Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de 
Mgr Pierre André Fournier  et ami de
ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande.

Signez mon livre d'or. Un petit mot fait du bien et cela vous permet aussi de lire les commentaires des gens. 


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU
MINISTÈRE PRESBYTÉRAL


AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?

LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE
DIT QUELQUE CHOSE?

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Titre de la série :
Jésus-Christ-Sa vie-Sa passion-Son triomphe
Titre de la page:
Livre-4-Chap-I - Les-Douzes-Apotres
Livre-4-Chap-II- Les
Béatitudes
Livre-4-Chap-III- Les Préceptes évangéliques

Nom de l'auteur:
Père Berthe de la Congrégation du Très Saint-Sacrement.

Livre IV
Fondation du Royaume

CHAPITRE PREMIER

LES DOUZE APÔTRES

Seconde année du ministère de Jésus
Royaume spirituel et royaume temporel
Le mont des Béatitudes
Fondation de l'Église
Élection des douze apôtres.
L'oeuvre et les ouvriers
Le colosse et la petite pierre
Match., xii; 15-21, x, 1-4
Marc., in, 7-19. — Luc., vi, 12-19


Il y avait une année que le Messie se révélait en Israël. Les provinces de la Palestine, Judée, Samarie, Galilée, l'avaient vu passer, prêchant à tous le royaume de Dieu, et prouvant sa mission par des prodiges. Même des pays étrangers, les foules, accourant pour l'entendre, mêlaient leurs acclamations à celles des Israélites. Les infirmes, les malades, les possédés, lui faisaient cortège, certains d'être guéris s'ils parvenaient à l'approcher. Par sa doctrine toute céleste, sa sublime charité, sa douceur inaltérable, Jésus ressemblait trait pour trait au Messie dépeint par Isaïe: « Voici mon serviteur, l'élu en qui j'ai mis mes complaisances. Je lui communiquerai mon Esprit: il annoncera aux peuples la justice; il ne disputera point, il ne criera point, nul n'entendra sa voix sur les places publiques; il ne rompra point le roseau à demi-brisé, il n'éteindra point la mèche encore fumante. Toutes les nations espéreront en lui (1). »

Et cependant le peuple, tout en l'acclamant, restait dans une certaine indécision à son égard. Cédant aux préjugés de la nation sur le caractère du libérateur attendu, il se demandait si cet Agneau de Dieu, glorifié par Jean-Baptiste, deviendrait un jour le lion de Juda, célébré par les prophètes. Jésus parlait d'établir le royaume de Dieu, mais entendait-il par là le rétablissement du royaume de David, le règne d'Israël sur le monde, ou simplement le règne de Dieu sur les âmes ? D'ailleurs, un simple artisan de Nazareth acquerrait-il jamais assez de prestige et de puissance pour vaincre et chasser du pays les envahisseurs romains ? Sans doute il appelait Dieu son Père; il se croyait, en qualité de Fils de Dieu, investi d'une autorité divine; il manifestait son pouvoir par d'incroyables prodiges; mais les docteurs et les chefs de la nation, au lieu de reconnaître les titres qu'il se donnait, ne voyaient en lui qu'un misérable blasphémateur, un violateur des lois de Moïse, et l'accusaient de conspirer ouvertement contre la religion trois fois sainte du peuple de Dieu.

Jésus comptait donc dans le peuple de fervents disciples et de nombreux admirateurs, dont la plupart malheureusement, trompés par l'enseignement et les intrigues criminelles des faux docteurs, hésitaient à reconnaître en lui le Messie promis. Il s'agissait en conséquence, non plus de soulever les masses, mais de les éclairer sur le rôle spirituel du libérateur, que Dieu envoyait à toutes les nations aussi bien qu'au peuple juif. C'était affronter plus que jamais la colère des pharisiens, mais le prophète Siméon n'avait-il pas prédit que Jésus serait un objet de contradiction au milieu du monde, et pour beaucoup une occasion de ruine ou de résurrection ?

