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CHAPITRE IV BAPTÉME ET TENTATION DE JÉSUS |
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Peu de jours après l'ambassade du Sanhédrin, Jean préparait de nombreux pénitents à recevoir le baptême, lorsque son regard s'arrêta sur un étranger, dont l'aspect le fit involontairement tressaillir. De même qu'il avait tressailli dans le sein de sa mère en présence de Jésus, une impression toute divine lui fit comprendre qu'il se trouvait en face du même Jésus. Un mouvement instinctif le porta vers lui, mais au moment où il allait se jeter à ses pieds, Jésus le prévint et, du ton d'un pécheur profondément humilié, lui demanda le baptême. « Seigneur, s'écria Jean, d'une voix tremblante d'émotion, c'est à moi de vous demander le baptême, et vous voulez le recevoir de mes mains ! — Laisse-moi faire, lui répondit le Sauveur , il convient que nous accomplissions ainsi toute justice. » La justice exigeait que Jésus, ayant pris sur ses épaules les iniquités du monde entier, fût traité comme un pécheur, un de ces Juifs qui descendaient dans le fleuve en se frappant la poitrine pour obtenir la rémission de leurs péchés. Jean comprit, et ne résista plus à la volonté du Maître. On vit alors le prophète plonger dans les eaux du Jourdain Celui qui venait effacer les péchés du monde; mais l'oeil humain ne perçut pas le mystère qui s'accomplissait en ce moment solennel. Au contact de Jésus, l'eau acquit la vertu de régénérer les âmes, de les purifier de toute tache, et de leur conférer une nouvelle vie, la vie des enfants de Dieu. Le baptême de feu, figuré par le baptême de Jean, venait d'être institué. En sortant du fleuve, Jésus s'était mis à prier son Père, quand soudain les cieux, fermés depuis la faute du premier homme, s'ouvrirent devant le nouvel Adam; une grande clarté illumina la nue, l'Esprit-Saint descendit sous la forme d'une colombe, et se reposa sur le nouveau baptisé. En même temps une voix d'en haut, la voix du Père céleste, fit entendre ces mémorables paroles: « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toutes mes complaisances. » Le peuple n'entendit qu'un bruit semblable aux sourds grondements du tonnerre et ne pénétra pas le sens des grandes choses qui s'opéraient sous ses yeux; mais le saint précurseur comprit qu'en figurant à cette scène, les trois personnes de l'auguste Trinité venaient de donner au Messie l'investiture de ses sublimes fonctions. Il pouvait désormais rendre à Jésus un nouveau témoignage et dire à ses disciples: « J'ai vu le Christ, l'oint du Seigneur, et ce Christ, c'est le Fils bien-aimé du Père qui est dans les cieux. » Le soir même de ce grand jour, sous l'impulsion de l'Esprit divin, Jésus quitta le Jourdain pour se retirer au désert et s'y préparer, par la pénitence et la prière, à sa mission de salut. A deux lieues du fleuve, au milieu du désert de Jéricho, se dresse une montagne rocheuse, dépouillée de toute végétation. Elle porte sa tête lugubre, au-dessus des collines qui l'entourent, à douze cents pieds d'élévation. On ne peut la gravir que par d'étroits sentiers serpentant au-dessus d'affreux abîmes. Sur ses flancs, à mi-côte, on rencontre plusieurs grottes assez spacieuses dont les parois sont formées par d'énormes quartiers de rocher. C'est dans une de ces grottes que l'Esprit de Dieu conduisit le Sauveur. Pendant quarante jours et quarante nuits, Jésus resta dans cette caverne sans prendre aucune nourriture. Il vivait loin des hommes, avec les animaux sauvages, les renards, les chacals, les léopards, les seuls êtres qui animent cette nature silencieuse et morte. Dominant tous les bruits. du monde, il priait pour cette humanité dont il s'était constitué le rédempteur, quand tout à coup vint troubler sa retraite un ennemi qui le guettait depuis longtemps. C'était Satan lui-même, le prince des déchus. Depuis la. catastrophe du paradis terrestre, il régnait en maître sur l'humanité avilie et dégradée, mais il tremblait pour son empire toutes les fois qu'il se rappelait la fatale prédiction de Jéhovah: « Une femme et son fils t'écraseront la tête. » Inquiet et furibond, il ne cessait d'épier