Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de 
Mgr Pierre André Fournier  et ami de
ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande.

Signez mon livre d'or. Un petit mot fait du bien et cela vous permet aussi de lire les commentaires des gens. 


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU
MINISTÈRE PRESBYTÉRAL


AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE
DIT QUELQUE CHOSE?

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Titre de la série :
Jésus-Christ-Sa vie-Sa passion-Son triomphe
Titre de la page:

Livre2-ChapI- Le-Prophete-du-Jourdain
Livre2-Chap
II- Le Pèlerins de Béthanie
Livre2-Chap III- Ambassade du Sanhédrin

Nom de l'auteur:
Père Berthe de la Congrégation du Très Saint-Sacrement.

LIVRE SECOND

UNE VOIX DU DÉSERT

CHAPITRE I

LE PROPHÉ,TE DU JOURDAIN

La Judée, province romaine
Désolation des Juifs
Ponce-Pilate
Prophéties de Jacob et de Daniel.
Le Précurseur
Caractère de ses prédications
Son baptême. (Matth., ni, 1-6. — Marc., s, 1-6. — Luc., in, 1-6.)

 


Depuis l'apparition de l'ange au prêtre Zacharie, trente années s'étaient écoulées, trente années de discordes et de révolutions, qui avaient anéanti le royaume de Juda et coûté bien des larmes aux vrais enfants d'Israël.

A la mort d'Hérode, son fils Archélaüs hérita de son sceptre, mais bientôt l'empereur Auguste le lui arracha des mains, et réduisit la Judée en province romaine. Ainsi disparut la vieille royauté de Juda. L'antique peuple d'Abraham, de David, de Salomon, des Machabées, devint l'esclave des Gentils, qui, du haut de la tour Antonia, dominèrent la ville et le temple. Les Juifs conservèrent la liberté de suivre leur religion, mais seul le gouverneur romain, représentant de César, exerça désormais le droit de vie ou de mort. C'est à son tribunal que le peuple de Dieu dut comparaître; c'est à ses exacteurs, et non plus Jéhovah, qu'il lui fallut payer l'impôt.

Les Juifs pleurèrent amèrement la perte de leur nationalité. Hérode et ses vils courtisans, qu'on appelait les hérodiens, avaient employé tout leur pouvoir à favoriser la domination de l'étranger, mais la masse du peuple, restée fidèle à la loi de Moïse, n'attendait qu'une occasion pour secouer le joug. Un certain Judas, natif de Galilée, se mit un jour à la tête d'une bande d'insurgés et faillit soulever tout le pays. Les Romains n'eurent raison de la sédition qu'en l'étouffant dans le sang des rebelles.

Dans ces derniers temps, la colère des patriotes devint de l'exaspération. Les quatre premiers gouverneurs de la Judée, tout en maltraitant les vaincus, respectaient au moins leur religion; mais un cinquième, Ponce-Pilate, nouvellement investi du pouvoir, manifestait à tout propos l'intention bien arrêtée de violer les prescriptions les plus graves de la Loi mosaïque. Un matin, le peuple vit flotter au sommet de la tour Antonia les étendards des légions couverts d'emblèmes idolâtriques. Cette sacrilège profanation de la cité sainte occasionna un soulèvement général. Des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants poursuivirent Pilate jusque dans son palais de Césarée, l'assiégèrent pendant cinq jours de leurs clameurs, et déclarèrent qu'ils mourraient tous plutôt que de revoir Jérusalem souillée par les images des faux dieux. Pilate céda enfin, mais les Juifs, désespérés, comprirent que c'en était fait de leur nation, de leur religion et de leurs lois, si Dieu n'envoyait enfin le Libérateur promis à leurs pères.

Aussi plus que jamais, la tête inclinée sur les rouleaux sacrés, les docteurs étudiaient-ils les paroles solennelles des prophètes. Dans les synagogues ils affirmaient au peuple que le Messie ne pouvait tarder à paraître. Jacob prédit que le sceptre ne sortirait pas de Juda avant l'arrivée du grand roi, le Désiré des nations que doit envoyer le Seigneur (1). Or, disaient les sages, le sceptre de Juda se trouvant maintenant entre les mains des Romains, le grand Roi va venir pour le ressaisir et délivrer sa nation du joug des tyrans.

