CHAPITRE VII
LES SEPT PARABOLES
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Le levain et la pâte |
Le champ et la semence |
Le froment et l'ivraie |
Le royaume des cieux et les paraboles |
Le grain de sénevé |
Le trésor caché |
La perle précieuse |
Le filet et les poissons. (Matth., xhi, 1-53. Marc., iv, 1-34. Lac., vin, 4-15; xin, 18-21 |
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A son retour, Jésus trouva les populations des bords du lac plus préoccupées de leurs affaires que du royaume des cieux. Il eut pitié de ce peuple, enthousiaste mais inconstant, et plus encore de ses apôtres, qui auraient pu se rebuter en voyant la difficulté de poursuivre l'oeuvre commencée. Afin de les élever à la hauteur de leur tâche, il résolut de leur montrer que, vu les passions des hommes et la rage des démons, le royaume de Dieu ne s'établirait ici-bas que lentement et péniblement, mais que cependant, presque invisible d'abord, il finirait par embrasser tout l'univers. Et afin que ces vérités ne révoltassent point les coeurs mal disposés, il les enveloppa dans des figures qu'il expliquait aux siens quand ceux-ci n'en comprenaient pas d'eux-mêmes le sens ou la portée.
A l'automne, il quitta donc avec eux la maison de Capharnaüm pour reprendre ses prédications. Un jour qu'il se reposait sur les bords du lac, il se trouva bientôt, comme de coutume, entouré d'une foule immense, accourue des villes voisines. Afin de se faire entendre plus facilement, il monta sur une barque, en face du peuple assis sur le rivage. Au delà de l'auditoire, s'inclinaient vers le lac des champs fertiles, des buissons d'épines, des rochers dépouillés de toute verdure. Jésus prit occasion de ce spectacle pour enseigner sur le royaume des cieux des vérités que les apôtres et leurs disciples devront éternellement étudier. « Écoutez dit-il, cette parabole:
« Le semeur s'en alla ensemencer son champ. Or une partie de la semence qui s'échappait de sa main, tomba sur un chemin battu, où elle fut foulée aux pieds des passants et mangée par les oiseaux du ciel. Une autre partie tomba sur un terrain pierreux, recouvert d'une légère couche de terre: elle germa aussitôt; mais, n'ayant point de racines, elle se dessécha aux premiers feux du soleil. Une troisième tomba parmi les épines qui, en grandissant, l'étouffèrent. Enfin la quatrième partie tomba dans une bonne terre et fructifia si heureusement que les grains produisirent trente, cinquante et même cent pour un. Comprenez, si vous savez comprendre. »
Jésus laissa aux auditeurs le soin d'interpréter la parabole, selon l'usage des docteurs, qui souvent proposaient leur enseignement au peuple sous une forme allégorique. Mais bien qu'il fût assez facile de saisir les vérités cachées sous ces emblèmes, les apôtres eux-mêmes ne purent y parvenir. Se rapprochant de leur Maître, ils lui demandèrent ce que signifiait cette parabole, et pourquoi il se servait de ce langage énigmatique pour instruire le peuple.
« Il vous est donné à vous, répondit-il, et non à ceux-ci, de pénétrer les mystères cachés du royaume des cieux. On donne abondamment à celui qui a su s'enrichir, mais on ôte au dissipateur le peu qui lui reste. Si je parle à ce peuple en paraboles, c'est afin qu'il voie sans voir, et qu'il entende sans comprendre, ainsi que l'a prédit le prophète Isaïe. Et cela, parce qu'il a volontairement endurci son coeur, bouché ses oreilles, fermé ses yeux, de peur de voir, d'entendre, de comprendre, de se convertir et d'accepter le salut que je suis venu lui offrir.
Quant à vous, bénis sont vos yeux, parce qu'ils voient; bénies vos oreilles, parce qu'elles entendent. Des prophètes, des justes nombreux, je vous le dis en vérité, ont désiré voir ce que vous voyez, entendre ce que vous entendez, et cette faveur ne leur a pas été donnée. A vous donc il m'est permis d'expliquer la parabole du semeur.
« La semence, c'est la parole de Dieu. Le divin semeur la sème dans le coeur de l'homme. Elle tombe dans un chemin battu, quand on l'entend sans la comprendre: le démon l'enlève aussitôt. Elle tombe sur un terrain pierreux, quand l'auditeur la reçoit d'abord avec joie, mais ne lui laisse pas le temps de prendre racine: trop faible pour supporter la tribulation ou résister à la persécution qu'on lui suscite, il cesse de croire à la divine parole aussitôt qu'on l'attaque. Elle tombe au milieu des épines, quand le coeur qui l'a reçue, absorbé par les soucis de ce monde, l'appât trompeur des richesses et l'amour des voluptés, l'étouffe et l'empêche de produire. Enfin la divine parole tombe dans une bonne terre, quand l'auditeur la reçoit dans un coeur excellent, où il la conserve avec soin et, par un travail patient, la fait rendre au centuple.