les enfants des hommes, afin de reconnaître ce fils d'Adam qui devait sauver sa race, et de le perdre comme il avait perdu Adam lui-même. En voyant l'Enfant de Bethléem, les miracles de son berceau, sa sagesse précoce, ses vertus surhumaines, il conjectura que cet Enfant pourrait bien être le Messie promis. Les scènes du Jourdain changèrent presque ses soupçons en certitude, et maintenant qu'au baptême de Jésus, une voix céleste l'avait proclamé Fils de Dieu, Satan résolut de soumettre ce personnage tout à fait extraordinaire à une épreuve décisive. Il ne savait pas qu'en s'attaquant à Jésus, il entrait dans les desseins de Dieu. Il fallait que le Sauveur de l'humanité se mesurât avec son destructeur pour que Dieu eût sa revanche, et que son adversaire payât d'une honteuse défaite la victoire de l'Éden. De plus, le nouvel Adam devait montrer à sa postérité que désormais les portes du ciel sont rouvertes, mais que nul ne les franchira sans avoir vaillamment combattu. Satan s'insinua dans la grotte du saint solitaire comme il s'était glissé tortueusement près d'Éve sous les ombrages du paradis. Il le trouva exténué par son jeûne de quarante jours et vivement aiguillonné par la faim. Tout en feignant de compatir à sa souffrance, il s'étonna que le Messie, puisqu'on lui donnait ce titre, pût manquer de vivres: « Si tu es le Fils de Dieu, dit-il, commande donc à ces pierres de se changer en pains. » Et il montrait à Jésus les pierres arrondies en forme de pain qui jonchaient la terrasse, comme autrefois il montrait à Eve le fruit défendu. Il se disait, à part lui, que si Jésus faisait un miracle pour apaiser sa faim, il faudrait en conclure qu'il ne sauverait pas la race déchue, car un chef vulnérable du côté des sens n'aurait jamais assez d'autorité pour arracher les voluptueux aux entraînements de la gourmandise et de la luxure. D'un mot le divin Maître déjoua les calculs de son ennemi. « L'homme ne vit pas seulement de pain, lui dit-il, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu », c'est- à-dire des moyens providentiels qu'une parole de Dieu peut faire naître, à défaut de pain, pour sustenter l'homme. Le pain manquait aux Israélites dans le désert, Jéhovah leur donna pendant quarante ans la manne du ciel pour les nourrir. Le Sauveur ne fera donc pas un miracle pour apaiser sa faim: il attendra de la bonté de Dieu les aliments dont il a besoin. Cette réponse ne satisfaisait point la curiosité de Satan. Tout ce qu'il en put déduire, c'est que son antagoniste, qu'il fût ou non le Messie, paraissait inaccessible à toute tentation sensuelle, et qu'il fallait, pour le vaincre, des armes d'une autre nature. L'orgueil de l'esprit, pensa-t-il, perdra le solitaire comme il m'a perdu, et subitement il transporta Jésus sur le pinacle du temple, au-dessus d'une vallée tellement profonde qu'on ne pouvait y plonger le regard sans être pris de vertige: « Si tu es le Fils de Dieu, lui dit-il, précipite-toi dans cette vallée, car il est écrit: « Dieu enverra ses anges pour soutenir le Messie de leurs « mains, de peur que son pied ne heurte contre quelque « pierre. — Il est aussi écrit, lui répondit Jésus: « Vous ne « tenterez pas le Seigneur votre Dieu » en lui demandant de vous sauver la vie par un miracle, quand vous vous exposez de gaieté de coeur à périr. Encore une fois Satan se vit battu, sans pouvoir deviner le vrai nom de son humble mais terrible vainqueur. A bout de subterfuges, l'esprit infernal jeta le masque et tenta de faire entrer Jésus dans un complot qui ruinerait de fond en comble le plan de la Rédemption. Il savait que le Messie ne rétablirait le règne de Dieu sur la terre qu'en détachant les âmes de tout ce que convoitent les passions: richesses., dignités, jouissances sensuelles; mais il savait aussi que les Juifs feraient la guerre à quiconque leur prêcherait ce détachement. Pour entraîner les Juifs, au lieu de prêcher le royaume de Dieu, le Messie devait se déclarer roi temporel, armer la nation contre l'étranger, réduire les Gentils sous sa domination, et former de tous les peuples un empire universel dont Jérusalem serait la capitale. Israël acclamerait un libérateur