Afin de faire savoir à tous ce qu'il fallait entendre par ce royaume de Dieu qu'il venait fonder, le Sauveur résolut d'en jeter immédiatement les bases, en nommant ceux qui devaient l'établir dans le monde entier, puis de promulguer les lois auxquelles devraient s'assujettir les fidèles sujets de ce divin royaume.

A quelques stades du lac, entre Capharnaüm et Tibériade, s'élève une montagne, désormais célèbre sous le nom de montagne des Béatitudes. Quelques jours après son retour de Jérusalem, Jésus gravit avec ses disciples ce mont solitaire. Le soir, pendant que ceux-ci prenaient leur repos, il se retira sur un pic plus élevé pour y converser avec son Père. C'est ainsi qu'il avait l'habitude de passer la nuit en oraison, à la veille d'événements qui devaient intéresser au plus haut point la gloire de Celui qui l'avait envoyé.

Cette fois, il ne s'agissait de rien moins que d'asseoir les fondements de l'empire universel et éternel que Daniel avait prédit en ces termes: « Le Dieu du ciel va susciter un royaume nouveau qui n'aura point de fin et ne passera point à un autre peuple. Ce royaume brisera et réduira en poussière tous les empires, et subsistera lui-même jusqu'à la fin des siècles. » En ce moment, le plus solennel de l'histoire, un nouveau monde allait commencer. Sur les ruines des vieilles sociétés païennes, du vieux culte mosaïque, du sacerdoce figuratif d'Aaron, le Pontife éternel selon l'ordre de Melchisédech se disposait à constituer la société divine des enfants de Dieu, cette Église catholique qui devait porter le nom béni du Sauveur jusqu'aux extrémités du monde. Jésus disait naguère à quelques-uns des siens: « Je ferai de vous des pêcheurs d'hommes » L'heure était venue de tenir sa promesse.

Quand le jour fut venu, il rassembla ses disciples, et dans le nombre il en choisit douze, auxquels il donna le nom d'apôtres, c'est-à-dire d'envoyés. Par ce titre, il les désignait comme ses messagers au milieu des peuples, les prédicateurs de son Évangile, les lieutenants de son royaume. En même temps, il leur communiqua le pouvoir de guérir les malades et de chasser les démons. A ce signe, les peuples reconnaîtraient en eux les représentants de Dieu et les dépo­sitaires de son autorité.

Les douzes apôtres figuraient les douze tribus d'Israël, lesquelles représentaient elles-mêmes les nations du monde entier. Sur ces douze colonnes devait s'élever l'Eglise de Dieu.

Or, voici les noms des douze privilégiés dont Jésus composa le collège apostolique.

Simon, fils de Jonas, surnommé Pierre , fut le premier élu. Simple pêcheur du lac de Génésareth, il s'était attaché au divin Maître dès le commencement de sa prédication, et depuis, n'écoutant que son ardeur et sa générosité, sur un simple appel de Jésus, il avait tout quitté pour le suivre, avec la ferme résolution de ne jamais s'en séparer.

André, son frère, fixa ensuite le choix du Maître. Ce fut lui qui, le premier, s'écria sur les bords du Jourdain: « Nous avons trouvé le. Messie. » Homme à la foi vive, au coeur ardent, il aurait volontiers donné sa vie pour le Sauveur.

Aprés eux furent appelés leurs compagnons de pêche, Jacques et Jean, les deux fils de Zébédée. Eux aussi avaient quitté leur père et leurs filets pour suivre le prophète de Nazareth . Jacques, l'aîné, l'écoutait avec enthousiasme et désirait passionnément l'établissement du nouveau royaume. Jean sortait à peine de l'adolescence, mais son coeur innocent et pur se sentit entraîné, dès qu'il l'aperçut, vers Celui que le saint précurseur appelait l'Agneau de Dieu.