« Et une fois la semence déposée dans une bonne terre, il importe peu que le laboureur dorme ou veille: elle germe et croît sans qu'il y songe. Spontanément elle produit son fruit, brin d'herbe d'abord, puis épi, puis grains multiples enfermés dans l'épi. Il ne lui reste qu'à prendre la faux, quand le fruit est mûr, pour faire la moisson. » Ainsi fait le divin semeur: sa parole fructifiera dans les âmes de bonne volonté et produira une riche moisson de saints pour le royaume des cieux.
Cette parabole fit comprendre aux apôtres pourquoi Jésus avait tant d'auditeurs et si peu de disciples, et les difficultés qu'ils rencontreraient eux-mêmes au milieu de ce monde mauvais qu'ils étaient appelés à évangéliser. Une seconde parabole, également tirée des champs de blé qu'ils avaient sous les yeux, compléta leur instruction sur ce point. S'adressant à la foule, Jésus continua de lui parler en énigmes, que les simples pouvaient comprendre, mais dont le sens échappait aux esprits préoccupés.
« Un homme avait semé, dit-il, du bon grain dans son champ. La nuit, quand tout le monde dormait, son ennemi vint semer de l'ivraie sur les grains de froment, et s'en alla. On ne s'en aperçut pas quand l'herbe sortit de terre, mais quand de la tige sortit l'épi de forment, l'ivraie parut aussi. Étonnés, les serviteurs du père de famille accoururent vers lui: « Maître, s'écrièrent-ils, n'avez-vous pas semé du bon grain dans votre champ: d'où vient qu'il y a de l'ivraie ? — C'est mon ennemi, répondit-il, qui a commis ce méfait. — Voulez-vous, reprirent-ils, que nous allions arracher l'ivraie ? — Non, répliqua le maître, car en arrachant l'ivraie vous pourriez déradiner le froment. Laissez-les croître ensemble jusqu'à la moisson, et je dirai alors aux moissonneurs: Arrachez d'abord l'ivraie, et faites-en des gerbes que vous jetterez au feu; puis, le froment recueilli, vous le déposerez dans mon grenier. »
Bien que transparente, l'allégorie ne fut pas comprise des apôtres. Quand ils furent seuls avec Jésus, ils lui en demandèrent l'explication. Condescendant à leur faiblesse, il leur révéla en quelques mots l'histoire du royaume de Dieu, depuis sa fondation sur la terre jusqu'à sa consommation dans le ciel.
« Celui qui sème le bon grain, dit-il, c'est le Fils de l'homme. Le champ, c'est le monde. Le froment, ce sont les enfants du royaume; l'ivraie, ce sont les suppôts du Mauvais. L'ennemi qui sème l'ivraie, c'est Satan. La moisson se fera à la fin des temps; les moissonneurs seront les anges. Et de même qu'on ramasse l'ivraie pour la jeter au feu, à la fin des siècles le Fils de l'homme enverra ses anges qui enlèveront de son royaume tous les semeurs de scandales et tous les artisans d'iniquité pour les plonger dans la fournaise de feu, là où il y aura des pleurs et des grincements de dents. Quant aux justes, ils brilleront comme des soleils dans le royaume de leur Père. Ouvrez les oreilles de votre esprit, et comprenez. »
Cette fois, la révélation était complète. Les apôtres avaient sous les yeux l'Église de la terre, militante ici-bas, triomphante dans le ciel. Mais plus Jésus répandait de lumière sur son oeuvre, plus grands apparaissaient les obstacles qui devaient s'opposer à son établissement. Les passions des hommes allaient étouffer une grande partie du bon grain répandu dans le monde par les semeurs de la divine parole, et voilà que le démon lui-même s'apprêtait à semer l'ivraie au milieu des grains assez rares, dont on pouvait attendre des fruits. Dans de semblables conditions, le royaume de Dieu s'étendrait-il jamais dans ce vaste champ qui s'appelle le monde ?
Jésus l'affirma par deux autres paraboles qu'il proposa au peuple comme à ses apôtres: « Le royaume des cieux, dit-il, est semblable à un grain de sénevé qu'un homme dépose dans son jardin. Cette semence, plus petite que toutes les semences, prend de tels accroissements qu'elle dépasse bientôt tous les arbustes, devient un grand arbre, et finit par étendre tellement ses rameaux que les oiseaux du ciel viennent s'y reposer. »
Nulle image ne pouvait donner une idée plus saisissante de l'Église. Mais comment expliquer ses progrès mystérieux au milieu d'un monde rebelle, livré aux passions et au démon ? « Le royaume des cieux, répond Jésus, est semblable au levain qu'une femme mêle à trois mesures de farine, et dont la vertu fait fermenter toute la pâte. » Une vertu mystérieuse, attachée à la divine parole, fera tressaillir l'humanité couchée dans le tombeau de ses vices, et transfromera en enfants de Dieu ces fils dégénérés du vieil Adam.