de ce genre, qui ouvrirait à ses partisans une source intarissable de richesses, de dignités et de plaisirs. Avec l'audace de l'ange qui osa lutter contre Dieu, Lucifer proposa au Messie d'abandonner l'idée d'un royaume spirituel pour réaliser l'idée juive. Afin d'éblouir le saint solitaire, il le transporta sur une haute montagne et lui découvrit dans un immense panorama tous les royaumes de la terre et toutes leurs magnificences. Puis, croyant l'avoir réellement fasciné par ce tableau magique, il lui tint ce langage: « Ce monde m'appartient, et je le donne à qui je veux. A toi toute cette puissance, à toi ces splendeurs, si tu consens à te prosterner devant moi et à m'adorer. » L'archange foudroyé invitait le Christ à se mettre à la tête des Juifs et à jouer avant le temps le rôle de l'antéchrist. A cette horrible proposition, Jésus lança au tentateur un regard indigné, et d'un geste impérieux le chassa de sa présence. « Retire-toi, Satan, s'écria-t-il, car il est écrit: « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et ne serviras que lui « seul. » Le prince du monde s'enfuit, épouvanté. Il avait devant lui, et il n'en pouvait plus douter, ce fils de la femme qui devait ruiner son empire. Le Juste qui, s'appuyant sur trois mots de l'Écriture, venait de résister, calme et impassible, aux appâts de la sensualité, aux enivrements de l'orgueil, aux fantasmagories de l'ambition, à tous les prestiges diaboliques, se montrait trop supérieur aux enfants d'Adam pour appartenir simplement à cette race déchue. Était-ce le Fils de Dieu ? Satan ne pouvait que le conjecturer, mais il reconnaissait à coup sûr le Libérateur attendu depuis plus de quatre mille ans. Il lui voua une haine implacable, et se promit d'armer contre lui et contre sa mission rédemptrice, non seulement les milices infernales, mais tous leurs suppôts en Judée. Avec de pareilles forces il arriverait à le vaincre, dût-il lui donner la mort. Et pendant que le tentateur, furieux de sa défaite, allait cacher sa honte dans les enfers, la grotte de la montagne resplendissait soudain d'éblouissantes clartés. Les anges de Dieu descendaient du ciel, se rangeaient humblement autour de leur Seigneur, et lui servaient, après son long jeûne, le pain qu'il attendait de son Père. Vainqueurs de l'ennemi de Dieu comme Jésus, ils s'associaient à son triomphe et se promettaient de lui servir d'auxiliaires dans la lutte qu'il aurait à soutenir contre les esprits de l'abîme. |
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CHAPITRE V LES PREMIERS DISCIPLES |
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L'austère prédicateur ne comptait, dans cette élite, ni scribes, ni docteurs, ni pharisiens, ni sadducéens. Sa doctrine effarouchait ces orgueilleux et ces amollis, plus épris du luxe païen que de la rude simplicité des patriarches. Dieu conduisait à l'école du prophète des pauvres, des ouvriers, des pêcheurs galiléens, sur lesquels il formait des desseins que nul alors ne pouvait soupçonner. On remarquait surtout parmi eux André et Simon, fils de Jonas; Jacques et Jean, fils de Zébédée, lesquels gagnaient leur vie en tendant leurs filets sur le lac de Génésareth. Originaires de la petite ville de Bethsaïde, sur la côte septentrionale du lac, ils avaient la même foi, les mêmes goûts, les mêmes désirs, la même admiration pour le saint précurseur. Ils furent des premiers à recevoir son baptême, et se dévouèrent à lui de coeur et d'âme. Retenus par leurs occupations, ils passaient bien des jours loin de leur Maître; mais une fois libres, ils laissaient leurs barques, leurs filets, longeaient les rives du fleuve, et arrivaient à la grotte pour recevoir les leçons de l'homme de Dieu. Plein de tendresse pour ses disciples, Jean les élevait par degrés à la vie surnaturelle qu'il menait lui-même. Il les détachait de la terre, leur inspirait l'amour de la solitude, et tournait leur coeur vers le grand Dieu qui doit être l'unique objet de nos aspirations. Pour les aider à monter jusqu'à lui, il leur enseignait des formules de prières (9) que lui dictait l'Esprit-Saint, et qu'ils gravaient avec soin dans leur mémoire. Il leur parlait surtout