Le cinquième élu, Philippe, natif de Bethsaïde comme les précédents, fut aussi l'un des premiers disciples. Un regard du Sauveur suffit pour le déterminer, non seulement à le suivre, mais à lui recruter des adhérents. Il lui avait amené' Nathanaël, que Jésus qualifia de bon Israélite, au coeur droit et sans artifice. Ce même Nathanaël, appelé aussi Barthélemy, du nom de son père, devint le sixième apôtre.

Le septième élu fut Matthieu, le publicain que le Maître prit à son comptoir des bords du lac pour l'enrôler parmi ses disciples. Le huitième s'appelait Thomas: homme d'un esprit sérieux et d'un coeur droit; lent à croire, mais fermement attaché à la vérité, les enseignements de Jésus l'avaient captivé.

Vinrent ensuite deux proches parents du Sauveur, les fils de Marie et de Cléophas, Jacques et Jude. Jacques, surnommé le Mineur pour le distinguer du fils de Zébédée, porta aussi le nom de Juste à cause de ses grandes vertus. Jude, appelé aussi Thaddée, se distinguait par son zèle et son activité. Tous deux, élevés avec Jésus depuis leur enfance, hésitaient à le reconnaître pour le Messie, mais le Sauveur savait avec quelle foi et quel amour ils travailleraient à l'établissement du royaume de Dieu.

Le onzième élu, Simon de Cana, s'était fait surnommer le zélateur par son attachement à la Loi et sa haine des impies. Admirateur du Maître et de sa doctrine, il devint un de ses fervents disciples, et se dévoua sans réserve à lui gagner des coeurs.

Ces onze premiers apôtres appartenaient à la Galilée. Le douzième, Judas de Kérioth, le seul Juif du collège apostolique, suivit Jésus par intérêt et finit par le vendre. Homme cupide et sans coeur, il savait que le Sauveur voulait fonder un royaume, et il se mit au nombre de ses partisans, persuadé qu'une fois sur le trône, le nouveau roi comblerait ses amis de biens et de faveurs. Déçu dans son espoir, il ne recula pas devant la plus infâme des trahisons.

C'est avec ces pauvres gens, ces bateliers, ces paysans illettrés, ces hommes grossiers, dont quelques-uns croyaient à peine en lui et ne soupçonnaient pas même la nature de son oeuvre, que Jésus entreprenait de fonder son empire universel. De pareils ouvriers, il ne pouvait naturellement rien attendre, mais il convenait à ses desseins de choisir les faibles, pour abattre les forts; les insensés, pour confondre les sages; ce qui n'est pas, pour détruire ce qui est, afin que nul ne pût se glorifier devant le Seigneur.

Ce choix des apôtres éloigna de plus en plus du Sauveur les pharisiens et les chefs du peuple. Était-ce là le grand roi, le fils de David, celui qui s'entourait de pareils ministres ? Pensait-il, avec de semblables guerriers, relever Israël de sa déchéance et lui assujettir le monde ? S'ils n'eussent été frappés de cécité, ces docteurs si versés dans les Écritures se fussent rappelé la prophétie de Daniel sur le royaume du Messie. Pour abattre le colosse formidable, à la tête d'or, aux bras d'airain, aux jambes de fer, figure des grands empires, il suffit d'une petite pierre détachée de la montagne par une main invisible. Au choc de la petite pierre le colosse s'écroula, et, sur ses ruines, la petite pierre, symbole de l'Église naissante, devint une montagne qui couvrit toute la terre. Mais les sages, aveuglés par l'esprit d'orgueil, avaient perdu l'intelligence des Écritures. Ils ne pouvaient comprendre ni le royaume de Dieu prédit par les prophètes, ni les instruments choisis pour l'établir, ni surtout la législation que Jésus allait imposer aux sujets du nouvel empire.

Références
1. Is., xmi, 1-4.

CHAPITRE II

LES BÉATITUDES

Discours sur la Montagne.
Les fausses divinités
Hymne de leurs adorateurs
Recommandations aux apôtres
Les anathèmes
Les huit béatitudes
Impression des pharisiens
L'Eglise indéfectible (Match., v, 1-16. — Luc., vi, 20-26.)