Après ces instructions sur le royaume de Dieu, Jésus congédia la foule, et rentra dans sa maison avec les apôtres. Au peuple il avait exposé son enseignement sous le voile de l'allégorie pour ne pas heurter de front les préventions de ses compatriotes, mais à ses familiers il révélait la vérité tout entière, afin qu'ils pussent, en temps opportun, porter partout la lumière. « On n'allume pas une lampe, disait le Sauveur, pour la mettre sous le boisseau: on la pose sur un chandelier, afin qu'en entrant dans la maison, tous soient éclairés. Ce que je vous dis à l'oreille, vous devrez le répéter en public, et les mystères, aujourd'hui cachés, seront par vous dévoilés et exposés au grand jour. »
Et afin de les engager à se consacrer tout entiers à la fondation du royaume, il s'efforça par une double comparaison de leur en démonter l'excellence. « Le royaume de Dieu, dit-il, on peut le comparer à un trésor caché dans un champ. L'homme qui le trouve garde le secret sur sa découverte. Dans l'excès de sa joie, il court bien vite vendre tout ce qu'il possède, et achète le champ qui renferme son trésor.--On peut le comparer encore à une perle précieuse qu'un marchand découvre par hasard. Vite il s'en retourne chez lui, vend tout ce qu'il a, et achète la perle précieuse. » Ainsi les hommes doivent, au prix des plus grands sacrifices, entrer dans le royaume de Dieu. L'apôtre emploiera tout son zèle à leur procurer ce trésor caché.
Ici-bas le royaume de Dieu sera toujours mélangé de bons et de méchants, mais cela ne doit pas arrêter les prédicateurs de l'Évangile. « Le filet, traîné dans les flots, ramasse toutes sortes de poissons. Or que font les pêcheurs ? Le filet rempli, ils le tirent hors de l'eau; puis, assis sur la grève, ils font le triage des poissons. Ils recueillent les bons dans des vases, et rejettent les mauvais. Ainsi en sera-t-il à la fin des siècles: les anges sépareront les justes des pécheurs, et jetteront ces derniers dans la fournaise de feu, où il y aura des pleurs et des grincements de dents. » Ayant achevé ces paraboles sur la fondation, la croissance et la consommation de son royaume, Jésus dit aux apôtres: « Avez-vous compris mes enseignements ? » Et comme ils répondaient affirmativement, il ajouta: « Instruits comme vous l'êtes des mystères du royaume, vous ressemblerez au père de famille qui trouve dans ses provisions, anciennes ou nouvelles, la nourriture appropriée aux besoins de ses enfants. » Ainsi le bon Maître préparait ses apôtres aux missions qu'il allait bientôt leur confier.
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CHAPITRE VIII
LE DIVIN THAUMATURGE
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La tempête apaisée |
Une légion de démons |
Destruction d'un troupeau |
La fille de Jaïre |
Le possédé de Gérasa |
L'hémorroïsse |
Effervescence du peuple |
.(Matth., vus, 18-34; ix, 18-34. — Marc., iv 35-40; y, 1-43. — Luc., vin, 22-56.) |
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Après avoir instruit les apôtres des difficultés de leur mission, Jésus voulut les encourager en leur prouvant, par une série de prodiges extraordinaires, qu'aucune puissance sur la terre n'empêcherait ses envoyés de poursuivre jusqu'à la fin leur oeuvre de salut. Un soir, après avoir congédié le peuple, il dit aux douze: « Passons de l'autre côté du lac. » Ils le suivirent et montèrent avec lui dans une barque, qu'entourèrent bientôt d'autres nacelles portant de nombreux disciples. Peu à peu les ténèbres se répandirent sur le lac, et, pendant que les embarcations glissaient doucement sur les flots, Jésus, brisé de fatigue, s'endormit d'un profond sommeil
Soudain une violente tempête se déchaîna sur le lac. Les vents soufflaient si furieusement que les vagues, lancées sur la barque, menaçaient à chaque instant de l'engloutir. Jésus dormait tranquillement, la tête appuyée sur un oreiller. Croyant leur dernière heure venue, les apôtres le réveillent brusquement: « Maître, sauvez-nous, s'écrient-ils, nous allons périr ! » Mais ni leurs cris d'effroi, ni les mugissements de la tempête, n'altérèrent son imperturbable sérénité. « Homme de peu de foi, dit-il en se réveillant, pourquoi craignez-vous ? » Et se levant, il étendit avec majesté son bras sur les flots: « Tais-toi, dit-il à la mer, et vous, ô vents, cessez de souffler. » Et les vents cessèrent de souffler, les vagues s'apaisèrent, et sur toute l'étendue du lac il se fit un grand calme. Stupéfaits et terrifiés, apôtres, disciples et matelots, se disaient les uns aux autres: « Qu'est-ce donc que cet homme à qui la mer et les vents obéissent ? »
Les apôtres et leurs successeurs se souviendront de la leçon. Quand viendront les tempêtes, ils ne trembleront plus mais, pleins de confiance, ils s'écrieront: « Nous sommes les serviteurs de Celui à qui la mer et les vents obéissent. »
Jésus et les siens abordèrent sur la rive orientale du lac, au pays des Géraséniens. Cette contrée, presque entièrement habitée par des colons grecs ou romains, s'appelait la Décapole, à cause des dix villes importantes qui s'y trouvaient disséminées. Le Sauveur passait au milieu de ce peuple païen pour le préparer de loin à entrer dans le royaume de Dieu.