avec amour du royaume de Dieu, de son établissement, et du Christ, son futur fondateur. Un jour, le saint précurseur s'entretenait, comme de coutume avec quelques-uns de ses privilégiés, quand tout à coup leur attention fut attirée par un voyageur qui se dirigeait vers eux. C'était Jésus qui, descendant de la montagne de la Tentation, arrivait sur les bords du Jourdain. Dès qu'il l'aperçut, Jean se sentit pressé par l'Esprit de faire connaître à ses disciples ce Christ dont il leur avait tant de fois parlé. Montrant du doigt le voyageur, il s'écria dans un saint transport: « Voici l'Agneau de Dieu, voici celui qui efface les péchés du monde. » C'était clairement désigner le Messie, à qui les docteurs appliquaient ces paroles d'Isaïe: « Il a pris sur lui nos inquités, il s'est sacrifié parce qu'il l'a voulu; comme l'agneau muet devant celui qui le tond, il n'a pas ouvert la bouche (10). » Chaque jour, du reste, l'Agneau de propitiation, immolé dans le temple pour les péchés d'Israël, rappelait aux Juifs le véritable Agneau de Dieu qui, d'après le prophète, porterait un jour sur lui toutes nos iniquités. Afin de ne laisser subsister aucun doute dans l'esprit des disciples, Jean ajouta: « C'est de Jésus de Nazareth que je vous disais: « Il en vient un après moi qui existait avant « moi. Je ne le connaissais pas, et cependant c'est pour le « manifester en Israël que je suis venu donner le baptême « d'eau. » En preuve de son affirmation, il raconta les faits merveilleux survenus au baptême de Jésus. « J'ai vu, dit- il, l'Esprit descendre du ciel sous la forme d'une colombe et se reposer sur lui. Or, quand il était encore un inconnu pour moi, Celui qui m'a envoyé baptiser dans l'eau, m'avait dit: Celui sur qui tu verras l'Esprit descendre et se reposer, c'est lui qui baptise dans le Saint-Esprit. J'ai vu ce signe, et c'est pourquoi je rends témoignage que Jésus est le Fils de Dieu. » Cette affirmation du prophète fit une profonde impression sur l'esprit des auditeurs. Stupéfaits devant cette apparition subite du Libérateur d'Israël, ils gardèrent le silence, et Jésus disparut sans qu'ils lui eussent adressé une parole. Attachés au saint précurseur, ils ne pensèrent même pas à suivre le nouveau Maître. Le lendemain, Jean se trouvait encore avec deux de ses disciples, Jean et André, les pêcheurs de Bethsaïde, quand Jésus passa de nouveau devant eux. Comme la veille, le désignant du geste, Jean s'écria de nouveau: « Voici l'Agneau de Dieu ! » Mais cette fois son regard fut tellement expressif, son cri si plein d'amour, que les deux disciples se sentirent remués jusqu'au fond de l'âme. Jésus n'eut pas besoin de dire: « Suivez-moi !» Entraînés par une force irrésistible, ils s'élancèrent d'eux-mêmes sur ses pas. Jésus continuait sa route le long du Jourdain. S'étant aperçu qu'on le suivait, il se retourna vers les deux jeunes gens et leur dit avec bonté: « Que cherchez-vous ? — Maître, répondirent-ils, où donc se trouve votre habitation ? » montrant assez qu'ils voulaient s'entretenir longuement avec lui. — Venez et voyez », dit-il. Et il les conduisit à la grotte qui lui servait d'asile depuis quelques jours. C'était alors la dixième heure, et le soir approchait. L'entretien se prolongea bien avant dans la nuit; les deux jeunes gens épanchèrent leur coeur dans celui de Jésus, et quand ils le quittèrent, non seulement ils l'avaient pris pour maître, mais ils brûlaient de lui recruter des disciples. Simon, frère d'André, se trouvait aussi dans ces parages. André courut vers lui en toute hâte, et lui dit avec joie: « Nous avons trouvé le Messie. » A l'instant, Simon quitta tout et suivit son frère. A peine furent-ils arrivés près de Jésus, que celui-ci fixant son regard sur le nouveau venu, lui dit: « Tu es Simon, fils de Jonas, désormais tu t'appelleras Céphas, c'est-à-dire Pierre . » Simon le pêcheur ne comprit pas ce que signifiait ce changement; mais en lui donnant ce nom nouveau, le Maître signalait déjà dans cet homme la pierre fondamentale de l'édifice qu'il voulait construire. Le jour suivant, Jésus, suivi de ses trois compagnons, se dirigea vers la Galilée. Sur la route, ils rencontrèrent