetèrent sur les serviteurs, blessèrent l'un, tuèrent l'autre, et chassèrent un troisième à coups de pierres. Le maître expédia d'autres envoyés, qui furent reçus de la même manière. Il avait un fils unique qu'il aimait beaucoup: il le chargea d'aller trouver de sa part les vignerons, espérant qu'ils respecteraient au moins le fils de leur seigneur. Mais, au contraire, ils se dirent entre eux: Celui-ci est l'héritier, tuons-le, et nous partagerons son héritage. Ils se saisirent de lui, le chassèrent de la vigne, et le mirent à mort. »

L'allusion était transparente. La vigne, c'était la nation juive, le peuple chéri de Jéhovah, à qui les prêtres et les docteurs de la synagogue devaient faire porter des fruits de salut. Dieu leur envoya ses prophètes pour réclamer ces fruits: chaque fois ils furent massacrés. Enfin le Père envoie son Fils unique. Ce Fils unique est là sous leurs yeux: c'est lui qui leur parle, et qui leur rappelle, sous le voile de l'allégorie, son titre de Fils unique de Dieu. Aussi, attendaient-ils, inquiets et troublés, la conclusion de la parabole. Jésus leur demanda d'un ton sévère: « Quand le maître de la vigne reviendra de son voyage, comment traitera-t-il les vignerons ? » Les docteurs se turent, mais des voix parties de la foule s'écrièrent: « Il fera conduire au supplice ces misérables, et louera sa vigne à d'autres, qui lui donneront des fruits. — Vous l'avez dit, reprit Jésus, il exterminera ces homicides, et louera sa vigne à des vignerons fidèles. »

Les Sanhédrites comprirent, à ce dernier trait, qu'il prophétisait de nouveau la substitution des Gentils au peuple juif. Cette pensée les indigna : « A Dieu ne plaise ! s'écrièrent-ils, cela n'arrivera pas. » Mais, Jésus, les regardant en face:« Cela n'arrivera pas ! répliqua-t-il avec force, et que signifie donc cette parole des saints Livres: La pierre rejetée par ceux qui bâtissaient, est devenue, prodige ad­mirable ! la pierre angulaire d'un nouvel édifice ? Et moi, je vous déclare que le royaume de Dieu vous sera ôté, et donné à un peuple qui produira des fruits. Quiconque tombera sur cette pierre, s'y brisera, et celui sur lequel elle tombera, sera écrasé ! »

En entendant ces menaces, les chefs d'Israël ne pouvaient plus se dissimuler que toute la parabole était dirigée contre eux. Aussi se demandèrent-ils si leur dignité ne leur imposait pas le devoir de faire arrêter sur-le-champ l'auteur de pareils outrages; mais ils reculèrent encore une fois devant la crainte de voir le peuple prendre contre eux la défense du prophète. Sans tenir compte de leurs récriminations, Jésus continua, sous cette forme allégorique, de dénoncer le crime qu'ils méditaient contre le Messie et les malheurs qu'ils attiraient sur la nation. « Un roi, dit-il, voulant célébrer les noces de son fils, convia les seigneurs de sa cour à un grand festin, mais ils n'acceptèrent point son invitation. Cependant, quand les apprêts du festin furent terminés, il les pressa de nouveau d'y assister. Ils persistèrent dans leur refus. L'un s'en alla à la campagne, l'autre à son négoce. Il s'en trouva même d'assez coupables pour tuer les serviteurs qu'il leur avait envoyés. C'en était trop: le roi entra en fureur et lança contre ces meurtriers une troupe de soldats qui les massacra sans pitié et brûla leur ville. Pour les remplacer au festin, il donna l'ordre à ses serviteurs d'inviter, sur les routes, tous ceux qu'ils rencontreraient, bons ou mauvais. La salle se remplit de convives, mais l'un d'eux avait osé s'y présenter sans la robe nuptiale. C'était faire injure au roi, qui le fit jeter dehors. »