A peine eut-il gagné le rivage que deux démoniaques, l'épouvante de tout le pays, sortirent des tombeaux où ils s'abritaient, et accoururent, en grondant, à sa rencontre. L'un de ces possédés, plus féroce que son compagnon, subissait depuis nombre d'années l'esclavage du démon. Sans vêtement et sans logement, il errait jour et nuit dans les cavernes et sur les montagnes, poussant des hurlements et se déchirant à coups de pierres les bras et la poitrine. Si parfois on parvenait à l'enchaîner, il rompait les chaînes qui lui liaient les mains et brisait les fers rivés à ses pieds.
Du plus loin qu'il aperçut Jésus, ce malheureux que personne ne pouvait dompter se précipita vers lui et se jeta à ses pieds. « Sors de cet homme, esprit immonde », commanda jésus. A cette voix, le démon se prit à trembler et à implorer la pitié du Sauveur. Il poussait des cris lamentables, comme si on l'entraînait de sa demeure dans un cachot infect.
« Jésus, Fils du Dieu Très-Haut, disait•il, pourquoi viens-tu m'attaquer ? Pourquoi me torturer ainsi avant la fin de mon règne ? Je t'adjure au nom du Dieu vivant, cesse de me tourmenter.
— Quel est ton nom ? lui demanda Jésus.
— Je m'appelle Légion, car nous sommes ici en grand nombre.
En effet toute une légion de démons possédait cet homme. Et tous se mirent de nouveau à supplier le Sauveur de ne point les refouler dans les abîmes, mais de les laisser habiter ce pays, devenu leur refuge.
Or sur une montagne voisine paissait un grand troupeau de porcs. On en comptait au moins deux mille. Ils appartenaient aux habitants de Gérasa, lesquels, en leur qualité de païens, usaient sans scrupule de la viande de porc, malgré les prohibitions de la loi mosaïque. Forcés de quitter le corps du possédé, les esprits mauvais demadèrent qu'il leur fût au moins permis d'entrer dans le corps de ces animaux. Ayant obtenu cette permission, ils sortirent du possédé et entrèrent dans les porcs. Aussitôt le troupeau, d'une course impétueuse, se précipita de la montagne dans le lac, et s'y noya. Mus par leurs instincts pervers, les démons se dirent qu'en détruisant le bien des Géraséniens ils feraient naître dans le pays des préventions contre Jésus et sa mission de salut.
En effet, saisis de terreur, les gardiens du troupeau s'enfuirent, racontant aux gens de la ville et de la campagne les faits dont ils venaient d'être témoins. Immédiatement la foule accourut pour se renseigner sur ces étranges événements. Arrivés près de Jésus, les habitants de Gérasa restèrent muets de surprise en voyant assis aux pieds de Sauveur sain de corps et d'esprit, le terrible démoniaque. On leur expliqua comment une légion de démons, chassés du corps de cet homme, s'étaient précipités sur les porcs et les avaient entraînés dans le lac. Les Géraséniens admirèrent la puissance du thaumaturge, mais plus sensibles à la perte de leurs troupeaux qu'aux biens spirituels dispersés par Jésus, ils le prièrent de s'éloigner de leur pays.
Voyant les dispositions de ce peuple païen, Jésus allait se rembarquer quand le possédé reconnaissant lui demanda la permission de le suivre; mais le divin Maître avait d'autres vues sur cet homme. « Au lieu de m'accompagner, lui dit-il, rentre dans ta maison et raconte à tes parents et à tes compatriotes ce que le Seigneur, dans sa miséricorde, a fait pour toi. » Le jeune homme obéit. Devenu l'apôtre de son pays, il parcourut la Décapole, publiant partout le prodige opéré en sa faveur. A ce récit merveilleux, ces peuples éprouvèrent un vif désir de voir et d'entendre l'incomparable prophète de la Galilée. Ainsi le Sauveur travaillait à l'avance cette terre encore inculte, et la préparait à recevoir la semence qu'il déposera bientôt dans son sein.