un certain Philippe, natif de Bethsaïde, comme Pierre et André. « Suis-moi », lui dit Jésus, et ce seul mot, pénétrant dans son coeur comme un trait de flamme, y alluma le zèle le plus ardent. Philippe avait un ami, nommé Nathanaël: il courut aussitôt lui annoncer la bonne nouvelle. Nathanaël, assis sous un figuier, méditait en ce moment sur les grandes choses qui s'accomplissaient en Israël. Du plus loin qu'il l'aperçut, Philippe lui cria: « Nous avons trouvé Celui qu'ont annoncé Moïse et les prophètes: c'est le fils de joseph, le charpentier de Nazareth . — De Nazareth ? répondit Nathanaël en souriant. Que peut-il venir de bon de ce bourg galiléen ? — Viens avec moi, reprit Philippe, et tu verras toi- même. » Nathanaël suivit son ami. En le voyant venir à lui, Jésus lui tendit les bras: « Voici, dit-il, un vrai Israélite, simple et sans artifice. — Seigneur, observa Nathanaël, comment pouvez-vous le savoir ? — Avant que Philippe t'appelât, répondit Jésus, je t'ai vu sous le figuier. » A ce mot, Nathanaël comprit qu'il avait devant lui Celui qui voit tout. Ne pouvant contenir son émotion, il poussa ce cri de foi et d'amour: « Maître, vous êtes vraiment le Fils de Dieu, le roi d'Israël. — Tu crois en moi, repartit Jésus, parce que tu viens de m'entendre dire que je t'ai vu sous le figuier: tu seras témoin de prodiges plus étonnants. En vérité, en vérité, je vous le dis à tous: Vous verrez les cieux s'ouvrir, et les anges monter et descendre sur le Fils de l'homme. » Trois jours après, ils arrivèrent en Galilée où, par son premier acte, Jésus montra aux cinq disciples qu'il disposait, non pas seulement des anges, mais même de la puissance de Dieu. |
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Références |
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9. En saint Luc (xi, 1), on lit cette parole: « Seigneur, enseignez-nous à prier comme Jean l'a appris à ses disciples. » Les disciples du saint précurseur se répandirent dans toute la Palestine, et même dans les contrées lointaines où vivaient les Juifs de la dispersion. Au livre des Actes, il est question d'un homme éloquent, nommé Apollo, lequel exerçait à Éphèse les fonctions de l'apostolat, ne connaissant encore que le baptême de saint Jean (Actes, xvus, 24). 10. 1.r., III, 6, 7. |
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CHAPITRE VI LES NOCES DE CANA |
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Or, ce jour-là, on célébrait des noces dans une famille amie, et Marie, la mère de Jésus, se trouvait au nombre des invités. Bien que vivant habituellement cachée dans sa retraite de Nazareth , elle avait voulu honorer les époux de sa présence. D'ailleurs l'Esprit qui la guidait lui révéla que Dieu la désirait à Cana pour une oeuvre de sa gloire. Vers le soir, ayant appris le retour de Jésus de sa longue excursion en Judée, les époux s'empressèrent de le convier au festin avec ses compagnons. Bien que les docteurs n'apparussent pas d'ordinaire dans les banquets, on faisait exception pour les fêtes des fiançailles et des noces, à cause du caractère particulièrement religieux que revêtaient ces cérémonies. Jésus accepta donc l'invitation des nouveaux mariés. Il consacrait ainsi par sa présence l'existence et la sainteté du mariage, qu'il se proposait d'élever bientôt à la dignité de sacrement. D'ailleurs, un dessein providentiel réunissait, dans l'humble demeure des époux de Cana, la Vierge Marie, son Fils bien-aimé, et les premiers disciples dont il avait fait choix. La famille peu fortunée dans laquelle se trouvait le divin Maître n'avait préparé pour le festin que les provisions nécessaires. Or, par suite de l'arrivée imprévue de Jésus et de ses disciples, le nombre des convives étant plus considérable qu'on ne s'y attendait, on s'aperçut au milieu du repas que le vin allait manquer. C'eût été une grande confusion pour les jeunes époux, surtout dans cette fête solennelle des noces, où l'on n'épargnait rien pour accueillir dignement les parents et les amis de la famille. Voyant les serviteurs confus et consternés, la Mère de Jésus comprit bientôt la cause de leur embarras. Pleine de compassion pour ses