Les Sanhédrites retrouvaient, dans cette parabole, les prédictions du prophète sur le sort qui les attendait. Le roi du ciel envoyait son propre Fils contracter alliance avec la nation juive. Les chefs de la nation, invités aux noces, refusent d'y assister, malgré les instances des envoyés du roi. Ils se moquent de Jean-Baptiste qui les pressait de se donner avec amour au Roi-Messie; ils méditent de donner la mort au Messie lui-même. Dieu est à bout de patience: par ses ordres, l'armée romaine va fondre sur Jérusalem, massacrer les déicides, incendier leurs maisons et leurs palais. Les Gentils, convoqués par les apôtres, remplaceront ces indignes à la table du festin. Bons et mauvais s'y coudoieront jusqu'au jour du jugement, mais malheur alors à ceux qui ne porteront point la robe nuptiale, la robe blanche des enfants de Dieu ! Ils seront relégués loin de Dieu, pure lumière, dans « le cachot ténébreux où se font entendre les grincements de dents, où coule le pleur éternel. Et prenez garde, ajoute Jésus, s'il y a beaucoup d'appelés, il y a peu d'élus. » Les divers traits de cette histoire, la révolte des Juifs contre le Messie, la ruine de la nation, la substitution des Gentils à la race choisie, finissaient, à force d'être répétés, par impressionner vivement la multitude, et les Sanhédristes pouvaient craindre que, d'un moment à l'autre, le peuple, terrifié par ces sinistres prédictions, ne leur demandât compte du décret infâme qu'ils avaient lancé contre le prophète. Aussi se hâtèrent-ils de quitter le temple, té­moin de leur défaite, pour aller demander secours à leurs complices. Tous les sectaires, pharisiens, sadducéens, hérodiens, réunis depuis la veille, oubliaient un moment leurs querelles et leurs inimitiés pour faire face à l'ennemi commun. Les pharisiens, plus intéressés que les autres dans ce combat, avaient distribué les rôles, les questions et les arguments. En conduisant au temple cette troupe de docteurs rompus à la controverse, ils se croyaient sûrs de vaincre Jésus et de le faire passer pour faux prophète.

Quand ils se furent glissés furtivement dans l'immense auditoire qui entourait le Sauveur, on vit soudain arriver devant lui quelques jeunes gens, d'apparences simple et candide. C'étaient des disciples des pharisiens, mêlés à des sectaires hérodiens. Ces jeunes gens venaient proposer au Maître un cas de conscience, religieux et politique en même temps. Depuis la domination romaine, on disputait avec acharnement sur la question du tribut imposé par les nouveaux maîtres. Les pharisiens, ardents patriotes, soutenaient, en secret, bien entendu, qu'il n'était pas permis de payer l'impôt aux Romains. Dieu seul étant le roi des Juifs, c'est à lui seul qu'on devait l'impôt. Ils avaient même fomenté plusieurs révolutions pour soutenir cette cause, très chère à tout le peuple, en Galilée comme en Judée. Selon les préjugés de la nation, le rôle du Messie consisterait précisément à délivrer sa patrie de tout tribut et de toute servitude. Les hérodiens, au contraire, amis des Romains et d'Hérode, la créature de Rome, payaient l'impôt sans difficulté. Ils ne désiraient qu'une chose: c'est que l'empereur instituât le voluptueux Hérode gouverneur de la Judée, comme il l'était de la Galilée. Stylés par leurs maîtres, les jeunes pharisiens exposèrent à Jésus les perplexités de leur conscience à propos de cette controverse. Pour eux, indifférents aux questions de secte, ils ne voulaient que la justice, et c'est pourquoi ils s'adressaient à lui pour calmer leurs scrupules, « car nous savons, lui dirent-ils, que vous êtes un ami de la vérité. Vous enseignez avec franchise la voie par laquelle Dieu veut nous conduire, et cela sans acception de personne, sans crainte de déplaire aux puissants de ce monde. Soyez donc assez bon pour nous dire ce que vous pensez de la question du tribut: Est-il permis de payer l'impôt à César, ou faut-il le refuser ? »