La montagne où Jésus choisit les apôtres, se termine par deux pics (2)d'inégale hauteur. Entre ces deux sommets, à quelques centaines de pas au-dessus de la route, s'étend un assez vaste plateau ou plaine champêtre, qu'une foule immense avait envahie pendant que Jésus s'entretenait avec les douze. C'étaient des pèlerins de pays divers, des Galiléens, des Juifs, des docteurs de Jérusalem, des habitants de la Décapole et autres contrées d'au delà du Jourdain, des païens venus de l'Idumée, de Tyr et de Sidon. Tous attendaient le prophète dont la sagesse refoulait dans l'ombre les rabbins les plus renommés

,Jésus, entouré de ses apôtres, descendit dans la plaine où se trouvait rassemblée cette multitude. Debout sur ces hauteurs, il contempla ces flots de peuple accourus de tous les points de l'horizon pour lui demander de les introduire dans le royaume de Dieu. Il gémit sur ces âmes encore ensevelies dans les ténèbres, et résolut de leur faire connaître à tous la société spirituelle qu'il venait fonder pour procurer à Dieu la gloire et aux hommes la paix. Tous pourraient faire partie de cette société, à la condition de devenir les vrais enfants du Père qui est dans les cieux.

Quinze siècles auparavant, du sommet d'une autre montagne, Jéhovah avait lui-même dicté le précepte fondamental qu'il imposait au peuple, et dont il faisait la condition essentielle de son alliance. Les échos du désert répétaient encore les solennelles paroles tombées alors du Sinaï : « Écoute, ô Israël, je suis le Seigneur ton Dieu, c'est moi qui t'ai tiré de la servitude d'Égypte. Tu n'auras pas d'autre Dieu devant ma face, car je suis le Seigneur ton Dieu, le Dieu fort et jaloux. »

Or, en jetant les yeux sur le inonde, Jésus voyait que tous les peuples, Juifs et Gentils, adoraient en face du vrai Dieu de fausses divinités, honteuses personnifications des vices qui souillaient leur coeur. Leurs dieux ou leurs déesses, c'étaient l'orgueil, l'avarice, la luxure, l'envie, la colère, la gourmandise et la paresse. Au lieu de chercher les bénédictions de Jéhovah, le Juif lui-même croyait trouver le bonheur dans l'assouvissement de ses passions. Le pha­risien s'enivrait de gloire humaine, le sadducéen d'ignobles voluptés, tous aimaient l'or et l'argent plus que la Loi, plus que Dieu même. Et telle était la perversion de la nature humaine qu'au moment de rétablir le règne de Dieu, Jésus entendait retentir partout, à l'Orient comme à l'Occident, à Jérusalem comme à Rome, le chant des idolâtres:

Heureux les riches, qui disposent à leur gré des biens de ce monde.
Heureux les puissants, qui règnent sur des milliers d'esclaves.
Heureux ceux qui ne connaissent point les larmes, mais dont les jours s'écoulent dans les plaisirs et les divertiss­ments.
Heureux l'ambitieux, qui peut se rassasier de dignités et d'honneurs.
Heureux l'homme de plaisir, saturé de festins et de voluptés.
Heureux l'homme sans pitié, qui peut satisfaire sa vengeance en écrasant ses ennemis.
Heureux l'homme de guerre et de carnage, qui broie sous ses pieds les peuples vaincus.
Heureux le tyran, qui opprime le juste ici-bas et détruit sur cette terre le règne du vrai Dieu. »

Ainsi chantaient depuis des siècles les fils du vieil Adam.