hôtes, elle se sentit poussée à leur venir en aide; mais quel moyen employer ? Marie se pencha vers son Fils et lui dit à l'oreille: « Ils n'ont plus de vin. — O femme, répondit Jésus, pourquoi me sollicitez- vous ? Mon heure n'est pas encore venue. » Marie désirait, et son regard suppliant le disait assez, que Jésus usât de sa puissance souveraine pour tirer les époux de la cruelle position où ils se trouvaient; mais ne convenait-il pas, semblait dire Jésus, d'ajourner l'exercice du pouvoir divin jusqu'au temps où le miracle serait nécessaire pour prouver sa mission et accréditer sa doctrine ? Bien que cette réponse pût être considérée comme un refus, Marie compta sur l'intervention de son Fils. L'acte que ne réclamait pas encore son ministère, il l'accomplirait pour l'amour d'elle, et à cause de sa prière. Jésus avait-il jamais refusé quelque chose à sa Mère ? S'approchant des serviteurs, elle leur dit: « Faites tout ce qu'il vous commandera. » Il y avait là six grandes amphores ou vases de pierre qui servaient aux ablutions, si fréquentes chez les Juifs. Ces vases pouvaient contenir de deux à trois mesures (11). Jésus commanda aux serviteurs de les remplir d'eau jusqu'aux bords. Puis, quand l'ordre fut exécuté, sans dire un mot, sans faire un geste, par un acte de sa volonté, il changea l'eau en vin. « Puisez maintenant dans ces urnes, dit-il aux serviteurs, et portez à boire au maître du festin. » Le maître du festin présidait au banquet, goûtait les vins et les distribuait aux convives. Dès qu'il eut goûté de ce vin, dont il ignorait la provenance, il le trouva excellent, et s'imagina que l'époux avait voulu ménager une surprise à ses invités. Il le prit à part et ne put s'empêcher de le féliciter. « Partout ailleurs, lui dit-il, on attend qu'à la fin du repas, le palais des convives soit un peu blasé, pour servir les vins de moindre qualité. Vous avez fait absolument le contraire: vous servez en dernier lieu le vin le plus exquis et le plus délicat. » L'époux protesta qu'il ne comprenait rien à ce mystère. On interrogea les serviteurs qui avaient rempli d'eau les six amphores, et ils racontèrent le grand miracle que Jésus venait d'opérer à la prière de Marie (12). C'en fut assez pour manifester à tous les compatriotes du Sauveur l'extraordinaire pouvoir dont Dieu l'avait investi, et dès ce moment les disciples qui l'avaient suivi sur la parole de Jean, s'attachèrent à lui avec une foi pleine et entière. On vit aussi dans cette circonstance mémorable l'union intime qui existait entre la Mère et le Fils, et comment la prière de Marie, prévue dans les décrets éternels, obtenait de Jésus des actes qu'il n'eût point faits sans cette puissante intercession. De même qu'il attendit son consentement pour s'incarner dans son sein, il attendit sa demande pour changer l'eau en vin, et c'est encore à sa prière que, dans la suite des siècles, par un miracle constamment renouvelé, il transformera en enfants de Dieu les fils déchus du vieil Adam. En ce jour, Satan comprit parfaitement que le Solitaire de la montagne avait refusé de changer les pierres en pains, non par défaut de pouvoir, mais pour ne pas lui révéler ses titres divins. De plus, en voyant Marie exercer sur son Fils un ascendant qui la rendait toute-puissante, il reconnut en elle la créature mystérieuse dont Dieu l'avait menacé dès le commencement par cette parole: « Cette femme un jour t'écrasera la tête. » Et il lui voua une haine éternelle ainsi qu'à son Fils. Dès lors, les jours paisibles de la solitude touchaient à leur terme. Après trente années d'une vie cachée aux hommes, Jésus allait se manifester au monde. Le séjour de Nazareth ne pouvant désormais convenir à ses travaux, il dit un dernier adieu à cette douce retraite, et, suivi de sa Mère, de ses parents et de ses disciples, il descendit à Capharnaüm, qui devint dès lors sa résidence habituelle et le centre de son ministère évangélique. |
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Références |
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11. La mesure, metreta, était d'environ vingt-cinq litres. |
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