Les candides jeunes gens avaient bien joué leur rôle, et, vraiment, Jésus pouvait-il mettre en doute la sincérité de ces âmes si pures et si confiantes dans la loyauté de son caractère ? Tout autre que lui s'y serait laissé prendre; mais le fait est, qu'avec leur apparente simplicité ces jeunes fourbes lui avaient tendu le plus abominable des traquenards. Quelle que fût sa réponse à leur question, négative ou affirmative, il était également perdu. S'il se prononçait contre le paiement du tribut, les hérodiens, qui se trouvaient là comme témoins, courraient en toute hâte le dénoncer au gouverneur romain qui l'eût fait emprisonner, comme ennemi de l'empereur et fauteur de sédition. Si, au contraire, il se prononçait en faveur du tribut, les pharisiens le dénonceraient au peuple, comme faux prophète et faux Messie, puisque le vrai Messie, le Messie libérateur, devait affranchir la race d'Abraham et de David de tout tribut et de toute servitude.

La foule voyait, aussi bien que les sectaires, la terrible position dans laquelle se trouvait le prophète. Les yeux fixés sur lui, l'on attendait sa réponse. Il regarda bien en face ces élèves des pharisiens, déjà dignes de leurs maîtres, et leur dit d'un ton sévère: « Hypocrites, pourquoi venez-vous me tendre un piège ? Montrez-moi la pièce de monnaie que le cens exige de vous. » Ils lui présentèrent un denier romain, portant l'effigie et le nom de Tibère César. « De qui est cette image et cette inscription ? » reprit-il. — De César. — Eh bien ! rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »

L'admirable réponse frappait en même temps les pha­risiens et les hérodiens. Si vous vous servez de la monnaie de César, disait-il aux pharisiens, vous reconnaissez donc César pour votre souverain. S'il est votre souverain, vous lui devez l'impôt, sans lequel il ne pourrait remplir les devoirs de sa charge envers ses sujets. Rendez donc à César, sous forme d'impôt, le denier que vous tenez de César. Aux hérodiens il ajoutait: Au-dessus de César, il y a Dieu, sa loi, sa religion sainte, dont vous ne vous souciez guère. Respectez donc les droits de César, mais respectez avant tout les droits de Dieu.

La divine sagesse apparut si évidemment dans cette solution inattendue du grand problème politique, que tous les auditeurs restèrent émerveillés. Les pharisiens eux-mêmes comprirent qu'il y avait en Jésus une science supérieure à celle de leurs docteurs, et s'en allèrent confus et silencieux.

Pour réparer ce nouvel échec, le grand Conseil s'adressa aux sadducéens. Plus païens que les païens eux-mêmes, ces sectaires ne croyaient ni à l'immortalité de l'âme, ni à la résurrection des corps, ni par conséquent à la vie future. Ils rejetaient les Écritures, sauf les livres de Moïse, parce que dans ces livres, disaient-ils, il n'est point question de survivance après la mort. Naturellement leurs moeurs se ressentaient de leurs doctrines. N'ayant rien à attendre ni à craindre au delà du tombeau, ils cherchaient à se repaître ici-bas des plus viles jouissances, et détestaient le prophète qui, à tout propos, exaltait les âmes pures et leur promettait le ciel en récompense de leurs vertus. Ils vinrent donc se mesurer avec lui et crurent l'embarrasser beaucoup par une objection ridicule contre le dogme de la résurrection.

« Maître, lui dirent-ils, d'après la loi de Moïse, si un homme marié meurt, sans enfants, son frère doit épouser sa veuve, afin de susciter une descendance au défunt. Or il est arrivé que sept frères, morts l'un après l'autre sans laisser de postérité, ont ainsi épousé successivement la même femme, qui leur survécut à tous. Quand viendra cette résurrection que vous prêchez, auquel de ses sept époux appartiendra cette femme ? » De cette histoire, forgée à plaisir, ils conclurent que Moïse ne croyait pas à la vie future: autrement il n'eût pas fait une loi qui entraînait pour l'autre monde de telles conséquences.