Et à ceux qui demandaient si l'on arrivait au moment précis de la délivrance, les rabbins citaient la célèbre prédic­tion de Daniel: « Soixante et dix semaines passeront sur le peuple et la cité sainte avant que le péché prenne fin, que l'iniquité soit effacée, que la justice éternelle paraisse, et que le Saint des saints reçoive l'onction. Jusqu'au Christ-Roi soixante-neuf semaines s'écouleront, et au milieu de la soixante-dixième, l'oblation et le sacrifice cesseront (2)

» D'après leurs calculs, encore quelques années, on attein­drait le milieu de cette soixante-dixième semaine, et par conséquent on pouvait s'attendre d'un jour à l'autre à l'apparition du Messie.

Or précisément à la date fixée par le prophète Daniel, laquinzième année de Tibère César (3), Ponce-Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode Antipas tétrarque de la Galilée,et Philippe, son frère, de l'Iturée, sous le pontificat d'Anne et de Caïphe, le bruit se répandit tout à coup à Jérusalemet dans toute la Judée qu'un prophète apparaissait sur lesbords du Jourdain. Au dire des foules qui couraient au désert pour le voir et l'entendre, il portait pour vêtement uncilice de poils de chameau, retenu autour de ses reins parune ceinture de cuir. Sa nourriture consistait en quelques  sauterelles et un peu de miel sauvage, recueilli dans letronc des arbres ou le creux des rochers. La nuit, il se réfugiait dans une des cavernes de la montagne, et là, pendant que les tigres et les chacals passaient et repassaientdans l'ombre, le nouvel Élie bénissait Jéhovah. Comme lesNazaréens (4), il portait une barbe longue et majestueuse quele rasoir n'avait jamais touchée. Sa chevelure flottait négligemment sur ses épaules, et donnait une teinte plus sévère encore à ses traits amaigris par le jeûne et les veilles.

On ne savait rien de son origine; seulement, les vieux pâtres des montagnes de Juda racontaient qu'un enfant, miraculeusement accordé au prêtre Zacharie, et né au milieu d'étranges événements, avait disparu dès ses premières années sans qu'on ait plus entendu parler de lui. Peut-être apparaissait-il de nouveau pour annoncer à ses compatriotes les volontés du Dieu d'Israël.

Le prophète dont tout le monde s'occupait n'était autre en effet que le fils d'Élisabeth et de Zacharie, l'enfant sanctifié dès le sein de sa mère, l'homme chargé par Dieu lui-même de frayer les voies au Messie. Après avoir passé de longues années dans les austérités les plus effrayantes, il se sentit appelé tout à coup à inaugurer son rôle de précurseur. Sous l'action de l'Esprit-Saint, un feu divin pénétra son âme, sa voix éclata comme la foudre, et son coeur acquit une énergie qu'aucune force humaine n'aurait pu briser. Aussitôt il quitta le désert qui lui servait de refuge, et se mit à parcourir les régions des montagnes, les bords désolés du grand lac qui servit de tombeau à Sodome et à Gomorrhe, et les rives sacrées du Jourdain.

Quand il se voyait entouré d'auditeurs, Jean montait sur un tertre d'où il dominait la multitude et, de sa voix austère et vibrante, il criait à tous: « Faites pénitence, car le royaume du ciel est proche. » Saisis d'une religieuse frayeur, les foules l'interrogeaient sur sa mission: « Je suis, répondait-il, la voix qui crie dans le désert: Frayez les chemins au Seigneur, aplanissez ses sentiers. Toute vallée sera comblée, toute colline abaissée, tout chemin tortueux redressé, et alors tout homme vivant sur la terre pourra voir de ses yeux le Sauveur envoyé de Dieu. »

Et les auditeurs, familiarisés avec les symboles des Écritures, comprenaient qu'Israël recevrait bientôt son Libérateur, mais qu'il fallait lui préparer par la pénitence l'entrée des coeurs, expier les péchés du peuple, les prévarications des grands, l'ignominie des pontifes, les profanations du temple, l'indifférence et le mépris d'un grand nombre à l'égard des pratiques de la sainte Loi.