Les multitudes rassemblées sur la montagne ne connaissaient guère d'autres principes sur le bonheur, et beaucoup se demandaient depuis longtemps si ces maximes avaient cours dans le royaume dont, Jésus se disait le fondateur. On attendait avec impatience qu'il s'expliquât enfin clairement sur les dispositions requises pour faire partie de ses vrais disciples. Assis sur un tertre d'où il dominait la foule, ses apôtres autour de lui, et le peuple formant cercle autour d'eux, le Sauveur prit la parole, et ne craignit pas d'opposer aux prétendues félicités de l'homme déchu, ces divines béatitudes qu'aucune bouche humaine n'avait encore proclamées:

Bienheureux les pauvres vraiment détachés des biens de ce monde, car le royaume du ciel est à eux.
Bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.
Bienheureux ceux qui sont doux à l'égard de leurs semblables, car ils posséderont la terre des élus.
Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés.
Bienheureux les miséricordieux, car il leur sera fait miséricorde.
Bienheureux les coeurs purs, car ils verront Dieu.
Bienheureux les pacifiques, parce qu'ils seront appelés les enfants de Dieu.
Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, parce que le royaume du ciel est à eux.

Oui, vous serez heureux lorsque les hommes vous maudiront et vous persécuteront, quand ils diront faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous alors et tressaillez d'allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux.

« Souvenez-vous d'ailleurs qu'ainsi furent traités les pro­phètes qui ont vécu avant vous. »

Par ces maximes étranges, Jésus, en véritable Sauveur du monde, déclarait aux hommes vicieux que, pour entrer dans son royaume et retrouver la vraie félicité, il fallait réinstaller dans leur coeur le Dieu qu'ils en avaient chassé, et déclarer la guerre aux fausses divinités, c'est-à-dire aux sept passions, sources de tous nos malheurs. Il prêchait aux avares la pauvreté, aux orgueilleux la douceur, aux voluptueux la chasteté, aux hommes de paresse et de plaisir le travail et les larmes de la pénitence, aux envieux la charité, aux vindicatifs la miséricorde, aux persécutés les joies du martyre. C'est par le sacrifice de ses instincts mauvais que l'âme passe de la mort à la vie, rétablit en elle le règne de Dieu, et commence à goûter ici-bas la béatitude du royaume des cieux.

Pendant que Jésus parlait, la plupart des auditeurs étaient émerveillés devant ces béatitudes, qualifiées jusque-là de malédictions. Ils cherchaient à surprendre dans la physionomie du prédicateur le sens de son discours; mais son visage restait calme comme la vérité, sa voix douce et pénétrante ne trahissait aucune émotion. Il s'adressait à une nouvelle race d'hommes, plus noble que celle des patriarches, plus sainte que celle de Moïse, à la race née du souffle de l'Esprit divin. Ceux-là seuls le comprenaient qu'une lu­mière céleste élevait à l'intelligence de ces mystérieux enseignements.

Quant aux pharisiens orgueilleux et cupides, ils s'excluaient volontiers d'un royaume ouvert seulement aux âmes assez éprises de Dieu pour mépriser les biens de ce monde, les honneurs terrestres et les plaisirs charnels. Ils s'irritaient contre ce rêveur qui condamnait toutes les actions de leur vie et toutes les aspirations de leur coeur.

Mais Jésus, devinant leurs pensées criminelles, lança contre eux et leurs adeptes ces terribles anathèmes:

Malheur à vous, riches insatiables, car vous trouvez ici-bas vos délices ! Malheur à vous, repus de voluptés: vous souffrirez un jour les horreurs de la faim ! Malheur à vous, éternels rieurs: bientôt vous pleurerez et gémirez ! Malheur à vous qui méritez l'encens des mondains: leurs pères encensaient également les faux prophètes. »

Se tournant alors vers les apôtres, chargés d'étendre son royaume, il leur annonça que les enfants du siècle et leurs faux docteurs ne cesseraient de faire la guerre aux ministres de Dieu, c'est-à-dire à tous ceux qui prêcheront et pratiqueront les vertus enseignées sur la montagne; mais ceux-ci, ambassadeurs du Père qui est dans les cieux, trahiraient leur vocation s'ils se taisaient par crainte des méchants, et laissaient ainsi les âmes s'ensevelir dans les ténèbres et la corruption.