Jésus prit en pitié ces sectaires ignorants et grossiers. Il les traita même moins durement que les pharisiens, parce que, s'ils vivaient et parlaient comme des brutes, ils ne cherchaient point à paraître des anges. Il leur répondit simplement: « Vous vous trompez sur la vie future, parce que vous ne connaissez ni les Écritures ni l'étendue de la puissance de Dieu. Ici-bas, les enfants du siècle contractent des alliances, parce qu'il faut réparer les vides causés par la mort; mais au siècle futur, après la résurrection, il ne sera plus question d'époux ni n'épouses, parce que, comme on ne mourra plus, il n'y aura plus de vides à com­bler. L'homme spiritualisé deviendra semblable à l'ange. Dégagé de tout instinct grossier, véritable enfant de Dieu, le ressuscité vivra comme Dieu lui-même.

« Vous vous appuyez sur Moïse pour nier la résurrection et la vie future, mais vous n'avez donc jamais lu ses livres, et en particulier ce passage où Jéhovah dit à Moïse: Je suis le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob ? Or Dieu n'est pas le Dieu des morts, le Dieu de la poussière, mais le Dieu des vivants, de ceux qui, au départ de ce monde, vivent en lui. Vous voyez que, par votre ignorance des Écritures, vous tombez dans d'énormes erreurs. »

Cette doctrine si pure, si élevée, ravit les auditeurs. En présence de Jésus et de son enseignement, les sadducéens parurent si grossiers et si stupides, que les scribes eux- mêmes applaudirent à leur humiliation. L'un d'eux ne put s'empêcher, malgré son hostilité pour le prophète, de s'écrier en face de l'auditoire: « Maître, vous avez magnifiquement répondu. »

Ces honteuses défaites de leurs complices exaspéraient les pharisiens. En désespoir de cause, ils envoyèrent un des leurs poser à Jésus une question vivement débattue parmi les Juifs, à savoir quelle est, des cinq ou six cents prescriptions de la Loi mosaïque, la plus grave et la plus im­portante. Les uns opinaient pour le sabbat, d'autres pour le sacrifice des victimes, tous pour des observances extérieures. Le docteur pharisien interrogea donc Jésus sur ce fameux litige: « Maître, lui dit-il, quel est, selon vous, le premier et le plus grand des commandements de la Loi ? » Jésus répondit comme il l'avait déjà fait à un autre docteur: « Voici le plus grand de tous les commandements: Écoute, Israël: le Seigneur, ton Dieu, est le seul Dieu. Tu l'aimeras de tout ton coeur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toutes tes forces. Tel est le premier et le plus grand des commandements; et voici le second, semblable au premier: Tu aimeras le prochain comme toi-même. Il n'y a pas de commandements plus grands que ceux-là, car de cette double source découlent la Loi et les prophètes. »

Cette réponse fut un jet de lumière pour le pharisien. Tout entier aux observances légales, jamais il n'avait pensé que l'amour seul peut leur donner du prix aux yeux de Dieu, et que, d'un autre côté, l'amour de Dieu fera pratiquer toutes les oeuvres de la Loi. Ébloui par la divine sagesse du prophète, il oublia qu'il était venu pour le tenter, et se mit à le combler d'éloges: « Maître, dit-il, c'est la vérité même qui a parlé par votre bouche. Dieu est un, et il n'y a pas d'autre Dieu que lui; il faut l'aimer de tout son coeur de toute son âme et de toutes ses forces; il faut aimer son prochain comme soi-même. L'amour l'emporte sur les holocaustes et les sacrifices. » Ce pharisien sincère avait triomphé des préjugés de sa secte; un pas de plus, et il croyait en Jésus: aussi mérita-t-il ce jugement du Sauveur: « Vous n'êtes pas loin du royaume de Dieu. »