En quittant Gérasa, la barque qui portait Jésus se dirigea vers la rive occidentale du lac. Une foule immense y attendait le Maître, et l'accueillit avec de grandes démonstrations de joie en apprenant comment il avait calmé la tempête, et chassé du corps d'un possédé toute une légion de démons. Mais Dieu voulait que cette excursion fût semée de prodiges plus éclatants les uns que les autres. Pendant que le Sauveur conversait avec le peuple, arrive en grande hâte un certain Jaïre, chef d'une des synagogues de Capharnaüm, lequel tombe en sanglotant aux pieds de jésus: Seigneur, dit-il, je n'ai qu'une fille, une enfant de douze ans, et elle est mourante. Venez, je vous en supplie, lui imposer les mains, venez lui rendre la vie. » Le bon Maître ne pouvait résister aux prières de cet homme de foi. Il se leva aussitôt, et le suivit en compagnie de ses apôtres. Curieuse de voir ce qui allait arriver, la foule lui fit escorte jusqu'à la maison du chef de la synagogue.
Or, voici que pendant le trajet une femme, affligée depuis douze ans d'une perte de sang, aperçut le Sauveur au milieu de ce nombreux cortège. Elle avait consulté de nombreux médecins, dépensé tout son bien en médicaments, et loin d'éprouver quelque soulagement, son état s'aggravait de jour en jour. Soudain, à la vue du prophète, il lui vient en pensée que, si elle parvenait à toucher son vêtement, elle serait guérie. Sans perdre de temps, elle se glisse dans la foule, s'approche du Sauveur, et effleure légèrement de la main la frange de sa robe. A l'instant même le flux de sang s'arrêta.
La pauvre femme se félicitait de sa pieuse ruse, quand Jésus, se retournant vers la foule amassée derrière lui, demanda d'un ton sévère qui avait touché son vêtement. Comme tous s'en défendaient, Pierre et les autres disciples s'étonnèrent d'une pareille question.
« Maître, lui dirent-ils, le peuple vous presse et vous serre de tous côtés, et vous demandez qui vous a touché ?
— Quelqu'un, répéta Jésus, m'a touché avec intention, car je sais qu'une vertu est sortie de moi. »
Et en disant ces mots, ses yeux se promenaient sur ceux qui l'entouraient, comme pour découvrir le coupable. La pauvre femme, toute tremblante, voyant que le Sauveur savait ce qui venait de se passer, se jeta à ses pieds et confessa devant tout le peuple pourquoi elle avait voulu toucher son vêtement, et comment, à ce contact, elle s'était trouvée subitement guérie.
Loin de lui reprocher sa hardiesse, le bon Maître lui dit avec douceur: « Ayez confiance, ma fille, votre foi vous a sauvée. Allez en paix: vous ne souffrirez plus désormais de votre infirmité. »
Cependant on arrivait à la maison de Jaïre, lorsque plusieurs de ses serviteurs, venant à sa rencontre, lui apprirent que sa fille était morte, et que, par conséquent, le prophète ne pouvait plus rien pour elle. A cette nouvelle, le père entra dans un véritable désespoir, mais Jésus lui dit: « Ne craignez pas, croyez seulement, et votre fille sera sauvée. »
Ayant dit ces mots, il entra dans la maison, mais ne permit à personne de le suivre, sauf à ses trois apôtres privilégiés, Pierre , Jaques et Jean. A l'intérieur, ils trouvèrent toute la famille en deuil. Déjà les joueurs de flûte, avertis du trépas, faisaient entendre leurs airs plaintifs; les femmes poussaient leurs gémissements accoutumés; les amis et les voisins, accourus en tumulte, venaient présenter leurs condoléances aux parents de la défunte, lorsque, en passant au milieu d'eux, Jésus leur dit d'un ton de reproche: « Pourquoi ces cris et ces lamentations ? Sortez d'ici: cette fille n'est pas morte, elle n'est qu'endormie. »
L'assemblée se mit à le railler, car tous savaient que l'enfant avait réellement rendu le dernier soupir. Il les obligea néanmoins de quitter la maison; puis, prenant avec lui le père et la mère, ainsi que ses trois disciples, il entra dans la chambre où gisait le cadavre. Il toucha la main glacée de la morte, et d'un ton élevé prononça en syriaque ces deux mots: « Talitha curni,» ce qui signifie: « Jeune fille, lève-toi. »
Aussitôt l'âme de l'enfant revint animer son corps. Elle se leva et se mit à marcher. Sur l'ordre de Jésus on lui présenta de la nourriture, et elle commença à manger. Les parents n'en pouvaient croire leurs yeux, et ils allaient éclater en cris d'admiration, mais il leur commanda le silence le plus absolu sur tout ce qui venait de se passer. Bientôt cependant le bruit de cette résurrection se répandit dans toute la contrée.