Jean ne se contentait pas de quelques signes extérieurs de repentir, il exigeait de ses disciples une conversion sincère. A ses prédications il joignait le baptême, afin de signifier aux pénitents que les taches de l'âme doivent s'effacer comme on se purifie par des ablutions des souillures corporelles. Remués par ses paroles enflammées, les auditeurs se frappaient la poitrine, confessaient leurs péchés, et descendaient dans le fleuve pour recevoir le baptême. Jean les plongeait dans l'eau comme dans un bain spirituel, et le baptisé sortait du Jourdain, vraiment purifié par son repentir et sa foi au Libérateur. Par cet acte solennel, il devenait citoyen du royaume de Dieu.

Ainsi Jean préparait les voies à Celui qui venait effacer les péchés du monde. De toute la Judée, de Jérusalem, des environs du Jourdain, on accourait pour lui demander le baptême. Les nouveaux initiés s'en retournaient en répétant partout les paroles du prophète: « Le royaume de Dieu est proche. » Et,plus d'un Juif, voyant déjà le royaume de Juda rétabli, regardait d'un oeil sombre les soldats romains en faction près du temple, et se disait avec orgueil: « Encore quelques jours, et la cité sainte ne sera plus souillée par la présence de l'étranger. »

Références

1. Gen., XLIX, 10.
2. Dan., cap. ix, 24. Il s'agit dans cette prophétie de 70 semaines d'an­nées (490 ans) qui devaient s'écouler depuis l'édit autorisant la reconstruction du temple de Salomon jusqu'à la mort du Messie. Et en effet Jésus parut dans le cours de la soixante-dixième semaine.
3. La quinzième année de son association à l'empire.
4. Secte religieuse, vénérée parmi les Juifs.

CHAPITRE II

LES PÈLERINS DE BÉTHANIE (5)

Le fleuve du Jourdain.
La secte des Pharisiens
Opposition au prophète
Hypocrites démasqués
Réponse de Jean à la foule
Aux publicains
Aux soldats. (Matth., ni, 7-10. — Luc., in, 7-14.)


Le fleuve du Jourdain arrose dans toute sa longueur la terre donnée par Dieu à son peuple. Sorti des flancs de l'Anti-Liban, il traverse le lac de Génésareth, où le bras de Dieu multipliera les merveilles. De là il creuse son lit dans une vallée profondément encaissée entre deux chaînes de montagnes et poursuit son cours de vingt-cinq lieues, à travers mille sinuosités capricieuses, jusqu'au lac désolé qu'on appelle la mer Morte. A deux lieues en deçà de cette mer, en face de Jéricho, se trouvait le gué de Béthanie, lieu de passage pour les voyageurs et les marchands qui se rendaient du pays de Galaad à la ville sainte. C'est là que Jean baptisait. Les rives du fleuve, partout ailleurs très élevées, s'inclinaient doucement en cet endroit, et facilitaient ainsi à la foule des pénitents l'immersion baptismale. Des saules, des cyprès, des acacias, s'élevaient des deux rives, et formaient au-dessus des eaux comme un dôme de feuillage. En ce lieu béni du ciel affluèrent bientôt de nombreuses caravanes venant de l'orient comme de l'occident du Jourdain.

Le mouvement religieux devint bientôt si général que les docteurs et autres personnages officiels finirent par se mêler aux pèlerins de Béthanie. Naturellement, ils se sentaient peu de sympathie pour un prédicateur qui ne sortait point de leurs écoles, et dont la rude parole flagellait sans pitié les vertus hypocrites et les vices masqués. La plupart d'entre eux, appartenant à la secte des pharisiens, faisaient profession de s'astreindre à toutes les observances légales, aux ablutions, aux jeûnes, aux traditions absurdes dont leurs rabbins imposaient au peuple le joug intolérable. Pleins d'estime pour eux-mêmes et de mépris pour les autres, rigides au dehors et vicieux au dedans, jamais ils n'avaient compris que la sainteté réside dans le coeur.