A partir de ce moment, les pharisiens et leurs complices cessèrent d'interroger un Maître qui les dépassait de toute sa hauteur. Humiliés et confondus, ils se réunirent en grand nombre sous les portiques du temple pour aviser à la situa­tion. Au lieu de se demander s'ils ne devaient pas recon­naître pour le Messie ce prophète dont la science égalait la puissance, ils échangeaient contre lui des propos de haine et de vengeance, quand tout à coup Jésus parut devant eux. Il leur apportait une dernière grâce, c'est-à-dire une dernière lumière, avant de prononcer sur eux la suprême malédiction. Comme la question du Messie occupait tous les esprits, il leur posa cette question: « Le Messie que tout Israël attend, de qui est-il le fils ? — De David, répondirent-ils, tout étonnés qu'on pût leur poser pareille question. — De David, reprit Jésus, fort bien; mais si le Christ est fils de David, voudriez-vous me dire comment David, inspiré par l'Esprit-Saint, a pu l'appeler son Seigneur ? Et cependant, vous n'ignorez pas qu'au Livre des psaumes, on lit ce texte de David: (( Jéhovah a dit à mon Seigneur: Asseyez-vous à « ma droite, jusqu'à ce que je réduise vos ennemis à vous « servir de marchepied. »

Les pharisiens ne pouvaient nier que, dans ce psaume, David chante la gloire du Christ-Messie et qu'il l'appelle son Seigneur, car telle était l'interprétation de toute la synagogue. Mais comment le Messie peut-il être en même temps fils et seigneur de David ? Là était un mystère, mystère concernant la personne du Messie, qu'aucun docteur ne pouvait expliquer. Aussi, bien que tout le peuple réclamât une réponse à cette question, grave entre toutes, les pharisiens durent avouer, par leur silence, qu'ils n'en pou­vaient donner aucune. Des hommes de bonne foi eussent demandé à Jésus les lumières qui leur manquaient pour comprendre ce passage des Écritures, et Jésus leur eût donné la clef de l'énigme. David appelle le Christ son Seigneur, parce que, si le Christ est fils de David, il est en même temps Fils de Dieu. Est-ce que, dans ce même psaume, Jéhovah ne dit pas au Christ qu'il place à sa droite: « Je t'ai en­gendré avant la lumière, c'est-à-dire de toute éternité ! » Les Écritures affirment donc, aurait ajouté Jésus, que le Christ, fils de l'homme, est le vrai Fils de Dieu; et vous, docteurs d'Israël, vous rejetez le Messie, le Fils de David, vous avez voulu le lapider, et maintenant vous voulez le crucifier, parce qu'il s'est dit Fils de Dieu.

Mais les pharisiens avaient peur de la lumière. Ils sentaient vaguement que, sous la question de Jésus, se cachait leur condamnation. Ils s'enfoncèrent dans leurs ténèbres, et Jésus les y laissa, parce que, s'il avait revendiqué clairement son titre de Fils de Dieu, ils l'eussent lapidé sur place. Or, l'heure du sacrifice ne devait sonnet que dans trois jours. Quant aux pharisiens, l'heure de la réprobation a sonné pour eux: Jésus ne leur parlera plus jusqu'au jour où il viendra les juger.

CHAPITRE VI

MALÉDICTIONS

Les pharisiens, cause de la perdition d'Israël.
Sainte indignation de Jésus
Les pharisiens démasqués et anathématisés
Les faux docteurs dans l'Eglise.
L'unique maître et docteur
L'obole de la veuve
Jésus prédit la ruine de Jérusalem Match., xxin — Marc., xu, 38-44 Luc., xx, 45-47; xxi, 1-4


Après que Jésus les eut condamnés à un silence humiliant, les scribes et les pharisiens disparurent du temple; mais la foule, qui depuis le matin applaudissait aux réponses du Sauveur, ne se lassait point de l'entendre. Évidemment le peuple d'Israël serait entré de grand coeur dans le royaume de Dieu, si ses chefs et ses docteurs n'eussent constamment fait miroiter à ses yeux un prétendu libérateur qui donnerait aux Juifs l'empire du monde.