« Vous êtes le sel de la terre, leur dit-il. Si le sel s'affadit, qui lui donnera de la saveur ? Il n'est bon qu'à être jeté dehors et foulé sous les pieds des passants. Vous êtes la lumière du monde. On ne bâtit point une ville sur une montagne pour la soustraire aux regards, et l'on n'allume point une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais sur un candélabre, afin qu'elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. Que votre lumière luise donc devant les hommes afin qu'ils voient vos bonnes oeuvres, et glorifient le Père qui est dans les cieux. »

Ainsi parla Jésus à l'Église naissante. Et toujours l'Église, fidèle à son chef, restera le sel qui ne s'affadit point, le phare qui brille dans la nuit ténébreuse. Jusqu'à la fin des siècles, on l'entendra prêcher les béatitudes de la montagne, et jusqu'à la fin des siècles se formeront à sa voix des légions de pauvres volontaires, de vierges et de pénitents, de confesseurs et de martyrs, heureux de souffrir persécution pour la justice, heureux de mourir pour ce Jésus qui daigna, par sa mort, leur ouvrir les portes de son royaume.

Références
I. On les appelle dans le pays les Cornes de Hattin, à cause du petit village de ce nom, situé sur le versant septentrional de la montagne.
CHAPITRE III
LES PRÉCEPTES ÉVANGÉLIQUES
Loi ancienne et Loi nouvelle
L'esprit et la lettre
le parjure
Interprétations pharisaïques
l'adultère,
l'amour des ennemis
la peine du talion
le divorce
Perfection de la loi évangélique. (Matth., y, 17-48. — Luc., vi, 27-36.)


Le simple énoncé des béatitudes supposait un peuple nouveau. Les disciples de Jésus, régénérés par la grâce, devaient sortir du tombeau des vices originels pour vivre d'une nouvelle vie, la vie dont le Sauveur se montrait le divin exemplaire. Les fils d'Adam, devenus les enfants de Dieu, composaient une nouvelle société, qui commençait sur cette terre et se continuait dans les cieux.

Or, ce royaume spirituel paraissait aux Juifs une oeuvre absolument contraire à celle que devait accomplir le Messie libérateur. Les scribes et les pharisiens dénonçaient Jésus comme un novateur décidé à rompre la vieille alliance de Jéhovah avec son peuple, un révolutionnaire conspirant contre la loi de Moïse, un fanatique capable de bouleverser le pays pour faire prévaloir ses idées personnelles sur l'enseignement officiel des docteurs. Ces accusations, sans cesse répétées, impressionnaient d'autant plus les Juifs fidèles, que les accusateurs se montraient en toute circonstance zélateurs ardents de la Loi mosaïque. C'est pourquoi, dans le discours sur la Montagne, après l'exposition des vertus sublimes auxquelles devaient aspirer les sujets du royaume, Jésus promulgua la Loi nouvelle qu'il imposait aux hommes pour les former à la perfection de ces mêmes vertus. Il lui suffit d'en mettre les prescriptions sous les yeux des auditeurs, non seulement pour réfuter ses ennemis, mais pour montrer que ces zélés défenseurs de la Loi mosaïque n'en comprenaient ni le sens ni la portée.

« Ne vous imaginez pas, dit-il, que je sois venu abolir la Loi et les prophètes: je ne suis pas venu les abolir, mais les perfectionner. Le ciel et la terre passeront, avant que cesse d'obliger un seul iota, un seul point de la Loi. Celui qui violera le moindre de ses préceptes ou permettra de les violer, sera exclu du royaume des cieux; celui, au contraire, qui la gardera et enseignera, sera grand dans le royaume des cieux. »

On ne pouvait démentir plus formellement l'accusation de conspir contre la Loi mosaïque. Jésus alla plus loin: il accusa lui-même ses ennemis de violer l'esprit de la Loi, et de se croire justes en s'abstenant des actes matériels prohibés par la Loi, tout en commettant ces mêmes actes dans leur coeur. Et il osa dire à son auditoire: « Si vous vous contentez de la justice, telle que l'entendent les scribes et les pharisiens, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux. » A l'appui de son assertion, il prouva, par des exemples, que la Loi réprouve, non seulement les actes extérieurs, mais aussi les pensées et les sentiments.