Avec de tels principes, ces hommes, qui se croyaient parfaits, ne pouvaient rien comprendre aux enseignements du prophète. Jean annonçait la venue du Messie et l'établissement prochain d'un nouveau royaume qu'il appelait le royaume des cieux; mais tout zélé pharisien voyait dans le Messie un roi terrestre, un guerrier comme David, qui chasserait l'étranger, subjugerait les nations et imposerait à tous la loi de Moïse. N'ayant aucune idée d'un royaume spirituel des âmes, ils se demandaient à quoi bon la pénitence, la confession des péchés, et ce baptême que prêchait l'anachorète du Jourdain. Ils imposaient des ablutions fréquentes pour laver le corps, mais ils ne se croyaient nullement obligés de laver leur âme. En cela, du reste, ils s'entendaient avec les sadducéens, leurs ennemis acharnés. Ceux-ci s'inquiétaient fort peu de la loi de Moïse, encore moins des traditions pharisaïques; ils ne croyaient pas même à l'immortalité de l'âme. Cupides, ambitieux, voluptueux, ralliés aux Romains, c'est-à-dire au parti qui distribuait les faveurs, eux aussi avaient leurs raisons pour regarder de mauvais oeil le prédicateur de la pénitence.

Cependant pharisiens et sadducéens devaient tenir compte de l'opinion générale. Loin de faire acte d'hostilité contre un homme qualifié de prophète par la multitude, ils crurent prudent pour le moment de dissimuler leur mépris et même de se joindre aux populations enthousiastes, sauf à discréditer secrètement le prédicateur et à trouver quelque prétexte pour l'accuser devant le Sanhédrin.

Un jour, au milieu des pèlerins venus de Jérusalem, Jean aperçut grand nombre de ces docteurs enflés de leurs mérites, pharisiens hypocrites, sadducéens renégats. Après avoir écouté les exhortations de l'homme- de Dieu, ils se mêlèrent à la foule attendrie et repentante, et ne rougirent pas de demander le baptême. Mais Jean lisait au fond des coeurs. Il vit en eux les dignes fils de ces Juifs endurcis qui massacraient les prophètes, et, d'une voix tonnante, il leur lança cette terrible apostrophe: « Race de vipères, qui donc vous pousse à prendre vos précautions contre la colère de Dieu et les maux qu'elle vous prépare ? » Et, au lieu de leur donner le baptême, il ajouta: « Faites de dignes fruits de pénitence. »

Au mot de pénitence, les pharisiens froncèrent les sourcils. Est-ce que ce prétendu prophète les prenait pour des pécheurs, eux, les justes par excellence, eux, les rigides observateurs de la Loi et des traditions ? Et de quel droit ce nomade du désert accablait-il de ses invectives les descendants des patriarches, les vrais fils d'Abraham ?

Mais au lieu de baisser la tête devant ces orgueilleux, Jean flétrit avec sévérité leur fierté dédaigneuse: « C'est en vain, dit-il, que vous vous glorifiez en vous-mêmes et que vous faites sonner bien haut votre titre de fils d'Abraham; car moi, je vous le déclare, Dieu est assez puissant pour faire de ces pierres des enfants d'Abraham. Oui déjà la cognée est à la racine de l'arbre: tout arbre qui ne porte pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu. »

C'était d'un seul coup annoncer la réprobation des Juifs impénitents et l'admission au royaume de Dieu de tous ceux, Juifs ou Gentils, qui, jadis plus durs que les cailloux du fleuve mais dociles à la grâce, laisseraient pénétrer dans leur coeur la foi d'Abraham et le repentir de leurs péchés.

Ce coup de tonnerre aurait dû frapper d'épouvante ces hommes de mensonge et d'hypocrisie; mais au lieu de rentrer en eux-mêmes, ils s'indignèrent de l'humiliation qu'ils venaient de subir devant la foule. Non seulement ils s'éloignèrent sans recevoir le baptême, mais dès ce jour ils devin­rent les mortels ennemis du Baptiste. Les vrais Israélites, au contraire, vivement impressionnés des menaces de Jean, voyaient déjà la cognée vengeresse attaquant l'arbre de Juda, et se rappelaient les calamités qui fondirent sur la ville sainte chaque fois que ses chefs méprisèrent les prédictions des prophètes. De toutes les bouches partit ce cri, véritable expression du repentir: « Que devons-nous donc faire pour désarmer la colère de Dieu ? »

Le Précurseur eut pour tous des paroles d'indulgence; il se souvint cependant qu'il avait pour mission d'écarter les obstacles qui empêchent le règne de Dieu dans les coeurs. Et comme l'attachement aux biens temporels dominait le Juif au point de lui faire oublier son compatriote dans le besoin, Jean fit à la question posée la réponse la plus opportune: « Si vous avez deux tuniques, dit-il, donnez-en une à celui qui n'en a pas; si vous avez du pain, partagez-le avec celui qui en manque. »