Au moment où il sortait de la maison de Jaïre, deux aveugles le suivirent, en criant: « Jésus, fils de David ayez pitié de nous. » Il continua son chemin jusqu'à sa propre demeure, mais ils ne cessèrent de répéter leurs supplications. Il leur dit alors:
« Croyez-vous que je puisse vous rendre la vue ? — Nous le croyons fermement, répondirent-ils.
— Qu'il soit fait selon votre foi », reprit-il en leur touchant les yeux.
A l'instant, les yeux des deux aveugles s'ouvrirent. Ils allaient signaler à tous ce nouveau prodige, mais il leur recommanda sévèrement de garder le secret sur l'auteur de leur guérison, ce qui n'empêcha pas les deux aveugles de publier bientôt, à la gloire de leur bienfaiteur, le miracle opéré en leur faveur.
En voyant la toute-puissance de Jésus, les Galiléens reconnaissaient le Messie promis à leurs pères; mais s'ils l'acclamaient avec enthousiasme, ils n'étaient que trop disposés à interpréter son prodigieux pouvoir en faveur de leurs préjugés. Maître absolu de la nature, pensaient-ils, Jésus sera le roi, le libérateur d'Israël. Celui qui commande aux maladies, aux démons de l'enfer, aux tempêtes de la mer, à la mort même, n'a qu'à vouloir pour délivrer notre nation de la tyrannie des Romains. De là leurs ovations triomphales au Fils de David, quand Jésus opérait un prodige nouveau. Et c'est pourquoi, tout en multipliant les miracles pour confirmer sa mission et sa doctrine, le Sauveur en empêchait parfois la divulgation, surtout dans les nombreuses assemblées, afin de ne pas surexciter les patriotes exaltés. Il savait ceux-ci disposés à profiter d'une occasion pour le proclamer roi des Juifs, en dépit d'Hérode et des Romains, ce qui eût compromis son ministère évangélique et déchaîné contre lui, avant l'heure marquée par son Père, les colères des princes et des pontifes d'Israël.
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CHAPITRE IX
MISSION DES APÔTRES
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Avant le départ |
Hérode et Jean-Baptiste |
Le prix d'une danse |
Instruction de Jésus |
Fête au palais de Machéronte |
Décollation de Jean-Baptiste |
Travaux des apôtres |
Hérodiade et Salomé, sa fille |
Hérode et Jésus. (Matth., x, 1-42; xtv, 1-12. Marc., vr, 7-29. — Luc., lx, 3-9.) |
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Jésus n'avait que peu de temps à passer sur la terre, et cependant il voulait, avant de la quitter, que le royaume de Dieu fût prêché à tous les enfants d'Israël. Au retour du printemps, il convoqua les douze apôtres avec l'intention de les associer directement à ses travaux. Formés par ses instructions et ses exemples, affermis dans la foi par ses nombreux miracles, ils devaient aller deux à deux dans les villes et les villages, répétant aux peuples les paroles de salut sorties de la bouche du Maître, et opérant comme lui toutes sortes de prodiges. A cet effet, il leur conféra le pouvoir de chasser les esprits impurs, et de guérir toute maladie et toute infirmité.
Avant leur départ, il leur traça la route à suivre et la conduite à tenir selon l'accueil bon ou mauvais des populations. Toujours et partout il serait leur guide et leur soutien.
« N'allez point, dit-il, vers les Gentils, et n'entrez point dans les villes des Samaritains, mais cherchez plutôt les brebis perdues de la maison d'Israël. Allez et enseignez-les, disant: Le royaume de Dieu approche. Puis guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons.
« Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. N'ayez en votre possession ni or, ni argent, ni monnaie dans vos ceintures, ni sac pour la route, ni deux tuniques, ni chaussure, ni bâton, car l'ouvrier a droit à la nourriture.
« En quelque ville ou village que vous entriez, enquérez- vous du plus digne, et demeurez chez lui jusqu'à votre départ. Et en entrant dans sa maison, saluez-la en disant: Paix à cette maison. Si la maison en est digne, votre paix descendra sur elle; sinon, votre paix reviendra sur vous.
« Que si nul ne vous reçoit et n'écoute votre parole, sortez de cette maison ou de cette ville, en secouant la poussière de vos pieds contre ces infidèles. En vérité je vous le dis, au jour du jugement, Sodome et Gomorrhe seront traitées moins rigoureusement que cette ville-là. »
En prononçant ces paroles, le Fils de Dieu voyait passer sous son regard, non seulement les cités d'Israël vers lesquelles il envoyait ses apôtres, mais toutes les villes du monde que leurs successeurs ne cesseraient de parcourir jusqu'à la fin des siècles, les luttes qu'il leur faudrait engager, les persécutions dont ils seraient victimes.
« Voilà que je vous envoie, s'écria-t-il, comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc prudents comme des serpents, et simples comme des colombes .