« Vous Savez, dit-il, qu'on a donné à vos pères ce commandement: Vous ne tuerez point; celui qui commettra un homicide sera condamné par le tribunal. Mais moi je vous dis: Quiconque se mettra en colère contre son frère, sera condamné par le tribunal; quiconque l'injuriera gravement, sera condamné par le grand Conseil; quiconque le traitera d'impie en délire, sera jeté dans la géhenne de feu. » Ainsi, non seulement le meurtre, mais tous les sévices graves en paroles ou en actes, dont ne parlaient pas les pharisiens, seront condamnés au jugement de Dieu et punis du feu de l'enfer, figuré par la géhenne. Jésus rattache également au précepte les sentiments de rancune et de haine qui, sans être des meurtres, arment trop souvent le bras des meurtriers. « En présentant votre don à l'autel, dit-il, si vous vous rappelez que votre frère a quelque chose contre vous, laissez là votre don et allez d'abord vous reconcilier avec votre frère : vous viendrez ensuite présenter à Dieu votre offrande. De même entrez en conciliation avec votre créancier avant d'arriver au tribunal : autrement le plaignant vous livrera au juge, le juge, à l'exécuteur, et vous serez jeté en prison, d'où vous ne sortirez qu'après avoir acquitté votre dette jusqu'à la dernière obole. »

Jamais les docteurs juifs n'avaient tiré du cinquième précepte des déductions si étendues et pourtant si légitimes. Sur le sixième, Jésus leur reprocha également de prohiber les actes immoraux, sans réprouver l'impureté du coeur. « Vous connaissez, dit-il, le commandement donné aux anciens: Vous ne commettrez point d'adultère. Mais moi je vous dis: Quiconque regarde une femme avec un mauvais désir a déjà commis l'adultère dans son coeur. » Il enseigna de plus l'obligation de fuir toute personne qui deviendrait une occasion de chute, cette personne nous fût-elle aussi chère que notre oeil ou notre main: « Si votre oeil vous scandalise, arrachez-le, et jetez-le loin de vous; si votre main vous scandalise, coupez-la, et jetez-la loin de vous: il vaut mieux perdre votre oeil ou votre main que de tomber avec tous vos membres dans la géhenne de feu. »

Après avoir établi que les pharisiens méconnaissaient l'esprit de la Loi, Jésus prouva qu'ils poussaient l'audace jusqu'à fausser matériellement le texte sacré par les inter­prétations les plus fantaisistes et les plus immorales. Ainsi, par exemple, bien que le mariage soit, de sa nature indissoluble, Moïse, eu égard aux instincts grossiers du peuple, avait toléré le divorce, mais pour des motifs graves qui devaient figurer dans l'acte de répudiation. Les pharisiens inventèrent mille raisons de séparation, toutes plus futiles les unes que les autres, de sorte que la rupture du lien sacré dépendait du caprice des époux. Jésus ne craignit pas, en condamnant absolument le divorce, de rendre au mariage sa sainteté primitive. « On vous a dit, s'écria-t-il, quiconque renverra sa femme, devra lui donner un acte authentique de répudiation. Et moi, je vous dis: Quiconque renvoie sa femme, hors le cas d'adultère, la rend adultère; et quiconque épouse la femme renvoyée commet également un adultère. » Jésus autorise, le cas échéant, la séparation des époux, mais non le divorce, qui permet de contracter de nouveaux liens.

Autre exemple de l'interprétation frauduleuse des préceptes sacrés. La loi de Moïse condamnait le parjure et défendait même de prendre le nom de Dieu en vain. Pour favoriser leurs rapines, les pharisiens multipliaient les serments dans leurs transactions avec les païens, puis il les violaient audacieusement, sous prétexte qu'ils avaient juré par les créatures, par la terre, par le ciel, par leur tête, par Jérusalem, et non par Jéhovah,Jésus s'éleva contre cette duplicité sacrilège et réprouva tout serinent inutile.