Il y avait alors en Israël une classe d'hommes, les publicains, que tout le monde exécrait. Détestés partout en raison de leurs fonctions, ces collecteurs d'impôts l'étaient plus encore chez les Juifs, depuis que la nation payait tribut aux Romains. Les zélés patriotes soutenaient qu'un Israé­lite ne pouvait sans péché acquitter ce tribut de servitude: à plus forte raison réprouvait-il ceux de leurs frères qui s'avilissaient jusqu'à se faire les pourvoyeurs de l'étranger. Ces indignes, on les traitait comme des païens, on les chassait des synagogues, on les excluait des fonctions publiques. Or les prédications de Jean remuaient tellement les consciences que les publicains eux-mêmes vinrent se jeter à ses pieds, et lui demandèrent le baptême. Le prophète les reçut avec bonté, et comme ils lui disaient dans leur simplicité: « Que voulez-vous que nous fassions ? » il répondit: « Soyez justes, et n'exigez rien au delà des taxes prescrites. » Et il les renvoya en paix après les avoir plongés dans l'eau du fleuve.

Les soldats préposés à la garde du peuple vinrent à leur tour réclamer le pardon de leurs fautes. Habitués à la licence, aux séditions, aux rixes sanglantes, aux dénonciations calomnieuses, ils le supplièrent, humiliés et repentants, de leur prescrire ce qu'ils avaient à faire pour se purifier de tant de crimes. « Vous devez, répondit simplement l'homme de Dieu, cesser toute violence, n'accuser personne injustement, et vous contenter de votre solde. » Les voyant disposés à s'amender, il leur administra le baptême.

Et dans tout Israël, petits et grands, pauvres et riches, s'entretenaient du prophète que Dieu envoyait à son peuple pour le préparer, par la rémission des péchés, à entrer dans son royaume. Ainsi s'accomplissait la prophétie de l'ange au prêtre Zacharie: « Ton fils sera grand devant le Seigneur; il marchera devant lui avec l'esprit et la force d'Élie; il convertira les fils d'Israël à Jéhovah leur Dieu. »

Références
(5) Dans le quatrième Évangile s, 28, il faut lire Béthanie avec l'immense majorité des manuscrits, et non Béthabara.

CHAPITRE III

AMBASSADE DU SANHÉDRIN

Erreur du peuple sur la personne du Précurseur
Accusation des pharisiens
Les ambassadeurs du grand Conseil
Interrogatoire de l'accusé.
Ses réponses.
Confusion des pharisiens. (Joan., 1, 19-28.) 1. [s., XL, 3.

Jean-Baptiste exerçait un tel ascendant sur ses nombreux disciples que leur admiration trop enthousiaste faillit compromettre sa mission de précurseur. Sa vie angélique, ses paroles sublimes, le baptême qu'il administrait pour rémission des péchés, donnèrent une si haute idée de sa personne, que le peuple finit par se demander si ce grand prophète n'était pas lui-même le libérateur dont il annonçait le prochain avènement. Le Messie pourrait-il vivre plus saintement, prêcher plus éloquemment, exercer plus d'empire sur la nation que cet homme de Dieu ?

Cette erreur se propagea si rapidement que Jean crut devoir en profiter pour rendre un témoignage plus direct et plus éclatant à l'incomparable majesté du Messie attendu. Un jour que la foule l'acclamait, il s'écria: « Celui qui doit venir après moi l'emporte tellement sur moi en grandeur et en puissance, que je ne suis pas même digne de dénouer les cordons de sa chaussure. »

Quant à son baptême, il en compara la valeur à celui que donnerait le Christ: « Pour moi, je baptise dans l'eau, mais lui vous baptisera dans l'eau et dans le feu. » Et il expliqua que le baptême d'eau n'est qu'un emblème de la purification des âmes, tandis que le baptême du Christ conférera l'Esprit-Saint et embrasera les coeurs d'un feu divin.