« Gardez-vous des hommes, car ils vous livreront à leurs tribunaux et vous flagelleront dans leurs synagogues; ils vous conduiront, en haine de moi, devant leurs gouverneurs et leurs rois, et vous aurez à me rendre témoignage devant eux et les Gentils.
« Mais lorsqu'ils vous livreront aux juges, ne cherchez point d'avance comment vous parlerez, ni ce que vous direz. Ce que vous devrez dire vous sera donné à l'heure même, car ce n'est pas vous qui parlerez, mais l'Esprit du Père parlera en vous.
« Le frère livrera son frère à la mort, et le père son fils; les enfants s'élèveront contre leurs parents et les mettront à mort. Vous serez en haine à tous à cause de mon nom; mais qui persévérera jusqu'à la fin, sera sauvé !
« Lorsqu'on vous persécutera dans une ville, fuyez dans une autre. Je vous le dis en vérité, vous n'aurez pas évangélisé toutes les villes d'Israël, que déjà le Fils de l'homme aura visité les persécuteurs. »
Cette prophétie, les apôtres en verront l'accomplissement à la lueur de l'incendie qui dévorera Jérusalem, et leurs successeurs se la rappelleront quand, au dernier jour du monde, le Sauveur descendra des cieux pour juger tous les hommes. En attendant, comme le Christ lui-même, ils devaient s'attendre à la contradiction.
« Le disciple n'est pas au-dessus du Maître, ni le serviteur au-dessus de son Seigneur. Il doit suffire au serviteur d'être traité comme son Maître, et au disciple comme son Seigneur. S'ils ont appelé Béelzébud le père de famille, quel nom donneront-ils à ses serviteurs ?
« Ne les craignez point et ne cachez pas la vérité. Il n'y a rien de caché qui ne doive être révélé, rien de secret qui ne doive être dévoilé. Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le à la lumière, et ce que je vous murmure à l'oreille, prêchez-le sur les toits.
« Et ne craignez pas ceux qui peuvent tuer le corps, mais ne peuvent tuer l'âme: craignez plutôt ceux qui peuvent jeter l'âme et le corps dans la géhenne.
« Du reste deux passereaux ne se vendent-ils pas une obole ? et cependant pas un ne tombe sur terre sans la permission de votre Père. De même les cheveux de votre tête sont tous comptés. Ne craignez donc point: vous valez plus que mille passereaux.
« Celui qui m'aura confessé devant les hommes, moi aussi je le reconnaîtrai devant mon Père qui est dans les cieux. Et quiconque m'aura renié devant les hommes, je le renierai devant mon Père qui est dans les cieux.
« Et puis, ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. Je suis venu séparer l'homme de son père, la fille de sa mère, la bru de sa belle-mère. L'homme trouvera des ennemis jusque dans ses serviteurs.
« Qui donc aime son père ou sa mère plus que moi, n'est pas digne de moi. Qui n'est pas prêt à porter sa croix et à me suivre, n'est pas digne de moi. Qui cherche la vie du temps, perdra l'éternelle; et qui perd la vie à cause de moi, la retrouvera.
« Allez donc: qui vous reçoit me reçoit, et qui me reçoit, reçoit Celui qui m'a envoyé ! Quiconque reçoit un prophète en qualité de prophète, recevra la récompense du prophète; quiconque reçoit un juste en qualité de juste, reçoit la récompense du juste; et quiconque donnera seulement à l'un de mes derniers disciples un verre d'eau froide à boire, je vous le dis en vérité, ne perdra point sa récompense. »
Ces chaleureuses exhortations triomphèrent de la timidité naturelle aux apôtres. Sans doute ils trouveraient des ennemis sur leur chemin, mais Celui qui les envoyait combattre pour sa gloire saurait bien les défendre. Ils n'avaient pas oublié qu'hier encore il apaisait la tempête du lac, chassait toute une légion d'esprits mauvais, et ressuscitait un mort. Confiants dans la protection du Maître, ils s'en allèrent donc par les bourgs et les villages, annonçant partout le royaume de Dieu, et opérant de nombreuses guérisons. Comme Jésus, ils prêchaient la pénitence, délivraient les possédés, faisaient des onctions sur les malades et leur rendaient la santé. Partout où ils passaient, on exaltait le prophète de Nazareth , au nom de qui s'accomplissaient tous ces prodiges.
Resté seul, Jésus continuait ses instructions aux riverains du lac, quand la nouvelle d'un tragique événement se répandit dans la Judée et la Galilée. Hérode venait de faire décapiter Jean-Baptiste dans sa prison. Des disciples du saint précurseur, après avoir enseveli son corps, vinrent eux-mêmes raconter au Sauveur les détails de sa mort.
Hérode ne pouvait s'empêcher de vénérer son prisonnier, mais il craignait la sainte liberté de son langage. Quelquefois, pour se débarrasser de ses censures, il lui prenait envie de le livrer aux bourreaux. Toujours il reculait devant les cris de sa conscience et la peur d'un soulèvement populaire, quand sa complice, l'infâme Hérodiade, au moyen d'un piège habilement tendu, parvint à vaincre ses hésitations.