« Vous savez, observa-t-il, qu'il a été dit aux anciens: Vous ne vous parjurerez pas, mais nous tiendrez les serments faits au Seigneur. Et moi, je vous dis: Vous ne jurerez en aucune façon, ni par le ciel, parce que c'est le trône de Dieu; ni par la terre, parce que c'est l'escabeau de ses pieds; ni par Jérusalem, parce que c'est la cité du grand Roi; ni par votre tête, parce que vous ne pouvez rendre un seul de vos cheveux blanc ou noir. Dans vos contestations vous direz simplement: Cela est, cela n'est pas. Le surplus vient du Mauvais. » Ainsi les pharisiens péchaient doublement contre la Loi, d'abord en faisant des serments sans raisons, et en violant les serments faits au nom des créatures, puisque les créatures dépendent absolument de Dieu, leur auteur.

Le code mosaïque renfermait la dure loi du talion, qui permettait d'infliger au coupable le traitement qu'il avait fait subir au prochain. Sans attendre l'application de cette peine, que la justice se réservait, les pharisiens s'autorisaient de la Loi pour se venger cruellement de leurs ennemis. Jésus leur opposa la loi de charité dans ce qu'elle a de plus sublime: « Vous savez qu'il a été dit: Œil pour oeil, et dent pour dent. Et moi je vous dis: Ne résistez point au méchant mais si quelqu'un vous frappe sur la joue droite, présentez-lui encore la gauche. Et à celui qui veut vous appeler en justice pour vous enlever votre tunique, abandonnez encore votre manteau. Et si quelqu'un veut vous contraindre à faire avec lui mille pas, faites-en deux autres mille. Donnez à qui vous demande, et ne vous détournez pas de celui qui veut emprunter de vous. »

C'est le talion à rebours que conseille le divin Maître. Sans doute les enfants de Dieu doivent user de ces conseils avec discrétion, pour ne pas provoquer les méchants à de nouvelles injustices; mais ils les auront toujours devant les yeux pour étouffer dans leur coeur tout sentiment de vengeance.

Les pharisiens ne considéraient pas l'étranger comme leur frère, ni l'ennemi comme leur prochain. Selon eux, on pouvait sans crime détester ou maltraiter ces êtres inférieurs. Membres de la nation choisie, les Juifs se croyaient en droit de haïr le genre humain. Aussi ne fut-ce pas sans stupeur qu'ils entendirent Jésus proclamer les lois de la divine fraternité: « Vous savez qu'il a été dit: Tu aimeras ton prochain, mais tu haïras ton ennemi. Et moi, je vous dis: Faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient. Ainsi vous serez les enfants de votre Père céleste, car il fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, et descendre la pluie sur les justes et sur les injustes. Si vous n'aimez que ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Les publicains n'en font-ils pas autant ? Et si vous ne saluez que vos frères, en quoi vous distinguez-vous des autres ? Les païens n'en font-ils pas autant ? Pour vous, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. »

Ainsi le divin Maître, tout en promulguant les préceptes et les conseils de la Loi nouvelle, prouva clairement qu'il n'entendait en aucune manière comme l'affirmaient ses ennemis, abolir la loi de Moïse. S'il touchait sur certains points, ce n'était point en pharisien, pour la déformer au profit des passions, mais en législateur trois fois saint, pour la purifier de ses taches et en faire la règle sainte et immaculée des enfants de Dieu. Quant aux lois purement rituelles de l'antique Alliance, il allait les accomplir aussi d'une manière suréminente, en donnant au monde les au­gustes réalités dont les rites mosaïques n'offraient que de pâles emblèmes.

Le discours de la Montagne touchait à sa fin. Il ne restait à Jésus, pour achever d'instruire les enfants de Dieu, qu'à leur révéler le grand principe qui domine toute la Loi nou­velle, et sans lequel le plus fidèle observateur des préceptes ne saurait plaire au Père qui est dans les cieux.