Enfin, pour attacher les disciples au Messie et leur ins­pirer en même temps la crainte de l'offenser, il montra en lui le souverain Maître venant en ce monde, décidé à traiter les hommes comme le moissonneur traite les épis amoncelés dans son champ: « Le voilà, s'écria-t-il, il tient le van en main, prêt à purger son aire et à serrer le bon grain dans ses greniers. La paille, il la jettera dans un feu qui ne s'éteindra jamais. »

Jean parvint ainsi à détromper beaucoup de ses disciples, qui s'en rapportèrent à son témoignage. Ceux-là attendirent avec une sainte impatience l'arrivée de ce Messie à qui le prophète se croyait indigne de servir d'esclave. Ils aspiraient après ce baptême de feu qui devait transformer leurs âmes, espérant ainsi être admis dans le royaume de Dieu comme le bon grain dans les greniers du moissonneur. D'autres, au contraire, s'opiniâtrèrent dans leur erreur, publièrent partout que le Messie attendu n'était autre que Jean-Baptiste, et fournirent ainsi aux ennemis du prophète l'occasion de le dénoncer au Sanhédrin.

Les pharisiens ne lui pardonnaient pas d'avoir dévoilé en public l'hypocrisie de leur conduite. Le nom de vipères qu'il leur avait jeté, retentissait toujours à leurs oreilles. Apprenant que ses disciples le prenaient pour le Messie, ils s'adressèrent au grand Conseil, juge suprême des questions religieuses, et accusèrent le prophète du Jourdain de prêcher sans mission, d'inventer de nouveaux rites, et de fanatiser le peuple au point de se faire passer près d'un grand nombre pour le Christ, libérateur d'Israël.

Ainsi présentée, l'accusation paraissait grave. Il s'agis­sait d'une révolution religieuse qui ébranlait tout le pays. Jean-Baptiste l'avait provoquée rien qu'en annonçant l'arrivée prochaine du Messie: qu'adviendrait-il s'il se proclamait lui-même le Messie libérateur ? On pouvait craindre un soulèvement populaire, et le prophète, préoccupé du royaume des cieux, ne paraissait guère disposé à prendre les armes pour relever le royaume d'Israël. L'insurrection n'aurait d'autre effet que de pousser les Romains à un nou­veau carnage des patriotes. Le Conseil résolut donc de forcer le Baptiste à révéler ses intentions, et comme il paraissait peu prudent, vu les dispositions du peuple, de l'amener à Jérusalem devant les juges, on décida qu'une députation, composée de prêtres et de lévites, se rendrait au Jourdain pour l'interroger sur sa personne, sur la mission qu'il s'attribuait, et sur ce baptême dont ses adeptes faisaient tant de cas. Selon les réponses qu'il ferait à ces questions, le Conseil prendrait les mesures nécessaires pour aviser aux périls de la situation.

Les ambassadeurs furent naturellement choisis parmi les représentants les plus accrédités de la secte pharisienne qui formait alors la grande majorité du Sanhédrin.(6) Jean, allait donc subir un interrogatoire dirigé par ses mortels ennemis et calculé d'avance pour le perdre. S'il se disait le Messie, on le sommerait au nom des Écritures de relever le trône de David; s'il refusait ce titre, on lui demanderait qui l'autorisait à bouleverser la Judée, comme il le faisait depuis six mois. De toute manière, il tomberait dans les mains du Sanhédrin.

Les Juifs comptaient sans l'Esprit de vérité qui animait Jean-Baptiste. A peine l'eurent-ils interrogé sur sa per­sonnalité, lui demandant formellement s'il était le Christ, qu'il protesta contre une pareille supposition et répondit ingénument, comme naguère à la foule: « Non, je ne suis pas le Christ. » Cette confession humble et désintéressée désarçonna les inquisiteurs, car du coup disparaissait leur principal chef d'accusation; mais cependant ils réfléchirent que, sans usurper le nom du Christ, ,Jean aurait pu prendre celui de quelque divin personnage pour justifier son rôle de prophète, et ils continuèrent de l'interroger.