Et depuis trois ans, Jésus voyait ces scribes et ces phari­siens fermer volontairement les veux à la lumière. « En punition de leur incrédulité, dit Isaïe, Dieu laissait leur esprit s'aveugler et leur coeur s'endurcir, afin que ne voyant plus et n'entendant plus, il n'y eut pour eux ni guérison ni conversion. » Parmi les princes du peuple, un certain nombre crurent en Jésus, mais ils n'osèrent confesser leur foi, de peur que les pharisiens ne les fissent expulser des synagogues. Ceux-là aussi préférèrent la gloire qui vient des hommes à celle qui vient de Dieu (4)

Non seulement les pharisiens refusaient de croire, mais, depuis trois ans, Jésus les rencontrait sur tous les chemins, cherchant par tous les moyens possibles à détourner de lui le peuple qu'il venait sauver. S'il exposait les lois de la justice et de la charité, ils l'accusaient de mépriser les traditions, de violer le sabbat, de détruire la Loi de Moïse; s'il prouvait sa mission par des prodiges qui enthousiasmaient tout le pays, ils attribuaient ses miracles au démon; s'il appelait à lui les pauvres, les publicains, les pécheurs, ils lui reprochaient de fréquenter des hommes vils, flétris et déshonorés. Et toutes les fois qu'au milieu du temple il exposait sa doctrine, sa mission divine, son union intime avec son Père, ils s'empressaient de crier au blasphème et de ramasser des pierres pour le lapider.

Et ces grands criminels, Jésus les voyait couvrir du masque de la vertu les vices qui rongeaient leur coeur, affecter des airs de piété et d'austérité, pour s'emparer de la multitude. Et le peuple, ainsi trompé, subissait partout leur influence, car partout ils étaient ses maîtres: ils trônaient dans les synagogues, dans les chaires des docteurs, dans les assemblées du Sanhédrin.

Or Jésus se disait qu'il en serait ainsi dans tous les siècles. Une église de Satan s'établirait à côté de son Église. Partout où ses apôtres porteraient son nom et son Évangile, de faux docteurs travailleraient à ruiner l'oeuvre des apôtres. Partout des pharisiens hypocrites, des sadducéens sans foi ni loi, des hérodiens apostats, bien qu'ennemis irrécon­ciliables, oubliraient leurs divisions pour se liguer contre le Seigneur, contre son Christ et son Église.

A cette pensée, le coeur de Jésus se remplit d'une sainte indignation. Il vit des millions et des millions d'âmes, pour lesquelles il allait donner son sang, tomber au fond des enfers. Et c'étaient ces faux docteurs qui les trompaient, les pervertissaient, les entraînaient loin de Dieu dans un abîme éternel. Et Jésus se dit qu'avant de quitter ce temple où il parlait pour la dernière fois, il devait signaler les scribes et les pharisiens comme les auteurs de la perdition des âmes et des peuples. Souvent il les avait dénoncés et flétris, mais jamais il ne les marqua d'aussi honteux stigmates, jamais il ne lança contre eux d'aussi terribles ana­thèmes. S'adressant à ses disciples et aux foules qui l'entouraient, il leur recommanda d'écouter, mais de ne pas imiter les docteurs de la Loi.

« Les scribes et les pharisiens, dit-il, sont assis sur la chaire de Moïse » et restent, malgré leur indignité, les interprètes de la Loi et des Écritures. « Faites donc ce qu'ils vous disent, » observez fidèlement les préceptes de Moïse; « mais ne faites pas ce qu'ils font, car ce qu'ils prêchent aux autres, ils ne le font pas eux-mêmes. Ils chargent les épaules des autres de fardeaux écrasants, qu'eux ne touchent pas même du bout du doigt. S'ils font quelque bonne oeuvre, c'est pour s'attirer les louanges des hommes. » Afin de se donner un renom de sainteté, « ils se couvrent de parchemins » sur lesquels ils écrivent les préceptes de la Loi, et se plaisent «à élargir les franges de leurs manteaux)) pour mieux se distinguer des Gentils, tandis qu'ils foulent aux pieds tous les préceptes, et sont, autant que les Gentils, esclaves de tous les vices. Pleins d'orgueil et de vanité, « ils aiment qu'on leur prodigue les salutations sur les places publiques, ils recherchent les premières places dans les festins, et les sièges d'honneur dans les synagogues; ils sont heureux quand on les appelle Rabbis ». Ils croient que de « Maître » ajoute à leur taille plusieurs coudées.