Le jour anniversaire de sa naissance, le roi fit un grand festin auquel il convia ses courtisans, les officiers militaires et les principaux de la Galilée. De son côté, Hérodiade donna un banquet à ses dames d'honneur dans un appartement voisin de celui du tétrarque. Selon les moeurs des Grecs, adoptées par les Romains, le festin devait se terminer par une danse mimique, représentant une scène tirée d'un drame quelconque. Hérodiade profita de cette coutume pour ourdir sa trame criminelle.
Quand toutes les têtes furent échauffées par le vin, Salomé, sa digne fille, alors âgée de dix-huit ans, parut tout à coup dans la salle du festin. Elle était pompeusement parée: sa mère n'avait rien oublié de ce qui pouvait, en relevant ses charmes, captiver le cœur du voluptueux Hérode.
La jeune fille, sans respect comme sans pudeur, ne rougit pas de se donner en spectacle comme une vile courtisane, et d'exécuter une de ces danses lascives que Rome applaudissait, mais dont s'offensait la gravité de l'Orient. Tous les yeux des convives étaient fixés sur la danseuse; Hérode s'extasiait devant sa grâce et sa beauté.
La scène terminée, Salomé salua les spectateurs. Ce fut alors dans toute la salle un concert d'applaudissements; Hérode, que la passion transportait, se mit à parler comme un insensé: « Jeune fille, demande-moi tout ce que tu voudras, et je te le donnerai. Oui, reprit-il, j'en fais le serment, tout ce que tu voudras, fût-ce la moitié de mon royaume ! »
Salomé s'inclina et sortit pour aller consulter sa mère. Lui ayant raconté ce que venait de lui dire le monarque: « Que demanderai-je ? lui dit-elle.
— Demande-lui, répondit l'exécrable femme, la tête de Jean-Baptiste ».
Et elle lui ordonna de retourner immédiatement dans la salle du festin pour présenter sa requête au roi, afin de ne pas lui laisser le temps de la réflexion. La jeune fille obéit, et parut de nouveau devant les convives, tenant un bassin à la main: ,« Je veux, dit-elle en s'approchant d'Hérode, que vous me donniez, dans ce bassin, la tête de Jean-Baptiste.»
Le roi fut extrêmement contristé de cette demande, mais il fit taire sa conscience en se disant qu'il était lié par son serment, et que d'ailleurs il ne pouvait, devant ses convives, manquer à sa parole. Il commanda à l'un de ses gardes d'aller couper la tête de Jean-Baptiste et de l'apporter dans le bassin que lui tendit la jeune fille.
Le garde notifia au saint précurseur l'ordre qu'il venait de recevoir. Sans dire une parole, Jean inclina la tête sur le billot. Le soldat la lui trancha d'un coup de sabre, la plaça toute sanglante dans le bassin, et l'apporta au roi Hérode, qui la remit à la danseuse.
Et le roi et les convives continuèrent à boire. Salomé, munie de son trophée, se présenta devant la sauvage Hérodiade. Un sourire infernal erra un instant sur les lèvres de cette furie, puis la colère troublant son cerveau au souvenir des paroles du saint, elle détacha l'aiguille d'or qui retenait sa chevelure, prit dans ses mains la tête ensanglantée, et lui perça la langue. Elle ne voulait pas même que le saint martyr fût enseveli, mais les disciples de Jean accoururent en toute hâte, recueillirent pieusement son cadavre, et le déposèrent dans un tombeau.
Ainsi mourut Jean-Baptiste dans le silence d'une prison. par la main du bourreau, et sur l'ordre d'un roi débauché. Précurseur du divin Maître par ses prédications, il prophétisa encore par son martyre le sort que les suppôts de Satan réservaient au Fils de Dieu.
Quant à Hérode, il faillit, après la mort de Jean, ordonner des perquisitions contre Jésus. Le spectre de sa victime troublait ses jours et ses nuits, au point de lui persuader que Jean, ressuscité, apparaissait sous une nouvelle forme. Or un jour qu'on lui dépeignait les vertus et les prodiges de Jésus de Nazareth, il s'écria tout tremblant: «'C'est lui, c'est Jean-Baptiste sorti du tombeau 1 » Et comme ses familiers lui répondaient que c'était plutôt Élie ou quelqu'un des anciens prophètes, il reprit: « Si ce n'est pas ce Jean- Baptiste à qui j'ai fait trancher la tête, il faut absolument savoir quel est ce prophète dont on raconte des choses si étranges. » Et l'ombrageux tyran désirait vivement qu'on lui ménageât une entrevue avec le Sauveur; mais Jésus, sachant qu'il pouvait tout craindre de ce roi fourbe et cruel résolut de quitter momentanément le territoire de la Galilée.
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