A cette époque, grand nombre d'Israélites attendaient le retour du prophète Élie qui, d'après les docteurs, devait reparaître en Juda pour préparer ses compatriotes à l'avènement du Messie. Interprétant du premier avènement du Sauveur les paroles de l'Écriture qui s'appliquent au second (7) , les rabbins concluaient que, le Messie étant proche, Élie devait déjà revivre sous les dehors de quelque personnage mystérieux. Aussi beaucoup croyaient-ils le reconnaître dans cet ermite du désert, dans ce prédicateur à la parole ardente qui, comme le Thesbite, ramenait Israël à la foi de ses pères. Soupçonnant que peut-être Jean professait à cet égard la même croyance, les députés lui posèrent cette seconde question: « Vous n'êtes pas le Christ, mais êtes-vous Élie ? »

Jean aurait pu répondre affirmativement, car, selon la parole de l'Ange à Zacharie (8), rempli de la force et de la vertu d'Élie , il remplissait comme lui la fonction de précurseur du Christ; mais de son coeur ne vint à ses lèvres que la vérité simple et naïve: « Non, dit-il, je ne suis point Élie. — Mais du moins, répliquèrent les envoyés, n'êtes- vous pas quelque autre prophète, Jérémie, par exemple ? — Non, répondit Jean, je ne suis aucun des anciens prophètes. »

Cette fois, les pharisiens crurent le tenir dans leurs filets. Depuis quatre cents ans on ne voyait plus de prophète en Israël. Si Jean revendiquait personnellement le don de prophétie, on le mettrait au défi de prouver sa mission par des signes célestes. Ils s'écrièrent donc d'un ton triomphant: « Si vous n'êtes ni le Christ, ni Élie, ni aucun des anciens prophètes, dites-nous qui vous êtes, afin que nous donnions réponse à ceux qui nous ont envoyés ? que dites-vous de vous-même ? »

Jean répondit: « Je suis la voix dont a parlé le prophète Isaïe, la voix qui crie dans le désert: Préparez les voies au Seigneur. » Les ambassadeurs veulent savoir ce qu'il est: il n'est rien, rien qu'une voix, mais cette voix remplit une mission divine, une mission annoncée au monde par le prophète Isaïe. Cette voix, du reste, Dieu l'a rendue assez forte pour ébranler tout un peuple, assez puissante pour pénétrer des coeurs plus durs que l'acier. Qui donc, après un tel prodige, osera nier que Jean-Baptiste soit le héraut du Christ prédit par Isaïe, ou tentera d'étouffer une voix dont le prophète, huit cents ans auparavant, annonçait les divins accents !

Accablés par l'évidence, les ambassadeurs se gardèrent bien de contester la mission divine du précurseur, mais ils se rabattirent sur son baptême: «De quel droit baptisez- vous, lui dirent-ils, si vous n'êtes ni le Christ, ni Élie, ni prophète ? » Jean répondit, comme il l'avait fait au peuple, que son baptême d'eau, pur symbole de la purification du coeur, n'était qu'une préparation au baptême que donnerait le Christ, lequel aurait, comme le feu, la vertu de purifier les âmes et de les embraser d'un amour tout divin. Alors, tout entier à ce Christ dont il venait de parler, et que ses interlocuteurs semblaient oublier pour ne penser qu'à son précurseur, il s'écria: « Il est au milieu de vous, ce Christ que je vous annonce, et vous ne connaissez pas ses grandeurs. Bien qu'il doive venir après moi, sachez qu'il existait avant moi: je ne suis pas même digne de dénouer les courroies de sa chaussure. »

Cette déclaration solennelle n'éveilla pas même la curiosité des ambassadeurs. Sans s'inquiéter de l'auguste personnage dont le prophète en trois mots leur faisait un si magnifique portrait, ils quittèrent la vallée du Jourdain et retournèrent à Jérusalem informer le grand Conseil des résultats de leur démarche. Malgré leurs ressentiments contre le saint précurseur, ils furent obligés d'avouer que ses réponses démentaient les accusations portées contre lui. Le Sanhédrin se trouva donc, pour le moment, entièrement désarmé.

Quant à Jean, l'ambassade du grand Conseil ne fit qu'augmenter son prestige aux yeux du peuple, et rendre plus éclatants ses témoignages en l'honneur du Messie. Un seul désir brûlait maintenant toutes les âmes: voir enfin ce Messie que tous appelaient le libérateur d'Israël, mais dont personne ne soupçonnait ni la divine origine, ni les sublimes destinées.

Références

(6)- Voici ces paroles : «Je vous enverrai le prophète Elle avant que vienne le redoutable jour du Seigneur.» Malach iv, 56
(7)- « Animé de l'esprit et de la vertu d'Elie, il précédera celui qui doit venir « Luc., 1, 17.
(8) . Is., xt, 3.