« Pour vous, mes disciples, » n'ambitionnez pas ces vains titres maître et de docteur, car « vous n'avez qu'un Maître, et vous êtes tous frères, tous égaux devant lui. Ne dites pas à ceux qui vous suivent de vous donner le nom de père, car un seul mérite ce nom, le Père qui est dans les cieux. Ne vous faites point appeler docteur, car votre seul maître, votre seul docteur, c'est le Christ. Le plus grand parmi vous sera le serviteur de tous. Celui qui s'élève, sera abaissé, et celui qui s'abaisse, sera élevé. »

Après avoir ainsi prémuni ses disciples contre les vices scandaleux des pharisiens, le Pasteur à la voix douce et tendre prit l'aspect et la voix du ,Juge éternel. Il dévoila les crimes que ces hypocrites, couverts du manteau de la justice, avaient commis dans le passé; il dépeignit dans toute leur horreur ceux qu'ils s'apprêtaient à commettre, et lança contre eux des malédictions qui atteindront dans tous les siècles leurs perfides imitateurs.

« Malheur à vous, s'écria-t-il, scribes et pharisiens, qui fermez devant les hommes la porte du royaume des cieux ! Non seulement vous n'y entrez pas, mais en repoussant Celui qui seul en a la clef, vous empêchez les autres d'y entrer.

« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui mangez le bien des veuves, en leur promettant des prières sans fin ! Vous serez doublement condamnés » à cause de votre rapacité, doublée d'hypocrisie.

« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui courez la terre et les mers pour gagner un prosélyte, et qui faites de lui, quand vous l'avez dans les mains, un fils de l'enfer, plus vicieux et plus coupable que ses maîtres !

« Malheur à vous, guides aveugles » et docteurs insensés, « qui déliez de leurs serments ceux qui jurent par le temple, et non ceux qui jurent par l'or du temple, comme si l'or avait plus de valeur que le temple auquel il est consacré. Malheur à vous, qui déliez de leurs serments ceux qui jurent par l'autel, et non celui qui jure par les dons offerts sur l'autel, comme si l'offrande l'emportait en valeur sur l'autel qui sanctifie l'offrande. » Hypocrites, vous trompez les simples avec vos distinctions: « Celui qui jure par l'autel, jure aussi par les dons qui s'y trouvent déposés; celui qui jure par le temple, jure aussi par Celui qui en a fait sa demeure; celui qui jure par le ciel, jure également par le trône de Dieu et par le Dieu assis sur ce trône. »

« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui payez exactement, et sans que la Loi vous Y oblige, la dîme de la menthe, de l'aneth et du cumin, et qui foulez aux pieds les préceptes les plus importants de la Loi, tels que la justice, la miséricorde et la foi. Pratiquez d'abord les commandements, et vous vous occuperez ensuite, si cela vous plaît, d'oeuvres surérogatoires. Mais non, guides aveugles, vous filtrez votre vin, de peur d'avaler un mouche­ron, et vous avalez un chameau !

« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui nettoyez les dehors de la coupe et du plat, tandis qu'au dedans votre coeur est rempli de rapines et d'immondices. Pharisien insensé, purifie d'abord ton âme, tu laveras tes mains ensuite. Scribes et pharisiens, malheur à vous Vous ressemblez à des sépulcres blanchis, éblouissants à l'extérieur, et pleins, au dedans, d'ossements et de pourri­ture. » Comme ces tombeaux, vous paraissez purs aux yeux des hommes, mais, aux yeux de Dieu, « vous êtes des sentines d'hypocrisie et d'iniquité.

« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui bâtissez des tombeaux aux prophètes, et décorez les monuments élevés en l'honneur des justes, en disant: « Si nous « eussions vécu au temps de nos pères, nous n'aurions pas, « comme eux, trempé nos mains dans le sang des prophètes. » Hypocrites, vous faites bien de les appeler vos pères, vous êtes les dignes fils de ceux qui ont tué les prophètes. Achevez de combler la mesure » de leurs crimes, en commettant le forfait que vous méditez. « Serpents maudits, race de vipères, comment échapperiez-vous au jugement et à l'éternelle vengeance ? Voilà que, moi aussi, je vais vous en­voyer des prophètes, des sages et des docteurs. Vous tuerez et crucifierez les uns, vous flagellerez les autres dans vos synagogues, vous les poursuivrez de ville en ville, afin que sur vous retombe tout le sang innocent répandu sur la terre depuis le sang d'Abel le juste, jusqu'au sang de Zacharie, que vous avez tué entre le temple et l'autel. En vérité, je vous le dis, tout cela va retomber sur la génération actuelle. »

A la pensée des maux qui allaient fondre sur la nation déicide, Jésus éprouva une vive émotion. Son coeur se remplit d'amertume et de tristesse. « Jérusalem, Jérusalem, s'écria-t-il, toi qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois j'ai voulu rassembler tes enfants près de moi, comme la poule », au moment du danger, « abrite ses petits sous ses ailes et tu ne l'as pas voulu ! et bientôt, au lieu de ton temple et de tes palais, on ne trouvera ici que le désert ! Je m'en vais, et je vous le dis en vérité, vous ne me verrez plus », jusqu'au jour où, après de longs siècles, convertis et repentants, vous reconnaîtrez enfin le Messie Rédempteur, et direz avec amour: « Béni « soit Celui qui vient au nom du Seigneur (5). »

Telles furent les dernières paroles de Jésus au peuple d'Israël. Laissant alors la foule qu'il évangélisait depuis le matin, il vint se reposer un instant sous les portiques, avant de quitter le temple. En face de l'endroit où il était assis, se trouvait un tronc où les pèlerins allaient déposer leurs offrandes. Jésus suivait des yeux très attentivement beau­coup de riches qui jetaient dans le tronc, non sans ostenta­tion, des poignées d'argent et d'or, quand survint une pauvre veuve, dont la timidité contrastait singulièrement avec la fière attitude de ceux qui l'avaient précédée. Elle s'approcha du tronc et y déposa humblement deux pièces minuscules, lesquelles valaient ensemble un centime de notre monnaie. Ce que voyant, le Sauveur attira l'attention des apôtres sur cette femme. « De tous ceux qui ont déposé des offrandes, leur dit-il, c'est elle qui a donné le plus. » Et comme cette parole paraissait les étonner, il ajouta : « Les riches ont donné de leur abondance, mais cette femme a donné de son indigence; elle a donné sa dernière obole, la miette nécessaire à sa subsistance. »

Après avoir maudit le cupide et orgueilleux pharisien, Jésus devait bénir l'humble et pauvre veuve. Sa prédica­tion finit comme elle a comencé: « Bienheureux les pauvres, car le royaume du ciel est à eux ! »

Références

4. ban., xn, 39-47.
5- C'est une croyance générale dans l'Église, dit saint Augustin, que les Juifs se convertiront un jour. (Civ. Dei, XX, 29.) Cette croyance se fonde principalement sur deux textes de l'Écriture, l'un de saint Paul, l'autre du prophète Malachie. « Mes frères, écrit saint Paul aux chrétiens de Rome , je ne veux pas vous laisser ignorer un grand mystère (un secret dessein de Dieu), c'est qu'une partie d'Israël est tombée dans l'aveuglement par sa faute, et doit y rester jusqu'à ce que la plénitude des nations soit entrée dans l'Église, et alors Israël y entrera lui-même et sera sauvé. Ad Rom., xi, 25-26. Le prophète Malachie annonce fiv, 5) qu'avant le jour du jugement, Dieu enverra aux Juifs le prophète Elie pour les convertir. Élie préparera le monde au second avènement du Christ, comme Jean-Baptiste l'a préparé au premier. Quand les Juifs se convertiront-ils, et quelle sera la durée de l'époque préparatoire à l'avènement glorieux de Notre-Seigneur ? les hommes disputent là-dessus, mais Dieu seul le sait.